A propos du temps....

  Temps, patience etc. en art textile

Souvent les questions qu'on me pose tournent autour du temps qu'il faut, du temps que "ça prend" pour créer  tel ou objet ou surface textile. On entend souvent uniquement le temps matériel de "fabrication"qui semble voiler tout le reste, et aussi et surtout la "patience" qu'il faudrait pour obtenir de telles surfaces. Certes il y faut du temps et de la patience, mais j'aimerais tellement qu'un jour on l'oublie !

  Imaginez par exemple la surface ci-dessous, avec le même nombre et formes de pièces, la même technique d'assemblage, mais sans recherche personnelle sur les étoffes et leur placement en composition dans ladite surface. Sans la variété des motifs sur le même thème (les fleufleurs si décriées comme non contemporaines et que j'ai voulu, moi, sortir de leur prétendue niaiserie) Le travail de patience serait le même, le résultat certes pas ! A ce stade je suis consciente que seuls les artistes mosaïstes en étoffes sont obligés  d'en faire la démonstration, et de plus, avec le sentiment un peu doux-amer de le faire en vain et de devoir toujours se justifier ! 

 

Petites fleur detail

Petite fleur- détail matelassage Simone Struss

Comme  n'importe quel autre art,  : le temps de réalisation n'est pas le temps de création, pour un raison simple : la création commence bien avant..... par exemple dans le temps passé à collectionner les étoffes, trouver celles qui inspirent, recueillir les autres, rêver à ce qu'on pourrait  créer avec   ces trouvailles diverses, le temps passé à observer  à la fois les étoffes, les oeuvres des autres, le monde en soi autour de soi, prendre des notes, faire des ébauches, ou des plans plus structurés, à laisser infuser en soi toutes les sensations, impressions, envies. Parfois une idée jaillit plus impérieuse que les autres, elle s'impose ...on se met en route. Du temps s'est déjà écoulé.

 

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 un des carnets de travail sur les motifs des étoffes

Ce temps d'élaboration, de gestation est pour moi essentiel. C'est lui qui distingue mes ouvrages et oeuvres d'autres où il est "zappé" puisque on se sert d'un modèle , qu'on "suit" -- voire d'un kit et que le temps n'est plus alors que d'exécution et reproduction.  C'est lui qui me donne le droit de me dire conceptrice de la surface que je montre- je  voudrais dire "créatrice", mais  ce mot étant mis à toutes les sauces a fini par se vider de son sens -  et d'en reconnaître la "maternité". Et les sources, quand elles sont évidentes. J'accepte mal qu'on mette sur le même plan ce qui a nécessité ce temps de travail personnel et ce qui utilise celui des autres, pour obtenir un objet semblable ou ressemblant.

LIre à cet égard si on veut cet article.

 

Ce temps-là est  donc zappé dans le regard quand on ne loue dans une surface que le soin avec lequel  elle a été assemblée et "tout le temps que ça a dû prendre". Vous diriez la même chose à une dame qui vous montre le modèle réalisé grâce à une revue, voire un kit. Vous ne voyez pas, alors, ce qui pour moi, comme pour tout artiste-concepteur est l'essentiel. Je sais bien que c'est une forme de reconnaissance, de la gentillesse, souvent. Mais quelque part, ça irrite, ça brûle.

J'ai rencontré fort heureusement dans ma vie des personnes qui regardaient vraiment, me parlaient couleurs, motifs  composition ... symbolisme, lectures différentes de ma surface -c'est donc que c'est possible -et pas que sur les miennes et oui, oui même sur un quilt en blocs géométriques, car dans mes quilts de la sorte il n'y a pas que la structure "classique" à voir - et la façon dont ça tient ensemble, du moins, je l'espère et même je le sens, je le crois puisque d'autres l'ont perçu . Je vous assure : cela fait un bien fou...

 Ce temps, du reste est fragmenté, tout autant que les ouvrages d'assemblage. Je procède par  ce que je nomme des "sessions". J'ai un principe : ne jamais me forcer à travailler , lorsque je n'ai "plus de jus" , que l'envie et le désir  me quittent, car alors je serai dans une sorte de geste machinal, sans cette ardeur qui m'est nécessaire. Ce serait un ouvrage, il serait fini, mais il ne serait pas le même, l'ennui éprouvé à le faire s'y ressentirait. Je ne déroge que pour les tâches un peu mécaniques d'achèvement, finitions-que je n'aime pas . Car en fait entre le plan ou l'ébauche (même si elle est en couleurs) et la surface achevée il y a toute cette osmose avec les petits bouts d'étoffes, chez moi toujours aussi variés que possible non , je ne prévois pas tout au départ et j'organise l'ensemble de proche en proche; il n'est guère de surface que je n'ai modifiée, au cours de son exécution, alors que tout le monde croit que tout est "décidé" à l'avance parce que la structure en est régulière.  C'est que que pour moi l'essentiel des oeuvres ainsi composées vient  du choix des étoffes et de leurs relations les unes aux autres à l'intérieur de ladite surface c'est là qu'est mon rôle principal  :  faire parler, chanter  les étoffes entre elles . .

  Si mes ouvrages sont comme je dis "fils du temps" -et avec les deux prononciations et sens différents du mot "fils" , c'est bien parce ce sont des oeuvres de vie modifiables selon les circonstances de la mienne, aussi . Tout est fondé, au fond sur des rencontres ...ou des chocs, parfois.

Ainsi il m'arrive d'abandonner un ouvrage pendant de longues années et puis un matin, je me réveille avec l'envie de le finir -celui-là, pas un autre - ou bien il m'arrive un évènement fort - heureux ou malheureux - et alors j'ai envie de reprendre quelque chose d'oublié. Ainsi cette étoile dont je raconte ici l'histoire fut-elle reprise à un moment de ma vie où il m'est arrivé quelque chose qu'on ne souhaite pas, même à son pire ennemi- j'étais alors si mal qu'il me fallait l'envergure de ce travail (trois mètres ou presque de côté) et son côté  cyclique (la roue du temps-celle du "supplice intime " aussi) pour  oublier , ou plus exactement mettre à distance, tant le travail requérait d'attention.

 

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L'étoile des quatre saisons -matelassage Simone Struss-collection privée

d'après une création d'Evangéline Dillon -quilt d'interprétation)

S'il m'a  fallu beaucoup de temps, c'est aussi parce que cet ouvrage correspond à un stade d'évolution où je ne suis plus (je réinterprète rarement les surfaces des autres , à présent, mais je ne renie pas le travail personnel  qui consiste à "revisionner" le même plan de quilt autrement. Ainsi traîne encore dans mes "leftovers" et autre orphelins ou UFO , maints débuts de quilts réinterprétés de mes débuts.

 C'est pourquoi dès qu'un ouvrage me lasse , je le range et j'en prends un autre, soit un déjà commencé qui délaissé un moment retrouve alors presque un intérêt de nouveauté, soit un autre que je mets en route (je dois me freiner un peu côté mises en route). J'aimerais qu'on comprenne que ce n'est pas vanité quand je dis que j'ai trop d'idées . Il ne se passe guère de jours où je ne visionne quelque projet , où il ne me vienne une nouvelle  envie-idée d'assemblage , ou de broderie ...ou les deux associées . Je crayonne je prends des notes et quand je ccrée des plans de quilts via un logiciel c'est pire  Bien sûr ces idées  sont aussi initiées par mes lectures , ce que j'observe de la vie en moi, autour de moi. .C'est pourquoi j'ai établi ces cahiers d'élaboration puisque je garde depuis toujours tous  les documents de mise en route qui ont abouti au quilt ou à la surface textile, ce sont eux qui témoignent de l'élaboration et d'un cheminement personnel, des modifications , des errances ...des improvisations tout autant que des stratégies pré-établies. Des abandons parfois très longs, et des reprises.

 

 

Certains ouvrages sont imaginés , crées et réalisés en relativement peu de temps (quelques semaines  au mieux ) , pour d'autres il y faut comme pour ce Conservatoire deux décennies... dscf015red4.jpg

 

On voit aussi combien cette façon de procéder me marginalise à une époque où on exige d'aller vite ...de présenter des "perdreaux " de l'année, qui plus est . Je suis donc non seulement souvent à contre-courant, mais aussi à contretemps. J'ai fait ce choix de respecter en moi ce qui était essentiel à la manière dont moi j'entends mener à bien ce que je nomme "mon oeuvre", même si cela semble outrecuidant . Une oeuvre peut exister et être médiocre, le mot ne présume pas de sa valeur. Il désigne simplement un ensemble, pour moi cohérent , et je l'espère, signifiant .

De ces heures passées qui ne sont donc pas que de "couture" très loin de là , il ne restera rien , absolument rien dans la  nuit du temps puisque l'oeuvre n'est pas jugée telle qu'elle mériterait conservation. Donc cette pensée si fréquente : que deviendra-t-il de tous ces fragments de ma vie, après moi ?   C'est cela aussi le rapport au temps, parfois si douloureux à vivre . ça consiste juste  à mourir deux fois : de corps et d'oeuvre. Sort commun à bien des artistes je le rappelle, mais plus encore à ceux qui sont choisis par un art exigeant,  chronophage  et inexistant en tant que tel ...ou presque à l'exception de deux trois très grandes qui ont fait aussi autre chose fort heureusement pôur la partie purement textile de leur oeuvre. Et dont le milieu prêtait à la reconnaissance ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

fe (au mieux on en soulignel'esthétique, preque jamiqs la signifiance )

 

statut du patchwork en France- témoignage

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