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art -textile illustration d'un art obscur
- Le 08/12/2015
- Dans présentation
Quand Boris Eloi Dutilleul de Lèse art m'a demandé d'écrire cette plaquette pour répondre à des artistes de sa connaissance prétendant que l'art textile est un art mineur, vous pensez bien que j'ai sauté sur l'occasion. C'est ainsi que j'entends illustrer l'art textile, en allant le poser à côté des grands arts, et non en fonctionnant seulement en circuit fermé.
Pour rappel :
En 1971 Jonathan Holstein, un collectionneur passsionné de quilts, ces surfaces textiles en étoffes assemblées et matelassées cousues par des femmes, tenta de faire reconnaître certaines pièces de sa collection comme œuvres d’art à part entière et pour ce faire il obtint les murs d’un des musées les plus prestigieux de New York, le Whitney Museum. L’exposition portait le titre suivant: Abstract Design in American quilts.Elle remporta un succès considérable, fit le tour du monde. En 1972 on put la voir à Paris mais ... au musée des Arts Décoratifs, ce qui souligne déjà une différence de considération. Dans un livre relatant l’histoire de cette exposition, Jonathan Holstein note avec humour que la France ignore les patchwork-quilts et n’a aucune culture à cet égard.
à partir de là il y eut un peu partout un engouement pour les quilts et le patchwork, qui évolua différemment selon les pays.
En 2015, on ne connaît toujours pas mieux cette partie de l’art textile concernant l’assemblage d’étoffes. Avec la broderie, c’est celle que depuis 30 ans et en plus de 300 oeuvres, j’ai tenté d’illustrer.
Or ce qu’on ignore c’est que de telles surfaces existaient aussi en France , on en découvre dans plusieurs collections spécialisées(voit l'article Mosaïques d'étoffes) mais hélas confidentielles, chez les antiquaires. Il y a donc bien eu chez nous des oeuvres, que je me refuse à appeler ouvrages, créées par des femmes avec des tissus, des surfaces uniques et dont certaines peuvent et devraient, tout comme les abstractions du Whitney être considérées comme des oeuvres d’art, expressif et non seulement décoratif. Rien ne l’empêche sauf le préjugé qui selon Einstein est plus difficile à détruire qu’un atome .
Tentons donc cet impossible ...lien vers la plaquette art textile-illustration d'un art obscur
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Art textile contemporain suite .
- Le 05/12/2015
- Dans opinions
Le débat évoqué précédemment a eu un prolongement , dont il ressort que je suis "agressive" -ce n'est pas faux, je le reconnais, devant des ukases assénés sans exemple pour les fonder et présentés comme des vérités indiscutables ,-c'est le catéchisme de l'art textile dit contemporain officiel!- c'est vrai que j'ai tendance à manier l'ironie. C'est toujours dans l'espoir de faire sortir l'autre de ses certitudes assénées comme des préceptes, mais sans exemples.à ne pas démentir. D'inciter aussi à lire autre chose que les blogs des amies art textile qui pensent comme vous, font comme vous, ont la même conception de l'art textile "contemporain" que vous. On pose une question presque rhétorique, alors, si on attend les réponses bien-pensantes et convenues !!
Autre chose : il est impossible -une fois de plus- de discuter avec une personne qui confond un fait et une opinion un fait ne se discute pas , il s'établit , certes on peut le nier mais ça ne l'empêchera pas d'exister.
Or la manière dont le mot "contemporain" est utilisé dans les milieux art textile et ce, depuis les années 90 et hors milieux arts textiles ce n'est pas une opinion : c'est un fait il suffit de lire comme je l'ai fait pas mal de livres et d'articles. Je les tiens à disposition et déjà on peut en lire des citations et en voir des exemples dans mon article le Bonheur en lisière .Je me fonde sur des expositions qui ont eu lieu et surtout je regarde les oeuvres .et les "discours" qui les accompagnent .Il y a eu des définitions successives du contemporain en art textile .
D'abord il s'est défini au sein même de l'activité patchwork,qui l'a accueilli comme une utilisation prétendûment innovante et différente des formes et des étoffes : abandon notamment des blocs répétitifs pour une abstraction plus improvisée, abandon aussi des tissus spécifiques -les fleufleurssi décriées!- pour préférer l'uni ou le teint artisanalement plus proche de l'aspect peinture .. Cela donnait de fort belles oeuvres, mais là où le bât blesse c'est quand on met en regard d'une part les peintres abstraits du début du XX° siècle,on s'aperçoit de ressemblances certaines ,de "à la manière de" non déclarés d'autre part qu'on relève les propos méprisants ou condescendants au sujet de ce qu'on nomme déjà le "traditionnel. ce faux respect du travail et de la patience .Car dès le début le quilt dit contemporain s'est voulu plus artistique que celui inspiré de la tradition souvent caricaturée , simplifiée et mal connue dans sa prodigieuse diversité .D'où le terme d'art quilts venus des USA. cette scission traditionnel- contemporain puis art textile n'existe bien que chez nous , les textiliennes. Les autres artistes disposant d'histoires de l'art , de critiques , et d'innombrables mouvements d'art auxquels se rattacher, ne peuvent entrer dans cette optique réductrice. Nous nous n'avons place que dans des études patrimoniales, historiques non esthétiques De plus les artistes en ces domaines sous-évalués sont anonymes, ou inconnues aujourd'hui à de très rares exceptions près .à une époque où le nom fait la gloire, partout ! ou au mieux connues en milieu spécialisé -ce qui leur suffit, mais n'arrange rien à la relégation de leur art en général-
Faire reconnaître nos mosaïques d'étoffes, quand elles sont bien une émanation de nous , de nos émotions, de nos imaginations par le choix personnel des étoffes et des formes n'a jamais été fait ou si peu de temps. et dès les débuts, on a allègrement mélangé copie de revue, démarque, et création.
Pourtant les expositions d'alors-des années 90- montrent que la structure en blocs est très loin d'être abandonnée, et si répéter des bandes en les mettant un peu de travers pour faire contemporain,ou faire du Vasarely en tissus,c'était alors le fin du fin de la contemporanéité .. on comprendra que j'ai eu des doutes. Je n'ai pas suivi.Je n'admets pas qu'il y ait une géométrie artistique parce qu'ultilsée par des peintres après les quilteuses "premières" et ensuite par les "contemporaines" - à peu de frais!- je n'admets pas des formes peintes soient jugées supérieures parce que peintes par des hommes.
Ensuite vers les années 2000 sont venues les oeuvres en 3 D et le plus souvent en mixed media avec un peu de fil ou de textile . Entre nous soit dit le mixed media en peinture était déjà utilisé depuis belle lurette , encore une fois et en allant plus loin puisque certains peintres sont allés jusqu'à user d' excréments. Je trouve nos novatrices textiliennes françaises bien timides. C'est là qu'on a parlé de texture ce mot si commode ! Le tissu, lui, matière première n'en aurait pas assez, de texture, à lui tout seul. J'ai signalé déjà cet intitulé assez surréaliste de concours invitant à quitter le "carcan de la fibre" pour faire du mélange de matières, tellement plus artistique et contemporain, lui que le mélange d'étoffes.Mon tableau Réflexions est une protestation contre cette absurdité que tout le monde a gobé côté contemporaines ou surtout suiveuses de modes . On devrait se souvenir que Claude Fauque a écrit Le patchwork ou la désobéissance mais qui oserait désobéir quand la seule possibilité d'être exposée et reconnue tient au jugement des expertes. Il ne fait pas bon leur désobéir, et avoir de son art une autre vision que l'officielle.Fondée sur quelles connaissances ? On l'ignore un diplôme Beaux-arts ne me convainc pas dans la mesure où côté Beaux-arts, le patchwork demeure inconnu puisque méprisé (ou l'inverse).
D'autre part il faut savoir que côté Grands arts, les disciplines classiques Beaux-arts et notamment dessin et peinture commençaient à passer sérieusement pour ringardes Et ce, dès les années 90..IL suffit d'ouvrir des livres d'histoire de l'art ou même d'écouter encore maintenant les artistes peintres qui se plaignent que le contemporain (entendez par là le conceptuel, tout ce qui est là pour faire "penser" .). prend toute la place et leur ôte tout subside officiel . Que dirions-nous, alors ? Nous qui n'existons même pas !!
Résultat certain(e)s transfuges des arts plastiques sont gentiment venus nous squatter , nous expliquant au passage que les vrais artistes textiles cétait eux -et surtout elles . La création de divers mouvements ou on s'emparaît en plus dans une sorte de kidnapping et des mots art et des mots textile l'art textile se posant en opposition aux valencs jugées ringardes .. aussi c'était dire que nous n'étions pas des "artistes" - en marqua le début en France , aux USA evidemment c'était avant ...On nous disait bien respecter le patchwork , comme un stade à dépasser en somme, car enfin avec ça "on ne pouvait rien faire ni d'artistique , ni de contemporain ". Péremptoire ... Même l'assemblage de tissus jugé contemporain la décennie d'avant s'est trouvé relégué sous l'étiquette "classique" .J'ai lu des refus au concours justifiés par ces simples mots "trop classique" . Il y a de la musique classique contemporaine ! mais chez nous, non !!
J'aimerais qu'on interrroge vraiment le sens des mots par rapport aux pratiques artistiques, j'espérais que la question posée le ferait, mais la réponse qui m' est donnée prouve que même si cette question ne comporte pas de jugement de valeur, elle entérine les clivages ordinaires de la corporation "art textile" . C'est de ce fait une question quasi oratoire , puisque mon avis est considéré comme disant le contraire de ce qu'on attend.C'est normal si contemporain veut dire pour mon interlocutrice "qui n'est pas dans la représentation" . -sic- Même l'abstrait, dans cette optique représente quelque chose . Mais tout ce que je vois, moi dans les installations contemporaines textiles c'est souvent de l'abstrait passé en 3 D. On change, on passe de la surface à la sculpture pour "innover" . J'ai dénoncé maintes fois ce procédé pour accéder à la cour des grands arts dès que ce qu'on fait perd de sa valeur ou considération , hop, on change ! On appelle cela évolution ou ouverture. Admettons que demain sous un effet de mode conceptuelle, un cerveau génial et novateur impose l'idée que ces fragmentations d'étoffes nommées patchwork sont une tentative pour recoudre un monde à feu et à sang , ou quelque chose de plus abstrait ou abscons ; que cent galeries d'art le montrent comme étant le fin du fin et le nouveau de chez nouveau : je vous parie qu'un bon pourcentage de nos contemporaines actuelles referaient du "classique" ou du "traditionnel 'pour dames des ouvroirs" comme il a été écrit !.
Le discours conceptuel cautionne le mot contemporain, le fil ou la fibre cautionne le mot "textile" . On en reste là en surface., même si on prétend faire en relief ! Planquées derrière les étiquettes qui magnifient tout et protègent !
Or tant qu'on ne s'attaquera pas au sens des mots au sein de notre art et en liaison avec les autres disciplines, on peut débattre à l'infini : on ne fait qu'entériner un malentendu, une méprise. Une exclusion.
Mon interlocutrice conclut en disant "il ya de la place pour tout le monde" là, mille fois non . Il y a de la place dans les galeries d'art , revues d'art pour tout ce qui a choisi de ressembler aux grands arts anciens (peinture sculpture-là le tissu sert de caution nouveauté et comme on l'a placé à côté du patchwork pour l'évincer dans son essence même : celle d'un langage par les tissus assemblés- ou moderne (suspensions installations, performances ).
Certes j'admire sincèrement certaines oeuvres, mais parfois je me dis que si on avait mis par exemple du bois ou du métal ou de l'osier à la place du tissu , le tissu n'étant là que pour que cet art se dise textile, l'oeuvre n'aurait pas changé fondamentalement .Son intérêt essentiel ne réside pas dans l'usage du textile ou de la fibre mais dans ses formes, et dans le discours conceptuel qui souvent l'accompagne. Tandis que ce que je fais (moi et d'autres assembleuses) ne peut se dire qu'en tissus assemblés .Ces tissus-là et pas d'autres . Un texte se dit avec des mots, ces mots-là et pas d'autres. , si on remplace les mots par autre chose est-ce encore un texte ?
Il faut savoir aussi que l'art contemporain officiel va bien plus loin que que ne le feront jamais nos textiliennes dans le vent du "ce qui se fait et le fait" ..Que pourrait par exemple une artiste qui tricoterait des foetus en laine-probable que ça s'est fait !- contre la performance qui a réellement été montrée de dévorer des foetus réels... Si on veut s'inscrire dans cette course au " m'as tu vu c'est du jamais vu " forcené , on part forcément battues, à moins d'avaler des écheveaux de laine en public, si on est à court d'idées : m'écrire ce n'est pas ce qui me manque . .Il est dans mes projets de montrer que si je ne mange pas de ces fibres-là, je peux pondre du concept de la sorte au kilomètre ; c'est une tournure d'esprit qui n'est pas si difficile à prendre .J'ai fait plus compliqué en matière de brain storming !. J'appellerai cela oeuvre probatoire, j'écrirai tout cela sur un bout d'étoffe pour la caution textile et j'espère qu'ensuite, on considérera que ce n'est pas par indigence artistique à accomplir ce genre de prouesse géniale et contemporaine que j'ai choisi d'assembler des étoffes de toutes les manières qui me plaisent pour m'exprimer, mais par choix artistique délibéré.
Ce qui me manque c'est l'envie de le faire, et la place aussi. et puis je n'ai pas envie d'encombrer le monde de créations avec lesquelles je ne serai ni en accord, ni en harmonie.
Qu'on ne me reproche pas mon ironie, je n'en use que contre les outrecuidantes et les condescendantes.ou celles qui ne questionnent jamais leur art que dans leur cercle de bien-pensance contemporaine ! . Et comme elles ne me lisent pas, ça ne risque guère de les blesser. Je connais d'ailleurs leurs oeuvres, J'en apprécie certaines. La réciproque n'est evidemment pas vraie Ce n'est pour elles que du traditionnel sans intérêt et imagnation. L'effort de connaître et de comprendre ne marche que dans un sens.Et on parle d'ouverture!
Cela me serait égal si on ne confisquait pas les mots "art" "textile" et contemporain à son seul profit. Et c'est le cas, le plus souvent .Voir aussi l'article l'art textile les mots confisqués qui reste fondé aujourd'hui encore .
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Art textile contemporain -un sondage
- Le 31/10/2015
- Dans opinions
Je viens de répondre à une demande émanant d'un collectif d'art textile "contemporain"
Voici la question posée :
« Vous êtes artiste textile et vous vous situez dans une démarche contemporaine? En quoi pensez vous que votre travail entre dans le champ de l'art contemporain? Réponse à (...)
Attention c'est une véritable "colle"! Ce qui parait évident devant un visuel est véritablement difficile à traduire en mot! Il ne s'agit pas de dire: ça a été créé en 2015 donc c'est du contemporain! C'est faux bien sûr.. il ne s'agit pas d'évaluer votre démarche, mais d'arriver à définir par des mots ce qui différencie l'art textile contemporain d'un art textile plus traditionnel en partant de votre propre pratique! à vos méninges! »Voici ma réponse, sans utliser mes méninges mais mes synpases .
Une fois de plus à mon avis l’art textile , qui est d’autant plus art qu’il s’éloigne parfois du textile, rattrape en route les querelles sur le « contemporain en art » .
Là vous devriez vous demander plutôt si nous sommes ou non « post-moderne » , car « contemporain » figurez-vous ça commence à faire démodé ! car enfin l’art contemporain , les historiens de l’art le font le plus souvent débuter en 1945 .
Je blague à peine. Mais puisque vous y invitez je grimpe au marronnier, une fois de plus !
Car enfin si on a vidé ce mot de son sens c’est à dessein d’exclure, de se démarquer de ce qu’on a appelé abusivement traditionnel .
. Ce mot « contemporain », il n’a rien à voir avec une pratique sincère , authentique de la création, telle que moi je la conçois et vis. Ni même avec son actualité, on a l’impression vu de l’extérieur d’une sorte de secte à laquelle il faudrait avoir été initié (e). Des codes en tout cas qu’il faut respecter .
En art textile j’ai vécu son arrivée ainsi. dans les années 1990, on s’est mis à opposer le patchwork dit traditionnel au patchwork dit contemporain , lequel contemporain peinait à se définir (et pour cause !) , et beaucoup de ses œuvres étaient des « à la manière de » Klee, Kandinsky, Vasarely et quelques autres . Pour une personne qui ignorait tout de ‘histoire de l’art, ça pouvait passer pour une innovation, mais pas pour moi qui m’y connaissais un peu. J’aimais aussi et tout autant l’abstraction des quilts dits traditionnels (une tradition, mais laquelle ?) et j’ai donc continué à m’en, servir comme source graphique et non comme modèle.. Je noterai qu’on m’a couvent demandé- dans les années 2000, notamment de faire partie d’un groupe d’art textile contemporain, j’ai refusé , parce qu’on refusait que j’ intègre mes patchworks géométriques jugés automatiquement « traditionnels » . J’ai vécu cette exclusion de l’arrivée du contemporain , puis de l’art textile., quand il a fallu là faire du mixed media avec caution vaguement textile ….ou tomber dans la marmite du conceptuel .C’est à dire au fond imiter les Beaux-Arts .Avec retard, comme je l’ai signalé.
Je me bats pour le contraire pour un art textile unifié qui cesse d’être jugé selon la date de la source d’inspiration qu’on a choisie ,et le genre de travail qu’on choisit . Un peintre qui fait un nu à la peinture à l’huile n’est pas qualifié automatiquement de « plus traditionnel », le mot d’ailleurs n’existe que chez nous.
Et j’étaie ma lutte sur un savoir que je ne cesse de compléter et où je ne cesse de découvrir. Le passé m’intéresse autant que le présent Je mets l’art textile dit contemporain et l’histoire de l’art textile en regard .C’est parlant ! Un peu long à expliquer ici mais mon site et mon blog développe Je vous mets quelques liens en fin de lettre.
Je suis écrivain, artiste en tissus assemblés, brodeuse, et artistes en images numériques. Je m’exprime dans ces valences, n’y faisant pas carrière, mais une œuvre dont je me moque absolument qu’elle soit jugée contemporaine et à voir ce que certains font sous ce vocable je dirai très franchement que ça m’ennuierait plutôt. Je déteste le bluff, la frime et les pseudo innovations. Je déteste le snobisme aussi . Je ne suis pas convaincue non plus par les personnes qui se paient de grands mots pour faire savant. puisque pour être contemporaine au sens de « conceptuelle » il faudrait avoir une démarche… Les mots c’est mon autre valence . et bien avant que ce ne soit tendance de relier textes et textiles. Je ne suis pas dupe des phrases creuses et ronflantes que je lis ça et là .
Je ne tiens pas non plus à ce qu’on :me colle une étiquette de « traditionnelle » Je ne reproduis pas des modèles anciens j’utilise des sources multiples dont certaines sont anciennes.. Or constamment dans mon parcours textile je me suis vue scindée en deux : contemporaine si je sors de la géométrie du patchwork , je redeviendrais traditionnelle dès que j’assemble les étoffes autrement. C’est absurde . Mon œuvre n’est pas du saucisson qu’on tronçonne on me prend tout entière avec toutes mes valences ou on ne me prend pas (c’est la deuxième solution qui a prévalu je dérange, tel un ornithorynque qu’on ne sait où classer)
J’ai constaté que les artistes hors sérail textile que je fréquente depuis quelques années n’ont pas du tout la même façon de voir. Déjà ils ne se laissent pas prendre aux étiquettes et pour la plupart font comme moi .. Les peintres savent bien qu’on n’est pas forcément traditionnel en utilisant un nu qui est un de leurs « poncifs » ou un « paysage » ;ils savent que c e qui compte ce n’est pas les classifications que d’autres après coup vont appliquer à ce qu’on fait . Autrement dit, d’être on non contemporain ils s’en moquent , on ne parle jamais de cela, mais de nos œuvres, de nos manières de manipuler nos matières , d’accéder à la création . C’est un milieu ou on ne vous pose jamais la fameuse question dont on ne sort pas depuis plus de trente ans : en art textile : « alors tu fais du traditionnel du contemporain ou de l’art textile » -car c’est ainsi que l’histoire s’est déroulée chez nous : ne me dites pas le contraire j’y suis depuis 1986. Inféodée à personne et hors clan , mais j’y suis. En observatrice critique, lucide et attentive. Admirative de ce que je ne saurais créer quand du moins cela suscite en moi une véritable émotion, mais dubitative souvent.
A noter que lorsqu’une revue d’art a publié mon portrait d’artiste on ne m’a pas demandé si j’étais traditionnelle ou contemporaine et pas non plus quand j’ai exposé en 2004 en galerie d’art . Non on m’a demandé comment je travaillais, on y est allé voir … on a regardé vraiment et sans formatage .Un vrai regard que je n’ai jamais, ou si rarement trouvé en milieu art textile et surtout pas « contemporain » au sens où les textiliennes actuelles l’entendent
IL m'est répondu qu'on n'est pas de mon avis (je m'en serais doutée!), et qu'on n'a pas le temps de répondre On sous-entend que c'est trop long.
Que je suis hors sujet en enfin que les artistes d'autres disciplines qui ne me demandent pas si je fais du traditionnel ou du contemporain , mes braves, c'est qu'ils sont tous traditionnels puisque l'abstraction et la figuration c'est du 'traditionnel" .-sic- . Bref tout ce qui n'est pas contemporain étant traditionnel si on préfère la tautologie pourquoi donc poser la question ? Et comment se situer dans l'art contemprain sans connaître un peu les opinions et la pratique des artistes des autres arts ? Les mouvements si nombreux de ce XX siècle ?? Mystère . Mais puiisqu'on n'a pas le temps ...Dommage , j'aurais essayé , mais comment discuter avec quelqu'un qui sait déjà tout !
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question de regard- La salle des machines
- Le 12/10/2015
A la salle des machines, on peut ouvrir, feuilleter et regarder nombre de livres d'art et d'art textile, posés côte à côte comme les oeuvres-hélas- ne seront jamais montrées dans les musées, ni dans les livres. et parfois je m'amuse à des mises en regard .
Ainsi cette photo qui montre en haut un crazy quilt de la fin du XIX siècle et un tableau de Paul Klee, postérieur à l'oeuvre textile. Laquelle créée par une anonyme- même signée, ce serait alors par une inconnue!- et évidemment personne ne la connaît sauf les personnes qui s'intéressent à l'art textile (et encore !). la question qui se pose : l'oeuvre textile est-elle à ce point inférieure artistiquement qu'elle mérite l'oubli total, elle qui était déjà de l'abstraction ?
La deuxième montre en haut une oeuvre textile se revendiquant comme "contemporaine" par rapport à ce qui existait avant, bien sûr, des années 1990 la grande époque où il fallait sinon copier les peintres, au moins faire "dans leur esprit" pour être considérée comme une vraie artiste, remplie d'imagination, . L'oeuvre de Klee mise en regard est évidemment bien antérieure à l'oeuvre textile. Bien sûr, c'est un hasard me dira-t-on et je veux bien le croire. Une "influence" tout à fait acceptable si à la même époque on n'avait pas commencé à considérer les abstractions issues de la tradition textile comme inférieures ....(voir l'article le bonheur en lisière pour le détail de l'histoire)
Pourquoi ces parallèles ? mais parce qu'ils montrent mieux encore que l'argumentation le problème de la place de l'art textile dans l'art tout court et du patchwork à source plus ancienne -et pas forcément "traditionnelle" dans l'art textile.
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Ce que les tissus me donnent
- Le 28/09/2015
- Dans opinions
Un de mes plaisirs d'artiste en tissus assemblés , c'est justement de m'absorber en eux, de m'en imprégner . De voir ce qu'ils me donnent, tels qu'ils sont.
Ce que le tissu me donne c'est :
Des matières diverses : soie, coton , divers synthétiques . et comme je ne crée pas d'abord dans le but d'un lavage facile en machine à laver, je mélange allègrement, surtout dans les crazys qulits ou tableaux en "collage" qui, construits sur tissu de fond, permettent d'user même d'épaisseurs d'étoffes très différentes.
détail de la série Nous où les tissus sont employés pour leurs matères autant que pour leurs couleurs
Cela donc permet de jouer sur les reliefs, les touchers différents, chose qui reste plus difficile si on s'en tient aux petites cotonnades faciles à assembler, que j'aime aussi beaucoup-pour des raisons contraires .
Des types de tissage, qui permettent de jouer eux aussi sur les reliefs et en même temps ils sont motifs - ce qu'on nomme "texture"- .Mot que je n'aime pas trop quand il sert de justificatif au mépris des dites petites cotonnades ... parmi lesquelles on peut trouver piqué et gaufré voire plissé et froissé ...
Le tableau Text-ile Elément sur un poème de Jean-Marc Riquier où les épaisseurs d'étoffes et les tissages jouent leur rôle.(photo JMR)
Des motifs et des couleurs
Il existe des milliers de motifs créés par les designers spécialisés et je l'ai déjà dit souvent, j'ai toujours mélangé dans mes surfaces tissus anciens venus de vêtements , reproductions d'anciens et tissus contemporains et depuis quelquees années mes propres dessins textiles .Si on croise ceux-là avec les créations conçues pour un autre usage, on s'ouvre un champ.. Ces couleurs, ces motifs,depuis des années je les observe, parfois, je les redessine . ils m'inspirent evidemment en composition avec d'autres.
Le quilt Simplicité où unis et imprimés, soies synthétiques , tissus neufs et de récupération sont mêlés.
La matière pour moi est liée au toucher . toucher de la laine, toucher de la soie , toujours différent. Certaines soies sont dures et rèches,.le lisse, le rugueux et chacun avec ses variantes ..Si on se borne à deux ou trois types d'étoffes faciles à assembler ou à entretenir, on se prive forcément de cet aspect-là. Il est vrai, les soies et les cotonnades jugées généralement "adéquates" aux quilts offrent déjà un champ plus que suffisant de possibilités de combinaisons expressives . mais j'aime trop tout pour me cantonner à certains tissuis et pas d'autres. Souvent, devant une étoffe qui me résiste, je cherche des années durant comment l'intégrer à un "oeuvrage" .
Au toucher est liée l'épaisseur. j'ai du mal avec les étoffes très épaisses je l'avoue parce qu'elle me semblent trahir cet autre caractéristique du tissu : sa souplesse , c'est aussi pourquoi pour assembler je préfère coudre que coller et même coudre à la main qu'à la machine qui donne une sorte de raideur impeccable au montage . On peut aimer le contraire ..et y voir des avantages que je n'apprécie pas .
C'est aussi ce qui m'a éloignée de certaines pratiques de mixed media avec textile intégré , qui se revendique comme art textile, ne l'étant pas toujour: plastique , colles, agrafes durcissent les surfaces. On dira : les perles aussi et certaines broderies de fils de métal mais moins aujourd'hui qu'autrefois, où on travaille avec des perles plus légères et du fil souple . J'ai fait beaucoup d'essais de tissus "collés" y compris en mixed media ert ça m'arrivera encore , mais sensuellement j'y trouve moins de plaisir qu'à assembler de vrais tissus ou des tissus seulement .C'est pourquoi j'ai besoin de tout ce que j'élis pour m'exprimer, sans exclure au nom de la tradition ou de la tendance art textile du moment . Ce qui m'intéresse, c'est avant tout le langage des étoffes: ce qu'elle me disent, ce que je peux visionner et construire par tout ce qu'elles me donnent . à noter que ,pour les mots, c'est exactement la même chose .
Et c'est aussi la transparence, la possibilité de superposer -j'ai travaillé avec des tulles , des voiles, ou de froisser plier, voire feutrer ...
détail du tableau Coquelicot, voile feitré machine et rebrodé
Les motifs enex-mêmes m'ont inspirée la série Motivations que je présenterai bientôt ; il s'agit -là de partir d'un motif sur une étoffe retracé et retravaillé-y compris en images altérées numériquement et de voir ce qu'on peut en faire et qui et souvent tellement infini qu'un choix s'impose . Mais c'est une autre histoire , qui vous sera contée une autre fois comme dit Kipling .
Motuvations-1 d'après un motif de tissu ancien (circa1960)
Pour le travail sur les motifs et les couleurs voir l'article Les palettes d'une textilienne qui approfondit cette approche .
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La salle des machines-nouvelles
- Le 14/09/2015
La salle des machines a reçu cet été plusieurs visites -et ce n'est pas fini-
En juillet deux amies sont passées et l'une d'elles a pris des photos qu'elle m'a autorisée à publier. Je partage donc avec joie (et espoir que ça donnera envie à d'autres, au moins à toutes celles et ceux qui sont de passage dans le Nord ou y habitent )
J'aime bien qu'on tripote, qu'on déploie et qu'on farfouille et qu'on photographie ce qu'on aime. Ce qu'on entend souvent dire, c'est qu'en photo ce n'est pas pareil et qu'il voir en vrai et surtout toucher !
Je joue les marchandes de tapis ....
On pose devant un tableau ....
Même les chiens sont les bienvenus -quand ils sont sages (!)
Au fil des découvertes, quelques photos
La visite se poursuit parfois jusqu'à la chambre atelier (allergiques au désordre et à la poussière s'asbtenir)
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Flicage, nous dit-on
- Le 25/05/2015
- Dans opinions
Ce billet d'humeur vient d'un propos qui m'a été rapporté de la part d'une amie qui comme moi est soucieuse d'exactitude et d'honnêteté dans les sources des ouvrages montrés sur blogs et sites. Alors qu'elle signalait , comme il m'arrive de le faire aussi , que l'oeuvre revendiquée par une "confectionneuse" qui la signait était la copie d'un quilt connu, elle se vit assassiner en ces termes révélateurs "vous devez être bien malade, pour passer votre temps à fliquer les autres".
Moi même je me suis vu taxer maintes fois de radotage ou de paranoÏa ...
Alors oui, je vais radoter encore une fois puisque la pratique semble diffcile à éradiquer et de plus on attaque celles qui tiennent à cette rigueur. En fait, ce n'est pas moi qui radote mais l'histoire de la pratique du patchwork qui bégaie . Je dénonce, une fois encore, cette détestable habitude de confondre copie et création avec l'aval et les yeux fermés de tant d'animatrices de clubs ! Qu'on me prouve le contraire, je ferai amende honorable qu'on me montre les étiquetages précis, les présentations honnêtes différenciant le modèle de sa copie ou de son interprétation, qu'on me montre surtout que le patchwork ce pauvre art -art du pauvre peut être autre chose qu'un pur exploit de virtuosité couturière technique dont la création ne doit rien strictement rien à la main qui ose le signer. Oui, qu'on me le montre. On me fera plaisir. Car c'est souvent le contraire que je vois . Il ne s'agit pas de fliquer qui que ce soit mais de rendre à César ce qui lui appartient. Je suppose qu'un expert en peinture qui décèle un "faux" est aussi un maniaque pervers qui s'ignore ...
On peut s'inspirer de ce que fait cette quilteuse honnête, j'admire plus sincèrement quand je sais ce que je regarde.
D'autre part si on se sent victime de "flicage" c'est donc qu'on a le sentiment quelque part de commettre quelque chose de pas très "réglo" non ? Ou bien et c'est plus grave, car cela repose sur une sorte de lâcheté consentie qui se réfugie derrière le nombre , qu'on estime cette malhonnéteté légitime, puisque "tout le monde le ferait" - on notera la pertinence et la loyauté de l'argument !
Mesdames, si vous reproduisiez un tableau de Renoir en peinture au numéro vous n'auriez pas, je présume, le culot de dire que c'est votre oeuvre (quoique à lire certains blogs j'en doute !)- évidemment Renoir est connu et bien reconnaissable - et même si les créatrices de patchwork et broderie etc... ne sont pas estimées grandes artistes,inconnues et ignorées, que vu le nombre d'ouvrages inspirés sans le dire de l'original celui-ci est diffcile à discerner dans le lot, leur travail, il me semble mérite tout autant le respect. Sans elles vous ne pourriez pas parader devant cette magnifique copie-baptisée parfois abusivement "interprétation "- qui, oui, je sais vous a demandé x heures de travail et de dextérité et vous a valu le premier prix au club de X . Premier prix de couture certes.
Si maladie il y a celle de la sotte vanité en est tout autant une que l'exigence de sincérité d'honnêté et de rigueur .
L'amour de son art et non l'amour de la gloriole personnelle usurpée .....
Si tout le monde est sincère et rigoureux, pas besoin de "gendarmes". Ni de flicage. Confondre la cause et la conséquence est aussi une maladie de l'esprit . Prouvez-moi le contraire !
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Pour en finir avec les ouvrages dits de dame
- Le 19/05/2015
- Dans opinions
Je m'adresse ici autant à ce qu'on nomme le grand public qu'aux personnes qui pratiquent les arts textiles (à divers degrés)
Les ouvrages de dames sont liés à l'essor d'une presse "féminine , qui au départ se voulait aussi féministe à sa façon, c'est à dire proposant aux femmes des articles sur des sujets censés les intéresser elles et pas les hommes. Le domestique et son "économie" étaient alors dûment enseignés - et comportaient tout le travail autour du linge (marquage notamment ) et décoration. Pas toujours du "loisir" au sens où on l'entend aujourd'hui et rarement créatif dans la mesure où dès que les modèles sont apparus ils ont été reproduits, et copiés. On peut penser cependant que déjà certaines interprétaient avec plus de liberté et d'imagination que d'autres. Composaient au moins et s'écartaient de la copie stricte d'autant que souvent dessins et explications étaient fort succincts . Rien des tutoriels style assistanat de A à Z en pas à pas abondamment illustrés de notre époque. Plus on assiste, moins on donne le désir d'indépendance et de création et plus on renforce le désir d'avoir le même bel objet exactement semblable qui est un désir de possession par la fabrication reproductive, non de création .
Je voudrais rappeler que la création peut résider aussi dans le choix et la composition à partir de motifs déjà dessinés -dits poncifs- comme on le voit dans certains marquoirs ou samplers, dûment signés . Il ne s'agit pas alors de suivre une grille où tout a été décidé et choisi par un ou une autre, mais d'un entraînement doublé d'une composition vraiment personnelle.
Parallèlement à ces publications dans la presse féminine, on trouvait des manuels techniques à cet usage et nous avons toutes en mémoire celui, très célèbre, de Thérèse de Dillmont , lié à la manufacture DMC.
Je remets le lien du site Antique patterns auquel j'ai consacré un article, en feuilletant les ouvrages on pourra constater que les dessins sont le plus souvent en noir et blanc, sans composition d'ensemble si on excepte quelques-uns avec déjà des planches en couleurs et des explications fort détaillées .
Mais bien avant sur le site Gallica par exemple on peut trouver des ouvrages de poncifs datant de la Renaissance.
La création - était cependant surtout en deça : il y avait dans l'ombre des concepteurs et probablement des réalisatrices de ces "modèles" Tant que tout était en noir et blanc , l'imagination personnelle de celle qui en bout de chaîne utilisait ces motifs ou poncifs pouvait venir tout comme aujourd'hui d'une composition, d'un choix des couleurs, des fils personnels. Il y avait donc parfois re-création , comme je l'ai souligné maintes fois, mais comme pas plus autrefois qu'aujourd'hui on ne le notait au dos de l'ouvrage , impossible de savoir si la main qui a exécuté est aussi le cerveau (et le coeur) qui les ont conçus. Pour beaucoup ce point crucial ne revêt aucune espèce d'importance. On voit la "belle ouvrage" et on s'arrête-là. C'est pourtant là qu'il faudrait -enfin- engager une réflexion. Et cette réflexion ne peut s'établir faute d'informations sur la genèse des dits "ouvrages" : savoir qui a fait quoi me semble indispensable. Pas de genèse sans générique. Imaginons qu'on ait à établir un art de la peinture fondé uniquement sur les peintures de reproduction de maîtres ou faites au numéros ... on aurait le même problème. Il faut quand même rappeler qu'il fut un temps où les brodeurs étaient considérés comme les égaux des peintres, voire supérieurs. Mais c'était alors professionnellement et au sein de corporations d'artisans d'art, régies par des lois strictes.
L'ouvrage de dame lui, a été cantonné côté maisons et loisirs quasi dès le départ. Est-ce à dire que pour autant , il n'y avait pas réellement une expression personnelle par ce moyen ( et à mon avis plus en patchwork qu'en broderie pour la raison simple que le patchwork demande des capacités de composition toutes différentes. )
Mais je me sens bien seule en ce domaine, parce que la plupart des femmes qui aiment les arts textiles côté panier à ouvrages, n'exercent pas en créatrices ni en artistes, elles se font juste plaisir, comme elles me disent. Ou bien croient sincèrement être artistes parce techniciennes parfaites du modèle qu'elles copient .Voire du kit. Le tollé que j'ai soulevé en évoquant le problème me le confirme. Et les artistes des autres arts s'intéressent au leur en priorité, c'est humain ! La plupart admettent la division Beaux -arts et arts mineurs .J'en vois tous les jours se lamenter sur le triste sort fait aux peintres ,graveurs, photographes - les vrais arts, quoi! - mais presque aucun n'aurait l'idée de se demander s'il n'y a pas créateurs plus mal lotis ! Quant aux critiques d'art, ou personnes autorisées à analyser , ils ne sont pas légion à oser un papier sur une créatrice textile obscure (raison au passage de saluer ceux qui osent le faire ) qui ne sont pas que de"petites mains" au sens d'exécutantes des oeuvres d'un maître ! Le terme même est dévalorisant qui réduit à la bonne faiseuse celle qui met son âme autant qu'un artiste de Beaux-arts dans ce qu'elle crée ! Mais qui le sent ? Qui veut le voir ? Qui veut le savoir ? Personne ou presque quand encore ça ne fait pas ricaner. Il est vrai : les ricanements des sots sont louanges .
Il y a à s'interroger déjà sur l'anonymat de ces oeuvres domestiques -ou religieuses- côté conception, alors que certaines signaient et signent encore orgueilleusement des reproductions où elles montrent juste leurs capacités techniques. Anonymat qui longtemps a été imposé aux créatrices pour revues féminines. On trouvait le nom du photographe de la broderie, mais presque jamais le nom de celui ou celle qui l'avait dessiné, conçu et brodé ou cousu. Une sorte de négation première de l'acte de créer , en ce domaine puisque sa seule utilité était de fournir des modèles aux autres . Et c'est resté . "je l'ai fait moi-même" semble une caution suffisante pour s'approprier ce travail en deça pour lequel la créatrice est payée certes (mal ) quand elle l'est. Le vol d'idées est courant sans reconnaissance aucune de source puisque "c'est fait pour ça" pour "donner des idées aux autres".On sait aujourd'hui que pour qu'une oeuvre soit reconnue comme telle il qu'elle soit intégrée à la démarche d'un grand nom exerçant un grand art. Enfin du moins ça aide. Et voilà pourquoi des géométries peintes par des hommes postérieures de très loin aux compositions géométriques textiles, tout aussi uniques et intéressantes créées par des femmes anonymes n'ont pas à valeur esthétique et profondeur égale le droit de cité dans les histoires de l'art.
Sans " état civil ni pedigree, ni oeuvre ni homme n'existent aux yeux des sociétés, même si elles vivent ! On obéit des critères positifs-majorants
- d'un côté peinture/ homme/ nom célèbre(professionnel/ sphère artistique-professionnelle/ / démarche reconnue et consciente/ accès aux galeries d'art-muséable, recensions et critiques / présence possible dans les livres d'art côté grands arts.
et de l'autre des critères négatifs-dévalorisants :
couture/ femme/ anonyme ou inconnue/amateur/autodidacte/ sphère domestique/ démarche instinctive ou inconsciente , ignorée /pas d'accès aux galeries d'art- non muséable (sauf folklore-patrimoine- pas de recensions et critiques / absence des livres d'art comme objet d'expression personnelle et sensible .
Pourtant si on met côte à côte les résultats, on devrait interroger la pertinence de ces critères. Mais à ma connaissance, très peu le font et surtout pas en France, patrie du prestige (et du préjugé assorti !)
Si on excepte la célèbre Sonia Delaunay exception qui confirme la règle ... pour qui les critères donneraient : couture et surtout peinture/ femme/ professionnelle/ sphère artistique /formation artistique / démarche consciente et formulée / accès à la critique.
Ce qui, à patchwork égal, si j'ose dire change le regard et la considération sur l'objet textile assemblé. Un travail comparable créé par une inconnue répondant aux critères dévaluants sus-cités .... est nul et non avenu. Pas inscrit du bon côté de la rue de la création , pas né au bon endroit, au bon moment . Sans appartenance d'école, de caste, d'intelligentsia , de milieu . Voire d'époque. Ou de lieu (il n'est bon bec que de Paris ou autre capitale culturelle !)
L'ouvrage d'une femme obscure voire anonyme faisant sans le savoir dans sa cuisine -ou son salon- comme le souligne Claude Fauque, de l'art abstrait ou brut sans le savoir, bien avant que celui-ci existe en peinture, évidemment ne jouira jamais de la même considération . Puisque nous, dit-on cette brave dame était censée n'avoir aucune profondeur intérieure. Si on le dit !!
J'aimerais qu'on regarde sur ce site la neuvième oeuvre faite par une femme anonyme en 1885 . qu'on me dise en quoi elle est inférieure en puissance d'expression aux peintures abstraites qui ont suivi... Et de tels quilts ne peuvent avoir été faits d'après modèles.
Ouvrage de dame ? oeuvre d'art ignorée injustement -et il y en a des millliers comme ça !- je vous laisse juge
Le premier travail d'un historien de l'art en tissus et art textiles devrait être fondé pourtant sur cette distinction capitale . création/reproduction/interprétation et ce d'où que provienne l'oeuvre . Et si l'oeuvre est création ne pourrait-on la regarder alors comme si elle était d'un grand art ? Je suis certaine qu'un critique qui sait voir et lire y trouverait autre chose dans beaucoup de cas que du " joli- décoratif" ou du "intéressant pour la valeur patrimoniale et historique" -qu'on nous concède (comme à un vieux tesson de bouteille ) ..
Pour qu'on saisisse mieux ce que je veux dire , je vais prendre trois exemples dans mes propres "oeuvrages"
- Celui-ci offert par un commerçant était imprimé sur tissu et donné avec diagramme fils et indication des pôints . c'est ma fille qui l'a réalisé dans son enfance , (j'ai longtemps cru que c'était moi rectificatif donc! ).C'est de l'ouvrage de dame pur sans aucune création ni recherche. Certes, il faut savoir faire les points et suivre un diagramme, mais je vous assure avoir entendu une dame de ma connaissance se targuer d'être artiste pour si peu !
Celui-ci inspiré des broderies de François Lesage , le dessin n'est pas de moi, les indication de points non plus, mais comme il est difficile de trouver les mêmes matériaux...j'ai usé des miens sans respecter strictement les indications il y a une petite part d'interprétation et le niveau technique requis est nettement supérieur à celui nécessité par l'ouvrage précédent.
- Cet ouvrage créé pour la revue broderie d'art a été dessiné, par moi et le choix des couleurs, points et fils m'incombe entièrement : on est donc dans la création, certes pas ex nihilo, mais que je nomme personnelle n'aimant pas le mot original
Je pense qu'on peut compter aussi comme création de broderie- et de patchwork- tous les ouvrages qui partent d'une source existante (et si possible reconnue honnêtement, ça ferait avancer ma connaissance de notre art ) mais dont l'élaboration textile est due au concepteur. Il existe des re-créations par métamorphose ou passage dans un autre art .... qui demandent une élaboration et un investissement indéniable. Témoin cette pochette dont j'ai emprunté le dessin (en noir et blanc) parce que l'aimais -je sais dessiner une guirlande de fleurs par moi-même mais je voulais celle-là !) le choix des matéraux soies perles fils d'or ,et le travail purement textile est de ma conception propre. Alors création ou pas ? Art ou ouvrage de dame ? Je me suis laissé dire que dans la Haute-Couture, on devait bien de temps à autre fonctionner ainsi !
Le brodeur ou le quilteur mettent autant d'eux dans ce genre d'ouvrages que le photographe composant avec une "réalité" qu'il n'invente pas et ne dessine pas davantage. Ce qui ne signifie nullement , je le précise, parce qu'on me comprend toujours à l'envers, que je tienne pour création des surfaces de perfection technique pure , où l'âme du concepteur, ses émotions, ses désirs, sa vision de l'espace ou du monde ne se perçoivent pas, et qu'une autre main tout aussi habile aurait fait de la même manière . Il faut tout de même un minimum d'apport personnel pour qu'on puisse prétendre au titre d'artiste créateur autre qu'artiste technicienne maîtrisant son art sur le bout des doigts . Confondre sans cesse les deux n'arrange certes pas le statut de notre art, mais les bonnes faiseuses qui sont la majorité s'en satisfont . Elles ne sortent pas au fond l'art du panier ouvrages , se reconnaissent s'exposent et se congratulent entre elles, appelant cela "reconnaissance" : Ce n'est pas de celle-là que je veux parler, on le sait .
Mais si nous composons nous-mêmes , que nous faisons preuve d'imagination et d'inventité dans l'usage de nos matériaux et techniques même ancestrales (la peintuire n'est-elle pas une technique ancienne ? ) bref si on voit que c'est de nous au premier coup d'oeil pourquoi serions-nous les seul(e)s à devoir faire preuve de capacités hors notre valence ? Apprendre à broder, en broderie d'art, ce n'est pas seulement apprendre les points-et les matériaux support, fils- mais à s'en servir comme d'un langage . Pas plus de l'ouvrage de dame que peintures, gravures; sculptures ne seraient ces ouvrages d'hommes , alors ? A souligner que sur le créneau ouvrage dits de dame tous les créateurs hommes sont des génies, adulés et encensés par les femmes elles-mêmes ...
On ne refait pas le monde même à coups d'aiguille !