témoignage

  • Modèles: une expérience de créatrice

     

     

    Jacqueline fischer modeles 1broderie 

     

     

    Je voudrais évoquer ici une expérience en liaison avec l'article  précédent Modèles.

    Ma première phrase sera pour regretter que dans notre pays,  réaliser des modèles pour des revues de loisirs créatifs soit se déconsidérer, trop souvent, au plan artistique.C'est vrai ça ne fait pas très intellectuel, ni prestigieux , ça !  Les  vrais artistes textiles, souvent plasticiens  de mixed media   ne s'abaissent pas à cette sorte de transmission permettant la reproduction de leurs oeuvres A la rigueur ils  organisent  des stages, ou écrivent des livres.  pour livrer quelques "recettes"censées rendre "créatif" . Quelque chose qui peut se "reproduire" n'est pas à leurs yeux digne du  titre  d'oeuvre d'art (c'est oublier les faussaires ! et tous ceux qui imitent pour s'entraîner ! ) mais chut ne mélangeons pas une fois de plus torchons et toiles de maître , l'ouvrage dit de dames et les Beaux-arts.

    J'aime bien , on le sait, titiller les préjugés ordinaires et universellement admis, lorsqu'ils me semblent non justifiés.

    Ce n'est pas le cas aux USA ou au Royaume-uni où il n'est pas rare dans les revues on voit  passer le nom d'une artiste reconnue (et qui expose parfois en  galerie ou musée ) .Il n'y a pas ce clivage, ou du moins pas autant.  La remarquable revue de broderie britannique Stitch à laquelle je fus longtemps abonnée est un modèle du genre qui allie aussi tradition et modernité . Un autre esprit!  


    J'avais déjà donné à la revue  Les Nouvelles du  patchwork -dès 1992-une petite dizaine de modèles , mais là je fournissais juste les photos et les rédactrices se chargaient du travail explicatif et des schémas.  Et ces modèles étaient fournis gratuitement, tout le monde étant bénévole. Et puis,  on a  mis huit ans pour publier mon quilt Patience dans l'azur et j'ai compris  à  mi-mot ("les temps changent" m'avait-on dit ) qu'on n'en voulait plus, là que j'étais has been, sans doute . La mode ne m'intéressant pas en art ni en littérature, j'ai suivi mon chemin .

    Fin  2007 quand la revue Creation patchwork m'a demandé des modèles , comme pigiste, j'ai un peu hésité .D'autres relations contactées aussi, ont refusé  pas assez prestigieux pas assez remunéré.  On a même parfois sous entendu  qu'on recrutait vraiment n'importe qui.  Sympa pour moi ! On n'évite pas ces rosseries un tantinet mesquines.

    Et puis je me suis rappelée  que j'avais appris à broder et à coudre des robes grâce à des magazines. puis le patchwork non pas en  copiant les modèles des autres mais en y apprenant les techniques  et en m'imprégnant aussi de ce à quoi j'avais alors accès.  

    J'estime que lorsqu'on brode, il vaut mieux savoir maîtriser les points de broderie  et explorer tout ce qu'on peut exprimer avec eux.    Mais pas forcément dans une optique de perfection normée , mais d'expression personnelle. Mais pour explorer un point il faut en connaître l'existence et savoir d'abord le faire ordinairement, si je puis dire, avant de tenter d'en faire autre chose, c'est même à mes yeux ce qui fait la différence entre un(e) artiste qui sait son art  et en joue , et un(e) autre qui fait du salopé ou du maladroit  parce  qu'elle ne sait pas faire autrement.(il est vrai si ça colle à ce qu'il ou elle veut dire, rien à reprocher, je ne  fronce les sourcils que lorsque cela semble donner une plus-value ) , De même quand j'écris, j'aime disposer et d'un vocabulaire précis et riche (même si je n'en use pas toujours!) et maîtriser suffisamment les subtilités syntaxiques de notre langue . Pour écrire si j'ai beaucoup appris de l'imprégnation par la lecture et l'analyse d'oeuvres littéraires, une connaissance pointue de l'étymologie , de la phonétique du français, de la grammaire et de la conjugaison ne m'ont pas semblé inutiles.  Qui peut le plus peut le moins, mais pas souvent  l'inverse . Même s'il faut parfois savoir oublier ce qu'on sait , pour ne pas avoir l'esprit trop encombré. Or les points de broderie,c'est dans les revues et quelques manuels édités par lesdites revues que je les ai appris au fil de ma vie . C'était une transmission hélas féminine et populaire. Hors champ de la culture pour intelligentsias qui plus est . Sauf quand un grand nom de la littérature, je songe à Régine Desforges, vient mettre le phare sur le point compté. Si c'est Madame Lambda evidemment, le regard ne sera pas le même.

    Alors je me suis dit que   je pouvais tenter l'aventure. Mes grands enfants étaient étudiants, ça me faisait aussi un peu de sous pour leurs études.  surtout comme je venais de prendre ma retraite ça me rendait un  rôle "actif" dans la société, même si on peut trouver ce rôle ridicule et dérisoire.   J'avoue que lorsque pénétrant chez mon marchand de journaux, je voyais une de mes créations sur la couverture  (et parfois plusieurs) , j'ai éprouvé comme une naïve fierté .

    En patchwork géométrique, je n'ai pas vraiment créée de modèles exprès pour la revue ,je proposais ce qui était déjà fait vu le temps qu'il me faut j'ai donné le mode d'emploi pour avoir un objet ressemblant. Pas semblable, c'est impossible.  Le but n'était donc pas dans mon esprit d'inciter à une copie sans interprétation personnelle. Ainsi   les rares  fois où j'ai pu voir ce que d'autres en avaient fait,  j'étais heureuse de voir que c'était des adaptations, des interprétations.

    Ces quilts avaient été créés le plus souvent non pas pour la revue, mais comme toute oeuvre d'art unique pour exprimer ce que je voulais dire  avec ces tissus -là dans cette surface-là. En les publiant  comme "Modèles" je leur aurais enlevé, semble-t-il, leur statut d'oeuvre unique, non reproductible etc. En  donnant un  tutoriel, je les dévaluais , selon l'opinion admise.. Je demeure  persuadée que toute oeuvre peut en décomposant chaque étape être l'objet d'un tutoriel (plus ou moins complexe) . Vrai aussi que lorque je créais  ces surfaces, il entrait dans ma composition beaucoup d'instinct et d'improvisation, mais après coup on peut toujours tout decomposer pour expliquer au moins dans les grandes lignes. Le détail appartient à la "patte" de l'artiste ! Et si on songe qu'en cet art c'est le détail qui donne sa vibration, son sens, sa tonalité, son expresion à l'ensemble, mon oeuvre resterait donc "unique".Ainsi ce jardin de l'abeille -un des modèles les plus complexes à expliquer où chaque hexagone ou presque  est différent des autres et signifie, pour moi quelque chose par sa couleur et ses motifs.

     

    Jardin de l abeille jacqueline fischer 1

    Le jardin de l'abeille

     

    Donner la possibilité de reproduire n'était donc pas vraiment permettre de copier ou de démarquer de trop près .

    Le vrai travail, celui qui était rémunéré en droit d'auteur (et non d'artiste!), était un travail de pigiste technique .Ce sont même les droits d'auteur "écrivant" les plus élevés que j'ai jamais  perçus (la littérature ne nourrit que rarement son homme, et on en  est presque à payer pour être édité!) . J'ajouterai perfidement et très immodestement que si tout le monde peut écrire et considérer que c'est original et génial - puisque de soi -moi y compris ! -, rédiger de telles piges exigeait un certain nombre de compétences  spécifiques.  nonobstant celles d'être capable de créer les oeuvres originales (qui ne sont pas le modèle, à elles seules!)

    Il fallait d'abord évaluer le matériel nécessaire, ce qui n'est pas simple quand on use de 2000 tissus différents  ou qu'on mélange les fils ... récupérés un peu partout. Ensuite il y fallait des explications, claires, si possibles  -c'est là où trente ans d'enseignement ne sont pas tout à fait inutiles- et surtout des schémas conçus à l'ordinateur, et  la maîtrise du logiciel quilt- pro, inégalable pour montrer comment monter les morceaux s'est révélée indispensable. Ce qui donnait des pages comme ça dans la revue (après travail de la maquettistepour la mise en page) . Je ne les regarde jamais sans une obscure et vaniteuse satisfaction . (je ris!)  :

     

     

    Jacqueline fischer modele 2

     

    Modele 3 jacqueline fischer

     

     

    S'ajoutaient les photos dites d'ambiance. Celles-ci étaient parfois réalisées par moi parfois par la directrice de la revue ce qui exigeait des envois risqués. J'y ai perdu ainsi  un couvre-livre . Sans proposition d'indemnisation , bien sûr. Et les frais d'envoi à l'aller  étaient aussi à ma charge.  Et même si je garde de cette expérience (qui dura jusqu'en 2012) un excellent souvenir, il y eut forcément les hiatus et les bémols , comme dans tout parcours humain !  Par exemple les titres changés , sans doute pour être plus "accrocheurs", ou bien les photos déformées sur une couverture où  mon quilt Noctambule est passé au miroir déformant .. Les problèmes de résolution (nombre de pixels par centimètre ou de points par pouce. ) La difficulté d'obtenir la mention "création"et non réalisation"  sur ce qui pourtant en était quand on l'attribuant d'office à d'autres , sans doute mieux cotées que moi , même quand je partais d'un dessin original . Mais j'étais toutefois plus chanceuse que les créatrices des années 60 -70 dont le nom n'était même pas cité.  Il y avait eu un progrès.  Plutôt que "réalisation" j'aurais aimé parfois le terme interprétation surtout en broderie où l'essentiel n'est pas, mille fois non, dans le dessin.  Je tiens aussi à la rigueur des mots, et de leur sens. Ce qui me rend très chiante, je le sais.

     

    Les crazys quilts que j'ai créés à cette époque l'ont été à la demande souvent en accord avec un thème : Noël pour cette étoile des neiges :

     

    étoile des neiges photo sup4.jpg

     

     

    ou le thème  Les cérémonies pour Célébration, quilt conçu comme cadeau de mariage.

    Celebration art textile jacqueline fischer red 3

     

     

    Pour les crazys quilts, je n'ai jamais donné de patron de détail , juste le plan d'enemble, car pour moi l'esprit crazy d'origine,  tient aussi à la forme irrégulière de morceaux à sauver et à ennoblir  par la broderie dans leur forme pour en perdre le moins possible. Et trop tenir la main (ou le pied?)  dans ces "pas à pas" c'est bloquer toute initiative personnelle.

    Un peu plus tard la revue Broderie d'art s'est créée et j'ai été aussi  du voyage ! 

     Travail un peu différent, pas de schéma de montage, sauf en la partie couture, mais des  photos décomposant chaque étape d'un point  :

     

    Couvre livres schema 13 point de bouclette explique

    et évidemment l'explication de la répartition des points et des fils par zone  ou détail. C'était très long pour  les créations complexes. Il fallait donner pour chaque détail une photo vierge d'indications et la photo "fléchéé" plus la légende correspondante (trois documents donc pour un détail !)  ,On imagine quand il y avait ue bonne vingtaine de photos (parfois plus) la maquettiste se chargeant de remodeler cela de manière plus esthétique.

     

     

    B schema 3 roderie plumesn flechee

     

     

    Les modèles de broderie, eux , ont tous été  créés -sauf un- selon un cahiér de charges , lequel indiquait souvent une technique , et un  objet dans lequel la broderie devait s'inclure. la France a la passion de l'objet d'art décoratif , tandis que dans les revues du Royaume-Uni on voit beaucoup plus de broderies encadrées. il m'est arrivé de refuser de créer  des maniques en broderie fine . Car si c'est pour servir vraiment de manique on n'use pas d' un ouvrage unique et fragile qui va être abîmé aux premières utlisations, et si c'est pour le  décor fût-ce  celui d'une cuisine autant alors encadrer l'objet et le protéger.

    L'objet était imposé ,  la technique ou le style parfois (précieux, rustique ) mais j'étais libre du reste -ce qui est pour moi l'essentiel; J'ai usé parfois de dessins existant dans les vieilles planches d'ouvrages (toujours en le signalant)  mais le travail de brodeuse était ma création : point couleurs, matières. (et ce n'est pas rien !) .

     

     

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    Coussin rustique, desin emprunté , mais choix personnel de tout le reste.

     

     

     

     

    J'ai aussi usé de dessins personnels  :

     

     

     

     

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    Ou  de photographies personnelles ou données par ma famille :

     

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    Jardin à Madère sur une photo de Michèle Lefebvre

    J'ai ainsi fait un cetain nombre de sacs et de coussins ,écharpes, châles,  quelques tableaux aussi , des pochettes... En simplifiant ce qui relevait de la couture, je ne suis pas une bonne finisseuse d'objets complexes ! Cette expérience m'a appris à broder plus vite, à adapter mes points et leur régulaité à la visée  de ce que je voulais obtenir.  Quand les commandes arrivaient, j'acceptais ou je refusais, et je m'établissais un planning , il fallait tout envoyer à la date fixée (ah !  l'enfer des x fichiers à télécharger ) . la pensée me vient souvent que de tout ce  que j'ai créé il ne restera pour un public large que ces créations dans quelques revues . Beaucoup vivant dans l'instant, trouvent que c'est vaniteux de vouloir une conservation des oeuvres textiles de la sorte,   autre et digne du temps et de l'imagination qu'on y déploie .Mon avis est inverse . C'est un art aussi qui est à revaloriser, dans toutes ses facettes, pas juste celles qui ressemblent aux Beaux arts ou qui sont exercés par des plasticiennes. Pas que mes chers chiffons personnels . J'ai même rêvé d'une étude autour de tous ces créateurs et créatrices de l'ombre,  d'abord anonymes, et aujourd'hui méconnus encore  et ce n'est guère aisé justement . Si j'étais historienne de l'art, je crois que je me pencherais sur cet aspect-là .

    Et puis un jour, on ne m'a plus passé de commandes et j'ai compris que mon "emploi" n'existait plus .J'ai constaté ultérieurement que la même pige (c'était prévu au contrat) était repassée dans d'autres numéros, voire des livres de "synthèse" sur un thème .  C'est ainsi  et c'était aussi bien !

     

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  • Oeuvre souterraine -3 : L'art textile

    L'oeuvre souterraine- L'art textile. :

     J'en ai très souvent parlé ici  -et ce n'est pas fini !- et je ne vais donc pas refaire mon parcours par le menu. 

     Je parlerai ici plus de broderie que de patchwork (même si les deux se relient dans les crazys quilts et d'autres oeuvres d'inspiration plus récente) , mon parcours en patchwork est détaillé ici :le bonheur en lisière

    Redire juste combien broder et écrire sont deux gestes appris quasi en même temps, mais qu'on ne relie pas si souvent. Sauf dans les alphabets , marquoirs, monogrammes et les plus récentes tendances qui consistent à écrire ou broder sur textile ou mixed media. Pour moi 'c'est lié aussi de l'intérieur (même si j'ai écrit et brodé des textes sur étoffes et que je le ferai probablement encore.) Mes articles textes et textiles illustrent d'autres voies (et ce n'est pas fini !) .

    Déposer des lettres sur un papier . Déposer des fils sur un tissu, et déjà comme une fascination pour les motifs. Dès mes sept ans ...et par les magazines féminins comme expliqué dans l'article Modèles.

    Pour moi ce qu'on juge "décoratif" est signifiant.  Surtout si on crée ce "décor" non pas forcément en inventant le motif (pas plus que la lettre ou le mot) mais en se l'appropriant par l'interprétation qu'on en fait, la manière dont on compose avec tout cela. Et surtout ce qui est propre à la broderie : les motifs, les points, les fils, les matériaux rapportés sur une étoffe de fond. Comme le photographe compose avec son sujet et la lumière (bienheureux photographe à qui on ne demande jamais si c'est lui qui a dessiné ! ).

     Brodant pendant longtemps comme on le faisait toutes pour décorer et orner donc -ce qui semble rédhibitoire vu que c'est dévolu aux femmes et aux artisans (art domestique et servile n'obligent pas qui les pratiquent)-  jugé superficiel inférieur souvent  par  ceux qui pratiquent les grands arts ou on condescend à en reconnaître un sorte d'esthétique qui serait dépourvue de vie de profondeur (la beauté n'est pas aimée non plus !) .. ou le fameux "travail" ; on concède, on ne comprend pas !! on ne ressent pas surtout .

    Mais déjà interprétant les motifs y mettant mes fils, mes couleurs et les points que je choisissais ( ce qui reste l'art du brodeur  ) .Et une création authentique, je le rappelle avec force qui tient à ce qu'on va déposer sur le tissu.  Comme on écrit sur une page très exactement et non comme on calligraphie le texte d'un autre. Composer une broderie c'est très proche de composer un poème .

    Pas en pro , certes, je n'ai as la prétention de posséder  la maîtrise des vraies ouvrières d'art et brodeuses de Haute-Couture,  mais j'ai travaillé de 2007 à 2012 comm créatrice de modèles,en patchwork puis en broderie  parce qu'on me l'a demandé. Et j'aimais bien, même si parfois croulant sous les commandes j'avais peur de ne pas finir dans les délais, même cette création n'était que semi-libre (il y avait un cahier de charges en quelque sorte) , même si on m'a dit qu'évidemment cette revue  "c'était pas le top " 'pardi puisqu'on m'y employait !)  et même si un jour ça a cessé sans qu'on m'en avertisse , ce qui eût été courtois .

    Peu importe c'est une expérience que je ne regrette pas même si aujourd'hui je suis résolument dans "autre chose" .

     

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     J'aimerais dire, parce que j'ai mauvais caractère (!) :

    - Pas plus que je n'assemble  ou écris je ne brode ni ne couds  pour "occuper mon temps'  je n'ai pas besoin de cela j'ai comme beaucoup des obligations domestiques, familiales, amicales,  etc.

    - Ce n'est pas un loisir 'créatif"  , ni un "hobby" mais une recherche  constante dans un art qui me passionne, même si durant tout un temps de ma vie j'ai dû l'oblitérer ...Si c'était un loisir je n'aurais pas décidé de m'arrêter de travailler avant l'heure pour ce faire.  Je reconnais que ma "chance" est de l'avoir pu, mais c'est une  "chance" que j'ai obtenue en travaillant . Pas une rente qui m'est tombée par héritage. J'ai fait un choix de vie et je l'ai tenu. C'est  vrai, je l'ai pu et d'autres ne le peuvent , mais  y renoncer ne les aurait pas aidés et ce choix donc ne nuit à personne.

    - Ce n'est pas une activité pour me détendre . Ni "méditer" avec les doigts occupés en mode automatique . Je construis ce  que je fais ... et souvent les points choisis demandent une concentration extrême pour ressembler un peu   à  ce que je veux, ce n'est pas en mode "je suis le pas à pas" ou je remplis ma surface en regardant la télé - Ce serait impossible ! mais c'est le plaisir de "faire naître" à chaque fois. Des choses comme ci dessous  par exemple :

     

     

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     - Je ne cherche pas à faire de "jolis objets" ,  on peut les trouver "jolis" tant qu'on veut , mais je cherche une harmonie,  un accord par ce moyen comme en tout ce que  je fais .  C'est le lien. L'harmonie je le répète souvent,  est fille de Mars et comporte ses discordances voulues. Et s'il n'y en a pas, c'est voulu aussi . D'autre part je crée des surfaces, comme les peintres, graveurs  ou les photographes ( !)  parce que  la surface est mon mode d'expression choisi . C'est ce que je préfère mais voilà ça force les gens à penser napperons, couverture, centre de table,  vêtements, accessoires, parce  que c'est le rôle dévolu aux arts textiles  .. pluôt que surface où on dit quelque chose .. cela ne va pas de soi(e). C'aussi pour une raison pratique : ma maison ne saurait contenir des suspensions, des sculptures géantes  etc .. et puis l'idée  me séduit de cette ambivalence de certaines de mes surfaces : art et réchauffement des corps ou du décor.. déjà comme ça elle est pleine à craquer, ma maison  et des matériaux et des oeuvrages ... au point que parfois je me dis que je suis folle de continuer à entasser ici toutes ces choses qui  n'intéressent que peu de personnes (des personnes de qualité s'entend :-)  mais comme c 'est le nombre qui compte pôur compter ! Las ... après moi hop disparition. L'admettre et en profiter tant que c'est possible.

     

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    - Je ne suis pas une petite main,  je crée pour m'exprimer, moi et non pour rendre les créations d'autres. Ce n'est pas déshonorant de le faire,  très très loin de là,  tout au contraire mais d'abord c'est un métier pour lequel je n'ai pas de qualification reconnue, justement. Juste mon expérience et mes expérimentations d'indépendante.  Ensuite ce n'est pas du tout cela que je veux faire. Donc quand je crée un sac ou une écharpe, un gilet  il est de moi, de la conception au dernier point cousu. Et je n'ai pas pris le modèle dans une revue . ( c'est l'inverse, j'ai créé des modèles pour des revues et croyez-moi, ce n'est pas du tout pareil !) .

     - Je m'exprime avec fils, points tissus comme un medium dans une optique d'expression personnelle pas de perfection technique, ni de  transmission patrimoniale d'un savoir ancestral. En revanche j'intègre des éléments issus de ce qu'on nomme tradition dans ce que je fais, j'intègre aussi des techniques et matériaux dits "innovateurs" - Je crois que dans le monde de l'art textile c 'est une pratique assez courue -ce qui l'est moins parfois c'est de reconnaître honnêtement ses emprunts .

    Je demande juste cette compréhension qui du reste exige  au moins un peu connaissance de l'art en question (pas de reconnaissance vraie sans connaissance  ).  Je publie x articles qui sont faits pour ça  :-) . et si on n'en a ni le temps ni le goût qu'on pense composition couleur texture et non 'tissu, fil, ouvrage de dame, joli,  heures de travail , habileté, patience .. etc . Que si on est peintre, photographe ou graveur on imagine ce que  ce serait d'entendre tout cela à chaque fois ou presque qu'on montre quelque chose. Et d'être systématiquement oublié(e) des recensions de l'art tout court ... pûisque pas dans la bonne case. Et même dans aucune et les refusant, viscéralement ......

     

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  • A propos du temps....

      Temps, patience etc. en art textile

    Souvent les questions qu'on me pose tournent autour du temps qu'il faut, du temps que "ça prend" pour créer  tel ou objet ou surface textile. On entend souvent uniquement le temps matériel de "fabrication"qui semble voiler tout le reste, et aussi et surtout la "patience" qu'il faudrait pour obtenir de telles surfaces. Certes il y faut du temps et de la patience, mais j'aimerais tellement qu'un jour on l'oublie !

      Imaginez par exemple la surface ci-dessous, avec le même nombre et formes de pièces, la même technique d'assemblage, mais sans recherche personnelle sur les étoffes et leur placement en composition dans ladite surface. Sans la variété des motifs sur le même thème (les fleufleurs si décriées comme non contemporaines et que j'ai voulu, moi, sortir de leur prétendue niaiserie) Le travail de patience serait le même, le résultat certes pas ! A ce stade je suis consciente que seuls les artistes mosaïstes en étoffes sont obligés  d'en faire la démonstration, et de plus, avec le sentiment un peu doux-amer de le faire en vain et de devoir toujours se justifier ! 

     

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    Petite fleur- détail matelassage Simone Struss

    Comme  n'importe quel autre art,  : le temps de réalisation n'est pas le temps de création, pour un raison simple : la création commence bien avant..... par exemple dans le temps passé à collectionner les étoffes, trouver celles qui inspirent, recueillir les autres, rêver à ce qu'on pourrait  créer avec   ces trouvailles diverses, le temps passé à observer  à la fois les étoffes, les oeuvres des autres, le monde en soi autour de soi, prendre des notes, faire des ébauches, ou des plans plus structurés, à laisser infuser en soi toutes les sensations, impressions, envies. Parfois une idée jaillit plus impérieuse que les autres, elle s'impose ...on se met en route. Du temps s'est déjà écoulé.

     

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     un des carnets de travail sur les motifs des étoffes

    Ce temps d'élaboration, de gestation est pour moi essentiel. C'est lui qui distingue mes ouvrages et oeuvres d'autres où il est "zappé" puisque on se sert d'un modèle , qu'on "suit" -- voire d'un kit et que le temps n'est plus alors que d'exécution et reproduction.  C'est lui qui me donne le droit de me dire conceptrice de la surface que je montre- je  voudrais dire "créatrice", mais  ce mot étant mis à toutes les sauces a fini par se vider de son sens -  et d'en reconnaître la "maternité". Et les sources, quand elles sont évidentes. J'accepte mal qu'on mette sur le même plan ce qui a nécessité ce temps de travail personnel et ce qui utilise celui des autres, pour obtenir un objet semblable ou ressemblant.

    LIre à cet égard si on veut cet article.

     

    Ce temps-là est  donc zappé dans le regard quand on ne loue dans une surface que le soin avec lequel  elle a été assemblée et "tout le temps que ça a dû prendre". Vous diriez la même chose à une dame qui vous montre le modèle réalisé grâce à une revue, voire un kit. Vous ne voyez pas, alors, ce qui pour moi, comme pour tout artiste-concepteur est l'essentiel. Je sais bien que c'est une forme de reconnaissance, de la gentillesse, souvent. Mais quelque part, ça irrite, ça brûle.

    J'ai rencontré fort heureusement dans ma vie des personnes qui regardaient vraiment, me parlaient couleurs, motifs  composition ... symbolisme, lectures différentes de ma surface -c'est donc que c'est possible -et pas que sur les miennes et oui, oui même sur un quilt en blocs géométriques, car dans mes quilts de la sorte il n'y a pas que la structure "classique" à voir - et la façon dont ça tient ensemble, du moins, je l'espère et même je le sens, je le crois puisque d'autres l'ont perçu . Je vous assure : cela fait un bien fou...

     Ce temps, du reste est fragmenté, tout autant que les ouvrages d'assemblage. Je procède par  ce que je nomme des "sessions". J'ai un principe : ne jamais me forcer à travailler , lorsque je n'ai "plus de jus" , que l'envie et le désir  me quittent, car alors je serai dans une sorte de geste machinal, sans cette ardeur qui m'est nécessaire. Ce serait un ouvrage, il serait fini, mais il ne serait pas le même, l'ennui éprouvé à le faire s'y ressentirait. Je ne déroge que pour les tâches un peu mécaniques d'achèvement, finitions-que je n'aime pas . Car en fait entre le plan ou l'ébauche (même si elle est en couleurs) et la surface achevée il y a toute cette osmose avec les petits bouts d'étoffes, chez moi toujours aussi variés que possible non , je ne prévois pas tout au départ et j'organise l'ensemble de proche en proche; il n'est guère de surface que je n'ai modifiée, au cours de son exécution, alors que tout le monde croit que tout est "décidé" à l'avance parce que la structure en est régulière.  C'est que que pour moi l'essentiel des oeuvres ainsi composées vient  du choix des étoffes et de leurs relations les unes aux autres à l'intérieur de ladite surface c'est là qu'est mon rôle principal  :  faire parler, chanter  les étoffes entre elles . .

      Si mes ouvrages sont comme je dis "fils du temps" -et avec les deux prononciations et sens différents du mot "fils" , c'est bien parce ce sont des oeuvres de vie modifiables selon les circonstances de la mienne, aussi . Tout est fondé, au fond sur des rencontres ...ou des chocs, parfois.

    Ainsi il m'arrive d'abandonner un ouvrage pendant de longues années et puis un matin, je me réveille avec l'envie de le finir -celui-là, pas un autre - ou bien il m'arrive un évènement fort - heureux ou malheureux - et alors j'ai envie de reprendre quelque chose d'oublié. Ainsi cette étoile dont je raconte ici l'histoire fut-elle reprise à un moment de ma vie où il m'est arrivé quelque chose qu'on ne souhaite pas, même à son pire ennemi- j'étais alors si mal qu'il me fallait l'envergure de ce travail (trois mètres ou presque de côté) et son côté  cyclique (la roue du temps-celle du "supplice intime " aussi) pour  oublier , ou plus exactement mettre à distance, tant le travail requérait d'attention.

     

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    L'étoile des quatre saisons -matelassage Simone Struss-collection privée

    d'après une création d'Evangéline Dillon -quilt d'interprétation)

    S'il m'a  fallu beaucoup de temps, c'est aussi parce que cet ouvrage correspond à un stade d'évolution où je ne suis plus (je réinterprète rarement les surfaces des autres , à présent, mais je ne renie pas le travail personnel  qui consiste à "revisionner" le même plan de quilt autrement. Ainsi traîne encore dans mes "leftovers" et autre orphelins ou UFO , maints débuts de quilts réinterprétés de mes débuts.

     C'est pourquoi dès qu'un ouvrage me lasse , je le range et j'en prends un autre, soit un déjà commencé qui délaissé un moment retrouve alors presque un intérêt de nouveauté, soit un autre que je mets en route (je dois me freiner un peu côté mises en route). J'aimerais qu'on comprenne que ce n'est pas vanité quand je dis que j'ai trop d'idées . Il ne se passe guère de jours où je ne visionne quelque projet , où il ne me vienne une nouvelle  envie-idée d'assemblage , ou de broderie ...ou les deux associées . Je crayonne je prends des notes et quand je ccrée des plans de quilts via un logiciel c'est pire  Bien sûr ces idées  sont aussi initiées par mes lectures , ce que j'observe de la vie en moi, autour de moi. .C'est pourquoi j'ai établi ces cahiers d'élaboration puisque je garde depuis toujours tous  les documents de mise en route qui ont abouti au quilt ou à la surface textile, ce sont eux qui témoignent de l'élaboration et d'un cheminement personnel, des modifications , des errances ...des improvisations tout autant que des stratégies pré-établies. Des abandons parfois très longs, et des reprises.

     

     

    Certains ouvrages sont imaginés , crées et réalisés en relativement peu de temps (quelques semaines  au mieux ) , pour d'autres il y faut comme pour ce Conservatoire deux décennies... dscf015red4.jpg

     

    On voit aussi combien cette façon de procéder me marginalise à une époque où on exige d'aller vite ...de présenter des "perdreaux " de l'année, qui plus est . Je suis donc non seulement souvent à contre-courant, mais aussi à contretemps. J'ai fait ce choix de respecter en moi ce qui était essentiel à la manière dont moi j'entends mener à bien ce que je nomme "mon oeuvre", même si cela semble outrecuidant . Une oeuvre peut exister et être médiocre, le mot ne présume pas de sa valeur. Il désigne simplement un ensemble, pour moi cohérent , et je l'espère, signifiant .

    De ces heures passées qui ne sont donc pas que de "couture" très loin de là , il ne restera rien , absolument rien dans la  nuit du temps puisque l'oeuvre n'est pas jugée telle qu'elle mériterait conservation. Donc cette pensée si fréquente : que deviendra-t-il de tous ces fragments de ma vie, après moi ?   C'est cela aussi le rapport au temps, parfois si douloureux à vivre . ça consiste juste  à mourir deux fois : de corps et d'oeuvre. Sort commun à bien des artistes je le rappelle, mais plus encore à ceux qui sont choisis par un art exigeant,  chronophage  et inexistant en tant que tel ...ou presque à l'exception de deux trois très grandes qui ont fait aussi autre chose fort heureusement pôur la partie purement textile de leur oeuvre. Et dont le milieu prêtait à la reconnaissance ...