Questions de vocabulaire (2)

Des diverses techniques

 

 

            Nous en parlons entre nous mais pour quelqu’un qui n’est pas initié, il est bon de rappeler de quoi il s’agit. Notre art, ne l’oublions jamais,  est confidentiel ...Tout le monde sait ce qu’est une gouache ou une aquarelle ...mais parlez de piécé ou de crazy et on vous regardera comme si vous parliez une langue étrangère -ce qui n’est pas tout à fait faux, beaucoup de termes étant anglais. Ceci n’est qu’une présentation succincte qui ne se veut pas exhaustive. Et comme je ne suis pas omnisciente, si vous relevez des erreurs, écrivez-moi (plusieurs têtes valent mieux qu'une!).

Nb Les ouvrages illustrant cet article sont issus de mes créations.

            

          

           

          

         

          

La technique piécé  dite à l’américaine consiste à assembler des morceaux d’étoffes entre elles , généralement sans tissu de fondation. Le piécé peut s’adapter à nombre de pratiques (main ou machine)  et à tous les styles. Certaines  artistes sont des virtuoses de l’assemblage en piécé comme Ruth B Mc Dowell, par exemple.

            Parmi les techniques d’assemblage proches, on peut signaler la méthode de couture à l’anglaise sur papier, qui est sûrement ancienne. Beaucoup utilisée pour les quilts en hexagones dits jardins de grand-mère, mais je rappelle au passage que tout quilt dont la forme basique est un hexagone n’est pas forcément un « jardin de grand-mère » lequel correspond aussi à un agencement précis desdits hexagones.

            A ne pas confondre avec la couture dite sur papier (paper piecing)  qui se pratique à l’envers du travail  et à la machine. On enlève le papier après couture (ou on coud sur un fond soluble).

Une méthode très connue d’assemblage dite strip piecing consiste pour beaucoup de motifs comportant carrés,  rectangles et triangles à coudre des bandes  de tissus différents, recouper et réassembler. Beaucoup de quilts  actuels sont faits ainsi car cela permet d’aller vite, cela a un petit côté travail à la chaine. A noter qu’aux Usa toutes les méthodes d’assemblage préconisées sont faites à la machine. Time is money et l’impératif pratique  ou commercial domine, même si le résultat peut être jugé artistique, naturellement !

 L’appliqué lui est très souvent assimilé à une technique de broderie (on le trouve répertorié dans pas mal de livres de broderie). Il consiste à fixer une forme en tissu sur un fond. Là encore, il existe évidemment plusieurs manières de le faire. Les Baltimore,  style d’appliqué portant le nom de la ville où ils se sont développés au XIX siècle sont parmi les plus appréciés et les plus célèbres

            La broderie perse est une variété d’appliqué dans laquelle on découpe des motifs imprimés sur des tissus, on les fixe généralement à bords vifs par un point de broderie main ou machine.

            On peut trouver des appliqués à bords repliés (les plus classiques) , à bords vifs, brodés ou non

            La tendance actuelle est à encoller les motifs avant de les fixer par un point.

            On trouve aussi des collages d’étoffes, motifs appliqués souvent à bords vifs  qui couvrent toute la surface, se chevauchent parfois, et sont rebrodés à la machine en piqué libre le plus souvent, ou à la main.

            L’appliqué inversé consiste à  utiliser deux épaisseurs de tissu minimum,  la forme est découpée dans celle du dessus  on replie les bords que l’on fixe avec un tout petit point. Les broderies Molas et les jardins avec grilles en fer forgé de l’artiste Dilys Fronk sont réalisés avec cette méthode.

Les crazy quilts,  eux, sont moins une technique qu’un genre , un peu des deux. Crazy  viendrait de crazed qui désigne les craquelures des vases et les quilts auraient été inspirés par des vases japonais. Mais les crazys quilts existaient déjà avant sous d’autres appellations Dans le crazy originel les tissus sont utilisés dans leur forme irrégulière de chutes, Appelé aussi « pointes folles » fragments  dont il fallait ne rien perdre quand elles étaient précieuses. Posées sur un fond et fixées  par des coutures recouvertes de broderies , ornées de dentelles, boutons, le crazy est aussi de tous les quilts le plus bourré de symboles.  Les broderies et ajouts  ont cette triple mission de consolider, d’embellir et de signifier. En général on travaille sur des carrés qu’on réassemble mais rien n’interdit de faire autrement. Les crazys étaient parfois montés  en méthode anglaise, sur des formes en papier . On assimile d’ailleurs au crazy les surfaces constituées de mosaïques brodées sur les coutures, retenant le critère de « somptuosité »  et le fait que de tels quilts sont brodés..

            Actuellement et j’avoue le déplorer, les crazys sont souvent montés à la machine en simplifiant les formes, ce qui les fait ressembler à des logs cabins décentrés. On sent toujours dans ce type de méthode comme le désir d’aller vite et d’obtenir une surface normée.

           Je compare parfois , avec le mauvais esprit qu’on me connaît, les méthodes de couture rapide quelles qu’elles soient, au fast food. On obtient quelque chose, mais, à mon avis, il y manque les mystères de l’improvisation et la profondeut de champ des œuvres  plus lentement élaborées.

  Le log cabin n’est pas une technique mais un motif  et de loin le préféré des quilteuses. Motif très ancien puisqu’on le trouve dit-on dans les tombes égyptiennes,  Constitué de bandes cousues autour d’un carré central il a été repris sous ce nom de cabanes en rondins par les pionnières américaines.  Il  comporte énormément de variantes avec des modifications de la forme de base en triangle, hexagone etc . Il se faisait autrefois (et peut se faire encore) sur un tissu de fond , du papier  L’ananas, symbole d’hospitalité,  est une variante du log cabin.. Bien qu’ils soient des « poncifs » du patchwork, ces deux motifs gardent toutes leurs possibilités de renouvellement et d’interprétation- laquelle ne vient pas que du dessin -  mais aussi de l’usage des étoffes, si du moins on voulait bien considérer notre art ni comme un art essentiellement de "couture", ni comme un art essentiellement graphique-même si les deux aspects  ont leur importance- mais comme un art d'assemblage des tissus.

A tout cela peuvent s’ajouter les innombrables techniques de l’art textile : travail avec des tissus en bandes tissées, déchirées, sculptées , petits morceaux dits snippets sous tulle retravaillés en piqué libre ensuite...ou autres  tissus fantaisies . Il ne se passe guère de jour où ne paraissent un ou plusieurs livres ou articles de revues expliquant une technique « nouvelle » ou renouvelée. 

             Je pense que la maîtrise de techniques multiples, si elle ne s’accompagne pas d’un travail personnel ou de ce qu’on pourrait appeler une démarche, cantonne l’art dans son côté "étalage de virtuosité", de "savoir-faire".   Une technique, dans une optique de création, devrait toujours à mon avis correspondre à ce qu’on a à l’intérieur de soi à transmettre. Elle n’a pas besoin d’être sophistiquée pour que l’oeuvre soit remarquable (voir par exemple sur le blog la présentation du livre d’Edrica Huws). Cela dit, ce n’est pas parce qu’un  travail est salopé qu’il devient par magie, plus  expressif ... il ne le sera que si l’apparente négligence obéit à une véritable exigence, venue du sujet sur lequel on travaille ou si tout simplement on travaille les tissus sans s’occuper trop de l’aspect « couture », dans une visée différente.

         Les points n’étant alors présents que pour tenir ensemble indépendamment de toute esthétique. C’est ce point-là (!) qui semble le plus difficile à faire admettre et objet de jugements hâtifs sur des oeuvres qui mériteraient un regard que j’oserais dire plus intelligent.

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