Faux semblants

Faux semblants : de vrais -faux objets textiles. (article  publié sur le  site darts-up  récemment suppprimé )

 

Au départ sont des ouvrages textiles parce que  c’est en matière de création ce que je nomme ma « valence » première .

Ensuite, une photographie  souvent de détail de ces ouvrages textiles . Ces photos ont été prises soit pour illustrer mon livre Jeux d’étoffes, soit pour la parution en revue ou en album d’images.

Ces clichés  ne se veulent pas photos d’art, mais généralement ils obéissent quand même à une esthétique de composition et à des impératifs de netteté.

L’objet représenté est primordial pour l’étape suivante,  j’entends par là que sa qualité de réalisation influe aussi sur le résultat final. La disposition des points en broderie notamment, tous les choix de couleurs, textures, motifs et formes qui ont  présidé à la réalisation de l’objet « premier » sont importants. Si je le souligne c’est parce que cet objet premier dans un art premier (parfois au sens primitif du terme) va être très vite « oublié » et aura du mal à être perçu, lui, comme une oeuvre d’art.

Sans cette filiation (sans jeu de mots !) aucune de ces images n’existerait comme telle . Ce travail manuel et réel préalable du fil et du tissu est pour moi fondamental, au sens propre du terme.

 

J’ai eu l’idée de retravailler  ces clichés avec le filtre d’un logiciel de retouche de photos,

Le travail numérique consiste à régler des paramètres et à faire des choix ,pour un détail donné il existe des centaines, voire des milliers de métamorphoses possibles .C’est à ranger techniquement dans la catégorie photo altérée.

C’est comme une photo de quelque chose qui n’existe pas, mais qui pourrait exister.

 d’où le titre de faux-semblant.

Images de nouveaux possibles  ou de nouveaux impossibles .

 Certaines semblent vraies c’est à dire qu’on pourrait faire croire qu’il s’agit de la photo d’un vrai objet existant vraiment  (et l’image en contient une part) et ce n’est que partiellement faux puisque le point de départ est réel -mais différent, D’autres s’éloignent davantage vers des effets graphiques où l’ouvrage de départ disparaît  quasiment. Les deux possibilités sont intéressantes. puisqu’on joue sur  l’écart entre la proximité et l’éloignement, entre réel et illusion comme avec les fonctions focales des filtres.

Comme  à chaque fois dans un travail d’image numérique, existe l’ouverture vers ce qu’on pourrait en faire d’autre : il n’est pas interdit (et je l’envisage pour certaines) de les imprimer sur étoffe et de les réintégrer à un nouvel ouvrage qui mêlerait alors le faux semblant et le vrai textile et ainsi de suite., créant une composition potentiellement  en abyme.
C’est aussi une réflexion sur le temps d’exécution d’une oeuvre qui ici réside dans la distorsion entre la lenteur du travail manuel de la brodeuse ou de la quilteuse, et la rapidité du travail numérique  peut-être même parfois entre une conception calculée, travaillée voire contrôlée et le jeu avec un certain heureux hasard.(même si le travail sur l’image numérique ne saurait être réduit à cela).

C’est très différent de mes autres images  numériques où le plus souvent je crée tout à partir d’un écran blanc et des différents outils à ma disposition. de manière souvent beaucoup plus complexe. Ici je ne  cache pas que le travail numérique à proprement parler est basique .

 Ce sont des oeuvres de passage. Des  oeuvre hybrides, totalement entre deux arts qui n’ont guère de lien dans l’esprit des spectateurs éventuels . On peut même dire qu’elles ne s’adressent pas au même public, elles ne provoquent pas du tout les même réactions, les mêmes regards en milieu artistique.

 Hybride aussi en ce qu’elles relient un art ancestral, un matériau :  le tissu fondé dans sa structure sur le numérique,  et des techniques récentes sinon nouvelles.

Passage entre le réel et le virtuel qui se voudrait aussi conciliation et réduction de l’exclusion que je persiste à trouver injuste des ouvrages faits selon les normes de l’artisanat d’art, entre la  « belle ouvrage » et l’absence de manipulation (c’est à dire au fond entre deux reniements des activités que  j’exerce : l’une étant parfois rejetée comme superficielle et purement décorative, et la seconde parce qu’elle céderait à la facilité du  « tout en deux clics .. ».

C’est donc une  invitation, aussi, à regarder autrement. A interroger la notion de vrai et de faux, d’artificiel ou de factice. A réfléchir sur le rapport entre le temps mis à un ouvrage, le travail et la « valeur »., sur l’importance de la lenteur de l’élaboration et le plaisir quasi enfantin  de l’immédiateté .

Travail d’illusionniste où la tricherie est honnête, le trucage avoué. Il ne s’agit pas de  « faire illusion. »

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Jacqueline Fischer septembre 201

 

 


(1) Voir les écrits et travaux de Patrice Hugues qui ont guidé mes réflexions.
 

 

 

16 avril 20011 29 1

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