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L'art textile et l'imagination

Art textile, suspension et imagination ....

Je réagis ici à une photo vue sur un site d'art textile très "branché"  et sur un réseau social,  Il s'agit une œuvre exposée en milieu art  textile , je le précise.

Ou plus exactement aux commentaires qu'elle suscite, dans le même milieu.

L’œuvre en elle-même, je ne suis pas critique d'art et je l'ai pas vue en réalité, je noterai que c'est une de ces innombrables présentations en suspensions .... de matériaux divers ...la caution textile, comme toujours est le fil et la fibre -non tissées,  mais enfin comme le souligne mon article l'art textile une ambiguité structurelle ..il faut s'habituer à ce manque de rigueur des étiquettes, par peur de passer pour ringard . Du moins si on mange de ces fibres-là ....tout cela ne me dérangerait pas si les artistes qui osent encore utiliser du tissu selon des techniques plus anciennes n'étaient pas reléguées sous l'étiquette" traditionnelles" quoi qu'elles fassent ! et si on leur donnait, à elles aussi un peu d'espace pour exposer en solo quand elles ont une oeuvre digne de ce nom à montrer .Las : on peut rêver . Le patchwork c'est souvent côté kits, modèles à reproduire et commerce. et c'est aussi trop souvent le fait de celles qui "font" du patchwork ...sans créer, mais le croyant.

 

  Cette œuvre est étayée, évidemment ,  par une démarche". Je ne discuterai pas de la valeur artistique  de telles œuvres.

J'ai quand même quelques lueurs en art contemporain et plus encore en art textile qui se veut "innovateur" depuis la fin des années 1990, où j'ai vu s'installer lesdites installations dans notre espace commun.

  Je note  aussi que l'artiste se définit comme "sculpteur"  et non  "artiste textile" et que nous sommes donc toujours dans le même glissement qui consiste à trouver géniale une œuvre en la sortant de sa catégorie . Si une sculpture  qui n'est pas essentiellement "textile" et encore moins d'art du tissu devient le summum en matière d'innovation "textile" et d'art du tissu forcément, tout ce qui restera conforme au genre premier paraîtra obsolète ! On pose là un axiome ...

Si je déclare qu'une peinture c'est un  "concept de sculpture plate et en 2D " , j’aurai sans doute du succès via le même procédé, à l'envers. Ou comment réinventer l'Amérique ..ou le fil à couper le beurre ... l'astuce, c'est de changer de rubrique.


Car  enfin cette sculpture est exposée dans le cadre d'une manifestation d'art textile "novateur" dont les assemblages géométriques sont bannis . qu'on ne me dise pas le contraire : j'ai encore aux oreilles les "tout sauf du patchwork'" des personnes qui élisent les élues !!

Revenons-en aux  commentaires que suscite presque à chaque fois ce genre d'installation.

Certain(e) s soulignent   la profonde "originalité" de l’œuvre.

 Je reste tout de même un peu sceptique :  Des suspensions en art , déjà ça ne date pas d'hier les seventies en ont vu fleurir un lot  Tapez :  suspensions art ou mobiles dans un moteur de recherche regardez les réalisations et les dates,  Comparez,  revenez à l’œuvre dont on vante la sublime  originalité -  quelle qu'elle soit - essayez de voir vraiment et après comparaison ce qu'elle apporte de vraiment nouveau et d'original et à l'art tout court et à l'art textile surtout .. honnêtement et sans préjugé  favorable ou défavorable.

Ensuite on en reparle !  Et si possible au cas par cas . il y a des œuvres suspendues qui sont de petits miracles de délicatesse et de magie  il y en qui ne sont faites visiblement que parce que "ça le fait" de' faire dans la suspension !  Je m'explique :

Calder l'inventeur des mobiles est né en 1898.... c'était pas hier tout de même ! On suspend beaucoup depuis (et sans doute avant !) , en art et en art textile  - J'ai vu défiler un peu de tout suspendu : des capsules de bouteilles,  des bouts de métal,   de papier calque , de fibres diverses , de ferraille , des cailloux, du bois .. et evidemment même des étoffes .. . Tout cela,  comme dans tout procédé artistique (suspendre en est un au même titre qu'assembler)  avec des réussites plus ou moins  patentes. Seulement exposé côté "art textile" cela a toujours l'aura de la merveilleuse "innovation"  par rapport à un agencement de surface (mais le relief existe dans l'art textile depuis de vieilles lunes voir l'article précédent, au moins en bas-relief!) .

Ce qu'on nomme l'art du fil depuis les early 2000 a exploité à fond le créneau, du fil auquel on pend quelque chose .. je devrais dire le fil long....

 Les premières suspensions que j'ai vues se revendiquant d'un "art textile novateur" -sic-  datent de la fin des années 1990, possible qu'il y en ait eu avant  surtout de l'autre côté de la Manche ou de l'Atlantique (chez nous innover égale importer sans le dire , si souvent !) . Nous sommes en 2015 .... donc nouveauté mais de quoi donc ? Originalité ? Sans doute si le procédé sert une véritable force créatrice . Comme tout autre procédé, ni plus, ni moins .

Me fait tiquer davantage encore  le commentaire suivant que je reproduis  :" ça, au moins, c'est de l'imagination créative.." ce qui sous entend que le reste -tout ce qui ne ressemble pas à ces installations new look-enfin déclarées telles!-  n'en serait pas ...

On est dans ce mépris mille fois signalé,  dans cette façon d' accaparer et le textile , et l'art et de plus l’imagination et la création.

Tout se passe comme si côté arts appliqués et décoratifs tout était issu de kits et de modèles  reproduits et que les créations n'existaient que pour donner des idées à celles qui n'en ont pas (et se les approprient le plus souvent sans vergogne, puisqu'on n'arrive pas à faire comprendre que réaliser de ses mains un objet conçu par quelqu'un d'autre n'est pas créer ! )

Ce qui sera l'objet d'un autre  article sur les ouvrages dits de dame ...

 

 

Les broderies en relief

Lisant dans un blog , à propos de l’exposition des broderies Shams à l' Aiguille en fête  2015 que ce serait une "invention" de la broderie en relief, j'ai envie de dire ce que j'ai appris au fil des ans sur les broderies reliefées et la broderie en relief.

IL va de soi que je suis preneuse de tout commentaire de personnes qui sur le sujet en sauraient plus que moi. Ou  sauraient autre chose que j'ignore . Ce n'est pas trop diffcile, je ne suis pas historienne en histoire de la broderie mais je possède des ouvrages de référence dont l'encyclopédie Autour du Fil  entre autres ..

 

L'ouvrage  en question précise fort justement que toute broderie par ajout de quelque chose sur un support est forcément "en relief" mais qu'on a coutume d'employer le terme lorsque les points sont posés sur un "renfort" : carton, bois, fils, feutre sont les plus couramment utlisés. Et ce depuis fort longtemps et dans diverses techniques .

On pourra aussi consulter ce site

 J'élargirai pour ma part aux autres types de reliéfag, jusqu'à ceux de la broderie contemporain. Pour voir des réalisations dans le respect du droit (je n'ai pas le droit de publier des photos d'ouvrages qui ne sont pas les miens sans autorisation ...et le temps d'obrenir une réponse positive éventuelle !) le plus simple est de faire une recherche d'images en entrant le nom de la technique de broderie sur un moteur de recherche. J'avais préalablement mis cette recherche en lien mais ça ne fonctionne pas .

D'autre part et bien qu'ayant travaillé pour la revue Broderie  d'art en tant que  "créatrice -réalisatrice" -et non simple exécutante- , je m'estime en broderie "amateur éclairé" et non vraiment professionnelle , donc si un(e) pro passe par là et estime que je me trompe ( l'oeil :-) , qu'elle  me le dise (ou peut compléter, rectifier ...

 

 Faisons d'abord un sort aux dites broderies Shams  qui sont certes magnifiques et d'un style de dessins,  couleurs et matières  particuliers mais le procédé qui consiste à rembourrer avec des fils de coton meilleur marché que la soie (ou l'or!) et de rebroder dessus ne date pas de l’avènement de ces broderies. On le trouve bien evidemment dans nos broderies d'or et de soie médiévales où il était un des procédés de "rehaussage" du motif. Le site de Mary Corbet que j'ai donné en lien précédemment  montre comment l'artiste a restauré une broderie d'or médiévale et refait ce reliéfage ...

On peut constater  que dans la broderie Haute-Couture du style François Lesage que j'ai un peu pratiquée (en amateur!) il existe un procédé de reliéfage sur coton retors  tout à fait analogue. Donc l'invention n'est pas dans le relief , mais dans les résultats et le style de cette broderie particulière.

Le  procédé existe dans d'autres broderies reliéfées par exemple dans la broderie dite Casalguidi on travaille sur un faisceau de brins de cotons  qu'on recouvre ensuite de point de tige.

Lien vers un tutoriel de Casalguidi

On peut reliéfer tout simplement en superposant plusieurs épaisseurs de fils, ce qui se fait couramment en peinture à l'aiguille quand on veut donner du relief à un endroit. On peut voir des exemples sur ce lien  ou en tapant peinture à l'aiguille ou shaded silk dans un moteur de recherche. Outre  que le procédé d'ombrage en lui-même peut donner l'illusion d'un relief parfois d'un réalisme criant de vérité, en trompe-l'oeil .

 On peut aussi et les brodeuses de blanc le savent bien, reliéfer en remplissant de petits points la surface à broder. Le point dit de plumetis un passé plat rembourré est réalisé ainsi .

Le relief peut d'ailleurs sans renfort être obtenu par le point lui-même et le fil employé, ainsi la broderie en relief dite brésilienne par exemple ou les points de poste et de cast on stich (une sorte de séries  de mailles montées sur l'aiguille comme pour un tricot), de  picot sont couramment employés.

lien vers un tutoriel de  broderie brésilienne

 

Et puis il y a le célèbre stumpwork , qui a connu un retour de faveur dans les années 2000, qui lui, utilise toutes sortes de moyens de reliéfage : des points  tenant au support pour le départ mais traités en liberté pour le reste, des  perles ou autres supports recouverts de points, des ajouts en trois dimensions brodés élément par elément... c'est tout un monde !On y trouve même des figures détachables en trois D , ce sont de véritables sculptures en broderies alliant le bas relief pour ce qui reste lié au fond et la ronde-bosse pour certaines figures détachables .

L'encyclopédie Autour du fil à la rubrique relief note que l' apogée du stumpwork  date du XVII siècle, et qu'au XVIII on serait revenu, là, comme partout à plus de "simplicité" -relative.

lien  vers un tutoriel entre mille autres....

Proche du stumpwork sont les broderies de l'australienne Helan Pierce dont je possède deux livres, j'ai réalisé ces feuilles perlées  avec armature métallique  non en suivant ses modèles, mais sa technique -ce qui pour moi est différent !-

 

Feuilles perlees 001

Un des reliefages les plus connus (et à mon avis un des plus faciles à maîtriser ) c'est la broderie aux rubans de soie dite autrefois "rococo" , celle -ci est abondamment illustrée dans moult tutoriels, et sites. Le reliéfage, pour un effet naturel doit laisser assez de liberté au ruban et une bonne brodeuse arrive à le modeler de manière à lui donner un aspect naturel et vivant  . Les fleurs que j'ai réalisées  sur des modèles de Lesage sont faites sur ce principe pour beaucoup mais avec aussi ajouts de perles, de raphia etc ...On pourra citer l'artiste Die van Nierkerk

Ci dessous un jardin fait selon ses techniques mais encore une fois la création est personnelle, sur une photo de Michèle Lefebvre, que j'ai auparavant retravaillée en art numérique de manière à lui donner l'aspect d'une aquarelle.

 

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Ce qui nous amène evidemment à la broderie de perles qui peut-être de perles pures  sans rien d'autre, être sur un tissu uni ou associée à un imprimé , et aussi  se mêler aux autres types de reliéfage par exemple le quilting ou matelassage.. Je citerai encore le Brodeur François Lesage , mais cette photo est une composition création personnelle en ruban de soies et perles sur écharpe, réalisée pour la revue Broderie d'art .

 

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Il faut évidemment faire un  sort au reliefage style "capiton" à savoir boutis, trapunto et..matelassage . Ce ne sont à proprement parler des broderies au sens de fixer quelque chose sur un support, mais ils s'y rattachent par l'emploi des points (le point devant ou avant , parfois de piqûre ou les piqûres machine en piqué libre) . A noter que le tissu dit "piqué" est une sorte d'imitation de ces matelassages.

Dans cette rubrique on peut ranger les trapuntos embellis de Martine House, qui sont à la fois broderie et rembourrage .Le livre existe encore aux éditions de SAXE .

qui m'ont inspiré cet ouvrage (toujours  création personnelle d'après une technique "inventée" par une autre artiste )

 

Souvenir d un ancien monde 2

 

Et bien sûr il faudrait ajouter les smocks, les manières de plisser et texturer les étoffes, tout ce qui dans l'art textile contemporain comporte de rajouts de matériaux divers (coquillages, mais aussi objets trouvés, épaisseurs de tissus superposées, mélanges de matières non textiles ( , d'inventions chimiques actuelles le célèbre tyvek -il m'est arrivé de le travailler-  et autres moyens de reliéfer "modernes" qu n'ont plus grand chose à voir avec la définition stricte de la broderie en relief .... ni même parfois de la broderie tout court (et qui est souvent art de mixed media: peinture, plastique, papier, bois verre  tout ça mêlé à un peu de fil et de tissu pour la caution textile et parfois-souvent!-  pour le plaisir de nos yeux, mais avec hélas souvent aussi une sorte d'arrogance par rappport à l'imagination dans les œuvres fondées sur des techniques et matériaux plus anciens. Comme si l’imagination dépendait de la mode et de la nouveauté du  matériau utilisé, de sa "modernité" ...

Je citerai sur ce sujet le livre de Maggie Grey Raising  the surface with machine embroidery . Resterait aussi à aborder le feutrage qui naturellement rembourre et se rebrode .... On voit qu'on n'en aurait jamais fini !

 

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Feutrage et broderie armée sur broderie anglaise dans ce tableau Coquelicot

l'art textile une nouveauté

Exceptionnellement,     je mets ici en lien pour commentaires éventuels (l'espoir fait vivre!) mon dernier article de la rubrique Opinions.

Lien vers l'article

mon livre

 On n'est dit-on jamais si bien servi que par soi-même, dit-on surtout quand on est seule Sourire. Donc je me permets de signaler ..

Lien vers la présentation de mon livre

Mille manières de créer

 

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TItre: Mille Manières de créer

Auteur : Françoise-Tellier Loumagne

éditions de La Martinière 2010

Toutes celles qui ont approché l'art textile en ses mouvances actuelles ont entendu parler de l'auteur, professeur émérite et artiste reconnue. Je dirai même sans la connaître, rien qu'à l'avoir lue : artiste généreuse comme celle de l'article précédent  mais différemment . J'espère qu'il ne paraîtra pas outrecuidant que la petite  main que je suis se permette d'avoir une opinion sur le livre d'une grande , et grande à très juste titre. Les livres sont faits pour être lus et commentés et de plus la préface invite au débat.

Ce qui frappe d'abord dans ce livre, ce sont les photographies, points de départ de l'inspiration , comme  dans Broderies du même auteur que je possède aussi. Le fil conducteur de ce livre est le thème des  cailloux et d'image en image, de réflexion en réflexion on parcourt, en petit poucet, tout un cheminement de création vivante, débouchant sur des ouvrages qu'on peut "refaire".
Les photographies en elles-mêmes peuvent donner envie de prendre son appareil pour chercher des points de départ .. mais on explore aussi d'autres manières de se mettre en route. Il est  noter que les tissus que l'artiste pourtant "sait" en  experte , n'interviennent pas à ce niveau , mais ensuite. C'est pourquoi celles qui comme moi ont l'habitude de partir des étoffes pour ce faire auront du mal peut-être à entrer dans le mouvement inverse : de la réalité à la photo, de la photo à une réalisation qui vise au réalisme plastique ... mais se confronter à ce dont on n'a pas l'habitude fait partie des conseils judicieux de l'auteur.

 Il est impossible de recenser ici toutes les "ouvertures" . Je dirai qu'on propose des pîstes   sous la forme : un chemin a toujours deux sens  au moins.. et des bas côtés ! Mieux que de pistes donc des carrefours. Cela peut décontenancer les personnes qui ont l’habitude qu'on pense et décide pour elles et qui ont besoin d'une guidance qu'on dira autoritaire.

 Ce livre est un livre qui se lit presque comme un traité de philosophie de la création et je crois qu'un artiste d'une autre discipline y trouverait tout autant son profit. Les conseils sont présentés à l'infinitif... c'est pédagogique, certes. un peu injonctif peut-être pour qui invite  à trouver ses propres voix .. Exercice difficile qui consiste à guider sans enfermer ... j'aime bien les passages où l'auteur s'exprime à la première personne,  ...même si nous sommes dans un pays où le  "moi est haïssable ".

 Pour les ouvrages proposés , il ne s'agit évidemment pas d'ouvrages conventionnels à reproduire ...quelques explications sont fournies , parfois détaillées, parfois plus succinctes, mais qu'on ne s'attende pas à des pas à pas" à l'américaine" où on vous tient la main à chaque étape et de ce fait, je crois sincèrement que si on veut vraiment refaire ce qui est proposé, il vaut mieux avoir des  bases sérieuses en art textile : et un certain  nombre de matériaux adéquats, surtout si on reste dans une perspective d'imitation ou d'adaptation.

C'est un peu ce qui me gêne dans ce livre où , si   je suis éminemment d'accord avec presque toutes les phrases, les réflexions sur la création et les invites à s'y lancer , je trouve que ces exercices, si on les suit, mènent à l'exact contraire de ce qui est énoncé...puisqu'il s'agit de trouver ses propres voies.  Comment trouver ses propres voies en refaisant la même chose que l'auteur de la même façon sauf à titre d'entraînement pratique ? J'entends par là : on n'a pas forcément envie de partir de photos de minéraux.  Ce qui est fait sur les cailloux évidement peut s'appliquer à l'herbe ou au  à tout autre élément naturel ou non de notre environnement, mais les ouvrages eux, alors seront difficilement faisables avec les mêmes techniques et si on doit trouver les siennes propres, alors ces exercices me semblent moins utiles.

 C'est à ce niveau une façon de créer déclinée en mille facettes et variantes , plutôt que mille façons de créer puisque la source graphique est unique (la nature, les cailloux), ce qu'on peut observer réellement .. par exemple si on  a des visions intérieures et qu'on part de ses rêves colorés , de ses émotions  mises en abstractions, ou d'un texte poétique ...et non de la réalité  tangible et observable, ou tout simplement des tissus, et de leurs motifs, c'est plus difficilement applicable.

Pourtant ,  dans ces mille facettes, il à peu près impossible de pas trouver une réflexion, une piste recoupant ses propres cheminements créatifs.

 Je signalerai les développements sur la perfection aussi qui est entendue autrement que comme les points toujours égaux et sagement alignés , plutôt  une sorte d'exigence par rapport à ce qu'on désire obtenir (sachant toutefois y renoncer ), ce qu'elle dit des erreurs qui sont des ouvertures , de la fantaisie , de la révolte contre les sempiternels thèmes des revues de loisirs créatifs,  je ne puis qu'y adhérer de toute mon âme, si j'ose dire.

En résumé utile pour méditer, réfléchir sur ses propres pratiques , s'emplir les yeux de beauté,  certaines réalisations coupent littéralement le souffle .. mais pas un livre à démarquer et copier, ce qui pour moi reste une qualité  et non une critique et pas non plus un livre pour débutantes au niveau technique s'entend. En revanche j'en  recommanderai la lecture à toute personne qui a envie de se précipiter dans un  club de loisirs  dits créatifs pour apprendre  trop souvent (pas toujours !) ...à faire ce qui se fait parce qu'on a appris qu'il "fallait " faire comme ça.

lien vers le site de l'auteur

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To inspired design

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Titre :To  inspired design

Auteur Elizabeth Barton

éditeur: C& T Publishing

date de parution : juillet 2013

En anglais

Encore un livre qui incite à créer ce  que les Américaines appellent des "arts qults". Celui-ci accorde une grande part au dessin, aux manières de composer et aux sources d'inspiration ... d'où le titre .

L'auteur se propose de vous y amener en sept étapes.

La première Inspirations et design sketches  (inspirations et esquisses de dessins) est consacrée à la recherche d'idées et aux manières d'obtenir un dessin personnel ; c'est de loin, pour moi, la plus intréressante , parce  que les manières d'y parvenir sont variées , incluent la musique et les poèmes (même si la manière de faire, en ce cas reste difficillement explicable).   On explique notamment comment isoler un détail dans un dessin d'ensemble et l'exploiter, ou comment à l'aide  de grilles régulières,  bâtir une composition. Quant aux sources d'inspiration on y cite tout sauf ... les blocs issus de la tradition qui semblent aux yeux de l'auteur ne pas pouvoir être un point de départ- ce qui me fait toujours sourire quand elle recense d'autre part les motifs réguliers autour de nous. Pourquoi des dessins seraient-il plus inspirants sur un objer réel que les mêmes exactement dans un recueil de poncifs ...et pour manipuler les formes un logiciel de patchwork va plus loin qu'un paire de ciseaux ). Rien non plus du dessin pouvant être généré par les logiciels , et  rien sur les impressions sur les tissus voire les tissus en eux-mêmes. J'y reviendrai. C'est néanmoins un chapitre très riche de pistes et très précieux pour se mettre en route si on manque d'idées et je partage formellement l'avis de l'auteur  qui incite vivement à ne pas copier, ni démarquer , il y a à cet égard une réflexion précieuse (et rare!) , applicable à tous les styles et nonuniquement  à celui développé par l'auteur .

Le deuxième étape  Size, shapes and structures (taille, formes et structure) s'attache à la composition d'ensemble, et il s'appuie  entièrement sur l'analyse des  quilts de l'auteur , il est donc quasi impossible de le résumer; peut-être aurait-il été judicieux d'y adjoindre comme d'autres auteurs le font des compositions d'autres artistes pour "ouvrir" les manières de faire à cet égard, 

L'étape 3 Deep and space (profondeur et espace) indique avec plusieurs moyens comment créer une impression de profondeur et consacre une partie à la perspective; une partie très intéressante sur ce qu'on appelle le point focal , que les qulteuses dites "traditionnelles" connaissent bien , notamment en crazy quilt. Ici , c'est un point de vue de peintre évidemment. J'en retire ce conseil précieux  de ne pas mettre à l'arrière plan d'un paysage un imprimé trop fort ou une texture trop chargée, mais je n'irai pas jusqu'à appeler cela comme l'auteur une "faute" , c'est tout simplement une profondeur de champ inversée qui appelle le regard vers le fond ...L'auteur m'a semblé un peu dogmatique sur ce point . Il est d'autres façons d'attirer l'oeil que le point focal, mais l'artiste est visiblement ennemie de la dispersion et du regard qui se perd ...Ses propres compositions sont du reste charpentées, très contrastées,  il s'en dégage de la force indéniablement, mais disons que pour ceux qui préférent un peu plus de rêverie, d'évasion ...de sens des nuances et de lectures différentes des mêmes formes,  les conseils ne s'appliquent pas . Il n'y a pas possibilité de voir autre chose que ce qui nous est  "imposé". L'art ne se réduit pas si aisément à une série d'exercices ou à une pratique intensive, et pour ma part j'ai regretté un peu tout au long du livre qu'on laisse si peu de place à l'instinct -qui n'est pas le hasard , aux accidents , qui ne sont pas des fautes, mais permettent d'échapper au formalisme et à un certain"académisme" modernisant .Disons que dans un livre destiné à déveloper une inspiration personnelle , on a parfois le sentiment que la seule bonne méthode à cet égard est celle de l'auteur , or s'il s'agit de trouver ses voies, elles sont infiniment plus variées.

L'étape 4 s'intitule Value (valeur), et l'étape 5 Couleur  et nous savons toutes,  quelle que soit notre pratique textile ou artistique, que c'est un point capital  C'est là qu'on note qu' E. Barton ne travaille qu'avec des presque unis teints par elle-même ou des marbrés . c'est à dire aux antipodes de ce que les amouureuses des tissus imprimés voire reliéfés, des tissus que je dis de caractère ..  aiment faire. Mon prochain compte-rendu  vous présentera un livre d'une amoureuse du tissu qui fait des arts quilts avec des imprimés pas faits pour aller ensemble. Barton est un peintre  abstrait excellent, reconnaissant d'ailleurs ses influences (Rothko notamment ), ses compositions sont fortes et énergiques mais .. ce n'est pas quelqu'un qui sait les tissus dans leur infinie variété.Elle s'inscrit dans le mouvement actuel  que j'ai maintes fois signalé des artistes qui éliminent d'office les imprimés. Ses conseils ne valent donc que pour celles qui aiment que ça ressemble le plus possible à une surface peinte.  Des oeuvres devant lesquelles une fois le livre refermé, j'ai tendance à me demander ce que le tissu, en tant que matériau singulier valant par  son tissage et/ou ses motifs imprimés , les deux caractéristiques qui le différencient le plus de la touche de peinture,  leur apporte. Peint sur une toile l'impact visuel serait quasiment le même et il n'y a pas vraiment d'appel tactile vu le choix des étoffes .Disons que ça ne déborde pas de sensualité ...même si beaucoup d'oeuvres restent très vivantes par un mouvement dynamique, dramatique même parfois .

Pour le reste ce sont deux chapitres "classiques" qui n'apportent pas grand chose à ce qu'on peut trouver partout .

L' étape 6 incite à regarder les esquisses de dessins d'un oeil critique. Pour l'auteur tout doit converger vers quelque chose d'unique que ce soit le point focal ou l'idée principale ou le schème de couleur .  De précieux conseils de simplification , mais elle envisage aussi le bon usage d'une certaine complexité. Elle cite à cet égard Edrica Hudws  à laquelle j'ai consacré un article et qui est à mes yeux bien davantage une artiste des tissus qui sait intégrer des imprimés à carreaux et à pois et leur faire dire autre chose que ce qu'ils disaient dans leur usage premier. Ce chapitre est  néanmoins précis et précieux .

Le chapitre 7 Putting all together (mettre tout ensemble)  décompose la réalisation à partir d'un exemple et comporte les habituels conseils techniques. ce livre n'est toutefois pas un livre de technique "couturière" . l'auteur emploie  une technique d'appliqué très simple et l'intérêt du livre n'est pas là .Vous n'y troverez pas  -et c'est un bien de modèles à copier-  pour la raison simple que la composition doit venir de vous, de votre inspiration  et je souscris pleinement à cette approche.

Tout au long du livre E. Barton propose des exercices ...qui ressemblent à ceux que j'ai pu pratiquer mutatis mutandis dans les ateliers d'écriture ... et procède beaucoup sous formes de questions à se poser,  ce que j'apprécie. C'est donc avec le bémol pour moi important de l'absence d'usage des tissus à caractère  (carreaux pois, imprimés  textures et épisseurs diverses ), un livre très riche et très intéressant,  utile pour toutes,  même celles qui s'adonnent aux géométries régulières jugées si "ennuyeuses" , il suffit de savoir interpréter et adapter ce qui l'est à sa propre pratique . 

Si on veut se faire une idée des oeuvres d'Elizabeth Barton je renvoie sur ce lien : vers le blog de l'auteur

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