POUR COMPRENDRE

"Celui qui part de zéro pour n'arriver à rien  n'a de merci à dire à personne" Pierre Dac"

Je rédige ce billet à la suite de plusieurs dialogues, ça et là. Pour ceux et celles qui me l'ont demandé.

On me dit parfois (souvent ) : " je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas  accès à .... galeries d'art, murs pour exposer"   etc ". comme tel ou telle qui ...

Se souvenir du "pas de patchwork" dit par une organisatrice  d'évènements artistiques qui "appréciait" mon travail et me proposait des "murs payants". S'il  ne dit pas tout, il dit beaucoup de choses. Je pourrais même m'arrêter là. Je ne peux exposer chez qui refuse une partie essentielle de mon oeuvre au nom d'un préjugé fondé sur l' ignorance et obédience à la façon dont les arts sont classés .

Ce n'est pas compliqué, j'ai tout faux .  En tout,  par rapport à ce qui se fait et surtout ce qui LE fait, selon les us et coutumes actuels des milieux artistiques qui "comptent" ... Je m'explique.

 J'ajoute  et c'est essentiel,  je ne  veux surtout pas blesser ceux et celles qui sont dans le "ce qui se fait et le fait", j'admire bien souvent leurs oeuvres, tout à fait sincèrement. L'inverse n'est presque jamais vrai, mais on ne force pas les goûts personnels . Je ne jalouse pas leur succès, j'explique juste pourquoi moi je ne pourrais pas y accéder. Si j'avais voulu faire une carrière et non juste une oeuvre, je m'y serais prise autrement, mais pour moi cela n'aurait pas eu de sens. Ce que je fais comme je le fais: c'est le sel de ma vie .

- Je ne suis pas professionnelle, c'est sans doute l'obstacle principal administrativement  et j'ai expliqué pourquoi ici.

- Je suis indépendante. J'aime la solitude pour créer, le partage pour moi serait de pouvoir montrer mes oeuvres, juste pour les montrer, or ce n'est possible qu'à ma salle des machines. Je ne fais partie d'aucune structure   qui propose de m'exposer en tant qu'artiste   particulière ce  n'est fait que pour celles estimées "grandes" dont je ne suis évidemment pas  et les expositions collectives avec concours et prix etc, ne sont  pas vraiment ce qu'actuellement je recherche.

 -Je suis polyvalente et éclectique et je tiens à relier  tout ce que je crée : textes, textiles et images numériques par trois, par deux et même en oeuvres séparées elles font partie d'une oeuvre unique . Mais variée. On me reproche souvent de n'avoir aucun  style et pourtant il est  des gens qui reconnaissent mes quilts au premier coup d'oeil, parmi les autres . Mon style c'est d'être moi en tous mes désirs, envies, valences. Mon style, c'est d'être multiple, justement . Mon oeuvre est une ode à la variété  harmonieuse et c'est pour moi naÏvement, je le sais, une prière au monde toujours écartelé entre positions adverses. Si on veut du symbole, il est là, et greffé à mon âme. Pas un prétexte pour faire intellectuel ou engagé.

 - Je suis coloriste - ça se voit - et la mode   est au blanc au noir au noir et blanc . A la rigueur aux monochromes. Le dépouillement est  forcément profond, sublime  . C'est le couplet sur la merveilleuse sobriété , soi disant "plus difficile" , plus "ascétique" un "renoncement" un "minimalisme".

etc. OK je veux bien . J'en  connais sur le bout des doigts les justifications, vu que d'une oeuvre à l'autre depuis  le temps que j'observe, ça ne varie guère . La profusion, des couleurs, elle,  se porte mal ou alors faut être côté art  naïf ou art brut etc . Ce que je  ne suis pas . Ou côté Haute-Couture .

 Je sais aussi travailler le blanc (voir mes livres blancs) et en blanc et noir comme cet Alpha et omega

Alpha et l omega banc 3

mais pour moi ces couleurs c'était justement pour montrer quelque chose de précis. Pas parce  que le noir et blanc ou les monochromes, c'est mieux dans l'absolu je n'y accorde aucune once de "supériorité" esthétique . Et, je  m'excuse de ma franchise abrupte je trouve absurde autant qu'injuste  d'ériger un choix chromatique en but suprême à atteindre, pour se hausser en dévalorisant qui a choisi une voie opposée pour se dire.

Et je suis tout autant  moi dans ce "Mon harmonie"

harmonie détail.jpg

 La maîtrise de tant de couleurs, de motifs au sein d'une surface qui comporte parfois des milliers de fragments différents, ça, ce n'est pas jugé artistiquement valable et  témoin d'expression  même si ç'en est, parce telle n'est pas l'esthétique dominante côté grands arts. Ayant fait les deux, je crois pouvoir affirmer avec force que non ce n'est pas plus "facile" à faire et que si "trop de couleurs tue la couleur" cet assassinat-là  peut-être beau et éveiller une émotion ? Non ? Vraiment ?

Je sais coudre et broder, surtout à la main . C'est un grave handicap.  J'entends par  là que j'ai appris les diverses techniques d'assemblage  du patchwork - du moins celles dont j'ai besoin pour ma manière de faire - et qu'en broderie je cherche encore des nouveaux points, comme je lis toujours des nouveaux textes et j'aime découvrir des mots dont j'ignorais le sens.  Cela irait mieux pour moi si j'entortillais, amalgamais ou posais sans construction, puisque c'est la mode de DECONSTRUIRE , moi je bâtis, contre modes et marée. Mais ça me dessert. Je signale d'ailleurs que le patchwork repose souvent sur une déconstruction préalable, surtout quand il est de récupération, mais ce n'est pas la bonne,  celle qui aurait une aura intellectuelle.

Je ne tisse pas : j'assemble et je brode . Tisser, on ne sait pourquoi c'est plus noble et mieux considéré. Sans doute parce que  la tapisserie a rarement été un art domestique, si le tissage utilitaire pouvait l'être. Je sais tisser de façon très primaire, j'admire profondément l'art des tapissières mais je n'en suis pas une. Car à l'intérieur d'un art dévalorisé, il est des pratiques plus "nobles" que les autres et là non plus je ne suis pas sur le bon créneau.

Mais il m'arrive d'utiliser le tissage quand il est en rapport avec ce que je veux faire pas pour donner prestige à ce que je fais comme dans ces poèmes tissés

- Je ne suis pas artiste de mixed media avec du textile  ou un peu  de fil dedans pour  donner caution "textile" à ce que  je fais. Si j'y fais incursion c'est toujours pareil : c'est dans une visée précise pour créer cette oeuvre-là .  Je suis quelqu'un qui adore tissus et fils pour leur sensualité, leurs textures, et surtout leurs impressions ou motifs qu'ils soient imprimés, tissés, brodés . C'est mon medium, et un de mes langages. Je me porterais mieux d'assembler des épluchures d'oranges ou de pommes de terres, ou encore des bouts de n'importe quoi pourvu que ce ne soit pas du tissu (le fil, c'est la caution textile, et le discours c'est la caution intellectuelle). Intellectuellement et techniquement c'est tout à fait à ma portée , mais pourquoi refaire ce que d'autres font avec tant de bonheur semble-t-il ? 

Mais je sais allier mes arts, quand je le juge nécessaire  :

on peut voir par exemple ces avatars 

ou encore la série très traits 

- Je n'imite pas les grands arts. Je tiens à ce que mes broderies aient l'air de broderies et mes patchworks de patchworks. Que tissus et fils soient mon medium ESSENTIEL et avec eux je peux tant dire que je mourrai avec des carnets remplis de projets non réalisés, faute de temps.  Je ne peins mes tissus que si  j'en sens le besoin mais pas pour montrer que je sais peindre ou faire ressembler à de la peinture .

Je peux imprimer ou faire imprimer mes images numériques sur tissu et me contenter de les matelasser seulement pour moi cela ne serait pas un art par les tissus, la même image sur du papier aurait le même impact puisque là c'est les formes les couleurs et graphisme qui comptent, non essentiellement  l'étoffe.  Si je le fais, ça m'est arrivé,  c 'est pour quelque chose de spécifique ,et je réserve cela plutôt pour  le moment où je ne pourrais plus ni broder, ni assembler.

Ce qu'il faut savoir : Si j'étais peintre dessinatrice, graveuse et que je vienne à l'art textile , le fameux "fine arts background cher aux anglo-saxonnes) comme j'ai tant vu le faire à partir des années 2000,  là ce que je ferais serait automatiquement valorisé. J'apporterais l'aristocratie d'un art prestigieux à ces humbles pratiques tout juste bonnes pour décorer la maison ou faire de "jolis objets bien "sympas".  A chacun non seulement ses moyens, mais selon le prestige des arts qu'il exerce. Le problème, c 'est que côté Beaux-arts, sans vouloir être méchante, on  n'y connaît pas grand chose en valences purement textiles et notamment côté gestes techniques , ni histoire de cet art. 

-Je ne suis pas une artiste conceptuelle, même si je peux manier le concept aussi bien que l'aiguille (je le montrerai sans doute dans une oeuvre de révolte profonde qui me titille depuis trop longtemps pour que je ne la fasse pas un jour !).  Je suis quelqu'un qui aime travailler les matières (et pour moi les mots en sont une mais pour créer par pour sous-tendre ce qui se tient déjà assez bien tout  seul  ce me semble). Je n'aime pas l'idée d'avoir besoin d'un discours intellectuel pour qu'on regarde ce que je fais. Les matières que j'utilise parlent aux sens, pas au cerveau.  Même si je pense savoir me servir du mien de manière satisfaisante sinon géniale !

Mais je peux présenter un projet en ce sens comme Le temps qu'il fait dans le temps qu'il passe. Pourquoi ? Mais parce que j'en avais envie. Cette oeuvre pour moi n'est pas essentiellement "textile" , du reste. Elle vaudrait autant, pour l'idée,  imprimée sur du papier et en remplaçant la dentelle par  un autre matériau. C'est juste que j'aime tellement les tissus que je les ai associés mais ils n'étaient pas l'élément pour dire . C'est ce que  j'appellerais une "caution textile" si je prétendais les faire valoir comme art textile novateur  et supérieur à mes humbles patchworks .

- Je ne travaille pas en 3 D. Mon domaine d'élection c'est la surface. Un peintre a le droit , mais chez nous on est super mieux vues et cotées si on se lance dans la suspension , la sculpture etc .  Ailleurs on ne dit pas qu'un peintre vaut moins qu'un sculpteur, mais chez nous, faire des choses où on fuit l'effet couverture est quasi nécessaire et la 3 D, c'est un bon moyen d'autant que c'est aussi furieusement tendance .


 - Je ne  me gargarise  pas avec l'originalité et l'innovation mise à toutes les sauces. Je prends des sources et je les reconnais, leur date m'importe peu, prétendre  faire du " jamais vu sous le soleil" me semblerait beaucopup plus outrecuidant que ce que je dis ici et qui ne va pas manquer de la paraître, pourtant.  Qu'en sait-on ? On a donc tout vu ? Innover comme je le vois faire, c'est souvent imiter une source récente. Le premier innove, pas tous ses suiveurs s'enfilant sur un créneau porteur de louanges et reconnaissance :  puisque c'est récent c'est mieux ... forcément !

- J'aime jouer avec les poncifs même si je sais faire autrement , aussi ... alors là, ça me descend automatiquement  au niveau zéro de la création quoi que je fasse avec on n'y verra que le bien fait, et le" travail d'eéxécution " -c'est le cas de le dire (la création elle est  exécutée aussi , au pasage on NE VEUT PAS LA VOIR )  d'autant que ces arts sont exclus d'autre reconnaissance sauf rarissimes exceptions. On  a décidé que ceux et celles qui s'en servaient n'avaient vocation qu'artisanale, décorative , superficellement "joli", "traditionnels" indécrottables. Pour moi les poncifs et motifs sont comme les mots qui ont servi à d'autres avant moi et c'est même en cela précisément que l'écriture et l'art textile chez moi se rejoignent. J'ai developpé cette approche  ici .

De plus ce choix, mal compris, me condamne à une perfection normée que je refuse absolument. Je ne suis pas une machine et je veux que mes points reflètent ce que je suis et sens. Or tout le monde de l'art textile côté modèles reproduits ou même modèles créés (et j'ai été créatrice de modèles) l'exige, universellement cette norme pour tout ce qui repose sur un dessin ancien. Pas moyen de faire comprendre qu'on peut s'en dégager au niveau même de l'exécution pour lui imprimer sa patte et sa marque. Il ne s'agit aux yeux des professionnelles que d'imperfectionsde "poor workmanship"  car il n'y a que la forme qu'on regarde alors,  jamais la visée ni le fond : on est censée n'en point avoir. . C'est pourquoi la copieparfaitement exécutée  vaut et même passe la création qui en ce domaine reste incomprise ou niée.

Je pourrais ajouter : j'aime la beauté, je suis pas une artiste engagée au sens  habituel du terme  sous une bannière politisée, et je pourrais sans doute trouver encore quelques handicaps qui m'excluent. On pourrait ajouter c'est sans doute que je n'ai pas autant de talent que ceux et celles qui ont plus de succès. C'est possible. On m'en a reconnu pourtant et sans que je demande.

Qu'on me permette d'être moi -certes personne ne m'en empêche-  mais si je le suis je dois accepter que  mon parcours  soit souvent regardé avec une once de mépris ou en sous-entendant "que je ne  sais pas m'y prendre". Certes on a raison sur ce point, je suis inapte à ce que je trouve par rapport à mes exigences propres "inepte" . Je ne suis pas une "arrivée", -je  n'arriverai jamais .. et je veux pas "arriver" ,  il est vrai  :  je préfère les départs, les débuts, les envols, les pistes à ouvrir . ..Mon parcours  n'est pas "prestigieux" certes mais il est honnête, sincère, passionné , obstiné (autant de défauts sans doute aussi) . Et si j'égratigne au passage, on peut à bon droit juger cela "mesquin", je l'assume. Qu'on pense aussi  la dose de mépris, d'incompréhension  ou d'indifférence que je dois encaisser, et ce, depuis des années. Qu'on la rapporte à ma passion pour ...

Et qu'on vienne voir un peu ce qu'il en est à la salle des machines ou si on est trop loin sur la page Facebook qui lui est consacrée .

Et une dernière chose : JE NE ME PLAINS PAS , je réponds à des questions souventes fois posées . Le jour où on verra des quilts géométriques et création et expressioon personnelle y compris - d'amateurs pourquoi pas ?- suspendus côté arts généralistes dans galeries et musées, autant qu'on voit d'autres oeuvres -y compris textiles mais "pas de patchwork"   là j'accepterai, là,  de croire que  je m'y prends mal . Pas avant .

 

Réflexion-débat-questionnement

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