Selmy Accilien : Et tu m'as dit

 

 

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Une voix parle au poète qui nous parle par cette voie. Et ce qu’elle transmet est traversé d’un souffle d’une rare puissance. Elle prophétise avec gravité, mais en apesanteur. Celui qui lit éprouve l’impression d’être à la fois le destinataire et l’instigateur de ce qui se trame et déroule sous ses yeux, comme une tapisserie mobile, dont les images s’animent. On regarde à la fois tous les coins du tableau, on avance en agglutinant les lignes lues à celles à découvrir.

C’est une voix qui donne à voir autant qu’à écouter et nous devons progresser à la fois de manière linéaire et  dans la profondeur des superpositions qui imagent notre mémoire.

Le texte contient un étrange bestiaire où sont convoqués en même temps qu’évoqués le renne, le bison,le chien des bois, la colombe, chats sauvages et rossignols, pour n’en citer que quelques-uns. Temps et lieux mêlés, mais dans un ordonnancement que le rythme cadence.

Et même une étrange bête qui pourrait celle d’une apocalypse hélas déjà survenue et qui de misère en misère se régénère comme les hydres. Mais ce qui détruit, aussi,  régénère.

 

« -Quelle est cette bête,Cette tortue démoniaque,dos épineux                                                                                        Qui visite, à moitié nuit                                                                                                       

  Les quatre coins de ma chambre ? »

 

 

Images visionnaires fortes de leurs symboles, mais qui gardent toutes la beauté concrète et quasiment palpable de leur état originel. Non pas de banales métaphores formelles, mais un monde où la vie qu’elle soit réelle ou rêvée, fantasmée s’accroche partout où on le lui permet. et même et surtout où on le lui interdirait.

 

Les lieux où se meuvent ses vies sont tout sauf purement  symboliques. « Oniriques » dirait l’auteur , et pourtant l’eau et la terre, « l’île ou les îles » affirment leur matérialité. C’est un monde des origines d’avant les origines, une sorte de pré-genèse.  Un monde d’avant   une re-naissance.
L’eau est omniprésente : la pluie , surtout :

 La pluie

 Qu’est-ce que c’est que la pluie ?                                                                                                                      La pluie est la naissance de toutes les rivières oubliées

 

Mais tous les éléments sont tour à tour évoqués, invoqués,la terre, le vent, l’orage … bâtissant un paysage qui se construit, à la fois extérieur et intérieur. Toujours imprégné d’une souffrance qui se dit sans emphase, et avec  beaucoup de lucidité, celle des « clair- voyants ».

L’expression de la douleur et du malheur n’est pas déploration mais révolte et surtout espoir. 

Interrogations ouvertes d’une âme qui cherche son chemin et sillon jusque dans la nôtre car impossible de lire non pas sans entrer dans le texte mais sans que le texte entre en nous. Un rythme se déploie. On marche sur une  terre  imprégnée d’eau mais assoiffée d’une guérison comme un mal de pays qu’on éprouverait en une nostalgie à rebours.

 

« -Le pied gauche des nuages

Est un pas de chats sauvages

Qui a fendu le ciel en deux morceaux

Et les éclats qui tombent par terre

Font le dessin d’un poème qui dit »

 

Cette terre ne peut-être chantée sans la misère qui y adhère  mais aussi l’espoir  et la lutte Lutte d’une âme, celle du poète contre l’adversité personnelle mais incluse dans le sort fait à son pays :

 

 « -Pauvre de la terre des hommes

Pauvre poète,pauvre

Le drapeau déchiré du ciel

Semble à ton visage

Car tu regardes trop les étoiles qui chamaillent en équipe

Dans l’étreinte des anges rebelles »

 

 

Une voix interroge et est interrogée, affirme et questionne, est questionnée elle-même introduisant une composition en abyme,  écho et résonance dans  un réel vertige. Dans un jeu du « je » du  « tu »  et du « il ».

«  Il est d’une île de terre grise                                                                 

 Et de sable d’or

 Petite île mal-aimée ou brisée  de confiance                                                                                       Il est de nous et du ‘’tu’’                                                                                                

 Qui est-il même ? »

 

 

Dans la valse des pronoms personnels, des questions et des réponses, le poète cherche non la Vérité ou tout au moins dans une forme intangible, mais ce  « qui es-tu ?» relie à un « qui suis-je ?«  « que fais-je en ce lieu ? » et même « que fais-je dans cette vie-là ? ».

L’auteur donne des éléments de réponse :

 

-La vie que j’avais à aimer                                                                                                                                       Et reconnaître sa beauté

C’est la vie des pierres précieuses

Que j’ai élevées, les unes après les autres,                                                                                                                              Dans la rivière de mon cœur

Pas la vie des enfants que j’ai côtoyés

Pas la vie des terres que j’ai foulées sous mes pieds                                                                                                                              Mais la vie d’un poème qu’on refuse de lire                                                                                                                    La vie d’une colombe malade au pied droit.

 

Ce n’est ici que souligner quelques éclats d’une magnificence : ce poème :  ne refusons pas de le lire, tout au contraire, découvrons-le en son ensemble et ses splendeurs et en savourons  à chaque ligne le total bonheur d’un  expression authentique et singulière.

 

 

 

 
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