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Figures de style : l'oxymore ou la punition jouissive
- Le 13/02/2020
Cf pour autre figure de style l'article Dorica castra sur le blog
La deuxième figure de style que j'ai décidé d'illustrer en textile est l'oxymore . Elle consiste à allier dans une même expression deux termes contradictoires, voire inconciliables, différente de l'antithèse qui n'est que juxtaposition des contraires, elle implique que justement les deux inconciliables existent l'un dans l'autre, voire l'un par l'autre. L'oxymore c'est "cette obscure clarté qui tombe des étoiles" et la clarté est à la fois claire et obscure et non pas de l'ombre et de la lumière juxtaposées.
L'oxymore est un domaine qui me sied puisqu'il me permet justemet d'harmoniser ce qui se heurte en moi sans que ça tiraille trop. L'harmonisation suprême, en quelque sorte.
J'ai pensé à cette punition dite "stupide" qu'on nous donnait quand nous étions enfants : "vous me ferez cent lignes" et que ceux qui aimaient écrire pour le geste d'écrire affectionnaient (j'étais de ceux-là même si je n'ai pas le souvenir d'avoir été punie de la sorte-oui proablement !) . Impossible aussi de me souvenir si comme professeur j'ai pratiqué cette mesure de rétorsion critiquée par les éducateurs progressistes -je ne crois pas maisje n'en jurerais pas !
Donc j'ai adapté en broderie ce pensum que je voulais jouissif, pour un plaisir mêlé à l'obligation, peut-être venant d'elle. Obéir en désobéissant est à mes yeux merveilleusement subversif.
Les lignes sont devenues des frises de motifs répétitifs, le plus souvent, mais aussi de rubans, dentelles, boutons . Histoire de rappeler que pour moi les motifs sont langage où qu'ils se trouvent et non pas seulement décors pour enjoliver. Il s'agit donc bien de lignes d'écriture textile.
Avec la part de la contrainte du nombre : cent lignes de broderie ou travail textile
Et l'usage du point de croix compté -que je n'aime pas trop réaliser (j'y ai pris goût ce faisant; ce qui fera sourire les vraies "crucifilistes" mais il fatigue vite ma vue malgré l'usage de loupe ), mais pas exclusivement .
Joie presque enfantine aussi à choisir pour chaque page fils, rubans, boutons de ma collection à jouer aussi avec les fils de coloris nuancés , à harmoniser chaque page avec un tissu de fond puis les doubles pages en vis à vis.
Les motifs de frise sont empruntés un peu partout et ce fut aussi une joie d'organiser chaque page, sous forme de petit "sampler " vu que j'affectionne ces recueils de motifs et de points que réalisaient les brodeuses d'autrefois, qui sont souvent bien davantage que de simples répertoires et témoignent d'un choix et de la personnalité de qui les a composés.
Autre désobéissance jouissive : ne pas normer mes points en broderie dite "libre" et accepter quelques menues erreurs dans la réalisation des diagrammes (qui ont produit donc des variantes de motifs.)Travail d'écriture personnelle donc et non calligraphique -je tiens à cette différence .que mes amies soucieuses de perfection normée le comprennent ! Merci.
On peut voir les photos des pages et des cent lignes sur la la suite du billet.
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Art textile ou l'ambiguïté structurelle
- Le 09/02/2020
Art textile ou l’ambiguïté structurelle
par Jacqueline Fischer(article paru sur les site arts-up vers2010 que je reproduis ici pour le rendre plus accessible que par lien)
Si on se fie au dictionnaire, qui dit textile dit tissu et qui dit tissu implique une technique particulière de construction de fils par entrecroisement sur un métier plus ou moins élaboré de fils de trame et de chaîne.
Or si on compare cette simple référence lexicographique à ce qui est nommé en France actuellement « art textile » on s’aperçoit que c’est un des arts où le medium de base -le textile- est le plus fluctuant dans sa définition, dans la manière aussi dont les artistes le perçoivent et l’utilisent.
Si on observe la simple fabrication, on assimile au tissu des surfaces obtenues par d’autres moyens d’entremêler les fils ou fibres : tricot par exemple. Le jersey est un assez bon exemple de tissu non tissé au sens littéral du terme mais tricoté.
Les tissus obtenus par le crochet y sont apparentés.
Le tissu à l’origine se place à côté du feutre obtenu par tassement des fibres. Le feutre était utilisé pour ses qualités de solidité, isolation et imperméabilité relative, tandis que le tissu permettait du fait de son articulation structurelle beaucoup plus de souplesse. Il semble qu’on rattache aux tissus les surfaces qui s’y apparentent soit par la souplesse, soit par la texture. Ainsi ce que les anglo-saxons appellent le Fiber Art inclut-il par exemple, la vannerie.
De même un textile, même à usage vestimentaire ou d’accessoire, n’est pas forcément souple : la paille de riz par exemple dont on fait certains chapeaux produit un textile rigide.
Outre le feutre, on a vu se poser à côté du tissu et se recommandant de la valence « textile » : l’intissé qui est proche du feutre puisque les fibres sont tassées non entrecroisées, le plastique qui est assimilé par sa relative souplesse, le papier au vu qu’il est formé de fibres et parfois même de textile récupérés, et toutes sortes de matériaux empruntés à d’autres usages certains détournés , d’autres créés à cet usage.
De même toute matière tissée devient textile .
Dans sa composition, le tissu lui-même même si on s’en tient à son acception stricte de tissage n’est pas matière mais matières , les fibres qui le constituent empruntant au végétal, animal , mais aussi au chimique. Les plus récentes inventions produisant des étoffes dites « intelligentes » censées nous soigner,ou parfumées par micro-encapsulation.
Dans ses emplois sémantiques, le terme désigne aussi la matière vivante : nos tissus organiques qui ne sont pas sans relation de structure avec les étoffes1.
Le premier geste qu’on fait envers un nouveau-né est de le vêtir, et la coutume d’envelopper les morts dans un linceul n’est pas partout dans le monde obsolète.
Tout le monde connaît les légendaires Parques qui de la naissance à la mort filent le fil de nos existences. Elles ne le tissent pas cependant...et le lexique abonde de métaphores textiles liées à notre existence.
Lié à notre vie, à notre histoire, à la guerre des sexes aussi (voir comment les féministes ont renié et rejeté certains arts textiles jugés par trop symboliques de l’aliénation de la femme à son foyer, rejet dont notre discipline porte encore trace2 . Le tissu ne peut pas être un matériau neutre et malléable pour l’artiste qui le travaille. Le tissu des vêtements comme celui de la décoration ont toujours eu des vocations multiples : utilitaires, décoratives, et symboliques par les codes transmis, civils ou religieux. (qu’on songe aux livrées des laquais pour ne prendre qu’un exemple),Si on veut classer ce qui ressort de l’art textile actuellement, on peut distinguer de façon non exhaustive et encore très schématique :
- Les arts textiles par manipulation du fil : soit pour en créer entièrement la surface (tapisserie ) soit pour la recouvrir (broderie sur support plus ou moins couvert ),à mi-chemin des deux la broderie sur canevas improprement appelée tapisserie ( tapisserie elle-même n’étant nullement monolithique dans ses techniques), le support est parfois détruit après le travail ou inexistant comme dans la dentelle(là encore il existe une pléthore de techniques)
- Les arts textiles par assemblages d’étoffes patchwork -si on n’a plus peur du mot ! - dans tous ses types d’assemblages, domaine encore très mal connu quoique très ancien lui aussi. Et dont j’ai expliqué ailleurs combien il pouvait être décrié.
- L’art textile par création de vêtements (encore que la Haute-Couture ne se présente pas toujours comme un art textile) ,.
A ces arts d’assemblages des fibres, fils ou étoffes s’adjoignent :
- Les arts textiles où le tissu semble être plus non un medium mais un support qu’on teint, peint ou imprime et où l’artiste est plus artiste graphique qu’artiste utilisant un tissu avec ses particularités (couleur,motif, brillance, texture) comme medium ; il crée le tissu avec lequel il travaille comme le peintre peint sa toile. Il est même parfois assez difficile de discerner la limite entre l’art textile et la peinture tout court quand le travail de peinture prévaut sur celui du textile, qui peut n’être là que comme ajout , à ce point que dans certaines expositions d’art textile, les règlements spécifient le pourcentage de textile exigé , tandis que dans d’autres on a pu voir récemment le mélange de matières imposé pour éviter- je cite- « le carcan de la fibre », alors que ce mélange peut s’obtenir par les tissus eux-mêmes. On s’interroge donc sur ce besoin d’ajout « non-textile », tandis que certains peintres eux, ouvrent leur discipline par ajout de matières à la peinture (sable, terre et même ...tissus !
- Des arts dits de mixed media où on procède par ce que les anglo-saxons appellent layering c’est à dire travail d’une surface en différentes couches, art apparenté aux précédents, puisque les diverses épaisseurs incluent peinture, colle, matériaux divers dits innovants , d’où la dénomination de « texture » qui rapproche ces démarches des Beaux-Arts avec le désir avoué souvent de les démarquer de ce qui risquerait de paraître de l’artisanat domestique voire de l’ouvrage de dame..
- Au delà on voit souvent nommer art textile tout ce qui tient à un fil : des poupées cousues en étoffe, expressives peut-être par le medium choisi, mais surtout en tant que sculpture tri-dimensionnelles sont ainsi classées parfois « art textile » , alors qu’elles pourraient l’ être aussi sous l’étiquette sculpture. De même trouve-t-on dans les revues d’art de la broderie, outre-Manche et outre- Atlantique des oeuvres dont le seul rapport avec l’art « premier » est le fait de piquer des objets divers sur un support.
- Les installations en vêtements ou morceaux de vêtements, et fils auxquels les créateurs attachent peu ou prou des valeurs symboliques, ou des pouvoirs de réminiscence, de suggestion, d’émotion. Là le textile est moins utilisé pour sa fonction esthétique ou sensuelle -ou pas seulement - mais aussi pour la charge affective et émotionnelle symbolique qu’il transmet.
En tant qu’artiste textile, on se rend vite compte qu’on ne sera pas considéré également selon qu’on exercera dans tel ou tel domaine cité ci-dessus.Le résultat -l’oeuvre- sera par exemple proposable ou non en galerie d’art selon qu’il appartiendra ou non à une pratique prisée et reconnue prestigieuse, du moins dans le moment.
Quand par hasard une revue d’art traite de broderie ou de patchwork, elle gomme tout ce qui pourrait rappeler l’art « premier » et ce côté « ouvrage de dame » dont on se défend. comme étant dévalorisant tandis que, comme ajout « culturel », les revues de patchwork ou de broderie consacrent moult pages à des plasticiennes textiles qui sont souvent des artistes de mixed media., j’entends par là que le textile dans leurs oeuvres est très loin d’occuper toujours une place prédominante.
On retrouvera cette même ambivalence dans l’art du fil qui va du fil de soie au fil de fer en passant par le fil de colle, ce qui rend parfois pour l’observateur d’une exposition dite textile le fil conducteur difficile à trouver...
Si on s’en tenait à l’observation, d’ailleurs tout irait bien, mais comme le plus souvent de telles manifestations sont associées à des sélections, concours, prix et récompenses on se demande quels critères sérieux peuvent présider à un classement d’oeuvres aussi disparates. Et quel membre du jury est assez instruit des diverses valences de l’art dit textile pour en juger équitablement.
Depuis bientôt quinze ans voit-on appelés « textiles » des œuvres où le tissu , ça peut être tout autre chose. Et même parfois tout et n’importe quoi, et cela ne serait nullement dommageable - somme toute l’art importe beaucoup plus que le medium utilisé pour s’exprimer, si ce que je nomme des « hiérarchies insidieuses » ne se glissaient pas dans les regards portés sur les créations .
Cette attitude porte à s’interroger surtout quand elle est corrélée par le mépris total envers les arts « premiers » du tissu et du fil . Ainsi ai-je trouvé dans la présentation d’un groupe d’art textile novateur, les clubs de brodeuses, dentellières et quilteuses qualifiés d’ouvroirs -sic-, tandis qu’on revendique haut et fort en opposition, le droit d’être muséable ou exposable en galerie d’art pour tout ce qui n’en est pas. Pour les autres, leurs expositions internes suffisent, c’est posé comme indiscutable. En clair : « Restez dans votre ghetto et laissez les vrais artistes entre eux ». Qu’il puisse aussi exister en broderie, dentelle et patchwork des artistes créant librement et de façon indépendante, hors-ouvroirs en quelque sorte, n’est même pas envisagé. Seule la tapisserie est épargnée - sans doute parce que c’est l’art premier entre les premiers. Il est vrai ce ne fut jamais -sauf sous forme de canevas brodé également décrié- un art vraiment domestique et féminisé.
On sent assez le mépris sourdre, même si on concède admiration pour la réalisation ou la virtuosité. Pour la création, non, puisqu’elle est niée. On parle d’ouverture en laissant à la porte celles qui continuent de faire évoluer des arts plus anciens et plus modestes On en parle comme si elles faisaient toujours la même chose, ce qui atteste d’une grande ignorance des dites oeuvres.
Il me semble qu’on serait beaucoup plus novateur ou révolutionnaire en proposant dans les lieux consacrés aux « grands arts » ce qui a en toujours été injustement exclu, et donc broderies, dentelles et quilts qui sont des arts éminemment textiles dans l’acception première du terme.. Même s’il est tout à fait souhaitable d’ouvrir à d’autres manières de s’exprimer avec tissus et fils.
On rêve donc d’un art textile, dans toutes ses valences, qui n’évoluerait pas en considérant comme inférieur artistiquement ce que la société et ses intelligentsias rejettent, mais qui les accepte et les assimile sans préjugés. Un ouvrage émanant d’une source ancienne avec des matériaux et techniques millénaires peut innover par ce que l’oeuvre propose et signifie tout aussi bien que les créations qui s’appuient sur des sources d’inspiration plus récentes.
On aimerait un domaine où les Beaux-Arts et l’artisanat d’art pourraient enfin voir leur frontières s’abolir précisément en raison de la polyvalence du matériau utilisé et de l’extraordinaire variété de cet art composite. Or, c’est le contraire qui se produit le plus souvent puisque les clivages se reproduisent à l’intérieur-même de la corporation et semblent admis par tous. C’est infiniment dommage, quoique dommageable seulement aux plus humbles et à ceux et celles qui ne pensent pas et ne créent pas « dans le droit fil ».
1. Voir sur notamment l’article Biologie de Charles Auffray in le Dictionnaire culturel du tissu coordonné par Régis Debray et Patrick Hugues - Babylone/ Fayard 20052.On peut lire à ce sujet The Subversive Stitch de Rozsika Parker . Academic Librairy book review 1990
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Le bien écrit , le bien brodé, le bien cousu
- Le 04/01/2020
Pour moi , qui manie le stylo et même la plume (les célèbres sergent-major!) (-aujourd'hui le clavier) et l'aiguille depuis mon plus jeune âge ... je me suis heurtée souvent à ces jugements : bien-mal écrit bien-mal cousu ou brodé ....
Le "bien écrit" visait autrefois, à l'école l'aptitude à maîtriser une écriture cursive - calligraphique- les modèles de mon institutrice en attestent : pleins et déliés parfaits . Pour moi enfant qui apprenait, l'image même de la perfection normée . Avec déjà cette tentation d'y tendre, cette certitude de ne jamais y parvenir et une tendance exactement contraire qui me poussait à écrire selon mon tempérament.
J'en ai écrit aussi dans mon premier récit long La Demeure Mentale :
" Dans le cahier, le domaine des majuscules demeura longtemps inexploré. Une main experte -celle de l'instituteur de Pierre, sans doute- les avait calligraphiées. Mes essais maladroits ne pourraient jamais, j'en étais pathétiquement certaine, atteindre l'admirable perfection des pleins et des déliés magistraux. Pendant plusieurs semaines, accomplir cet exploit devint mon unique but. J'étais persuadée que leur achèvement m'était interdit ; il représentait cependant pour moi le summum de la beauté. Cette distance leur conféra le prestige et les grâces des princesses lointaines, inaccessibles et emmêlées dans les souples méandres de leurs boucles sobrement nouées."
J'ai manuellement une écriture difficile à lire-sauf si je ralentis mon rythme et m'applique- cela vient du fait que ma pensée va très vite et que si je ne suis pas sa vitesse je perds des idées en route . Je tape trop vite (je parle trop vite aussi) aussi ce qui provoque des fautes de frappe nombreuses -dont je vous prie de m'excuser d'autant que fixer les écrans m'étant difficile, je les vois de moins en moins. Je corrige chaque fois que je repasse ici.
Il ya ce "bien écrire" calligraphique et aussi ce "bien écrire" qui consiste à respecter la syntaxe et l'orthographe (ce qui n'est pas la même chose du tout) . Les fautes d'orthographe grammaticale entravent beaucoup plus la compréhension d'un texte que les lexicales. Je suis indulgente aux réels dyslexiques, je le suis moins aux je m'en foutistes et aux "j'écris pour ME comprendre, MOI" .Le langage n'a pas pour fonction essentielle de parler à son nombril ou entre ceux qui sont du club ou clan aux dépens de ceux qui n'en sont pas .Certes la fixation et la normalisation de l'orthographe est historiquement discutable à l'infini, elle a permis tout au moins d'avoir un code commun.
Le écrire bien "sans fautes" n'est du reste pas si aisé, même aux spécialistes et c'est pour quoi j'ai accepté quand l'éditeur Jacques Flament m'a demandé d'extenser ma chronique de langage en livre .
. Aucun écrivain ne confondrait ces arts de "bien écrire" celui qui touche à la calligraphie et celui qui touche à l'orthographe(toutes deux qualifiées parfois jadis de "sciences des imbéciles" avec l'intérêt littéraire d'un texte .
On m'a souvent dit , à cet égard , côté lecteurs et lecteurs de différents milieux et goûts, à cet égard, que "j'écrivais bien" , . Côté édition-quand c'était lu! - c'était plutôt considéré comme une qualité trpp "scolaire" trop "conformiste". (trop bien écrit" trop classique, quoi !) Qui croire alors ? Beauoup de personnes, ne se connaissant pas entre elles, ayant des goûts littéraires différents et même franchement antagonistes. Certaines tout à fait "autorisées" à en juger. Je ne sais pas ce que ce "bien" recouvre, mais j'ai eu le sentiment de la reconnaissance d'une maîtrise de mon outil d'expression pour faire coIncider au moins un peu la forme et le fond ce que j'appelle "exactitude", "justesse" . Et je comprends le recours aux autres langues, dialectes y compris quand la langue commune fait défaut ou aux inventions de mots .
Chose que je pratique aussi en art textile. car pour moi c'est un langage textile plus qu'un art textile que j'entends exercer . J'assemble et je brode les tissus comme un autre langage , poétique le plus souvent, je l'espère . Narratif parfois (l'un n'exclut pas l'autre) . Or ce langage n'est ni étudié comme tel, ni reconnu il passe par les sens mais aussi par les symboles il se "lit" il propose tout comme un texte écrit -ou une oeuvre graphique plusieurs niveaux de lecture ou d'appréhension, si on veut ... Et je me sens un peu seule, à cet égard, parmi ce que je nomme "la corporation" . Si on veut en savoir davantage lire le bonheur en lisière .
Mon premier art pratiqué fut la broderie , si proche du geste d'écrire . Il existe des milliers d'oeuvres associant lettres et textiles ; abécédaires, monogrammes, marquoirs -noms ou initiales brodés sur les vêtements pour les reconnaître , à une époque où on déléguait ce soin à une blanchisserie -Samplers , ces recueils de motifs que j'aime particulièrement car ils allient justement mes deux écritures : celles avec mots et lettres et celles symbolique des motifs .
Ce que je regrette, en broderie c'est précisément la perfection formelle érigée en dogme . En manière d'éliminer.J'en ai parlé dans cet article
qui consiste précisément à confondre l'écriture calligrahiée et l'expression personnelle par le motif brodé.
Pour les lettres ainsi on a le choix entre une écriture impersonnelle et parfaite comme celle que j'ai choisie pour la lisibilité des textes :
ou sa propre écriture personnelle très imparfaite pour la mienne mais qui montre caractère et tempérament ce qui fut mon choix pour le Chant des couleurs.
Dans les deux cas ce choix n'était pas d'obédience à une quelconque perfection technique "obligatoire" , mais de significatIon .
Pourquoi la broderie serait-elle juste un art de perfection formelle où s'effacerait l'âme le coeur les sensations de qui brode ? Une broderie parfaite ne reflète que cette peerfection certes difficile à atteindre , avec derrière un relent d'abnégation, d'effacement de soi, admirable certes, mais hélas, si souvent prôné aux femmes pour les maintenir dans leur rôle social d'inférieures aux hommes surtout côté Beaux-arts, et ne pouvant donc s'illustrerqu'en manifestant ces vertus . Ce qui, certes, n'est pas méprisable mais tend à enfermer dans l'admiration de la technique aux dépens de la vraie création. 'Un kit parfaitement réalisé ou un modèle copié intégralement, sur les réseaux sociaux est plus admiré qu'une création authentique où les points seront volontairement moins normés, et expressifs donc .
J'aimerais qu'on y réfléchisse, vraiment . Si on assimile, déjà , en valeur artistique, la copie d'un modèle à la création - on fausse le jeu.
C'est idem en patchwork , côté bien cousu ,surtout si on a un point de départ dit traditionnel (quand il n 'est qu'un choix esthétique je n'ai jamais eu le désir de perpétuer une tradition ! ! ) Ainsi j'ai découvert assez vite que si on use des "blocs" -ces carrés répertoriés on n'a pas droit à l'erreur, tandis qu' avec un dessin dit "personnel" là on a tous le droits, même si ce dessin est d'un simplisme volontaire .Or je fais les deux, Et je refuse qu'on m'assigne au seul "bien cousu" dans le premier cas .
Ce que je voulais aussi et veux toujours c'est cette écriture par les motifs réassemblés, les formes et les couleurs. éventuellement le matelassage -mais sans qu'il soit une obligation. Autant vous dire et je l'explique dans mon livre Jeux d'étoffes et aussi dans cet article., que si je suis entendue, j'ai toujours eu l'impression que c'était un peu façon "laissons-là causer c'est son dada ' . Ce n'est pas un dada mais un questionnement sur mes arts.
Ma vie ma passion. Pas un passe-temps. Et surtout pas de la patience!
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Textes et textiles : le point sur quinze ans d'expériences variées
- Le 13/12/2019
NB : Le détail est sur le menu expériences textes et textiles, cet article c'est un peu le - ou plutôt les fils conducteurs . Les expériences plus .. monolithes -si je puis dire- où l'artiste développe pendant vingt ans la même approche sont plus faciles à saisir . Je vous offre donc ce fil d'Ariane , si le coeur vous dit de me suivre en ces labyrinthes .
Quinze ans -et même un peu plus- puisque mes premiers essais pour lier textes et textiles remontent au milieu des années 90 lorsque je faisais une couverture pour ma fille sur le thème du Petit Chaperon rouge, suivi ensuite de crazys quilts illustrant les contes de fées comme ce Peau d'âne
Il ya donc ce premier mode de liaison : celui de l'illustration d'un texte par le textile . Elle a culminé pour moi avec l'exposition Textes-iles en 2004 -illustrations sur des poèmes choisis et précis, d'autres poètes (de préférence) ou de moi-même )à La Librairie Galerie Racine ,rue Racine, à Paris. s'est poursuivie avec l'expérience des Coquelicots (illustration d'un thème) et je la poursuis encore puisque je suis en train d'illustrer cette fois un recueil dans son ensemble .
Avec de longues interruptions dues au fait que beaucoup de poètes n'aiment pas l' idée d'être illustrés-la thèse selon laquelle le texte se suffit à lui -même et que l'illustration plus facile à appréhender, lui ferait concurrence, en quelque sorte. Et moins encore en textiles (on préfère un vrai grand art estampillé Beaux-arts pour ce faire, le prestige le prestige toujours ! et l'idée qu'illustré par de "l'ouvrage de dames" le texte se dévaloriserait ipso facto .J'ai donc essuyé pas mal de refus .
Et aussi au fait que j'avais d'autres pistes à explorer .Et j'en ai encore. Pour dix vies au moins ou mille puisqu'une "envidée" en engendre une autre .
Je préfère l'idée d'ouvrir des pistes que d'exploiter toujours le même filon -du moins le temps qu'il plaît. J'ai mes exigences, je les suis .Mon côté Calamity Jane-plutôt que Dear Jane -le Dear Jane étant un quilt maintes fois copié ou interprété .!
A chaque fois un abord différent -ce qui me séduit- où l'image textile, dans mon idée se doit de dialoguer avec l'oeuvre poétique ; une idée que je développe dans tout un chapitre de mon Livre Jeux d'étoffes, paru fin 2010.
J'ajoute qu'à la différence de beaucoup d'artistes je ne relie pas souvent le texte et le textile en écrivant sur l'oeuvre elle-même . Disons que je ne le fais qu'en accord avec l'auteur du texte (quand il ne s'agit pas des miens) et pour les miens si je pense que c'est le bon moyen pour ce texte-là . Je n'aime pas quand un moyen devient un procédé.
Deux text-iles proposent cette méthode de liaison texte et écriture. Ci dessous : illustration du poème : la pierre sur la pierre .
En 2006 quand j'ai commencé le chant des Couleurs j'ai tenté tout autre chose, vraiment une concomitance des poèmes et du tableau comme deux manières de chanter les couleurs en simultanéité mais par deux mediums différents, simultanéité un peu différée dans la réalisation par le fait qu'écrire prend moins de temps que de composer un tableau textile surtout à la main . Et là le choix de mon écriture manuscrite même si elle n'est calligraphique , ni très lisible est aussi un choix "pensé et voulu" en liaison avec la visée première : lier le geste d'écrire et celui de broder de la même main .
Tentative qu'on retrouve dans les triptyques des avatars où le point de départ est une image numérique (souvent développée en variantes par ailleurs), sur laquelle un texte s'est imposé -c'est donc l'inverse d'une illustration ; lequel texte a été brodé main sur toile régulière afin de permettre, cette fois, une bonne lisibilité .
Dans Le précis de botanique alternative c'est le nom créée de la plante qui a suscité la broderie et le texte en étroite complicité, en effet le nom a donné naissance au dessin puis à la broderie puis au texte avec des retours de l'un à l'autre et souvent des ajustements et des modifications. Oeuvre constituée d'un livre unique dit d'artiste et d'une matérialisation imprimée de quelques exemplaires .
J'ai usé de tissage sommaire pour Les livres tissés des poèmes tramatiques car les titres des recueils Trames et chaînes m'en avait donné l'idée . ça collait au propos si je puis dire .De même le tissage de l'objet textile Textimité a-t-il lui aussi un lien étroit avec la démarche , je n'ai jamais réussi à ne pas ancrer fortement les gestes entre textiles et les textes . Or ces gestes textiles ; filer, tisser, broder, assembler des étoffes ne sont pas pour moi signifiants à l'identique dans leur liens avec les textes , et une métaphore lointaine rattachée au thème "texte-textiles"ne me satisfait pas . Il faut que quelque part cela se cheville , aussi.
Le geste de broder et la juxtaposition d'étoffes en une composition est un des points de rencontre favoris pour moi entre mes deux arts -ou deux de mes arts plus exactement ), alors que je le souligne, pour une majorité d'artistes travaillant sur le même créneau si je puis dire, c'est la métaphore du tissage qui en raison de l'étymologie domine . Le tissu pourtant y est chez moi partout mais comme les mots : venant d'ailleurs et tissés par d'autres, modelés par les âges et l'usage avant que je travaille en composition. Rien pour moi ne sera jamais plus proche d'un texte que pour d'autres ce soit autre chose me ravit , j'aimerais cependant parfois que ce que j'essaie de travailler et d'illustrer ait ...un peu plus de partage et de lumière, mais si oui je sais c'est compliqué (j'avais parlé de labyrinthe ).
Les autres expériences présentée dans la catégorie expériences textes et textiles sont toutes importantes , mais je veux pas alourdir l'article . Petit appel du pied surtout côté textiliennes l'expérience Touches, où les textes ont en quelque en sorte appelé des tissus correspondants (au sens baudelairien du terme) peut peut-être vous intéresser ....voire..vous toucher plutôt que de rester ..sur la touche .
Actuellement je développe une lecture des motifs-poncifs comme une forme d'écriture parallèle et je demande qu'on essaie de comprendre que mes quilts jugés purement "décoratifs" ont aussi pour moi cette valeur-là . N'espérant plus convaincre grand monde, mais le tentant toujours, toutefois . L'obstination est un de mes vices ou une de mes vertus c'est comme on le veut . Et j'explore aussi les figures de style et.. et .. j'ai toujours des "envidées" nouvelles.
et si vous êtes arrivés jusque là merci de votre attention .
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sites de broderie contemporaine et réflexions adjacentes
- Le 06/12/2019
J'aime observer en broderie comme en patchwork , comme dans toutes les valences de l'art textile actuel , les tendances de mes contemporaines , voir comment notre art évolue . Pas pour copier ou imiter, mais pour savoir, tout simplement . Parfois admirer parfois rester un peu plus critique ; je réfléchis beaucoup moi-même à ma pratique, même si -je le redis une fois de plus- n'étant ni professionnelle ni brodeuse de loisir , ni traditionnelle, ni contemporaine selon les critères imposés, je ne me situe nulle part dans le paysage. L'oeuvre des autres nourrit cependant mon imaginaire, j'ai ce besoin quoiqu'hors-jeu hors piste et bientôt hors service , d'être reliée au "ce qui se fait" .
J'ajoute je n'ai pas la prétention d'être exhaustive , et je centre ici sur ce qui est présenté comme broderie .
Je signale d'abord le blog le temps de broder qui en dehors de cette page de présentation de brodeuses, comporte maints articles très intéressants et parfaitements documentés (avec reconnaissance des sources -ce qui est à saluer !) .Malheureusement le site Le temps de broder a disparu celui qui xiste actuellement sous ce nom n'est pas le même. (ajout 2024)
Parmi les brodeuses présentées dans ces portraits , je salue au passage le tandem Beaney-Littlejohn , qui a tant appris aux contemporaines françaises du début des années 2000 à une époque où innover c'était surtout importer -sans toujours le dire- des techniques pas encore connues de celles qui n'avaient pas internet ou lisaient mal l'anglais. Leur travail m'a souvent fait rêver, leur sens des matières surtout et des couleurs et des textures pas encore mises à toutes les sauces , j'ai lu leurs livres avec intérêt, je les relis souvent pour le plaisir des yeux et de l'esprit , je leur dois sans doute beaucoup à cet égard , quoique je reste une brodeuse main . On pourrait y ajouter dans la même mouvance Maggie Grey et la regrettée Valérie Campbell-Harding . Elles ont contribué à faire connaître notamment le travail du "layering" qui consiste à travailler en superpositions . Sans oublier Gwen Hedley dont le livre effets de matières broderie créative a pas mal inspiré nos artistes il y a déjà presque 20 ans .
Ce site peut compléter ces tentatives de "sortir la broderie" de ses cadres et de ses liens et donne un aperçu de brodeuses qui sont artistes parce qu'elles ont une "démarche" -à la différence des indécrottables traditionnelles qui s'appuient sur ce que fut depuis tous les temps la broderie et même avant l'existence du tissu quand on brodait sur peaux de bêtes ou écorce par exemple . J'ironise un peu , certes, mais certaines démarches justement dont je veux bien saluer l'exploit, l'effort et le caractère d'innovation puisque c'est le maître mot ... à bien y regarder s'il y innovation sur le support ( pierre, bois parfois, grille de jardin seau percé etc .. pour le point compté, ou body art) en broderie , au niveau des points , des fils et autres matières , j'éprouve comme un manque . ça ne me comble pas .
Cette affaire de support qui donnerait une sorte de supériorité et de l'imagination me laisse un peu rêveuse . Je note qu'en point compté notamment que ce soit sur grille métallique ou seau percé, les motifs ne brillent pas par leur nouveauté, eux . On me dira que c'est voulu . Moi je crois que c'est la limite de ce type d'innovation et de ces choix : on se fait remarquer par l'insolite mais ensuite -on est souvent bloqué par les possibiltés limitées des points et des fils sur ce type ce support . L'art serait donc uniquement dans l'exploit technique ? ou le "je fais ce qui n'a jamais été fait avant moi " . On est toujours un peu dans l'optique de dénaturer un art (une brodeuse du premier site dit "déconstruire" mais elle ne déconstruit rien, elle change juste le support !) . En fait ce qu'on fuit c'est toujours la ressemblance avec un art domestique et dit "de loisir" qu'on veut éviter, comme la peste.
Le summum du support qui vous sort du lot c'est peut-être la démarche de l'artiste Eliza Bennett. qui brode sur les épaisseurs superficielles de sa peau (sans se faire saigner) J'ai noté d'autres démarches analogues,parfois un tantinet plus gores, je ne saurais dire qui a commencé et est "la première" . Certes je salue la démarche, l'exploit, le courage , mais là encore cela met un tantinet mal à l'aise . Je ne condamne rien - qu'on me comprenne l'art est libre- mais mon opinion l'est aussi. J'attends la brodeuse qui saura broder sur des nuages ! ) . -et je rappelle qu'on brode déjà sur des oeufs depuis fort longtemps -ou plus récemment sur des feuilles.
Que cela ne rejette pas comme inférieures toutes celles et ceux qui restent fidèles aux supports "classiques" et aux fils habituels : il y a tant encore à chercher avec eux !
J'ajouterai que changer un matériau ne demande pas une profondeur d'esprit ni des visions personnelles particulières , on a vu aussi ce phénomène au niveau de l'art du fil où tout a été testé dans ces courants novateurs sauf le fil de gruyère (et encore je n'en jurerai pas!).
Si on veut : j'aurais pu broder mes archives du Nord en perçant des boulets de charbon et en passant des fils au travers, je présume que cela aurait paru plus génial que ce que j'ai fait . Malheureusement pour moi j'ai des compétences en broderie pas en maniement d'une perceuse sur matériaux autres. "Il y fallait un calculateur ce dut un danseur qui l'obtint" dit Beaumarchais.
Ce qui m'amène à des recherches toutes aussi actuelles mais qui me ravissent et m'enrichissent les yeux et l'esprit bien davantage,
Je voudrais mettre en lumière une autre brodeuse Clémentine Brandibas, rencontrée sur Facebook , dont j'apprécie les surfaces, et qui restant fidèle à des matériaux jugés par d'autres obsolètes bâtit ses univers "organiques"qui dégagent pour moi une magie particulière, , et prouve qu'on peut créer de manière personnelle et authentique sans pour autant abandonner l'essence de son art . J'oserai dire : ça rassure la vieille dame que je suis que la relève soit si bellement assurée .
J'aime aussi beaucoup dans un tout autre genre les oeuvres de Karen Duane qui s'appuient très étroitement sur des savoirs anciens mais les renouvelle par une utilisation particulière .
Je signale aussi la plus connue Nadja Berruyer qui pratique la broderie de Lunéville avec un art consommé . LE DVD sur sa pratique est un moment de joie absolue et de passion partagée . (Brodeuse les monstres et la babayaga)
Je signale également le travail si délicat de Cécile Meraglia
Il en existe bien d'autres que j'ai déjà citées dans mes articles sur une technique particulière (peinture à l'aiguille, broderie en relief , tapisserie à l'aiguille ) .
Il faudrait parler aussi de la vogue dite du "slow stitch "qui est un retour au geste main avec improvisation "méditative" -si on médite c'est tout de suite une plus-value ... où ma foi on trouve un peu de tout ... avec une orgie de faux boros ou pseudo kanthas . La recette est simple vous prenez trois quatre bouts de tissus effrangés en préférant les tons neutres, vous superposez partiellement vous les fixez avec des points simples le point avant étant le favori toutes catégories confondues .Comme en toute technique la réussite dépend de la richesse des mondes intérieurs de qui crée pas des modes et des procédés .
Mais le faire saisir reste toujours difficile !
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Les rogatons
- Le 28/10/2019
Le patchwork est -mais pas seulement - un art d'accommoder les restes.
Les restes d'étoffes qu'on ne veut pas perdre , soit par souci d'économie, soit pour le souvenir , soit pour leur intérêt historique, et même osons le mot artistique. Soit tout simplement parce qu'on les aime ou qu'on quelque chose à dire avec ceux-là ainsi reliés assemblés. . Le Dorica castra de l'article précédent , ou bien les tableaux de la série les Beaux restes (cf l'index) en sont un bon exemple. Ou bien encore les séries : Petits accommodements avec la vie -ainsi appelés car plus appréciés que des élaborations plus...profondes (sourire) ou les tableaux de la série "entre-deux".
Même si les patchworks d'aujourd'hui sont plutôt faits de tissus neufs et souvent conçus pour un usage "pratique" . Lavables notamment .
Et puis nous avons toutes dans nos tiroirs des restes de quilts commencés dans un grand élan d'enthousiasme et abandonnés parce que le "jus" pour le faire n'était plus là -il ne s'agit pas de suivre un modèle mais de mener à bien un projet qu'on crée - ou bien qu'on était dans une autre période d'inspiration (-pour moi, cause la plus fréquente) .
Le merveilleux avec le patchwork c'est que ce n'est pas comme un pull inachevé (qui peut aussi finir, certes, en objet d'art textile ) ou une broderie abandonnée : on peut toujours en créer autre chose.
Il existe des solutions pratiques simples : on fait un coussin, un set de table , une manique, un sac., des pochettes.
Seulement ça fonctionne si on reste dans une optique pratique-décorative et objet d'usage (et pourquoi pas) .Quoique je sois persuadée qu'un objet d'usage, s'il est unique et bien de soi , puisse être aussi une oeuvre d'art expressive et personnelle(et ce pas seulement si signé d'un grand nom qui sanctifie le moindre carré d'étoffe touché!) . Mais qui dit objet d'usage dit usure et donc disparition à plus ou moins brève échéance ou bien objet abîmé par lessives etc . On n'a pas toujours envie que cela le soit .
On peut tout simplement rester dans l'optique tableau exprimant quelque chose, mais en diminuant juste la surface. On avait prévu un plaid, on se retrouve avec un petit panneau 4 blocs au lieu de 12 ... Mais pour certaines surfaces où il y avait un placement des couleurs et des valeurs bien particuliers, ce n'est pas possible il faut,reconstruire autre chose, autrement .
J'ai tendance pour ma part à partir sur des bases 1 mètre 50 sur 1 mètre 50 ... et à me retrouver avec trois à cinq blocs traînant comme ça en deshérence pendant des années. Autre source, chez moi abondante , les blocs restant d'ouvrages finis, j'en couds toujours plus pour éliminer au moment de la construction finale . Il faut vraiment s'habituer à les reconsidérer, les regarder autrement que l'idée qu'on avait de la surface initiale et ce n'est pas si facile .
Un livre m'a aidée à considérer mes blocs d'un autre oeil c'est le livre de Mary Kerr intitulé A quilt block challenge vintage revisited , un challenge entre artistes à qui on donne le même bloc le plus souvent trés traditionnel , avec tous les droits sur le bloc y compris de le déconstruire , de peindre ou écrire dessus .. Liberté totale.
Les résultats sont assez époustouflants et c'est plein non de modèles à copier, mais de pistes à adapter (ce que je préfère) .
Ce peut d'ailleurs être une solution pour celles qui travaillent en groupes mais je suppose qu'elles ne m'ont pas attendu pour y songer toutes seules et si d'aventure une passant par ici peut me faire part de sa propre expérience (je suis très intéressée par ce genre de "challenge" mais ..pour les autres )
Il ya deux ans j'ai donc commencé à vider mes innombrables sachets d'ouvrages en souffrance , et à les reconsidérer d'un oeil neuf en n'excluant aucune possibilité de la housse de coussins classique au tableau recomposé .
Je pose au préalable que les modèles de départ quand ils sont montrés étaient les miens, pas ceux de revues. Pour moi la différence est capitale , même si on peut finalement se servir de cette façon de terminer les "leftovers" et autres UFOS de cette manière pour un ouvrage non créé .Justement : là on échappera au modèle, pour construire quelque chose de personnel .
C'est ainsi qu'est née la série les Rogatons .
Travaux d'impatience plutôt que de patience et volonté de construire même sur un échec .
Pour le moment quatre ouvrages . Mais bien plus de prévus. Le premier est issu de l'abandon d'un quilt en médaillon . L'abandon est venu pour diverses raisons : c'était long et assez monotone à faire ; les couleurs en harmonie arc-en ciel étaient très tendance et je me sentais trop "sous influence" pas assez dans mes propres harmonies . Enfin le bloc dit noeud de l'amitié est difficile à monter -du moins pour moi . .
J'ai donc sélectionné les trois blocs noeuds de l'amitié terminés et je les ai montés verticalement, rebrodés sur les bords en dissimulant les imperfections . Un matelassage main très simple et quelques boutons et voilà comment on a un petit panneau qui certes ne se veut pas la Joconde du patchwork, mais est regardable .
Le deuxième petit panneau est parti d'un reste de blocs d'un ouvrage intitulé Strelitzia , retracé à ma façon début des années 90 d'après un quilt contemporain du festival de San Diego . Avec evidemment mes tissus , mes couleurs. L'abandon est venu du fait que justement je n'accrochais ni aux formes, ni aux couleurs . Là le plus gros travail a été de trouver le bon tissu de fond (ici un orangé faux uni), et en ce cas je conseille "d'auditionner" beaucoup de tissus différents . Et aussi de placer les blocs restants de manière équilibrée . J'ai choisi de pas matelasser pour moi il n'y a aucune obligation, ce n'est pas une couverture ! - J'aurais pu, pour lui donner un aspect très Modern quilt mais les modes et moi ...
Le panneau 3 est issu d'un travail en courbes en chemin de l'ivrogne modifié , et là c'est de coudre des courbes qui m'a bloquée . Pas les couleurs une harmonie de bruns et de turquoise avec laquelle je me sens encore en accord, alors que ce quilt a été conçu au début des années 90 .J'ai redistribué les blocs à ma façon en incluant des tissus en harmonie , et une bordure beige et bleu avec un imprimé discret .
Le quatrième c'était un des projets conçus parès 98 quand j'ai acquis le logiciel quilt- pro , dans un grand élan d'enthousiasme , j'ai crée des dizaines de quilts virtuels et parfois je faisais quelques blocs pour voir ... ce quilt se nommait Galaxie titre qu'il a gardé et si j'aimais beaucoup le fond clair et les quarts de cercles de couleurs, je l'ai assez vite abandonné pour d'autres surfaces sans doute plus porteuses . J'avais acheté déjà un tissu destiné à sa bordure , que j'ai réutilisé pour le fond . Tel quel et en petites dimensions il me plaît bien :
Au delà de l'idée de sauver un inachevé , de faire avec ce que d'aucunes nommeront "un petit objet sympa", je me suis aperçue que ce travail de reconsidérer une surface en tenant compte de sa propre évolution était une sorte d'exercice d'introspection textile . Pourquoi ai-je aimé ces formes-là à ce moment-là, mais pas assez pour aller au bout, pourquoi aujourd'hui certaines sont accord en harmonie avec ce que je suis, d'autres non ? Comment soit respecter la vision de départ , soit métamorphoser ? Voire totalement "défigurer" -ce que je n'ai pas encore tenté .
Une autre solution sera peut-être de mixer pluseurs restes ouvrages dans un quilt dit d'orphelins plus "classique" si tant est que de tels ouvrages le soient. Il ya deux surfaces de la sorte en cours leur défaut c'est d'être d'assez grands formats et j'ai moins d'énergie que jadis pour mener à bien de tels projets .
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Figures de style et textiles - Le dorica castra
- Le 11/10/2019
Il y a quelque temps déjà, j'ai eu envie dans mon exploration des innombrables relations qu'il peut y avoir entre le texte et les textiles, -que je ne veux surtout pas borner à écrire ou broder sur du tissu, même si j'aime aussi à le faire - d'illustrer certaines figures de style, tropes ou éléments linguistiques en me posant cette question simple : comme rendre cela dans le langage des tissus ?
Pas toujours aisé -et je suis pas sûre d'y parvenir pour tout ce que j'envisage (mais l'idée pourra servir à d'autres !) .Il
Nous avons tous fredonné au moins une fois la comptine chansonnette trois petits chats chats chats -chapeau de paille etc ......En termes savants cela s'appelle un dorica castra , qui est une forme d'une figurede style dite anadiplose (source Wikipidia) .
Dorica castra désigne en latin un camp militaire dorique mais le rapport avec notre histoire c'est que le la fin du mot dorica est le début du mot castra ; comme chat -chapeau de paille . L'anadiplose elle reprend le mot entier (ce qui est parfois aussi le cas dans la chanson citée)
La partie la plus connue est marabout bout de ficelle- selle de cheval -cheval de course etc.
Avec des à peu-près ,donc, on le constate (que j'ai respecté dans le choix des tissus, disparates s'il en fut ! )
Dans un de mes innombrables brassages-classement d'étoffes, j'ai mis de côté les petits bouts de ce que je nomme "mes plus aimés" , soit parce que dessins et couleurs me plaisent particulièrement, sans explication rationnelle, comme ça, soit parce que j'en ai très peu qui me reste (et que je les aime !) soit parce qu'ils me viennent d'un ou d'une amie .
S'est greffée une deuxième envie, à la lecture de livres sur des objets textiles dits "de mémoire", celle de faire une sorte de déroulement cousu de la manière la plus simple qui soit ; à points avant sur une bande de fond .Recto verso donc réversible .
Fini ça donne cela :
Le rapport avec la chansonnette ?
Eh bien, mais là c'était tout simple : chaque zone de tissu comporte une couleur qui sera reprise dans la zone suivante . On part avec des tissus vert et orange (ou dont un au moins contient un élément orange) et la znoe suivante est orange avec un élément appelant la couleur suivante. Et ainsi de suite . Sur l' image suivante c'est d'autres couleurs, mais le principe, simplissime est le même
Ensuite j'ai finalisé par une bande noire et imprimée de multicolore et j'ai replié sous forme de livret fermé par bride et bouton -un de mes "plus aimés" aussi. la couverrure commence avec un tissu de cravate à motif de petits chats comme il se doit (il y en a plus de trois mais c 'est qu'il y en a au moins trois!) .
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Au passage je signale c'est très ludique retativement vite fait et quand on a fini comme dans la chanson on n'a plus qu'une envie : recommencer un autre. On peut aussi si on se veut dans la performance faire le plus long dorica castra textile du monde (c'est pas mon truc , mais pour celles et ceux que ça tenterait ...) ou bien faire un collectif qui reprendrait la bande où la précédente l'a laissée.
Et si on aime les objets utiles on peut faire une écharpe tout bêtement . Voyez : je ne suis pas qu'une intello qui aime les "grands mots " et le latin et se la pète avec ça (sourire). Ci -dessous, l'envers de l'objet replié .
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Rions un peu
- Le 02/09/2019
Ecrit hier sur Facebook dans une discussion pour expliquer une fois de plus que non je suis pas malheureuse dans ce que je crée, mais côté compréhension et regard sur voilà ce que parfois, souvent , trop souvent ça donne :
Petits sketchs :
- Ah vous écrivez ?
-Oui .
- Vous publiez chez qui ?
-Euh, suis auto-éditée .
Gros silence :-)
ou bien:
- T' as publié un livre ?
-Oui, même plusieurs .
- Tu en as as vendu combien ?
- Ben euh, 20 .
-Ah bon (sourire gêné, comme si on venait de déclarer une maladie grave !) ) .
Note pour plus tard toujours répondre : " quand on aime on ne compte pas " . Un truisme reste encore une bonne panade euh pardon parade !
- Vous êtes artiste textile , comme c'est intéressant , vous faites quoi?
- Du patchwork
- Euh ?
- Des tapisseries en tissus assemblés .
- Ah oui c'est comme du tricot, quoi ... .
Tu es peintre ?
-Non, je peins sur écran c'est de l’art numérique .
(grimace garantie)
-Ah oui c'est le logiciel qui fait tout , alors
Toute une vie comme ça , ou tout au moins plusieurs décennies, à entendre les mêmes choses, c'est vrai, mieux vaut en rire n'est ce pas ? .
Mais demander qu'on comprenne que ce n'est pas si facile à vvre n'est pas "se plaindre" , c'est juste rappeler une réalité . Qui ne le vit pas jour après jour sur tant d'années ne saisit pas combien ça peut être lourd, usant (et ce, dans les trois domaines où je crée ) même si je ne me décourage jamais.
MAIS le mais est de taille :
Le corollaire c'est peu de lecteurs peu de public pour les oeuvres d'art textile et numérique mais ..des personnes RARES rares à tous les sens du mot et que je voudrais une fois de plus remercier. Elles sont rares , mais je ne saurais les citer toutes. Elles se reconnaîtront avec mention spéciale à l'âme du philosophe Michel Henry dont les encouragements venus à mes débuts m'ont tant aidée .J'ai publié ici sa carte comme un viatique spirituel, et aussi, car je sentais un doute quand j'en parlais. Avec hésitation, ce n'est pas trop dans ma façon d'être de faire cela, moi il me suffisait de le savoir. Mais publier quoi que ce soit implique un public et le public, lui, a besoin semble-t-il de caution pour se faire une idée même de ce qu'il ne lira regardera jamais. Dit sans amertume. Je me borne à constater des faits et un fait c'est têtu. Moi aussi !