Parfois comme sur les photos 3 et 4 et 5 qui montrent mes classeurs de dessins d'ouvrages encore non réalisés -et qui ne le seront peut-être jamais - (mon vivier comme je dis ) on trouve nombre de plans élaborés à l'aide des logiciels de patchwork.
Ce n'est pas le logiciel qui compose tout seul (même s'il existe dedans des plans tout faits ). Ce qui est prodigieusement intéressant c'est d'explorer, d'associer, de détourner, de modifier. j'y travaille depuis 1998, je découvre encore, d'autant que les logiciels évoluent. Et je rappelle qu'ils ont des fonctions de dessin libre, à main levée De tels outils ne remplacent pas l'imagination conceptrice, mais ils la libèrent. Ils libèrent surtout de la dépendance à la composition des autres, au vu que faire à la main un dessin géométrique un peu complexe peut décourager (d'où la tendance à l'emprunter et à se l'approprier en y mettant ses tissus et ses couleurs ... )
Ils permettent d'aller beaucoup lus loin que la simple juxtaposition de blocs, il y a beaucoup plus à faire avec ces géométries-là au niveau composition personnelle. Ce qui m'étonne c'est que dans aucun livre d'art quilt ou d'art textile contemporain cette source-là qui n'aboutit pas toujours à des quilts d'esprit dit traditionnel , ne soit jamais citée. Signe d'une exclusion d'office. "Il faut sortir de ce carcan" , je l'ai lu des milliers de fois. Il est vrai, pour être consacrée artiste textile, il faut surtout fuir cette voie-là , ça se chuchote en aparté ...
Le problème c'est que pour moi ce n'est pas un carcan c'est une liberté de choix et de composition, d'expression personnelle infinie.
Ces dessins géométriques ne sont pas considérés comme de l'art bien évidemment à la différence des carnets de croquis cités ci -dessus..Pourtant les deux sont points de départ ce que je nomme source graphique pour la mise en étoffes. Ils ne le sont pas parce que si le choix de l'armature compte, elle compte aussi en fonction des étapes suivantes qui participent aussi de la composition. L'essentiel n'est effectivement pas toujours dans le dessin de base , la "grille" en quelque sorte. Une simple grille de carrés permet déjà des multitudes de compositions différentes aux étapes suivantes.
Et notamment le choix des couleurs et des valeurs . Ces jeux de contrastes, d'ombres et de lumières sont un deuxième niveau de "dessin" essentiel car c'est lui qui donne le rythme et la profondeur . Sinon on a quelque chose de "plat" . il ne s'agit pas ici de faire un cours pour expliquer comment y parvenir. J'ai donné des pistes dans mon livre Jeux d'étoffes et je ne puis dire en quelques lignes autant qu'en plus de cent pages.
Souvent je dessine non plan en fonction d'un choix d'étoffes que je veux utiliser et l'ayant en tête. Parfois c'est l'exact contraire c'est le dessin qui me donne envie de le "remplir" en tissus en quelque sorte. Le rapport entre l'échelle du motif du tissu et la taille du fragment qu'on va assembler a son importance. La direction, la densité des motifs aussi, la manière dont ils sont centrés, la façon dont ils vont se recouper, guider ou perdre l’œil et surtout la façon dont ils sont associés. Tout cela pas seulement pour faire joli, mais pour rendre ce qu'on a dans la tête, le coeur et le ventre. Comme les autres artistes, les vrais, ceux qui ont fait les Beaux-arts.
Les motifs ont un langage, des échos, ils se répondent par leur formes, leurs couleurs . Ils animent la surface et lui donnent vie. Certes on peut préférer la sobriété des pièces unies qui ressemblent tant à une surface peinte, justement. On peut, mais autre chose existe aussi à côté qui se dit autrement .
Ce travail-là , le plus ignoré de tous, est aussi une composition, parfois fort complexe; Il ne s'apprend pas aux Beaux-arts, certes. Ni dans les écoles d'arts appliqués au motif que ce n'est pas du "contemporain", Il est même devenu une sorte de symbole de ce qu'il ne faut surtout plus faire comme étant démodé. .
Est-il pour autant nul et non avenu ? Pas artistique ? Au nom de quoi ?
Il y aura donc ce triple jeu de lignes celle de l'armature , des couleurs et valeurs et celle des motifs . Tout cela est un jeu complexe, le maîtriser demande comme en tout autre art une compétence, du travail, de la recherche, et peut-être même un talent...
Et puis côté dessin composition il y a encore dans un quilt la décision de le matelasser ou non -il existe d'autres options- et j'aimerais qu'on en soit libre. ou encore de le broder et ce sont encore des lignes et des reliefs avec lesquels il v a falloir composer... en accord avec le reste : simplement souligner, ou user d'un matelassage intense, ou encore de rien du tout, pourquoi pas ... c'est encore un travail qui touche à l'esthétique côté sculpture de bas relief ...
S'y ajoutent encore éventuellement ce qu'on nomme improprement "embellissements" et qui peuvent être des ajouts signifiant quelque chose, pas juste là pour faire joli..parmi lesquels la broderie dont les points dans leur variété est encore un autre code et ce, qu'on utilise la main ou la machine.
Il y donc bien lignes dessins à toutes les étapes de cette composition...des lignes et des dessins qui en combinaison avec une matière sont censés produire un effet esthétique signifiant et même rendre des émotions . Mais ce ne serait pas être artiste que de maitriser tous ses aspects, puisque des personnes en décident à notre place. Au nom de quoi et s'appuyant sur quelle connaissance des arts textiles, et même de l'art tour court, ça, je me le demande.