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Femmes de l'ombre
- Le 16/05/2019
- Dans opinions
Intimité et créativité dans les arts textiles de la fin du XIX° au milieu du XX °siècle
Auteur : Danièle Véron-Denise
Silvana Editoriale -cité internationale de la tapisserie d'Aubusson.
2018
en français
Livre en trois parties après diverses présentations, une partie éclaire avec beaucoup de photos les notions techniques de tapisserie à l'aiguille (ce qui n'est nullement inutile pour qui ne la pratique pas ou de manière dilettante !) et même les brodeuses confirmées apprendront par exemple l'existence du "point de Nantes",Il est à noter que les applications sur étoffes sont rangées-là ... alors que c 'est tout autant sinon davantage du patchwork (j'y reviendrai car ce point me titille!) .Il est vrai: patchwork et appliqué sont rattachés tantôt à la broderie, tantôt à la tapisserie . Et le mot "patchwork" continuant de susciter des ricanements absurdes, il est évident qu'il vaut mieux, pour l'aura de l'activité "appliqué" la rattacher à la noble "tapisserie" .
La seconde présente donc les artistes et leurs partenaires d'exécution textile et la genèse des oeuvres est developpée aussi -c'est sans doute à mes yeux, celle qui nous apprend le plus tant elle est fouillée et précise , parfaitement documentée - comme l'ensemble du livre du reste.
La dernière est le catalogue des oeuvres textiles exposées .
Les oeuvres présentées dans ce catalogue d'exposition sont donc souvent "duelles"...Il s'agit de rendre hommage aussi aux compagnes de grands artistes textiles (brodeurs et tapissiers surtout) et de montrer leur importance dans ce travail de l'ombre, si on peut dire, car elles n'ont évidemment pas souvent laissé trace dans l'histoire de l'art autre que fugitive et "au service" de leur mari, fils, d'amant ou de compagnon...ou en tout cas elles sont beaucoup moins connues -à part des spécialistes! Et, je souligne, ledit compagnon n'est pas non plus toujours très connu, non plus.
Chaque parcous est détaill , de manière extrêmement précise , avec détails sur les techniques utilisées , et aussi la mention d'oeuvres disparues.
Je ne peux résumer le parcours de tous ces artistes et de leurs "interprètes" et j'invite à lire le livre qui est passionnant sur le sujet . Je focalise(arbitrairement!) sur ceux qui ont retenu mon attention par une opinion ou une réflexion sur l'art textile en duo qui me porte à méditer et sur cet art , et sur le rôle et la place et...la reconnaissance surtout des femmes dans un art moins prestigieux que la peinture ou la sculpture notamment .
Emile Bernard selon les auteurs broda un peu lui-même réalisa un tableau intitulé les Bretonneries (en patchwork) IL fit broder ses oeuvres -à grands points drpits le plus souvent- par ses diverses compagnes : Maria dont le nom de famille est resté inconnu, Haneanah Saati et Andrée Fort soeur du poète Paul Fort . Oeuvre dont on nous dit qu'elle reste mal connue . L'article conclut "aucune pièce ne figure dans un musée français" ..Et à voir les oeuvres en question , c'est bien dommage !
Aristide Maillol (qui fut tapissier et céramiste avant d'être sculpteur ) écrivit : "J 'ai inventé un point très simple (le point lancé! ) de telle façon que je puis faire exécuter mes tapisseries par les femmes les moins intelligentes "-sic - ! mais il appréciait quand même que ses ouvrières aient été " très jolies". Il abandonna la tapisserie en raison de problèmes de vue et devint le sculpteur que l'on sait ; sa compagne Clotilde Narcis lui servit de brodeuse et de modèle et devint sa femme.
On connaît bien Jean Lurçat pour ses tapisseries tissées, on sait moins qu'il s'intéressa aussi la tapisserie à l'aiguille en créant des cartons pour "canevas" , sa mère fut l'exécutante de sa première broderie . Il est noté que la tapisserie à l'aiguille a des exigences propres et justement celle qui l'interprète n'est pas dans la simple exécution (il faut penser la surface en matières et en points sans parler des couleurs qui ne jouent pas de la même façon sur les points que sur de la peinture) Il semble notamment que Marthe Hennebert qui broda beaucoup des tapisseries à l'aiguille du maître et qui fut amie du poète Rilke, puis l'épouse de Lurçat ait été bien plus qu'une simple exécutante .Il s'agit bien de donner vie et une vie textile à un carton qui est un dessin essentiel certes mais il existe une part indéniable de création par points et fils dans le passage d'un art à un autre.
La compagne de Roger Bissière dite Mousse -les tapisseries de Roger Bissière sont des patchworks d'appliqués -mais on dit tapisseries puisque le mot patchwork reste, hélas dépréciatif- elle, créait carrément ... en composant avec des étoffes choisies par son partenaire. j'avoue avoir un coup de coeur pour ces tableaux-là. Et ce sont même les rares patchworks que les musées accueillent , -(il suffit de ne pas dire que ça en est et surtout qu'il y ait un grand art exercé comme caution artistique du travail d'étoffes. Le travail d'étoffes seul lui, surtout si c'est du patchwork, s'avouant tel, n'est pas considéré de la même façon , surtout s'il est hors courant et intelligentsias.
Pourtant Bissière lui-même écrivit :" Le tableau qu'il soit à l'huile, à l'eau ou qu'il soit fait d'étoffes, de ciment ou de la boue des chemins n'a qu'une signification la qualité de celui qui l'a créé".
J'ajouterai : ou de celles et que les celles en question ont été à travers les siècles étellement plus nombreuses à créer avec fils et étoffes pas seulement à reproduire ou interpréter des modèles ... qu'on aille y voir , bon sang qu'on aille y voir !
Dans cette partie Jeanne Kosnick Kloss Freundlich est la seule a être présentée comme créatrice "à part entière" encouragée toutefois par son mari l'artiste Otto Freunlich qui périt en camp de concentration . On la connaît surtout comme peintre , mais elle a créé dans d'autres disciplines avec bonheur et réussite y compris celui du chant lyrique. Son Apthéose des couleurs est une tapisserie brodée magniqfique.
il faudrait citer aussi :
Paul Eliee Ranson et France Rousseau, Laure Lacombe.
Fernand Maillot et Fernande Sévry
Paul Deltombe et Yvonne Berthault
Georges Braque et Octavie Eugénie dite Marcelle Lapré
Henry de Waroqiuier et Marie Joséphine Louise "Suzanne" Plassard
Bernard Pomey et Madelene Biardot dite Manon et un dernier chapitre intitulé : et quelques autres (prmmi lesquels Blanche Ory Robin (qui créait seule
et Sophie Tauer-Arp dont il est dit qu'elle créait tellementet en symbiose avec Jean Arp qu'il est impossible de savoir qui a créée quoi (et sans doute inutile !)
Et j'en ai sûrement oublié !
Et on conclut par un chapitre sur le rôle de ces femmes insistant sur leur qualité d'interprètes et la part active prise à l'exécution de l'oeuvre.
Ce livre est magnifique et il nous apprend énormément sur une partie peu connue de l'art textile..Les photographies sont également de grande qualité.
Je suis pour ma part dans une position plus militante ... on le sait.J'aimerais qu'un travail soit fait sur les artistes femmes qui créent seules leurs surfaces textiles, en commençant par une étude des oeuvres qui ne soit plus uniquement histirique ou de technique, mais s'interroge et interroge sur l'expression artistique qui s'en dégage. Il est vrai : très peu de personnes en France semblent juger que c'est nécessaire et même simplement pertinent ("c'est comme ça depuis des siècles et donc si c'était vraiment un art,ça se saurait"et autres arguments aussi peu fondés .) Et dans ses parties les plus ignorées (comme le patchwork, la tapisserie à l'aiguille ou la broderie de création- création en broderie pas forcément en dessin ! )on en est très loin.
On est toujours dans l'optique pour être artiste en art textile il faut à côté avoir exercé un grand art ( ou l'execer en imitant les grands arts), ou encore être la compagne de quelqu'un qui exerce un grand art . Seule dans son coin notre "anonymous woman" reste niée et dans sa création et dans son expression personnelle, on lui concèdera toujours un bel ouvrage et :"ah quel travail !" qu'on sert aussi à celle qui ne crée pas . Au pire on lui préferera la parfaite exécutrice virtuose d'un kit difficile.
Ce livre fait la part belle au travail des interprètes (et dans ce type de passage d'un art à un autre il y a effectivement ue grande part de création pas uniquement technique L'auteur fait une comparaison avec l'artiste interprète en musique .Et sur ce point la comparaison est juste : il s'agit de donner une vie textile au carton d'origine.. Il ya création donc dans le passage d'un art à un autre et création à part entière, surtout quand l'interprète y introduit des modifications qui viennent d'elle, de ses décisions propres.
Je soulignerai toutefois que si une composition musicale a besoin d'interpètes pour être entendue, un carton a besoin d'interprètes textiles pour exister en tant que pièce unique, on donne vie à quelque chose qui n'existait pas , une oeuvre en kit ou en modèle style "pas à pas" à suivre, non : on refait ce qui existe déjà . C'est rappelé aussi dans ce livre et c'est bien.Le livre souligne aussi que, pour beaucoup d'oeuvres, on ne sait pas on où elles se trouvent et en quel état .Alors pour des complètemet anonymes vous pensez !
Les oeuvres textiles, il est vrai, exigent une manutention coûteuse et dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres on ne fait d'efforts que pour ce qui est ancien ( ou au contraire dans la dernière mouvance au goût du jour ) . On conserve mieux les échantillons d'étoffes du patrimoine industriel -et on a raison- que les oeuvres créées avec des tissus et des fils. Il faudrait un travail d'indexation et un travail honnête , reconnaissant sources, emprunts. Et des analyses côté art à visée expressive et esthétique pas seulement technique ou historique. Seul moyen que ça glisse un jour côté culture générale et non oeuvres qui n'auraient d'intérêt que pour les spécialistes .. Comment savoir si on refuse d'aller vraiment y voir ?
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Les crazy quilts
- Le 11/03/2019
J'ai découvert ce qu'on nomme crazy quilt dans les années 80 , grâce à un article de la revue Cent idées rédigé, par l'artiste Cosabeth Parriaud, artiste renommée dans notre "corporation".
NB Pour les termes techniques je renvoie à l'article Questions de vocabulaire 2
Pour le profane je rappelle qu'on désigne ainsi les quilts , constitués de pièces très irrégulières. Enfin en principe ! Car on trouve aussi des "blocs" ces carrés fondés sur des géométries régulières notamment éventails et roues , et d'autres formes : le point commun coutures rebrodées et les embellissements divers . A noter qu'en France on a toute une tradition ignorée de patchworks faits de pièces irrégulières, souvent brodés de manière différente, on peut en voir dans le livre de MIchel Perrier Mosaïques d'étoffes.
Pour l'origine , on trouve deux théories : certains en font remonter les débuts à l'exposition de Philadelphie en 1876 où furent exposés des vases japonais craquelés; cela aurait donné idée de faire pareil en tissus dans un pays où l'art du quilt s'est implanté mieux que chez nous. Pourtant il existe des surfaces en pièces irrégulières antérieures -et ailleurs qu'aux USA- et d'autres historiens du quilt pensent que c'est le nom qui date de cette exposition et non la pratique vu que des crazy quilts tout à fait "victoriens" ont été créés des décennies avant cette exposition . Les québécoises les appellent "pointes folles". Il ya ces deux valences souvent retrouvées dans cet art du patchwork : soit l'économie qui conduit à utiliser les pièces dans leur forme récupérée, soit la richesse et la somptuosité qui conduit à choisir des étoffes, et à broder abondamment de fils et rubans de soie .Avec un mélange des deux : on peut utiliser les dits tissus précieux en les découpant à sa guise ou en les gardant tels quels pour ne rien en perdre , retrouvant par là un désir d'éviter tout gaspillage.
Il y a aussi des couvertures de pièces irrégulières sans broderies, des abstractions dont les bords seulement sont rebrodés, mais les crazys quilts évoquent souvent les tissus luxueux de l'époque dite victorienne : soies velours, dentelles où l'embellissement : broderies notamment est primordial et d'une absolue fantaisie et variété : peintures, photos, images tissées (venues des bagues de cigare jadis) appliquées, pompons , franges, boutons , boucles de ceintures, objets trouvés, restes de bijoux ,extraits de poèmes, de prières,rébus brodés, monogrammes . On peut trouver de tout et un crazy révèle beaucoup de la personnalité et de la biographie de qui l'a créé. Car s'il a existé assez vite des "patrons" on trouve aussi beaucoup de surfaces élaborées librement avec la fantaisie des chutes.
Assimilés aux crazy quilts, des quilts à motifs réguliers (souvent mêlés à des fragments eux, irréguliers) : notamment les éventails, les roues, les étoiles , certains kaléidoscopes , sont ornés à la manière des crazys et usant des mêmes matéraux ; ils leur sont donc assimilés ainsi que les très classiques cubes (baby blocks) et log cabin en soie .
Adoré des unes , il est parfois détesté des autres. Moi, j'aime tout ce qui permet de s'exprimer de manière différente, avec des tissus assemblés.
Je les trouve fascinants . Ils se ressemblent et pourtant chacune a sa façon de s'exprimer avec tout cet attirail de tissus, de formes, de points, d'embellissements. Par sa liberté , il a permis à beaucoup d'entre nous d'aller vers ce qu'on nomme (improprement à mon gré!) art quilts (pour moi la géométrie régulière est tout autant une expressio artistique, mais différement ).
Je possède une bonne douzaine de livres sur le sujet et chaque artiste a sa manière -ou ses manières- d'aborder ce genre 'quiltique" . L'une donnera la priorité aux formes, l'autre aux étoffes, une autre encore aux embellissements -jusqu'à la surcharge, parfois - amoureux du minimalisme s'abstenir même si on peut trouver des crazys quilts très dépouillés -aussi-
J'avais déjà fait , dans le début des années 90, quelques ouvrages en coton et en géométrie et séduite par la beauté des étoffes et surtout la présence de la broderie -j'ajouterai la possibilité de pouvoir user de tous les tissus même ceux qui s'assemblent mal ,de trouvailles diverses ) m'a séduite .
J'avais alors très peu de tissus précieux et j'ai rassemblé ce qui restait encore dans la maison d'enfance (pas grand chose au vu que mes parents avaient eu leur maison pillée lors de l'évacuation ) . J'ai quémandé autour de moi et amis et connaissances m'ont donné mes premiers trésors .
C'est avec cette base textile que j'ai d'abord fait un coussin pour un ami et devant son enthousiasme, je me suis lancée" dans un projet plus vaste l'Arlequin fou . Mais déjà à ma façon. Je n'aimais pas trop dans les crazys anciens la forme basique des carrés sauf disposés sur la pointe et j'ai toujours eu des affintés avec le losange que je trouve plus élégant. J'ai commencé en 1991 , et je travaillais surtout aux vacances d'été deux blocs par ci trois par là.) Je me suis rendu compte que broder demandait beaucoup plus d'énergie que coudre ... J'achevais en 2001 et ce crazy me fut demandé pour la deuxième exposition du festival de la Bourboule . Le plan fut refait deux fois je voulais un dégradé de couleurs, des blocs monochromes, bichromes et trichromes pour passer d'une zone de couleurs à une autre, le but était de mettre en vedette les très belles dentelles blanches que j'avais récupérées au centre . Ce quit comporte toutes sortes d'étoffes toutes de récupération pas un seul tissu "américain" spécial pour patchwork dedans , des jerseys , des lainages ... des lamés or et j'adorais cette possibilité de tout mixer (je l'adore toujours) . En revanche je n'ai pas surchargé de broderies et d'ornements , je ne voulais pas noyer l'effet d'ensemble sous des fioritures et les détails sont souvent selon la tradition des crazys anciens des alllusions à ma vie d'alors et celle de mes proches. Les crazys c'est la partie la plus poétique et la plus autobiographique de mon expérience textile multiforme .La plus secrète aussi, malgré leur exubérance.
C'est un grand ouvrage et un travail conséquent , monté et brodé à la main . Je dis toujours que je veux mourir dessous !
Pour la même exposition de La Bourboule j'ai bâti sur le thème Continents un Pôle Position qui fut refusé pour vice de forme. Je laisse à juger s'il était si vicieux que cela :-)
pôle position-2002 détail
Puis j'illustrai Peau d'âne dans une liaison texte-textiles et la grue blanche légendes japonaise qu'on peut voir dans l'article sur les livres en tissus.
Puis un peu plus tard et sur commande de la revue pour laquelle je travaillais ce quit de cérémonie intitulé Célébration : (et je retrouvais le bleu et blanc)
Puis un peu plus tard, toujours pour la même revue , cette étoile des neiges comme quilt de Noël :
En 2011 je participais à une exposition avec tissus imposés : rouenneries et drap d'elboeuf avec ce Rébus ou l'heureux mariage . le qult contient deux rébus et le titre s'explique par la présence de tissus représentant un mariage villageois (et aussi par jeu de mots car assembler des étoffes si différentes d'épaisseur et de style n'est pas si aisé !) :
Puis ce fut l'aventure du quilt Parfum D'enfance dont l'histoire est racontée ici
Mon dernier crazy quilt (si j'excepte les en-cours!) c'est Flamenco qui me prit quelques années avec moult abandons ...et reprises :
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Mais on peut ajouter quelques quilts précieux comme cet Avenir radieux qui peut ête classé là vu que les tissus sont précieux soies et velours) et les coutures et centres rebrodés ):
ou ce crazy rose salon , intégré à la série over-rose très peu brodé , mais en soies et velours :
A noter que la crazy rose -rose en crazy- est le nom donné parfois au log cabin décentré , ce carré constitué de bandes tournant autour d'une forme régulière -pour le log cabin classique- ou irrégulière pour la crazy rose.
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Des fleurs et des jardins
- Le 10/01/2019
J'ai coutume de dire avec un brin de provocation qu'il y a -au moins- deux choses qui m'ont empêchée d'être une artiste textile "contemporaine", du moins telles qu'on les définit et les apprécie actuellement : mon amour des géométries en blocs (carrés ) que je me refuse à appeler "traditionnelles" et des fleurs. Je pourrais y ajouter mon amour des couleurs ...et des surfaces en bas-relief.
De la géométrie j'ai déjà parlé. Du relief aussi.
Donc allons voir sous les roses ...puisque régulièrement si on prétend à autre chose qu'à l'exercice d'un aimable loisir, ou d'une activité juste "pour se faire plaisir"-pour moi c'est tout autre chose !- , on vous y envoie !L'obsolète série overose
L'histoire de l'art nous apprend qu'à certaines époques c'était en bas de l'échelle de l'art- en peinture, le portrait tenant le haut du pavé ... mais elle nous apprend aussi que les jardiniers du roi plantaient des fleurs comme motifs pour les peintres en velins et les brodeurs, arts associés. A l'époque le décoratif était aussi lié à ceux qui avaient les moyens de se l'offrir donc nullement dévalorisé. Corollaire de la science par la botanique et des découvertes par l'importation d'espèces exotiques à "acclimater". Un palais oui, un château à la rigueur - ça magnifie ce qui y est inclus, mais certes pas une maison.
Rien de féminin pourtant dans l'habillement : Il suffit de regarder un pourpoint du XVIII° siècle pour s'en rendre compte . C'est l'apogée d'une broderie d'or de soies et pierres précieuses .Et on ne me fera jamais croire que les aristocrates qui les arboraient étaient tous effeminés.
On peut par exemple voir ici ce qu'il en est
En broderie donc la fleur est de loin le motif de prédilection et ce depuis qu'on a des motifs conservés largement devant tout le reste. Partout et à toutes les époques -avec parfois une concurrence ou une association avec les motifs stylisés- il existe peu de livres qui recensent les motifs de fleurs brodées au cours des âges , mais je pourrais citer ceux de Claude Fauque, ceux de Gail Marsh et ceux de Thomasina Beck. Ils nous apprennent énormément aussi sur la vie des hommes leur histoire, et par derrière eux tous les codes, les symboles que les fleurs recélaient.
"Les fleurs c'est joli ... les fleurs c'est banal ..." Et en art textile plus encore qu'ailleurs, même si l'histoire de l'art nous apprend que les peintres de fleurs n'ont pas toujours été prisés.
" Les fleurs c'est juste décoratif, les fleurs c'est le féminin donc ça manque de force" (ceux qui affirment cela n'ont pas lu le beau texte de Colette sur la glycine dans les Vrilles de la vigne). C'est ce qu'on me dit. Naturellement pas si c'est Gauguin ou Van Gogh qui peignent des tournesols ....Ou si c'est un grand brodeur qui brode sur des robes Haute- Couture pour un grand couturier. Mais cela alors, qu'en dire ? :
Motif floral sur écharpe de soie créé pour la revue Broderie d'art.
Donc si on est femme et qu'on veut créer des oeuvres fortes, éviter les fleurs. Même les ronces. L'arbre à la rigueur si on tient faire dans le végétal. Un arbre ça se dresse , ça s'érige. Une fleur ça s'étale, c'est mou , c'est joli, c'est tendre , c'est délicat donc c'est cucul la praline. Naïve donc insignifiante. Malgré tous les symbolismes qu'elle a toujours contenus ! Qui veut réduire amenuise, déprécie, classe en sous-genres. Délicatesse et grâce sont-elles manque de force ? Au sens de puissance d'évocation, pas sûr ! Juste que prêts à penser, snobismes, militantismes mal conduits, adhésion aux modes du siècle brouillent une lecture claire de ces symboles floraux où on ne voit trop souvent que niaiserie, esprit simplet etc .
Même si une fleur ça exhibe son sexe souvent double , sans vergogne, à tous vents et aux ardeurs de ce qui nous reste de pollinisteurs, il n'est pas de bon ton de le souligner. Et que les fêtes des Floralia à Rome étaient très loin d'être soft !
Mais étrange, des fleurs on ne se lasse pas. Dans les vrais jardins surtout :-) où les jardiniers et les paysagistes, chance pour nous, ont encore le droit de les utiliser sans qu'on les taxe (trop) de banalité. Si un jardin a pouvoir de nous faire rêver une oeuvre textile florale tout autant .
Prenons les fleurs brodées sur les napperons. Très à la mode dans les années 50-60 on pouvait les réaliser en simples exécutrices : on achetait le dessin pré-imprimé les fils et les points les couleurs étaient choisies par la créatrice (avec parfois un échantillon réalisé ). On ne pouvait être louée alors que pour une exécution parfaite .Et, de nos jours je sais nombre de brodeuses qui aiment à reproduire des kits ou des modèles en vogue (la peinture à l'aiguille et la broderie d'or sont des moyens de montrer à cet égard son expertise -)
Les magazines féminins donnaient aussi des dessins en noir et blanc et c'est avec eux que j'aime encore travailler (je peux dessiner des fleurs par moi-même je l'ai fait , mais quand je veux créer juste par le travail du brodeur ce sont ces motifs que j'utilise et tout comme les géométries empruntées du patchwork l'art ne se situe pas dans ces dessins souvent conventionnels mais dans l'utilisation qu'on peut en faire .
Ainsi dans le livre textile Lucette et Jacqueline (s) où ma visée était d'honorer la mémoire de deux couturières brodeuses -mes aînées- et où les motifs naïfs ont été choisis en fonction de la tonalité et du thème de la page. Je n'ai emprunté que les traits, le travail de création en broderiee : choix des points, de couleurs placement dans une composition est de moi et c'est réellement une recherche personnelle . Si je tiens à le souligner , c'est que cet art-là est gommé ! Même si ici je suis restée volontairement dans la convention du bouquet tricolore bleuet-coquelicot-marguerite. Je signalerai au passage qu'un sujet banal choisi avec une visée spéciale, c'est une démarche pas une banalité involontaire parce qu'on ne sait pas imaginer autre chose ! Je sais imaginer autre chose (cf la botanique alternative sur ce site)
Livre Lucette et Jacqueline(s) La page des pattes.
En patchwork , le problème est ressemblant et différent. Les petits motifs fleuris sont fréquents dans les quilts anciens , et on peut même dater d'après leur graphisme, l'historienne et quilteuse Barbara Brackmann a publié à cet égard des livres très intéressants.
Les motifs sur tissus évoquent aussi les Indiennes, ces tissus d'importation dont l'histoire est un vrai roman très bien conté dans les livres de Claude Fauque entre autres. Motifs copiés en impression comme en broderie ad libitum mais sans que jamais leur beauté ne rassassie. J'en possède un morceau très ancien (vraisemablement du XVIII° siècle que je garde jalousement ) , beaucoup ont servi de base aussi aux motifs de la broderie dite "crewel" . Les fleurs sur les tissus c'est le domaine où les inspirations se mêlent, géographiquemet parlant et l'histoire des hommes et de leurs "découvertes" y sont inscrits.
De la fin des années 90 jusqu'en 2002 j'ai collectionné les tissus spécifiques aux quilts et notamment les motifs floraux,de tous styles, mais recueilli aussi les restes de vêtements de toutes époques. C'est en mélangeant ces graphismes floraux que j'ai élaboré mes quilts jardins . Le premier s'appelle Florilège-cf index lettre f- et tous mes jardins comportent aussi un jeu sur la géométrie et les échelles et les styles différents de motifs, en cela ils ne sont pas de simples watercolors où on achète des bandes pré-assorties pour les recouper en carrés -qu'on m'excuse de parler sans ambages- mais ce genre de pré-digéré à mon sens est contraire à ma visée et vision d'un création . Mon art consiste à assortir ce qui ne va pas ensemble alors que si on l'exerce comme loisir on cherche surtout à avoir du déjà assorti- par quelqu'un qui sait- pour posséder un bel objet sans risque d'erreur alors que dans mes quilts jardins je risque la cacophonie à chaque instant !
Au delà c'est un langage des fleurs et des signes et une reconstruction d'un espace style paradis perdu . Et je demande qu'on le regarde aussi ainsi et pas comme un joli petit quilt à fleufleurs ce qu'absolument, ce n'est pas. Mon livre Jeux d'étoffes détaille ces approches.
détail du quilt cascade
on peut voir d'autres jardins dans l'index textile notamment à la lettre J .
Ne voyez pas d'amertume dans ce que je dis, ni plainte mais une analyse lucide. Je ne cherche pas reconnaissance pour moi, je le répète : j'en ai plus que je ne pouvais espérer pour une artiste "amateur" volontaire ... cf ma page d'accueil .
Il ne s'agit pas que du plaisir de créer (créer pour moi est certes un plaisir mais pas un loisir : une nécessité de "langage" par les étoffes -comme par les mots - et les fleuries y tiennent leur part pas seulement parce que ce serait "joli" ) .
Je m'interroge sur les regards "excluants"et injustes -mais si répandus qu'on les trouve normaux- sur des zones entières de l'art textile (et non mes ouvrages oeuvres et oeuvrages seuls ). J'ai assisté dans les années 90 à ce rejet progressif des tissus particuliers au patchwork où les fleurs tiennent une bonne part.
On peut voir aussi l'article : les palettes d 'une textilienne .
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Faire ses livres soi-même -mise au point
- Le 04/12/2018
Essayer d'expliquer . Once more. suite à une conversation ce matin .
Je le répète; je respecte infiniment les petits éditeurs qui parfois ont été les miens.Je sais leurs diffccultés. Je dirai : justement ! . D'abord parce que je n'ai quasiment jamais envoyé de manuscrits de poésie à une maison d'édition J'excepte les ouvrages à deux voix, deux mains .
Pourquoi ? C'est difficile à expliquer . D'abord je n'ignore pas que nous sommes très nombreux à écrire ce que nous nommons poésie . J'en ai comme tout un chacun ma conception elle coïncide rarement avec les tendances littéraires du siècle -il me suffit de lire ce qui est prisé pour m'en convaincre-
Ensuite parce que contrairement à que certains pensent je n'ai désir de gloire ni d'éloges. La reconnaissance c'est différent mais je ne m'épuiserai pas à expliquer la nuance et je l'ai déjà fait . Zut qu'on aille y voir ! Je suis humaine j'aime quand on aime ce que j'écris mai ce n'est pas ma visée première. J'aime surtout quand l'autre en face me dit avoir éprouvé une émotion même si parfois c'est pas du tout celle que j'espérais susciter . C'est le jeu des lectures ... des approches. Pour moi elle est libre comme je me sens moi libre .j'aime quand s'établit un dialogue un échange . Même conflictuel.
Ma visée première c'est d'approcher d'une sorte de saint Graal poétique nommé justesse , et comme j'ai le sentiment que ce n'est jamais tout à fait cela, je continue.
Ensuite j'aime l'objet livre et déjà bien avant de croiser l'ombre d'un éditeur, je me les faisais moi-même . Ensuite bon quand j'ai été éditée -pas en poésie je le répète- on m'a expliqué qu'il y avait des problèmes de diffusion surtout pour les petits. Donc finalement , si je voulais bien écouler mon stock moi-même -le rachetant à prix réduit- ça arrangeait tout le monde. Seulement me suis-je dit pourquoi embêter ces éditeurs croulant déjà sous les manuscrits ,les stocks à gérer et peinant à diffuser et à faire la promo etc.J’ajoute j'ai le sentiment de ne plus avoir ma vie et ma vue surtout devant moi pour ce faire . Je ne peux donc pas attendre des mois une éventuelle réponse d'éditeurs surchargés ..
Puisque le coût de l'impression a baissé même pour un très petit tirage , pourquoi pas gérer tout moi-même . Je dis bien moi-même sans prestataire de service style édition à compte d'auteur.
Erreur fatale : si on n 'a pas l'aval d' un comité de lecture c'est donc qu'on s'auto-évaluerait bon (pourquoi pas génial ?) Non mille fois non moi je veux juste faire un livre , je n'oblige personne à l'aimer ni à le trouver bon mais on comprendra que l'avis a priori de quelqu'un qui le rejetterait pour ce motif d'autofabrication sans même l'avoir lu , parce que ça n'a pas été cautionné est nul et non avenu. On lit d'abord on juge ensuite c'est rigoureusement indiscutable .
Et ici je donne à lire gratuitement pour tous ceux qui n'ont pas forcément envie d'acheter ...J"ai besoin de lecteurs pas de louanges de réactions pas de dithyrambes ! Je comprends ceux qui ne peuvent pas, n'ont pas les moyens, ceux qui ne veulent pas, ceux qui n'aiment pas ceux qui aiment mais bôff pas assez pour .
C’est permis de faire exister ce qu'on crée hors circuit ? Sans jugement péremptoire ? Maintenant si un éditeur passant par là me dit ça me botte j'aimerais faire un livre avec vous ... qu'il le dise maintenant ou se taise à jamais(là je suis sûre de la réponse ) . (publié sur facebook ce 4 décembre 2018)
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Livres textiles
- Le 07/11/2018
- Dans opinions
Au début des années 2000, la vogue des livres textiles qui faisait déjà une percée aux USA et au Royaume-uni commença à arriver en France par le truchement d'artistes influencées parfois par les revues américaines Quilting arts notamment .
Et évidemment , on ne peut éviter la mention de l'Ode à l'oubli de Louise Bourgeois, mais j'invite à voir ce que font des artistes moins connues comme par exemple Mandy Patullo dont j'aime l'amour des étoffes ! sur ce lien.
C'est une parmi une infinité d'autres créées antérieurement à cet ouvrage célébrissime.
Ces livres étaient souvent des souvenirs centrés sur une personne de la famille dont on voulait honorer la mémoire,-le plus souvent en mixed media papier-tissus , ou bien encore des livres à thèmes ou des keepsakes , recueils de morceaux aimés et de souvenirs textiles, et enfin des livres altérés qui existent indépendamment de l'art textile mais peuvent intégrer des étoffes.. Dans ce cas on retravaille sur les pages d'un livre existant en palimpseste en quelque sorte , mais en palimpseste qui montre la couche du dessous . On peut voir des livres altérées ou textiles en tapant ces termes dans un moteur de recherche.
Coutume qui dure, on peut voir actuellement beaucoup d'oeuvres peintes ou réimprimées sur des pages de livres ou de magazines, qu'elles soient en livres ou le plus souvent indépendantes. Notre époque aime la superposition (layering) et le faux palimpseste . Dans les vrais on grattait le support pour faire disparaître autant que faire se pouvait le texte précédent, là il est juste recouvert d'autre chose.
Symbole d'une sorte d'intellectualisation de l'art textile, avec en fiilgrane l'idée de le valoriser toujours en imitant un art majeur ou ..libéral comme était classée jadis la littérature. un livre ça vous pose mieux dans les intelligentisias qu'une surface assimilable à une couverture (même si les livres en ont aussi !)
On pourrait sur ce point , justement, citer les couvertures de livres brodés qui sont une tradition très ancienne, et certains samplers : ces recueils d'échantillons de points, étaient parfois présentés sous forme de livres (et non de bandes ou de tableaux )et le sont toujours .
Ce site en montre un qui me plaît beaucoup (et on peut réaliser le sien, les explications y figurent) .
Pour les livres txtiles actuels du texte est naturellement parfois associé qu'il soit de la créatrice ou emprunté : il va de la coupure de journal au poème de l'auteur. Sur la valeur littéraire je dirai pour rester gentille que c'est très inégal.
Pour moi il y a d'abord eu le sentiment non pas de faire un livre textile, mais de lier textes et textiles , ce qui est tout différent . J'ai commencé à chercher autour de cette relation (je n'ignorais pas l'étymologie du mot texte étant latiniste de profession, jadis.). A noter qu'à présent tous les artistes travaillant sur le créneau nous la rappellent. En 2004 lors de mon expo textes -textiles c'était moins couru. En fait pour moi c'était moins cette étymologie (et le tissage) que les motifs sur les étoffes, comme une écriture. Je veux bien qu'un texte soit tissé , mais il est aussi déposé sur un support même virtuel (comme une broderie) et les mots y sont assemblés comme les tesselles d'étoffes d'un patchwork , qui ne sont pas que juxtaposées sans recherche ,c'est pourquoi cet art -que mes soeurs tisseuses me pardonnent- me semblait plus proche de ce que j'écrivais que le travail de la navette, mais le tissu reste ma matière essentielle : les mots de mes textiles comme de mes textes ont déjà été tissés par d'autres. C'est un point de vue singulier, discutable, mais c'est mon approche.
Et la liaison texte textile s'est d'abord faite pour moi par le patchwork géométrique et j'aurais aimé qu'on regarde mes quilts aussi -c'est une lecture possible- comme les pages d'un livre ou juxtaposées....surtout les quilts en blocs ou chaque "carré" est comme une sorte de chapitre , avec d'ailleurs des structures analysables . J'ai beaucoup insisté sur l'importance pour moi des motiifs sur les étoffes -choix qui me place complètement à contre-courant de ce qui se fait en art textile actuellement : le glissement vers les quilts dits contemporains ou autres "art quilts" évinçait à la fois les géométries répétitives jugées je l'ai dit mille fois "plan-plan" ennuyeuses ou superficiellement décoratives .et l'art textile branché préfére les volumes aux surfaces .
Mon début est tout simple quilt fait pour ma fille sur le thème du Petit Chaperon rouge , ave un tissu ancien dont j'ai appris ensuite qu'il était très célèbre et dont il s'est vendu des mètres ...ce qui explique qu'un morceau donné par une amie se soit retrouvé entre mes mains .Pas un livre, mais un quilt qui raconte une histoire. C'est ce qui a mené au reste.
De là l'idée d'ilustrer des contes en crazy patchwork , Peau d'âne notamment ou le conte Japonais de la grue Blanche :
Ces crazys quilts m'ont amenée à songer à illustrer mes poésies de cette manière puis celle d'autres artistes et ce fut ce que je nomme l'aventure des textes-iles. Un beau moment de ma vie d'amitié et de création .On peut en voir l'histoire sur ce lien :
Parallèlement j'avais accepté de travailler en duo sur un calendrier textile dont l'histoire est racontée ici :
Pour revenir dans le Textilionnaire à des tableaux séparés ;
J'hésite du reste toujours actuellement pour mes petits formats à les présenter en séries de tableaux séparés ou sous forme de livres textiles. C'est pourquoi le chant des Couleurs se présente sous forme de livrets séparés en double page (voir dans la partie textiles et textes les deux liens) :
A cette époque j'ai mis en route aussi le livre pour 'elle écrit pour ma mère , qu'il m'a fallu beaucoup de temps pour compléter :
J'ai continué mes aventures textes textiles avec ces livres tissés mariant papier et tissus fondés sur deux recueils de poésies : Trames et chaînes écrits antérieurement :. La structure tissée ici ne vient pas de la tendance à lier textes et textiles mais de ce travail poétique antérieur :
Dans le même temps et sur une autre inspiration je fais les petits port-folios tri-arts nommés Avatars :
PUis je mettrai en route les livres blancs et un livre d'or fait en feutrine sur laquelle j'ai appliqué et brodés des pages de motifs textiles : (aventure qui se continuera sans doute)
Et pour revenir au patchwork mais en le développant côté images numériques je crée la série très traits :
Entretemps vient s'ajouter un livre mixed media de fleurs fantaisistes brodées, avec leur histoire intitulé précis de botanique alternative :
Le dernier achevé fut cet hommage à deux "cousettes" par une troisième : Lucette et Jacqueline(s)
On peut voir le détail de l'histoire sur ce blog
A lheure de la rédaction cde ce billet il existe au moins (!) trois autres livres en cours qui vous seront montrés dans des articles futurs (si j'en viens à bout et que ma vue qui me fait quelques soucis actuellement ne me lâche pas ) .
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Des gestes -et de la geste- du textile...
- Le 03/09/2018
- Dans opinions
Les gestes de l'art textile sont souvent un peu partout mélangés et confondus. Et leurs résultats aussi.
Le grand public, surtout masculin - qu'on me pardonne ce "sexisme" !- je sais qu'il est d'heureuses exceptions- lui , ne sait toujours pas bien la différence entre tissage, filage assemblage et broderie. Dentelle, macramé, tricot, tapisserie, broderie,crochet et patchwork, tout ça c'est pareil. Une affaire de bonnes femmes, presque, voire de grand-mère, les stéréotypes faisant des dégâts-sexisme et âgisme étant en filigrane- (sauf, je le souligne encore, quand on est dans la case qui convient, celle qui n'est pas toujours très textile, du reste...).
Tant de fois on m'a dit, désignant mes quilts : "ton crochet , ton tricot, ta tapisserie"... Or ce n'est rien de tout ça. Plus de différence entre eux cependant qu'entre l'aquarelle et la gouache ! Et c'est parfois signe de mépris involontaire ...ou inconscient. Connaître c'est déjà un petit peu apprécier ou du moins si on n'aime pas, on sait alors de quoi on parle, vertu qui tend à se perdre !
Démêlons un peu tout cela. Et si possible dans l'ordre d'apparition.
Assembler- Coudre
Coudre : c'est assembler des morceaux (pas forcément de tissu) avec une aiguille. Le geste d'assembler d'attacher, de "connecter" a précédé celui de tisser et celui de filer (on peut assembler avec des lanières de peau ou de végétaux du crin animal, des tendons séchés aussi etc. ) puisqu'on assemblait des peaux pour se vêtir, se protéger, et pourquoi pas décorer (sans oublier que lesdits ornements pouvaient avoir valeur symbolique, sociale, magique ou religieuse) .
Côté aiguilles -car oui l'aiguille est bien le premier objet d'un art d'assemblage sinon textile : en 15000 avant JC- 18000 dit le site du Musée de l'homme, spécalistes, pas d'accord comme d'habitude !- apparaissent les aiguilles à chas, bien avant pour celles qui servaient juste à percer .
L'assemblage par application (quand on pose une forme sur une autre et qu'on la fixe sur ce support) est aussi un des plus anciens (on en trouve dans l'ancienne Egypte -en peaux toutefois ). Il est à noter qu'à notre époque son "classement" hésite entre broderie et patchwork, puisqu'il participe des deux. Pour le détail des techniques on peut voir cet article.
L'assemblage d'étoffes, hélas pour lui, n'a pas ses mythes et ses déesses.. Pas de Pénélope ni d'Arachné dans lesquelles se draper, si je puis dire ... mais il a ses contes et son folklore (cf la veste rapiécée) et tout le monde connaît le petit tailleur qui tuait les mouches et les célèbres habits neufs de l'empereur ( à noter que dans ces contes ce sont souvent des hommes - artisans professionnels- qui cousent.) et les merveilleuses robes de Peau d'âne dans le conte de Perrault . Et les chansons populaires aussi comptent nombre de "cousettes" , lingères et autres ouvrières .
Je pense d'ailleurs que l'invention de l'aiguille à chas est pour les arts textiles aussi importante que celle du tissage, mais les spécialistes n'étant point de mon avis, c'est filage et tissage qui ont prédominé dans l'imaginaire collectif.
Le geste d'assembler des morceaux pour en faire une surface n'a pas trouvé ses lettres de noblesse et il ya sûrement à méditer là-dessus ....
Le patchwork est un art d'assemblage,qu'on assemble par juxtaposition(couture dit piecing en anglais) ou par superposition (appliqué). Lié à la notion d'économie , à la pauvreté parfois volontaire dans les religions orientales, il est aussi paradoxalement parfois tout aussi bien signe de richesse et signe par lequel on montre qu'on peut s'offrir plusieurs étoffes différentes, parfois très luxueuses, pour un seul vêtement . Il est art de mosaïque, mais aussi de couture, de la broderie vient parfois s'y rajouter et il est parfois rattaché à cet art, notamment les crazys quilts.
Le tissu déjà est une matière assez variée pour permettre aux assembleuses de tissus de dire par ce moyen mille choses mais l'art, force est de le reconnaître reste mal connu et souvent déprécié, sauf à imiter la peinture, la sculpture ou tout autre art qui a droit de cité déjà dans les musées consacrés aux "grands " arts. Quand on expose de l'art textile, même en surfaces d'étoffes assemblées, et si on excepte l'exposition du Whitney museum en 1971 le quilt géométrique de création reste à la porte et confiné dans les expositions spéciales pour, si je puis dire.
FilerC'est fabriquer du fil, c'est à dire amalgamer des fibres et en faire une sorte de long et fin cylindre, ça se faisait généralement au début avec une quenouille (parfois avec les doigts (on ne vous dit pas dans quel état ils devaient être !) puis un rouet.
Aujourd'hui le fil est fabriqué dans des usines, mais pendant longtemps l'activité de filage est restée à la campagne une tâche féminine comme à peu près tout ce qui est long, ennuyeux, répétitif et parfois rebutant au prétexte que "ça ne nécessite pas de force physique" . Voire ...
On trouve encore actuellement de fileuses artisanes d'art , qui créent des fils , organisent des stages et transmettent ce savoir.
L'art du fil a ses manitestations artistiques et le fil lui-même ses chefs d'oeuvre (sculptures en 3 D , notamment ). Taper sculptures en fils dans un moteur de recherche pour voir ce qu'on peut en faire . Mais utiliser du fil : ce n'est pas filer , c'est isoler un élément , pas vraiment "textile" puisque non tissé, pour créer avec lui
Le rouet d'Omphale qui contraignit Hercule à en user, est célèbre et dans les contes celui de la Belle au bois dormant (entre autres !)
Les Moires chez les Grecs filaient la vie des êtres humains et étaient au nombre de trois Clotho la fileuse Lachésis la répartitrice son nom évoque le tirage au sort chacun sa part courte ou longue et Atropos, l'implacable , l'inévitable, le coupe .Elles ont sous le nom de Parques un rôle analogue chez les Romains avec des noms différents Nona, Decima et Morta. Nona étant à l'origine chez les latins unique. On peut remarquer que le langage courant sélectionne souvent le nom latin pour l'ensemble des trois soeurs et les noms grecs pour les désigner. On les trouve evidemment dans d'autres mythologies .
Il existe d'innnombrables contes, légendes et mythes mettant en scène des fileuses.
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BRODER
On lit parfois que la broderie est venue, elle aussi, après l'invention du tissu et j'en doute. On peut broder sur des peaux de bêtes (du cuir ) et sur des écorces (cela se fait encore ); juste que de nos jours quand on brode sur autre chose que du tissu, on appelle cela curieusement "innover", alors qu'historiquement parlant on retrouve les origines. Simplement, l'invention du tissu évidemment a pu donner essor à cet art (et à bien d'autres ), le support étant idéal pour le geste . Le tissu par sa structure se transperce facilement, il permet aussi de compter les fils . Mais broder c'est déposer ou attacher quelque chose sur un support : ce quelque chose peut-être des motifs de fils , mais des perles, des pierreries , des plumes (même si le métier de plumassier s'est différencié au fil du temps.) . La variété des supports et des ajouts tenus par un fil ( bien qu'actuellement il y ait un goût pour les tesselles collées sur étoffe en loisir créatif ) n'est pas absolument pas une invention de notre époque, juste que nous adaptons l'art aux matériaux dont nous disposons.
Il est vrai les définitions habituelles de la broderie incluent quasiment toutes le support textile qui reste le favori.
Sur l'histoire de la broderie on peut lire Claude Fauque et Françoise Cousin La Broderie, splendeurs mystères et rituels d'un art universel mais aussi pour un point de vue différent Rosika Parker The subversive stitch et les articles du dictionnaire culturel du tissu " et également l'excellente Encyclopédie "Autour du fil" , pour ne citer que quelques ouvrages.
Broder est un geste assimilé symboliquement à la richesse (de ceux qui portaient les vêtements brodés ) et il y a eu très tôt tout autour de cette activité un artisanat d'art et un commerce . Motifs tissés et motifs brodés étant parfois en concurrence, et les gestes parfois proches puisque pour coucher les fils (les déposer à la surface de l'étoffe avant de les maintenir par de petits points) dans les figures importantes on utilisait des "broches" et que le brochage est aussi une technique de tissage. Zola dans son roman Le Rêve décrit ce travail. Il est à noter deux choses : que si les artisans brodeurs chefs d'atelier étaient souvent considérés comme des artistes à part entière, les "petites mains" elles étaient parfois très mal payées et travaillaient dans des conditions plus que difficiles. Et restaient -et restent encore souvent, anonymes- ceci pour les professionnelles.
Hélène de Troie dit-on au chant III de l'liade brodait sur un voile pourpre ou d'un blanc éclatant selon la leçon du texte grec qu'on privilégie, les exploits guerriers auxquels elle assistait, le texte grec signale sur un tissu à double face. On n'extrapole guère là-dessus -plus facile de décrire les actes guerriers que de montrer une brodeuse en action , sans doute!
D'autre part, la fonction de broderie domestique rendue nécessaire par le marquage du linge , mais également d'agrément ou de décoration des vêtements et maisons a toujours été regardée comme un domaine dévalorisé puisque a- ça ne rapportait pas d'argent du moins en activité dite de loisir b- ce sont les femmes qui le faisaient. Le cliché de la dame n'ayant rien d'autre à faire de ses dix doigts que de la tapisserie à l'aiguille dans un coin du tableau qu'elle décore, elle aussi par sa présence, genre potiche oisive (!) est encore bien imprimé dans la mémoire collective. Il faut noter cependant et certains romans sentimentaux en attestent que c'était à la fin du XIXe siècle, pour une jeune fille de la noblesse désargentée , un moyen jugé honorable de gagner sa vie avec lectrice- dame de compagnie et dans des milieux moins huppés le travail de broderie à domicile était un moyen de gagner de l'argent. . Si on n'a pas peur de déchoir en lisant un roman de Delly ma Robe couleur du temps montre un personnage de jeune femme ruinée qui brode pour les maisons de Paris .
C'est pourquoi il est si diffcile de faire saisir qu'on peut travailler chez soi, en amateur et créer vraiment en brodeuse c'est à dire choisir ou dessiner son motif (en noir et blanc pas déjà tout interprété par quelqu'un d'autre ) composer avec lui un ensemble, choisir les points, les couleurs et les fils.
Il existe des dizaines de styles de broderies différentes. J'ai évoqué les broderies en relief et la broderie "tapisserie à l'aiguille", je pense écrire d'autre articles au fil de mes apprentissages (qui continuent) .
Broder c'est aussi littérairement parlant partir d'un thème et inventer à l'infini des variations sur le thème. Et en musique : En harmonie tonale, une broderie est une note étrangère qui s'éloigne conjointement d'une note réelle pour y revenir aussitôt1 (source Wikipedia) et on y retrouve , l'idée d'ajouter pour nuancer ou rompre en restant lié à ensemble cohérent .
Tisser
Tisser suppose un entrecroisement de fils de chaîne (les longs ) et de trame qui traversent les précédents .
Le lien entre le fil et les mots passe acteullement par la déconstruction encore très tendance via la figure de Pénélope, souvent convoquée . L'histoire de Pénélope est bien connue.L'est moins le fait qu'elle tissait le linceul de son beau-père et non une "tapisserie" . Le mot grec utlisé est iston qui vient de la position du métier à tisser ( dressé devant la tisseuse) et a donné aussi notre Histoire par l'intermédiaire du verbe istèmi, qui en dehors d'avoir fait le desespoir des apprentis héllénistes par les difficultés de sa conjugaison, désigne une forme de savoir (le grec n'a jamais qu'un seul verbe pour désigner les opérations de l'esprit et elles sont souvent couplées avec des savoirs techniques ).
Arachné filait sans doute aussi mais c'est comme tisseuse "tapissière"qu'elle s'opposa à Athéna et pour cause : comment voulez- vous que sur un fil elle ait pu représenter les amours de Zeus ? Arachné fut par vengeance d'Athéna transformée en araignée , les dIeux antiques détestaient qu'on osât s'égaler à eux , défaut qu'ils nommaient "ubris" noté parfois hybris - une araignée, file et tisse sa toile d'une manière absolument fascinante de justesse et de précision .
Pour la fêtes des Panathénées les jeunes Athéniennes mettaient quatre ans à tisser le voile de la déeesse. De ces tissages antiques nous ne savons pas grand chose et seulement par les textes souvent épiques ou "fabulés" et bien sûr par l'iconographie. Broderie et tapisserie se rejoignent chez nous dans le terme "tapisserie à l'aiguille" -qui reste, toutefois une broderie.
Athéna était entre autres beaucoup d'attributions une sorte de protectrice des travailleuses textiles ( tisseuses en particulier) .
Philomèle qui fut violée et mutilée par son beau-frère Térée (ce qu'Ovide nous raconte dans ses Métamorphoses où il a sans doute beaucoup "brodé" lui-même ) communiqua avec sa soeur par le moyen d'un récit (où elle raconte les exactions dont elle fut victime) dans ce qu'on juge être un "tissu" , le texte latin dit en mêlant les fils rouges et blancs . J'ai pensé, tirant la couverture à moi, que se pouvait aussi bien être une broderie (une brodeuse peut mêler les fils rouges aux fils blancs de la toile et pour reproduire une histoire surtout sous surveillance à mon avis broder c'est plus discret ! ) Même si nous sommes dans un mythe dans lequel aucun réalisme n'est requis. C'est cette broderie que j'ai illustrée ici dans une ATC (carte d'artiste pour échange).
Pour qui connaît le tissage et les métiers à tisser primitifs cela laisse rêveurs du reste ... sur la réalité de ces "tissages" mais pas impossible non plus que les hommes poètes qui racontaient ces mythes aient confondu tissage et broderie :-) comme c'est si souvent le cas de nos jours.
Et la dentelle ?
La broderie d'une certaine façon est aussi l'ancêtre de la dentelle : les mêmes points mais sans support ou alors par le tirage de fils, le tissage en "filets" etc. Dentellières et brodeuses sont souvent aussi confondues d'autant qu'il existe des dentelles à l'aiguille. Le fuseau avec lequel on croise les fils sur un carreau est aussi souvent représenté (la dentellière de Vermeer notamment).
Le macramé (encore un mot qui fait ricaner) se fait avec des noeuds et la frivolité avec des sortes de petites navettes et je le souligne ces disciplines peuvent donner aussi des oeuvres d'arts authentiques, uniques par le travail personnel de création qui les anime. Il existe aussi du crochet d'art et du tricot d'art dont le résultat est de la dentelle même si certains le contestent car tricot et crochets sont des arts populaires, surtout pratiqués par des femmes et domestiques : toujours le même écueil tout ce qui touche au tissu, à la mode n'évite pas la notion de "prestige" .
Mais alors que la broderie se fait sur un support qu'on conserve, la dentelle, elle se fait sur un support qu'on détruit (ou sans support en cas en crochet) ou en dentelle au tricot. Les broderies à jours, sur filet, sur tulle ou découpées (Richelieu, Renaissance, Broderie anglaise etc. sont souvent assimilées à de la dentelle). Sur les dentelles mécaniques voir ce lien
Tricoter
Bien qu'on en ignore la date d'apparition le tricot est une technique textile très ancienne . Ainsi peut-on voir dans un tableau de Beltram de Minden peintre du XIVe siècle une Vierge à l'enfant tricotant :
On utilise en général des aiguilles longues sur lesquelles on monte des boucles de fil (de la laine le plus souvent ) appelées mailles mais les célèbres cottes de maille ne se tricotent pas avec du fil de métal (beaucoup trop rigide) elles se sertissent (je l'ai vu faire) . Jadis on apprenait à tricoter aux filles-et à certains garçons- dans l'enfance. Ce n'est pas si facile, le geste demande une coordination fine des mouvements . Les points eux-mêmes sont parfois très complexes et requièrent une grande concentration -et doivent se comprendre dans leurs combinaisons - c'est donc une activité plus intelligente et moins automatique qu'on ne le pense. De plus là encore modèles copiés à la lettre, interprétations et créations se mélangent dans les résultats.
Le tricot comme le crochet peuvent totalement se détacher d'un rôle utile, et dès les années 70 on a vu des créatrices souvent anglo saxonnes , américaines ou australiennes faire des tableaux ou des constructions textiles avec ces deux arts (je pense à l'artiste Jan Messent, notamment) ou pour le crochet à l'artiste Prudence Mapstone.
En conclusion quand vous voyez une personne penchée sur un ouvrage textile , pensez qu'elle ne "tricote" pas forcément des chaussettes selon un modèle, mais qu'elle crée peut-être bien tout autant qu'un peintre devant son chevalet, ou un photographe derrière son appareil ..quand vous regardez une tapisserie célèbre dans un musée, ayez une pensée pour les autres arts textiles qui en sont exclus, souvent, parce que "ça s'est toujours fait comme ça" et "qu'on n'en voit pas dans les livres d'art". Allez voir ce que font les artistes souvent inconnues ou très peu connues sauf des spécialistes ... il existe des milliers de sites qui le permettent. Connaître mieux, c'est souvent le début d'apprécier pour ce que c'est et non selon des des stérotypes coriaces .
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Figures féminines : les anonymes
- Le 11/08/2018
Très loin des déesses ou personnages célèbres évoqués précédemment , je regroupe ici les femmes anonymes auxquelles ces tableaux ou objets textiles rendent hommage.
Statue quo hantée (série avatars)
Un hommage à la femme issu d'un travail numérique, cette silhouette a évoqué pour moi cette créature quasi fantômatique. L'oeuvre unit mes trois arts :
La série Stigmates qu'on peut voir ici en entier : démarche - tableaux et textes
Créés à partir de "marques" techniques sur des rebuts de la Haute-Couture, ces trois états de la femme :
Roses blanches d'un corps fou (série over rose)
Ce tableau conçu comme un hymne au corps féminin dans ses extases est fondé sur un bloc appelé en patchwork "crazy rose" ; le crazy étant un "genre" de quilt (cf questions de vocabulaire ) , la pose étant empruntée à plusieurs tableaux et photgraphies et redessinée pour l'adaptation en textile .
Sens dessus dessous ou les Bouguereautes :
Ici les corps silhouettes empruntées à l'artiste peintre Bouguereau et retravaillées aussi en fonction de l'adaptation textile sont constitués entièrement en dentelles destinées aux dessous féminins ce dessous devient à la fois le corps et la peau de la femme .
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Mythologie et figures féminines 2
- Le 08/08/2018
A la différence des tissus pour ... ces tableaux évoquent une figure féminine de la mythologie plus directement, non pas l'idée d'un textile qu'elle pourrait aimer ou porter comme précédemment mais ce qu'en tissus le mythe et la figure ont évoqué pour moi :
Antigone :
Tableau construit à partir de restes, où le mythe est évoqué par des formes abstraites et des couleurs et des textures : avec comme fil rouge l'idée d'une ardeur emmurée . Figure aussi dans le tableau un morceau de l'hymne à Eros en grec ancien que j'avais écrit au pinceau sur un bustier, extrait de la pièce de Sophocle que j'ai étudiée de près pour le plaisir autant que pour mes études .. Et ses paroles : " je ne suis pas née pour partager la haine, mais l'amour" que j'avais si présentes à l'esprit en improvisant cette surface.
Le jardin de Pomone :
Là j'ai élaboré à partir d'un dessin à la main quelque chose qui évoque la déesse des vergers et des fruits un peu comme un jaillissement ...
Les hésitations de Salomé
Qui n'est évidemment pas pas une figure de la mythologie grecque , son histoire étant racontée par FLavius Josèphe et fait partie ce que je nomme mes tableaux ironiques. J'ai imaginé Salomé choisissant des voiles pour sa célèbre danse en hésitant tout simplement parce j'avais recueilli de longes bandes de voiles précieux et que je voulais comme d'habitude créer autour d'eux. Danse des sept voiles dont du reste Flavius Josèphe ne souffle mot, mais qui a inspiré vu sa charge mystico-érotique, beaucoup d'oeuvres . En filigrane Herodiade, la mère de Salomé qui dans la pièce de Mallarmé se confond semble-t-il avec sa fille (le rôle maternel étant assumé par la nourrice). l"Hérodiade de Mallarmé me fascinait dans ma jeunesse, même si ma Salomé ne lui est guère apparentée . Il faudrait citer aussi l'Herodias de Flaubert. La décapitation de Saint Jean est ici appliquée au modèle qui a bien voulu prêter son corps à condition de garder l'anonymat . J'ai donc usé aussi d'un camouflage ... et d'un masque évoquant pour moi une autre oeuvre Le masque de mort rouge d'Edgar Poe.
Danaé
L'idée de ce tableau est venue de très beaux voiles de soie en lamé ou tissé de pois d'or et d'un morceau de soie rose qui représentait pour moi le corps de Danaé réduit ici à une sorte de vallonnement passif qui attend la fécondation. Passivité et stagnation voire lourdeur plus que recherche d'une esthétique "plaisante" -donc.. Le fond évoque la muraille puisque Danaé est enfermée dans une tour . J'ai adjoint aux dessins des moellons très simplifiés des miroirs -qui sont collés et non rebrodés -je les voulais sans bordure- annonçant le mythe de Méduse et sa fin . Persée son meurtrier est conçu , à cet instant . Zeus est ici un peu féminisé par la souplesse des étoffes ... et la pluie d'or sur la photo paraît plus sombre qu'elle n 'est en réalité , je me suis laissé dire que les cheveux de ladite Méduse se mêlaient aussi à l'histoire ...
D'autres tableaux sont envisagés ... seront-ils réalisés? C'est une autre affaire où ..le temps a à faire .