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Impressions , motifs, langage : une autre lecture des patchworks-quilts
- Le 27/08/2019
- Dans opinions
Etant classés objets décoratifs -utilitaires les patchworks ou quilts géométriques à base de motifs réguliers sont rarement analysés pour ce qu'ils sont d'autre ! C'est à dire des surfaces dans un art particulier, qui pourrait s'étudier -si toutefois l'art d'assortir les étoffes imprimées n'était pas, précisément évincé des recensions de la sorte puique non-art aux yeux de la plupart (occupe doigts, loisir, hobby etc .).
Je voudrais évoquer ici une élaboration qui n'est pas de "couture" ni de divertissement pour passer le temps. Mais un travail spécifique à un art.
Au départ donc une composition
Cette composition je l'ai souvent préférée géométrique, justement pour permettre d'autres lectures. Un foisonnement dans un foisonnement ça se remarque mal tandis qu'un foisonnement dans une structure stricte parle tout autrement. C'est donc un choix d'expression personnelle, non un choix "pour faire du traditionnel" .
Il y a un premier jeu de lignes et de bâti . J'aimerais qu'on le regarde comme un plan d'architecte ; par exemple le carré de base nommé "bloc" peut se modifier par ajout ou suppression de lignes , se déformer, être utilisé avec des tailles différentes , être associé à un ou plusieurs autres, étiré, inclus dans un cercle, un cadre , disposé sur la pointe ... Par exemple je peux partir de ce "bloc" qui ,on l'accordera est simplissime , c'est juste un point de départ :
Avec ce bloc j'ai construit ce plan -ce qui est déjà, j'espère qu'on me l'accordera, un travail personnel, non négligeable et d'autant moins qu' à ce stade on le pense déjà parfois et en couleurs et en textile et en faisabilité "couturière" :car tout cela devra être mis en oeuvre pour obtenir ce qu'on appelle un patchwork ou un quilt (si c'est matelassé )
Mais très exactement avec le même point de départ , j'aurais pu tout aussi composer ainsi et je vous épargne les dizaines d'autres possibilités .
Ce plan en lui-même n'est évidemment qu'un guide, une structure, une armature .Ce n'est pas un art textile en lui même on pourrait très bien le peindre ou faire une mosaïque un vitrail ou une marqueterie. Ou du papier collé. Cela reste toutefois un travail personnel.
Il va falloir ensuite le faire vivre en'étoffes. Je dis faire vivre pas colorier.C'est vraiment tout autre chose.Revenons donc à ce qu'est le patchwork depuis ses origines quand il est textile . Il est assemblage de tissus différents.Il a toujours eu ces deux valences quasi contradictoires : celle de récupérer des étoffes pour les réutiliser à une époque où le tissu coûtait très cher =, l'autre étant au contraire de montrer la richesse ( "je suis riche puisque je peux m'offrir plusieurs étoffes souvent précieuses pour faire mon vêtement.) .
Ambivalence sur laquelle déjà on n'a guère réfléchi , le côté récupération étant tendance actuellement pour faire à la fois "arte povera" et ecolo . En réalité une grande majorité de quilts est aujourd'hui faite avec des tissus spécifiques spécialement "créés pour l'usage", l'aspect commercial par derrière n'est pas négligeable, mais c'est surtout l'idée de "lavabalité" et de facilité à ajuster les montages délicats de cet art . Il existe maints designers qui créent des gammes en fonction des kits ou modèles qu'ils vendront et qui seront imités à x exemplaires ce qui n'aide evidemment pas à un regard sur la création originale de celles qui ne font pas ainsi et ont des tissus assemblés un tout autre abord. Ce qui est mon cas .
On peut user de tissus unis et dans ce cas , cette architecture simple et les couleurs qui vont parler- . J'ai une grande admiration pour les quilts gallois, Amish et ceux des Modern quilts unis, simples sans tomber dans le simplisme ou le procédé.
Mais pour moi dans ces quilts si le graphisme du plan et couleurs et valeurs parlent, le tissu se tait ou presque ; en papier on aurait quasi exactement le même effet . On en voit tout juste le tissage souvent discret comme dans tous les calicots fins "spécifiques" ou les lainages fins. Sur ces quilts qui en sont à proprement parler (quilter veut dire matelasser) c'est les motifs de matelassage qui jouent le rôle de seconde lecture graphique .
J'ai rarement travaillé avec des unis seuls, sauf quand ils comportaient une texture particulière dentelles par exemple la texture offrant des touchers différents , et des dessins visibles comme par exemple dans ce patchwork dentelles décalées où la variété des textures a remplacé celle des motifs. La lecture de ces 'signes" tissés reste cependant plus tactile et moins visuelle que dans l'usage des imprimés .
Quand y ajoute les motifs sur les étoffes on choisit ses étoffes comme une sorte de vocabulaire . Les motifs m'ont toujpurs fascinée , quels qu'ils soient. Sans me soucier des règles du bon goût ni de l'esthétique souvent enseignée justement dans un but décoratif, je les ai toujours élus par rapport à que moi je voyais et voulais signifier avec eux . Sans me soucier du reproche de 'trop chargé" qui évidemment n'a pas manqué de m'être fait . Mais une forêt n'a jamais trop d'arbres, un jardin trop de plantes et un texte trop de mots .Donc mes surfaces n'ont pas pour moi "trop de tissus, tropd de motifs trop de couleurs".
De plus j'aurais trouvé ennuyeux d'assembler vingt fois le même carré avec le même tissu au même endroit ou un tissu analogue, ce que je voulais c'était justement que ces motifs contruisent quelquee chose,de particulier qui corresponde à une vision en moi . En plus des couleurs et valeurs (on me dit bonne coloriste cependant) mais la couleur pure sans cette forêt de signes, ça ne m'allait guère.
Pour montrer qu'on pourrait lire les quilts ainsi aussi j'ai donc passé certains détails en image numérique façon "sketch" . On voit bien que le plan initial seul ne parle pas , et que même en l'absence des couleurs les motifs eux tracent tout un réseau de codes, de correspondance sans eux mes quilts seraient des quilts mais ce ne serait pas ma voix ni ma voie c'est eux qui la portent et c'est aussi ce qui différencie le plus mon art le patchwork des autres arts de mosaïque et evidemment de la peinture . Il faut que ce soit lisible de près et de loin il faut que chaque découpe puisse se lire comme une page. C'est ce que je veux, c'est ce vers quoi je tends. Pas vers un joli travail avec de jolies couleurs .
Ici le choix de Guillaume dont le plan a été tracé par mon second fils quand il avait huit ans , vu sous cet aspect(en couleurs il est dans l'index)
ou encore ce Feuilles en folies :
Là les motifs de feuilles et branches imprmées créent des motifs secondaires en écho aux feuilles "géométriques" et si on regarde attentivement on verra que les lignes de matelassage réalisé par Simone Struss ajoutent cet effet de tourbillon de vent que j'avais souhaité .
Il est donc pour moi ou plus exactement il serait important pour moi (et sans doute quelques autres) qu'on apprenne à regarder cet art méconnu pour ce qu'il est : un art où les tissus jouent de tous leurs atouts , l'impression des motifs en étant une et non négligeable ; surtout quand on essaie d'harmoniser une variété considérable de motifs en plus des couleurs et nuances . Avant de dire : c'est facile, essayez!
Car évidemment tout cela va jouer ensemble : le choix du plan initial , le choix des textures -s'il est signifiant, les couleurs, les valeurs (qui sont ce qu'on regarde le plus forcément) et mes chers motifs et leurs combinaisons, les oubliés de l'histoire.
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Un blog à visiter absolument !
- Le 22/08/2019
J'ai souvent parlé des ouvrages de dames et de l'image péjorative qu'ils généraient côté Beaux-arts et grands arts, des ricanements aussi de l'idée que c'était incompatible avec l'imagination et la création, que c'était aussi le symbole d'une certaine aliénation de la femme au foyer.
Ce blog absolument remarquable prouve que ce n'est pas simple, ni simpliste. Outre qu'il est incomparablement documenté, écrit de manière limpide, il offre des articles passionnants illustrés par des photos de très grande qualité.
Il vous fera découvrir entre autres choses des cahiers de couture, des samplers, mais ce qui est plus important à mes yeux, il interroge remarquablement sur ce couple aliénation/ asservissement par la couture et les travaux d'aiguilles "imposés" et l'évasion, aussi , qu'ils représentent (ce que le patchwork a si bien montré puisque, que comme le souligne Claude Fauque, il "désobeissait" .)
Le blog allie le passé et le présent par les ouvrages actuels perpétuant et renouvelant la tradition qui sont d'une beauté souvent à couper le souffle. même pour moi qui ne suis pas une adepte de la perfection (j'ai expliqué pourquoi), ça ne m'empêche pas de l'admirer quand je la croise !
Si vous avez un moment allez lire même si comme on me dit souvent "je ne couds pas alors ça ne m'intéresse pas" -je ne peins pas et l'histoire de la peinture me passionne . Dépaysement garanti et rinçage essorage des idées reçues à ce sujet, aussi . Merci à l'auteur Sylvaine dont je ne connais que le prénom pour ce si beau partage.
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Série faux semblants
- Le 18/08/2019
La série faux semblants est venue d'une idée simple expliquée sur le site d'art-up galerie en ligne , du temps de son fonctionnement
Je reproduis le texte qui expliquet la démarche :
Faux semblants : de vrais -faux objets textiles.
Au départ sont des ouvrages textiles parce que c’est en matière de création ce que je nomme ma « valence » première .
Ensuite, une photographie souvent de détail de ces ouvrages textiles . Ces photos ont été prises soit pour illustrer mon livre Jeux d’étoffes, soit pour la parution en revue ou en album d’images.
Ces clichés ne se veulent pas photos d’art, mais généralement ils obéissent quand même à une esthétique de composition et à des impératifs de netteté.
L’objet représenté est primordial pour l’étape suivante, j’entends par là que sa qualité de réalisation influe aussi sur le résultat final. La disposition des points en broderie notamment, tous les choix de couleurs, textures, motifs et formes qui ont présidé à la réalisation de l’objet « premier » sont importants. Si je le souligne c’est parce que cet objet premier dans un art premier (parfois au sens primitif du terme) va être très vite « oublié » et aura du mal à être perçu, lui, comme une oeuvre d’art.
Sans cette filiation (sans jeu de mots !) aucune de ces images n’existerait comme telle. Ce travail manuel et réel préalable du fil et du tissu est pour moi fondamental, au sens propre du terme.J’ai eu l’idée de retravailler ces clichés avec le filtre d’un logiciel de retouche de photos,
Le travail numérique consiste à régler des paramètres et à faire des choix , pour un détail donné il existe des centaines, voire des milliers de métamorphoses possibles. C’est à ranger techniquement dans la catégorie photo altérée.
C’est comme une photo de quelque chose qui n’existe pas, mais qui pourrait exister.
D'où le titre de faux-semblant.
Images de nouveaux possibles ou de nouveaux impossibles .
Certaines semblent vraies c’est à dire qu’on pourrait faire croire qu’il s’agit de la photo d’un vrai objet existant vraiment (et l’image en contient une part) et ce n’est que partiellement faux puisque le point de départ est réel -mais différent, D’autres s’éloignent davantage vers des effets graphiques où l’ouvrage de départ disparaît quasiment. Les deux possibilités sont intéressantes. puisqu’on joue sur l’écart entre la proximité et l’éloignement, entre réel et illusion comme avec les fonctions focales des filtres.
Comme à chaque fois dans un travail d’image numérique, existe l’ouverture vers ce qu’on pourrait en faire d’autre. Il n’est pas interdit (et je l’envisage pour certaines) de les imprimer sur étoffe et de les réintégrer à un nouvel ouvrage qui mêlerait alors le faux-semblant et le vrai textile et ainsi de suite, créant une composition potentiellement en abyme.
C’est aussi une réflexion sur le temps d’exécution d’une oeuvre. Il existe en effet une distorsion entre la lenteur du travail manuel de la brodeuse ou de la quilteuse , et la rapidité du travail numérique, écart que l'on retrouve aussi entre une conception calculée, travaillée voire contrôlée et le jeu avec un certain heureux hasard.(même si le travail sur l’image numérique ne saurait être réduit à cela).
C’est très différent de mes autres images numériques où le plus souvent je crée tout à partir d’un écran blanc et des différents outils à ma disposition. de manière souvent beaucoup plus complexe. Ici je ne cache pas que le travail numérique à proprement parler est basique .
Ce sont des oeuvres de passage. Des oeuvres totalement hybrides entre deux arts qui n’ont guère de lien dans l’esprit des spectateurs éventuels. On peut même dire qu’elles ne s’adressent pas au même public, elles ne provoquent pas du tout les même réactions, les mêmes regards en milieu artistique.
Hybrides aussi en ce qu’elles relient un art ancestral, un matériau des plus anciens : le tissu fondé dans sa structure sur le numérique, et des techniques récentes sinon nouvelles.
Passage entre le réel et le virtuel qui se voudrait aussi conciliation , et réduction de l’exclusion que je persiste à trouver injuste des ouvrages faits selon les normes de l’artisanat d’art , entre la « belle ouvrage » et l’absence de manipulation (c’est à dire au fond entre deux reniements des activités que j’exerce : l’une étant parfois rejetée comme superficielle et purement décorative, et la seconde parce qu’elle céderait à la facilité du « tout en deux clics .. ».)
C’est donc une invitation, aussi, à regarder autrement .A interroger la notion de vrai et de faux, d’artificiel ou de factice. A réfléchir sur le rapport entre le temps mis à un ouvrage, le travail et la « valeur »., sur l’importance de la lenteur de l’élaboration et le plaisir quasi enfantin de l’immédiateté .
Travail d’illusionniste où la tricherie est honnête, le trucage avoué. Il ne s’agit pas de « faire illusion. »A l'heure qu'il est et quelque huit ans plus tard le impressions sur tissu n'étant pas satisfaisantes, j'ai donc laissé cette série à l'état virtuel sur écran, comme les autres elle peut être complétée à l'infini.
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Série Triangulations
- Le 16/08/2019
- Dans présentation
Comme l'index de mes oeuvres et ouvrages montre mon travail de façon alphabétique , ce qui en accentue le côté on va dire "éclectique" (il faut bien de temps à autre être indulgent envers soi-même !) , j'ai décidé de présenter ici soit des oeuvres qui peuvent se regrouper par thèmes , soit des séries , soit des regroupements par techniques
Triangulations , c'est une idée qui m'est venue à partir d'images numériques personnelles (il y a donc tout un travail préalable de composition de ladite image qui n'est pas une photographie altérée ) à laquelle j'ai appliqué un effet de triangles (qui se règle lui aussi ! rien n'est automatique, ce n'est pas fait en deux clics.) Et précisément, il me fallait obtenir un équilibre entre la géométrie et le dessin abstrait au centre de la composition .
Ensuite certaines images m'ont semblé adaptables en art textile et numérique donc , moyen pour moi d'utiliser des échantillons assez épais puisque j'ai travaillé sur un fond. Le plus grand plaisir c'est toujours de choisir les étoffes pour "dire" .
Le plus difficile fut d'obtenir une impression corecte et à échelle de l'image numérique, j'ai dû passer par le scanner après impression sur papier et "bidouillé" pas mal pour arriver à un résultat qui me satisfasse.
J'aimais bien cette alliance entre le côté structuré dépouillé des triangles et celui plus évasif des impressions sur soie du centre et l'ide de maruer eux arts si éloignés dans l'esprit du public : mon cher patchwork rangé côté couvertures, tradition, ouvrages de dame et les images numériques (qui restent mal connues), deux arts donc sur lesquels au fond le public non spécialitse ne sait pas grand chose côté culture générale partageable .
Le tout a été placé sous un tulle fixé par un point machine large et serré, j'ai rajouté parfois des détails en tissu plié ou broderies main pour rendre tel ou tel aspect .
La série comporte 10 tableaux format A4 la plupart sont dans les tiroirs ou exposés en salle des machines.
Petits formats donc mais grand plaisir . Il est évident que je pourrais en faire des centaines d'autres sur ce principe, exploiter le "filon" mais je suis ainsi faite que je préfère découvrir d'autres voies- il en est tant ! .Quand l'envie disparaît, je m'arrête et je passe à autre chose !
Voir les tableaux sur la page suivante.
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Valeurs
- Le 04/08/2019
- Dans opinions
Histoire de valeurs
C’est en étudiant l’histoire de l’art textile que cette idée m’est venue.
Tout le monde l’a constaté et des plus savants que moi un art qui émane essentiellement des femmes –et parfois du peuple (les deux c’est une double peine !) - ne peut être prestigieux,, réellement reconnu. On lui concède cependant des qualités ; lesquelles sont liées toujours à une vision de la féminité bien rangée à la place qu’on lui attribue : soin , patience, jolie décoration, manifestation d’amour envers les siens, souci d’économie (ne rien gaspiller).
Toutes vertus qui sous la déferlante du féminisme ont été contestées. Justement, s’il s’agit d’y enfermer les femmes et de borner leur rôle dans la société à ces seules valences. Injustement s’il s’agit de dévaloriser ce qui aurait dû rester des valeurs et ce, détachées du genre de qui crée ou conçoit .
Donc dans cet art textile tel que je l’ai vécu et le vis encore , je vois les hommages et les plus grandes reconnaissances à aller soit aux hommes qui sanctifiant automatiquement ce qu’ils touchent (grands brodeurs, grands couturiers )ont plus d’aval que la créatrice restée anonyme ou oeuvrant à faire des « modèles pour les autres » en petit en somme, soit aux femmes qui imitent les hommes et ont l'honneur d'être aux Beaux-arts. C'est à dire dans un système hiérarchique patriarcal accepté dont le reste est exclu ou toléré avec condescendance, sauf retour d'une mode .
Or si on considère les œuvres en les détachant du genre de la personne –en les regardant pour ce qu’elles sont et non selon qui les a créées- on s’apercevrait à quel point c’est injuste.
Mon site comporte maints articles qui le démontrent (et ce n'est pas fini !)
Le même phénomène existe aussi en peinture, mais moins accentué car la peinture reste le plus souvent connotée Beaux-arts et non domestique , sauf si le peintre homme ou femme a le malheur de pas user d’un support « noble » comme toile et châssis. La même chose sur une porte d’armoire pfft c’est dévalué .et là la valeur ne tient pas à l’œuvre mais au support et à l’usage (on voit bien que c’est aussi absurde que ridicule, mais c’est)
Soit en imitant les arts définis comme majeurs sculpture et non surface, usage de matériaux comme fil de fer etc qui masculinisent la divine souplesse du tissu (à laquelle moi j’ai la faiblesse de tenir : roseau contre chêne et même contre chaînes , horizontalité souple et non forcément molle et faible contre érection ) ou plus exactement :" à côté de", n’étant ni plus, ni moins mais questionnant ces critères d'évaluation admis.
Au-delà, j’ai réfléchi aussi à cette phrase de la sociologue Evelyne Sullerot : “quand une tâche se féminise elle se dévalorise ,quand elle se dévalorise elle se féminise »
Qui reste malheureusement encore vraie trop souvent.
Et pour que cela change, il faudrait sinon inverser un système de valeurs du moins déplacer la valeur vers l’acte, le fait, la réalisation et non vers l’origine de cette même réalisation. L’essence pas l'emballage, la présentation, le milieu social, le sexe, l'âge qui sont à l’oeuvre et l’acte critères secondaires passant pour primordiaux .
J’en suis venue à l’idée qu’on prenait les choses à l’envers et qu’ayant échoué à revaloriser les subalternes, les obscurs et les sans grades, si on essayait de valoriser la tâche en elle-même, de la regarder autrement que comme négligeable, inférieure, méprisable parce qu’exercée par des subalternes, des catégories jugées inférieures en tout cas.
C’est une logique de castes et nous avons nos « intouchables", partout.
Prenez les fonctions de nettoyage et d’hygiène pourtant éminemment utiles à tous. Et quand je dis utile, on pourrait comptabiliser combien de vies sauvées …Eh bien le mépris qui les entoure rejaillit sur ceux et surtout celles qui les exercent soupçonnés de ne « pas savoir faire autre chose » que ces choses que tout le monde saurait faire, alors .
Ce qui est faux, parfaitement, faux . Il existe pour tout activité une compétence à la réaliser et même une excellence
Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas relativiste extrémiste et j‘entends bien qu’un chercheur qui fait des études difficiles que très peu sont capables de faire et comprend ce que jamais malgré mes efforts désespérés je ne saurais comprendre ne soit pas à mettre sur le même plan qu’un génie du passage de la serpillière.(que je ne suis pas non plus !)
N’empêche que les deux ont leur utilité, les deux ont droit au respect de leur compétence (et sinon le monde serait un cloaque !) .Entre une démagogie qui consiste à dire que tout se vaut et un juste regard sur le : « toute compétence en quelque domaine que ce soit, utile aux hommes, est à valoriser », il me semble qu’il y a voie à réflexion.Or, on en est très loin, très loin .On pourrait au moins ne pas mépriser les tâches , peut-être lors le regard sur les personnes qui les exerce changerait .ça on ne l’a pas vraiment essayé . Un : “OK c’est chiant ,OK on n’aurait pas envie de le faire mais aussi un “ OK bravo à ceux et celles qui le font bien” (avant que des robots le fassent partout – ce qui reste à discuter aussi coût, pollution de ces machines ? )Juste mes petites idées de Madame Toutlemonde comme ça.(article publié sur Facebook) -
tapisserie à l'aiguille : sampler et métrique
- Le 30/07/2019
La tapisserie à l'aiguille m'intéresse de plus en plus.
Il existe diverses raisons à cela . J'ai fait comme beaucoup de femmes de ma génération du canevas et même un alphabet en rouge sur un canevas, à l'école primaire (sans beaucoup d'enthousiasme).
Ensuite cette tapisserie était assez en vogue dans les années 70 où plusieurs amis (il y avait un homme inclus!) brodaient de grandes réalisations pré -imprimées style Lurçat ou encore scènes de genre dans la tradition des tapisseries dites de Berlin. Au demi-point quasi exclusivement.
ça ne me tentait guère, comme tout ce qui est remplissage "automatique"de quelque chose que je n'ai ni voulu, ni imaginé mais j'ai réalisé sur cartons dessinés par d'autres (une amie et mon mari) deux canevas au demi-point , l'un en laine et l'autre au coton retors. Ils sont encore quelque part, dans la maison
Le coton retors , c'est pour moi tout un souvenir de lycée. C'était le seul fil qu'on nous donnait pour broder sur de la grosse toile de jute pour des raisons d'économies et comme je détestais le professeur (qui nous terrorisait !) , j'ai fait une sorte de fixation négative sur ce malheureux fil.
Une amie me donna quelques écheveaux et je m'en servis ça et là , en fils à coucher notamment en bords d'appliqué -il est impeccable pour cet usage, notre coton retors.
Puis l'an dernier, une autre amie -qui se reconnaîtra!- me propose de m'envoyer un gros stock de ce retors à broder et comme j'avais plusieurs tentatives de samplers , à des stades divers d'achèvement (ou d'inachèvement , plutôt!) je me dis que c'est sans doute une occasion de m'y remettre !
Mais me voilà au lieu de les terminer, selon ma mauvaise habitude, à en mettre un nouveau en route. Entre temps j'avais découvert comme raconté précédemment les points dits fantaisie . Lesquels sont illimités : on peut combiner des points droits par exemple différemment et je compte bien explorer en ce sens .
ces petits carrés délimités (j'aime aussi les samplers irréguliers improvisés , j'en ai un en gestation !) m'évoquent à la fois les jardins à la française mais surtout le rythme et l'orientation des points qui rappellent le tissage, me semble lié à la métrique, et la mesure du vers ou de la phrase , élément de prosodie aussi points longs points courts comme les voyelles en poésie.
Quelque chose de très formel contre laquelle mon âme rêveuse et fantaisiste se révolte parfois un peu mais qui étrangement l'attire dans le même temps, et si j'y réfléchis un quilt géométrique demande un peu cette rigueur mais lui parle aussi par les impressions sur les étoffes ... à cet égard .
J'ai donc ouvert cette série dite "métrique ".. certes exercices d'entraînement mais également ouvertures vers d'autres "possibles" Et il demeure le jeu des couleurs , l'équilibre des lignes (je choisis les points partie par envie (et si j'essayais celui-là), partie en fonction de l'effet final .et par derrière, je l'espère quelque chose qui se dit .
J'ai écrit ailleurs que, si on ne reproduit pas intégralement un modèle, un sampler personnel c'est une création et une mini-aventure . Certains en points comptés sur toiles qui nous ont été transmis sont de purs chefs d'oeuvre. Cela se compose , s'harmonise , là encore sur différences et ressemblances . Du fil qui cherche à ressembler à du tissu.
Les boutons c'est pour le plaisir , parce que je les aime et qu'ils se trouvent bien là, à mon avis . plaisir aussi de trouver pour la bordure et doublure juste l'étoffe qui se mariera avec le tout (pas si facile, si on exclut l'uni ).
Un deuxième est presque achevé, depuis le début de la rédaction de cet article . Histoire à suivre, donc ...
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Touches : le livre
- Le 25/07/2019
- Dans présentation
Touches, c'est d'abord un objet textes-textiles qu'on peut voir ici
et à la salle des machines, si on passe par là !
C'est aussi un livre que j'avais d'abord prévu artisanal , mais j'ai dû y renoncer car les photos des tissus n'étaient pas de bonne qualité avec ma petite imprimante domestique.
Donc j'ai opté pour une impression professionnelle .
Si on désire se le procurer m'écrire sur chiffondart@aol.com ou via Facebook pour ceux qui sont inscrits sur ma messagerie personnelle..
On peut lire aussi cette chronique .
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Le premier livre
- Le 30/06/2019
Il ya toujours une première fois ... et les histoires de débuts sont souvent plus plaisantes que celles des fins, c'est évident .
Je voudrais montrer ici mon premier livre, non pas le premier que j'ai écrit (mais je n'ai jamais songé à l'époque à chercher un éditeur pour mes poésies dites de jeunesse).
Nous étions au milieu des années 80, j'avais donc la trentaine,vers son mitan, et à l'époque , je faisais des rêves que je pourrais nommer de "signifiants" ; j'entends par là, bien que rêves , ils avaient une certaine cohérence narrative et surtout au réveil, ils me laissaient une forte impression. Je prenais des notes pour en fixer les temps forts , et puis j'allais travailler . Je n'avais alors qu'un enfant , et il était encore petit. Vie de femme, vie de professeur , vie de mère , mais l'envie d'écrire restait là . Et dès que je le pouvais j'écrivais , à la main dans un cahier que j'ai aussi conservé .
Donc je rédigeais ces nouvelles en 86 , si j'ai bonne mémoire , sur quelques mois . Je peaufinais pas mal . J'appelais mon recueil Mélodrames à l'eau de rêve, ce qui est au singulier le titre du premier texte .Signé de mon pseudo d'alors Lise Alexandre (oui c'est bien moi) , celui sous lequel mes poèmes avaient été publiés en revue.
Et puis une publicité dans un magazine me tenta, c'est fait à cet usage, du reste. Un éditeur parisien qui travaillait aussi, à côté , en saisie de textes , proposait ses services pour faire d'un manuscrit un livre. Pas du compte d'auteur, juste de la fabrication, comme on peut la trouver de nos jours sur les sites d'impression sauf que là je n'avais pas Internet, bien sûr . Ce n'était pas bon marché du tout, à l'époque, mais je décidai de m'offrir cette petite folie . Il ne m'était pas venu à l'esprit, là non plus, de chercher un éditeur. Du moins pas encore.
Mais je disposais déjà d'un traitement de textes-un des tout premiers, un Amstrad, qui me rendit de signalés services et que bien des années plus tard parce qu'il ne fonctionnait plus, j'ai échangé , contre ... une citrouille. On ne me croira pas, comme toujours, quand c'est vrai.
Cela n'a rien à voir avec notre histoire, mais ce détail me fait encore rire . Donc grâce à mon Amstrad , je fournis un beau manuscrit et l'éditeur-prestataire de service me renvoya les volumes (une mince plaquette) dans un nombre d'exemplaires que j'ai oubliés . (sûrement pas plus d'une vingtaine , vu le prix ). Celui qui me reste est un peu abîmé, la couverture a été tachée (j'ai dû renverser du café dessus ) .
Je n'ai pas oublié la joie, quand j'ai reçu le paquet de "mes " livres à moi, mêlée d'un peu de remords pour la dépense "inutile" que cela constituait.
Mes collègues et quelques amis (ça ,ça a peu changé!) me servirent de public. C'était un public exigeant , pas complaisant , qui ne me passait pas grand chose , et c'est très bien comme ça.
Seulement, il y eut plus, ce que j'ai déjà raconté ailleurs et de nombreuses fois, mais j'en suis si "fière comme un pou" que je recommence (on n'est jamais si bien servi que par soi-même) . L'éditeur avait joint une carte dont je sais encore les mots par coeur
"Nous tenons à vous dire que certaines de vos nouvelles sont des chefs d'oeuvre en miniature, et nous aimerions à vous lire en roman (souligné de deux traits) dans le cadre de notre département d'édition ." (scan disponible pour les sceptiques)
Là, vous pensez, j'ai marché toute la journée sur un petit nuage mais avec du soleil au fond des yeux .
J'y croyais, que voulez-vous ! On a beau se vouloir lucide, combattre sa vanité en souvenir d'une éducation stricte à cet égard , on est humain, tout de même.
Mais voilà le roman ce fut La Demeure Mentale , qui fut édité bien plus tard non par l'éditeur demandeur mais par la LGR . sous mon vrai nom.. ce fut d'ailleurs une autre hstire, pleine d'espoirs et de déceptions dont j'ai conté déjà les grandes lignes. Ce fut surtout une expérience d'écriture passionnante.
et là que je suis sinon au terme de ma vie, mais plus de 30 ans plus tard, avec depuis quelques écrits de plus dont tous ne sont pas des livres matérialisés , parce que faire ses livres soi-même , c'est un gros travail .. et que je vais plus lentement et que mes yeux se fatiguent plus vite.
Pourtant j'éprouve toujours cette première joie, quand je reçois mes petits tirages d'auteur obscur, à tenir un vrai livre voulu par moi dans mes mains . Mais cette joie si parfaite du premier livre est sur le rayon des si bons souvenirs. Le textes eux existent toujours à l'état de lecture possible et actuelle si on le veut . La plupart ont été publiés sur Facebook dans la partie Commentaires .
Et si je vous parle de tout ça, ce n'est pas par nostalgie seulement -je regrette du reste pas le passé et n'éprouve nulle envie de revenir en arrière- mais parce que j'ai eu l'idée aujourd'hui de quelque chose de textes et textiles autour . (à suivre donc, si le projet aboutit ) .