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De l'humilité
- Le 04/08/2018
- Dans opinions
Je sais bien qu'en parlant d'oeuvre en ce qui concerne mon travail de madame Lambda, je prends le risque du reproche d'outrecuidance. J'ai expliqué pourquoi je l'appelais ainsi. Le reproche c'est un peu :" si Madame Lambda avait le moindre talent depuis tout ce temps , ça se saurait ..". Ou bien: " quoi Madame Lambda a de ridicules "prétentions littéraries" doublées de prétentions artistiques" et n'est même pas foutue de trouver un éditeur (un vrai donc un grand, car il n'est de bon que de grand et célèbre , ça aussi "ça se sait" ) , ni un galeriste pour l'exposer ? .Pfff . ! "
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Je me bats depuis des années pour qu'un travail artistique ou littéraire soit regardé d'abord pour ce qu'il est et non selon la notoriété de qui il émane qui fait écran et préjugé à toute attribution de "valeur" surtout qu'en ce domaine aussi le jeu social joue à plein et que c'est certes beeaucoup moins facile à une provinciale mère de famille -une bouseuse, quoi!- âgée de surcroît . Ces gens- tels les aristocrates, jadis- savent tout ,eux, de ce qui vaut ou pas et ce sont eux encore qui vous taxeront de manquer d'humilité ! C'est assez plaisant pour qui n'a pas d'ambition de cet ordre.
Il est heureusement et j'en ai croisé, des personnes "autorisées" comme on dit qui ne raisonnent pas ainsi se sentent libres de leur jugement hors réseaux et influences, elles se reconnaîtront si elles me lisent et je voudrais une fois de plus les remercier.
Je me bats aussi et surtout pour qu'un de mes arts essentiels l'assemblage d'étoffes soit reconnu et intégré à l'histoire de l'art autrement qu'il ne l'est , avec de vraies études de ce que montrent ces surfaces comme tout autre surfaces créées, d'où l'idée de cet index (que j'invite toutes les créatrices textiles ayant site ou blog à faire) . Oui je montre mon oeuvre textile telle qu'elle est, dans son ensemble, parce que personne ne le fera à ma place et que j'estime que même si elle n'a évidemment rien de génial , ni de révolutionnaire,ni de réellement "grand", elle peut néanmoins présenter un intérêt pour quelques-uns.
Je voudrais aussi témoigner de ceci qui est simple : oui on peut passer une bonne partie de sa vie à se consacrer à ce que je nomme une oeuvre au sens d'un ensemble tout de même conséquent de travaux divers (la quantité ne prouve nullement la qualité certes, mais. le contraire non plus !) et n'y chercher et trouver autre chose que cela : montrer qu'elle existe. Non pas aux yeux du monde, là serait la prétention . Montrer ce qu'on a fait ce n'est pas non plus chercher désespéremment à exister comme s'il n'y avait rien d'autre dans votre vie (comme je l'entends et le lis souvent) . Non : on est aussi des êtres humains faisant à côté tout ce que d'autres font ... nous femmes, nous sommes souvent épouses, mères, grand-mères parfois et oui nous pouvons quand même aussi faire tout cela à côté non par ennui ou pour nous distraire, mais parce que c'est vital . Non pas comme un "hobby" mais comme des parcelles de vie intérieure arrachées au quotidien. Non pour exister mais pour vivre de cette manière-là, aussi. C'est la fibre et le tissage de nos vies dont l'oeuvre n'est absolument pas coupée . Tout ce que j'ai vécu et vit encore en tant que femme très ordinaire est dans ce que je crée, je n'ai donc pas besoin de montrer ce que je fais pour exister mais je voudrais montrer ce qu'en être vivant j'ai créé . Nuance . Sans qu'on me taxe de "mal de reconnaissance "ou de je ne sais quel poncif dénigrant et méprisant à la mode .
Cela pour l'art.
Pour la littérature ou l'écriture (pour moi la création est un tout !) :
Des expériences ont été faites d'oeuvres célèbres envoyées aux éditeurs sous un autre nom et refusées y compris quand elles ont été expédiées , parfois, par l'écrivain célèbre lui-même ous un autre nom. Et plus discrètement d'oeuvres refusées envoyées par courrier qu'on acceptait ensuite (la même!) parce que quelqu'un pouvait vous introduire et glisser votre écrit entre les bonnes mains. Qu'on ne me dise pas que ce n'est pas ainsi, les éditeurs l'avouent eux-mêmes consultez l'annuaire AUDACE par exemple (quand on lit manuscrits publiés 80 pour cent par courant relations! 60 pour cent au mieux ! et inconnus 00,1 pour cent !!) ) Je n'invente rien. c'es un fait, vérifiable.
Ce qui tend à prouver que les hiérarchies arbitraires, le jeu social des arrivés, et surtout des réseaux , le goût du jour, influent sur les critères même d'évaluation sans tomber dans un relativisme systématique (non tout ne se vaut pas ).
Je sais en revanche ce qu'est pour moi l'humilité .
D'abord de ne pas faire la fausse modeste me semble primordial . Ayant par exemple beaucoup écrit quand même et étant inscrite comme "romancière" (!) à la BNF , me dire écrivain ne me semble pas absolument un comble de fatuité . Ce le serait si je prétendais être un grand écrivain, ou un écrivain reconnu ou un écrivain de talent etc. Toutes choses que je ne ferai jamais au vu que je ne suis pas dans cette course-là Mon seul challenge c'est d'essayer d'atteindre ce que j'ai à signifier et comme je n'y parviens jamais, je continue. C'est à à peu près impossible à faire compendre.
Mon humilité c'est de savoir que nous sommes beaucoup à écrire et créer et qu'il existe beaucoup aussi qui le font tout aussi bien ou mieux que moi . De me sentir un grain de sable parmi d'autres mais de vouloir être quand même ce grain de sable qui constitue la plage . Si on l'enlève certes personne ne s'en apercevra mais que si on les enlevait tous il n'y aurait plus de plage , non plus . Et si sur ladite plage on ne voit que ceux qui sont dans la lumière et brillent , ils ne brillent pas eux non plus quand les projecteurs s'éteignent . La plage elle, reste là tant qu'il ya assez de grains de sable . Après , il se peut que dans ces grains il y ait poussière de quartz et de diamant. Il se peut : je n'en sais rien et encore moins si je serais l'un ou l'autre ou tantôt l'un , tantôt l'autre . Il se peut aussi que le quartz hors du quantitatif du "ce qui est rare est cher", vaille autant que le diamant tout dépend du rôle qu'on lui assignerait. Je mourrai sans savoir .
Et c'est aussi bien .
Mon humilité c'est de faire les choses pour les faire. Hier ça n'était pas , aujourd'hui c'est là devant mes yeux, devant les yeux de qui peut aimer au moins quelques secondes avant de passer à autre chose . Grâce à mon travail et à ceux qui avant moi m'ont "innutrie" , mon humilité c'est de savoir qu'on ne crée rien ex nihilo.Mon humilité c'est précisément d'écrire vers , façon bouteille à la mer. Je conçois ce que je fais comme un don et un don hélas c'est gratuit en une période où tout ce qui ne se monnaye pas est censé ne rien valoir, se dévalue ipso facto. Je n'entre pas dans ce jeu-là .
Mon humilité c'est de ne pas croire que parce que j'ai créé beaucoup (et dans trois valences différentes mais qui pour moi sont "une" ) que j'ai forcément créé des choses qui mériteraient qu'on s'y arrête : on le fait si on veut . Sincèrement, sans tricher . Sans complaisance. Sans obédience . Certes . Mais alors sans doute aussi sans intérêt et sans valeur sinon universellement reconnue, sans valeur du tout dans l'instant où je vis. Dit sans aucune espèce de regret , signaler n'est ni se plaindre , ni regretter. Je regretterai bien davantage de me saborder à entrer dans des systèmes que je réprouve et qui détruiraient mes forces vives (ou du moins ce qu'il en reste) et ma façon d'entrer en création.Je voudrais souligner quand même au delà de mon petit cas personnel cette double peine des artistes et écrivains qui bossent beaucoup, savent qu'ils n' en tireront pas grand regard sur et qui en plus se font traiter de vaniteux dès qu'ils osent dire : "voilà ce que j'ai fait". Montrer, ce n'est pas exiger un regard encore moins de la reconnaissance. C'est juste ce que c'est . Ce n'est pas dire "j'existe "mais "mon travail est là voilà ce qu'il est" . Notre travail si souvent assimilé à un selfie qu'on montre justement pour avoir le statut de star ! La différence est capitale, mais souvent pas saisie. C'est tellement plus facile de parler "de créateurs en mal de reconnaissance" que d'aller regarder ce qu'ils font puisque ce n'est pas connu, si on pouvait s'abstenir aussi de toute opinion définitive sans avoir approfondi l'approche ... combien prétendent vous connaître qui n'ont fait qu'effleurer . Ce qu'on a passé une vie à faire bon ou mauvais, il faut plus qu'un regard superficiel pour s'en faire une juste idée . Si on n'est pas prêt à l'accorder et donc à approfondir , qu'on ait l'honnêteté alors de se garder de jugement ou d'une vague pitié condescendante serait la moindre des choses . L'humilité de qui regarde et prétend juger devrait exister aussi . Et en tant que lectrice et spectatrice des oeuvres des autres je sais aussi quelle est la mienne : celle d'un regard qui ne se croit pas infaillible et d'un être qui se sait trop impliqué dans ses créations pour prétendre évaluer celles des autres , comme je suis honnête j'ajouterai que je n'en ai ni le temps, ni le désir . Quand je fais un retour (rarement) sur une oeuvre littéraire ce n'est pas pour l'évaluer et dire si elle vaut ou pas c'est pour dire ce que j'y ai vu , compris, ressenti et n'oubliant jamais que je ne suis pas omnisciente même si mes diplômes de Lettres me conféreraient au moins pour les textes quelque légitimité à le faire . En revanche je partage tout ce que j'aime le plus que je peux. Je parle des gens dont les écrits ou les oeuvres m'ont remuée , émue, surprise, ravie aux autres, je les offre à qui elles pourraient plaire . J'essaie d'éviter autant que faire se peut un sentiment de rivalité et je n'exige absolument pas qu'on me rende la pareille : ce serait une politique de "marchandage" ou de renvoi d'ascenseur.
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Mythologie et figures féminines -1
- Le 25/07/2018
Parallèlement à l'index en cours j'aimerais regrouper ici certaines de mes oeuvres par thèmes ou unité d'inspiration, c'est comme on veut .
Dans les contes et les légendes de mon enfance, parce que j'étais fille, (même si on le devient, moi j'ai toujours eu le sentiment de l'être "par essence" , pas seulement de le devenir par fabrication sociale ou éducative!) j'accordais une grande importance aux personnages féminins et plus tard quand j'ai étudié la mythologie gréco-latine , il m'a frappé que les déesses illustraient des sortes d'archétypes des différentes facettes de la féminité. Dans le théâtre grec aussi bien que dans la poésie latine je les ai retrouvées ; les plaintes d'Ariane dans Catulle, Didon l'abandonnée préfigurant Bérénice, Philomèle, ou bien encore Antigone.
J'ai vécu mon enfance et mes études imbibées par ces légendes et aussi en filigrane les fées et les princesses des contes. C'est pourquoi vers mes vingt ans j'ai commencé à écrire Oléis le premier "volet" de ce qui sera plus tard, bien plus tard, les Mythologies intérieures. Et comme l'a souligné un de mes lecteurs, ces histoires volontairement situées dans un passé indéfini et une géographie inventée sont à lire en relation avec l'histoire de notre temps (Armine notamment a été rédigé sur fond de guerre en Afghanistan - )
Au delà beaucoup de mes textes sont centrés sur des figures de femmes ou de petites filles comme la Chloé de la Demeure Mentale , ou la Rose du Jeu de la Rose sans doute mes oeuvres diverses ne sont elles que le déploiement de psychés féminines sous des aspects divers choix délibéré : on a si souvent laissé les hommes parler de nous mes soeurs, jusqu'à nous dire même qui nous sommes !
Je voudrais en préalable à la présentation de mon travail textile renvoyer sur cette oeuvre de l'artiste Judy Chicago The Dinner Party , dont je n'ignore pas qu'elle fut très contestée . Comme référent donc : lien
Dans mes oeuvres textiles j'ai abordé ces figures à ma manière qui est celle d'une assembleuse de tissus. Lesquels sont pour moi liés à la féminité et à sa sensualité. Je dirai sans ambages que c'est cela qui me met en route beaucoup plus que des discours savants sur tel ou tel principe féminin . Mon approche n'est pas d'une personne cherchant à faire une étude (que je pourrais fournir cependant) sur le sujet. Pour moi la question était quels tissus pour dire ce mythe ? Et comme toujours ceux-là et pas d'autres choisis par moi en accord avec ce que justement le mythe crée de visions à l'intérieur de moi. Rien d'une approche à "caution intellectuelle", donc. J'ajoute que pourtant j'ai vécu souvent "imbibée" des histoires autour des personnages évoqués, de leurs représentations .
Les tissus pour ...
A la différence des tableaux textiles centrés sur l'illustration d'un mythe les tissus pour restent ce qu'ils sont : à mi chemin du tissu utilisable par ses dimensions pour se réchauffer ou se parer et l'évocation d'un mythe par le textile assemblé.
Tissu pour Aphrodite
Ces belles soies saumon et bleues m'évoquaient Aphrodite/ Vénus . Souvenir aussi du tableau si connu de Botticelli et de l'Aphrodite de Cnide découverte dans mon enfance dans un livre sur Athènes et qui pour moi incarna longtemps l'idéal d'un corps féminin tel que j'eusse aimé l'avoir (qu'on ne rie pas trop de ma sincérité , il y a prescription de toutes façons ). Pour qui connaît le mythe d'Aphrodite tout est dans les tissus mais aussi dans la forme choisie (la colombe est l'oiseau de Vénus, le bleu fait allusion à sa naissance marine), mais chacun des morceaux d'étoffes évoque soit le mythe dans son ensemble (l'impression qui m'en est restée et non quelque chose de cherché après coup dans une encyclopédie) et ses détails la rose, notamment. J'espère qu'au delà du "joli" et du " bien fait" et du "temps qu'il faut pour "on sentira ce principe de vie saisi en étoffes et dans son élan.
Manteau de Flore
Là ce sont les tissus récupérés de la Haute-Couture qui m'ont donné l'envie de ce dessin et de cette redondance de fleur en fleur...
Le tissu pour Ariane
Dont on peut lire l'histoire ici , ou comment de plusieurs nuanciers de soie on reconstruit un labyrinthe de fils chatoyants où l'oeil se perd
Tissu pour Iris ou la couverture aux rubans :
Qui a aussi son histoire ... Comment redire l'arc en ciel, écharpe d'Iris, la fleur et le symbolisme et l'iris de l'oeil avec des rubans et des bandes de soie :
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Index de mes ouvrages et oeuvres textiles
- Le 18/06/2018
Je vous le dis : j'ai la folie des grandeurs . N'ayant pas droit à grand chose en matière de murs offerts par exemple pour une rétrospective ou tout au moins une exposition personnelle, (tant qu'à être mégalo ne le soyons pas à moitié: !) j'ai donc décidé d'indexer ici la quasi totalité de mes ouvrages textles et de mixed media où le textile (et les textes) ont signifiance.
J'ai souvent demandé à mes soeurs en art textile de faire de même sur leur propre site , mais de manière sincère et honnête . Je ne compte pas pour création les quelques ouvrages que j'ai démarqués de modèles pris à mes débuts dans les revues, je ne compte pas comme oeuvres d'art non plus beaucoup de choses, même créées, qui sont des "essais" ou tout simplement des oeuvres de débutante qui ne connaissait alors rien à son art. Mais je n'exclus rien de ce dont j'ai gardé trace et références (il manquera sans doute à ce recensement quelques objets style coussins ou petits tableaux offerts il y a longtemps, ce n'est donc pas exhaustif mais aussi complet que possible. Réussites, essais , grands projets et petites choses douces et tendres mêlées .
Entreprise qu prendra probablement plusieurs mois , à l'heure où j'écris 425 références à rentrer, des photos manquantes à reprendre ou à scanner, à ce propos je dois aussi calibrer pour ne pas dépasser l'espace qui m'est imparti, le but n'est pas de montrer des photos d'art de chaque objet mais de donner une idée de ce à quoi il ressemble.
J'ai opté pour l'ordre alphabétique parce qu'il est pour moi le plus commode , et puis j'aime bien que sur la même page le passé et le présent se mêlent.
Je ne crois pas trop au "progrés" en matière d'art autres que techniques (et encore quand on vieillit on perd sa précision de vue et de gestes) mais à une évolution : on pourra la saisir en regardant les dates .
C'est pour moi un très gros travail et j'aimerais bien qu'on y jette un regard autre que rapide ....ou qu'on y revienne éventuellement (mégalo et exigeante, en plus !). Je souhaite surtout que tout cela puisse inspirer d'autres personnes, leur donner envie de créer elles aussi avec ces merveilleux chiffons qui ont tant embelli ma vie ou tout simplement réjouir les regards.
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Lucette et Jacqueline (s) un livre de cousettes ....
- Le 25/05/2018
Nb -Les gens pressés ou allergiques aux explications peuvent aller tout de suite aux images, à la fin de l'article.
Je collectionne aussi les cahiers de couture et d'apprentissage textile , j'en ai montré quelques-uns ici . Le mien n'a pas été conservé., mais je le revois sur fond bleu grisé et relié avec de gros anneaux . Il faut préciser qu'au lycée ou au collège autrefois on avait cours de "travail manuel" et le travail manuel pour les filles c'était couture, tricot, plus rarement broderie . On peut le déplorer comme étant "sexiste" mais on peut regretter aussi qu'au nom d'une égalité mal comprise, on ne l'enseigne plus ni aux filles, ni aux garçons (les boutons ne se recousent pas tout seuls, et apprendre à le faire n'a jamais empêché de se servir de son cerveau )
Il arrrive aussi que je trouve des exercices de couture en vrac, ce qui fut le cas de ceux que j'ai recueillis il ya trois ans, faits par une certaine Lucette T..
Ils me sont arrrivés l'état de "tas" , parfois salis, des pièces élaborées quasi parfaites mais aussi des essais, des "ratés", des tentatives inachevées. Des réalisations rustiques mais parfois aussi très délicates : bref du disparate, comme j'aime.
J'ai lavé ce qui pouvait l'être sans toutefois chercher à obtenir un aspect trop neuf (laissons la patine de ces chères vieilles choses). Je n'ai pas osé pour tout ce qui était brodé en rouge les fils rouges anciens déteignent souvent.
J'avais d'abord pensé à y adjoindre du patchwrork et j'ai laissé reposer sans trop savoir ce que j'en ferais ; cette année j'ai recueilli d'autres archives d'un apprentissage professionnel cette fois. Pas d'échantillons d'ouvrages mais un cahier de résultats qui atteste que la cousette Jacqueline D ...était douée . Et toute une collection de modèles de broderies qu'elle avait sélectionnés , probablement par goût , plus des cahiers d'échantillons de tissus classés à des fins de connaissance techniques (dont je ne sais pas encore si je les garderai tels quels ) . .Le tout datant de ma petite enfance (années 52 à 54)
Ce fut le déclencheur . J'ai décidé de bâtir un cahier avec les exercices de Lucette et les dessins de boderie choisis dans la collection de Jacqueline D. et brodés par l'autre Jacqueline , moi en l'occurrence ...d'où le -s entre parenthèses du titre du livre textile.
Le premier travail fut de réunir par deux ou trois ce qui pouvait aller ensemble ; j'ai tenté de donner une unité à chaque page : la page des pièces, la page de reprises , la page des pattes boutonnées etc . On peut voir le détail ci dessous mais sur cette page en plus de reprises fort bien réalisées on peut trouver une étiquette portant le nom de Lucette et la note qui lui fut attribuée : 13 /20 :
Les dimensions ont été imposées par les deux objets les plus grands : un très joli sampler de points brodés traditionnellement exécuté en rouge , et un devant de corsage inachevé dont les boutons avaient été récupérés . Ensuite j'ai choisi pour chaque page un tissu différent -selon ma bonne vieille habitude de la variété ) . avec une dominante de tissus "bon enfant" , carreaux, pois et quelques -uns plus raffinés pour accompagner les mousselines froncées et ornées de dentelles, certains venant de mon héritage familial .
Les broderies choisies par Jacqueline D... la couturière experte étaient de celles que je réalisais dans mon enfance découpées dans des magazines, mais aussi dans des revues pour professionnelles : le Journal des Brodeuses ou la Broderie lyonnaise. Je les ai choisies en fonction du tissu de fond, de "l'esprit" des exercices de couture. J'ai brodé sur des tissus ajoutés mais aussi assez souvent à côté du travail de Lucette , réunissant dans ce geste les trois cousettes . J'ai opté pour des points très simples, ceux de mes premiers napperons : point de tige, de chaînette, de bouclette , feston et un peu de passé plat ou empiétant .Le tout en restant sauf pour les pages "délicates" dans des couleurs primaires et avec une redondance d'un motif-poncif fréquent en mon enfance : le bouquet bleuet-blé-marguerites et coquelicots .
Le patchwork chéri de la deuxième Jacqueline (!) est présent sur quelques pages et notamment la première et quatrième de couverture .
Il a fallu ensuite décider de l'ordre des pages et mettre en vis à vis ce qui pouvait aussi s'accorder (ou au contraire contraster ) .
Piquer et renforcer chaque feuillet et le préparer pour le relier -ce n'est pas ce que je préfère, du tout ...
Et tout le temps que je cousais les deux femmes dont je veux honorer le travail sinon la mémoire( j'ignore si elles sont encore de ce monde ) étaient si présentes à mon esprit. J'espère qu'elles ne m'en voudront pas : c'est un peu de leur âme et de leur goût que j'ai voulu sauver de l'oubli (même s'il est probable qu'après moi dans quelques anées, ça y retournera assez vite, à l'oubli puisqu'il n'y a pas de lieux pour recueillir un tel objet ) . Au moins un sursis pour ces étoffes de vie ...et pour moi un bon moment passé à mêler mes points à ceux de Lucette et mes goûts à ceux de Jacqueline D.
Toutes les broderies florales et ajouts de boutons galons dentelles sont de moi .
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La tapisserie à l'aiguille (suite)
- Le 21/05/2018
J'avais déjà évoqué la tapisserie à l'aiguille dans un article précédent
et j'avais dit : je m'y mettrai ..
Voilà quelques essais réalisés en 2016 , où l'idée m'est venue de travailler autour d'un morceau de tissu ou de dentelle avec des points variés , et de manière pas toujours très "académique" -un oeil exercé y trouvera sans doute des défauts -c'était un premier essai et pour tous les points comptés j'ai des problèmes!- mais j'ai pris plaisir à imaginer ces petits tableaux , à varier fils, couleurs et points ... ET sûrement j'en ferai quelques autres sur ce principe ... Ce sont de petits formats -la tapisserie à l'aiguille c'est long !- environ 15 sur 20 cm .
Essai donc à suivre..... et sûrement à transformer ..
Et tant que nous sommes dans la tapisserie à l'aiguille, ce lien vers un site où beaucoup de points sont expliqués très clairement et des conseils judicieux .
A vos canevas !
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Archives du nord
- Le 02/04/2018
Archives du Nord
L'histoire comme souvent a commencé par de la récupération. Ici il s'agissait d'une partie des archives d'une usine de broderie mécanique, un fonds constitué de dessins à tous les stades d'élaboration de l'ébauche au "carton" prêt à passer en machine. La personne qui réalise ces dessins est un esquisseur qui, là, avait travaillé à la main sur des papiers calques.
Le lot comportait des dizaines et des dizaines de schémas , au crayon, calibrés pour passer dans les machines à broder , mais tous différents les uns des autres. Un premier travail a été de trier tout cela et de le ranger dans des classeurs.
Je disposais aussi de textiles, de grands échantillons de dentelles et broderies faites à partir de ces dessins , que j'aurais pu éparpiller dans pas mal de créations en cours , -ce sera le cas avec les restes- mais j'ai eu l'idée et l 'envie (ah mes envidées!) de travailler tout cela dans un ensemble.
J'ai donc réalisé ces dix panneaux brodés main dans l'idée d'associer le travail main et le travail industriel et de valoriser, si possible les deux .
Les dessins des broderies donc ne sont pas de moi , mais il s'agit d'un usage non commercial et je me suis senti le droit de les utiliser à ma guise, les transformant d'ailleurs parfois pour les adapter soit au cadre choisi, soit à ma fantaisie du moment . Et tout le travail de "brodeuse créatrice" en revanche est de moi, j'y tiens : c'est l'essentiel de mon plaisir devant chaque dessin de me dire : sur quel fond, avec quels points, quels fils, quelles couleurs, voire quel style de broderie ?
Je présente ici une première série de dix ouvrages, j'espère en faire davantage (il reste tellement de dessins à interpréter -voire à hybrider, le calibrage permet de mélanger la tige de l'un avec les fleurs de l'autre)
Motifs essentiellement floraux, qu'on me dispense du reproche de banalité ... J'aime les fleurs et je me fiche que ça ne soit pas original. Beaucoup d'actes essentiels à la vie (la naissance par exemple !) le sont tout autant! Je rappellerai qu'aux siècles passés, les jardiniers du roi plantaient ... pour les brodeurs !
Des fleurs donc mais aussi beaucoup de volutes, de motifs en médaillons symétriques .. Mais je me suis laissé dire en feuilletant ces classeurs qu'il fallait sans doute beaucoup d'imagination aussi pour renouveler les poncifs à chaque "saison" et sortie de collection.
Je n'ai pas pu dater ces archives mais l'usine Lamouret dont elles sont issues est fermée depuis quelques années déjà, et d'après les papiers utilisés, le travail au crayon et à la main - (je présume qu'aujourd'hui on utilise des logiciels), je pencherais pour les années 70-80.
Ainsi , à ces graphismes sujets à des contraintes multiples dû au calibrage et à l'adaptation aux broderies machine, j'ai voulu rendre une sorte de liberté . J'ai voulu aussi honorer le travail de ce ou ces esquisseurs inconnus et ne pas laisser tous ces dessins sans vie ... dans un classeur. Donc en extraire ceux vers lesquels je me sentais le plus appelée (les réaliser tous est un rêve!).
Le travail 1 est une sorte de sampler fait avec des broderies imitant la dentelle-la technique de fabricatuon étant différente- , que j'ai ennoblies au sens propre du terme par perlage et broderies au fil de soie :
Les travaux 2 à 4 et 6-7 sont fondés uniquement sur les dessins et leur interprétation. Pour cette série je suis restée fidèle à la broderie raffinée en fil de soie , de lurex et perlages .(voir la série complète sur la page suivante) :
Les pièces 5-8-9 et 10 exploitent,elles, les motifs déjà réalisés par les machines.Il a parfois fallu , comme dans cette pièce 10 équilibrer la composition par rajout, le but étant de rompre la symétrie des motifs appliqués.
On peut se faire une idée du travail de l'esquisseuse et des diffrences entre dentelle et broderie sur ce lien . La broderie mécanique est apparentée à la dentelle mécanique . Mes archives proviennent de la ville d'Outréaux , où il existe une maison de la broderie que je compte bien visiter . Ajout 2023 : c'est fait et je vous invite à y passer 20 rue Victor Hugo à Villers Outréaux . Que de merveilles !
Série visible à la Salle des machines, en visite privée, sur demande.
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Jeux de mains
- Le 20/03/2018
" Les peintres ne peignent pas non plus avec leurs pieds" ...
Des réactions à l'article précédent (merci à celles qui m'en ont fait part ), je retiens qu'il faut revaloriser le "travail manuel". Certes, je ne puis qu'applaudir (des deux mains ) mais ça dépend comment (toujours méchante, jamais contente, chieuse, quoi !). Je m'explique . C'est pour moi vital, crucial. Si ça barbe, on ne lit pas , si ça irrite, agace ou blesse, je vous prie de m'en excuser. En aucune chose, je ne prétends détenir la vérité, mais je soulignerai que je n'affirme que des choses mûrement réfléchies, comparées, étudiées, analysées, éprouvées .Vécues, même et ce, depuis plus de 30 ans. Trente ans et plus .. .que j'ai mis mon grand nez dans l'art textile sous tous ses aspects... trente ans que je réfléchis sur les pratiques sur les notions d'art et de création en ce domaine , mais par rapport aux autres arts aussi,et surtout sur la manière dont elles sont ou ne sont pas connues -reconnues.
Je tiens au distinguo quand on sait ce que mal interprété, il produit très précisément ce qu'on essaie d'éviter. Je conçois qu'il faut être un peu "de la partie" pour s'en rendre compte.
Le but du livre Anonymous was woman est de sortir les créations textiles qui sont d'authentiques oeuvres d'art de création le mot est capital, du ghetto du panier à ouvrages et de les distinguer de ce qui juste réalisé mais non imaginé et conçu. Qui, lorsque l'exécution est époustouflante est aussi un art, mais pas le même (et surtout dans notre civilisation occidentale pas considéré du tout de la même façon ). C'est précisément sa différence avec la majorité des ouvrages sur les textiles au féminin qui montrent l'habileté, l'amour , le soin mais ne regardent pas à la conception , aux visions créatrices (et pas seulement créatives ou décorative ou utilitaire ) des ouvrages .
Certes les femmes dont je montrais tableaux et aquarelles dans l'article précédent savaient se servir de leurs mains (pour faire la vaisselle et torcher les mômes aussi et ce n'est non plus nullement dégradant) . Mais...pas que de leurs mains. Coudre un ourlet certes n'est pas infamant et il y faut une habileté manuelle, que tout le monde n'a pas, mais l'imagination n'y est guère requise et c'est là une première différence. C'est un acte technique pur, si je puis dire même si, certes, il y a une intelligence du geste qui convient . Que je sais faire. Je sais cette "intelligence" de la main qui correspond à un geste sûr "fabricatif".
Assembler pour obtenir un objet -qui va servir- et doit être fonctionnel, donc , ce n'est pas la même chose qu'assembler en usant des étoffes diverses comme d'un langage. Le patchwork-quilt si mal connu en France (ou du moins connu selon des stéréotypes et superficiellement) est précisément à la croisée de ces deux "valences" couturières. Il peut servir (mais pas tous : les heirloom quilts étaient souvent destinés à être juste montrés, les crazys quilts victoriens qui ne se lavaient pas étaient considérés comme des oeuvres d'art pas comme des couvertures !.. ) .Il peut aussi s'accrocher à un mur à l'instar d'une oeuvre abstraite ou picturale, dans n'importe quel autre medium. seulement comme galeries d'art et musées "généralistes" n'en montrent pas , il n'a donc pas ce statut et c'est pourquoi la conséquence directe est l'oubli -que dis- je : la non -existence !- des artistes qui les ont créées, et la non-conservation de leurs oeuvres comme étant leur oeuvre propre (et non un témoignage sur leur époque seulement !) .
C'était la part d'évasion, de liberté de ses femmes et je suppose qu'elles n'auraient pas trop aimé, elles non plus, qu'on mette sur le même plan le rapiéçage de chaussettes ou les ourlets faits aux torchons , même avec amour et parfaitement cousus, et leurs merveilleuses couvertures imaginées. Sauf à être une très grande dont le nom sanctifie les gestes textiles, mais si Madame Lambda essaie de faire pareil, elle à qui on ne reconnaît même pas de l'inspiration et le pouvoir de créer quand elle crée vraiment, vous parlez , surtout si Madame Lambda ne maîtrise pas les codes du discours intellectuel accompagnant la chaussette reprisée !
Parce qu'aux yeux du grand public, on ne revalorisera jamais les patchworks que créent les anonymes en les assimilant soit à la copie d'ouvrages à fonction juste d'imitation virtuose, soit à la couture utile (même en revalorisant celle-ci) . Ce qui est quasi CONSTANT. D'ailleurs pour que la couture utile accède au rang d'oeuvre d'art il faut quelque peu la conceptualiser, l'inclure dans une "démarche" intellectuelle ce que font des artistes renommées actuelles, qui ne reprisent peut-être que pour la gloire, pas pour boucher de trous. Tous les gestes de l'art textile, je le montrerai dans un autre article, incluent des symboles facilement conceptualisables. On peut aimer aussi travailler les matières textiles juste parce qu'on les aime et qu'on a quelque chose à dire avec cela et qu'on maîtrise cet art de langage avec étoffes rassemblées en surface. Pourquoi créer ainsi n'est-il quasiment JAMAIS pris en compte comme création esthétique et signe d'une expression personnelle particulière ?
On peut lire à cet égard aussi l'ouvrage de Claude Fauque, Le patchwork ou la désobéissance, souvent évoqué ici et dont je rappelle cette phrase, capitale pour comprendre :
Le patchwork quilt ou appliqué peut-être considéré comme un art précurseur, à l’art abstrait non figuratif. A l’écoute de leur intuition et de leur inspiration et en utilisant un matériau intime de l’univers féminin, ces artistes ont su libérer leur nature créative parfois contenue au plus profond d’elles-mêmes""
Et parlant toujours des quilts dits pourtant traditionnels , elle note: « pop art, op art , abstraction géométrique , collage tout cela a été recensé sans le savoir sous les doigts des quilteuses ».
DONC coudre pour assembler un patchwork dont on a composé le dessin, choisi les étoffes , concocté l'assemblage, ou broder une composition dont on a décidé des couleurs, des matières, des fils, des points surtout ce n'est pas du tout pareil : c'est la même main, mais guidée par l'inspiration personnelle, c'est ce que je tente désespérément parfois de faire saisir. Remarquez je n'espère plus vraiment, mais je continue quand même.
Si on assimile sans cesse soit à celle qui reproduit la conception d'un ou d'une autre , soit à un geste juste utile à visée non esthétique, on dévalorise forcément et on nie cette force vive qui est précisément la création en ces ouvrages . Même si ces deux autres manières de coudre ou broder ou raccommoder ou tout ce qu'on veut ne sont pas infamantes, elles ne sont pas, tout simplement de même nature.
Cette main-là ne coud que parce que l''esprit et le coeur ont visionné quelque chose de particulier , et quelque chose qui précisément échappe aux obligations du quotidien et des gestes nécessaires. Que ceux-ci aient leur noblesse et surtout leur nécessité, je le nie pas, mais pour dire les choses clairement : je ne mettrai pas les pantalons de mes enfants repetassés des milliers de fois sur le même plan que mes surfaces de liberté en folies de couleurs Parce ce n'est pas du tout la même chose, tout simplement.
Aucun travail humain manuel ou pas n'est méprisable mais mettre tout sur le même plan, nie précisément ce qui tente désespérement d'exister, à l'égal des autres arts . Car enfin :
De l'habileté voire de la virtuosité manuelle il y en dans nombre d' autres arts seulement - en fait, je n'en sais pas un qui n'en exige !- on ne les ramène pas sans cesse qu'à cela, en oubliant tout ce qui a permis AVANT d'arriver à ce travail des matières , si important ! : les peintres ne peignent pas avec leurs pieds ,et on ne leur parle que rarement de leur "travail manuel" . Ils n'aimeraient pas, et on jugerait normal qu'ils s'en insurgent. Nous, c'est quasiment le contraire, si on ose rappeler que non ce que nous faisons, ce n'est pas juste de la réalisation, on s'entend traiter d'outrecuidante qui mépriserait le travail technique et utililitaire . Je pourrai dire la même chose du graveur , du sculpteur etc.
Chez le peintre , graveur, sculpteur ce qu'on regarde c'est les couleurs, la composition, les formes et l'expression qui s'en dégage. On l'interroge sur ses visées, sa démarche ce qu'il a voulu signifier. Nous on nous demande "comment c'est fait ?"ou bien "ça t'a pris combien ce temps ?" ou encore et c'est le pire "tu l'as pris où, le modèle ?" . De visée nous ne saurions avoir d'autre justement que ces tâches assignées aux femmes depuis des millénaires. Nous nous ne pensons pas, voyez-vous !
Précisément parce que nos surfaces créées sont des entre-deux . Des sortes d'objets artistiques non identifiés comme tels puisque ce non-art est hors culture générale . Il faut déjà, pas mal de courage pour oser affirmer qu'une surfcace d'étoffes assemblées pourrait bien être regardée comme une surface dans un art dit majeur ou dans les arts textiles se revendiquant contemporains à l'égal des sculptures et suspensions diverses dont les galeries sont inondées alors que de patchwork de création, on ne voit guère en exposition en solo -sauf dans les salons commerciaux ou sauf à faire partie d'un groupe. Et il y restera , car ce qui est loué et distingué dans l'art textile contemporain, ce n'est certes pas ça, qu'il faut l'éviter. On le dit depuis vingt ans !
Poser comme principe que nos surfaces sont exclues de l'art général , justement parce qu'asssimilées à de l'art appliqué ou décoratif au mieux, de loisir "occupe-doigts " au pire . Et ce même si on fait des surfaces à exposer sur des murs comme on met les peintures ou les gravures sur les murs. Nous n'avons droit à RIEN en ce domaine, aucune existence en tant que créatrices d'art général, on est exclues de la culture alors que les peintures abstraites citées par Clauque Fauque, elles, elles y sont . Qui nous prouve que ce que nous faisons vaudrait moins sauf le préjugé qui s'attache à exclure notre art ? Si on n'analyse pas nos surfaces en tant que compositions esthétiques personnelles comment serait- ce possible ? Si on ne loue que le travail manuel ? C'est ce que tente le livre Stitching resistance, le livre Anonymous was a women et quelques autres trop rares. C'est ce que l'exposition Abstract design in American quilt en 1971 a tenté et réussi (mais sans que ça change, au fond le regard sur malheureusement) . Tout reste à faire au niveau analyse critique, histoire des oeuvres et des artistes .Et, je le crains, ne sera pas fait.
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Anonymous was a woman
- Le 16/03/2018
- Dans présentation
Anonymous was a woman
Auteur : Mirra Banks
1979
en anglais
éditeur : St Martin Press , inc.(livre épuisé acheté d'occasion)
Ce livre est cité dans l'ouvrage Stitching resistance dont j'ai déjà fait le compte rendu
Lien vers Stiching Resistance
Bien avant qu'on en prenne conscience en France (et encore de manière clivante, le plus souvent !), l'auteur s'est intéressée aux travaux artistiques des femmes américaines dans deux domaines : peinture et travaux textiles (broderies essentiellement tapisserie à l'aiguille et quilts , avec souvent un mélange textile, broderie et peinture notamment (donc on n'innove pas au XXI siècle, en le faisant). Le livre est constitué de témoignages relevés dans les journaux intimes de l'époque ou des ouvrages littéraires autobiographiques et d'illustrations desdites oeuvres . Il est rare bien sûr qu'oeuvre et texte coïncident puisque si les artistes ne sont pas toutes anonymes, elles sont restées inconnues, pour la plupart .
De ces femmes oubliées Mirra Banks écrit en présentation : (je traduis pour la commodité de la lecture )
" Rarement conscientes d'être des artistes, ces femmes essentiellement occupées à élever des enfants, assurer l'organisation des fermes et des maisons, ces femmes ont cependant embelli chaque phase de leur expérience, depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse et exprimé tout ce qu'elles ont appris de la vie et de l'art dans un travail décoratif d'une étonnante beauté " .(à noter que décoratif ne signifie pas ici juste pour faire joli, comme chez nous!)
Le livre suit effectivement les époques de la vie de ces femmes d'autrefois .
La première partie évoque l'époque de l'école et l'apprentissage des samplers de broderies, mais également de l'apprentissage du patchwork -qui faisait partie de l'éducation scolaire- si on en juge par cet extrait d'un livre de Lucy Larcom A NewEngland girlhood : "Nous avons appris à coudre un patchwork à l'école dans le même temps que nous apprenions l'alphabet ; et presque chaque fille grande ou petite a un couvre lit quilté de son cru commencé avec en vue le trousseau de sa future maison . Je ne suis pas vraiment passsionnée par la couture, mais j'ai pensé qu'il valait mieux commencer le mien de bonne heure. Aussi ai-je réuni quelques carrés de calicot, et entrepris de les assembler, à ma manière habituelle qui est indépendante, sans solliciter une direction.J'aime assortir ces petits bouts de cotons imprimés , parce qu'ils sont les restes de robes que j'ai vu porter et elles m'ont rappelé les personnes qui les portaient ."
A noter que je pourrais signer aujourd'hui encore les deux dernières phrases et qu'elles me confirment dans l'idée qu'il y avait beaucoup plus de libre création dans ces surfaces que de nos jours quand on copie ou interprète de très près un modèle avec un pas à pas qui vous mâche tout le travail.
La deuxième partie concerne le mariage, et la troisième la vie quotidienne . C'est de celle-ci que j'extrais ce témoignage touchant issu d'une lettre d'une certaine Marguerite Ickins à sa grand-mère :
" Ce travail m'a pris plus de 20 ans, presque 25 (...)Toute ma vie est dans ce quilt (...)Toutes mes joies et tous mes chagrins sont cousus dans ces petits morceaux; Quand j'étais fière de nos garçons et quand j'étais en colère contre eux. quand les filles m'ennuyaient ou m'inspiraient un chaud sentiment de tendresse. Et John aussi .Il est cousu dans ce quilt et aussi nos trente ans de mariage. Parfois je l'aimais et parfois j'étais assise auprès de lui, le détestant, et j'assemblais les morceaux ensemble. Aussi y a -t-il tout dans ce quilt, l'amour et les craintes,mes joies et chagrins, mes amours et mes haines. Je tremble par fois en pensant à ce que ce quilt sait de moi ".
Ce quilt nous ne savons pas à quoi il ressemble ... perdu dans la nuit des temps et c'est bien dommage. Et ce dans un pays qui a plus de considération pour cet art que nous (alors en France, vous pensez bien !) .
Ce quilt n'est donc pas de l'auteur de la lettre, mais illustre la période "wedding quilts" ces ouvrages (ou osons le mot oeuvres ) , c'est un "sampler" aussi montrant différents "blocs" ces carrés qu'on assemble :
Evidemment l'éducation des filles, à cette époque , est religieuse et domestique, et obéit à une morale qui ferait se dresser les cheveux sur la tête à beaucoup d'entre nous, mais on constate à lire ces extraits de journaux et de lettres que ça ne les empêche ni d'imaginer, ni de rêver. Tout au contraire. On ne peut reprocher à quelqu'un d'une époque de se conformer au "bien" et à la morale admise de cette époque-là. Que dira-t-on de la nôtre plus tard si les moeurs changent, ce qui est probable ? Et il est infiniment dommage qu'on n'ait conservé de ces oeuvres que l'idée qu'elles étaient signe de "servage et d'obédience" alors que précisément c'était la zone d'évasion et d'imaginatioon que la société d'alors permettait . Les images en attestent, à chaque page que je ne peux montrer toutes tableaux superbement composés et dont on peut penser qu'ils ont été dessinés par les brodeuses (certains mélangent aquarelle et broderie ) et aussi une maîtrise de ce qu'on nomme "peinture à l'aiguille". Cette oeuvre de Mary Green, datée de 1804 propose une composition parfaite. Un journal atteste qu'à l'école " l'ouvrage d'aiguille ormental est enseigné " :
Et justement cet acte créatif a été occulté , ce livre que j'ai eu du mal à trouver est un des rares qui évoquent ces travaux.
Et à présent un voeu pieu, à l'égard des millions d'anonymes ou inconnues que nous sommes ... Soyons moins modestes et si nous créons , faisons en sorte que nos oeuvres soient dignement conservées. On sait qu'on n'aura pas droit -ou rarement - à une recension côté grands arts, (j'ai eu ! merci je ne dis pas cela par dépit ou frustration!) mais alors débrouillons-nous nous mêmes : écrivons aussi sur ce qui a suscité nos créations, ce n'est pas de l'outrecuidance, comme on me le dit, c'est une juste remise en place d'oeuvres injustement exclues de la culture artistique dite contemporaine. Nous existons dans notre siècle et dans les diversités de nos créations. Faisons savoir que nos oeuvres existent, même si tout est fauit pour nous reléguer dans notre "ghetto culturel".
Et soyons aussi honnêtes, ce qui est pour moi la seule façon valable d'être réellement humbles et modestes : disons nos sources , si nous en avons, et cessons de faire croire que nous sommes l'auteur du kit ou du modèle piqué à une revue , ou qu'empruntant le graphisme à un peintre abstrait du XX° siècle nous sommes des "novatrices" sublimes , plus artistes que celle qui part d'un poncif de son art.
Et si nous avons pouvoir à le faire, insistons pour que nos oeuvres aient le droit à la conservation au même titre que les grands arts, elles valent bien les tas de gravats et de bûches dont les musées d'art contemporain sont parfois encombrés . Si des capsules de yaourt assemblées sont du plus grand art textile que nos compositions (personnelles et signifiantes tout autant ) d'étoffes pourvu qu'on les assortisse du discours congruant le prouvant, écrivons les nôtres de "discours", je peux aider qui n'y parviendrait pas ..... Faisons des index de nos oeuvres sur nos sites , expliquons, témoignons .... Signons nos oeuvres en indiquant qui a fait quoi : designer- réalisatrice- quilteuse nous aiderons les historiens du textile futur ; cessons de faire "profil bas", pour ne pas être (sauf si on le souhaite) des anonymous women du XXI siècle .
On peut si on le souhaite et sur ce dernier point m'écrire sur chiffondart@aol.com