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Des gestes -et de la geste- du textile...

Les gestes de l'art textile sont souvent  un peu partout mélangés et confondus.  Et leurs résultats aussi.

Le grand public, surtout masculin - qu'on me pardonne ce "sexisme" !- je sais qu'il est d'heureuses exceptions- lui , ne sait toujours pas bien la différence entre tissage, filage  assemblage et broderie. Dentelle, macramé, tricot, tapisserie, broderie,crochet et patchwork, tout ça c'est pareil.  Une affaire de bonnes femmes, presque, voire de grand-mère, les  stéréotypes  faisant des dégâts-sexisme et âgisme étant en filigrane-   (sauf, je le souligne encore, quand on est dans la case qui convient, celle qui n'est pas toujours très textile, du reste...).

 Tant de fois on m'a dit, désignant mes quilts :  "ton crochet , ton tricot, ta tapisserie"... Or ce n'est rien de tout ça.   Plus de différence entre eux cependant qu'entre l'aquarelle et la gouache ! Et c'est parfois signe de mépris involontaire ...ou inconscient. Connaître c'est déjà un petit peu apprécier ou du moins si on n'aime pas,  on sait alors de quoi on parle, vertu qui tend à se perdre !

Démêlons un peu tout cela. Et si possible dans l'ordre d'apparition.

 Assembler- Coudre

Coudre :  c'est assembler des morceaux (pas forcément de tissu) avec une aiguille. Le geste d'assembler  d'attacher, de "connecter" a précédé celui de tisser et  celui de filer (on peut assembler avec des lanières de peau ou de végétaux  du crin animal, des tendons  séchés aussi  etc. ) puisqu'on assemblait des peaux pour se vêtir, se protéger, et pourquoi pas décorer (sans oublier que lesdits ornements pouvaient avoir valeur symbolique, sociale, magique ou religieuse) .

  Côté aiguilles -car oui l'aiguille est bien le premier objet d'un art d'assemblage sinon textile  :   en 15000 avant JC apparaissent  les aiguilles à chas, bien avant pour celles qui servaient  juste à percer .

L'assemblage par application  (quand on pose une forme  sur une autre et qu'on la fixe sur ce support) est aussi un des plus anciens (on en trouve dans l'ancienne Egypte -en peaux toutefois ). Il est à noter qu'à notre époque son "classement" hésite entre broderie  et patchwork, puisqu'il participe des deux. Pour le détail des techniques on peut voir cet article.

 L'assemblage d'étoffes, hélas pour lui,  n'a pas ses mythes et ses déesses.. Pas de Pénélope ni d'Arachné dans lesquelles se draper, si je puis dire ... mais il a ses contes et son folklore (cf la veste rapiécée) et tout  le monde connaît le petit  tailleur qui  tuait les mouches et les célèbres habits neufs de l'empereur ( à noter que dans ces contes ce sont souvent des hommes - artisans professionnels- qui cousent.) et les merveilleuses robes de Peau d'âne dans le conte de Perrault . Et les chansons populaires aussi comptent nombre de "cousettes" , lingères et autres ouvrières . 

Je pense d'ailleurs que l'invention de l'aiguille à chas est pour les arts textiles aussi importante que celle du tissage, mais les spécialistes n'étant point de mon avis, c'est filage et tissage qui ont prédominé  dans l'imaginaire collectif.

Le geste d'assembler  des morceaux pour en faire une surface n'a pas trouvé ses lettres de noblesse et il ya sûrement à méditer là-dessus ....

Le patchwork est un art d'assemblage,qu'on assemble par juxtaposition(couture dit piecing en anglais) ou par superposition (appliqué). Lié à la notion d'économie , à la pauvreté parfois volontaire  dans les religions orientales, il est aussi paradoxalement parfois tout aussi bien signe de richesse  et signe par lequel on montre qu'on peut s'offrir plusieurs étoffes différentes, parfois très luxueuses,  pour un seul vêtement . Il est art de mosaïque, mais aussi de  couture, de la broderie  vient parfois s'y rajouter  et  il   est parfois rattaché à cet art, notamment les crazys quilts.

 

Jacqueline

 

 

Le tissu déjà est une matière assez variée pour permettre aux assembleuses de tissus de dire par ce moyen mille choses mais l'art, force est de le reconnaître reste mal connu et souvent déprécié, sauf à imiter la peinture, la sculpture ou tout autre art qui a droit de cité  déjà dans les musées  consacrés aux "grands " arts. Quand on expose de l'art textile, même en surfaces d'étoffes  assemblées, et si on excepte l'exposition du Whitney museum en 1971  le quilt géométrique  de création  reste à la porte  et confiné dans les expositions spéciales pour, si je puis dire.

 Filer

C'est fabriquer du fil, c'est à dire amalgamer des fibres et en faire une sorte de long et fin cylindre,  ça se faisait généralement au début avec une quenouille (parfois avec les doigts  (on ne vous dit pas dans quel état ils devaient être !)  puis un rouet.

Aujourd'hui le fil est fabriqué dans des usines, mais pendant longtemps l'activité de filage est restée à la campagne une tâche féminine comme à peu près tout ce qui est long, ennuyeux, répétitif  et parfois rebutant au prétexte que "ça ne nécessite pas de force physique" . Voire ...

On trouve encore actuellement de fileuses artisanes  d'art , qui créent des fils , organisent des stages et transmettent ce savoir.

 L'art du fil a ses manitestations artistiques et le fil lui-même ses chefs d'oeuvre (sculptures en 3 D , notamment ). Taper sculptures en fils dans un moteur de recherche pour voir ce qu'on peut en faire . Mais  utiliser du fil : ce n'est pas filer , c'est isoler un élément , pas vraiment "textile" puisque non tissé, pour créer avec lui

Le rouet d'Omphale  qui contraignit Hercule à en user, est célèbre et dans les contes celui de la Belle au bois dormant  (entre autres !)

Les Moires chez les Grecs  filaient la vie des êtres humains et étaient au nombre de trois  Clotho  la fileuse Lachésis la répartitrice  son nom évoque le tirage au sort chacun sa part courte ou longue et Atropos, l'implacable , l'inévitable, le coupe .Elles ont sous le nom de Parques un rôle analogue chez les Romains avec des noms différents Nona, Decima et Morta. Nona étant à l'origine chez les latins unique. On peut remarquer que le langage courant  sélectionne souvent  le nom latin pour l'ensemble des trois soeurs et les noms grecs pour les désigner.  On les trouve evidemment dans d'autres mythologies .

Il existe d'innnombrables contes, légendes et mythes mettant en scène des fileuses.

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 BRODER

On lit parfois que la broderie est venue,  elle aussi, après l'invention du tissu et j'en doute. On peut broder sur des peaux de bêtes (du cuir ) et sur des écorces (cela se fait encore );  juste que de nos jours quand on brode sur autre chose que du tissu, on appelle cela curieusement "innover",  alors qu'historiquement parlant on retrouve les origines. Simplement, l'invention du tissu évidemment a pu donner essor à cet art  (et à bien d'autres ), le support étant idéal pour le geste . Le tissu par sa structure se transperce facilement, il permet aussi de compter les fils . Mais broder c'est déposer ou attacher quelque chose sur un support : ce quelque chose peut-être des motifs de fils , mais des perles, des pierreries , des plumes (même si le métier de plumassier s'est différencié au fil du temps.) . La variété des supports  et des ajouts tenus par un fil ( bien qu'actuellement il y ait un goût pour les tesselles collées sur étoffe en loisir créatif ) n'est pas absolument pas une invention de notre époque, juste que nous adaptons  l'art aux matériaux dont nous disposons. 

Il est vrai les définitions habituelles de la broderie incluent quasiment toutes le support textile qui reste le favori.

Sur l'histoire de la broderie on peut lire Claude Fauque et Françoise Cousin  La Broderie, splendeurs mystères et rituels d'un art universel  mais aussi pour un point de vue différent Rosika Parker The subversive stitch et les articles du dictionnaire culturel du tissu " et également l'excellente Encyclopédie "Autour du fil" , pour ne citer que quelques ouvrages.

 Broder est un geste assimilé symboliquement à la richesse (de ceux qui portaient les vêtements brodés )  et il y a eu très tôt tout autour de cette activité un artisanat d'art et un commerce . Motifs tissés et motifs brodés étant parfois en concurrence, et les gestes parfois proches puisque pour coucher les fils (les déposer à la surface de l'étoffe avant de les maintenir par de petits points) dans les figures importantes on utilisait des "broches" et que le brochage est aussi une technique de tissage. Zola dans son roman  Le Rêve décrit ce travail. Il est à noter deux choses : que si les artisans brodeurs chefs d'atelier étaient souvent considérés comme des artistes à part entière, les "petites mains" elles étaient parfois très mal payées et travaillaient dans des conditions plus que difficiles. Et restaient -et restent encore souvent, anonymes-   ceci pour les professionnelles.

Hélène de Troie dit-on au chant III de l'liade  brodait sur un voile pourpre ou d'un blanc éclatant selon la leçon du texte grec qu'on privilégie, les exploits guerriers auxquels elle assistait, le texte grec signale sur un tissu à double face. On n'extrapole guère là-dessus -plus facile de décrire les actes guerriers que de montrer une brodeuse en action , sans doute!

D'autre part,  la fonction de broderie domestique  rendue nécessaire par le marquage du linge , mais également d'agrément ou de décoration des  vêtements et maisons a toujours été regardée comme un domaine  dévalorisé puisque a- ça ne rapportait pas d'argent du moins en activité  dite de loisir b- ce sont les femmes qui le faisaient. Le cliché de la dame n'ayant rien d'autre à faire de ses dix doigts que de la tapisserie à l'aiguille dans un coin du tableau qu'elle décore, elle aussi par sa présence,  genre potiche oisive (!)  est encore bien imprimé dans la mémoire collective. Il faut noter cependant et certains romans sentimentaux en attestent que c'était à la fin du XIXe siècle, pour une jeune fille de la noblesse désargentée , un moyen jugé honorable de gagner sa vie avec lectrice- dame de compagnie et dans des milieux moins huppés le travail de broderie à domicile était un moyen de gagner de l'argent. . Si on n'a pas peur de déchoir en lisant un roman de  Delly ma Robe couleur du temps montre un personnage de jeune femme ruinée qui brode pour les maisons de Paris .

 C'est pourquoi il est si diffcile de faire saisir qu'on peut travailler chez soi, en amateur et créer vraiment  en brodeuse c'est à dire choisir ou dessiner son motif (en noir et blanc pas déjà tout interprété par quelqu'un d'autre ) composer avec lui un ensemble, choisir les points, les couleurs et les fils.

 

Il existe des dizaines de styles de broderies différentes. J'ai évoqué les  broderies en relief et la broderie "tapisserie à l'aiguille", je pense écrire d'autre articles au fil de mes apprentissages (qui continuent) .

Broder c'est aussi littérairement parlant partir d'un thème et inventer à l'infini des variations sur le thème. Et en musique  :  En harmonie tonale, une broderie est une note étrangère qui s'éloigne conjointement d'une note réelle pour y revenir aussitôt1 (source Wikipedia) et on y retrouve , l'idée d'ajouter pour nuancer ou rompre en restant lié à  ensemble cohérent .
 

Tisser

Tisser suppose un entrecroisement de fils de chaîne (les longs ) et de trame qui traversent les précédents .

Le lien entre le fil et les mots passe acteullement par la déconstruction  encore très tendance via la figure de Pénélope, souvent convoquée . L'histoire de Pénélope est bien connue.L'est moins le fait qu'elle tissait le linceul de son beau-père et non une "tapisserie" . Le mot grec utlisé est iston qui  vient de  la position du métier à tisser ( dressé devant la tisseuse) et a donné aussi notre Histoire par l'intermédiaire du verbe istèmi, qui en dehors d'avoir fait le desespoir des apprentis héllénistes par les difficultés de sa conjugaison, désigne une forme de savoir (le grec n'a jamais qu'un seul verbe pour désigner les opérations de l'esprit et elles sont souvent couplées avec des savoirs techniques ).

 Arachné  filait sans doute aussi mais c'est comme tisseuse "tapissière"qu'elle s'opposa à Athéna et pour cause : comment voulez- vous que sur un fil elle ait pu représenter les  amours de Zeus  ?  Arachné fut par vengeance d'Athéna transformée en araignée , les dIeux antiques détestaient qu'on osât s'égaler à eux , défaut qu'ils nommaient "ubris" noté parfois hybris -  une araignée, file et  tisse sa toile d'une manière absolument fascinante  de justesse et de précision .

  Pour la fêtes des Panathénées les jeunes Athéniennes mettaient quatre ans à  tisser le voile  de la déeesse. De ces tissages antiques nous ne savons pas grand chose et seulement par les textes  souvent épiques ou "fabulés" et bien sûr par l'iconographie. Broderie et tapisserie se rejoignent chez nous dans le terme "tapisserie à l'aiguille" -qui reste, toutefois une broderie.

Athéna était entre autres beaucoup d'attributions une sorte de protectrice  des travailleuses textiles ( tisseuses en particulier) .

Philomèle qui fut violée et mutilée par son beau-frère Térée (ce qu'Ovide nous raconte dans ses Métamorphoses où il  a sans doute beaucoup "brodé" lui-même ) communiqua avec sa soeur par le moyen d'un récit (où elle raconte les exactions dont elle fut victime) dans ce qu'on juge être un "tissu" , le texte latin dit en mêlant les fils rouges et blancs . J'ai pensé, tirant la couverture à moi, que se pouvait aussi bien être une broderie (une brodeuse peut mêler les fils rouges aux fils blancs de la toile et pour reproduire une histoire surtout sous surveillance à mon avis broder c'est plus discret ! )   Même si nous sommes dans un mythe dans lequel aucun réalisme n'est requis. C'est cette broderie que j'ai illustrée ici dans une ATC (carte d'artiste pour échange).

La broderie barbare de philomele

Pour  qui connaît le tissage et les métiers à tisser primitifs cela laisse rêveurs du reste ... sur la réalité de ces "tissages" mais pas impossible non plus que les hommes poètes qui racontaient ces mythes aient confondu tissage et broderie  :-)  comme c'est si souvent le cas de nos jours.

Et la dentelle ?

La broderie d'une certaine façon est aussi l'ancêtre de la dentelle : les mêmes points mais sans support ou alors par le tirage de fils, le tissage en "filets" etc. Dentellières et brodeuses sont souvent aussi confondues d'autant qu'il existe des dentelles à l'aiguille. Le fuseau avec lequel on croise les fils sur un carreau est aussi souvent représenté (la dentellière de Vermeer notamment).

Le macramé (encore un mot qui fait ricaner)   se fait avec des noeuds   et la frivolité avec des sortes de petites navettes  et je le souligne ces disciplines peuvent donner aussi des oeuvres d'arts authentiques, uniques par le travail personnel de création qui les anime. Il existe aussi du crochet d'art et du tricot d'art dont le résultat est de la dentelle même si certains le contestent car tricot et  crochets sont des arts populaires, surtout pratiqués par des femmes et domestiques : toujours le même écueil tout ce qui touche au tissu, à la mode  n'évite pas la notion de "prestige" .

Mais alors que la broderie se fait sur un support qu'on conserve, la dentelle, elle se fait sur un support qu'on détruit  (ou sans support en cas en  crochet) ou en dentelle au tricot. Les broderies à jours, sur filet, sur tulle ou découpées (Richelieu, Renaissance, Broderie anglaise  etc. sont souvent assimilées à de la dentelle). Sur les dentelles mécaniques voir  ce lien

Tricoter 

Bien qu'on en ignore la date d'apparition le tricot est une technique textile très ancienne . Ainsi peut-on voir dans un tableau  de Beltram de Minden peintre du XIVe siècle une  Vierge à l'enfant tricotant  :

9 tricot vierge tricotant beltram

On utilise en général des aiguilles longues sur lesquelles on monte des boucles de fil (de la laine le plus souvent ) appelées  mailles  mais les célèbres cottes de maille ne se tricotent pas avec du fil de métal (beaucoup trop rigide) elles se sertissent (je l'ai vu faire) . Jadis on apprenait à tricoter aux filles-et à certains garçons- dans l'enfance. Ce n'est pas si facile, le geste demande une coordination fine des mouvements . Les points eux-mêmes sont parfois très complexes et requièrent une grande concentration -et doivent se comprendre dans leurs combinaisons  - c'est donc une activité plus intelligente et moins automatique qu'on ne le pense. De plus là encore modèles copiés à la lettre, interprétations et créations se mélangent dans les résultats.

Le tricot comme le crochet peuvent totalement se détacher d'un rôle utile, et dès les années 70 on a vu des créatrices souvent anglo saxonnes , américaines ou australiennes  faire des tableaux ou des constructions textiles  avec ces deux arts  (je pense à l'artiste Jan Messent, notamment) ou pour le crochet à l'artiste Prudence Mapstone.

 En conclusion quand vous voyez une personne penchée sur un ouvrage textile , pensez qu'elle ne "tricote" pas forcément des chaussettes selon un modèle,  mais qu'elle crée peut-être bien tout autant qu'un peintre devant son chevalet, ou un photographe derrière son appareil ..quand vous regardez une tapisserie  célèbre dans un musée, ayez une pensée pour les autres arts textiles qui en sont exclus, souvent, parce que "ça s'est toujours fait comme ça" et "qu'on n'en voit pas dans les livres d'art". Allez voir ce que font les artistes souvent inconnues ou très peu connues sauf des spécialistes  ... il existe des milliers de  sites qui le permettent. Connaître mieux, c'est souvent le début d'apprécier  pour ce que c'est et non selon des  des stérotypes coriaces .

 

Elegance 3 jacqueline fischer broderie

 

 

 

 

Figures féminines : les anonymes

Très loin des déesses ou personnages célèbres  évoqués précédemment , je regroupe ici les femmes anonymes auxquelles ces tableaux ou objets textiles rendent hommage.

Statue quo hantée (série avatars)

Un hommage à la femme  issu d'un travail numérique, cette silhouette a évoqué pour moi cette créature quasi fantômatique. L'oeuvre unit mes trois arts :

 

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La série Stigmates  qu'on peut voir ici en  entier : démarche - tableaux et textes

Créés à partir de "marques" techniques sur des rebuts de la Haute-Couture, ces trois états de la femme :

stigmates-2-recadre.jpg

 

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stigmates3-2-recadre.jpg

 

 Roses blanches d'un corps fou (série over rose)

Ce tableau  conçu comme un hymne au corps féminin dans ses extases est fondé sur un bloc  appelé en patchwork "crazy rose" ; le crazy étant un "genre" de quilt  (cf questions de vocabulaire ) , la pose étant empruntée à  plusieurs tableaux et photgraphies et redessinée pour l'adaptation en textile .

 

Dscf1590

 

Sens dessus dessous  ou les  Bouguereautes :

 

Ici les corps  silhouettes empruntées à l'artiste peintre Bouguereau  et retravaillées aussi en fonction de l'adaptation textile  sont constitués entièrement en dentelles destinées aux dessous féminins  ce dessous devient à la fois le corps et la peau de la femme .

 

Sens dessus dessous rouge red

Sens dessus dessous 2 entier

Mythologie et figures féminines 2

A la différence des tissus pour ... ces tableaux évoquent une figure féminine de la mythologie plus directement, non pas l'idée d'un textile qu'elle pourrait aimer ou porter comme précédemment mais ce qu'en tissus le mythe et la figure ont évoqué pour moi :

Antigone :

Tableau construit à partir de restes, où le mythe est évoqué par des formes abstraites et des couleurs et des textures : avec comme fil rouge l'idée d'une ardeur emmurée . Figure aussi dans le tableau  un morceau de l'hymne à Eros en grec ancien que j'avais écrit au pinceau sur un bustier, extrait de la pièce de Sophocle que j'ai étudiée de près pour le plaisir autant que pour mes études .. Et ses paroles  : " je ne suis pas née pour partager la haine, mais l'amour"  que j'avais si présentes à l'esprit en improvisant cette surface.

Antigone1 jacqueline fischer art textile red

Le jardin de Pomone :

Là j'ai élaboré à partir d'un dessin à la main  quelque chose qui évoque la déesse  des vergers et des fruits  un peu comme un jaillissement ...

Le jardin de pomone

Les hésitations de Salomé

Qui  n'est  évidemment pas pas une figure  de la mythologie grecque , son histoire étant racontée par  FLavius Josèphe et fait partie ce  que je nomme mes  tableaux  ironiques. J'ai imaginé  Salomé choisissant des voiles pour sa célèbre danse  en hésitant tout simplement parce j'avais recueilli de longes bandes de voiles précieux et que je voulais comme d'habitude créer  autour d'eux. Danse des sept voiles dont du reste Flavius Josèphe ne souffle mot, mais qui a inspiré vu sa charge mystico-érotique, beaucoup d'oeuvres . En filigrane Herodiade,  la mère de Salomé qui dans la pièce de Mallarmé se confond semble-t-il avec sa fille (le rôle maternel étant assumé par la  nourrice). l"Hérodiade de Mallarmé me fascinait dans ma jeunesse, même si ma Salomé ne lui est guère apparentée . Il faudrait citer aussi l'Herodias de Flaubert.  La décapitation de Saint Jean est ici appliquée au modèle qui a bien voulu  prêter son corps à condition de garder l'anonymat . J'ai donc usé aussi d'un camouflage ... et d'un masque évoquant pour moi une autre oeuvre Le masque de  mort rouge d'Edgar Poe.

Salome 2mod

Danaé

L'idée de ce tableau est venue de très beaux voiles de soie en  lamé ou  tissé de pois d'or  et d'un  morceau de soie rose qui représentait pour moi le corps de Danaé  réduit ici à une sorte de vallonnement passif qui attend la fécondation. Passivité et stagnation voire lourdeur plus que recherche d'une esthétique "plaisante" -donc.. Le fond évoque la muraille  puisque Danaé est enfermée dans une tour . J'ai adjoint aux dessins des moellons très simplifiés des miroirs -qui sont collés et non rebrodés -je les voulais sans bordure- annonçant le mythe  de Méduse et sa fin . Persée  son meurtrier est conçu , à cet instant . Zeus est ici un peu féminisé par la souplesse des étoffes ... et la pluie d'or sur la photo paraît plus sombre qu'elle n 'est en réalité , je me suis laissé dire que les cheveux de ladite Méduse se mêlaient aussi à l'histoire ...

 

Danae 1 red

 

D'autres tableaux sont envisagés ... seront-ils réalisés?  C'est une autre affaire  où ..le temps a à faire .

 

 

De l'humilité

Je sais bien qu'en parlant d'oeuvre en  ce qui concerne mon travail de madame Lambda, je prends le risque du reproche d'outrecuidance. J'ai expliqué pourquoi je l'appelais ainsi. Le reproche  c'est un peu :" si Madame Lambda avait le moindre talent depuis tout ce temps , ça se saurait ..". Ou bien: " quoi Madame Lambda a de ridicules "prétentions littéraries" doublées de prétentions artistiques" et n'est même pas foutue de trouver un éditeur (un vrai donc un grand, car   il n'est de bon que de grand et célèbre , ça aussi "ça se sait"  ) , ni un galeriste pour l'exposer ? .Pfff . ! " 

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Je me bats depuis des années pour qu'un travail artistique ou littéraire soit regardé d'abord pour ce qu'il est et non selon la notoriété de qui il émane qui fait écran et préjugé à toute attribution de "valeur" surtout qu'en ce domaine aussi le jeu social joue à plein et que c'est certes beeaucoup moins facile à une provinciale mère de famille -une bouseuse, quoi!-  âgée de surcroît . Ces gens- tels les aristocrates, jadis- savent tout ,eux, de ce qui vaut ou pas et ce sont eux encore qui vous taxeront de manquer d'humilité ! C'est assez plaisant pour qui n'a pas d'ambition de cet ordre.

Il  est heureusement et j'en ai croisé, des personnes "autorisées"  comme on dit qui ne raisonnent pas ainsi se sentent libres de leur jugement hors réseaux et influences, elles se reconnaîtront si elles me lisent et je voudrais une fois de plus les remercier.

Je me bats aussi et surtout pour qu'un de mes arts essentiels l'assemblage d'étoffes soit reconnu et intégré à l'histoire de l'art autrement qu'il ne l'est , avec de  vraies études de  ce que montrent ces surfaces  comme tout autre surfaces créées,  d'où l'idée de cet index (que j'invite toutes les créatrices textiles ayant site ou blog à faire) .  Oui je  montre mon oeuvre textile  telle  qu'elle est, dans son ensemble, parce que personne ne le fera à ma place et que j'estime que même si elle n'a évidemment rien de génial , ni de révolutionnaire,ni de réellement "grand",    elle peut néanmoins présenter  un intérêt pour quelques-uns.

Je voudrais aussi témoigner de ceci qui est simple : oui on peut passer une bonne partie de sa vie à se consacrer à ce que  je nomme une oeuvre au sens d'un ensemble tout de même conséquent de travaux divers (la quantité ne prouve nullement la qualité certes, mais. le contraire non plus !) et n'y chercher et trouver autre chose que cela :   montrer  qu'elle existe. Non pas aux yeux du monde, là serait la prétention . Montrer ce qu'on a fait ce n'est pas non plus chercher désespéremment à exister comme s'il n'y avait rien d'autre dans votre vie (comme je l'entends et le lis souvent) . Non : on est aussi des êtres humains faisant à côté tout ce que d'autres font ... nous femmes, nous sommes souvent épouses, mères,  grand-mères parfois et oui nous pouvons quand même aussi faire tout  cela à côté non par ennui  ou pour nous distraire, mais parce que c'est vital . Non pas comme un "hobby" mais comme des parcelles de vie intérieure arrachées au quotidien. Non pour exister mais pour vivre de cette manière-là, aussi. C'est la fibre et le tissage de nos vies dont l'oeuvre n'est absolument pas coupée . Tout ce que j'ai vécu et vit encore en tant que femme très ordinaire est dans ce que je crée, je n'ai donc pas besoin de montrer ce que je fais pour exister  mais je voudrais montrer ce qu'en être vivant j'ai créé . Nuance . Sans qu'on me taxe de  "mal de reconnaissance "ou de je ne sais quel poncif dénigrant et méprisant à la mode .

Cela pour l'art.

Pour la littérature ou l'écriture (pour moi la création est un tout !) :

Des expériences ont été faites  d'oeuvres célèbres envoyées aux éditeurs sous un autre nom et refusées y compris quand elles ont été expédiées ,  parfois, par l'écrivain célèbre lui-même ous un autre nom. Et plus discrètement d'oeuvres refusées envoyées par courrier qu'on acceptait ensuite (la même!) parce que quelqu'un pouvait vous introduire et glisser votre écrit entre les bonnes mains. Qu'on ne me dise pas que ce n'est pas ainsi, les éditeurs  l'avouent eux-mêmes  consultez  l'annuaire AUDACE par exemple (quand on lit manuscrits publiés 80 pour  cent par courant relations! 60 pour cent au mieux ! et inconnus 00,1 pour cent !!) ) Je n'invente rien. c'es un fait, vérifiable.

Ce qui tend à prouver que les hiérarchies arbitraires, le jeu social des arrivés, et surtout des réseaux , le goût du jour, influent sur  les critères même d'évaluation sans tomber dans un relativisme systématique (non tout ne se vaut pas  ).

Je sais  en revanche ce qu'est pour moi l'humilité .

D'abord de ne pas faire la fausse modeste me semble primordial . Ayant par exemple beaucoup écrit quand même  et étant inscrite comme "romancière" (!) à la BNF , me dire écrivain ne me semble pas absolument un comble de fatuité . Ce le serait si je prétendais être un grand écrivain, ou un écrivain reconnu ou un écrivain de talent etc. Toutes choses que je ne ferai jamais au vu que je ne suis pas dans cette course-là  Mon seul challenge c'est d'essayer d'atteindre ce que  j'ai à signifier et comme je n'y parviens jamais, je continue. C'est à à peu près impossible à faire compendre.

Mon humilité c'est de savoir que nous sommes beaucoup à écrire et créer et qu'il existe beaucoup aussi qui le font tout aussi bien  ou mieux que moi . De me sentir un grain de sable parmi d'autres mais de vouloir être quand même ce grain  de sable qui constitue la plage . Si on l'enlève certes personne ne s'en apercevra mais que si on les enlevait tous il n'y aurait plus de plage , non plus . Et  si sur ladite plage on ne voit que ceux qui sont dans la lumière et brillent ,   ils ne brillent pas eux non plus quand les projecteurs s'éteignent . La plage elle,  reste là tant qu'il ya assez de grains de sable . Après , il se peut que dans ces grains il y ait poussière de quartz et de diamant. Il se peut : je n'en sais rien et encore moins si je serais l'un ou l'autre ou tantôt l'un , tantôt l'autre . Il se peut aussi que le quartz hors du quantitatif du  "ce qui est rare est cher", vaille autant que le diamant tout dépend du rôle qu'on lui assignerait. Je mourrai sans savoir .

Et c'est aussi bien .


Mon  humilité c'est de faire les choses pour les faire. Hier ça n'était pas , aujourd'hui c'est là  devant mes yeux, devant les  yeux  de qui peut aimer au moins quelques secondes avant de passer à autre chose .  Grâce à mon travail  et à ceux qui avant moi m'ont "innutrie" , mon humilité c'est de savoir qu'on ne crée rien ex nihilo.

 

Mon humilité c'est précisément d'écrire vers , façon bouteille à la mer.  Je conçois ce que je fais comme un don et un don hélas c'est gratuit en une période où tout ce qui ne se monnaye pas est censé ne rien valoir, se dévalue ipso facto. Je n'entre pas dans ce jeu-là .


Mon humilité c'est de ne pas croire que parce que  j'ai créé beaucoup (et dans trois valences différentes mais qui pour moi sont "une" ) que j'ai forcément créé des choses qui mériteraient qu'on s'y arrête : on le fait si on veut . Sincèrement,  sans tricher . Sans complaisance. Sans obédience . Certes . Mais alors sans doute aussi sans intérêt et sans valeur sinon universellement reconnue, sans  valeur du tout dans l'instant où je vis. Dit sans aucune espèce de regret , signaler n'est ni se plaindre , ni regretter. Je regretterai bien davantage de me saborder à entrer dans des systèmes que je réprouve et qui  détruiraient mes forces vives (ou du moins ce qu'il en reste) et ma façon d'entrer en création.

 Je voudrais souligner quand même au delà de mon petit cas personnel cette double peine des artistes et écrivains qui bossent beaucoup, savent qu'ils n' en tireront pas grand regard sur et qui en plus se font traiter de vaniteux dès qu'ils osent dire : "voilà ce que j'ai fait". Montrer, ce n'est pas exiger un  regard encore moins de  la reconnaissance. C'est juste ce  que c'est . Ce n'est pas dire "j'existe "mais  "mon travail est là voilà ce qu'il est" . Notre travail  si souvent assimilé à un selfie qu'on montre   justement pour avoir le statut de star ! La différence est capitale, mais souvent pas saisie. C'est tellement plus facile de parler "de créateurs en mal de reconnaissance"  que d'aller regarder ce qu'ils font puisque ce n'est pas connu,   si on pouvait  s'abstenir aussi de toute opinion définitive  sans avoir approfondi l'approche ...  combien prétendent vous connaître qui n'ont fait qu'effleurer . Ce qu'on a passé une vie à faire bon ou mauvais, il faut plus qu'un regard superficiel pour s'en faire une juste idée . Si on n'est pas prêt à l'accorder et donc à approfondir , qu'on ait  l'honnêteté alors de se garder de jugement ou d'une vague pitié condescendante serait la moindre des choses . L'humilité de qui regarde et prétend juger  devrait  exister aussi . Et en tant que lectrice et spectatrice des oeuvres  des autres  je sais aussi quelle est la mienne  : celle d'un regard qui ne se croit pas infaillible et d'un être qui se sait trop impliqué dans ses créations pour prétendre évaluer celles des autres , comme je suis honnête j'ajouterai que je n'en ai ni le temps, ni le désir . Quand je fais un retour (rarement) sur une oeuvre littéraire ce n'est pas pour l'évaluer et dire si elle vaut ou pas c'est pour dire ce que j'y ai vu , compris, ressenti et n'oubliant jamais que je ne suis pas omnisciente même si mes diplômes de Lettres me conféreraient au moins pour les textes quelque légitimité à le faire .   En revanche je partage tout ce que j'aime le plus que je peux. Je parle des gens dont les écrits ou les oeuvres m'ont remuée , émue, surprise, ravie aux autres, je les offre à qui elles pourraient plaire . J'essaie d'éviter autant que faire se peut un sentiment de rivalité  et je n'exige absolument pas qu'on me rende la pareille : ce serait une politique de "marchandage"  ou de renvoi d'ascenseur.

Mythologie et figures féminines -1

Parallèlement à l'index en cours j'aimerais regrouper ici certaines de mes oeuvres par thèmes ou unité d'inspiration, c'est comme on veut .

Dans les contes et les légendes de mon enfance,  parce que  j'étais fille, (même si on le devient, moi j'ai toujours eu le sentiment de l'être "par essence" , pas seulement de le devenir par fabrication sociale ou éducative!)  j'accordais une grande importance aux personnages féminins  et plus tard quand j'ai étudié la mythologie gréco-latine , il m'a frappé que les déesses illustraient des sortes d'archétypes des différentes facettes de la féminité. Dans le théâtre grec aussi bien que dans la poésie latine je les ai retrouvées ; les plaintes d'Ariane dans  Catulle, Didon l'abandonnée  préfigurant Bérénice, Philomèle, ou bien encore Antigone.

J'ai vécu mon enfance et mes études imbibées par ces légendes et aussi en filigrane les fées et les princesses des contes. C'est pourquoi vers mes vingt ans j'ai commencé à écrire Oléis le premier "volet" de ce qui sera plus tard, bien plus tard, les Mythologies intérieures. Et comme l'a souligné un de mes lecteurs, ces histoires volontairement situées dans un passé indéfini et une géographie inventée  sont à lire en relation avec l'histoire de notre temps (Armine notamment a été rédigé sur fond de guerre en Afghanistan - )

 

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Au delà beaucoup de mes textes sont centrés sur des figures de femmes  ou de petites filles comme la Chloé de la Demeure Mentale , ou la Rose du Jeu de la Rose sans doute mes oeuvres diverses ne sont elles que le déploiement de psychés féminines sous  des aspects divers  choix délibéré : on a si souvent laissé les hommes parler de nous mes soeurs, jusqu'à nous dire même qui nous sommes !

Je voudrais en préalable  à la présentation de  mon travail textile renvoyer sur cette oeuvre de l'artiste Judy Chicago The Dinner Party , dont je n'ignore pas qu'elle fut très contestée . Comme référent donc : lien

 Dans mes oeuvres textiles j'ai abordé ces figures  à ma manière qui est celle d'une assembleuse de tissus. Lesquels  sont pour moi liés à la féminité et à sa sensualité. Je dirai sans ambages que c'est cela qui me met en route beaucoup plus que des discours savants sur tel ou tel principe féminin . Mon approche n'est pas  d'une personne cherchant à faire une étude  (que je pourrais fournir cependant) sur le sujet. Pour moi la question était quels tissus pour dire ce mythe  ?  Et comme toujours ceux-là et pas d'autres choisis par moi en accord avec ce que justement le mythe crée de visions à l'intérieur de moi. Rien d'une approche à "caution intellectuelle", donc. J'ajoute que pourtant j'ai vécu souvent "imbibée" des histoires autour des personnages évoqués, de leurs représentations .

Les tissus pour ...

A la différence des tableaux textiles centrés sur l'illustration d'un mythe les tissus pour restent  ce qu'ils sont : à mi chemin du tissu utilisable par ses dimensions pour se réchauffer ou se parer et l'évocation d'un mythe par le textile assemblé.

Tissu pour Aphrodite

 Ces belles soies saumon et bleues m'évoquaient Aphrodite/ Vénus .  Souvenir aussi du tableau si connu de Botticelli et de l'Aphrodite de Cnide découverte dans mon enfance dans un livre sur Athènes et qui pour moi incarna longtemps l'idéal d'un corps féminin tel que j'eusse aimé l'avoir  (qu'on ne rie pas trop de ma sincérité , il y a prescription de toutes façons ). Pour qui connaît le mythe d'Aphrodite tout est dans les tissus mais aussi dans la forme choisie (la colombe est l'oiseau de Vénus, le bleu fait allusion à sa naissance marine), mais chacun des morceaux d'étoffes évoque soit le mythe dans son ensemble (l'impression qui m'en est restée et non quelque chose de cherché après coup dans une encyclopédie) et ses détails la rose, notamment. J'espère qu'au delà du "joli" et du " bien fait" et du  "temps qu'il faut pour "on sentira ce principe de vie saisi en étoffes et dans son élan.

 

Venus 2

 

Manteau de Flore

Là ce sont les tissus récupérés de la Haute-Couture qui m'ont donné l'envie de ce dessin et de cette redondance de fleur en fleur...

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Le tissu pour Ariane

Dont on peut lire l'histoire ici , ou comment de plusieurs nuanciers de soie on reconstruit un labyrinthe de fils chatoyants où l'oeil se perd

 

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Tissu pour Iris ou la couverture aux rubans  :

Qui a aussi son histoire   ... Comment redire l'arc en ciel, écharpe d'Iris,  la fleur et le symbolisme et l'iris de l'oeil  avec des rubans et des bandes de soie  :

 

Tissu pour iris red 2(à suivre )

Index de mes ouvrages et oeuvres textiles

Je vous le dis : j'ai la folie des grandeurs . N'ayant pas droit à grand chose en matière de murs offerts par exemple pour une rétrospective ou tout au moins  une exposition personnelle, (tant qu'à être mégalo ne le soyons pas à moitié: !) j'ai donc décidé d'indexer  ici la quasi totalité de mes ouvrages textles et de mixed media où le textile (et les textes) ont signifiance.

J'ai souvent demandé à mes soeurs en art textile de faire de même sur leur propre site , mais de manière sincère et honnête . Je ne compte pas pour création les quelques ouvrages que j'ai démarqués de modèles pris à mes débuts dans les revues, je ne compte pas comme oeuvres d'art non plus beaucoup de choses, même créées,  qui sont des "essais" ou tout simplement des oeuvres de débutante qui ne connaissait alors rien à son  art. Mais je n'exclus rien de ce dont j'ai gardé trace et références (il manquera sans doute à ce recensement quelques objets style coussins ou petits tableaux offerts il y a longtemps, ce n'est donc pas exhaustif mais aussi complet que possible.   Réussites, essais , grands projets et petites choses douces et tendres mêlées .

  Entreprise qu prendra probablement plusieurs mois , à l'heure où j'écris 425 références à rentrer, des photos manquantes à reprendre ou à scanner, à ce propos je dois aussi calibrer pour ne pas  dépasser l'espace qui m'est imparti, le but n'est pas de montrer des photos d'art de chaque objet mais de donner une idée de ce à quoi il ressemble.

J'ai opté pour l'ordre alphabétique parce qu'il est pour moi le plus commode , et puis j'aime bien que sur la même page le passé et le présent se mêlent.

Je ne crois pas trop au "progrés" en matière d'art autres que techniques (et encore quand on vieillit on perd sa précision de vue et de gestes) mais à une évolution :  on pourra la saisir en regardant les dates .

C'est pour moi un très gros travail et j'aimerais bien qu'on y jette un regard autre que rapide ....ou qu'on y revienne éventuellement (mégalo et exigeante, en plus !). Je souhaite surtout que tout cela puisse inspirer d'autres personnes, leur donner envie de créer elles aussi avec ces merveilleux chiffons  qui ont tant embelli ma vie ou tout simplement réjouir les regards.

 

Arlequin fou2 red jacqueline fischer art textile

Lucette et Jacqueline (s) un livre de cousettes ....

 

 

Nb -Les gens pressés ou allergiques aux explications peuvent aller tout de suite aux images, à la fin de l'article.

Je collectionne aussi les cahiers de couture et d'apprentissage textile , j'en ai montré quelques-uns ici . Le mien n'a pas été conservé., mais je le revois sur fond bleu grisé et relié avec de gros anneaux . Il faut préciser qu'au lycée ou au collège autrefois on avait cours de "travail manuel" et le travail manuel pour les filles c'était couture, tricot, plus rarement broderie . On peut le déplorer comme étant "sexiste" mais on peut regretter aussi qu'au nom d'une égalité mal comprise, on ne l'enseigne plus ni aux filles, ni aux garçons (les boutons ne se recousent pas tout seuls, et apprendre à le faire n'a jamais empêché de se servir de son cerveau )

Il arrrive aussi que je trouve des exercices de couture en vrac, ce qui fut le cas de ceux que j'ai recueillis il ya trois ans, faits par une certaine Lucette T..

Ils me sont arrrivés   l'état de "tas" , parfois salis, des pièces élaborées  quasi parfaites mais aussi des essais, des "ratés",  des tentatives inachevées. Des réalisations rustiques mais parfois aussi  très délicates : bref du disparate, comme j'aime.

 

Le tas de depart

 J'ai lavé ce qui pouvait l'être sans toutefois chercher à obtenir un aspect trop neuf  (laissons la patine de ces chères vieilles choses). Je n'ai pas osé pour tout ce qui était brodé en rouge les fils rouges anciens déteignent souvent.

 J'avais d'abord pensé à y adjoindre du patchwrork et j'ai laissé reposer sans trop savoir ce  que j'en ferais ; cette année j'ai recueilli d'autres archives d'un apprentissage professionnel cette fois. Pas d'échantillons d'ouvrages mais un cahier de résultats  qui atteste que la cousette  Jacqueline D ...était douée . Et toute une collection de modèles de broderies qu'elle avait sélectionnés , probablement par goût , plus des cahiers d'échantillons de tissus classés à des fins de connaissance techniques (dont je ne sais pas encore si je les garderai tels quels ) . .Le tout datant de ma petite enfance (années 52 à 54)

 

 Ce fut le déclencheur . J'ai décidé de bâtir un cahier avec les exercices de Lucette et les dessins de boderie choisis dans la collection de Jacqueline  D. et brodés par l'autre Jacqueline , moi en l'occurrence  ...d'où le -s entre parenthèses du titre du livre textile.

Le premier travail fut de réunir par deux ou trois ce qui pouvait aller ensemble ; j'ai tenté de donner une unité à chaque page : la page des pièces, la page de reprises , la page des pattes boutonnées etc . On peut voir le détail ci dessous mais sur cette page en plus de reprises fort bien réalisées on peut trouver une étiquette portant le nom de Lucette et la note qui lui fut attribuée : 13 /20 :

 

La page de l etiquette lucette et jacqueline jacqueline fischer

 

 Les dimensions ont été imposées par les deux objets les plus grands : un très joli sampler de points brodés traditionnellement exécuté  en rouge , et un devant de corsage inachevé dont les boutons avaient été récupérés . Ensuite j'ai choisi pour chaque page un tissu différent  -selon ma bonne vieille habitude de la variété ) . avec une dominante de tissus "bon enfant" , carreaux, pois et quelques -uns plus raffinés pour accompagner les mousselines froncées et ornées de dentelles, certains venant de mon héritage familial .

Les broderies choisies  par Jacqueline  D... la couturière experte étaient de celles que je réalisais dans mon enfance découpées dans des magazines, mais aussi dans des revues pour professionnelles : le Journal des Brodeuses ou la Broderie lyonnaise.   Je les ai choisies en fonction du tissu de fond, de "l'esprit" des exercices de couture. J'ai brodé sur des tissus ajoutés mais aussi assez souvent à côté du travail de Lucette , réunissant dans ce geste les trois cousettes .  J'ai opté pour des points très simples, ceux de mes premiers napperons :   point de tige, de chaînette, de bouclette , feston et un peu de passé plat ou empiétant .Le tout en restant sauf pour les pages "délicates" dans des couleurs primaires et avec une redondance d'un motif-poncif  fréquent en mon enfance : le bouquet bleuet-blé-marguerites et coquelicots .

Le patchwork chéri de la deuxième Jacqueline (!)  est présent sur quelques pages  et notamment la première et quatrième de couverture .

Il a fallu ensuite décider de l'ordre des pages et mettre en vis à vis ce qui pouvait aussi s'accorder (ou au contraire contraster ) .

Piquer et renforcer   chaque feuillet et le préparer pour le relier -ce n'est pas ce que je préfère, du tout ...

 Et tout le temps que je cousais les deux femmes dont je veux honorer le travail sinon la mémoire( j'ignore si elles sont encore de ce monde ) étaient si présentes à mon esprit. J'espère qu'elles ne m'en voudront pas : c'est un peu de leur âme et de leur goût que j'ai voulu sauver de l'oubli (même s'il est probable qu'après moi dans quelques anées, ça y retournera assez vite, à l'oubli puisqu'il n'y a pas de lieux pour recueillir un tel objet  ) . Au moins un sursis  pour ces étoffes de vie ...et pour moi un bon moment passé à mêler mes points à ceux de Lucette et  mes goûts  à ceux  de Jacqueline D.

 

 

Lucette et jacqueline s premiere de couverture jacqueline fischer

Toutes les broderies florales et ajouts de boutons galons dentelles sont de moi .

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La tapisserie à l'aiguille (suite)

J'avais déjà évoqué la tapisserie à l'aiguille dans un article précédent

 et j'avais dit :  je m'y mettrai ..

Voilà quelques essais réalisés en 2016 , où l'idée m'est venue de travailler autour d'un morceau de tissu ou de dentelle avec des points variés , et de manière pas toujours très "académique" -un oeil exercé y trouvera sans doute des défauts -c'était un premier essai et pour tous les points comptés j'ai des problèmes!- mais j'ai pris plaisir à imaginer ces petits tableaux , à varier fils, couleurs et points ... ET sûrement j'en ferai quelques autres sur ce principe ... Ce sont de petits formats -la tapisserie à l'aiguille c'est long !-  environ 15 sur 20 cm .

 

Art textile enluminures 2 detail jacqueline fischer

 

 

Art textile enluminures 2 jacqueline fischer

Art textile jacqueline fischer enluminures 1Enluminures 1 art textile jacqueline fischer detail

 

Art textile enluminures 3 jacqueline fischer

 

Art textile enluminures 3 detail jacqueline fischer

 

 

 

Essai donc à suivre..... et sûrement à transformer ..

Et tant que nous sommes dans la tapisserie à l'aiguille, ce lien vers un site où beaucoup de points sont expliqués très clairement et des conseils judicieux .

A vos canevas !

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Archives du nord

Archives du Nord

 

L'histoire comme souvent a commencé par de la récupération. Ici il s'agissait d'une partie des archives d'une usine de broderie mécanique, un fonds constitué de dessins à tous les stades d'élaboration de l'ébauche au "carton" prêt à passer en machine. La personne qui réalise  ces dessins est un esquisseur  qui, là, avait travaillé à la main sur des papiers calques.

 Le lot comportait des dizaines et des dizaines de schémas , au crayon, calibrés pour passer dans les machines à broder , mais tous différents les uns des autres. Un premier travail a été de trier tout cela et  de le ranger dans des classeurs.

Je disposais aussi de textiles, de grands échantillons de dentelles et broderies faites à partir de ces dessins , que j'aurais pu éparpiller dans pas mal de créations en cours , -ce sera le cas avec les restes- mais j'ai eu l'idée et l 'envie (ah mes envidées!) de travailler tout cela dans un ensemble.

J'ai donc réalisé ces dix panneaux brodés main dans l'idée d'associer le travail main et le travail industriel  et de valoriser, si possible les deux .

Les dessins des broderies donc ne sont pas de moi , mais il s'agit d'un usage non commercial et je me suis senti le droit de les utiliser à ma guise, les transformant d'ailleurs parfois pour les adapter soit au cadre choisi, soit à ma fantaisie du moment . Et tout le travail de "brodeuse créatrice" en revanche est de moi, j'y tiens : c'est l'essentiel de mon plaisir devant chaque dessin de me dire : sur quel fond, avec quels points, quels fils, quelles couleurs,  voire quel style de broderie ?

Je présente ici une première série de dix ouvrages, j'espère en faire davantage (il reste tellement de dessins à interpréter -voire à hybrider, le calibrage permet de mélanger la tige de l'un avec les fleurs de l'autre)

 Motifs essentiellement floraux, qu'on me dispense du reproche de banalité  ... J'aime les fleurs et je me fiche que ça ne soit pas original.  Beaucoup d'actes essentiels à la vie (la naissance par exemple !) le sont tout autant!  Je rappellerai qu'aux siècles passés, les jardiniers du roi plantaient ... pour les brodeurs !

Des fleurs donc mais aussi beaucoup de volutes,  de motifs en médaillons  symétriques .. Mais je me suis laissé dire en feuilletant ces classeurs qu'il fallait sans doute beaucoup d'imagination aussi pour renouveler les poncifs à chaque "saison" et sortie de collection.

Je n'ai pas pu dater ces archives mais l'usine dont elles sont issues  est fermée depuis quelques années déjà, et d'après les papiers utilisés, le travail au crayon et à la main - (je présume qu'aujourd'hui on utilise des logiciels), je pencherais pour les années 70-80.

 Ainsi , à  ces graphismes  sujets à des contraintes multiples  dû au calibrage et à l'adaptation aux  broderies machine, j'ai voulu rendre une sorte de liberté . J'ai voulu aussi honorer le travail de ce ou ces esquisseurs inconnus et ne pas laisser tous ces dessins sans vie ... dans un classeur. Donc en extraire ceux vers lesquels je me sentais le plus appelée (les réaliser tous est un rêve!).

 Le travail 1 est une sorte de sampler fait avec des broderies imitant la dentelle , que j'ai ennoblies au sens propre du terme par perlage et broderies au fil de soie :

Archives du nord 1 art textile jacqueline fischer

Les travaux 2 à 4 et 6-7  sont fondés uniquement sur les dessins et leur interprétation. Pour cette série je suis restée fidèle à la broderie raffinée en fil de soie , de lurex et perlages .(voir la série complète sur la page suivante) :

Archives du nord 4 jacqueline fischer

 

 

 Les pièces 5-8-9 et 10  exploitent,elles, les motifs déjà réalisés par les machines.Il a parfois fallu , comme dans cette pièce 10 équilibrer la composition par rajout, le but étant de rompre la symétrie des motifs appliqués.

 

Archives du nord 10 jacqueline fischer art textile

 On peut se faire une idée de leur fonctionnement sur ce lien. La broderie mécanique est apparentée à la dentelle mécanique . Mes archives proviennent de la ville d'Outréaux , où il existe une maison de la broderie que je compte bien visiter (fermée pour travaux jusqu'en septembre 2018).

Série visible à la Salle des machines, en visite privée, sur demande.

 

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Jeux de mains

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" Les peintres ne peignent pas non plus avec leurs pieds" ...

 

Des réactions à l'article précédent (merci à celles qui  m'en ont fait part ), je retiens  qu'il faut  revaloriser  le "travail manuel". Certes, je ne puis qu'applaudir (des deux mains )  mais ça dépend comment (toujours méchante, jamais contente, chieuse, quoi !). Je m'explique . C'est pour moi vital, crucial. Si ça barbe, on ne lit pas , si ça irrite, agace ou blesse, je vous prie de m'en excuser. En aucune chose, je ne prétends détenir la vérité, mais je soulignerai que je n'affirme que des choses mûrement réfléchies, comparées, étudiées, analysées, éprouvées .Vécues, même et ce, depuis plus de 30 ans. Trente ans  et plus .. .que j'ai mis mon grand nez dans l'art textile sous tous ses aspects... trente ans que je réfléchis sur les pratiques sur les notions d'art et de création en ce domaine , mais par rapport aux autres arts aussi,et surtout sur la manière dont elles sont ou ne sont pas connues -reconnues.

Je tiens au distinguo quand on sait ce que mal interprété, il produit  très précisément ce qu'on essaie d'éviter. Je conçois qu'il faut être un peu "de la partie" pour s'en rendre compte.

 Le but  du livre Anonymous  was woman  est de sortir les créations textiles qui sont d'authentiques oeuvres d'art de création  le mot est capital,  du ghetto du panier à ouvrages et de les distinguer de ce qui juste réalisé mais non imaginé et conçu.  Qui, lorsque l'exécution est époustouflante est aussi un art, mais pas le même (et surtout dans notre civilisation occidentale pas considéré du tout de la même façon ).   C'est précisément sa différence avec la majorité des ouvrages sur les textiles au féminin qui montrent l'habileté, l'amour , le soin mais ne regardent pas à la conception , aux visions créatrices (et pas seulement créatives ou décorative ou utilitaire ) des ouvrages .

 Certes les  femmes dont je montrais tableaux et aquarelles dans l'article précédent savaient se servir de leurs mains (pour faire la vaisselle et torcher les mômes aussi et ce n'est non plus nullement dégradant) . Mais...pas que de leurs mains.  Coudre un ourlet certes n'est pas infamant et il y faut une habileté manuelle, que tout le monde n'a pas, mais l'imagination n'y est guère requise et c'est là une première différence.  C'est un acte technique pur, si je puis dire même si, certes, il y a une intelligence du geste qui convient . Que je sais faire. Je sais cette "intelligence" de la main qui correspond à un geste sûr "fabricatif".

Assembler pour obtenir un objet -qui va servir- et doit être fonctionnel, donc , ce n'est pas la même chose qu'assembler en usant des étoffes diverses comme d'un langage. Le patchwork-quilt si mal connu en France (ou du moins connu selon des stéréotypes et superficiellement) est précisément à la croisée de ces deux "valences" couturières. Il peut servir (mais  pas tous :  les heirloom quilts étaient souvent destinés à être juste  montrés, les crazys quilts  victoriens qui ne se lavaient pas étaient considérés comme des oeuvres d'art  pas comme des couvertures !.. ) .Il peut aussi s'accrocher à un mur à l'instar d'une oeuvre abstraite ou picturale, dans n'importe quel autre medium. seulement comme galeries d'art et musées "généralistes" n'en montrent pas , il n'a donc pas ce statut et c'est pourquoi la conséquence directe est l'oubli -que dis- je : la non -existence !- des artistes qui les ont créées, et la non-conservation de leurs oeuvres comme étant leur oeuvre propre (et non un témoignage sur leur époque seulement !) . 

C'était la part d'évasion, de liberté de ses femmes et je suppose qu'elles n'auraient pas trop aimé, elles non plus, qu'on mette sur le même plan le rapiéçage de chaussettes  ou les ourlets faits aux torchons , même avec amour et parfaitement cousus, et leurs merveilleuses couvertures imaginées. Sauf à être une très grande dont le nom sanctifie les gestes textiles, mais si Madame Lambda essaie de faire pareil, elle à qui on ne reconnaît même pas de l'inspiration et le pouvoir de créer quand elle crée vraiment, vous parlez , surtout si Madame Lambda ne maîtrise pas les codes du discours intellectuel accompagnant la chaussette reprisée !

Parce qu'aux yeux du grand public, on ne revalorisera jamais les patchworks que créent les anonymes en les assimilant soit à la copie d'ouvrages à fonction juste d'imitation virtuose, soit à la couture utile (même en revalorisant celle-ci) . Ce qui est quasi CONSTANT. D'ailleurs pour que la couture  utile accède au rang d'oeuvre d'art il faut quelque peu  la conceptualiser, l'inclure dans une "démarche" intellectuelle  ce que font des artistes renommées actuelles, qui ne reprisent peut-être que pour la gloire, pas pour boucher de trous.  Tous les gestes de l'art textile, je le montrerai dans un autre article, incluent des symboles facilement conceptualisables. On peut aimer aussi travailler les matières textiles juste parce qu'on les aime et qu'on a quelque chose à dire avec cela et qu'on maîtrise cet art de langage avec étoffes rassemblées en surface.  Pourquoi créer ainsi n'est-il  quasiment JAMAIS pris en compte comme création esthétique et signe d'une expression personnelle particulière ?

On peut lire à cet égard aussi l'ouvrage de Claude Fauque, Le patchwork ou la désobéissance, souvent évoqué ici et dont je rappelle cette phrase, capitale pour comprendre  :

Le patchwork quilt ou appliqué peut-être considéré comme un art précurseur, à l’art abstrait non figuratif. A l’écoute de leur intuition et de leur inspiration et en utilisant un matériau intime de l’univers féminin, ces artistes ont su libérer leur nature créative parfois contenue au plus profond d’elles-mêmes""

Et parlant toujours des quilts dits pourtant traditionnels ,  elle note: «  pop art, op art , abstraction géométrique , collage tout cela a été recensé sans le savoir sous les doigts des quilteuses ».

 

DONC coudre pour assembler un patchwork dont on  a composé le dessin, choisi les étoffes , concocté l'assemblage, ou broder une composition dont  on a décidé des couleurs, des matières, des fils, des points surtout  ce n'est pas  du tout pareil : c'est la même main, mais guidée par l'inspiration personnelle, c'est ce que je tente désespérément parfois de faire saisir. Remarquez je n'espère plus vraiment, mais je continue quand même.

Si on assimile sans cesse soit à celle qui reproduit la conception d'un ou d'une autre , soit à un geste juste utile à visée non esthétique, on dévalorise forcément et on nie cette force vive qui est précisément la création en ces ouvrages . Même si ces deux autres manières de coudre ou broder ou raccommoder ou tout ce qu'on veut ne sont pas infamantes, elles ne sont pas, tout simplement de même nature.

Cette main-là  ne coud que parce  que l''esprit et le coeur ont visionné quelque chose de particulier , et quelque chose qui précisément échappe aux obligations du quotidien et des gestes nécessaires. Que ceux-ci aient leur noblesse et surtout leur nécessité, je le nie pas, mais pour dire les choses clairement : je ne mettrai pas les pantalons de mes enfants repetassés des milliers de fois  sur le même plan que mes surfaces de liberté en folies de couleurs  Parce ce n'est pas du tout la même chose, tout simplement.

 Aucun travail humain manuel ou pas n'est méprisable mais mettre tout sur le même plan, nie précisément ce qui tente désespérement d'exister, à l'égal des autres arts . Car enfin :

De l'habileté voire de la virtuosité manuelle il y en dans nombre d' autres arts seulement - en fait, je n'en sais pas un qui n'en exige !-  on ne les ramène pas  sans cesse qu'à cela, en oubliant tout ce qui a permis AVANT d'arriver à ce travail des matières , si important ! : les peintres ne peignent pas avec leurs pieds ,et on ne leur parle  que rarement de leur "travail manuel" . Ils n'aimeraient pas, et on jugerait normal qu'ils s'en insurgent. Nous, c'est quasiment le contraire, si on ose rappeler que non ce que nous faisons, ce n'est pas juste de la réalisation, on s'entend traiter d'outrecuidante qui mépriserait le travail technique et utililitaire .  Je pourrai dire la même chose du graveur , du sculpteur  etc.

 Chez  le peintre , graveur, sculpteur ce qu'on regarde c'est les couleurs, la composition, les formes et l'expression qui s'en dégage. On l'interroge sur ses visées, sa démarche ce qu'il a voulu signifier. Nous on nous demande "comment c'est fait ?"ou bien "ça t'a pris combien ce temps ?" ou encore et c'est le pire "tu l'as pris où, le modèle ?" . De visée nous ne saurions avoir d'autre justement que ces tâches assignées aux femmes depuis des millénaires. Nous nous ne pensons pas, voyez-vous !

Précisément parce  que nos surfaces créées sont des entre-deux . Des sortes d'objets artistiques non identifiés comme tels puisque ce non-art est hors culture générale . Il faut déjà, pas mal de courage pour oser affirmer qu'une surfcace d'étoffes assemblées pourrait bien être regardée comme une surface dans un art dit majeur ou dans les arts textiles se revendiquant contemporains à l'égal des sculptures et suspensions diverses dont les galeries sont inondées alors que de patchwork de création, on ne voit guère en exposition en solo -sauf dans les salons commerciaux ou sauf à faire partie d'un groupe.  Et il y restera , car ce qui est loué et distingué dans l'art textile contemporain, ce n'est certes pas ça, qu'il faut l'éviter.  On le dit depuis vingt ans !

Poser comme principe que nos surfaces sont exclues de l'art général , justement parce qu'asssimilées à de l'art appliqué ou décoratif au mieux, de loisir  "occupe-doigts " au pire .  Et ce même si on fait des surfaces à exposer sur des murs comme on met les peintures ou les gravures sur les murs. Nous n'avons droit à RIEN en ce domaine, aucune existence en tant que créatrices d'art général, on est exclues de la culture alors que les peintures abstraites citées par Clauque Fauque, elles, elles  y sont . Qui nous  prouve que ce que  nous faisons vaudrait moins sauf le préjugé qui s'attache à exclure notre art ?  Si on  n'analyse pas nos surfaces en tant que compositions esthétiques personnelles comment serait- ce possible ? Si on ne loue que le travail manuel ? C'est ce que tente le livre Stitching resistance, le livre Anonymous was a women et quelques autres trop rares. C'est ce que l'exposition Abstract design in American quilt en 1971 a tenté et réussi (mais sans que ça change, au fond le regard sur  malheureusement) . Tout reste à faire au niveau analyse critique, histoire des oeuvres et des artistes .Et,  je le crains, ne sera pas fait.