Désobéir ! oublier l"obligation des coutures -qui ne doivent surtout pas se voir-
ou qu'on doit cacher, recouvrir par exemple de broderies, et non pas toujours pour "faire joli". Et parfois si, et pourquoi non ?
Mais pas ici.
Ne rien faire "comme il faut " : les bandes ne sont pas calibrées , rien n'est mesuré , rien n'est taillé au cordeau on est juste dans l'à peu près. Dans le lieu précis où toute norme s'évapore de sa propre étroitesse.
Oublier la précision de la coupe, justement pour parvenir à une autre exactitude : celle qui permet l'usage de toutes les étoffes du ruban de Noêl à la soie Haute- Couture en passant par la feutrine, le velours ou le tissu d'ameublement...L'ourlet de pantalon et la robe de soirée, le tablier d'enfant et le morceau de veston, le rideau et le torchon, la doublure et l'authentique , l'avers et le revers , Tout cela dans une joyeuse mixité .Une grande réconciliation ..entre âges, sexes, époques, usages ...
En être l'ordonnateur désordonné , brouillon , confus, mais rigoureux.
Jongler avec les épaisseurs , les textures et les touchers différents,les odeurs , se frotter la joue dessus, oublier !
Oublier tout sauf les nuances, les couleurs, les reflets, et parfois quelques motifs pour rappeler que oui c'est du tissu et oui c'est du patchwork . Quoi d'autre ?
Et tant pis si ce n'est pas comme ça qu'on fait et qu'on doit faire. c'est comme ça moi qu'ici j'ai envie de faire.
Laisser les bords se franger, les ciseaux couper en dents de scie. garder les raccords visibles comme autant de failles fécondes.
Piquer sans se soucier de couvrir l'ensemble au point de le défigurer ni même transfigurer , il s'agit juste de retenir ...comme on retient son souffle dans l'attente de quelque chose qui doit (re) venir .
Comme on retient l'histoire qui ne cesse de se dire.