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ode à la mémoire ...

Ode à la mémoire ...

Je re-regardais sur Facebook une oeuvre qui y est régulièrement partagée et que j'aime énormément (et pour cause!) il s'agit de la célèbre Ode à l'oubli de l'artiste grande s'il en est Louise Bourgeois. On peut en voir l'histoire sur ce lien , et sur quelques autres.

 

L'esprit dans lequel ce livre est  créé, ce rôle des tissus comme vecteurs de mémoire et témoins de notre vie est pourtant aussi présent dans d'autres oeuvres moins médiatisées, moins relayées pour ne pas dire inconnues du public, ce que je trouve dommage. Le rôle de ce blog est principalement de faire connaître ce qui l'est peu, ou l'est moins.

 Alors j'ai voulu en parler pour mémoire ,  non seulement des étoffes mais de toutes celles qui ont travaillé autour de leurs fragments comme témoins de leur passé, tissage de leurs vies souvent  humbles ou jugées ordinaires.

Et d'abord évoquer cette oeuvre faite à l'initiative de l'association ATD quart monde , et dont je me suis rendu compte que très peu la connaissaient dans le monde du patchwork et de l'art textile. Ne parlons pas du reste du monde de l'art ! J'ignore les raisons de cet oubli, qui n'est pas seulement d'un  medium (le tissu) mais d'une oeuvre.  On l'a appelé le Family quilt  ou le patchwork de nos vies. "morceaux d'histoire de familles du Quart Monde, des cinq continents."

 Le principe était de demander, à des personnes de milieu défavorisé  dans des pays variés, un morceau d'étoffe qui avait compté dans leur vie, accompagné d'une phrase disant pourquoi. Ces morceaux ont été ensuite réunis dans une surface -on a utilisé un block  log cabin libre pour les présenter. Il est à noter que les Guildes de patchwork en ont très peu parlé , en France notamment , elles n'en ont peut-être pas eu connaissance. J'en ai découvert  l'existence par une amie qui m' avait envoyé une des cartes du coffret et j'ai voulu en savoir plus. . L'oeuvre pourtant a été présentée aux Nations Unies le 17 octobre 1994. Atd quart monde a vendu alors un coffret contenant l'histoire de ce patchwork , et des cartes postales représentant les morceaux d'étoffes et les phrases d'accompagnement. J'ai acquis plusieurs coffrets dont il m'est resté un -presque entier ! Je donne aussi le lien de l'association ATD quart monde , qui n'édite plus ce coffret . C'était il y a plus de vingt ans, il est vrai . Mais on peut, si on le désire l'aider à aider, d'une autre façon.

Quelques fragments....

Failiy quilt 1 001 bout jpg

Failiy quilt bout 2Et quelques phrases :

Brassière d'été de nos enfants d'avant qu'on ne nous les retire...

 Bleu de travail d'un jeune sans travail ...

Morceau de robe, j'aimerais qu'on en prenne grand soin :  il est le témoin de tout ce que j'ai enduré

Pan de rideau pour faire un chez nous dans notre caravane.

Toutes sont touchantes , certaines sont déchirantes.

Cette oeuvre pourtant est bien dans la lignée de celle de la grande Louise , à l'exception du fait qu'elle est collective et populaire ...faite par des non-artistes , qui plus est (les couseuses sont restées anonymes ). Je ne dispose pas ou plus d'image en couleurs de l'ensemble, mais ce cliché en noir et blanc qui donne une idée de l'aspect général. (cliquer pour mieux voir)

 

Family quilt entier rec red 001

 

 Je vous laisse juge de leur importance .

Au delà j'évoquerai aussi une fois de plus  -j'y tiens-  toutes ces anonymes ou inconnues  dont -par le patchwork- le tissu a été le medium et qu'on a réduites le plus souvent à leur fonction utilitaire ou décorative . Surface ne vaut pas livre pour la caution intellectuelle de la chose et je le sais d'autant mieux que créant les deux, je vois combien la forme magnifie le fond et l'accueil n'est pas le même.. J'aimerais quand même qu'on y voie un jour, dans ces surfaces comme des pages juxtaposées de livres de vies ordinaires puisque jugées telles,  ce qu'on y a mis de travail de mémoire par les étoffes ...car s'il y a "oubli" on peut se demander de quel côté il se trouve. Oubli du tissu certes que des grandes ont eu raison de souligner e d'illustrer splendidement , mais oubli surtout de tout ce passé textile jugé sans nos démarches importantes et donc voué à ce que je nomme "ghettoïsation" .

J'espère par cet article inviter à regarder dans le medium tissu,  vecteur de mémoire et matière pour créer, expressive et tellement empreinte de vie,  tout  ce que des femmes-le plus souvent - en  ont fait . Pas seulement les plus grandes, qui n'ont pas trop besoin qu'on les promeuve et que je salue,pourtant !

 

La tapisserie à l'aiguille

 

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Luxuriance tapisserie sur toile aïda

 

Pour moi la tapisserie à l'aiguille, ça a longtemps été synonyme de canevas, imprimé en couleurs qu'on remplissait au  point de croix ou au demi-point en laine ou en coton retors. J'avoue que ça ne me plaisait pas trop, comme tout ce qui ne requiert aucune imagination, juste du "remplissage".Ce qui ne veut nullement dire que je méprise les personnes qui aiment à se détendre par ce loisir!

 Dans les années 70, beaucoup de personnes  de mon entourage, y compris  quelques hommes, entreprenaient pour décorer leur intérieur,  des tapisseries vaguement inspirées de Lurçat pour les plus "contemporaines", ou alors des tableaux de genre, paysages,portraits, scènes de chasse. Les journaux féminins et notamment Modes et Travaux proposaient des modèles, souvent de belle taille. Souvent elles finissaient non terminées au fond d'un tiroir. J'ai à cette époque réalisé deux petits panneaux format A4, sur le dessin original d'une amie et l'autre sur un "carton" de mon  mari.

 Autre emploi fréquent : recouvrir les fauteuils et chaises.Là aussi on trouve de nombreux modèles dans les revues, le tapissier lui devenant alors plutôt chargé d'ajuster ces réalisations sur les sièges.

 

C'est en cherchant autour de la manière d'obtenir du relief en broderie que je suis tombée, dans les encyclopédies que je possède sur une bonne centaine d'autres points que les deux les plus usités.

 Alors l'envie m'est venue aussi d'en  savoir un peu plus en explorant à la fois du côté histoire, et du côté points et emplois de ceux-ci dans une optique de création et non de simple remplissage. Je n'ai pas encore été très loin côté réalisation des idées que j'ai engrangées, au fil de mes lectures, mais je tiens à partager ici ce voyage en tapisserie à l'aiguille.

D'abord je me suis demandé pourquoi ce mot de tapisserie, puisque pour beaucoup la tapisserie c'est tout d'abord du tissage et qu'historiquement la tapisserie tissée a précédé celle sur canevas brodée à l'aiguille, même si l'art de la broderie est souvent jugé antérieur à celui du tissage au motif qu'on brodait déjà sur des peaux, des écorces ...Et tout tissage n'est pas tapisserie.

D'après L'Encyclopédie Autour  du fil que je possède la première trace d'un ouvrage en tapisserie à l'aiguille  c'est la chape de Hildesheim, datant du XIII siècle, et conservée à l'Albert and Victoria Museum.

Faisons un sort à la tapisserie de Bayeux , antérieure certes, mais brodée sur une toile sans points comptés et dont les motifs ne recouvrent pas l'ensemble de la toile, ce qui reste  les deux caractéristiques les plus courantes de la tapisserie à l'aiguille, en revanche elle n'est pas forcément réalisée sur un canevas rigide. Beaucoup de points de la broderie dite à points comptés sont utilisés en tapisserie et réciproquement, mais le point compté lui, ménage des vides des espaces dits "négatifs".


Il  semble qu'il y ait eu un besoin d'obtenir des surfaces brodées et non tissées par  un  moyen moins onéreux en fils qu'une tapisserie ,  et aussi ne nécessitant pas le montage compliqué d'un métier à tapisser. Peut-être plus rapide aussi encore que sur ce point, cela permettait d'obtenir à un moindre coût des "copies" brodées des originaux tissés. C'est surtout à la Renaissance que cet art prend son essor, avec l'influence des tapis d'orient dont on cherche à imiter les motifs, fort prisés , avec déjà une activité professionnelle et masculine et ...une activité de loisir   plus féminine, déjà !

La manufacture des Gobelins  fondée en 1601 en développera cette activité en parallèle avec le "vrai" tissage. Puis un peu plus tard Aubusson .Actuellement il y a des artistes spécialisés rattachés à ces deux "écoles", on vend des kits, des laines.
Au XIX° siècle  s'est développée la broderie dite de Berlin qui a donné naissance à nos canevas modernes, exécutés cependant au point de croix et non au demi-point ou  petit point (ce qui n'est pas tout à fait la même chose ,)

Parallèlement à cette activité de loisir et de détente, il existe de la création véritable à deux étapes : celle du carton qui s'élabore à part -et qui  peut être signé d'un peintre - et celles du choix des points à mettre en oeuvre et des fils choisis pour ce faire , ce qui constitue à proprement parler, l'art du brodeur.

 Plus encore que l'histoire de cette broderie, ce sont donc  les points différents qu'on peut y mettre en oeuvre que j'ai découverts, au fil de mes lectures dans revues et livres spécialisés .Au départ bien sûr l'idée étant d'imiter un aspect tissé on comprend qu'on ait surtout développé ce qui l'imitait le plus(le point Gobelin en st un bel exemple entre autres) . La revue Stitch déjà propose assez souvent des ouvrages sur canevas dans un  style que je vais affirmer "contemporain" même si ,me dit-on, la" tapisserie" contemporaine c'est tout autre chose encore ! En anglais on trouve pour désigner la tapisserie à l'aiguille les termes needle point, ou canvas work. Canvas c'est aussi la toile du peintre.

On peut   donc broder sur canevas et il en existe différents types de tissages. Certains livres indiquent monofil ou Pénélope et il n'est pas indifférent de le savoir.Surtout pour les points complexes . Mais tout support tissé qui peut laisser passer des fils constituant des points peut-être considéré comme de la tapisserie à l'aiguille. Ce support donc peut-être de toile à tissage plus ou moins régulier, de toile de jute, de métal, de tissages de fils qu'on coud soi-même à la machine etc... Le point compté s'apparente sous beaucoup  d'aspects à cette tapisserie à l'aiguille - beaucoup de points dont le point de croix sont communs -  dont la particularité est sans doute  au départ, d'user d'un support plus rigide.  La visée était d'éviter aussi les déformations, d'où l'emploi conjoint d'un métier, surtout pour une pièce de grande taille.

Je possède plusieurs livres  à cet égard

 

Tapisserie aiguille

 

 New canwas work de Jill Carter Basford 2007 , en anglais est celui qui offre le plus de regards et d'ouvertures vers des pratiques modernes de cet art . Canevasn points,supports de toutes sortes, un nouveau regard sur des techniques adaptées de la tradition comme Hardanger et jours, perlages , ou bien encore utilisation des points décorarifs machine en préparation du canevas ou au dessus. Pas de modèles à suivre, et c'est un bien, à mes yeux!

The Needle point  book de Jo Ippolito Christiensen  1997 -en anglais,  est de loin de plus fouillé, ardu et complet. D'un aspect austère , en noir et blanc, si on excepte les planches du milieu conscrées aux oeuvres-  il est cependant très clair et quasiment exhaustif si on veut tout savoir des qualités des toiles, fibres , et avoir des explications quasi scientifiques sur le sujet c'est le livre idéal.On y explique aussi des techniques diffciles à trouver ailleurs comme appliquer un canevas de texture différente sur un autre (un plus fin par exemple pour rendre des détails dans une zone précise)  les points sont nombreux et s'y ajoutent ceux de la broderie traditionnelle, qu'on peut tout à fait utiliser sur  ce support ou en surépaisseur. on peut évidemment créer en 3 D.

La tapisserie à l'aiguille  de Rachel Doyle traduit en français (éditions de Saxe), 2013 .L'auteur a été formée à la Royal Needle School et c'est un gage de perfection technique !  C'est un excellent livre pour apprendre à composer, nuancer -ombrer les zones-  et ainsi bâtir soi-mêmes ses tableaux, souvent figuratifs dans le livre, et également l'ordre à suivre pour exécuter sa composition de manière à obtenir une surface nette. Le meilleur de ceux que j'ai lus pour le nuançage des fils, notamment .

 J'ai eu un coup de coeur pour 71 carrés de tapisserie aux points insolites de Dominique Siegler Lathrop et Jeannette Mougenot Editions Tutti Frutti 2013 : même pour moi qui n'aime pas refaire, on le sait , ils sont si beaux que j' ai   envie  au moins de les adapter en d'autres couleurs par exemple... . au delà les points sont très bien expliqués et c'est une mine d'idées pour bâtir des surfaces géométriques ou non. Et il est conseillé de créer ses carrés soi-même ou unités  en re-mélangeant des points. Des combinaisons qu'on trouve rarement ailleurs.

Les auteurs ont un site qu'on peut visiter et où on peut acheter les fournitures nécessaires à l'exécution de ces carrés.

 Pour ma part, la tapisserie à l'aiguille reste un art que j'ai assez peu exploré (je n'aime pas compter les fils... ) mais il n'est pas exclu que je m'y mette!

 

art -textile illustration d'un art obscur

Quand Boris Eloi Dutilleul de Lèse art m'a demandé d'écrire cette plaquette pour répondre à des artistes de sa connaissance prétendant que l'art textile est un art mineur, vous pensez bien que j'ai sauté sur l'occasion. C'est ainsi que j'entends illustrer  l'art textile, en allant le poser à côté des grands arts, et non en fonctionnant seulement en circuit fermé.

Pour rappel :

 En 1971 Jonathan Holstein, un collectionneur passsionné de quilts, ces surfaces textiles en étoffes assemblées et matelassées cousues par des femmes, tenta de faire reconnaître certaines pièces de sa collection comme œuvres d’art à part entière et pour ce faire il obtint les murs d’un des musées les plus prestigieux de New York, le Whitney Museum. L’exposition portait le titre suivant: Abstract Design in American quilts.Elle remporta un succès considérable, fit le tour du monde. En 1972 on put la voir à Paris mais ... au musée des Arts Décoratifs, ce qui souligne déjà une différence de considération. Dans un livre relatant l’histoire de cette exposition, Jonathan Holstein note avec humour que la France ignore les patchwork-quilts et n’a aucune culture à cet égard.
à partir de là il y eut un peu partout un engouement pour les quilts et le patchwork, qui évolua différemment selon les pays.
En 2015, on ne connaît toujours pas mieux cette partie de l’art textile concernant l’assemblage d’étoffes.  Avec la broderie, c’est celle que depuis 30 ans et en plus de 300 oeuvres, j’ai tenté d’illustrer.
 Or ce qu’on ignore c’est que de telles surfaces existaient aussi en France , on en découvre dans plusieurs collections spécialisées(voit l'article Mosaïques d'étoffes)  mais hélas confidentielles,  chez les antiquaires.  Il y a donc bien eu chez nous des oeuvres, que je me refuse à appeler ouvrages,  créées par des femmes avec des tissus, des surfaces uniques et dont certaines peuvent et devraient, tout comme les abstractions du Whitney être considérées comme des oeuvres d’art, expressif et non seulement décoratif. Rien ne l’empêche sauf le préjugé qui selon Einstein est plus difficile à détruire qu’un atome .
 Tentons donc cet impossible ...

lien vers la plaquette art textile-illustration d'un art obscur

 

 

Art textile contemporain -un sondage

Je viens de répondre à une demande émanant d'un collectif d'art textile "contemporain"

Voici la question posée :

« Vous êtes artiste textile et vous vous situez dans une démarche contemporaine? En quoi pensez vous que votre travail entre dans le champ de l'art contemporain? Réponse à (...)
Attention c'est une véritable "colle"! Ce qui parait évident devant un visuel est véritablement difficile à traduire en mot! Il ne s'agit pas de dire: ça a été créé en 2015 donc c'est du contemporain! C'est faux bien sûr.. il ne s'agit pas d'évaluer votre démarche, mais d'arriver à définir par des mots ce qui différencie l'art textile contemporain d'un art textile plus traditionnel en partant de votre propre pratique! à vos méninges! »

 

Voici ma réponse, sans utliser  mes méninges mais mes synpases .

Une fois de plus à mon avis l’art textile , qui est d’autant plus art qu’il s’éloigne parfois du textile, rattrape en route les querelles sur le « contemporain en art » .

Là vous devriez vous demander plutôt si nous sommes ou non « post-moderne » , car « contemporain » figurez-vous ça commence à faire démodé ! car enfin l’art contemporain , les historiens de l’art le font le plus souvent débuter en 1945 .

Je blague à peine. Mais puisque vous y invitez je grimpe au marronnier, une fois de plus !

Car enfin si on a vidé ce mot de son sens c’est à dessein d’exclure, de se démarquer de ce qu’on a appelé abusivement  traditionnel .

. Ce mot « contemporain », il n’a rien à voir avec une pratique sincère , authentique de la création, telle que moi je la conçois et vis.  Ni même avec son actualité, on a l’impression vu de l’extérieur d’une sorte de secte à laquelle il faudrait avoir été initié (e). Des codes en tout cas qu’il faut respecter .

 En art textile j’ai vécu son arrivée ainsi. dans les années 1990, on s’est mis à opposer le patchwork dit traditionnel au patchwork dit contemporain , lequel contemporain peinait à se définir (et pour cause !) , et beaucoup de ses œuvres étaient des « à la manière de » Klee,  Kandinsky, Vasarely et quelques autres  . Pour une personne qui ignorait tout de ‘histoire de l’art, ça pouvait passer pour une innovation, mais pas pour moi qui m’y connaissais un peu. J’aimais aussi et tout autant l’abstraction des quilts dits traditionnels (une tradition, mais laquelle ?)  et j’ai donc continué à m’en, servir comme source graphique et non comme modèle.. Je noterai qu’on m’a couvent demandé- dans les années 2000, notamment de faire   partie d’un  groupe d’art textile contemporain, j’ai refusé , parce qu’on refusait que j’ intègre mes patchworks géométriques jugés automatiquement « traditionnels » . J’ai vécu cette exclusion de l’arrivée du contemporain , puis de l’art textile., quand il a fallu là faire du mixed media avec caution vaguement textile ….ou tomber dans la marmite du conceptuel .C’est à dire au fond imiter les Beaux-Arts .Avec retard, comme je l’ai signalé.

 

Je me bats pour le contraire  pour un art textile unifié qui cesse d’être jugé selon la date de la source d’inspiration qu’on a choisie  ,et le genre de travail qu’on choisit . Un peintre qui fait un nu à la peinture à l’huile n’est pas qualifié automatiquement de  « plus traditionnel », le mot d’ailleurs n’existe que chez nous.

Et j’étaie ma lutte sur un savoir que je ne cesse de compléter et où je ne cesse de découvrir.  Le passé m’intéresse autant que le présent Je mets  l’art textile dit  contemporain et l’histoire de l’art textile en regard .C’est parlant !  Un peu long à expliquer ici mais mon site et mon blog développe Je vous mets quelques liens en fin de lettre.

Je suis  écrivain, artiste en tissus assemblés, brodeuse, et artistes en images numériques. Je m’exprime dans ces valences, n’y faisant pas carrière, mais une œuvre dont je me moque absolument qu’elle soit jugée contemporaine et à voir ce que certains font sous ce vocable je dirai très franchement que ça m’ennuierait plutôt. Je déteste le bluff, la frime et les pseudo innovations. Je déteste le snobisme aussi . Je ne suis pas convaincue non plus par les personnes qui se paient de grands mots pour faire savant. puisque pour être contemporaine au sens de « conceptuelle » il faudrait avoir une démarche…  Les mots c’est mon autre valence . et bien avant que ce ne soit tendance de relier textes et textiles. Je ne suis pas dupe des phrases creuses et ronflantes que je lis ça et là .

 Je ne tiens pas non plus à ce qu’on :me colle une étiquette de « traditionnelle »  Je ne reproduis pas des modèles anciens j’utilise des sources multiples dont certaines sont anciennes.. Or constamment dans mon parcours textile je me suis vue scindée en deux : contemporaine si je sors de la géométrie du patchwork , je redeviendrais traditionnelle dès que  j’assemble les étoffes autrement. C’est absurde . Mon œuvre n’est pas du saucisson qu’on tronçonne on me prend tout entière avec toutes mes valences ou on ne me prend pas (c’est la deuxième solution qui a prévalu je dérange, tel un ornithorynque qu’on ne sait où classer)

J’ai constaté que les artistes hors sérail textile  que je fréquente depuis quelques années  n’ont pas du tout la même façon de voir. Déjà ils ne se laissent pas prendre aux étiquettes et pour la plupart font comme moi ..  Les peintres savent bien qu’on n’est pas forcément traditionnel en utilisant un nu qui est un de leurs « poncifs » ou un « paysage » ;ils savent que c e qui compte ce n’est pas les classifications que d’autres après coup vont appliquer à ce qu’on fait . Autrement  dit, d’être on non contemporain ils s’en moquent , on ne parle jamais de cela, mais de nos œuvres, de nos manières de manipuler nos matières , d’accéder à la création . C’est un milieu  ou on ne vous pose jamais la fameuse question dont on ne sort pas depuis plus de trente ans : en art textile : « alors tu fais du traditionnel du contemporain  ou de l’art textile » -car c’est ainsi que l’histoire s’est déroulée chez nous : ne me dites pas le contraire j’y suis depuis 1986. Inféodée à personne et hors clan , mais j’y suis. En observatrice critique, lucide et attentive. Admirative de  ce que  je ne saurais créer quand du moins cela suscite en moi une véritable émotion, mais dubitative souvent.

A noter que lorsqu’une revue d’art a publié mon portrait d’artiste on ne m’a pas demandé si j’étais traditionnelle ou contemporaine et pas non plus quand j’ai exposé en 2004 en galerie d’art  . Non on m’a demandé comment je travaillais, on y est allé voir  … on a regardé vraiment et sans formatage .Un vrai regard que je n’ai jamais, ou si rarement trouvé en milieu art textile et surtout pas « contemporain »  au sens où les textiliennes actuelles l’entendent

 

 

IL m'est répondu qu'on n'est pas de mon avis (je m'en serais doutée!), et qu'on n'a pas le temps de répondre On sous-entend que c'est trop long.

 

Que je suis hors sujet en enfin que les artistes d'autres disciplines qui ne me demandent pas si je fais du traditionnel ou du contemporain , mes braves, c'est qu'ils sont tous traditionnels puisque l'abstraction et la figuration c'est du 'traditionnel" .-sic-   . Bref tout ce qui n'est pas contemporain étant traditionnel si on préfère la tautologie pourquoi donc poser la question ? Et comment se situer dans l'art contemprain sans connaître un peu les opinions et la pratique des artistes des autres arts ? Les mouvements si nombreux de  ce XX siècle ?? Mystère . Mais puiisqu'on n'a pas le temps ...Dommage , j'aurais essayé , mais comment discuter avec quelqu'un qui sait déjà tout !

 

L'art textile et l'imagination

Art textile, suspension et imagination ....

Je réagis ici à une photo vue sur un site d'art textile très "branché"  et sur un réseau social,  Il s'agit une œuvre exposée en milieu art  textile , je le précise.

Ou plus exactement aux commentaires qu'elle suscite, dans le même milieu.

L’œuvre en elle-même, je ne suis pas critique d'art et je l'ai pas vue en réalité, je noterai que c'est une de ces innombrables présentations en suspensions .... de matériaux divers ...la caution textile, comme toujours est le fil et la fibre -non tissées,  mais enfin comme le souligne mon article l'art textile une ambiguité structurelle ..il faut s'habituer à ce manque de rigueur des étiquettes, par peur de passer pour ringard . Du moins si on mange de ces fibres-là ....tout cela ne me dérangerait pas si les artistes qui osent encore utiliser du tissu selon des techniques plus anciennes n'étaient pas reléguées sous l'étiquette" traditionnelles" quoi qu'elles fassent ! et si on leur donnait, à elles aussi un peu d'espace pour exposer en solo quand elles ont une oeuvre digne de ce nom à montrer .Las : on peut rêver . Le patchwork c'est souvent côté kits, modèles à reproduire et commerce. et c'est aussi trop souvent le fait de celles qui "font" du patchwork ...sans créer, mais le croyant.

 

  Cette œuvre est étayée, évidemment ,  par une démarche". Je ne discuterai pas de la valeur artistique  de telles œuvres.

J'ai quand même quelques lueurs en art contemporain et plus encore en art textile qui se veut "innovateur" depuis la fin des années 1990, où j'ai vu s'installer lesdites installations dans notre espace commun.

  Je note  aussi que l'artiste se définit comme "sculpteur"  et non  "artiste textile" et que nous sommes donc toujours dans le même glissement qui consiste à trouver géniale une œuvre en la sortant de sa catégorie . Si une sculpture  qui n'est pas essentiellement "textile" et encore moins d'art du tissu devient le summum en matière d'innovation "textile" et d'art du tissu forcément, tout ce qui restera conforme au genre premier paraîtra obsolète ! On pose là un axiome ...

Si je déclare qu'une peinture c'est un  "concept de sculpture plate et en 2D " , j’aurai sans doute du succès via le même procédé, à l'envers. Ou comment réinventer l'Amérique ..ou le fil à couper le beurre ... l'astuce, c'est de changer de rubrique.


Car  enfin cette sculpture est exposée dans le cadre d'une manifestation d'art textile "novateur" dont les assemblages géométriques sont bannis . qu'on ne me dise pas le contraire : j'ai encore aux oreilles les "tout sauf du patchwork'" des personnes qui élisent les élues !!

Revenons-en aux  commentaires que suscite presque à chaque fois ce genre d'installation.

Certain(e) s soulignent   la profonde "originalité" de l’œuvre.

 Je reste tout de même un peu sceptique :  Des suspensions en art , déjà ça ne date pas d'hier les seventies en ont vu fleurir un lot  Tapez :  suspensions art ou mobiles dans un moteur de recherche regardez les réalisations et les dates,  Comparez,  revenez à l’œuvre dont on vante la sublime  originalité -  quelle qu'elle soit - essayez de voir vraiment et après comparaison ce qu'elle apporte de vraiment nouveau et d'original et à l'art tout court et à l'art textile surtout .. honnêtement et sans préjugé  favorable ou défavorable.

Ensuite on en reparle !  Et si possible au cas par cas . il y a des œuvres suspendues qui sont de petits miracles de délicatesse et de magie  il y en qui ne sont faites visiblement que parce que "ça le fait" de' faire dans la suspension !  Je m'explique :

Calder l'inventeur des mobiles est né en 1898.... c'était pas hier tout de même ! On suspend beaucoup depuis (et sans doute avant !) , en art et en art textile  - J'ai vu défiler un peu de tout suspendu : des capsules de bouteilles,  des bouts de métal,   de papier calque , de fibres diverses , de ferraille , des cailloux, du bois .. et evidemment même des étoffes .. . Tout cela,  comme dans tout procédé artistique (suspendre en est un au même titre qu'assembler)  avec des réussites plus ou moins  patentes. Seulement exposé côté "art textile" cela a toujours l'aura de la merveilleuse "innovation"  par rapport à un agencement de surface (mais le relief existe dans l'art textile depuis de vieilles lunes voir l'article précédent, au moins en bas-relief!) .

Ce qu'on nomme l'art du fil depuis les early 2000 a exploité à fond le créneau, du fil auquel on pend quelque chose .. je devrais dire le fil long....

 Les premières suspensions que j'ai vues se revendiquant d'un "art textile novateur" -sic-  datent de la fin des années 1990, possible qu'il y en ait eu avant  surtout de l'autre côté de la Manche ou de l'Atlantique (chez nous innover égale importer sans le dire , si souvent !) . Nous sommes en 2015 .... donc nouveauté mais de quoi donc ? Originalité ? Sans doute si le procédé sert une véritable force créatrice . Comme tout autre procédé, ni plus, ni moins .

Me fait tiquer davantage encore  le commentaire suivant que je reproduis  :" ça, au moins, c'est de l'imagination créative.." ce qui sous entend que le reste -tout ce qui ne ressemble pas à ces installations new look-enfin déclarées telles!-  n'en serait pas ...

On est dans ce mépris mille fois signalé,  dans cette façon d' accaparer et le textile , et l'art et de plus l’imagination et la création.

Tout se passe comme si côté arts appliqués et décoratifs tout était issu de kits et de modèles  reproduits et que les créations n'existaient que pour donner des idées à celles qui n'en ont pas (et se les approprient le plus souvent sans vergogne, puisqu'on n'arrive pas à faire comprendre que réaliser de ses mains un objet conçu par quelqu'un d'autre n'est pas créer ! )

Ce qui sera l'objet d'un autre  article sur les ouvrages dits de dame ...

 

 

Les broderies en relief

Lisant dans un blog , à propos de l’exposition des broderies Shams à l' Aiguille en fête  2015 que ce serait une "invention" de la broderie en relief, j'ai envie de dire ce que j'ai appris au fil des ans sur les broderies reliefées et la broderie en relief.

IL va de soi que je suis preneuse de tout commentaire de personnes qui sur le sujet en sauraient plus que moi. Ou  sauraient autre chose que j'ignore . Ce n'est pas trop diffcile, je ne suis pas historienne en histoire de la broderie mais je possède des ouvrages de référence dont l'encyclopédie Autour du Fil  entre autres ..

 

L'ouvrage  en question précise fort justement que toute broderie par ajout de quelque chose sur un support est forcément "en relief" mais qu'on a coutume d'employer le terme lorsque les points sont posés sur un "renfort" : carton, bois, fils, feutre sont les plus couramment utlisés. Et ce depuis fort longtemps et dans diverses techniques .

On pourra aussi consulter ce site

 J'élargirai pour ma part aux autres types de reliéfag, jusqu'à ceux de la broderie contemporain. Pour voir des réalisations dans le respect du droit (je n'ai pas le droit de publier des photos d'ouvrages qui ne sont pas les miens sans autorisation ...et le temps d'obrenir une réponse positive éventuelle !) le plus simple est de faire une recherche d'images en entrant le nom de la technique de broderie sur un moteur de recherche. J'avais préalablement mis cette recherche en lien mais ça ne fonctionne pas .

D'autre part et bien qu'ayant travaillé pour la revue Broderie  d'art en tant que  "créatrice -réalisatrice" -et non simple exécutante- , je m'estime en broderie "amateur éclairé" et non vraiment professionnelle , donc si un(e) pro passe par là et estime que je me trompe ( l'oeil :-) , qu'elle  me le dise (ou peut compléter, rectifier ...

 

 Faisons d'abord un sort aux dites broderies Shams  qui sont certes magnifiques et d'un style de dessins,  couleurs et matières  particuliers mais le procédé qui consiste à rembourrer avec des fils de coton meilleur marché que la soie (ou l'or!) et de rebroder dessus ne date pas de l’avènement de ces broderies. On le trouve bien evidemment dans nos broderies d'or et de soie médiévales où il était un des procédés de "rehaussage" du motif. Le site de Mary Corbet que j'ai donné en lien précédemment  montre comment l'artiste a restauré une broderie d'or médiévale et refait ce reliéfage ...

On peut constater  que dans la broderie Haute-Couture du style François Lesage que j'ai un peu pratiquée (en amateur!) il existe un procédé de reliéfage sur coton retors  tout à fait analogue. Donc l'invention n'est pas dans le relief , mais dans les résultats et le style de cette broderie particulière.

Le  procédé existe dans d'autres broderies reliéfées par exemple dans la broderie dite Casalguidi on travaille sur un faisceau de brins de cotons  qu'on recouvre ensuite de point de tige.

Lien vers un tutoriel de Casalguidi

On peut reliéfer tout simplement en superposant plusieurs épaisseurs de fils, ce qui se fait couramment en peinture à l'aiguille quand on veut donner du relief à un endroit. On peut voir des exemples sur ce lien  ou en tapant peinture à l'aiguille ou shaded silk dans un moteur de recherche. Outre  que le procédé d'ombrage en lui-même peut donner l'illusion d'un relief parfois d'un réalisme criant de vérité, en trompe-l'oeil .

 On peut aussi et les brodeuses de blanc le savent bien, reliéfer en remplissant de petits points la surface à broder. Le point dit de plumetis un passé plat rembourré est réalisé ainsi .

Le relief peut d'ailleurs sans renfort être obtenu par le point lui-même et le fil employé, ainsi la broderie en relief dite brésilienne par exemple ou les points de poste et de cast on stich (une sorte de séries  de mailles montées sur l'aiguille comme pour un tricot), de  picot sont couramment employés.

lien vers un tutoriel de  broderie brésilienne

 

Et puis il y a le célèbre stumpwork , qui a connu un retour de faveur dans les années 2000, qui lui, utilise toutes sortes de moyens de reliéfage : des points  tenant au support pour le départ mais traités en liberté pour le reste, des  perles ou autres supports recouverts de points, des ajouts en trois dimensions brodés élément par elément... c'est tout un monde !On y trouve même des figures détachables en trois D , ce sont de véritables sculptures en broderies alliant le bas relief pour ce qui reste lié au fond et la ronde-bosse pour certaines figures détachables .

L'encyclopédie Autour du fil à la rubrique relief note que l' apogée du stumpwork  date du XVII siècle, et qu'au XVIII on serait revenu, là, comme partout à plus de "simplicité" -relative.

lien  vers un tutoriel entre mille autres....

Proche du stumpwork sont les broderies de l'australienne Helan Pierce dont je possède deux livres, j'ai réalisé ces feuilles perlées  avec armature métallique  non en suivant ses modèles, mais sa technique -ce qui pour moi est différent !-

 

Feuilles perlees 001

Un des reliefages les plus connus (et à mon avis un des plus faciles à maîtriser ) c'est la broderie aux rubans de soie dite autrefois "rococo" , celle -ci est abondamment illustrée dans moult tutoriels, et sites. Le reliéfage, pour un effet naturel doit laisser assez de liberté au ruban et une bonne brodeuse arrive à le modeler de manière à lui donner un aspect naturel et vivant  . Les fleurs que j'ai réalisées  sur des modèles de Lesage sont faites sur ce principe pour beaucoup mais avec aussi ajouts de perles, de raphia etc ...On pourra citer l'artiste Die van Nierkerk

Ci dessous un jardin fait selon ses techniques mais encore une fois la création est personnelle, sur une photo de Michèle Lefebvre, que j'ai auparavant retravaillée en art numérique de manière à lui donner l'aspect d'une aquarelle.

 

jardin-a-Madererefaitrecadrepour-site.jpg

 

Ce qui nous amène evidemment à la broderie de perles qui peut-être de perles pures  sans rien d'autre, être sur un tissu uni ou associée à un imprimé , et aussi  se mêler aux autres types de reliéfage par exemple le quilting ou matelassage.. Je citerai encore le Brodeur François Lesage , mais cette photo est une composition création personnelle en ruban de soies et perles sur écharpe, réalisée pour la revue Broderie d'art .

 

Detail3

Il faut évidemment faire un  sort au reliefage style "capiton" à savoir boutis, trapunto et..matelassage . Ce ne sont à proprement parler des broderies au sens de fixer quelque chose sur un support, mais ils s'y rattachent par l'emploi des points (le point devant ou avant , parfois de piqûre ou les piqûres machine en piqué libre) . A noter que le tissu dit "piqué" est une sorte d'imitation de ces matelassages.

Dans cette rubrique on peut ranger les trapuntos embellis de Martine House, qui sont à la fois broderie et rembourrage .Le livre existe encore aux éditions de SAXE .

qui m'ont inspiré cet ouvrage (toujours  création personnelle d'après une technique "inventée" par une autre artiste )

 

Souvenir d un ancien monde 2

 

Et bien sûr il faudrait ajouter les smocks, les manières de plisser et texturer les étoffes, tout ce qui dans l'art textile contemporain comporte de rajouts de matériaux divers (coquillages, mais aussi objets trouvés, épaisseurs de tissus superposées, mélanges de matières non textiles ( , d'inventions chimiques actuelles le célèbre tyvek -il m'est arrivé de le travailler-  et autres moyens de reliéfer "modernes" qu n'ont plus grand chose à voir avec la définition stricte de la broderie en relief .... ni même parfois de la broderie tout court (et qui est souvent art de mixed media: peinture, plastique, papier, bois verre  tout ça mêlé à un peu de fil et de tissu pour la caution textile et parfois-souvent!-  pour le plaisir de nos yeux, mais avec hélas souvent aussi une sorte d'arrogance par rappport à l'imagination dans les œuvres fondées sur des techniques et matériaux plus anciens. Comme si l’imagination dépendait de la mode et de la nouveauté du  matériau utilisé, de sa "modernité" ...

Je citerai sur ce sujet le livre de Maggie Grey Raising  the surface with machine embroidery . Resterait aussi à aborder le feutrage qui naturellement rembourre et se rebrode .... On voit qu'on n'en aurait jamais fini !

 

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Feutrage et broderie armée sur broderie anglaise dans ce tableau Coquelicot

Stitching resistance

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Livre écrit par un collectif dirigé par Marjorie Agostin
éditeur : Solis press 2014

Après une préface de Marjorie Agostin, le livre se présente comme une série d'articles écrits soit par des artistes textiles et parfois  poètes  soit par des universitaires  et il est assez éclectique, de ce fait.

 Le but est de montrer les différentes facettes de cette résistance des femmes par l'art textile.  Chaque article développant un aspect de cette résistance aussi bien aux problèmes du quotidien qu'aux persécutions politiques. Le point commun serait le courage dans l'endurance , qu'on a si souvent confondue avec une patience "passive', dans une vision masculine de la société, l'action c'est toujours quelque chose de rapide, de vif, voire de violent . Les femmes au cours des siècles ont dû développer d'autres voies d'action où les travaux textiles tiennent une grande part. C'est un point qui en France du moins , n'est guère exploré.

Il repose aussi pour certains articles sur une rétrospective  de ce que fut l'art textile au féminin depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. On y croise Pénélope, Hélène de Troie et Philomèle (qui on le sait m'est chère!)  et également la moins connue-en France s'entend-  Mariana Pineda héroIne espagnole du XIX siècle,qui  broda  une devise libérale sur un drapeau et qui fut exécutée pour cela, à l'âge de 26 ans..Lorca en fit une pièce de théâtre que j'ai lu (et relue!) jadis.

Il est impossible de résumer un  tel ouvrage composé de nombreux articles évoquant des aspects très divers de cette résistance, entre autres lors de   la guerre en Bosnie  (massacre de Srebrenica), résistance aussi d'une artiste juive  néérlandaise Netty Schwarz Vanderpol à un souvenir terrible de sa déportation par la réalisation  des tapisseries à l'aiguille que j'ai trouvées très fortes  ..mais plus humblement au quotidien, comme l'histoire d'une mère et de son fils délinquant et de l’œuvre textile qui  est lien entre eux. Beaucoup d'autres aspects que je ne peux tous citer et des abords que je dirai donc éclectiques.

Quatre articles sont consacrés  aux arpilleras  ces tableaux en appliqués rebrodés notamment du Chili -mais aussi d'autres pays- témoins de la résistance des femmes à la dictature et une mention est faite aussi de l'action actuelle des mouchoirs brodés contre la violence au Mexique à laquelle nombre d'entre nous ont participé . Broder pour la paix.

Je voudrais faire un zoom sur un article  d'un universitaire historien de l'art  Roger Dunn . Cet article  intitulé The changing status of fiber work within the realm  of visual art -le changement de statut du travail textile dans le domaine des arts visuels) confirme mes modestes réflexions, et je me sens donc, un peu moins seule quand je lis par exemple la sous-partie  intitulée :  "Breaking down the artistic hierarchies"  qui ne peut que m'interpeller !

L'article  dépeint la place des femmes dans l'art et l'art textile depuis l'Antiquité mais avec un élargissement sur l'époque contemporaine.Il repose sur l'analyse de nombreux exemples d'oeuvres, de livres ou de parcours d'artistes en faisant la recenson de plusieurs oeuvres ou livres traitant du problème. Notamment il est fait mention de l'oeuvre de  Judy Chicago the Dinner Party

On peut voir de quoi il s'agit ici

et d’un  livre de dont le titre est en lui -même éloquent Anonymous was a woman de Mirra Banks ,consacré aux arts féminins et domestiques travaux d'aiguille et aquarelle, toujours minorés, quels que soient leur réelle valeur .

L'auteur salue la création en 1987 d'un  musée réservée au oeuvres féminines à Washington DC  mais suggère qu'une vraie égalité serait mieux obtenue dans des lieux mixtes, mais où oeuvres féminines et masculines seraient représentées  dans une égalité numérique plus juste      qu'actuellement.

J'en retiens surtout ces passages , à méditer : "de tels arts utiles sont devenus connus comme  "arts mineurs" "arts décoratifs" ou simplement "artisanat" avec le corollaire qu'ils valaient moins  que la peinture, la sculpture ou l'architecture,  les ouvrages en textiles sont rarement inclus dans une philosophie de l'esthétique  ainsi que dans l'histoire et la critique d'art"

ou bien encore

 "l'histoire 'de l'art a démontré encore et encore que la reconnaissance se fait selon le genre et le medium "

et enfin " si on considère les quilts Amish faits par des femmes en Pennsylvanie au XIX et au début du XX siècle, on peut voir que de simples compositions   centrées sur les relations entre couleurs , dans lesquelles les nuances de tons, de couleurs et d'intensité et leur interactions sont antérieures  à un travail comparable en peinture et gravure des maîtres plus tardifs et des styles célébrés de l'op art, du  minimalisme, comme Joseph Albers ou Victor Vasarely."

Tout ça c'est pas moi, humble quilteuse ,  qui le dis c'est un professeur émérite d'université , alors j'espère que lui on le croira car chez nous la reconnaissance se fait aussi selon le genre et/ou le diplôme :-)  et non toujours selon la pertinence et l'argumentation des idées énoncées .

Je soulignerai que si on cite les Amish c'est justement à mon avis un  peu un piège : on reconnaît ce qui ressemble à un mouvement de peinture ultérieur et les pauvres petits tissus imprimés en font encore les frais .. même si l'intention est toujours louable...

En effet  reste ouverte la question de savoir si les femmes, en faisant ressembler leur démarche aux oeuvres des hommes donc aux grands arts, n'ont pas  contre leur gré contribué au mépris des arts  domestiques (tricot, broderie , patchwork) où les femmes excellaient et qui restent donc considérés comme des sous-catégories dont il faut sortir pour créér valablement ou tout au moins qu'on peut exercer à condition  qu'elles ne ressemblent plus trop aux arts d'origine ..'ainsi un quilt en sachets plastiques passera pour révolutionnaire par le simple fait qu'il n'est pas en  tissu -cette autre tare!- etc ..même s'il a moins de valeur esthétique qu'un autre fait en matériaux dits  traditionnels .)  . Le livre ne tranche pas il propose des approches très différentes, relate des expériences variées et ouvre vers des sujets peu connus comme par exemple un article intitiulé text -tiles (tile est la tesselle de mosaique) illustrant les rapports entre art textile et poésie dans le tradition judeo-hispanique .

A noter pour l'ensemble du livre l'excellente bibliographie après chaque article.

Un livre, dense, riche et rare. on pourra aussi lire    sur un thème proche The Subversive Stitch de Rosika Parker  qui pose aussi la question, côté brodeuses, de la dévalorisation de l'art au féminin dès qu'il devient domestique , de l'exploitation des femmes comme petites mains,ouvrières anonymes pour réaliser, et de la gloire acccordée aux grands brodeurs -souvent des hommes- chose qui n'a guère évolué depuis le Moyen -Age côté reconnaissance de la part d'art expressive et créative qui existe dans une oeuvre, Sans compter les allusions dans les deux livres aux impacts  positifs comme négatifs  sur les arts d'aiguille  des  divers mouvements féministes.

Une découverte...

Le livre que je vous présente ici est un peu différent des autres... d'abord c'est un livre de...chimie, ensuite il a été écrit par un savant, Jean Girardin au XIX siècle.

Le rapport avec les quilts et les étoffes ?  Le tome 4 dont je dispose, issu d'un ensemble intitulé :  "leçons de chimie élémentaire" est un exposé complet sur les méthodes de teinture, et impression à l'époque, qui plus est orné de vrais échantillons et vous avouerez que toucher des étoffes datant de 1883...c'est quand même émouvant surtout quand on y apprend de plus tous les secrets de fabrication de ces petits imprimés qui ont été pour la plupart réutilisés avec des moyens plus modernes dans ces collections qu'on appelle "reproductions d'anciens".

 La première partie du livre, consacrée aux plantes tinctoriales est  très intéressante. quoique cet écrit soit à la fois technique, scientifique et didactique , c'est aussi rédigé dans un style remarquablement vivant, on y sent percer à tous  moments l'enthousiasme de l'auteur pour les merveilleuses découvertes de la chimie.

Actuellement j'ai photographié l'ensemble de la dernière leçon, celle qui concerne l'impression sur étoffes et qui m'a semblé la plus intéressante.  Contactez-moi si vous êtes intéressé (e). Je précise que la reproduction de ce type de livres n'assure pas une qualité parfaite, je ne suis pas équipée pour, mais je pense que c'est suffisamment lisible, surtout sur écran,  pour être partagé, le cas échéant.Sous réserve que ce soit légal (ce que je crois au vu de l'ancienneté de l'ouvrage) et que je ne croule pas sous les demandes...

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Quilts around the world

Titre :  Quilts around the world

sous-titre : The story of the quilts from Alabama to Zimbabwee

Auteur :  Spike Gillespie

Editeur : Voyageur Press 2010

 

Ce gros livre de  350 pages est une pure merveille pour les yeux, tout d'abord. Je dois dire que depuis que mon mari a eu la bonne idée de me l'offrir à Noël dernier, je n'en finis pas de le découvrir et de le savourer.

Il est préfacé par Karey Patterson Bresenham qui dirige l'International quilt festival de Houston, et plusieurs contributeurs spécialisés y ont participé.

Livres d'experts donc, qui connaissent leur sujet

Il est divisé en six parties  : the Americas, Asia, Europe, Australasia, Africa et la partie VI est consacrée à des patrons de blocs inspirés des différentes traditions .

La partie consacrée aux Usa est évidemment une des plus fournies et j'en conseille la lecture  à  toutes celles qui voudraient savoir par exemple d'où vient ce clivage entre traditionnel et contemporain que les Américaines nomment plutôt art quilts. Il y est expliqué très précisément (pages 79 et 80) ce qui s'est passé après l'exposition des quilts traditionnels au Whitney Museum en 1971, et comment beaucoup d'artistes américaines n'ont surtout pas voulu qu'on les prenne pour des quilteuses . D'où l'appellation  "fiber ou textiles artists" et d'où le rejet que nous vivons encore ..au vu que nous l'avons adopté et que certaines artistes françaises ont emboîté le pas pour se démarquer des autres  "faiseuses de couvertures ...".

  J'y reviendrai en présentant d'autres livres. Dans cette partie sur les Amériques à noter les pages consacrées aux Molas qui sont somptueuses.

La partie consacrée à L'Europe m'a semblé inégale. Certains pays sont comment dire ? sur-représentés par rapport à d'autres (Royaume-Uni, Suède) et même si leur tradition textile le justifie, il semble qu'on n'ait pas trop cherché à en savoir plus que ..ce qu'on montre habituellement. Ainsi la France à laquelle il est consacré 10 pages c'est le boutis, le piqué marseillais et pour les quilts contemporains le superbe  Scarlet Ibis de Gabrielle Paquin. Si beaux que ces ouvrages soient , on peut se demander -et je le prouverai- s'il n'existait pas d'autres entrées vers le patchwork en France, celles du livre précédemment présenté, entre autres. Il faut choisir, certes.. L'Allemagne me semble aussi sous-représentée et notamment dans ses quilts contemporains (pas de trace d'Inge Hueber, par exemple ...) . En revanche je ferai une mention spéciale des quilts Gallois qui ressemblent tellement aux quilts Amish que l'auteur se demande s'ils n'en ont pas été l'inspiration , bien que ce ne soit pas historiquement prouvé.

Malgré les réserves que j'ai émises (un peu chauvines, les réserves, je le concède!) , c'est un livre magnifique tant pour les yeux que pour l'esprit et je ne devais en acheter qu'un sur l'histoire des quilts et des ouvrages textiles d'assemblage , ce serait celui-là, sans hésitation.

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