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  • La salle des machines

    La salle des machines red1bis

    La salle des machines : un lieu d'art-mitié, d'arts mixés

     

    Pourquoi La salle des machines ?

    Je rêvais d'un lieu

    qui soit à la fois privé, intime (comme l'est par essence mon oeuvre) inclus dans le "domestique", le quotidien  et en même temps ouvert sur demande ...

    - qui unisse le travail , l'élaboration qui m'est chère et les créations qui en résultent, au moins en partie.

    - qui contienne aussi une partie des oeuvres de mes amis peintres, collagistes, graveurs

    - qui concilie les Beaux- arts et l'art textile  dans sa partie jugée "artisanale" .

    - où les quilts de création soient considérés et montrés comme autre chose que de la couture d'experte

     - qui réunisse mes trois "valences" : écriture, art textile et art numérique.

    - qui évolue  au fil des créations, des rencontres , des acquisitions.

    -   qui ne lie pas l'exposition à la vente obligatoire des oeuvres .

    - qui soit à l'écart des fonctionnements habituels  de l'exposition et de ses rites mondains ou d'intelligentsias  et codes .

     - un lieu officieux et privé qui ne m'oblige pas à x démarches administratives fastidieuses .

    - un lieu d'affinités électives , loin des mondanités ...

     - un lieu à la fois réel où on peut venit voir en vrai, mais aussi virtuel et dont l'évolution sera présentée ici et sur les réseaux sociaux.

    - un rêve que j'ai fait et que je tente de rendre vrai.

    et bien d'autres choses encore !

     

    Que contient la salle des machines ?

    Sur les murs et les surfaces adéquates :

     des quilts et d'autres ouvrages textiles (les miens , pour le moment !)

     

    Salle des machines 1

    Des oeuvres de mes amis  dons , acquisition, échanges...

     

    La salle des machines 2

     

     

    Sur les meubles

    : les machines evidemment  et le côté atelier work in progress

    mais auss les livres textiles et mixed media que j'ai réalisés et qu'on pourra feuilleter

    La salle des machines 10

     

    Sur le reposoir ; une pile d'ouvrages à étaler et tripoter. J'ai réalisé plus de cent grandes pièces, je ne peux toutes les mettre sur les murs :

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    Dans les tiroirs - et sur les étagères

    Des oeuvres fragiles  craignant lumière ou poussière, ou en attente d'être exposées .

     

    La salle des machines 8

     

    -un stock d'images numériques imprimées appelées "épreuves d'artistes"

    La salle des machines 7

     

    On pourra aussi y feuilleter mes livres ...et bien d'autres choses ....Le lieu est évolutif il y aura donc un turn-over des oeuvres ... On va dire les photographies ne sont pas contractuelles ! Et evidemment ne montrent pas tout !

    Comment y venir ?

    C'est situé dans le nord , près de Douai .   Si vous désirez voir et surtout toucher :  vous prenez contact avec moi , on fixe une date  et le tour est joué.

     Ecrire sur chiffondart@aol.com

     

    C'est ouvert  dès maintenant et selon mes disponibiltés , bien sûr ..et les vôtres .... possibilité d'hébergement ( gratuite et à la bonne franquette )pour les visiteurs venus de loin selon le plan d'occupation des sols !! .

     

  • Poésie -réflexion -1

    Il est rare que je m'exprime au sujet de la poésie, pour la raison simple que la littérature croule depuis le début des temps sous gloses, commentaires et théories , histoires dignes de ce nom , études, chroniques ,  critiques , tandis que l'art textile tel que je le conçois  a certes au mieux des historiens, mais aucune analyse comparable en tant qu’objet d'art et de création. C'est pourquoi j'en parle davantage .         .
    Cependant je publie ce texte pour les personnes qui, sait-on jamais tout comme moi , auraient un intérêt et des valences multiples . A voir le nombre de sites ou publications  reliant textes et textiles créés après le mien, je pense que je ne suis certainement pas seule à m'interroger sur ces sujets .
    Pour mon parcours en écriture indépendamment de l'art textile je renvoie sur l'article bibliographie .

    Bien sûr ce que j'écris  ici n'a d'autre autorité que celle de mon expérience  (j'ai quand même fait des études de Lettres  mais je n'ai pas arrêté de lire et de découvrir  une fois quittée l'Université ). Les livres - surtout de poésie- font partie  tout autant que les tissus de mon univers quotidien. donc à lire si vous le voulez  bien ... comme un témoignage .

     

    Je n’ai pas l’âme à théoriser et encore moins à ériger ma pratique personnelle (mes expériences multiples !) au rang de dogmes à suivre. Même pas de « conseils » . Les conseils ne peuvent porter, à mon sens, que sur la partie technique de l’œuvre et une technique détachée de la vie intérieure a pour moi quelque  chose d’un peu desséché, momifié. Voire sclérosé.

    L’émotion d’abord, au sens de ce qui met l’âme  en mouvement jusqu’à bouleverser dans le meilleur des cas, celle de celui qui crée, comme celle de celui qui regarde,écoute ou lit  .

    J’ai fait l’école pour gagner ma vie en tant que professeur. J’ai dû bien évidemment transmettre  méthodes et savoir-faire, je m’efforçais toujours de ne pas en imposer une unique, la seule, la bonne, la vraie.

     Dans le domaine de la création, je n’ai aucun « dogme »  à transmettre, je ne veux pas « faire école ». Je rejette (à tort ou à raison)  les systèmes avec maîtres et disciples, du moins un maître unique qui formate parfois des clones ou des imitateurs qui le confortent dans l’idée qu’il détient la Vérité sur son art, non . Cela ne me va pas, même si je reconnais humblement tout ce que je dois aux créations des autres . Ils ne sont pas mes maîtres :  ils sont mes parents nourriciers ! Je choisis d’en "manger" ou pas . La différence est pour moi capitale ; je n’ai rien d’un mouton bêlant ni d’un esclave soumis ! Ma  responsabilité partout est dans mon pouvoir de choisir, de décider par moi-même et d’écarter ce qui ne va pas avec ce que  je sens d’impérieux et de nécessaire  en moi qui veut se dire et se faire selon mes modes pas  forcément celles des autres ; orgueil peut-être si on me comprend mal . Force contre laquelle moi-même je ne puis lutter . Celui qui a toujours  besoin des idées -béquilles des autres pour s’exprimer ne peut absolument  pas entrer dans ce que je dis :  j’ai besoin des idées et des œuvres  des autres pour m’en nourrir,  les digérer. Voir du côté de ce que les humanistes appelaient l’innutrition,  qui n’est pas l’imitation .

     Au point de ma vie où je suis, disons le tout net : je me fous des juges dogmatiques qui cherchent des thuriféraires pour leur ressembler  et les cloner -voir se faire de l‘argent avec ça- ça ne m’intéresse pas .  Avoir mille « followers » non plus . Quelques regards attentifs me suffisent . Ils ont bien plus de prix à mes yeux . Je serais embarrassée aussi des disciples béats souvent sincères il est vrai , mais l’admiration de cette sorte me gênerait  : je ne me sentirais  pas la mériter..  Ces petits jeux-là de vanité humaine, j’y suis définitivement réfractaire. A cela je préfère de beaucoup le partage entre deux êtres libres qui respectent chacun leurs propres cheminements, et s’enrichissent autant de ce qui les joint, que de ce qui les dissocie ; et ce partage-là, j’ai eu le bonheur de le trouver plusieurs fois dans ma vie , c’est une chance que je goûte . Il est, pour moi,  dans une relation duelle, pas dans le groupe .  Définitivement pas .

    . Que ça choque, je le conçois , c’est que je ne  place pas l’humilité face à l’acte de création dans l’obédience aux reconnus par la société et les académismes divers . Ma liberté est là aussi . Celle de me tromper aussi, je l‘admets mais la plus grande erreur serait de me forcer à être autre que je ne suis . Un  « je » tout habité de milliers d’autres, je précise .Et toujours en accueil de ce qu’ils sont.

    Le seul conseil valable que je pourrais donner : être toujours sincère c'est-à-dire authentique. Fidèle à cette émotion ou vision première, et sachant que cette fidélité n’est nullement stagnation car cette émotion fluctue, varie, vibre . Se méfier des procédés qui deviennent comme des outils de production, non de création .

     Cette émotion, cette vision que j’évoquais ,  il faut la saisir sans trop la figer faire de la vie avec l’inerte des mots et en ce qui me concerne des étoffes et aussi, via la création numérique des formes, des couleurs aussi, détachées de tout autre support que l’écran .

    Pour moi j’ai conscience que tout ce que  je fais vient de là . De ces émotions , de ces visions. Quand je parle d’intérieur je ne veux surtout pas dire regarder son nombril. Ce  « je » qui s’exprime est un je imprégné chaque  jour et depuis des années de ce que font, sont, vivent  et créent beaucoup d’autres . C’est un  « je » creuset où mes émerveillements et mes rejets parfois,  aussi bouillonnent .  Je ne suis pas une tiède, mais une passionnée . Mes peurs, mes extases, mes colères , mes  apaisements . Mais aussi ceux que j’ai ressentis via l’œuvre (ou la vie) des autres.  Ce travail-là, d’observation en soi et hors de soi me semble primordial ; je regrette que l’introspection, la réflexion sur ce qui se déroule en nous soit assimilée à du nombrilisme, de l’autisme , narcissisme etc  et j’en passe . Si on s’est fait tamis c’est ayant recueilli auparavant tant d’êtres, d’histoires de vie , de spectacles, de moments, de petites « choses » et de plus grandes.

    Un auteur de chanson écrit « c’est moi que j’aime à travers vous » moi je dirai « c’est de vous que je parle à travers moi » et même « c’est vous qui parlez à travers moi » . Ce que je crée, tout ce que je crée,  n’a d’intérêt qu’en ce qu’il vous rencontre, connu ou inconnu.

     

     

    Poeme 2 le carnet vert où j'ai écrit de 1967 à 72 mes premières poésies .

  • L'art textile et l'imagination

    Art textile, suspension et imagination ....

    Je réagis ici à une photo vue sur un site d'art textile très "branché"  et sur un réseau social,  Il s'agit une œuvre exposée en milieu art  textile , je le précise.

    Ou plus exactement aux commentaires qu'elle suscite, dans le même milieu.

    L’œuvre en elle-même, je ne suis pas critique d'art et je l'ai pas vue en réalité, je noterai que c'est une de ces innombrables présentations en suspensions .... de matériaux divers ...la caution textile, comme toujours est le fil et la fibre -non tissées,  mais enfin comme le souligne mon article l'art textile une ambiguité structurelle ..il faut s'habituer à ce manque de rigueur des étiquettes, par peur de passer pour ringard . Du moins si on mange de ces fibres-là ....tout cela ne me dérangerait pas si les artistes qui osent encore utiliser du tissu selon des techniques plus anciennes n'étaient pas reléguées sous l'étiquette" traditionnelles" quoi qu'elles fassent ! et si on leur donnait, à elles aussi un peu d'espace pour exposer en solo quand elles ont une oeuvre digne de ce nom à montrer .Las : on peut rêver . Le patchwork c'est souvent côté kits, modèles à reproduire et commerce. et c'est aussi trop souvent le fait de celles qui "font" du patchwork ...sans créer, mais le croyant.

     

      Cette œuvre est étayée, évidemment ,  par une démarche". Je ne discuterai pas de la valeur artistique  de telles œuvres.

    J'ai quand même quelques lueurs en art contemporain et plus encore en art textile qui se veut "innovateur" depuis la fin des années 1990, où j'ai vu s'installer lesdites installations dans notre espace commun.

      Je note  aussi que l'artiste se définit comme "sculpteur"  et non  "artiste textile" et que nous sommes donc toujours dans le même glissement qui consiste à trouver géniale une œuvre en la sortant de sa catégorie . Si une sculpture  qui n'est pas essentiellement "textile" et encore moins d'art du tissu devient le summum en matière d'innovation "textile" et d'art du tissu forcément, tout ce qui restera conforme au genre premier paraîtra obsolète ! On pose là un axiome ...

    Si je déclare qu'une peinture c'est un  "concept de sculpture plate et en 2D " , j’aurai sans doute du succès via le même procédé, à l'envers. Ou comment réinventer l'Amérique ..ou le fil à couper le beurre ... l'astuce, c'est de changer de rubrique.


    Car  enfin cette sculpture est exposée dans le cadre d'une manifestation d'art textile "novateur" dont les assemblages géométriques sont bannis . qu'on ne me dise pas le contraire : j'ai encore aux oreilles les "tout sauf du patchwork'" des personnes qui élisent les élues !!

    Revenons-en aux  commentaires que suscite presque à chaque fois ce genre d'installation.

    Certain(e) s soulignent   la profonde "originalité" de l’œuvre.

     Je reste tout de même un peu sceptique :  Des suspensions en art , déjà ça ne date pas d'hier les seventies en ont vu fleurir un lot  Tapez :  suspensions art ou mobiles dans un moteur de recherche regardez les réalisations et les dates,  Comparez,  revenez à l’œuvre dont on vante la sublime  originalité -  quelle qu'elle soit - essayez de voir vraiment et après comparaison ce qu'elle apporte de vraiment nouveau et d'original et à l'art tout court et à l'art textile surtout .. honnêtement et sans préjugé  favorable ou défavorable.

    Ensuite on en reparle !  Et si possible au cas par cas . il y a des œuvres suspendues qui sont de petits miracles de délicatesse et de magie  il y en qui ne sont faites visiblement que parce que "ça le fait" de' faire dans la suspension !  Je m'explique :

    Calder l'inventeur des mobiles est né en 1898.... c'était pas hier tout de même ! On suspend beaucoup depuis (et sans doute avant !) , en art et en art textile  - J'ai vu défiler un peu de tout suspendu : des capsules de bouteilles,  des bouts de métal,   de papier calque , de fibres diverses , de ferraille , des cailloux, du bois .. et evidemment même des étoffes .. . Tout cela,  comme dans tout procédé artistique (suspendre en est un au même titre qu'assembler)  avec des réussites plus ou moins  patentes. Seulement exposé côté "art textile" cela a toujours l'aura de la merveilleuse "innovation"  par rapport à un agencement de surface (mais le relief existe dans l'art textile depuis de vieilles lunes voir l'article précédent, au moins en bas-relief!) .

    Ce qu'on nomme l'art du fil depuis les early 2000 a exploité à fond le créneau, du fil auquel on pend quelque chose .. je devrais dire le fil long....

     Les premières suspensions que j'ai vues se revendiquant d'un "art textile novateur" -sic-  datent de la fin des années 1990, possible qu'il y en ait eu avant  surtout de l'autre côté de la Manche ou de l'Atlantique (chez nous innover égale importer sans le dire , si souvent !) . Nous sommes en 2015 .... donc nouveauté mais de quoi donc ? Originalité ? Sans doute si le procédé sert une véritable force créatrice . Comme tout autre procédé, ni plus, ni moins .

    Me fait tiquer davantage encore  le commentaire suivant que je reproduis  :" ça, au moins, c'est de l'imagination créative.." ce qui sous entend que le reste -tout ce qui ne ressemble pas à ces installations new look-enfin déclarées telles!-  n'en serait pas ...

    On est dans ce mépris mille fois signalé,  dans cette façon d' accaparer et le textile , et l'art et de plus l’imagination et la création.

    Tout se passe comme si côté arts appliqués et décoratifs tout était issu de kits et de modèles  reproduits et que les créations n'existaient que pour donner des idées à celles qui n'en ont pas (et se les approprient le plus souvent sans vergogne, puisqu'on n'arrive pas à faire comprendre que réaliser de ses mains un objet conçu par quelqu'un d'autre n'est pas créer ! )

    Ce qui sera l'objet d'un autre  article sur les ouvrages dits de dame ...

     

     

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  • Les broderies en relief

    Lisant dans un blog , à propos de l’exposition des broderies Shams à l' Aiguille en fête  2015 que ce serait une "invention" de la broderie en relief, j'ai envie de dire ce que j'ai appris au fil des ans sur les broderies reliefées et la broderie en relief.

    IL va de soi que je suis preneuse de tout commentaire de personnes qui sur le sujet en sauraient plus que moi. Ou  sauraient autre chose que j'ignore . Ce n'est pas trop difficile, je ne suis pas  spécialiste en histoire de la broderie mais je possède des ouvrages de référence dont l'encyclopédie Autour du Fil  entre autres ..

     

    L'ouvrage  en question précise fort justement que toute broderie par ajout de quelque chose sur un support est forcément "en relief" mais qu'on a coutume d'employer le terme lorsque les points sont posés sur un "renfort" : carton, bois, fils, feutre sont les plus couramment utilisés. Et ce depuis fort longtemps et dans diverses techniques .

    On pourra aussi consulter ce site

     J'élargirai pour ma part aux autres types de reliéf, jusqu'à ceux de la broderie contemporaine. Pour voir des réalisations dans le respect du droit (je n'ai pas le droit de publier des photos d'ouvrages qui ne sont pas les miens sans autorisation ...et le temps d'obtenir une réponse positive éventuelle !) le plus simple est de faire une recherche d'images en entrant le nom de la technique de broderie sur un moteur de recherche. J'avais préalablement mis cette recherche en lien mais ça ne fonctionne pas .

    D'autre part et bien qu'ayant travaillé pour la revue Broderie  d'art en tant que  "créatrice -réalisatrice" -et non simple exécutante- , je m'estime en broderie "amateur éclairé" et non vraiment professionnelle , donc si un(e) pro passe par là et estime que je me trompe ( l'oeil :-) , qu'elle  me le dise (ou peut compléter, rectifier ...

     

     Faisons d'abord un sort aux dites broderies Shams  qui sont certes magnifiques et d'un style de dessins,  couleurs et matières  particuliers mais le procédé qui consiste à rembourrer avec des fils de coton meilleur marché que la soie (ou l'or!) et de rebroder dessus ne date pas de l’avènement de ces broderies. On le trouve bien evidemment dans nos broderies d'or et de soie médiévales où il était un des procédés de "rehaussage" du motif. Le site de Mary Corbet que j'ai donné en lien précédemment  montre comment l'artiste a restauré une broderie d'or médiévale et refait ce reliéfage ...

    On peut constater  que dans la broderie Haute-Couture du style François Lesage que j'ai un peu pratiquée (en amateur!) il existe un procédé de reliéfage sur coton retors  tout à fait analogue. Donc l'invention n'est pas dans le relief , mais dans les résultats et le style de cette broderie particulière.

    Le  procédé existe dans d'autres broderies reliéfées par exemple dans la broderie dite Casalguidi on travaille sur un faisceau de brins de cotons  qu'on recouvre ensuite de point de tige.

    Lien vers un tutoriel de Casalguidi

    On peut reliéfer tout simplement en superposant plusieurs épaisseurs de fils, ce qui se fait couramment en peinture à l'aiguille quand on veut donner du relief à un endroit. On peut voir des exemples sur ce lien  ou en tapant peinture à l'aiguille ou shaded silk dans un moteur de recherche. Outre  que le procédé d'ombrage en lui-même peut donner l'illusion d'un relief parfois d'un réalisme criant de vérité, en trompe-l'oeil .

     On peut aussi et les brodeuses de blanc le savent bien, reliéfer en remplissant de petits points la surface à broder. Le point dit de plumetis un passé plat rembourré est réalisé ainsi .

    Le relief peut d'ailleurs sans renfort être obtenu par le point lui-même et le fil employé, ainsi la broderie en relief dite brésilienne par exemple ou les points de poste et de cast on stich (une sorte de séries  de mailles montées sur l'aiguille comme pour un tricot), de  picot sont couramment employés.

    lien vers un tutoriel de  broderie brésilienne

     

    Et puis il y a le célèbre stumpwork , chéri au Royaume-Uni, qui a connu un retour de faveur dans les années 2000, qui lui, utilise toutes sortes de moyens de reliéfage : des points  tenant au support pour le départ mais traités en liberté pour le reste, des  perles ou autres supports recouverts de points, des ajouts en trois dimensions brodés élément par elément... c'est tout un monde !On y trouve même des figures détachables en trois D , ce sont de véritables sculptures en broderies alliant le bas relief pour ce qui reste lié au fond et la ronde-bosse pour certaines figures détachables .

    L'encyclopédie Autour du fil à la rubrique relief note que l' apogée du stumpwork  date du XVII siècle, et qu'au XVIII on serait revenu, là, comme partout à plus de "simplicité" -relative.

    lien  vers un tutoriel entre mille autres....

    Proche du stumpwork sont les broderies de l'australienne Helan Pierce dont je possède deux livres, j'ai réalisé ces feuilles perlées  avec armature métallique  non en suivant ses modèles, mais sa technique -ce qui pour moi est différent !-

     

    Feuilles perlees 001

    Un des reliefages les plus connus (et à mon avis un des plus faciles à maîtriser ) c'est la broderie aux rubans de soie dite autrefois "rococo" , celle -ci est abondamment illustrée dans moult tutoriels, et sites. Le reliéfage, pour un effet naturel doit laisser assez de liberté au ruban et une bonne brodeuse arrive à le modeler de manière à lui donner un aspect naturel et vivant  . Les fleurs que j'ai réalisées  sur des modèles de Lesage sont faites sur ce principe pour beaucoup mais avec aussi ajouts de perles, de raphia etc ...On pourra citer l'artiste Die van Nierkerk

    Ci dessous un jardin fait selon ses techniques mais encore une fois la création est personnelle, sur une photo de Michèle Lefebvre, que j'ai auparavant retravaillée en art numérique de manière à lui donner l'aspect d'une aquarelle.

     

    jardin-a-Madererefaitrecadrepour-site.jpg

     

    Ce qui nous amène evidemment à la broderie de perles qui peut-être de perles pures  sans rien d'autre, être sur un tissu uni ou associée à un imprimé , et aussi  se mêler aux autres types de reliéfage par exemple le quilting ou matelassage.. Je citerai encore le Brodeur François Lesage , mais cette photo est une composition création personnelle en ruban de soies et perles sur écharpe, réalisée pour la revue Broderie d'art .

     

    Detail3

    Il faut évidemment faire un  sort au reliefage style "capiton" à savoir boutis, trapunto et..matelassage . Ce ne sont à proprement parler des broderies au sens de fixer quelque chose sur un support, mais ils s'y rattachent par l'emploi des points (le point devant ou avant , parfois de piqûre ou les piqûres machine en piqué libre) . A noter que le tissu dit "piqué" est une sorte d'imitation de ces matelassages.

    Dans cette rubrique on peut ranger les trapuntos embellis de Martine House, qui sont à la fois broderie et rembourrage .Le livre existe encore aux éditions de SAXE .

    qui m'ont inspiré cet ouvrage (toujours  création personnelle d'après une technique "inventée" par une autre artiste )

     

    Souvenir d un ancien monde 2

     

    Et bien sûr il faudrait ajouter les smocks, les manières de plisser et texturer les étoffes, tout ce qui dans l'art textile contemporain comporte de rajouts de matériaux divers (coquillages, mais aussi objets trouvés, épaisseurs de tissus superposées, mélanges de matières non textiles ( , d'inventions chimiques actuelles le célèbre tyvek -il m'est arrivé de le travailler-  et autres moyens de reliéfer "modernes" qu n'ont plus grand chose à voir avec la définition stricte de la broderie en relief .... ni même parfois de la broderie tout court (et qui est souvent art de mixed media: peinture, plastique, papier, bois verre  tout ça mêlé à un peu de fil et de tissu pour la caution textile et parfois-souvent!-  pour le plaisir de nos yeux, mais avec hélas souvent aussi une sorte d'arrogance par rappport à l'imagination dans les œuvres fondées sur des techniques et matériaux plus anciens. Comme si l’imagination dépendait de la mode et de la nouveauté du  matériau utilisé, de sa "modernité" ...

    Je citerai sur ce sujet le livre de Maggie Grey Raising  the surface with machine embroidery . Resterait aussi à aborder le feutrage qui naturellement rembourre et se rebrode .... On voit qu'on n'en aurait jamais fini !

     

    Pict0302

     

     

    Feutrage et broderie armée sur broderie anglaise dans ce tableau Coquelicot

  • Un site très riche

    • Le 14/02/2015

    Le site de Mary Corbet est une mine pour celles qui aiment broder ... il est en anglais , mais il comporte pas mal de pas à pas en photos  très bien faits et qui peuvent aider , même les expérimentées (on ne sait jamais  tout et parfois une autre façon de e faire ouvre des portes ou débloque une situation .. ).. C'est un site où j'aime flâner de liens en liens ., découvrant toujours de nouvelles choses, je vous recommande par exemple la partie où mary explique comment broder des visages et des yeux, c'est géant !!  Je n'ose m'y risquer , mais pour admirer c'est idéal !

    Lien vers le site De Mary Corbet..

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  • A ma façon . Melting Pot

    Ce n’est pas un tirage de couverture à soi(e) mais à voir comme un étend-art .

    Je lis sur un blog  -l'esprit n'est pas au patchwork- eh bien si pour moi plus que jamais !

    Tellement à dire et ne pas vouloir ajouter à tout ce qui se dit . de haineux ou d'approximatif de partiel et de partial .
    Alors je voudrais vous parler de mon engagement d'artiste qui pour moi ,n'est pas événementiel ni ponctuel . je n’ai jamais aimé les commémorations ou les trucs qu’on fait pour
    un événement fût-il marquant et qu’on oublie le lendemain dans le fond d’un tiroir .
    Il est depuis longtemps de toute ma personne. Tous les jours .

    Oh je sais bien, ces petits bouts de tissus que je couds ensemble c'est au mieux dérisoire au pire de l'ouvrage de dadame qui fait du « joli » et du « tant de travail oh là là « croyant être une artiste c’est pas du grand art « rengagez-vous qu’ils disaient » et pour cause c’est de l’art ‘de femme » !

    Mes petits bouts de tissus ils sont tissés par des hommes et surtout des femmes -ils en sont morts parfois tout autant que les mineurs dans les mines- ils sont déjà, un travail , ils sont une vie ils sont le reflet parfois de civilisations différente de pays différents d’époque différentes : ils sont pour les riches ou pour les pauvres peu importe : ils sont ce qu’ils sont ..comme les hommes.
    Mon art n’est pas de tisser mais d’assembler des étoffes déjà faites .Il daterait de L’Egypte ancienne et il aurait été importé chez nous après les croisades . Justement
    J'y mets souvent toutes les couleurs que je peux, tous les graphismes.Tous les symboles , tous les langages qui ne sont pas que décors hâtifs. c'est pas fait pour aller ensemble mais je veux moi que ça aille ensemble et j’y mets cette chose sans quoi rien ne colle : de l’amour. Comme c’est naïf n’est ce pas …il se peut que j'y réussisse . Je les couds je les colle pas parce que coudre c'est réparer et assembler et je m'en contrefous que ce soit bien ou mal cousu , l’important c’est que ça tienne ! ce que je voudrais c'est que , comme moi humble couseuse, en ce jour donc les hommes les femmes dans leurs différences puissent s'accorder ensemble et de la même façon car mes assemblages, eux, n’explosent à la gueule de personne quand je couds un croissant à côté d’une étoile ou d’une croix, ou d’une fleur ..Le blanc y côtoie le noir et les autres couleurs pour le bonheur des yeux . et s’ils s’affrontent c’est pour un jeu joyeux pas pour se tuer l’un l’autre .Ce que je puis, d'autres le peuvent, d'autres façons . c'est mon message d'engagement unique et que j’aimerais tellement universel .Je n’ai pas de pinceau, pas de crayon je n’ai que mes mots et mes aiguilles j’aimerais que ça serve alors j’essaie, j’essaie . même sans y croire .…
    Cette œuvre dessous contient des tissus de tous les continents des achetés parce que non le commerce c’est pas toujours le diable, des récupérés, des échangés des artisanaux et des industriels . il est pour moi comme une conciliation perpétuelle de qui s’oppose s’affronte et se tue parfois . Je le tends ici comme on tendrait une main -qui coud) pour réparer le monde .Je l’ai appelé Melting Pot.

    Melting pot 3

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  • Un recueil de broderie datant du XVI siècle

    • Le 19/11/2014

    Le bibliothèque Gallica publie  cette merveille datant de 1530.

    L'invention de l'imprimerie n'a pas encore cent ans d'âge .

     

    Ces livres qui'on appelle  recueils de poncifs, lesquels se renouvelaient selon modes et découvertes. L'art du brodeur résidait dans son interprétation et la manière dont il allait composer avec ces motifs  mais aussi  tissus, fils et points .

    Lien vers le recueil

    Je signale sur le site de Gallica un livre de la dentelle et d'autres merveilles...pour celles qui ne connaîtraient pas .

    Rappel pour des commentaires éventuels, si vous avez un problème pour les poster ici, utlisez mon adresse mail chiffondart@aol.com.

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  • Une légende pour les brodeuses

    Ecrit  dans le cadre d'un atelier d'écriture ce texte  qui peut-être  plaira à ceux et celles qui passent ici:

                Dans le nid, dès la sortie de l’oeuf  sa mère l’avait regardé d’une drôle de façon

                 Ce n’était pas un oeuf de coucou qu’elle avait réchauffé sous ses plumes ,  tout de même, mais là de ses yeux ronds d’oiselle, elle mesurait l’anomalie vivante qui piaillait au milieu de sa couvée ordinaire.

                Ce rejeton hors normes était recouvert d’un  duvet   d’un drôle de jaune,  un jaune foncé, alors que ses frères étaient gris.

                Papa moineau lui aussi regardait tout cela d’un drôle d’air à moins que papa ne fût maman, J’entends par là  que les oiseaux se moquent un peu de la théorie des genres et dans cette famille-là , les parents  avaient couvé tour à tour ; et maintenant que le petit  dernier était sorti de sa coquille  ils  s’apprêtaient à les nourrir,  tour à tour,  tout aussi bien.

                 Les autres oisillons ouvraient déjà large leur béjaune mais celui-là, il avait déjà le bec pointu,  plus mince, plus long que les autres, le cou aussi qu’il tendait pourtant avec autant de vigueur que ses frères et soeurs. De plus,  chétif, maigrelet plus encore que les autres. Quand il criait, c’était un couinement plaintif qui rappelait les lames de vieux ciseaux mal aiguisés.

                La mère et le père moineaux auraient bien,  d’un geste souverain , comme les pater familias dans la Rome antique, jeté la créature disgraciée hors du nid pour préserver la pureté de l’espèce, mais il faut croire que chez les oiseaux comme chez les hommes, il arrive que certains se montrent plus  pitoyables que d’autres, ou moins fermes, c’est selon le point de vue.

                Ils commencèrent donc à nourrir le petit  bizarre comme ses frères et soeurs et bien leur en prit car quelque temps plus tard toute la couvée mourut d’une maladie , sauf le rejeton au plumage jaune, quasi couleur  de fiente et   au grand bec.  Son cou s’était encore allongé , et ses plumes devenues d’un beau jaune d’or foncé, brillaient au soleil.

                Il grandit donc tout en inélégance, sauf si on veut considérer que ce bec long et fin et ce plumage brillant  recelaient des charmes. Les parents eux, mesuraient surtout la différence entre leur fils et les autres moineaux des couvées du voisinage : tous ronds, tous gris et bruns et chantant  gaiement , tandis que leur rejeton continuait ses couinements  ridicules ;  quelque chose comme un « wi «  « wi » très doux et obstiné , pourtant et qui finissait, invariablement par agacer les nerfs.

                Quand il voulut marcher on s’aperçut sur ses pattes  étaient recourbées  vers l’intérieur, les griffes de deux d’entre elles se touchaient presque formant une sorte de cercle, presque fermé ;  si bien que ses parents qui en avaient observé sur les patins à roulettes des enfants du jardin public se demandèrent si par hasard cet engin curieux ne s’était pas hybridé avec leur oeuf. Il est à noter que le père moineau, un moment, soupçonna  bien sa femelle oiselle de quelque infidélité avec un exotique échappé  du  jardin  animalier voisin, mais l’idée  ne resta pas longtemps dans sa cervelle de volatile .

     

                Et l’oiseau donc grandit, tant bien que mal, boitillant à terre , mais par chance, il volait  et plutôt bien .

                Sa couleur voyante surtout l’obligeait, plus que ses infirmités, à se tenir à l’écart. Il savait bien que le premier chat qui passerait par là le remarquerait ou bien quelque humain attiré par son plumage inhabituel, peut-être bien une de ces élégantes qu’il voyait dans les allées et  qui arboraient sur leur chapeau les restes de ses malheureux congénères.

                A terre, il ne restait que le temps de creuser le sol , et là, son bec très long lui était avantage. Il se fit même quelques amis, heureux qu’il puisse, en temps de sécheresse, dégoter des vers de terre un peu plus profond que la longueur de leur bec normal leur permettait d’atteindre.

                 Le temps passe vite chez les oiseaux et  il voulut dès février suivant chercher compagne pour s’apparier. Ses parents (mais avait-il encore des parents ?)  , eux, avaient mis en route,dès sa sortie du nid,  une couvée supplémentaire.

                Inutile de vous dire qu’il n’y eut point d’oiselle qui dans son jardin natal voulut bien considérer ses avances . Il eut beau battre des ailes, chanter -enfin grincer serait plus juste - dès qu’elles le voyaient  brinquebaler en oscillant sur ses pattes malformées en battant des ailes pour s’équilibrer , elles s’esclaffaient à qui mieux mieux .  Et puis était-il bien de leur espèce ? Rien n’était moins sûr.

                Il n’avait pas de pair en son petit royaume , et dans ces cas-là ce qu’on a trouvé de mieux comme remède, c’est d’aller sous d’autres cieux voir si par hasard, la  vie n’y serait pas plus douce, ou si d’aventure on n’y trouverait pas davantage des oiseaux qui vous ressemblent . Ou tout au moins une oiselle qui voudrait bien faire nid commun avec lui .

                 Je ne sais pas si notre animal avait lu le conte d’Andersen qui traite d’un cas un peu semblable, mais encore bien : il était resté trop petit, trop malingre pour avoir quelque espoir un jour de se métamorphoser en cygne . Avorton doré il était, avorton doré il resterait , et de plus sans descendance, donc sans utilité aucune au sein de la nature. Enfin c’est ce qu’il se disait aux moments inévitables de désespoir.

                Mais un jour différent, un jour d’envol vers les attentes, il se mit en chemin pour ne plus revenir.

     

                Il arriva ainsi dans un village où vivait une communauté d’artisans et de commerçants, un de ces petits villages  comme on en voit encore parfois , sous la neige, sur les cartes  postales de voeux. sauf que là c’était de nouveau, la belle saison. Un village , aussi, hors du temps , comme il n’existe plus que dans le contes, précisément.

                 Il avisa dans la cour d’une demeure une haie de thuyas suffisamment dense à la base pour le dissimuler aux prédateurs, la terre semblait grasse et fertile , il n’aurait pas de mal à se nourrir. La nuit, comme il  en avait coutume, il se blottirait sous les branches, dans cet entrelacs inextricable que produisent ces conifères .

     

                La maison était celle d’une brodeuse . Une femme d’âge moyen, toujours vêtue de gris ou de bleu, une de ces femmes qu’on croise dans la rue sans rien en remarquer et qui sont comme des ombres vivantes . Elle habitait seule depuis son veuvage et n’avait pas d’enfant . Son atelier donnait sur la cour et était percé  d’une très grand fenêtre, car broder exige une bonne lumière , et il n’y avait pas de rideaux.. C’était pourtant une femme gaie et vive et souvent il l’écoutait chanter le matin quand elle se mettait à l’ouvrage .

                 Notre oiseau se mit à observer la brodeuse tous les jours en tous ces gestes, il ne savait pas pourquoi ces activités-là le fascinaient à ce point :il aimait surtout quand elle déroulait les pièces d’étoffes et qu’elle prenait de grands ciseaux pour découper dedans , les morceaux qu’elles venaient de broder,après les avoir dégagés du métier , devant lequel elle se tenait le plus clair du temps.

                 Les lames des ciseaux faisaient un  bruit que l’oiseau entendait quand la croisée était ouverte  une sorte de criaillement plaintif qui lui plaisait . Il lui venait alors des pensées un peu folles , il se disait que c’était bien dommage qu’il n’y eut pas dans le voisinage une moinelle qui eût chanté ainsi .

                 La brodeuse décorait à longueur de journée nappes d’autel , chasubles mais aussi des ouvrages plus ordinaires ,  corsages ou tablier , bas de jupons  ou revers de gilets .Son atelier était bien  achalandé et il y voyait entrer plusieurs fois le jour bourgeoises et commerçantes pour leurs commandes . Ces dames discutaient beaucoup de couleurs , et effleuraient les écheveaux d’une main déjà pleine de désir de posséder la parure  que  d’autres mains plus laborieuses réaliseraient; la brodeuse écoutait, conseillait, et prenait note.

    On arriva ainsi à l’automne

     

                Un soir, un jeune homme vint visiter la brodeuse. C’était le plus jeune fils de la filandière et la brodeuse le connaissait bien ,  sa mère lui fournissait une bonne partie du matériel nécessaire à son art . Un beau garçon , souriant et d’un naturel assez enjôleur. De son métier, ,il dessinait tout ce dont les artisans avaient besoin  comme motifs et son  talent était réputé. Il alliait le savoir faire sans lequel, à l’époque on n’eût point gagné le respect de ses pairs, à une prodigieuse imagination . Et  ce jeune homme venait de se fiancer, à la fille du forgeron. Son désir à lui était simple, était fou . Il avait vu dans un vieux livre , un dessin d’une broderie , inconnue en ce village et qui ressemblait à une dentelle par des découpures multiples et ses motifs intriqués. Il voulait pour sa promise un corsage de mariée et un bas de jupe fait de cette manière, il désirait  qu’elle fût une mariée dont on se souviendrait . Il lui montra les dessins qu’il avaient tracés : tout un enchevêtrement de tiges et de fleurs , mêlés d’oiseaux et d’animaux fantastiques. Du travail de ciseleur , d’orfèvre . C’était d’une beauté telle que le brodeuse en fut émerveillée et aussi touchée de l’amour sincère de ce grand garçon enthousiaste . Flattée aussi qu’il lui fît si totale confiance pour réaliser son projet . Elle réfléchit et donna ses conditions précises. Elle prit le temps en artisane consciencieuse d’examiner longtemps le dessin .

     Pour la broderie, je saurai,  dit-elle, mais il faudra du temps et que ta mère me fasse du fil selon mes recommandations . Pour le tissu de fond il me faudra une toile très fine et solide et si tu sais me la trouver, nous pourrons faire affaire. Le problème, ce sera les découpes...

    Le jeune homme insista , il dit que les découpes, c’était pour lui , essentiel : il voulait cette légèreté pour sa bien-aimée , ces vides valorisant le relief des motifs. Elle hocha la tête ...L’affaire fut conclue.

     

                Les semaines suivantes, le matin dès qu’il faisait assez jour  elle se mettait devant les pièces de fin linon blanc , et avec un fil de même couleur et si mince et fragile qu’elle ne pouvait utiliser que des aiguillées courtes, aussi courtes que son souffle qu’elle retenait parfois dans un excès de concentration  sur un motif plus délicat encore que les autres , elle interprétait donc les dessins fous du jeune homme amoureux. Malgré la difficulté, elle avançait .

                 L’oiseau lui, la regardait  et il s’était trouvé un poste d’observation sur le rebord de la fenêtre  Ce travail-là le fascinait, peut-être était-ce à cause des branches et des entrelacs ou bien encore de ces  bêtes qui  n’existaient que dans l’imaginaire.   Au travers  de la vitre , il n’avait  aperçu d’abord que cette grande blancheur, puis tendant son long cou,  il avait discerné  un peu mieux les motifs et reconnu tout un paysage  étrange , envahi de la neige, qui ne tarderait peut-être pas à tomber .Il se tenait tout près de l’artisane, tout juste séparé d’elle par la minceur froide du verre.

                Il  ne cherchait plus rien : lui aussi vivait au rythme du travail de la femme, ne s’en écartant que pour manger et dormir . Quelque chose en lui attendait .

                 Une par une, la brodeuse acheva les pièces, et un jour, et il lui fallut se mettre au découpages et ciselures commanditées par son client . Elle avait plusieurs paires de ciseaux, tout ce que l’industrie d’alors avait pu inventer en la matière, mais rien qui fût assez  pointu pour de telles découpes.  Elle prit  cependant le plus affûté, mais au premier essai, elle se rendit compte qu’elle n’y parviendrait jamais avec un tel outil . Le mariage approchait , les autres commandes attendaient, il lui fallait pourtant finir son travail . Elle essaya de nouveau mais les découpes n’étaient pas nettes, les ciseaux inadaptés se plaignaient . et l’oiseau sur la fenêtre hochait la tête .

                 Elle fut prise alors, malgré sa nature calme en apparence, d’un grand accès de doute et de découragement, comme si elle avait travaillé, habitée par la folie du jeune fiancé et que tout à coup la réalité reprît brusquement ses droits.

                La broderie était-là : presque féerique : toute une forêt qui courait sur les morceaux de corsage et le bas de la jupe, tout un  réseau de points soigneusement calibrés de fils amoureusement passés , tout ce travail qu’un geste maladroit, un seul, risquait de détruire . Comment faire ? Elle se jeta alors les ciseaux inadéquats par terre , et leva les yeux vers la fenêtre.

     L’oiseau se tenait là , sur ses pattes atrophiées, couleur d’or. Immobile, l’oeil intense cependant lui aussi fixait la brodeuse, qui ne voyait plus qu’une chose :  son  bec pointu , fin allongé , juste ce qu’il lui aurait fallu pour ce travail délicat :un outil qui n’existait pas encore et qui pourtant eût été tellement précieux, même dans les travaux requérant moins de soin . L’oiseau alors poussa un cri  différent de ce « wi » « ‘wi’ » habituel  et plaintif .

                La femme ouvrit la fenêtre , il se laissa saisir. Entre ses mains , le petits corps prit une froideur de métal, s’aplatit. Les doigts de la brodeuse se retrouvèrent dans les anneaux dorés des pattes, le bec était devenu deux fines lames tranchantes et pointues à souhait.
     Elle porta l’objet à ses lèvres  et le caressa de ce geste tendre de reconnaissance qu’ont parfois les ouvriers pour leurs outils . Et elle commença de découper, joyeuse, toute cette fantasmagorie de végétation  blanche  où notre oiseau doré  trouva enfin sa place .

                On dit que de  ce jour, les brodeuses de tous les pays du monde, réels ou imaginaires, ne voulurent plus pour découper leurs ouvrages que des ciseaux dorés en forme d’oiseaux au bec fin .

    Pict0249

     

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