poésie-art-genèse

oeuvre souterraine - 2 l'écriture (suite)

L'Oeuvre souterraine- l'écriture -2 (suite)

Entre 1976 et 1986 , une dizaine d'années donc, j'écrivis peu; un poème par ci par là dont  "la mort entra dans la maison" qui servit de base au textile Textimité , longtemps plus tard.

Mon inspiration se faisait plus narrative et je rédigeais quelques nouvelles : L'enfant du jardin, Les couteaux  qu'on peut trouver sur ma page Facebook .

Et puis portée sans aucun doute et encouragée par mes quelques lecteurs d'alors, j'écris deux récits plus longs : regroupés alors sous le titre Les épures : Les Jours de Mauménie qui évoque une expérience de vie "asociale" et le Cygne qui malheureusement a été perdu .

Peu après et restant toujours dans la narration courte j'écris un recueil de Nouvelles intitulé Mélodrames à l'eau de rêve, tous fondés sur des rêves que je faisais à cette époque-là de ma vie . Voyant dans un magazine une publicité pour une entreprise qui proposait la saisie électronique des ouvrages -moyennant finance évidemment- je décide de m'offrir ce luxe .... Quand je récupère mes exemplaires, l'imprimeur qui était aussi éditeur y avait joint une carte rédigée en ces termes :  " nous tenons à vous dire que certaines de vos nouvelles sont des chefs d'oeuvre en miniature, nous aimerions vous lire en roman (souligné de deux traits) dans le cadre de notre département d'édition " 

.Alors évidemment mon petit coeur d'auteur amateur  ne fait qu'un tour , ma vanité se pose quelques jours sur un petit nuage ...... Je m'y mets tous les matins sur la table de la cuisine avant que mon fils aîné  ne  se réveille et j'écris La Demeure Mentale -une première version toutefois . A la même époque et quasi en parallèle je rédige Mandalaé un des récits des Mythologies Intérieures

Rien que la tentative d'édition de ce récit plus poétique que romanesque dans les années 87 à 90 est une longue histoire .... Refus "types" nombreux, mais aussi lettres encourageantes.   : " j'ai lu jusquau bout et ce n'est pas si fréquent m'écrivit  une éditrice" qui me compara à.. MIchel Tournier précisant toutefois que je restais "en deça" . Ce qui me fit sourire. En fait beacoup de personnes me conseillèrent de changer la fin qui selon elles n'était pas bonne;  et je pense que lorsque tout le monde le dit, il faut revoir sa copie; ce que je fis . Je rédigeais donc la version définitive et je la soumis de nouveau aux éditeurs. Le premier, celui qui m' en  avait conseillé l'écriture me dit :  "c'est un beau texte, mais je ne peux prendre le risque de lancer un nouvel auteur en ce moment".

Il y eut une quasi acceptation dans une collection qui ferma.... au moment où j'attendais de recevoir le contrat. C'est à ce moment-là que mon deuxième enfant  s'est annoncé.
 Je décidais donc de faire mon livre moi-même . A la même époque je correspondis brièvement avec le philosophe Michel Henry qui m'encouragea par ces mots :

 

Michel henry carte 001

Carte3 001

C'est cette idée cependant que construire avec plus d'intrigue et de personnages qui cheminant aboutira au Jeu de la Rose qui eut comme point de départ un fait divers réel (le procès de parents accusés d'avoir séquestré leur fille) . Le jeu de la Rose , a été l'objet d'une expérience amusante de lecture critique : dans les retours que j ai obtenus, l'un me conseillait de supprimer ce que l'autre trouvait "la meilleure partie"et vice versa et les deux lecteurs avaient comme on dit autorité littéraire à cela ... J'ai donc tout gardé !

 

Je l'ai rangé dans mes tiroirs et je ne l'en ai sorti que très récemment (en vain pour la quête éditoriale refus types etc) .J'ai assez vite compris qu'écrit dans les années 80 il était "démodé", même si les problèmes qu'il évoque ne le sont pas, eux .... Mais il a servi de fondement à l'ouvrage art-roman où la dernière partie imprimée sur de l'organza est celle du roman.

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Ensuite il y eut un long blanc jusqu'en 2001 où je recommençais à écrire d'une part Lettres fermées      deux récits autobiographiques   Révélation et Arrêt sur image non diffusés. pour le moment.

Parallèlement je reprends les mythologies Intérieures, j'achève Armine,   qui était resté en plan pendant plus de 20 ans ... J'y adjoins le récit où seront enchâssés tous les autres-sur les conseils d'un ami-  La Bienveillante ( Armine et la Bienveillante ont été aussi écrits pour mes enfants adolescents). Je ferai imprimer ce livre en 2015 sans jamais lui  avoir cherché d'éditeur.

 

En 2003 il y eut la rencontre avec les écrivains et poètes de la Librairie Galerie Racine où j'exposais d'abord des textiles  en 2004 puis la publication de La demeure Mentale en 2005 soit quasiment vingt ans après sa rédaction ( ne jamais se décourager !) . Et puis aussi l'expérience adjacente par le jeu des rencontres des ateliers d'écriture de Floreffe où j'allais d'abord par amitié mais pas convaincue que cela me serait utile pour mon écriture personnelle. Je me trompais.Ils  m'amenèrent à renouer avec l'écritire poétique et les nouvelles. Ces ateliers se poursuivirent en virtuel et il en reste un certain nombre de textes que j'envisage de regrouper sous le titre "l'Etabli"

 C'est après un de ces ateliers que je commençais Le Chant des couleurs ....

Puis il y a eu la participation au collectif Lèse-art et à la revue Re-mue puis d'autres expériences  dont on peut voir le détail sur ma page d'accueil si on le désire.

 

Bref un CV qui se remplume un peu (je le dis en riant on sait que ce n'est pas ce que je cherche, je sais bien qu'il est trop tard -au sens de je n'ai plus trop de temps à  gaspiller  dans une quête vaine puisque je suis sans relations ni recommandations.  Mais ça me fait plaisir tout simplement . Je n'ai pas les qualités requises pour me faire une place là où ça compte,  entendre qualités par particularités , sans doute pas le talent non plus , du moins celui qu'il faudrait avoir et pour le peu que j'aie approché les milieux littéraires, j'ai eu l'impression de jouer le mauvais rôle dans un dîner de cons ou de la Bécassine sortant de sa province avec ses gros sabots . 

Mais au point de ma vie où je suis dans cette période où on ne sait pas du tout combien de temps du moins avec ses moyens intellectuels il vous reste , ce n'est plus l'essentiel pour moi . Je crée et j'écris depuis toujours mue par cette très simple nécessité : faire surgir quelque chose qui sous cette forme exacte n'existe pas déjà même si elle peut ressembler evidemment à des choses existanteset tenter de le partager avec les quelques-uns qui aiment; Après moi tout cela disparaîtra et ce ne sera dommage que pour ceux qui y auraient trouvé quelque chose d'important pour  eux que ce soit plaisir esthétique, évasion, émotion, réflexion ... pour moi ce sera mission acccomplie-mais toujours inachevée cependant -

J'aurais aimé  écrire (et créer) toute ma vie commeon croit qu' un oiseau chante : pour chanter, sans trop se soucier de ce qu'il puisse charmer (ou déplaire) et moins encore de ce qu'il faudrait chanter pour plaire.

Merci surtout  aux personnes qui m'ont lue, commentée, publiée en livres ou en revue   et chroniquée , elle se reconnaîtront et la fidélité sans faille  de certains me touche vraiment profondément . Cela m'aide à continuer.

 

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Poésie- 2 Poésie et hermétisme

Je pense qu'il y a des poésies différentes comme des arts différents. Ou plus exactement des voies différentes et un choeur composé de plusieurs voix.

Pendant très longtemps la poésie a été confondue avec sa forme en tant que  genre littéraire, et pour beaucoup encore, qui pratiquent "naïvement" faire un poème c'est écrire un texte rimé, parfois- trop souvent-  ce n'est que de la versification. Il y a le paquet cadeau, mais à l'intérieur c'est parfois vide.

A l'inverse beaucoup de personnes disent effectivement se détourner des formes modernes et contemporaines de poésie parce qu'elles n'entrent pas dedans: le poète écrirait pour lui seul et un petit groupe d'initiés qui posséderaient les codes, ce qui la rendrait élitiste au mauvais sens du terme Ce n'est pas mon avis, je précise!

Comme pour l'art contemporain et l'abstraction : on ne peut pas toujours décrire un tableau abstrait par rapport à une réalité tangible  on ne peut pas expliquer certains poèmes par rapport à une logique basique. C'est même le contraire puisque tout, dans les deux cas, invite à un basculement des  valeurs réalistes et  pragmatiques, c'est à dire à abandonner ces deux exécutions sommaires des réactions premières :

 cela ne représente rien (parce  que je ne vois rien) - cela ne veut rien dire (parce  que je cherche à comprendre) .

 Je n'ai à cet égard qu'une expérience personnelle à partir de laquelle je me défends de généraliser.

 Il m'a semblé quand j'écrivais que tout ce que  je disais en poésie venait d'ailleurs. Il m'a toujours semblé que la poésie était un langage (des langages) à l'intérieur de la langue et ce même quand je lisais des textes écrits dans  d'autres langues. Le latin par exemple disposait d'un double vocabulaire poétique et courant. Mais quand je parle d'autre langage je veux dire que l'hermétisme n'est problème que pour qui chercherait à traduire. Si vous voulez la poésie comme l'art et comme l'amour défie les explications (les clés) et les commentaires (la glose)

Plus on essaie d'expliquer, plus on s’égare –mais les errances mêmes ont intérêt !- et pourtant comme c'est riche, complexe et sujet à interprétations multiples on ne cesse de le faire...et on a raison, sans doute (c'est un moteur pour la réflexion, aussi) . elle met en route et peu importe où on va !

Oui j'ai écrit des textes que je ne peux pas expliquer ni m'expliquer (et j'en écris encore), mais il faut lorsqu'on entre en poésie ou dans un  poème laisser à la porte ses vieux réflexes cartésiens. Sinon on reste dans l'extériorité et dans le formalisme.

Le poète n'est pas obscur par désir d'être obscur il l'est par nécessité : se dire qu'il l'a dit ainsi parce que pour lui à cet instant-là ça ne pouvait se mettre en mots, sonorités, images que de cette façon-là.

Qu'on lise ou qu'on écrive il faut accepter de se bouger ailleurs , pas une question de comprendre mais de sentir comme on  éprouve par exemple un tableau, ou mieux une musique. Pas forcément à cause du rythme des images et de la musique des mots mais un peu grâce. de tout cela . On peut commenter une musique quand on est musicologue mais le ressenti de la personne qui l'écoute comme celui du musicien qui l'a composé est rigoureusement indicible. Et la part de  création est aussi dans ce champ-là.

 De cet indicible la poésie hermétique (ou perçue comme telle ) se fait trace.

 Je pense qu'il faut distinguer cette difficulté des poésies qui ne s'ouvrent pas à un sens rationnel de celle des textes de fonds à tendance philosophique qui eux sont ardus et nécessitent des bases, des connaissances. Là il n'est besoin d'autres connaissance que celle de sa qualité d'homme.

Pas même besoin d'initiation les mots les rythmes les associations d'images de sens d'idées vous portent et même si on ne saisit pas tout c'est assez parfois pour produire émotion et même bouleversement. Il faut y arriver sans préjugés plus difficile à obtenir, nous sommes tous formatés autrement !- Nous marchions : il faut apprendre à voler alors que nous n'avons pas d'ailes.

 La poésie dite hermétique nous met dans un autre état de conscience non rationnel; on joue le jeu ou pas...

les cahiers de la femme-aiguille

Cahier d elaboration 1 jacqueline fischer

Le premier cahier

Couverture image numérique créée par l'auteur d'après un dessin personnel .

 

A l'été 2015, quand j'ai commencé à recevoir quelques visiteurs à la salle des machines, les questions posées  m'ont donné envie de rédiger, a posteriori, ces cahiers d'élaboration. Depuis que je fais du patchwork, je prends des notes, je compose et modifie mes plans et dessins, je prends aussi parfois des photos des "chantiers". Le but au départ était surtout de me repérer dans les  nombreuses surfaces que je mets en route en même temps.  Et puis lorsque j'ai travaillé pour des revues, de retrouver les cheminements pour rédiger des explications techniques. lesquelles, je le précise font partie de ce que je nomme la genèse, un peu un travail d'architecte, à ce stade. Mais il n'y a pas que ce travail-là,  il ya aussi- et surtout-  celui qui vient des envies, des désirs, des bouffées d'inspiration, des matins où on se lève en se disant "et si je bâtissais avec ..telles ou telles étoffes". Etoffes et pas forcément "couleur". Les motifs, les styles sont aussi essentiels et cela le public l'ignore puisque les analyses en France sont inexistantes   sous ce critère . Forcément : à part quelques spécialistes d'histoires des tissus,  qui ont surtout un regard  scientifique sur la matière , personne ne pose le tissu comme medium en ce qu'il est,toutes caractéristiques comprises,  y compris les motifs qui font "trop patchwork" et  sont considérés comme un écueil à l'expression artistique en vogue surtout en période de minimalisme  dominant. C'est un cahier d'artiste qui étudie son medium, avec  passion et précision;  ..Ici, dans une optique d'assemblage  de mise en juxtaposition. non pas chercher "ce qui va ensemble" surtout si déjà on a acheté du pré-assorti, mais ce qui  s'harmonise dans cette surface-là, osant le trop, la dissonnance. Pas la tarte à la crème des bons goûts convenus, mais pas non plus la transgression pour le plaisir de transgresser . C'est immature, dans les deux-cas, à mes yeux . Non  : des cheminements, des essais des épreuves , des échecs aussi .    Tout ne prétend pas être réussi si tant est qu'en art ce mot ait un sens !   .

Le cahier tient compte aussi des modifications au fil des mois -et parfois années.  Il indique aussi où le quilt ou le tableau textile  se trouve et dans quel état quand il existe toujours.Cahier d elaboration 3 jacqueline fischer

Elaboration du quilt Sésame ouvre-toi qui changea de disposition plusieurs fois !

La source qui n'est pas le modèle -voir cet article pour la différence - est aussi indiquée.  En milieu patchwork , j'ai constaté, encore et encore, que la différence n'est pas bien établie, qu'on laisse toujours croire qu'on a "tout" fait alors que ce n'est pas le cas ,ou que si  c'est le contraire, on ne le dit pas non plus, toujours acceptant de dévaloriser alors son propre travail de création pour ne pas chagriner peut-être ses camùarades de clubs ou d'atelier.    .    De toutes façons, quand la source est du géométrique dit à tort traditionnel; on estime dans les milieux de décideuses ès patchwork et ès art textile ce depuis presque 15 ans,  que c'est surtout de la couture. . La géométrie en "carrés" condamne à cela .Ce serait  du "traditionnel" sans imagination, forcément "américain"  etc.Donc on ne pourrait briller que par une exécution parfaite. Je m'opppose à cette conception du patchwork fondée sur les géométries régulières depuis que j'en  fais !

C'est donc aussi  pour distinguer ce que je conçois et crée de ce qui est copié et juste fabriqué ou interprété. Ici même si dessin de carré en noir et blanc sont souvent le point de départ (quel artiste n'en a pas ?  )

Cahier d elboration 4 jacqueline fischer

Elaboration du quilt Jours de fête qu'on peut voir sur  ce site

 

Quelques ouvrages sont des interprétations et c'est signalé, comme sur ce site. La majorité -plus d'une centaine- a demandé donc ce travail d'élaboration personnelle  . Et si une inspiration est dominante, elle est signalée, comme je le vois faire à mes amis artistes , sans que cela les empêche d'exposer ou d'être reconnus. Chez eux on parle de "filiation", mais elle est alors reconnue .Sinon on appelle cela tricher.

Ce travail témoigne de ma création, et l'intention est aussi, à présent et de plus en plus, de montrer au public  les coulisses     d'un art très méconnu et très rarement montré sous cet aspect-là , même si ce mot public peut faire sourire pour mes queqlues visiteurs -ils ne sont pas moins importants qu'un grand nombre anonyme!

J'incite toutes celes qui créent réellement à faire de même . Il est vital pour notre art que toute la partie élaboration conception quand elle est personnelle ne soit pas occultée par la virtuosité technique qui nous relègue dans le  ghetto soit loisirs , soit artisanat uniquement reproductif . On voit mieux  dans de tels cahiers si la personne est capable de composer par elle-même. après que ce soit jugé original , artistique ou pas est une autre histoire, mais il faut comprendre quje sans travail de conception personnelle point d'art au sens actuel (et non contemporain!) du terme.  Toute création n'est pas art, mais on admet qu'il ne saurait y avoir art sans création.

Je sais,  je l'ai déjà dit, maintes fois,  mais tant que je ne serai pas davantage entendue , je m'obstinerai ....

Cahier d elaboration 2 jacqueline fischer

Elaboration du quilt Y'a de la joie

Analogie ou la théorie des tas

Texte tas 2

 

 

Souvent quand on me demande comment je fais, comment je crée, je reste dépourvue.

 Comment je fais avec les mots, comment je fais avec les morceaux d'étoffe, comment s'élaborent mes images numériques.On attend des recettes, des procédés et  je ne peux pas en fournir.

Pour moi c'est invinciblement, irrémédiablement entre ces trois valences le même ressenti, même si pour  quasiment tout le monde, non. Je ne peux pas empêcher les gens de cloisonner de dire : la poésie c'est "intellectuel" le patchwork " c'est  "manuel". Et les images numériques ce serait "artistique" . Je veux bien.

 

 Donc ce que je fais, c'est des sortes de tas. Des amalgames, des rencontres, des télescopages.

 Se confronter à une matière, une sorte de magma qui résiste, sans  cette force d'inertie   contre laquelle il faut lutter, commencer ne serait même pas envisageable.Des amas de mots que je dépose quand et comme ils me viennent et à ce stade surtout s'empêcher de contrôler quoi que ce soit. Des tas d'étoffes et là aussi j'en mets autant qu'il m'en  vient à la main,  je mets vraiment tout ce que je veux y mettre. Rien de plus, rien de moins. Deux étoffes ou mille.

Tout sans frein aucun.

Pour les tissus cela veut dire : les soies et  les étoffes simplettes, pour les mots oui même ceux qu'on peut juger vulgaires. Faire du beau avec des jolis mots que tout le monde va trouver poétiques oui, mais avec les autres aussi. Un mot ne me vient pas parce qu'il est poétique :  il vient de ce magma. User de tissus "nobles" oui -la serpillière pour faire art brut , on sait ce que  j'en pense!- mais aussi oui la toile de jute ou le jersey de coton. Pas obligatoirement l'un ou l'autre, pas obligatoirement l'un et l'autre : ce qui me vient par rapport à ce qu'à ce moment-là je ressens. Une nécessité, jamais un effet de mode ou le résultat d'un apprentissage, à ce stade, du moins.

 Et puis j'attends. Pour les textes quelques jours, pour les étoffes il peut s'agir de mois ou d'années car un textile  - on l'oublie -  c'est lent à élaborer , quand vraiment on élabore. Je ne parle  pas du vite fait bien fait et que je te  prends trois tissus assortis et que je couds et que je recoupe et que je mixe, je parle vraiment d'une élaboration qui repose sur tout ce travail qui est d'âme, d'esprit et de corps. Qui implique tout l'être, même si en ce qui concerne les   surfaces textiles on n'y voit souvent que de "jolies" choses, décoratives.

 Ensuite il y a ce moment capital où on écoute le rythme et où on regarde les visions. Ce qui parle parce qu'on a écouté, en soi et hors de soi, ce qu'on voit parce  qu'on a regardé en soi et hors de soi , aussi. Peu importe d'où c'est venu : c'est là et ça appelle, ça demande qu'on agisse pour exister.C'est le plus magique de tous  les moments car là, tout s'organise, presque sans qu'on intervienne, du moins juste assez, mais pas trop. C'est ce que  j'appelle être "exacte" ou "créer "juste". Bien entendu je ne prétends pas y parvenir.

Savoir être en attente, en éveil, en accueil.
 A ce stade c'est vrai j'élimine beaucoup, mais je ne m'interdis pas de rajouter non plus. C'est moi qui sens parce que c'est moi qui signe le travail, le texte, l'ouvrage. Et qu'on ne me dise pas que c'est un manque d'humilité. Pour moi le manque d'humilité, ce serait de vouloir me faire chef d'une école, chercher des imitateurs pour cautionner mes choix. Comme si l'art était une religion ou parti politique, qu'il y ait une ligne unique à suivre!

 Pour moi c'est résolument entre soi et soies à ce stade. Ensuite c'est à offrir à la vue de tous ceux qui le veulent bien. Car c'est toujours tendu vers... cherchant le regard de ... et quand je le trouve c'est un moment de bonheur parfait parce qu'il est un instant au moins partagé . N'aurais-je eu "que" cela, c'est pour moi plus immense qu'une reconnaissance artificielle, mondaine et convenue, de personnes qui aiment parce qu'on leur a dit que ça vaut!

Et parfois j'aime le dépouillement et parfois j'aime la profusion et j'aimerai qu'un diktat esthétique en vigueur  ne réduise pas son inverse à quelque chose de  forcément "mauvais" ou  de moindre valeur.

Quand j'ai envie de blanc, de dépouillé de presque rien qui dirait tout, je le fais, mais quand j'ai envie de m'enfouir dans une profusion de couleurs  , de feuilles, de fleurs, de formes, où le regard  se perd et trouve mille chemins, je le fais. J'aime les deux, mais différemment et je ne vois vraiment pas pourquoi une partie de moi serait sans cesse obligée de renier l'autre. Et pour les mots il en est ainsi :il n'y en a pas trop ni pas assez : il y a eux qui viennent chanter sur le rythme pour traduire ce qui est à exprimer.

La poésie pour moi n'est non plus écrite pour enjoliver la vie mais pour faire surgir  de ce magma du langage tout ce qui se refuse à se dire. Et sachant une fois pour toute que dans un cas comme dans l'autre on n'y parviendra jamais ; Il ne s'agit pas de "réussir" , de fournir un texte bien léché, mais d'arriver à un état que je considère toujours comme un "essai". Rien qui soit à mes yeux , accompli. C'est pourquoi je ne cherche aucunement la perfection. La mort seule peut achever totalement,  parfaitement  quelque chose.  Un essai qui laisse comme une attente, un espoir qui relance vers une autre envie un autre désir ce qui donnera un autre texte, un autre textile .

Comprendre que    c'est ma chair, ma vie, mon souffle pas un divertissement pour personne âgée qui s'ennuie. Ma passion surtout pas ma patience. qu'on me pardonne mon impatience à l'égard des mots "joli travail" ou "quelle patience"devant mes ralisations rtextiles. On ne dit jamais cela à un peintre ou à un graveur , on ne ne me le dit pas non plus pour mes poésies, ni pour mes récits, même si leuor élaboration est parfois lente !. C'est voir surtout l'échafaudage quand j'aimerais  tant qu'on sente jusqu'aux fondations. Je pense écrivant à cette phrase de Brigitte Fontaine :  "je veux qu'on m'aime pour mes os"

  Il faut que je dise ici un mot du minimalisme qui semble règle en vigueur aussi bien en textile -par le biais des Modern quilts- qu 'en poésie avec la vogue des formes courtes qu'on veut denses. Le fameux "less is more" .

Pour moi  "more is more", tout autant , seulement il faut changer ses oeillères quand on regarde, se déformater. Sinon on s'aveugle volontairement sur tout un pan de la création. Une esthétique n'a pas à phagocyter une autre, ou à la piétiner pour se rehausser,  tout peut se poser en harmonie et le contraste même violent est aussi source d'harmonie et surtout de relief.  En musique on peut aimer Mozart, le jazz et le métal etc.

 Je voudrais dire aussi que pour moi le minimalisme c'est quand on regarde ou lit  et qu'on sent un plein dans le dépouillement même. Une plénitude même. pas un vide bourré de clichés pour faire simple. On n'a pas à vouloir faire simple : simplicité ou complexité doivent d'abord s'imposer d'elles-mêmes.Partir de l'oeuvre telle qu'en soi elle existe déjà.

 Bien sûr ceci n'est pas un art poétique- artistique, c'est  un parcours, une réflexion.Une expérience pour le partage. Pour qui en veut .

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