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  • De la géométrie en art textile- 2

    • Le 30/08/2017

    Régulier-irrégulier

     

    Il semble bien que si on s'en tient sinon au textile du moins aux matières souples servant à fabriquer vêtements, tentures sacs et objets, quand on use  d'assemblages de formes venues de sources diverses-  on ait eu le choix entre mettre ensemble les pièces récupérées telles quelles ou  de les retailler pour  composer avec les chutes des géométries régulières (celles-ci présentant souvent l'avantage d'offrir des coutures droites en principe plus faciles à ajuster ), même si les motifs avec courbes régulières, bien entendu existent aussi.

    On peut aussi évidemment retailler ces morceaux dans toute autre forme souhaitée : figurative, stylisée, mais en ce cas on a  plutôt tendance à les appliquer sur un fond  surtout quand la forme devient complexe et la technique dite d'appliqué est considérée souvent  comme une forme de broderie plus que de couture (il n'y a pas à proprement parler "assemblage", ou plus exactement la jonction se fait par superposition.

    On distingue donc  dans les oeuvres en patchwork qu'elles soient anciennes ou contemporaines diverses approches de la géométrie selon  ses formes et la disposition de celles-ci.

    La géométrie irrégulière  préservant la forme des étoffes telles quelles c'est le royaume du crazy quilt. On le fait remonter à la fin du XIX° siècle, et précisément  la centennial exposition  à Philadelphie en 1876  où des vases japonais craquelés auraient donné l'idée de type de quilts. Mais je crois qu'on confond la mode du crazy  victorien, très orné, qui s'est développée à ce moment-là et la naissance de l'art de la "chute folle"; on trouve bien avant des assemblages de pièces irrégulières  ne serait-ce que par souci d'économie.(et ce dans pas mal de cultures différentes). On peut voir dans des livres d'histoire du costume des corsages reconstitués de morceaux détoffe, faits en France )

    On voit aussi dans le livre Abstract design in American quilts  déjà cité ce crazy très dépouillé qui n'a rien de victorien , mais qui est un crazy quilt au sens de formes irrégulières emboîtées et rebrodées sur les coutures.

    crazy-revival-001.jpg

    La plupart des spécialistes des quilts assimilent cependant crazy et étoffes très brodées, même si nombre d'oeuvres, même en tissus précieux sont juste ornées sur les coutures, et souvent en morceaux  réguliers. Les  caractèristiques  précieux/ brodé l'ayant emporté sur celle de morceaux irréguliers utilisés tels quels .

    .On peut voir des crazys quilts à l'ancienne sur nombre de sites en tapant antique crazy quilts dans un moteur de recherche.

    Ces formes irrégulières sont elles-mêmes souvent incluses dans des formes régulières : carrés; losanges , bandes verticales, comme je l'ai fait dans l' Arlequin fou :

     

    afou.jpg

    Mais , il arrive aussi que la surface de fond  sur laquelle les tissus sont posés au lieu d'être constituée de morceaux recousus ensuite, soit  d'un seul tenant, ce qui n'empêche  pas d'y intégrer  des formes régulières :  ici les "roues" symbolisant les hasards du mariage .

     

    rebus-4.jpg

    .Crazy quilt rébus ou l'heureux mariage

     

    Aux formes irrégulières des crazys peuvent s'ajouter celles des quilts Afro-américains des  Gee's Bend nés au XX iècle et qui sont devenus célèbres pour leur fantaisie de formes , l'équilibre des compositions et la sobriété des tissus utilisés (en tissus unis)  En revanche pas ou peu de matelassage . On peut en voir sur ce lien .

     

    - Des formes régulières diverses travaillés en ensemble   comme dans les quilts dits dahlias, les grandes étoiles notamment qui sont des "classiques" de ce type de disposition .

    L'étoile des quatre saisons réinterprétation d'un quilt de Mary-Evangeline Dillon . Ces étoiles sont presque le stéréootype du quilt américain et souvent dans les livres sur art et étoffes c'est  eux que l'on voit ...comme si l'art du quilt s'y réduisait, lui qui est si varié !

     

     

    Et4s 4

     

    La géométrie en formes identiques répétées  :  carrés, triangles, hexagones ou toute autre forme pouvant s'emboîter par tessellation.  On lit parfois que de telles surfaces seraient plus "simplistes" que les élaborations savantes à partir de géométries plus complexes , mais ce n'est pas mon avis d'autant qu'on peut par travail de pixellisation notamment reconstruire avec ces tesselles des tableaux personnels  (pas seulement des copies de photographies ) ).Les charm -quilts ces quilts comportant 999 morceaux (parfois davantage) identiques par la forme, mais tous différents par les étoffes font partie de cette catégorie.

    Dans ce quilt Jaillissements  j'ai utilisé les tesselles carrées pour reconstituer une de mes créations numériques :

     

     

    Jailesements redjpg

    Mais j'aime aussi à en bâtir des surfaces plus classiques témoin ce Petite fleur fait pour illustrer par saturation -un peu ironique et distanciée par rapport au thème- les tissus à fleufleurs :(c'est aussi un charm-quilt aucun tissu semblable à un autre)

    Petites fleur detail

     

     

     La géométrie dite en blocs ces carrés répertoriés par les quilteuses américaines, mais qui existaient déjà en Europe avant la naissance des Etats-Unis, comme on semble trop souvent l'oublier et notamment en Europe du Nord (La Suède entre autres a un bel "héritage"et bien évidemment le Royaume-uni ) .Et même hors d'Europe comme le souligne le début de cet article .

    C'est une de mes approches favorites,  j'ai expliqué maintes fois pourquoi  : il existe des milliers de blocs et pour chacun une infinité de possibilités  de  création personnelle en étoffes en adéquation avec la géométrie choisie (à noter que tous ces carrés ne sont pas remplis de formes géométriques, mais une bonne partie) .

    On peut faire avec eux absolument tout ce que l'imagination propose et on ne voit vraiment pas pourquoi ils ont été , à une  certaine époque, assimilés à un patchwork "planplan", pépère et sans imagination. On peut bâtir sur une simple juxtaposition comme ce Melting pot :

     

     

    Melting pot 3Ou bien encore en déformant les blocs au point qu'il est difficile de les reconnaître comme  dans le Feu sacré :

    Le feu sacr jacqueline fischer art textilejpg

    Des recueils de blocs ont été constitués très tôt comme aide mémoire et propagation d'un art. Et comme en point compté ou broderies; les quilteuses ont fait parfois des "samplers" ces échantillonnages  de blocs tous diffférents et j'ai obéi à cette coutume en voulant tester les blocs les plus difficiles du logiciel Block base (déjà cité )  Le sampler délicat  :

    sampler-delicat-1-reduite.jpg

    Evidemment on ne peut oublier les compositions des Mnemonites et des Amish célèbres pour l'utilisation des étoffes unies , les formes simples et l'audace de leurs coloris ainsi que souvent un matelassage très sophistiqué. A noter que les quilts Gallois antérieurs dans le temps présentent des ressemblances . Pour ma part je n'en ai pas réalisé, les tissus unis et le matelassage n'étant pas mes modes d'expression en tissu préférés et mon but n'est pas de suivre, ni de reproduire ce qui existe déjà . Ce qui ne m'empêche pas de les admirer chez les autres. On peut voir des quilts anciens Amish sur ce site

    Les quilts  dits en médaillons construits autout d'un bloc central auquel on rajoute des rangées sur chaque côté  qui serait une spéciialité britannique. Le quilt Home sweet Home s'apparente un peu à ceux-là  :

     

    Home

     

     

     

    Les géométries jugées plus contemporaines ont souvent préféré les bandes décalées , les carrés un peu de guingois, et les livres d'art quilts regorgent d'ouvrages de la sorte .On peu aussi s'amuser à ce petit jeu (que j'ai fait) taper  geometric art quilt, puis comparer avec les oeuvre de Klee , Kandinsky, Rothko, sans oublier Vasarely et Mondrian pour voir que là l'inspiration se veut "noble" et côté Beaux-arts.

    On peut compter comme "contemporain " tout ce qui s'éloignerait des formes précédentes jugées elles traditionnelles, mais à dire vrai et je l'ai souvent montré le clivage entre le deux est souvent  très discutable. 

    La  vague des modern quilts privilégie les grandes surfaces unies avec un matelassage très élaboré (le plus souvent sur machine long arm  ) je renvoie sur ce lien où je les ai déjà présentés .

    Mon quilt Eclats de Soie s'en rapproche  :  je ne refuse pas une tendance" quand j'ai quelque chose à dire avec elle :-) non plus , il ne s'agit pas de refuser ou nier  les influences, mais de sélectionner en chaque genre ce qui convient à propre expression  :

     

    10391388 10202551594257567 8900498651140083116 n

     

     Et en conclusion rappelez-vous ces oeuvres qu'on les aime ou pas sont des surfaces abstraites, exprimant des visions géométriques de l'espace mais en   tissus parce que  le tissu a pour moi des caractéristiques que la peinture ne me donnerait pas -son toucher ses reflets, ses imprimés, son histoire . Pas  seulment de jolies couvertures. Merci de le comprendre.

  • De la géométrie en art textile

    De la géométrie en art textile -1

     

    Introduction

    Dans mon livre Jeux d'étoffes, impressions, expressions  je pose déjà la question du regard sur la géométrie, surtout régulière, répétive et symétrique, dans les surfaces textiles. 

    Et évidemment plus précisément en assemblage d'étoffes. J'ai toujours contesté la notion selon laquelle il y aurait des géométries "traditionnelles" et d'autres "contemporaines" voire aujourd'hui "modernes" avec la vogue des modern quilts. J'ai contesté surtout le fait que l'emploi de certaines formes comme le labyrinthe vous donnait l'aura de la véritable artiste puisque ce labyrinthe était classé  "contemporain" dans les années 90, notamment, , on ne sait pourquoi (à croire que Dédale était un perdreau de ces années-là !) mais une étoile par exemple, c 'était traditionnel et donc "artisanal" pas le moins du monde artistique, du moins côté "grand art" . Je me bats contre ce genre d'absurdité depuis des décennies.

    Autre question qui m'a taraudée :pourquoi donc les abstractions des quilts, antérieures et très largement aux peintures abstraites géométriques, sont-elles reléguées côté "arts appliqués-décoratifs" juste là pour faire joli,et/ou réchauffer ....  mais que lorsqu'un grand art s'en  empare -des siècles après, là ça devient génial ...intéressant . J'ai obtenu des éléments de réponses mais aucune ne m'a satisfaite (et notamment le fait que le dames qui cousaient n'auraient pas  eu de "démarche", que donc ce n'était ni classable dans un "mouvement" , ni analysable avec les méthodes de critique d'art habituelle. Cela ne tient pas car beaucoup d'artistes du passé n'ont été inclus dans écoles, mouvements et influences diverses qu'après coup, et non de leur vivant. L'art et l'artisanat ont même souvent coïncidé !  Evidemment si on met d'office  hors champ de la culture générale et qu'ensuite on constate que ça n'est pas vraiment de l'art  parce que "ça se saurait" , depuis le temps ... on ne laisse guère de chance à ces surfaces d'être regardées autrement que comme de "jolies couvertures" .Comment cela pourrait-il "se savoir" si on ignore tout ou presque de qu'on relègue ?

     J'aimerais donc  ici inviter à aller y voir de plus près . Notre art est mal connu  même de celles qui le pratiquent et même d'un bon nombre qui se disent "expertes" . Moi-même je sais que je ne sais pas tout, très loin de là, car le savoir en cette matière est dispersé, lacunaire, difficile à étayer sur des études complètes .Le plus souvent les livres sont pratiques.... et je me sens deux tâches : l'illustrer par autant d'oeuvres que je puis en  créer, et partager ce  que j'ai appris sur lui au fil des années . Et si possible, aussi,  en dehors des "cercles" patchwork-art textile . Si une géométrie peinte atteint à l'universel , une cousue le pourrait bien aussi, si on l'y autorise. Plus exactement si on fait effort de s'informer ...et de regarder comme une surface comportant des formes et des couleurs choisies  par décision de la personne qui l'a conçue et cousue (et qui hélas ne coÏncident pas toujours, problème crucial) .

    Un peu d'histoire .... et de géographie.

    On ne peut évidemment pas dans un article à lire sur écran être exhaustif sur ce vaste sujet , je renvoie en cours d'article à des liens et pur les sources aux livres dont j'ai déjà rédigé la recension sur ce blog (notamment Quilts around the world de Spike Gillespie)               o

     

    En Europe une des premières oeuvres textiles géométriques connues est un ouvrage anglais daté de 1718 et appelé "The Coverlet" . On peut ne pas apprécier ce genre de composition mais force est de reconnaître que c'est un usage de formes abstraites à des fins esthétiques , et que c'est en tissus .... et même à décomposer en ce qu'on nomme "blocs" c'est à à dire carrés subdivisés eux-mêmes en formes ou décorés d'un motif .  On peut la voir sur ce site ...

     

    Plus tôt encore dans le temps et ailleurs  les quilts retrouvés  dans les  grottes des mille Bouddhas sur la Route de la soie à partir des  années 1900 . Entre autre nombrex objets d'art, on a mis au jour des   pièces en patchwork géométrique montés  de façon analogue à nos méthodes de couture main et avec des formes ressemblantes, datant probablement du VIII° siècle de notre ère,qui sont décrits comme étant composés de triangles et de rectangles et qui seraient conservés , en partie au British museum.

    A méditer par celles qui affirment que le patchwork géométrique serait "américain" exclusivement .

    Au Pakistan et à l'ouest de l'Inde on trouve la tradition des "ralli quilts" dont certains historiens pensent qu'ils remonteraient à 4000 avant Jésus-Christ  au vu de leur représentations sur poteries ou autres témoins de  ce passé très lointain.

    Liens vers une présentation des ralli quilts

    Et puis en France le collectionneur Michel Perrier a rassemblé des quilts. Beaucoup datent du XIX siècle , et ces géométries n'ont rien  envier aux à celles développées  aux USA et au Royaume Uni, même si on souligne que les techniques d'assemblage et l'esthétique en est sensiblement différente . Plus de la moitié de ces quilts  est fondée sur des géométries régulières, signe que dans notre pays ces types   d'assemblages ont dû exister et déjà auparavant (seulement comme je l'ai maintes fois souligné jugés indignes sans doute d'être conservés les plus anciens ont été probablement perdus  ou détruits ) .On voit affirmer  que la France n'a pas une culture du patchwork,  ce qui n'est pas faux, mais c'est surtout conservation, transmission et étude de ces oeuvres en tant qu'objets d'art abstrait (et non pas seulement populaire) qui fait défaut. La pratique elle existait bien ! La preuve! (cf l'article sur le livre Mosaïques d'étoffes)

     

    mosaiques-detoffes-001.jpg

    A noter que le Sud de la France  connu surtout pour le boutis et le piqué marseillais ,  recèle quelques trésors d'assemblage notamment des hexagones et  également, en Corse les centupezzi   que la quiteuse Anne Marie Voigt Vincentiguerra a fait connaître.

    Et le souhait aussi que tout ce qui se crée à notre époque dans ces "genres" nullement obsolètes, soit répertorié,indexé,  conservé et étudié et non finir en chiffons .

     

     Si pour les géométries repertoriées et inventées par les américaines, il existe bien sûr une pléthore de livres; essentiellement pratiques  . L'encyclopédie de  Barbara Brackman, sur laquelle repose le logicie  Block base (dont je ne cache pas qu'il est une de mes sources d'inspiration ) est une des plus complètes . A noter que bien, sûr , beaucoup de ces dessins existaient depuis la nuit des temps il suffit de consulter un livre de motifs pour s'en convaincre. Mais les noms choisis  qui font allusion à la vie quotidienne ou à l'actualité politique ont contribué à insérer ces motifs dans une culture. Chose qui en France, ne s'est jamais produite pour la raison simple que notre beau pays aime bien dévaloriser les uns pour élever des podiums  aux autres et que la scission Beaux arts / arts appliqués sévit toujours qui interdit aux seconds d'avoir droit à des études comme étant nés d'une imagination, d'une démarche cohérente venue d'un individu "artiste".

      Ainsi Le collectionneur Jonathan Holstein venant en France exposer ses "Abstract designs in American quilts" ,dans sa relation de l'aventure, souligne qu'il n'a eu droit qu'aux musée des Arts décoratifs (l'effet ghetto !) alors qu'aux USA il avait réussi à convaincre le "curator" du Whitney Museum de la valeur esthétique et expressive de ces oeuvres. Outre le livre sur le sujet dont j'ai fait un compte rendu lisible sur  ce blog, on peut avoir sur ce lien une idée de ce que fut cette exposition, capitale dans l'histoire ce la reconnaissance de notre art.

    Reconnaissance qui malheureusement est restée pour diverses raisons très limitée  dans le temps et  ce que je nomme "la corporation". Hors des milieux spécialisés, personne n'en sait rien.  A  art dit  mineur pour ne pas dire minable, pas d'histoire universellement partagée ! Juste des essais de percée non transformés !

    J'ajoute avec fermeté qu'en France il y a eu malheureusement fin 90 et début des années 2000 cette scission entre les géométries "nobles" et les autres . Donc relégation des secondes au profit des premières. Bref , il fallait faire des surrfaces qui ressemblaient   à ce qu'on voit dans les vrais arts et surtout pas que ça ait l'air "trop patchwork", comme on m'a dit mille fois cgez les artistes se voulant novatrices (rien de tel que de ringardiser un courant ou un genre pour s'affirmer original ! )  ..  Et aux USA, même si c'est plus ouvert , certains historiens du quilt soulignent cette scission (tout le monde l'admet sans la mettre en  cause dans les milieux patchwork et art textile )  .D'où le terme art quilt , apparu dans les années 90, s'opposant au soi disant traditionnel qui lui donc ne serait pas de l'art côté Beaux-arts.  Et je montrerai par l'analyse d'un livre, à la fin de cette étude,  combien cette scission est contestable et peu rigoureuse .Mais pour le moment penchons nous sur les différentes formes de géométries utilisées dans quilts et patchworks.

     

     

    (à suivre)

  • A propos du temps....

      Temps, patience etc. en art textile

    Souvent les questions qu'on me pose tournent autour du temps qu'il faut, du temps que "ça prend" pour créer  tel ou objet ou surface textile. On entend souvent uniquement le temps matériel de "fabrication"qui semble voiler tout le reste, et aussi et surtout la "patience" qu'il faudrait pour obtenir de telles surfaces. Certes il y faut du temps et de la patience, mais j'aimerais tellement qu'un jour on l'oublie !

      Imaginez par exemple la surface ci-dessous, avec le même nombre et formes de pièces, la même technique d'assemblage, mais sans recherche personnelle sur les étoffes et leur placement en composition dans ladite surface. Sans la variété des motifs sur le même thème (les fleufleurs si décriées comme non contemporaines et que j'ai voulu, moi, sortir de leur prétendue niaiserie) Le travail de patience serait le même, le résultat certes pas ! A ce stade je suis consciente que seuls les artistes mosaïstes en étoffes sont obligés  d'en faire la démonstration, et de plus, avec le sentiment un peu doux-amer de le faire en vain et de devoir toujours se justifier ! 

     

    Petites fleur detail

    Petite fleur- détail matelassage Simone Struss

    Comme  n'importe quel autre art,  : le temps de réalisation n'est pas le temps de création, pour un raison simple : la création commence bien avant..... par exemple dans le temps passé à collectionner les étoffes, trouver celles qui inspirent, recueillir les autres, rêver à ce qu'on pourrait  créer avec   ces trouvailles diverses, le temps passé à observer  à la fois les étoffes, les oeuvres des autres, le monde en soi autour de soi, prendre des notes, faire des ébauches, ou des plans plus structurés, à laisser infuser en soi toutes les sensations, impressions, envies. Parfois une idée jaillit plus impérieuse que les autres, elle s'impose ...on se met en route. Du temps s'est déjà écoulé.

     

    carnet-d-esquisses-001.jpg

     un des carnets de travail sur les motifs des étoffes

    Ce temps d'élaboration, de gestation est pour moi essentiel. C'est lui qui distingue mes ouvrages et oeuvres d'autres où il est "zappé" puisque on se sert d'un modèle , qu'on "suit" -- voire d'un kit et que le temps n'est plus alors que d'exécution et reproduction.  C'est lui qui me donne le droit de me dire conceptrice de la surface que je montre- je  voudrais dire "créatrice", mais  ce mot étant mis à toutes les sauces a fini par se vider de son sens -  et d'en reconnaître la "maternité". Et les sources, quand elles sont évidentes. J'accepte mal qu'on mette sur le même plan ce qui a nécessité ce temps de travail personnel et ce qui utilise celui des autres, pour obtenir un objet semblable ou ressemblant.

    LIre à cet égard si on veut cet article.

     

    Ce temps-là est  donc zappé dans le regard quand on ne loue dans une surface que le soin avec lequel  elle a été assemblée et "tout le temps que ça a dû prendre". Vous diriez la même chose à une dame qui vous montre le modèle réalisé grâce à une revue, voire un kit. Vous ne voyez pas, alors, ce qui pour moi, comme pour tout artiste-concepteur est l'essentiel. Je sais bien que c'est une forme de reconnaissance, de la gentillesse, souvent. Mais quelque part, ça irrite, ça brûle.

    J'ai rencontré fort heureusement dans ma vie des personnes qui regardaient vraiment, me parlaient couleurs, motifs  composition ... symbolisme, lectures différentes de ma surface -c'est donc que c'est possible -et pas que sur les miennes et oui, oui même sur un quilt en blocs géométriques, car dans mes quilts de la sorte il n'y a pas que la structure "classique" à voir - et la façon dont ça tient ensemble, du moins, je l'espère et même je le sens, je le crois puisque d'autres l'ont perçu . Je vous assure : cela fait un bien fou...

     Ce temps, du reste est fragmenté, tout autant que les ouvrages d'assemblage. Je procède par  ce que je nomme des "sessions". J'ai un principe : ne jamais me forcer à travailler , lorsque je n'ai "plus de jus" , que l'envie et le désir  me quittent, car alors je serai dans une sorte de geste machinal, sans cette ardeur qui m'est nécessaire. Ce serait un ouvrage, il serait fini, mais il ne serait pas le même, l'ennui éprouvé à le faire s'y ressentirait. Je ne déroge que pour les tâches un peu mécaniques d'achèvement, finitions-que je n'aime pas . Car en fait entre le plan ou l'ébauche (même si elle est en couleurs) et la surface achevée il y a toute cette osmose avec les petits bouts d'étoffes, chez moi toujours aussi variés que possible non , je ne prévois pas tout au départ et j'organise l'ensemble de proche en proche; il n'est guère de surface que je n'ai modifiée, au cours de son exécution, alors que tout le monde croit que tout est "décidé" à l'avance parce que la structure en est régulière.  C'est que que pour moi l'essentiel des oeuvres ainsi composées vient  du choix des étoffes et de leurs relations les unes aux autres à l'intérieur de ladite surface c'est là qu'est mon rôle principal  :  faire parler, chanter  les étoffes entre elles . .

      Si mes ouvrages sont comme je dis "fils du temps" -et avec les deux prononciations et sens différents du mot "fils" , c'est bien parce ce sont des oeuvres de vie modifiables selon les circonstances de la mienne, aussi . Tout est fondé, au fond sur des rencontres ...ou des chocs, parfois.

    Ainsi il m'arrive d'abandonner un ouvrage pendant de longues années et puis un matin, je me réveille avec l'envie de le finir -celui-là, pas un autre - ou bien il m'arrive un évènement fort - heureux ou malheureux - et alors j'ai envie de reprendre quelque chose d'oublié. Ainsi cette étoile dont je raconte ici l'histoire fut-elle reprise à un moment de ma vie où il m'est arrivé quelque chose qu'on ne souhaite pas, même à son pire ennemi- j'étais alors si mal qu'il me fallait l'envergure de ce travail (trois mètres ou presque de côté) et son côté  cyclique (la roue du temps-celle du "supplice intime " aussi) pour  oublier , ou plus exactement mettre à distance, tant le travail requérait d'attention.

     

    Et4s 4

    L'étoile des quatre saisons -matelassage Simone Struss-collection privée

    d'après une création d'Evangéline Dillon -quilt d'interprétation)

    S'il m'a  fallu beaucoup de temps, c'est aussi parce que cet ouvrage correspond à un stade d'évolution où je ne suis plus (je réinterprète rarement les surfaces des autres , à présent, mais je ne renie pas le travail personnel  qui consiste à "revisionner" le même plan de quilt autrement. Ainsi traîne encore dans mes "leftovers" et autre orphelins ou UFO , maints débuts de quilts réinterprétés de mes débuts.

     C'est pourquoi dès qu'un ouvrage me lasse , je le range et j'en prends un autre, soit un déjà commencé qui délaissé un moment retrouve alors presque un intérêt de nouveauté, soit un autre que je mets en route (je dois me freiner un peu côté mises en route). J'aimerais qu'on comprenne que ce n'est pas vanité quand je dis que j'ai trop d'idées . Il ne se passe guère de jours où je ne visionne quelque projet , où il ne me vienne une nouvelle  envie-idée d'assemblage , ou de broderie ...ou les deux associées . Je crayonne je prends des notes et quand je ccrée des plans de quilts via un logiciel c'est pire  Bien sûr ces idées  sont aussi initiées par mes lectures , ce que j'observe de la vie en moi, autour de moi. .C'est pourquoi j'ai établi ces cahiers d'élaboration puisque je garde depuis toujours tous  les documents de mise en route qui ont abouti au quilt ou à la surface textile, ce sont eux qui témoignent de l'élaboration et d'un cheminement personnel, des modifications , des errances ...des improvisations tout autant que des stratégies pré-établies. Des abandons parfois très longs, et des reprises.

     

     

    Certains ouvrages sont imaginés , crées et réalisés en relativement peu de temps (quelques semaines  au mieux ) , pour d'autres il y faut comme pour ce Conservatoire deux décennies... dscf015red4.jpg

     

    On voit aussi combien cette façon de procéder me marginalise à une époque où on exige d'aller vite ...de présenter des "perdreaux " de l'année, qui plus est . Je suis donc non seulement souvent à contre-courant, mais aussi à contretemps. J'ai fait ce choix de respecter en moi ce qui était essentiel à la manière dont moi j'entends mener à bien ce que je nomme "mon oeuvre", même si cela semble outrecuidant . Une oeuvre peut exister et être médiocre, le mot ne présume pas de sa valeur. Il désigne simplement un ensemble, pour moi cohérent , et je l'espère, signifiant .

    De ces heures passées qui ne sont donc pas que de "couture" très loin de là , il ne restera rien , absolument rien dans la  nuit du temps puisque l'oeuvre n'est pas jugée telle qu'elle mériterait conservation. Donc cette pensée si fréquente : que deviendra-t-il de tous ces fragments de ma vie, après moi ?   C'est cela aussi le rapport au temps, parfois si douloureux à vivre . ça consiste juste  à mourir deux fois : de corps et d'oeuvre. Sort commun à bien des artistes je le rappelle, mais plus encore à ceux qui sont choisis par un art exigeant,  chronophage  et inexistant en tant que tel ...ou presque à l'exception de deux trois très grandes qui ont fait aussi autre chose fort heureusement pôur la partie purement textile de leur oeuvre. Et dont le milieu prêtait à la reconnaissance ...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Encore !

     Pour ceux qui me croient parano quand je me plains du regard sur le mot patchwork (casse-pieds et radoteuse, oui je m'en rends compte, mais pas parano!) . Insistant encore et toujours sur cette absurdité qui perdure.

     

    Ce matin comme souvent je faisais une recherche sur des artistes textiles croisées autrefois (notamment dans les revues spécialisées -peu ont accès à autre chose!), je trouve cette phrase (j'ai enlevé à dessein le nom de l'artiste que j'apprécie beaucoup du reste !)  :

    Je cite :

     "

    Je connais depuis longtemps le patchwork, cet art fait de tissus assemblés multicolores, souvent à forme géométrique.

    Le jour où j'ai rencontré X j'ai découvert l'art textile!

     

     Mais ce que ce monsieur montre, c'est encore de la géométrie faite sur le principe des bandes cousues et recoupées ... une technique appelée Bargello, variante du "strip piecing"-qui ne date pas non plus de l'époque à laquelle l'oeuvre a été conçue et qui tout autant du "patchwork" que le reste ! -... Création dont   l'originalité résidait dans la recomposition par ce moyen d'un paysage semi-abstrait, avec  jeu de perspectives. L'oeuvre est très remarquable et m'a laissé un vif souvenir.  L'admiration de l'auteur de l'article, je la partage ! Mais ce que je n'aime pas, mais alors pas du tout c'est cette manière de dévaloriser d'autres façons  de s'exprimer tout autant textiles et tout autant artistiques mais conçues autrement .

    On signale  donc  ce qu'il ne faut surtout pas faire : du géométrique répétitif (mais quand c'est de la peinture on peut !!! c'est même novateur, là ! même si les peintres s'y sont mis des siècles après les quilteuses!). Ni utiliser  comme point de départ quelque de chose de classé traditionnel  et ancien, même si on exprime avec cette "source" quelque chose de tout à fait personnel et particulier (je laisse le mot original aux vaniteux qui croient avoir tout vu et donc se démarquer de tout )

      Eh bien j'invite à apprendre à connaître avant de dénigrer car bien souvent ces  coups de griffe au passage au "patchwork" signent une immense ignorance de cet art appuyés sur préjugés multiples et connaissance très évasive ...

    De plus l'arrivée du mixed media avec un peu de tissu et de fils  baptisé  "art textile"(moins y"a de tissu plus c'est de l'art novateur en textile !)  aurait sans doute aussi relégué cette belle oeuvre qui date du début des années 2000,  aussi au rang de "patchwork classique" -comme je l'ai vu faire plus tard.

     Alors je vais vous raconter quelque chose. Nous étions dans les années 90 , sur leur fin.


     Quand j'étais professeur de collège, j'apportais souvent les photos de mes quilts en salle des professeurs, car il y a avait quelques  collègues intéressées. Les hommes (surtout quand ils étaient professeurs  d'art plastiques ricanaient de mes prétentions à créer avec des tissus - je n'aurais pas osé me dire artiste textile à l'époque, tant on nous serinait que les vraies artistes textiles ne faisaient pas de "traditionnel".  Et que ce je faisais n'était qu'un "loisir" -quand on n'ajoutait pas "pour mémères" , j'étais chanceuse ou un "artisanat" ..Entendez par là utiliser un bloc (un carré dessiné et repertorié ) comme point de départ.

    Et puis un jour  que je déballais mes photos, une collègue me dit qu'elle n'aimait vraiment pas, que c'était à ses yeux trop confus , désordonné. Ce qui ne m'a pas  blessée somme toute ce n'était pas faux. J'admets très bien qu'on n'aime pas, mais je n'admets pas qu'on décide que sous prétexte que c'est du patchwork géométrique en blocs (carrés) réguliers   cela ne saurait être de l'art textile. Et là surprise!

    Un de mes  collègues d'art plastique qui ricanait habituellement quand j'évoquais ce qui n'est souvent pour les autres qu'une marotte, une manie au mieux un hobby, a donc pris les photos de mes quilts qui n'étaient que du patchwork, répétitif celui  qui précisément ne serait pas de l'art textile .

    Et il en en a fait une analyse magistrale , montrant la construction et les "lectures" qu'il en faisait. Je n'en croyais pas mes oreilles. Je lui ai même demandé s'il était ironique  ou pas ... Non , il était sérieux .  Je ne pouvais pas le soupçonner non plus de dire cela "pour me faire plaisir", puisque auparavant il ricanait dès que  j'évoquais mes créations (qu'il navait jamais vues, c'est le mot patchwork qui faisait chiffon rouge) ) . C'est la première fois que j'ai eu une vraie reconnaissance côté "monde des vrais arts" alors je n'ai pas oublié.

    Le quilt si ma mémoire est bonne était celui-ci , qui, quelques  années plus tard a été choisi aussi pour illustrer un de mes portraits d'artistes.

     

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     Pourtant je le répète ; il s'agissait  bien de patchwork avec ses petits bouts disposés dans des compositions géométriques répétitives ... celui qu'on n'aime pas , celui qu'il ne faut surtout pas faire si on veut être "artiste textile". Une surface  bâtie autour de tissus style "fermier" choisis par mon second fils, qui alors, les aimait .Une oeuvre humble et d'usage, qui plus est .Ce qui prouve que oui s'il le veut, un spécialiste des grands arts peut regarder une telle surface autrement que comme une couverture (ce qu'elle est restée, cependant ) .

    J'ajoute que ce n'est certes pas l'oeuvre de moi que je préfère !

    qu'on n'aime pas je l'admets , qu'on me dise "ce genre -là d'art textile ne me parle pas" OK . mais assez de définir l'art textile en excluant le patchwork géométrique à structure régulière. le fameux "tout sauf du patchwork, que m'écrivit une galeriste se disant pourtant "intéressée" par mon travail...Comment peut-on être intéressée par une artiste si on rejette un bon 80 pour cent de  ce qu'elle crée ? Si sa visée principale est "zappée" ?

     

     Juste pour rappeler  une fois encore : je fais de l'art textile incluant mes quilts fondés sur des géométries avec petits bouts multicolores, oui ... comme partie intégrante et essentielle d'une oeuvre globale -dont on ne voit d'ailleurs  ici que le dixième à peine- je ne fais pas de l'art textile et du patchwork à côté pour me détendre... Une surface avec comme point de départ une géométrie régulière, j'y mets autant de moi que dans du plus informel .

    Et non mille fois non ce n'est pas que de la patience et un  "joli" travail gentillet . C'est une construction, une architecture de mes cathédrales païennes et intérieures, des pages de mon livre de vie élaborées avec passion , expression ...

  • La veste rapiécée

    Quand mes enfants étaient petits, je leur avais offert un livre -parmi beaucoup d'autres - intitulé : La veste rapiécée de Adela Turin  (traduit de l'Italien) éditions Hatier.illustré par Anna Curti.

    Un conte, mais un conte pas très classique ... où le textile tient une part prépondérante ; on y retrouve certains poncifs du genre littéraire, mais gauchis dans une optique inhabituelle   : les parents qui n'arrivant pas à avoir un enfant consultent une sorcière, laquelle perchée sur un arbre d'adonne à l'art textile sous diverses formes des plus humbles (la veste rapiécée) aux plus somptueuses un "merveilleux" collet brodé. Les deux pièces d'étoffe étant censées conférer à qui les porte des vertus  magiques.

    On y trouve une jeune fille (l'enfant qui naît!) qui est charpentière douée et joyeuse (grâce à la veste rapiécée) , tandis que c'est un prince ... qui portera lui, le collet ...d'où,  on le devine il tient son don pour la musique. et on le devine aussi ces deux-là s'épouseront   mais ... pour vivre une vie de partage  "créatif" chacun admirant les dons de l'autre  -et on est là très  loin des poncifs ...

     

     Ce livre, mes enfants l'ont vendu un jour sur une petite brocante , à l'adolescence, et voilà que c'est à moi qu'il manquait (ainsi va la vie) . Je l'ai cherché longtemps, je viens de le retrouver.

     Et relisant ce merveilleux passage où la sorcière décrit le collet et ses vertius magiques et que je reproduis ,  ci- dessous (j'espère que l'auteur ne m'en voudra pas !) l'idée m'est venue d'essayer de le rendre en textile :

     "Ce collet dit la sorcière a un grand pouvoir. Regarde ces fils transparents : ce sont les soupirs d'une femme . Je les ai recueillis un soir qu'elle cousait et je les ai filés; Tu vois ces perles : Ce sont les chansons d'une très jeune fille , je les ai trouvées sous sa fenêtre un après-midi d'été. Et ces fils argentés ? Ce sont les rires des jeunes filles lorsqu'elles bavardent le matin autoiur de la fontaine. Par contre, ces brillants sont des larmes de femmes, je les ai recueillis un peu partout! Et ces pierres de toutes les couleurs ce sont des mots, des questions et des réponses. "

    La veste rapiecee collet

    L'idée  m'est venue aussi que si d'autres artistes textiles le faisaient aussi chacun(e) -ne soyons pas sexistes! -  à sa manière selon son tempérament ...ce serait intéressant de juxtaposer les résultats ...pour peu qu'on veuille bien me les montrer ! Sans idée de concours, de compétition ou de rivalité juste pour ilustrer , les variétés d'interprétations et d'inspiration du texte.

    Mais on le sait même si je suis seule -j'en ai tellement l'habitude -  je crois que j'en ai tellement envie que je m'y essaierai, au moins dans les mois qui viennent ...

    Et sinon ce sera pour le plaisir de partager un beau texte , pas si connu que cela ... féministe,  au sens du terme où je m'y reconnais! Car si la jeune héroÎne est charpentière (métier plutôt masculin) et que le prince-artiste hériote grâce au collet  brodé d'une sensibilité  qu'on dit féminine  (à tort tout autant), les activités de tissage couture et briderie n'en sont pas pour autant dévalorisées - bien au contraire ...

    De plus Il se dégage de ce texte très simple et des illustrations qui l'accompagnent une poésie que j'apprécie.

    Pour en savoir plus sur l'auteur .. on peut lire Adela Turin

    à suivre donc peut-être ...

  • Selmy Accilien : Et tu m'as dit

    • Le 10/03/2017

     

     

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    Une voix parle au poète qui nous parle par cette voie. Et ce qu’elle transmet est traversé d’un souffle d’une rare puissance. Elle prophétise avec gravité, mais en apesanteur. Celui qui lit éprouve l’impression d’être à la fois le destinataire et l’instigateur de ce qui se trame et déroule sous ses yeux, comme une tapisserie mobile, dont les images s’animent. On regarde à la fois tous les coins du tableau, on avance en agglutinant les lignes lues à celles à découvrir.

    C’est une voix qui donne à voir autant qu’à écouter et nous devons progresser à la fois de manière linéaire et  dans la profondeur des superpositions qui imagent notre mémoire.

    Le texte contient un étrange bestiaire où sont convoqués en même temps qu’évoqués le renne, le bison,le chien des bois, la colombe, chats sauvages et rossignols, pour n’en citer que quelques-uns. Temps et lieux mêlés, mais dans un ordonnancement que le rythme cadence.

    Et même une étrange bête qui pourrait celle d’une apocalypse hélas déjà survenue et qui de misère en misère se régénère comme les hydres. Mais ce qui détruit, aussi,  régénère.

     

    « -Quelle est cette bête,Cette tortue démoniaque,dos épineux                                                                                        Qui visite, à moitié nuit                                                                                                       

      Les quatre coins de ma chambre ? »

     

     

    Images visionnaires fortes de leurs symboles, mais qui gardent toutes la beauté concrète et quasiment palpable de leur état originel. Non pas de banales métaphores formelles, mais un monde où la vie qu’elle soit réelle ou rêvée, fantasmée s’accroche partout où on le lui permet. et même et surtout où on le lui interdirait.

     

    Les lieux où se meuvent ses vies sont tout sauf purement  symboliques. « Oniriques » dirait l’auteur , et pourtant l’eau et la terre, « l’île ou les îles » affirment leur matérialité. C’est un monde des origines d’avant les origines, une sorte de pré-genèse.  Un monde d’avant   une re-naissance.
    L’eau est omniprésente : la pluie , surtout :

     La pluie

     Qu’est-ce que c’est que la pluie ?                                                                                                                      La pluie est la naissance de toutes les rivières oubliées

     

    Mais tous les éléments sont tour à tour évoqués, invoqués,la terre, le vent, l’orage … bâtissant un paysage qui se construit, à la fois extérieur et intérieur. Toujours imprégné d’une souffrance qui se dit sans emphase, et avec  beaucoup de lucidité, celle des « clair- voyants ».

    L’expression de la douleur et du malheur n’est pas déploration mais révolte et surtout espoir. 

    Interrogations ouvertes d’une âme qui cherche son chemin et sillon jusque dans la nôtre car impossible de lire non pas sans entrer dans le texte mais sans que le texte entre en nous. Un rythme se déploie. On marche sur une  terre  imprégnée d’eau mais assoiffée d’une guérison comme un mal de pays qu’on éprouverait en une nostalgie à rebours.

     

    « -Le pied gauche des nuages

    Est un pas de chats sauvages

    Qui a fendu le ciel en deux morceaux

    Et les éclats qui tombent par terre

    Font le dessin d’un poème qui dit »

     

    Cette terre ne peut-être chantée sans la misère qui y adhère  mais aussi l’espoir  et la lutte Lutte d’une âme, celle du poète contre l’adversité personnelle mais incluse dans le sort fait à son pays :

     

     « -Pauvre de la terre des hommes

    Pauvre poète,pauvre

    Le drapeau déchiré du ciel

    Semble à ton visage

    Car tu regardes trop les étoiles qui chamaillent en équipe

    Dans l’étreinte des anges rebelles »

     

     

    Une voix interroge et est interrogée, affirme et questionne, est questionnée elle-même introduisant une composition en abyme,  écho et résonance dans  un réel vertige. Dans un jeu du « je » du  « tu »  et du « il ».

    «  Il est d’une île de terre grise                                                                 

     Et de sable d’or

     Petite île mal-aimée ou brisée  de confiance                                                                                       Il est de nous et du ‘’tu’’                                                                                                

     Qui est-il même ? »

     

     

    Dans la valse des pronoms personnels, des questions et des réponses, le poète cherche non la Vérité ou tout au moins dans une forme intangible, mais ce  « qui es-tu ?» relie à un « qui suis-je ?«  « que fais-je en ce lieu ? » et même « que fais-je dans cette vie-là ? ».

    L’auteur donne des éléments de réponse :

     

    -La vie que j’avais à aimer                                                                                                                                       Et reconnaître sa beauté

    C’est la vie des pierres précieuses

    Que j’ai élevées, les unes après les autres,                                                                                                                              Dans la rivière de mon cœur

    Pas la vie des enfants que j’ai côtoyés

    Pas la vie des terres que j’ai foulées sous mes pieds                                                                                                                              Mais la vie d’un poème qu’on refuse de lire                                                                                                                    La vie d’une colombe malade au pied droit.

     

    Ce n’est ici que souligner quelques éclats d’une magnificence : ce poème :  ne refusons pas de le lire, tout au contraire, découvrons-le en son ensemble et ses splendeurs et en savourons  à chaque ligne le total bonheur d’un  expression authentique et singulière.

     

     

     

  • Broderie : perfection ou expression ?

    • Le 20/02/2017

    Je me suis intéressée pas mal, ces derniers temps à la peinture à l'aiguille .

     En français ce terme désigne surtout des broderies très réalistes -ou très normées-  réalisées au point de passé empiétant ou empiété (long and short stitch en anglais , parfois aussi désigné par l'expression silk shading .)

    Encore que le passé empiétant, ce soit souvent expliqué très dfféremment du long and short stich donnant un effet de relief en faux semblant dont j'ai déjà parlé dans la broderie en relief .Dans les livres et revues avec lesquels j'ai appris, enfant, les points étaient imbriqués de la façon qu'on peut voir sur ce lien par exemple :

    emprunté à  un site de brodeuse , mais on trouve ce schéma un peu partout. Toute personne qui a réalisé des  napperons "banals"  le connaît.

    Donc  une ligne de démarcation se voyait , ou bien on dépassait un peu sur le rang précédent, entre deux points  mais toujours à la même hauteur.

     Or dans la peinture  à  l'aiguille un rang mord, parfois largement, dans le précédent  et le départ des points dès le second rang s'échelonne de manière à créer justement une impression naturelle, sans démarcation . de plus, pour les oeuvres complexes, on travaille avec plusieurs aiguilles de manière à pouvoir mêler les nuances sur un même rang. Et avant de se lancer il existe un travail préalable qui consiste à prévoir l'orientation des points , la répartition des valeurs et couleurs ,  -c'est le plus difficile pour les formes complexes notamment volutes,  drapés et visages - , de celle-ci dépend l'effet  de lumière sur la surface réalisée, et le relief .

    Au passage si vous voulez un cours d'entraînement gratuit et très bien fait je vous renvoie une fois de plus sur le site de Mary  Corbet, brodeuse émérite.

     Il y a dans ce domaine de grand( e)s artistes (je vais en oublier) : les liens renvoient sur les sites respectifs. La plupart ont écrit aussi des livres .Je ne suis pas autorisée à publier des photos de leurs ouvrages , mais je vous invite à cliquer : cela en vaut l'effort !

     La française Jocelyne Kurc, meilleure ouvrière de France,  dont je n'ai malheureusement pas pu me procurer les livres (au passage si vous vous débarrassez des vôtres je suis preneuse!) , La sud africaine Trish Burr (à qui va ma préférence pour le côté très didactique de ses livres)., L'anglaise Helen  M. Stevens qui use d'un point sensiblement différent du passé empiétant qu'elle appelle opus plumarium   inspiré  du point de Kensington .   L'anglaise   Sarah Homphray diplômée de la Royal  needle school   qui a écrit un livre traduit en français , remarquable pour son étude des valeurs , à partir d'une photo noir et blanc du modèle couleur.Je ne cite ici que les personnes qui créent la broderie, pas celles qui exécutent leurs modèles, même si j'en salue l'exploit... dont je serai incapable, sauf à passer ce qui me reste de vie à m'y entraîner, et encore ...

    Sans oublier les chinoises qui sont maîtresses en cet art difficile  Je ne citerai  que Shao Xiaocheng et Xiao Yao qui ont écrit un livre sur le sujet  fort bien conçu .

    Différemment et proposant des sujets figuratifs on trouve des artistes comme Emily Tull : là les points échappent à la perfection normée pour montrer tout autre chose.

    Et en enfin découverte récemmment l'oeuvre impressionnante de  Cayce Zavaglia

    D'aucuns ou d'aucunes seront plus admiratives de telle manière de "peindre" humains, feuillages, animaux, paysages.

    Je rappellerai aussi  l'oeuvre de Marie Monnier qui est une véritable peinture à l'aiguille à la fois figurative et symboliste et d'une perfection ..expressive , qui échappe à elle-même, si je puis dire ...la perfection technique est oubliée derrière le rêve, la puissance émotionnelle de tels tableaux ...Il est vrai l'artiste avait  aussi une maîtrise totale du dessin d'art.

    Et on peut aussi user d'autres points que le passé empiétant pour peindre à l'aiguille témoin l'oeuvre , au point de Beauvais, de Caroline Roussel .

     Au terme de quoi je regarde mes propres broderies comme étant par comparaison totalement imparfaites. J'ai tout de même réalisé dans les années 1990  quelques broderies d'oiseaux  "passables" d'après photographies ,sans formation aucune avec maître diplômé, ni livres spécialisés, ni tutoriels sur internet, comme aujour'dhui .. ..Je ne le renie pas, même si aujourd'hui je m'y prendrais sans doute autrement pour le faire.

     

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     J'admire la perfection hyperréaliste , je sais combien de travail il faut pour tenter seulement de s'en approcher,  j'admire aussi la liberté qu'on prend dans sa propre vision de ladite réalité ou de la forme dont on part .

    Pour m' y être un peu essayé, je n'ignore pas le difficultés techniques d'une peinture à l'aiguille au passé empiétant sans défaut, mais c'est précisément le côté sans défaut qui ne me va pas ... Je pars en tirant la langue et avec l'idée  de faire quelque chose selon les normes -que je connais- et invariablement, j'introduis des irrégularités . Ainsi cet exercice sur un dessin personnel "à l'ancienne" la fleur bleue était prévue en passé empiétant droit   avec dégradé de couleurs (le silk shading) et puis tout à coup j'ai fait ce qu'on recommande de ne pas faire ... j'ai changé  brusquement la direction des points ..évidemment comme le motif est censé n'être que "décoratif" je n'y ai pas droit, aux yeux des censeurs, c'est  semble une erreur un "poor craftmanship", un niveau pas correct (à y perdre dix points de vie, au moins!)  . Et pourtant ! Est-elle plus laide, moins vivante ainsi ?Je ne parle pas des fleurs oranges pour lesquelles j'ai choisi une de mes manières préférées de remplir une surface ; le point de tige en juxtaposition de rangs. Le tout avec un fil de soie floche de la finesse d'un cheveu ...

     

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     Quand je vais dans un musée côté peinture je m'aperçois que le peintre, lui a le droit de montrer sa personnalité dans la manière dont il use de ses pinceaux  et que la recherche  de la perfection  réaliste n'est pas toute la peinture.... et que si on jugeait des grands peintres comme on en  juge des grands brodeurs  : pas un blanc surface lisse bien remplie sans anicroches ..il faudrait vider les salles de beaucoup de musées et qu'on ne me dise surtout pas "ah mais eux, ils ont droit car Beaux-arts" ! Sinon  je hurle au préjugé nobiliaire dans la minute qui suit . Si eux ont le droit au nom de leur expression et originalité, nous, brodeuses aussi et même en brodant une volute "traditionnelle". Car dans des portraits, nus ou paysages figuratifs on reconnaîtt l'artiste aussi  à sa manière de peindre ..Et même dans toutes les formes qu'il choisit de reproduire , et je repose ici la question du motif-poncif ...n'est(-il que cela ? brodé tissé imprimé c'est poncif peint ça deviendrait de 'art ? Comment pourrais-je le croire ?

    Un  motif d'étoffe peint par Klimt et par Matisse est-ce tout à fait pareil ?   Et par un impressionniste ?Alors rendu par un brodeur ce même motif serait tenu au perfectionnisme rigoureux sans bavures ? C'est un point sur lequel je n'ai guère vu d'interrogation puisque la broderie à partir de motifs traditionnels est classée artisanat et non art, et c'est là tout le problème .  Pourquoi donc les brodeurs  eux-mêmes tiennent absolument à ce degré de perfection et de maîtrise dans les formes dites décoratives alors que le seul moyen de les faire s'échapper vers une expression personnelle, et de les sortir du "joli-décoratif- poncif" c'est précisiment de permettre à l'aiguille comme au pinceau d'y apposer sa marque ? Donc forcément l'irrégularité , si elle est voulue, ou marque d'un tempérament  ... ...La régularité c'est précisément  le contraire  : des points qui vont ressembler à s'y tromper à la fois à ceux d'une machine , et à ceux d'une autre personne maîtrisant le geste de façon quasi mécanique . Le résultat certes est époustouflant ... on peut aller jusqu'à dire que c 'est le summum d'une conception de l'art que de s'effacer ainsi derrière la réalisation parfaite  pour rendre le "vivant"  . Je l'accepte : pour les autres, si c'est leur choix ! On peut avoir d'autres approches .

     

    Lorsque je brode  à partir de mes propres dessins ou photos j'aime, par exemple  qu'il y ait de la texture du relief de la "pâte" , de la "patte" aussi le tout lisse de la peinture à l'aiguille à un fil de coton ou de soie n'est pas mon choix , forcément. Tout simplement parce que pour moi l'art textile n'est pas fait que pour le regard , mais aussi pour le toucher. J'y reviens toujours .

    Ainsi dans le tableau abstrait nommé Coulures j'ai usé de points qui évidemment peuvent paraître grossiers en considération  de ces merveilles faites à la loupe et calculées au millimètre près  ..pour une surface sans défaut, sans aspérité, sans rien qui accroche..

     

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    et le triptyque aux pavots qui a été publié par Brodere d'art , est aussi une autre manière de peindre à l'aiguille :

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    Et il faudrait que la broderie, comme le patchwork, accepte cette liberté-là  du "coup d'aiguille" et même pour les motifs classiques sans hurler à la maladresse ou au niveau médiocre. La médiocrité est à mon sens aussi et tout autant  dans la manière étriquée et conventionnelle des critères d'appréciation  Lesquels motifs peuvent être vus comme des écritures, des symboles... ou des formes expressives qui précisément ne peuvent l'être qu'en s'évadant du "normé".

     

    Je m'explique : , si je calligraphie un texte je choisis d'effacer la personnalité de mon écriture pour des pleins et des déliés  normés aussi parfaits que possibles ressemblant à d'autres pleins et déliés . J'obtiendrai une écriture sans marque de ma pmersonnalité, normée, parfaite. C'est un art,et diffcile techniquement ,  certes le même que celui de la brodeuse qui réalise une volute en peinture à l'aiguiille avec points rendant pile point le mouvement et le volume .Ce texte s'il est de moi fait que je suis aussi écrivaine (mais ça n'influencera pas forcément  la calligraphie normée  qui est indépendante du sens, donc de l'expression).  Je peux aussi l'écrire de ma propre écriture, celle qui révéle ma personnalité . Ainsi devrait-on faire avec les  motifs de broderie qui non ne sont pas que jolis-décoratifs, mais ont porté souvent des symboles, à travers les siècles  et ne pas obliger à la "calligaphie" obligatoire avec eux, qui a pour visée tout autre chose, sinon, ce serait une "incapacité " technique . Certaines brodeuses sont, métaphoriquement s'entend, callligraphes admirables , d'autres écrivaines à l'aide de motifs . Si on veut voir  les motifs juste comme du parfait à "chiader" en les interprétant ou si on les considère comme un moyen de dire, de se dire : tout est là . On peut être les deux, calligraphe et écrivaine mais cela devrait demeurer un choix et pas une façon d'évaluer, d'exclure ...Une oeuvre s'apprécie ou devrait s'apprécier aussi  à sa visée .. car exiger de la perfection technique de qui précisément veut y échapper, c'est condamner sans comprendre et surtout sans ressentir ... c 'est une fois de plus regarder une oeuvre comme on pense qu'elle doit être et non pas comme elle a été conçue..C'est sur ce point que j'invite à une réflexion ...

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  • Maison des arts textiles & du design

    • Le 06/02/2017

    Je suis comme on le sait soucieuse de conservation et de rayonnement des arts textiles et je voudrais présenter ici la maison des arts  textiles et du design de Flavigny sur Ozerain,  dont le site se trouve sur cette page  :

    http://www.algranate.com/

    L'existence de tels lieux m'a toujours semblé une excellente initiative, je ne puis donc que soutenir notamment   tout ce qui a pour vocation de faire mieux connaître ce qui se rattache à notre art   et ici, donc , une structure à la fois respectueuse du passé et de ses transmissions, du contemporain ,  et de l'avenir .
     Cette année a été créée  une Académie (dont j'ai l'honneur d'être membre )

     Pour la présenter je laisse la parole à Marie Algranate :

     

    Pour la Maison des Arts Textiles & du Design, l’Année 2016 se termine avec la remise en œuvre de l’ancienne association « IMAGINE » sous la nouvelle identité d’ACADÉMIE TEXTILE - Patrimoine, Art, Sciences et Techniques, afin d’œuvrer au mieux dans les différents domaines qui nous tiennent à cœur. Il devient important de tisser des liens entre les exposants, sympathisants, donateurs et autres visiteurs, et d’intégrer tous ceux qui gravitent autour des différents outils du Patrimoine que sont l’art, les sciences et les techniques, dans le cercle qui se constitue peu à peu autour du musée d’Algranate.
    Le siège social est fixé à la Maison des Arts Textiles & du Design - 3, rue Lacordaire à Flavigny sur Ozerain, et l’ACADÉMIE TEXTILE se donne pour missions de veiller sur l’œuvre, la mémoire et les collections reliées à ALGRANATE, de fédérer les Amis du musée, de tisser des liens culturels entre Patrimoine, Art, Sciences et Techniques, et d’encourager la création contemporaine. Elle se compose de toute une diversité de membres, ce qui nous permettra d’accueillir, de valoriser, et d’honorer ceux qui, à des titres divers, contribuent à la notoriété du musée. Les cotisations ont été revues « large », pour que chacun puisse se sentir à l’aise et que rien ne vienne entraver les bonnes volontés.
    L’ACADÉMIE TEXTILE démarre avec un fort pourcentage de membres bienfaiteurs, ce qui est un important signe de vitalité et atteste d’un capital de sympathie inestimable dont je remercie très chaleureusement tous ceux qui contribuent depuis quelques années à la densité et à l’intérêt des collections du Musée d’Algranate. Parmi les plus remarquables dons qui ont été faits au musée se trouvent des objets emblématiques du passé de Flavigny, des objets du patrimoine rural (textiles et autres) et des livres dédiés à la Bourgogne, mais il faut aussi vivement remercier les collectionneurs qui nous ont fait don d’éléments textiles Miao, chinois et indonésiens en excellent état, d’objets africains remarquables, de livres sur ces cultures, tout en enrichissant de commentaires, de conseils pertinents et de dialogues sympathiques, qui sont autant d’encouragements, leurs dons au musée.
    Je remercie aussi pour leur soutien amical les amis qui, depuis des années, sont des fidèles du projet pédagogique de Daniel ALGRANATE.
    L’ACADÉMIE TEXTILE se donne pour objectif de valoriser les arts du fil et tout ce qui s’y rattache, ainsi que les matières vivantes et leurs valeurs fondamentales, qui sont celles de notre mémoire collective. Nous souhaitons que cette ACADÉMIE rapproche tous les passionnés qui attestent de la vitalité d’une création dont la générosité et l’intelligence n’altèrent en rien les ressources de la terre, afin d’épauler ce domaine qu’il est important de soutenir et sur lequel il serait intéressant de veiller dans l’esprit d’ALGRANATE, c’est à dire pour la création première et non en « interface » de machine programmée ! Le fil est l’une des idées géniales de l’intelligence humaine, au même titre que le feu, la pierre taillée ou la roue. C’est le vêtement qui a protégé l’intelligence, permis les grandes migrations, et c’est le lien qui a développé les grandes coopérations entre l’humain, l’animal et le végétal. C’est sans doute la plus remarquable invention, celle dont découlent aujourd’hui toutes les ingénieries contemporaines. Que serions-nous sans les tisserands et les horlogers, sans le fil et la roue dentée, l’échappement, l’étoffe et la programmation, le lien et la maîtrise…. Il ne tient qu’à nous d’en extraire les éléments les plus positifs et de régénérer ces dialogues avec la Matière de l’Art, cette belle matière dont la Bourgogne est riche et généreuse.
    L’ACADÉMIE TEXTILE s’attachera à faire le lien entre les valeurs du passé et celles qui en découlent, à veiller sur les techniques d’hier, souvent plus économiques et basées sur des complémentarités plénières, pour mieux les intégrer à celles de demain. Nous avons de beaux exemples de Design dans les collections du musée d’ALGRANATE, où la forme et l’ergonomie fusionnent pour mieux répondre aux besoins techniques, sans excès, en douceur, en suivant des chemins techniques concrets, objectifs et surtout parfaitement adaptés au réel qui est la clef de toute action vraiment durable. Ici, pas de machine qui ne réponde à la main. Tout ce qui vous est présenté dans la Maison d’ALGRANATE est en lien avec la vie, le rêve, l’intelligence non prédatrice, seuil de création libre, et proche de la beauté si particulière que l’on trouve dans la Nature.
    Le travail d’ALGRANATE repose depuis toujours sur cet équilibre des bases, la qualité des matières, l’intelligence du métier, une certaine forme d’autonomie de l’artisan mais toujours en lien avec ses origines : la terre et le travail de la main au rythme du cœur. Il aura toute sa vie fait le lien entre ces domaines sans jamais rien rejeter des fondamentaux de ces intelligences. Il aimait sentir la terre sous sa main avec la même jubilation que pour la soie ou le métal. Et il avait coutume de dire que tout est lié. À ses étudiants, il avait à coeur de transmettre des bases, des langages d’intelligences techniques, des procédés aussi intuitifs que précis, tout en respectant les identités et les personnalités de chacun. Oui, c’est vrai, il était très exigeant pour la base technique qui devait être irréprochable, mais quelle humanité autour !
    La Maison des Arts textiles & du Design émerge aujourd’hui de ses ateliers et de son travail, d’où la renaissance de cette association qui, tout en lui étant dédiée, est structurée pour dynamiser en réseau ces patrimoines de haute virtuosité qui ont beaucoup souffert de la progression des machines, du mépris des industriels et de l’inconscience de hauts responsables, sous couvert de progrès. L’ACADÉMIE TEXTILE est déjà un espace de dialogues référentiels et de rencontres, alliant saveurs et mémoires, création et reconnaissance des anciens. L’objectif est de travailler à la conservation active des patrimoines issus des arts & métiers, et d’attester d’une création toujours vivante, mystérieuse, attractive, dynamique…. dans les règles de l’art.
    Cette Académie, donnez-lui sa forme. Vous y rencontrerez d’autres passionnés et des projets complémentaires aux vôtres. Nous espérons qu’elle portera vos couleurs, qu’elle sera vôtre, comblera vos vœux, vous apportera un espace amical et ouvert à vos rêves, à vos projets, qu’elle répondra à vos demandes et que vous y serez bien...
    Marie Algranate
     
    Donc, si vous avez des idées, n'hésitez pas à rejoindre cette structure qui me semble particulièrement ouverte et accueillante !
    On peut consulter également la page Facebook 
    Et si vous habitez la région toute bonne volonté pour aider est bienvenue !