Marie Monnier-brodeuse

Titre / Marie Monnier ou le fil à broder nos rêves

Auteur : collectif - catalogue d'exposition

Editeur Conseil régional de l'Oise

Date 1992

acheté d'occasion

J'avais entendu parler de cette brodeuse dans mes recherches dans les années 2000, via l'excellent blog participatif Dentelles d'encre (cf l'onglet liens)   sous la forme d'un "post" d'une autre participante et lectrice  prénommée Marie, elle aussi .  Et puis comme il arrive souvent, passant à autre chose, c'était sorti de ma mémoire.

Je l'ai redécouverte en cherchant des illustratrices de poèmes en art textile.

  Le livre se présente sous la forme d'un recueil et d'un port-folio , le tout sous jaquette ornée du tableau le Bateau ivre, illustration du poème de Rimbaud.

Le recueil contient outre différents articles, des indications sur la vie , et les techniques utlisées par l'artiste, et fait la part belle à sa soeur Adrienne Monnier libraire- éditrice célèbre. La préface rédigée par Jean Tardieu souligne déjà l'écart entre la broderie telle qu'on se la représente (et il faut bien le dire telle qu'elle est souvent exercée) et ces oeuvres difficilement comparables. Il parle plaisamment,  à cet égard, de la différence entre les collines de Monmartre et l'Himalaya.

Je crois pour ma part tout à fait inutile de comparer ce qui reste incomparable .

Marie  Monnier 1894-1976, élève des Beaux-arts, aimait dès ses débuts s'exprimer par le truchement de l'aiguille et des fils - et c'est à souligner -  considérant ce moyen d'expression à l'égal des arts dits "majeurs" où elle aurait pu tout autant exceller . Elle exposa très tôt, dès 1913. Amie de Paul Valéry et de Léon-Paul Fargue , épouse du peintre  Paul -Emile Bécat ,elle nous laisse des tableaux symbolistes où l'onirisme l'emporte. Quand j'ai vu les détails des photos (et je compte bien aller admirer cela en vrai au musée de Beauvais) , je me demandais ce  que je devais le plus admirer : les couleurs et la manière dont les nuances assurent la profondeur de champ, le choix des points et leur orientation pour rendre le dessin où justement, l'art du dessin lui-même. Son portrait de la Brodeuse destiné à Paul Valéry est d'une beauté à couper le souffle, même sur une reproduction .

 Le catalogue montre également la très touchante carte de remerciement du grand poète à son amie et aussi l'article qu'il écrivit à  l' occasion de l'exposition de 1924.

Le  port-folio   montre l'ensemble des tableaux de la donation Saillet au musée de Beauvais. Tableaux sur des poèmes, mais pas exclusivement et parfois l'inverse puisqu'il est dit que Fargues écrivit au moins un poème sur un des tableaux.

 Décrite comme discrète et modeste , il semble que l'artiste se soit effacée derrière son art et ses oeuvres ; on n'évite pas dans le recueil de documents l'éloge à la patience , et à la perfection technique, mais on sent bien qu'elles sont  non pas formelles mais au service de visions intérieures profondes, chatoyantes où le regard invinciblement s'enfonce et se perd. Même en reproduction, le charme (mot cher à Valéry!) joue.

Marie, dit-on faisait teindre ses fils (elle le précise dans un très touchant brouillon de lettre écrit pour postuler   à un prix, nécessaire, dit-elle, pour acheter son matériel et auquel elle ne participa finalement pas. On la dit rétive aux concours et autres manifestations de la foire aux vanités et de fait, quand on regarde ses tableaux, on se dit qu'elle n'en avait pas besoin  et que là n'était certes pas sa visée.

Elle nous laisse une bonne trentaine d'oeuvres . En 1940 elle s'arrêta de broder sans qu'on sache bien pourquoi mais on signale qu'elle continua l'art textile dans la confection de tapis et l'hypothèse est avancée -et me paraît plausible- que ses yeux fatigués en furent la cause. Qui a brodé quelque chose au fil à fil en peinture à l'aiguille, même avec infiniment moins de génie, sait combien c'est usant pour le regard .

On note aussi que l'artiste ne travaillait que sur des dessins tout juste esquissés : le détail venait sous ses doigts en brodant et ce point me semble capital. les points employés sont "classiques" passé plat, passé empiétant, point de couchure , point de chaînette, point fendu, point de noeud. Dans le détail ce qui m'a le plus frappée c'est la maîtrise du choix de ces points pour rendre le dessin , et leur orientation , qui anime la surface. Quand on a brodé un peu sans le secours d'un  modèle , on sait que c'est le plus difficile , d'autant que le nez collé au métier, il faut prévoir l'effet que le tableau  produira de loin .

Parmi les articles critiques, le premier sous la plume de Jean Prévost manifeste une compréhension profonde de l'art des brodeuses, tellement ignoré dans ses différences avec la peinture et notamment de la manière dont la lumière jouant sur les fils et les points propose forcément du même tableau plusieurs lectures  dont chacune, selon l'auteur, doit rester harmonieuse et cohérente avec l'ensemble ..J'en tire  aussi ce passage pour méditation (!)

  "Mieux que tous les autres arts, la broderie où les oeuvres sont faites d'une suite de bonheurs dont chacun fut accidentel , la broderie conserve l'image sensible de tout le travail accompli;  le labeur est laid et doit se cacher dans toutes les oeuvres imparfaites, parce qu'en le découvrant malgré lui le spectateur participe à l'effort. Il est beau dans les oeuvres accompies ; quand toutes les difficultés sont visiblement surmontées  l'esprit contemplateur ne participe plus qu'à des triomphes  en jouissant en un moment de milliers d'heures, il s'enrichit de la substance de l'auteur , s'il oublie la durée en contemplant le résultat il participe de la puissance du créateur sans rien abandonner de la facilité de son rôle"

Pour  avoir une idée de ses"mondes" cliquez sur suite de l'article . Je ne pense pas avoir le droit de reproduire les photos  du catalogue je ne peux donc en donner qu'un aperçu . Pour compléter on peut lire cette réaction  à une exposition en 2009 où deux tableaux de  Marie étaient montrés.

Lien vers le site Hans Ryner

 et cette réaction d'une autre brodeuse

Lien vers le site  l'atelier des fées brodeuses

Une mention  à Marie Monnier se trouve aussi dans le livre la peinture à l'aiguille de Jocelyne Kurc, mais je ne possède pas (encore) ce livre .

J'ajoute que je suis preneuse de tout renseignement et photographies complémentaires notamment des oeuvres non incluses dans la donation Saillet-  pour mon plaisir personnel s'entend .

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art textile livres broderie d'art

Commentaires (2)

1. pauleau anne marie 10/09/2016

Bonjour,
trois tapisseries de Marie Monnier: Mila Repa, une aile de papillon planant au-dessus de champs, des nuages animés sont dans une collection particulière.
Je tâcherai de vous en envoyer les photos.
Marie Monnier a également illustré un recueil de poèmes de Jean Paul Fargues, les Ludions, dont elle avait rehaussé en couleurs les dessins. Je ne possède pas, hélas, ce recueil.
Envoyez-moi votre mail personnel pour l'envoi de ces photos
Bien à vous.
am.pauleau@gmail.com

2. textpatch (site web) 15/09/2016

Merci beaucoup de votre aimable proposition . Mon mail est chiffondart@aol.com. Bonne journée à vous. Jacqueline Fischer

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