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  • La vogue du "slow stitch"

     Les livres anglo-saxons et américains depuis quelques années , ainsi que les blogs et sites regorgent de publications sur cette "nouvelle" manière d'aborder la broderie et l'assemblage d'étoffes.
    Or tout ce qui est manière d'assembler des tissus différents entre eux m'intéresse ! J'ajoute que si je ne suis pas les modes, j'en intègre ce qui me semble recouper mes propres envies et désirs par rapport aux diffférentes façons de connecter les étoffes entre elles et surtout de s'exprimer par ce moyen. C'est encore des moyens de "dire avec".

    On y trouve des surfaces, des livres, des vêtements,  , des  sculptures ... Le point commun reste la récupération de textiles qui ont un vécu, la lenteur du geste main, le renoncement à une perfection normée pour une expression plus libre . Et évidemment chaque artiste lorsqu'elle crée véritablement et a une personnalité forte y imprime sa marque et son expression.

    La couleur penche vers le beige-écru- blanc (mais rien n'interdit d'utiliser des couleurs vives, peut-être ces tons délavés ou très pastels ont-ils une implication aussi écologique (moins de teintures agressives pour la nature )   Un des directives celle qui me plaît le mieux c'est faire avec ce que vous avez sous la main, éviter les modèles tout faits, improviser ....et pour ma part , je ne m'interdis pas d'utiliser des tissus neufs de ma collection "spécial patchwork", si pour moi ils ont une signification, un appel particuliers.

    Le point de broderie  dominant est le point avant (ou devant) se recommandant du boro japonais ou du point de Kantha  indien (ce qui n'est pas tout à fait la même chose) en passant par notre point de reprise . Mais on peut y trouver des broderies beaucoup plus complexes et élaborées. Si on gomme l'aspect méditation et spiritualité que certaines pratiquantes  aiment attacher à ce genre de geste (moi pas du tout ! ) , le rôle de ce point simple à faire est d'unifier les fonds, souvent pour poser dessus appliqués et broderies , objets trouvés, citations de textes ou de poèmes.  Histoires de vie (la je me sens déjà plus adhérer !)  qui se recoupent celles des brodeuses couseuses d'autrefois et  "marques" personnelles de l'artiste qui recompose avec .

    Si vous tapez "slow stitch" dans un moteur de recherche " vous aurez une idée de ce à quoi ces surfaces ressemblent. et de l'abondance d'articles et d'ouvrages qui lui sont consacrés. Comme souvent quand quelque  chose  se fonde aux USA , il ya comme pour les Modern quilts, un "mouvement"

    iL ya à cette vogue plusieurs visées ou explications ou justifications...

     Le retour à un geste main , lent  qui porterait à la méditation ... venu des USA où on aime à la fois les psycho- philosophies  vaguement encore imprégnées de new âge  en  réaction  à un pays où la machine est reine dans les arts textiles ... où tout est fait machine (time is money !)  depuis belle lurette et où la démocratisation des machines dites long arms qui permettent de matelasser de grandes surfaces avec des motifs complexes a donné naissance à des kyrielles de Modern quilts depuis une quinzaine d'années -  vague de quilts comportant souvent  de grandes surfaces unies  dites  négatives" " se voulant minimalistes ou dépouillées 'elle aussi au nom d'une "philosophie" ) .  Sans caution 'spirituelle"   point de salut (un peu comme on faisait des mandalas dans les années 2000 jadis  sans trop avoir approfondi ce que cela signifiait vraiment dans l'hindouisme et le bouddhisme )  .  Certains livres abondent de considérations de coaching personnel censé vous mettre en relation  avec votre essence, votre intérieur et votre essentiel . Autant vous dire que je n'adhère pas trop  à cet aspect des choses , mais si ça fonctionne sur vous, pourquoi pas ! Moi ce qui me plaît c'est comment les tissus  s'harmonisent ensemble pour dire..une histoire personnelle .

    Le geste main par sa lenteur même s'il ne me porte pas à méditer me détend .. c'est un autre aspect de  l'activité . J'ai toujours préféré  coudre  à la main, on le sait n'ayant recours à la machine que pour des aspects qu'elle seule peut me donner ou une solidité de couture ou l'aspect des points décoratifs .et ce, depuis bientôt quarante ans que j'assemble des étoffes en quilts, qui racontent tout autant des "histoires", étant donné que je ne  suis pas un modèle pour avoir un joli couvre-lit ou du moins pas seulement ! Et que même ces jolis couvre-lits quand ils sont créés de manière personnelle peuvent dire une histoire de vie comme relaté dans  Anonymous is a woman .

    Pas pour la méditation mais parce que le geste main permet de sertir morceau par morceau, de changer d'avis que c 'est aussi un geste de contact étroit et sensuel avec la matière travaillée.

    L'aspect qui m'intéresse c'est  aussi celui qui est de l'ordre du collage d'étoffes et de leur application à bords vifs le plus souvent (dans la plupart des cas des lignes de point avant les reouvrent droites ou en cercles concentriques , avec des compositions de "pages" on en trouve  beaucoup dans les livres en  textiles plus ou moins élaborées. Je n'aime pas trop l'entassement "sans air et sans grâce" comme aurait dit jadis ma mère. J'aime que la beauté des tissus et des dentelles que je révère soit mise en  valeur c'est pourquoi j'ai toujours préféré  juxtaposer à recouvrir , même si le slow stitch se pratique en couches souvent. Le chevauchement  de morceaux cependant est une voie à creuser...pour moi s'entend par rapport à mes visées à moi, mes exigences comme je dis.

    ..

    Ce sont des créations en style libre le plus souvent où l'artiste improvise peu ou prou (cet aspect-là me sied mieux), il semble d'ailleurs  que les rouleaux vont remplacer peut-être la vogue des livres.,)  on reviendra donc aux sources des livres sous formes de volumina(qui a donné notre mot "volume"  ) des Romains.  Jadis les brodeuses faisaient déjà des samplers (échantillonnages de points) en rouleaux , mais là ce qui séduirait c'est l'aspect informel , improvisé on prend un départ, on s'arrête quand on veut à la "ligne" ou au motif suivant .Pour moi qui suis hantée par l'idée de n'avoir pas le temps de finir , j'aime l'idée d'un ouvrage qui le serait dans son inachèvement . J'ai quelques débuts en cours ...en ce sens, auquel j'adjoins evidemment les tissus "patchworks" imprimés  évités par les autres en ce genre d'ouvrages-si on excepte les vieux blocs classiques pour le "recyclage" .


    le dorica castra  qui s'inscrit dans une série sur les figures de style, en est un exemple.

    Dorica castra derulement 1

    Le recyclage me préoccupe moins - que la nouvelle vie esthétique de quelque chose fait par d'autres mains.  L'artiste Mandy Patullo dit lui préférer le mot de "reworking" retravail, transformation La nuance est difficile à faire saisir je ne fais pas cela pour sauver la Nature ou la planète a fortiori mais pour que ne se perdent pas des heures de vie et de travail textile industriel ou manuel  ou tout simplement un fragment que je trouve beau, qui me dit, à moi quelque chose de particulier .. Ce n'est pas tout à fait l'optique conforme aux doxas actuelles, mais comme on le sait je suis mon chemin et précisément ces oeuvres en "déroulement" -et non  déroulé (autre mot à la mode !) sied à cette époque de ma vie .  Cela n'exclut pas d'en faire aussi des livres textiles , le trois fois rien" en étant un parmi d'autres en cours, ou bien encore ce Keepsake réalisé avec des étoffes précieuses à conserver.

    Keepsake livre textile jacqueline fischer 9

    ou bien encore ces morceaux choisis-1 un deuxième est en cours;   pour illustrer .l'histoire des tissus des années 30 .Morceaux choisis livre textile jacqueline fischer 5

     

     

     

     

     

    J'ai une grande admiration pour le travail de Mandy Patullo (qu'on peut voir sur ce site ) Et qui a écrit deux livres très inspirants sur le sujet.
    et celui de Karen Duane différent .

    Slow stitch est  le livre de base de Claire Wellesley Smith  qui a écrit aussi un Resilient Stitch . Disons que je suis asez éloignée comme dit ci dessus de cet aspect résilience, thérapie ou penser à travers le geste -que je ne renie pas, mais mes accès sont différents.

    Une mention pour Tilly Rose  dont j'apprécie beaucoup le Souvenirs brodés (que j'ai en  version originale)

     Il en existe beaucoup d'autres.

    J'ajouterai qu'il est dommage à mon avis que, parce que  ce n'est pas du "contemporain", on n'ait pas sur certains quilts de création juste parce qu'on a usé d'un bloc comme point de départ ou d'un tissu pas de "récupération"  le même regard , car au fond coudre à la main mille petits bouts différents pour dire sa vie, ses sentiments ses émotions c'est  ce que font les artistes textiles jugées si injustement-à tous les sens du terme!-  "traditionnelles" donc démodées depuis..la nuit des temps . Dans ce retour au geste main, à la recomposition de quelque chose à partir de bribes, de tesselles de fragments une surface élaborée à coutures cachées a aussi à dire , et même e usant de tissus neufs ou spécial patchwork demain ils seront vintage ! tout va si vite ! mais... on ne l'entend jamais, ce n'est pas "mode" ... Quand sortira -t-on de  ce type de regard sur l'art textile, quand le regardera-t-on sans préjugés  sans classement-relégation d'office, pour  ce qu'il est vraiment ?

  • La tapisserie à l'aiguille

     

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    Luxuriance tapisserie sur toile aïda

     

    Pour moi la tapisserie à l'aiguille, ça a longtemps été synonyme de canevas, imprimé en couleurs qu'on remplissait au  point de croix ou au demi-point en laine ou en coton retors. J'avoue que ça ne me plaisait pas trop, comme tout ce qui ne requiert aucune imagination, juste du "remplissage".Ce qui ne veut nullement dire que je méprise les personnes qui aiment à se détendre par ce loisir!

     Dans les années 70, beaucoup de personnes  de mon entourage, y compris  quelques hommes, entreprenaient pour décorer leur intérieur,  des tapisseries vaguement inspirées de Lurçat pour les plus "contemporaines", ou alors des tableaux de genre, paysages,portraits, scènes de chasse. Les journaux féminins et notamment Modes et Travaux proposaient des modèles, souvent de belle taille. Souvent elles finissaient non terminées au fond d'un tiroir. J'ai à cette époque réalisé deux petits panneaux format A4, sur le dessin original d'une amie et l'autre sur un "carton" de mon  mari.

     Autre emploi fréquent : recouvrir les fauteuils et chaises.Là aussi on trouve de nombreux modèles dans les revues, le tapissier lui devenant alors plutôt chargé d'ajuster ces réalisations sur les sièges.

     

    C'est en cherchant autour de la manière d'obtenir du relief en broderie que je suis tombée, dans les encyclopédies que je possède sur une bonne centaine d'autres points que les deux les plus usités.

     Alors l'envie m'est venue aussi d'en  savoir un peu plus en explorant à la fois du côté histoire, et du côté points et emplois de ceux-ci dans une optique de création et non de simple remplissage. Je n'ai pas encore été très loin côté réalisation des idées que j'ai engrangées, au fil de mes lectures, mais je tiens à partager ici ce voyage en tapisserie à l'aiguille.

    D'abord je me suis demandé pourquoi ce mot de tapisserie, puisque pour beaucoup la tapisserie c'est tout d'abord du tissage et qu'historiquement la tapisserie tissée a précédé celle sur canevas brodée à l'aiguille, même si l'art de la broderie est souvent jugé antérieur à celui du tissage au motif qu'on brodait déjà sur des peaux, des écorces ...Et tout tissage n'est pas tapisserie.

    D'après L'Encyclopédie Autour  du fil que je possède la première trace d'un ouvrage en tapisserie à l'aiguille  c'est la chape de Hildesheim, datant du XIII siècle, et conservée à l'Albert and Victoria Museum.

    Faisons un sort à la tapisserie de Bayeux , antérieure certes, mais brodée sur une toile sans points comptés et dont les motifs ne recouvrent pas l'ensemble de la toile, ce qui reste  les deux caractéristiques les plus courantes de la tapisserie à l'aiguille, en revanche elle n'est pas forcément réalisée sur un canevas rigide. Beaucoup de points de la broderie dite à points comptés sont utilisés en tapisserie et réciproquement, mais le point compté lui, ménage des vides des espaces dits "négatifs".


    Il  semble qu'il y ait eu un besoin d'obtenir des surfaces brodées et non tissées par  un  moyen moins onéreux en fils qu'une tapisserie ,  et aussi ne nécessitant pas le montage compliqué d'un métier à tapisser. Peut-être plus rapide aussi encore que sur ce point, cela permettait d'obtenir à un moindre coût des "copies" brodées des originaux tissés. C'est surtout à la Renaissance que cet art prend son essor, avec l'influence des tapis d'orient dont on cherche à imiter les motifs, fort prisés , avec déjà une activité professionnelle et masculine et ...une activité de loisir   plus féminine, déjà !

    La manufacture des Gobelins  fondée en 1601 en développera cette activité en parallèle avec le "vrai" tissage. Puis un peu plus tard Aubusson .Actuellement il y a des artistes spécialisés rattachés à ces deux "écoles", on vend des kits, des laines.
    Au XIX° siècle  s'est développée la broderie dite de Berlin qui a donné naissance à nos canevas modernes, exécutés cependant au point de croix et non au demi-point ou  petit point (ce qui n'est pas tout à fait la même chose ,)

    Parallèlement à cette activité de loisir et de détente, il existe de la création véritable à deux étapes : celle du carton qui s'élabore à part -et qui  peut être signé d'un peintre - et celles du choix des points à mettre en oeuvre et des fils choisis pour ce faire , ce qui constitue à proprement parler, l'art du brodeur.

     Plus encore que l'histoire de cette broderie, ce sont donc  les points différents qu'on peut y mettre en oeuvre que j'ai découverts, au fil de mes lectures dans revues et livres spécialisés .Au départ bien sûr l'idée étant d'imiter un aspect tissé on comprend qu'on ait surtout développé ce qui l'imitait le plus(le point Gobelin en st un bel exemple entre autres) . La revue Stitch déjà propose assez souvent des ouvrages sur canevas dans un  style que je vais affirmer "contemporain" même si ,me dit-on, la" tapisserie" contemporaine c'est tout autre chose encore ! En anglais on trouve pour désigner la tapisserie à l'aiguille les termes needle point, ou canvas work. Canvas c'est aussi la toile du peintre.

    On peut   donc broder sur canevas et il en existe différents types de tissages. Certains livres indiquent monofil ou Pénélope et il n'est pas indifférent de le savoir.Surtout pour les points complexes . Mais tout support tissé qui peut laisser passer des fils constituant des points peut-être considéré comme de la tapisserie à l'aiguille. Ce support donc peut-être de toile à tissage plus ou moins régulier, de toile de jute, de métal, de tissages de fils qu'on coud soi-même à la machine etc... Le point compté s'apparente sous beaucoup  d'aspects à cette tapisserie à l'aiguille - beaucoup de points dont le point de croix sont communs -  dont la particularité est sans doute  au départ, d'user d'un support plus rigide.  La visée était d'éviter aussi les déformations, d'où l'emploi conjoint d'un métier, surtout pour une pièce de grande taille.

    Je possède plusieurs livres  à cet égard

     

    Tapisserie aiguille

     

     New canwas work de Jill Carter Basford 2007 , en anglais est celui qui offre le plus de regards et d'ouvertures vers des pratiques modernes de cet art . Canevasn points,supports de toutes sortes, un nouveau regard sur des techniques adaptées de la tradition comme Hardanger et jours, perlages , ou bien encore utilisation des points décorarifs machine en préparation du canevas ou au dessus. Pas de modèles à suivre, et c'est un bien, à mes yeux!

    The Needle point  book de Jo Ippolito Christiensen  1997 -en anglais,  est de loin de plus fouillé, ardu et complet. D'un aspect austère , en noir et blanc, si on excepte les planches du milieu conscrées aux oeuvres-  il est cependant très clair et quasiment exhaustif si on veut tout savoir des qualités des toiles, fibres , et avoir des explications quasi scientifiques sur le sujet c'est le livre idéal.On y explique aussi des techniques diffciles à trouver ailleurs comme appliquer un canevas de texture différente sur un autre (un plus fin par exemple pour rendre des détails dans une zone précise)  les points sont nombreux et s'y ajoutent ceux de la broderie traditionnelle, qu'on peut tout à fait utiliser sur  ce support ou en surépaisseur. on peut évidemment créer en 3 D.

    La tapisserie à l'aiguille  de Rachel Doyle traduit en français (éditions de Saxe), 2013 .L'auteur a été formée à la Royal Needle School et c'est un gage de perfection technique !  C'est un excellent livre pour apprendre à composer, nuancer -ombrer les zones-  et ainsi bâtir soi-mêmes ses tableaux, souvent figuratifs dans le livre, et également l'ordre à suivre pour exécuter sa composition de manière à obtenir une surface nette. Le meilleur de ceux que j'ai lus pour le nuançage des fils, notamment .

     J'ai eu un coup de coeur pour 71 carrés de tapisserie aux points insolites de Dominique Siegler Lathrop et Jeannette Mougenot Editions Tutti Frutti 2013 : même pour moi qui n'aime pas refaire, on le sait , ils sont si beaux que j' ai   envie  au moins de les adapter en d'autres couleurs par exemple... . au delà les points sont très bien expliqués et c'est une mine d'idées pour bâtir des surfaces géométriques ou non. Et il est conseillé de créer ses carrés soi-même ou unités  en re-mélangeant des points. Des combinaisons qu'on trouve rarement ailleurs.

    Les auteurs ont un site qu'on peut visiter et où on peut acheter les fournitures nécessaires à l'exécution de ces carrés.

     Pour ma part, la tapisserie à l'aiguille reste un art que j'ai assez peu exploré (je n'aime pas compter les fils... ) mais il n'est pas exclu que je m'y mette!

     

  • Un recueil de broderie datant du XVI siècle

    Le bibliothèque Gallica publie  cette merveille datant de 1530.

    L'invention de l'imprimerie n'a pas encore cent ans d'âge .

     

    Ces livres qui'on appelle  recueils de poncifs, lesquels se renouvelaient selon modes et découvertes. L'art du brodeur résidait dans son interprétation et la manière dont il allait composer avec ces motifs  mais aussi  tissus, fils et points .

    Lien vers le recueil

    Je signale sur le site de Gallica un livre de la dentelle et d'autres merveilles...pour celles qui ne connaîtraient pas .

    Rappel pour des commentaires éventuels, si vous avez un problème pour les poster ici, utlisez mon adresse mail chiffondart@aol.com.

  • Livres de broderie

     

     

    Liv broderiepg

     

    J'aimerais vous présenter quelques-uns des nombreux livres de broderie   que je collectionne.

    Pour ne pas trop rallonger l’article je n'illustrerai pas chacun d'une photo, la plupart sont visibles en images en tapant le nom dans un moteur de recherche. .

    J'exclus dans cet article les broderies mixed media et machine , qui me semblent souvent relever d'un autre art ... même si je les aime et que je ferai sans doute un deuxième article à ce sujet .Sont exclus aussi les livres de modèles expliqués  au vu que ce n'est pas ceux qui m'intéressent comme on le sait .(même si j'aime en admirer les images !)

    Le tout premier que j'ai eu entre les mains c'était le Savoir Broder édité par le magazine féminin Femmes d'Aujourd'hui . C'est un excellent livre  (on le trouve parfois sur des sites d'enchères), très clair .et il est à noter que le patchwork y est répertorie comme technique de broderie, il s'agit du patchwork à l'anglaise et à noter aussi que vu les images de présentation dans le style des seventies , ça ne m'a pas donné envie, à l'époque ! Sourire )

    Pour l’apprentissage des points, les livres sont légion ...Je m'en tiens à ceux que j'ouvre le plus souvent ..

    En français on trouve La broderie en 260 points ,(auteur:  collectif chez Marabout ) qui reste excellent (et j'ai réalisé tous les points  du moins ceux de broderie dite "libre" avec plus ou moins de bonheur dans un petit carnet qui me sert de référence) , Une bonne base,  c'est clairement expliqué mais il ne comporte pas de développement sur des broderies spécifiques Je signale que le commentaire négatif sur un site de vente en ligne sur les "points mal faits" m'a fait sourire ... et un peu attristée car, hélas c'est révélateur de certaine mentalité  qui sévit chez brodeuses et quilteuses , celles que je nomme  "castratrices ."..pour rester soft .

    J'ai un faible dans ces ouvrages d'apprentissage des points et techniques pour l'ouvrage de Pauline Brown  la broderie facile apprendre et réussir tous les points et toutes les techniques .(éditions de Saxe)( qui est vraiment très complet au niveau des techniques (l'or nué par exempla ou la broderie noire ainsi que moult points de tapisserie ...y compris au ruban de soie) et comporte surtout une galerie d’œuvres que je ne me lasse pas d'admirer et qui n'a rien à voir avec les machins gentillets qu'on trouve un peu partout .

    Pour les livres en anglais , il y en pléthore d'excellents , je ferai mention de the Stiching book,  Editeur Search Presse , rédigé par un collectif de brodeuses anglaises , chacune émérite dans sa spécialité. c'est là que j'ai trouvé les meilleures explications du point de peinture à l'aiguille, Remarquable aussi pour le crewel, le blackwork et la broderie d'or .

    et également

    Si on veut sortir d'une approche que je dirai classique (et pas forcément "traditionnelle"!)  le tandem Anglais Beaney LIttlejohn . dont je reparlerai  dans un prochain article sur ce qu'on nomme innovation et que j'appelle mixed media à base textile,  , un livre qui est de  "pure" broderie : Stitches,  a new approach .qui invite à tester un point en le déformant , en usant de toutes sortes de fils, à voir comment il réagit ... passionnant et réellement  incitatif ... pour qui n'aime pas la régularité métronomique ...indispensable si on veut broder "expressif" .

    Mention spéciale aussi pour la très grande Constance Howard  dont le duo anglais se recommande , dont j'ai pu dénicher un des livres ; une brodeuse anglaise inspirée qui créait de nouveaux points . elle invite elle aussi à expérimenter, propose dans son livre des variantes de points.
    Sans oublier le livre  Broderies de Françoise Tellier-Loumagne dont j'ai présenté le livre  Créer, mais qui reste dans une approche très personnelle  avec source dans des photos magnifiques, c'est certes tris beau, mais difficilement imitable et réutilisable dans une démarche qui puiserait à d'autres sources. Pour moi ce livre est une source de contemplation.., plus que d'inspiration directe, et aussi de réflexion ..

    Pour terminer cette revue de livres d'apprentissage une mention pour le livre de Via Laurie  , La Broderie  créative, brodeuse originaire d'Afrique du Sud , qui travaille avec les fils nuancés Chameleon , le seul livre où j'ai trouvé de explications sur la broderie dite reticella et qui présente plusieurs techniques .

     

    Il me manquait un livre pour m'initier à la composition  -pas forcément au "dessin" - et j'ai trouvé celui du briodeur anglais Richard Box Colour and design for embroidery qui en détaille le processus sous formes d'exercices , j'avoue que je ne les ai pas faits (!) parce qu’au stade où je l'ai acquis , j'avais déjà une idée de ce que je voulais composer d'une part,et que d'autre part ce livre exclut l'approche par les logiciels , qui est  souvent la mienne . (quoique pas exclusivement ) . C'est un cours complet de composition, création, et usage des couleurs , un stage à domicile .Je  le lis et le relis souvent , car les photos qui illustrent le propos sont très incitantes (pour moi s'entend!) et la réflexion sur les manières de créer m'intéresse . C'est là que j'ai trouvé cette citation , que j'affectionne, de John Ruskin :

    "That virtue of originality that men so strain after is not newness, as they vainly think-there is nothing new.It is only genuiness"

    traduction approximative (je ne suis pas prof d'anglais ni traductrice  et si j'ai fait une erreur , dites-le moi ! )
    "cette qualité nommée originalité vers laquelle les hommes tendent si fort n'est pas la nouveauté, comme ils le pensent vainement, il n'y a rien de nouveau- c'est seulement l'authenticité."

    Enfin evidemment il y a les livres d'histoire de la Broderie et un des plus complets en français est celui de Claude Fauque La Broderie : Splendeurs, mystères et rituels d'un art universel, paru chez Aubanel -2007.. j'ai juste regretté que parmi les quelques brodeuses françaises citées  il n'y ait pas mention de Marie Monnier ...même si on ne peut parler de tout, son oeuvre me semble au moins aussi importante que celle des "élues".

    Le livre sur les artistes français en art textile incluant broderie et patchwork  reste à faire.

    Il existe également beaucoup de livres dédiés à une technique particulière , mais ce pourra être l'objet d'autres articles.

    ...

  • Marie Monnier-brodeuse

    Titre / Marie Monnier ou le fil à broder nos rêves

    Auteur : collectif - catalogue d'exposition

    Editeur Conseil régional de l'Oise

    Date 1992

    acheté d'occasion

    J'avais entendu parler de cette brodeuse dans mes recherches dans les années 2000, via l'excellent blog participatif Dentelles d'encre (cf l'onglet liens)   sous la forme d'un "post" d'une autre participante et lectrice  prénommée Marie, elle aussi .  Et puis comme il arrive souvent, passant à autre chose, c'était sorti de ma mémoire.

    Je l'ai redécouverte en cherchant des illustratrices de poèmes en art textile.

      Le livre se présente sous la forme d'un recueil et d'un port-folio , le tout sous jaquette ornée du tableau le Bateau ivre, illustration du poème de Rimbaud.

    Le recueil contient outre différents articles, des indications sur la vie , et les techniques utlisées par l'artiste, et fait la part belle à sa soeur Adrienne Monnier libraire- éditrice célèbre. La préface rédigée par Jean Tardieu souligne déjà l'écart entre la broderie telle qu'on se la représente (et il faut bien le dire telle qu'elle est souvent exercée) et ces oeuvres difficilement comparables. Il parle plaisamment,  à cet égard, de la différence entre les collines de Monmartre et l'Himalaya.

    Je crois pour ma part tout à fait inutile de comparer ce qui reste incomparable .

    Marie  Monnier 1894-1976, élève des Beaux-arts, aimait dès ses débuts s'exprimer par le truchement de l'aiguille et des fils - et c'est à souligner -  considérant ce moyen d'expression à l'égal des arts dits "majeurs" où elle aurait pu tout autant exceller . Elle exposa très tôt, dès 1913. Amie de Paul Valéry et de Léon-Paul Fargue , épouse du peintre  Paul -Emile Bécat ,elle nous laisse des tableaux symbolistes où l'onirisme l'emporte. Quand j'ai vu les détails des photos (et je compte bien aller admirer cela en vrai au musée de Beauvais) , je me demandais ce  que je devais le plus admirer : les couleurs et la manière dont les nuances assurent la profondeur de champ, le choix des points et leur orientation pour rendre le dessin où justement, l'art du dessin lui-même. Son portrait de la Brodeuse destiné à Paul Valéry est d'une beauté à couper le souffle, même sur une reproduction .

     Le catalogue montre également la très touchante carte de remerciement du grand poète à son amie et aussi l'article qu'il écrivit à  l' occasion de l'exposition de 1924.

    Le  port-folio   montre l'ensemble des tableaux de la donation Saillet au musée de Beauvais. Tableaux sur des poèmes, mais pas exclusivement et parfois l'inverse puisqu'il est dit que Fargues écrivit au moins un poème sur un des tableaux.

     Décrite comme discrète et modeste , il semble que l'artiste se soit effacée derrière son art et ses oeuvres ; on n'évite pas dans le recueil de documents l'éloge à la patience , et à la perfection technique, mais on sent bien qu'elles sont  non pas formelles mais au service de visions intérieures profondes, chatoyantes où le regard invinciblement s'enfonce et se perd. Même en reproduction, le charme (mot cher à Valéry!) joue.

    Marie, dit-on faisait teindre ses fils (elle le précise dans un très touchant brouillon de lettre écrit pour postuler   à un prix, nécessaire, dit-elle, pour acheter son matériel et auquel elle ne participa finalement pas. On la dit rétive aux concours et autres manifestations de la foire aux vanités et de fait, quand on regarde ses tableaux, on se dit qu'elle n'en avait pas besoin  et que là n'était certes pas sa visée.

    Elle nous laisse une bonne trentaine d'oeuvres . En 1940 elle s'arrêta de broder sans qu'on sache bien pourquoi mais on signale qu'elle continua l'art textile dans la confection de tapis et l'hypothèse est avancée -et me paraît plausible- que ses yeux fatigués en furent la cause. Qui a brodé quelque chose au fil à fil en peinture à l'aiguille, même avec infiniment moins de génie, sait combien c'est usant pour le regard .

    On note aussi que l'artiste ne travaillait que sur des dessins tout juste esquissés : le détail venait sous ses doigts en brodant et ce point me semble capital. les points employés sont "classiques" passé plat, passé empiétant, point de couchure , point de chaînette, point fendu, point de noeud. Dans le détail ce qui m'a le plus frappée c'est la maîtrise du choix de ces points pour rendre le dessin , et leur orientation , qui anime la surface. Quand on a brodé un peu sans le secours d'un  modèle , on sait que c'est le plus difficile , d'autant que le nez collé au métier, il faut prévoir l'effet que le tableau  produira de loin .

    Parmi les articles critiques, le premier sous la plume de Jean Prévost manifeste une compréhension profonde de l'art des brodeuses, tellement ignoré dans ses différences avec la peinture et notamment de la manière dont la lumière jouant sur les fils et les points propose forcément du même tableau plusieurs lectures  dont chacune, selon l'auteur, doit rester harmonieuse et cohérente avec l'ensemble ..J'en tire  aussi ce passage pour méditation (!)

      "Mieux que tous les autres arts, la broderie où les oeuvres sont faites d'une suite de bonheurs dont chacun fut accidentel , la broderie conserve l'image sensible de tout le travail accompli;  le labeur est laid et doit se cacher dans toutes les oeuvres imparfaites, parce qu'en le découvrant malgré lui le spectateur participe à l'effort. Il est beau dans les oeuvres accompies ; quand toutes les difficultés sont visiblement surmontées  l'esprit contemplateur ne participe plus qu'à des triomphes  en jouissant en un moment de milliers d'heures, il s'enrichit de la substance de l'auteur , s'il oublie la durée en contemplant le résultat il participe de la puissance du créateur sans rien abandonner de la facilité de son rôle"

    Pour  avoir une idée de ses"mondes" cliquez sur suite de l'article . Je ne pense pas avoir le droit de reproduire les photos  du catalogue je ne peux donc en donner qu'un aperçu . Pour compléter on peut lire cette réaction  à une exposition en 2009 où deux tableaux de  Marie étaient montrés.

    Lien vers le site Hans Ryner

     et cette réaction d'une autre brodeuse

    Lien vers le site  l'atelier des fées brodeuses

    Une mention  à Marie Monnier se trouve aussi dans le livre la peinture à l'aiguille de Jocelyne Kurc, mais je ne possède pas (encore) ce livre .

    J'ajoute que je suis preneuse de tout renseignement et photographies complémentaires notamment des oeuvres non incluses dans la donation Saillet-  pour mon plaisir personnel s'entend .

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