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Archives du nord

Archives du Nord

 

L'histoire comme souvent a commencé par de la récupération. Ici il s'agissait d'une partie des archives d'une usine de broderie mécanique, un fonds constitué de dessins à tous les stades d'élaboration de l'ébauche au "carton" prêt à passer en machine. La personne qui réalise  ces dessins est un esquisseur  qui, là, avait travaillé à la main sur des papiers calques.

 Le lot comportait des dizaines et des dizaines de schémas , au crayon, calibrés pour passer dans les machines à broder , mais tous différents les uns des autres. Un premier travail a été de trier tout cela et  de le ranger dans des classeurs.

Je disposais aussi de textiles, de grands échantillons de dentelles et broderies faites à partir de ces dessins , que j'aurais pu éparpiller dans pas mal de créations en cours , -ce sera le cas avec les restes- mais j'ai eu l'idée et l 'envie (ah mes envidées!) de travailler tout cela dans un ensemble.

J'ai donc réalisé ces dix panneaux brodés main dans l'idée d'associer le travail main et le travail industriel  et de valoriser, si possible les deux .

Les dessins des broderies donc ne sont pas de moi , mais il s'agit d'un usage non commercial et je me suis senti le droit de les utiliser à ma guise, les transformant d'ailleurs parfois pour les adapter soit au cadre choisi, soit à ma fantaisie du moment . Et tout le travail de "brodeuse créatrice" en revanche est de moi, j'y tiens : c'est l'essentiel de mon plaisir devant chaque dessin de me dire : sur quel fond, avec quels points, quels fils, quelles couleurs,  voire quel style de broderie ?

Je présente ici une première série de dix ouvrages, j'espère en faire davantage (il reste tellement de dessins à interpréter -voire à hybrider, le calibrage permet de mélanger la tige de l'un avec les fleurs de l'autre)

 Motifs essentiellement floraux, qu'on me dispense du reproche de banalité  ... J'aime les fleurs et je me fiche que ça ne soit pas original.  Beaucoup d'actes essentiels à la vie (la naissance par exemple !) le sont tout autant!  Je rappellerai qu'aux siècles passés, les jardiniers du roi plantaient ... pour les brodeurs !

Des fleurs donc mais aussi beaucoup de volutes,  de motifs en médaillons  symétriques .. Mais je me suis laissé dire en feuilletant ces classeurs qu'il fallait sans doute beaucoup d'imagination aussi pour renouveler les poncifs à chaque "saison" et sortie de collection.

Je n'ai pas pu dater ces archives mais l'usine dont elles sont issues  est fermée depuis quelques années déjà, et d'après les papiers utilisés, le travail au crayon et à la main - (je présume qu'aujourd'hui on utilise des logiciels), je pencherais pour les années 70-80.

 Ainsi , à  ces graphismes  sujets à des contraintes multiples  dû au calibrage et à l'adaptation aux  broderies machine, j'ai voulu rendre une sorte de liberté . J'ai voulu aussi honorer le travail de ce ou ces esquisseurs inconnus et ne pas laisser tous ces dessins sans vie ... dans un classeur. Donc en extraire ceux vers lesquels je me sentais le plus appelée (les réaliser tous est un rêve!).

 Le travail 1 est une sorte de sampler fait avec des broderies imitant la dentelle , que j'ai ennoblies au sens propre du terme par perlage et broderies au fil de soie :

Archives du nord 1 art textile jacqueline fischer

Les travaux 2 à 4 et 6-7  sont fondés uniquement sur les dessins et leur interprétation. Pour cette série je suis restée fidèle à la broderie raffinée en fil de soie , de lurex et perlages .(voir la série complète sur la page suivante) :

Archives du nord 4 jacqueline fischer

 

 

 Les pièces 5-8-9 et 10  exploitent,elles, les motifs déjà réalisés par les machines.Il a parfois fallu , comme dans cette pièce 10 équilibrer la composition par rajout, le but étant de rompre la symétrie des motifs appliqués.

 

Archives du nord 10 jacqueline fischer art textile

 On peut se faire une idée de leur fonctionnement sur ce lien. La broderie mécanique est apparentée à la dentelle mécanique . Mes archives proviennent de la ville d'Outréaux , où il existe une maison de la broderie que je compte bien visiter (fermée pour travaux jusqu'en septembre 2018).

Série visible à la Salle des machines, en visite privée, sur demande.

 

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Jeux de mains

Mains3

 

 

" Les peintres ne peignent pas non plus avec leurs pieds" ...

 

Des réactions à l'article précédent (merci à celles qui  m'en ont fait part ), je retiens  qu'il faut  revaloriser  le "travail manuel". Certes, je ne puis qu'applaudir (des deux mains )  mais ça dépend comment (toujours méchante, jamais contente, chieuse, quoi !). Je m'explique . C'est pour moi vital, crucial. Si ça barbe, on ne lit pas , si ça irrite, agace ou blesse, je vous prie de m'en excuser. En aucune chose, je ne prétends détenir la vérité, mais je soulignerai que je n'affirme que des choses mûrement réfléchies, comparées, étudiées, analysées, éprouvées .Vécues, même et ce, depuis plus de 30 ans. Trente ans  et plus .. .que j'ai mis mon grand nez dans l'art textile sous tous ses aspects... trente ans que je réfléchis sur les pratiques sur les notions d'art et de création en ce domaine , mais par rapport aux autres arts aussi,et surtout sur la manière dont elles sont ou ne sont pas connues -reconnues.

Je tiens au distinguo quand on sait ce que mal interprété, il produit  très précisément ce qu'on essaie d'éviter. Je conçois qu'il faut être un peu "de la partie" pour s'en rendre compte.

 Le but  du livre Anonymous  was woman  est de sortir les créations textiles qui sont d'authentiques oeuvres d'art de création  le mot est capital,  du ghetto du panier à ouvrages et de les distinguer de ce qui juste réalisé mais non imaginé et conçu.  Qui, lorsque l'exécution est époustouflante est aussi un art, mais pas le même (et surtout dans notre civilisation occidentale pas considéré du tout de la même façon ).   C'est précisément sa différence avec la majorité des ouvrages sur les textiles au féminin qui montrent l'habileté, l'amour , le soin mais ne regardent pas à la conception , aux visions créatrices (et pas seulement créatives ou décorative ou utilitaire ) des ouvrages .

 Certes les  femmes dont je montrais tableaux et aquarelles dans l'article précédent savaient se servir de leurs mains (pour faire la vaisselle et torcher les mômes aussi et ce n'est non plus nullement dégradant) . Mais...pas que de leurs mains.  Coudre un ourlet certes n'est pas infamant et il y faut une habileté manuelle, que tout le monde n'a pas, mais l'imagination n'y est guère requise et c'est là une première différence.  C'est un acte technique pur, si je puis dire même si, certes, il y a une intelligence du geste qui convient . Que je sais faire. Je sais cette "intelligence" de la main qui correspond à un geste sûr "fabricatif".

Assembler pour obtenir un objet -qui va servir- et doit être fonctionnel, donc , ce n'est pas la même chose qu'assembler en usant des étoffes diverses comme d'un langage. Le patchwork-quilt si mal connu en France (ou du moins connu selon des stéréotypes et superficiellement) est précisément à la croisée de ces deux "valences" couturières. Il peut servir (mais  pas tous :  les heirloom quilts étaient souvent destinés à être juste  montrés, les crazys quilts  victoriens qui ne se lavaient pas étaient considérés comme des oeuvres d'art  pas comme des couvertures !.. ) .Il peut aussi s'accrocher à un mur à l'instar d'une oeuvre abstraite ou picturale, dans n'importe quel autre medium. seulement comme galeries d'art et musées "généralistes" n'en montrent pas , il n'a donc pas ce statut et c'est pourquoi la conséquence directe est l'oubli -que dis- je : la non -existence !- des artistes qui les ont créées, et la non-conservation de leurs oeuvres comme étant leur oeuvre propre (et non un témoignage sur leur époque seulement !) . 

C'était la part d'évasion, de liberté de ses femmes et je suppose qu'elles n'auraient pas trop aimé, elles non plus, qu'on mette sur le même plan le rapiéçage de chaussettes  ou les ourlets faits aux torchons , même avec amour et parfaitement cousus, et leurs merveilleuses couvertures imaginées. Sauf à être une très grande dont le nom sanctifie les gestes textiles, mais si Madame Lambda essaie de faire pareil, elle à qui on ne reconnaît même pas de l'inspiration et le pouvoir de créer quand elle crée vraiment, vous parlez , surtout si Madame Lambda ne maîtrise pas les codes du discours intellectuel accompagnant la chaussette reprisée !

Parce qu'aux yeux du grand public, on ne revalorisera jamais les patchworks que créent les anonymes en les assimilant soit à la copie d'ouvrages à fonction juste d'imitation virtuose, soit à la couture utile (même en revalorisant celle-ci) . Ce qui est quasi CONSTANT. D'ailleurs pour que la couture  utile accède au rang d'oeuvre d'art il faut quelque peu  la conceptualiser, l'inclure dans une "démarche" intellectuelle  ce que font des artistes renommées actuelles, qui ne reprisent peut-être que pour la gloire, pas pour boucher de trous.  Tous les gestes de l'art textile, je le montrerai dans un autre article, incluent des symboles facilement conceptualisables. On peut aimer aussi travailler les matières textiles juste parce qu'on les aime et qu'on a quelque chose à dire avec cela et qu'on maîtrise cet art de langage avec étoffes rassemblées en surface.  Pourquoi créer ainsi n'est-il  quasiment JAMAIS pris en compte comme création esthétique et signe d'une expression personnelle particulière ?

On peut lire à cet égard aussi l'ouvrage de Claude Fauque, Le patchwork ou la désobéissance, souvent évoqué ici et dont je rappelle cette phrase, capitale pour comprendre  :

Le patchwork quilt ou appliqué peut-être considéré comme un art précurseur, à l’art abstrait non figuratif. A l’écoute de leur intuition et de leur inspiration et en utilisant un matériau intime de l’univers féminin, ces artistes ont su libérer leur nature créative parfois contenue au plus profond d’elles-mêmes""

Et parlant toujours des quilts dits pourtant traditionnels ,  elle note: «  pop art, op art , abstraction géométrique , collage tout cela a été recensé sans le savoir sous les doigts des quilteuses ».

 

DONC coudre pour assembler un patchwork dont on  a composé le dessin, choisi les étoffes , concocté l'assemblage, ou broder une composition dont  on a décidé des couleurs, des matières, des fils, des points surtout  ce n'est pas  du tout pareil : c'est la même main, mais guidée par l'inspiration personnelle, c'est ce que je tente désespérément parfois de faire saisir. Remarquez je n'espère plus vraiment, mais je continue quand même.

Si on assimile sans cesse soit à celle qui reproduit la conception d'un ou d'une autre , soit à un geste juste utile à visée non esthétique, on dévalorise forcément et on nie cette force vive qui est précisément la création en ces ouvrages . Même si ces deux autres manières de coudre ou broder ou raccommoder ou tout ce qu'on veut ne sont pas infamantes, elles ne sont pas, tout simplement de même nature.

Cette main-là  ne coud que parce  que l''esprit et le coeur ont visionné quelque chose de particulier , et quelque chose qui précisément échappe aux obligations du quotidien et des gestes nécessaires. Que ceux-ci aient leur noblesse et surtout leur nécessité, je le nie pas, mais pour dire les choses clairement : je ne mettrai pas les pantalons de mes enfants repetassés des milliers de fois  sur le même plan que mes surfaces de liberté en folies de couleurs  Parce ce n'est pas du tout la même chose, tout simplement.

 Aucun travail humain manuel ou pas n'est méprisable mais mettre tout sur le même plan, nie précisément ce qui tente désespérement d'exister, à l'égal des autres arts . Car enfin :

De l'habileté voire de la virtuosité manuelle il y en dans nombre d' autres arts seulement - en fait, je n'en sais pas un qui n'en exige !-  on ne les ramène pas  sans cesse qu'à cela, en oubliant tout ce qui a permis AVANT d'arriver à ce travail des matières , si important ! : les peintres ne peignent pas avec leurs pieds ,et on ne leur parle  que rarement de leur "travail manuel" . Ils n'aimeraient pas, et on jugerait normal qu'ils s'en insurgent. Nous, c'est quasiment le contraire, si on ose rappeler que non ce que nous faisons, ce n'est pas juste de la réalisation, on s'entend traiter d'outrecuidante qui mépriserait le travail technique et utililitaire .  Je pourrai dire la même chose du graveur , du sculpteur  etc.

 Chez  le peintre , graveur, sculpteur ce qu'on regarde c'est les couleurs, la composition, les formes et l'expression qui s'en dégage. On l'interroge sur ses visées, sa démarche ce qu'il a voulu signifier. Nous on nous demande "comment c'est fait ?"ou bien "ça t'a pris combien ce temps ?" ou encore et c'est le pire "tu l'as pris où, le modèle ?" . De visée nous ne saurions avoir d'autre justement que ces tâches assignées aux femmes depuis des millénaires. Nous nous ne pensons pas, voyez-vous !

Précisément parce  que nos surfaces créées sont des entre-deux . Des sortes d'objets artistiques non identifiés comme tels puisque ce non-art est hors culture générale . Il faut déjà, pas mal de courage pour oser affirmer qu'une surfcace d'étoffes assemblées pourrait bien être regardée comme une surface dans un art dit majeur ou dans les arts textiles se revendiquant contemporains à l'égal des sculptures et suspensions diverses dont les galeries sont inondées alors que de patchwork de création, on ne voit guère en exposition en solo -sauf dans les salons commerciaux ou sauf à faire partie d'un groupe.  Et il y restera , car ce qui est loué et distingué dans l'art textile contemporain, ce n'est certes pas ça, qu'il faut l'éviter.  On le dit depuis vingt ans !

Poser comme principe que nos surfaces sont exclues de l'art général , justement parce qu'asssimilées à de l'art appliqué ou décoratif au mieux, de loisir  "occupe-doigts " au pire .  Et ce même si on fait des surfaces à exposer sur des murs comme on met les peintures ou les gravures sur les murs. Nous n'avons droit à RIEN en ce domaine, aucune existence en tant que créatrices d'art général, on est exclues de la culture alors que les peintures abstraites citées par Clauque Fauque, elles, elles  y sont . Qui nous  prouve que ce que  nous faisons vaudrait moins sauf le préjugé qui s'attache à exclure notre art ?  Si on  n'analyse pas nos surfaces en tant que compositions esthétiques personnelles comment serait- ce possible ? Si on ne loue que le travail manuel ? C'est ce que tente le livre Stitching resistance, le livre Anonymous was a women et quelques autres trop rares. C'est ce que l'exposition Abstract design in American quilt en 1971 a tenté et réussi (mais sans que ça change, au fond le regard sur  malheureusement) . Tout reste à faire au niveau analyse critique, histoire des oeuvres et des artistes .Et,  je le crains, ne sera pas fait.

Anonymous was a woman

Anonymous was a woman

Auteur : Mirra Banks

1979

 en anglais

éditeur :  St Martin Press , inc.(livre épuisé acheté d'occasion)

  Ce livre est cité dans l'ouvrage Stitching resistance dont j'ai déjà fait le compte rendu

 Lien vers Stiching Resistance

Bien avant qu'on en prenne conscience en France (et encore de manière clivante, le plus souvent !), l'auteur s'est intéressée  aux travaux artistiques des femmes américaines dans deux domaines : peinture et travaux textiles  (broderies essentiellement tapisserie à l'aiguille et quilts , avec souvent un mélange  textile, broderie et peinture notamment (donc on n'innove pas au XXI siècle, en le faisant). Le livre est constitué de témoignages  relevés dans les journaux intimes de l'époque ou des ouvrages littéraires autobiographiques  et d'illustrations desdites oeuvres . Il est rare bien sûr qu'oeuvre et texte coïncident puisque si les artistes ne sont pas toutes anonymes,  elles sont restées inconnues, pour la plupart .

De ces femmes  oubliées Mirra Banks écrit en présentation : (je traduis pour la commodité de la lecture )

" Rarement conscientes d'être des artistes, ces femmes essentiellement occupées à élever des enfants, assurer l'organisation des fermes et des maisons, ces femmes ont cependant embelli chaque phase de leur expérience, depuis l'enfance jusqu'à la  vieillesse et exprimé tout ce qu'elles ont appris de la vie et de l'art  dans un travail  décoratif d'une étonnante beauté " .(à noter que décoratif ne signifie pas ici juste pour faire joli, comme chez nous!)

 Le livre suit effectivement les époques de la vie de ces femmes d'autrefois .

La première partie évoque l'époque de l'école et l'apprentissage des samplers de broderies, mais également de l'apprentissage du patchwork -qui faisait partie de l'éducation scolaire- si on en juge par cet extrait d'un livre de Lucy Larcom  A NewEngland girlhood  : "Nous avons appris à coudre un  patchwork à l'école dans le même temps que nous apprenions l'alphabet ; et presque chaque fille grande ou petite a un   couvre lit quilté de son cru commencé avec en vue le trousseau de sa future maison . Je ne suis pas vraiment passsionnée par la couture, mais j'ai pensé qu'il valait mieux commencer le mien de bonne heure. Aussi ai-je réuni quelques carrés de calicot, et entrepris de les assembler, à ma manière habituelle qui est indépendante, sans solliciter une direction.J'aime assortir ces petits bouts de cotons imprimés , parce qu'ils sont les restes de robes que j'ai vu  porter et elles m'ont rappelé les personnes qui les portaient ."

A noter que je pourrais signer aujourd'hui encore les deux dernières phrases et qu'elles me confirment dans l'idée qu'il y avait beaucoup plus de libre  création dans ces surfaces que de nos jours quand on copie ou interprète de très près un modèle avec un pas à pas qui vous mâche tout le travail.

 La deuxième partie concerne le mariage, et la troisième la vie quotidienne . C'est de celle-ci que j'extrais ce témoignage touchant issu d'une lettre d'une certaine Marguerite Ickins à sa grand-mère  :

" Ce travail m'a pris plus de 20 ans, presque 25 (...)Toute ma vie est dans ce quilt (...)Toutes mes joies et tous mes chagrins sont cousus dans ces petits morceaux; Quand j'étais fière de nos garçons et quand j'étais en colère contre eux. quand les filles m'ennuyaient ou m'inspiraient un chaud sentiment de tendresse. Et John aussi .Il est cousu dans ce quilt et aussi nos trente ans de mariage. Parfois je l'aimais et parfois j'étais assise auprès de lui, le détestant, et j'assemblais les morceaux ensemble. Aussi y a -t-il tout dans ce quilt, l'amour et les craintes,mes joies et chagrins, mes amours et mes haines. Je tremble par fois en pensant à ce que ce quilt sait de moi ".

Ce quilt nous ne savons pas à quoi il ressemble ... perdu dans la nuit des temps et c'est bien dommage. Et ce dans un pays qui a plus de considération pour cet art que nous (alors en  France, vous pensez bien !) .

Ce quilt n'est  donc pas de l'auteur de la lettre, mais  illustre la période "wedding quilts" ces ouvrages (ou osons le mot oeuvres )  , c'est un "sampler" aussi montrant différents "blocs" ces carrés qu'on assemble  :

 

 

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Evidemment l'éducation des filles, à cette époque , est religieuse et domestique, et obéit à  une morale qui ferait se dresser les cheveux sur la tête à beaucoup d'entre nous, mais on constate à lire ces extraits de journaux  et de lettres que ça ne les empêche ni d'imaginer, ni de rêver. Tout au contraire. On ne peut reprocher à quelqu'un d'une époque de se conformer au "bien" et à la morale admise de cette époque-là. Que dira-t-on de la nôtre plus tard si les moeurs changent, ce qui est probable ?  Et il est infiniment dommage qu'on n'ait conservé de ces oeuvres que l'idée qu'elles étaient signe de "servage et d'obédience" alors que précisément c'était la zone d'évasion et d'imaginatioon que la société d'alors permettait . Les images en attestent, à chaque page que je ne peux montrer toutes tableaux superbement composés et dont on peut penser qu'ils ont été dessinés par les brodeuses  (certains  mélangent aquarelle et broderie ) et aussi une maîtrise de ce qu'on nomme "peinture à l'aiguille".  Cette oeuvre de Mary Green, datée de 1804 propose une composition parfaite. Un journal atteste qu'à l'école " l'ouvrage d'aiguille ormental est enseigné " :

 

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Et justement cet acte créatif a été occulté , ce livre que j'ai eu du mal à trouver est un des rares qui évoquent ces travaux.

Et  à présent un voeu pieu, à l'égard des millions d'anonymes ou inconnues que nous sommes ... Soyons moins modestes  et si nous créons , faisons en sorte que nos oeuvres soient dignement conservées. On sait qu'on n'aura pas  droit -ou rarement - à une recension côté grands arts, (j'ai eu  ! merci je ne dis pas cela par dépit ou frustration!) mais alors débrouillons-nous nous mêmes : écrivons aussi sur ce qui a suscité nos  créations, ce n'est pas de l'outrecuidance, comme on me le dit, c'est une juste remise en place   d'oeuvres injustement exclues de la culture artistique dite contemporaine. Nous existons dans notre siècle et dans les diversités de nos créations. Faisons savoir que nos oeuvres existent, même si tout est fauit pour nous reléguer dans notre "ghetto culturel".

Et soyons aussi honnêtes, ce qui est pour moi la seule façon valable d'être réellement humbles et modestes : disons nos sources , si nous en avons,  et cessons de faire croire que nous sommes l'auteur du kit ou du modèle piqué à une revue , ou qu'empruntant le graphisme à un peintre abstrait du XX° siècle nous sommes des "novatrices" sublimes , plus artistes que celle qui part d'un poncif de son art. 

Et si nous avons pouvoir à le faire, insistons pour que nos oeuvres aient le droit à la conservation  au même titre que les grands arts, elles valent bien les tas de gravats et de bûches dont les musées  d'art contemporain sont parfois  encombrés .   Si  des capsules de yaourt assemblées sont du  plus grand art textile que nos compositions  (personnelles et signifiantes tout autant )    d'étoffes pourvu qu'on les assortisse du discours congruant le prouvant, écrivons les nôtres de "discours",  je peux aider qui n'y parviendrait pas ..... Faisons des index de nos oeuvres sur nos sites , expliquons, témoignons .... Signons nos oeuvres en indiquant qui a fait quoi : designer- réalisatrice- quilteuse  nous aiderons les historiens du textile futur ;  cessons de faire "profil bas", pour ne pas être (sauf si on le souhaite) des anonymous women du XXI siècle .

 

 

Dscf392red6On peut si on le souhaite et sur ce dernier point m'écrire sur chiffondart@aol.com

 

POUR COMPRENDRE

"Celui qui part de zéro pour n'arriver à rien  n'a de merci à dire à personne" Pierre Dac"

Je rédige ce billet à la suite de plusieurs dialogues, ça et là. Pour ceux et celles qui me l'ont demandé.

On me dit parfois (souvent ) : " je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas  accès à .... galeries d'art, murs pour exposer"   etc ". comme tel ou telle qui ...

Se souvenir du "pas de patchwork" dit par une organisatrice  d'évènements artistiques qui "appréciait" mon travail et me proposait des "murs payants". S'il  ne dit pas tout, il dit beaucoup de choses. Je pourrais même m'arrêter là. Je ne peux exposer chez qui refuse une partie essentielle de mon oeuvre au nom d'un préjugé fondé sur l' ignorance et obédience à la façon dont les arts sont classés .

Ce n'est pas compliqué, j'ai tout faux .  En tout,  par rapport à ce qui se fait et surtout ce qui LE fait, selon les us et coutumes actuels des milieux artistiques qui "comptent" ... Je m'explique.

 J'ajoute  et c'est essentiel,  je ne  veux surtout pas blesser ceux et celles qui sont dans le "ce qui se fait et le fait", j'admire bien souvent leurs oeuvres, tout à fait sincèrement. L'inverse n'est presque jamais vrai, mais on ne force pas les goûts personnels . Je ne jalouse pas leur succès, j'explique juste pourquoi moi je ne pourrais pas y accéder. Si j'avais voulu faire une carrière et non juste une oeuvre, je m'y serais prise autrement, mais pour moi cela n'aurait pas eu de sens. Ce que je fais comme je le fais: c'est le sel de ma vie .

- Je ne suis pas professionnelle, c'est sans doute l'obstacle principal administrativement  et j'ai expliqué pourquoi ici.

- Je suis indépendante. J'aime la solitude pour créer, le partage pour moi serait de pouvoir montrer mes oeuvres, juste pour les montrer, or ce n'est possible qu'à ma salle des machines. Je ne fais partie d'aucune structure   qui propose de m'exposer en tant qu'artiste   particulière ce  n'est fait que pour celles estimées "grandes" dont je ne suis évidemment pas  et les expositions collectives avec concours et prix etc, ne sont  pas vraiment ce qu'actuellement je recherche.

 -Je suis polyvalente et éclectique et je tiens à relier  tout ce que je crée : textes, textiles et images numériques par trois, par deux et même en oeuvres séparées elles font partie d'une oeuvre unique . Mais variée. On me reproche souvent de n'avoir aucun  style et pourtant il est  des gens qui reconnaissent mes quilts au premier coup d'oeil, parmi les autres . Mon style c'est d'être moi en tous mes désirs, envies, valences. Mon style, c'est d'être multiple, justement . Mon oeuvre est une ode à la variété  harmonieuse et c'est pour moi naÏvement, je le sais, une prière au monde toujours écartelé entre positions adverses. Si on veut du symbole, il est là, et greffé à mon âme. Pas un prétexte pour faire intellectuel ou engagé.

 - Je suis coloriste - ça se voit - et la mode   est au blanc au noir au noir et blanc . A la rigueur aux monochromes. Le dépouillement est  forcément profond, sublime  . C'est le couplet sur la merveilleuse sobriété , soi disant "plus difficile" , plus "ascétique" un "renoncement" un "minimalisme".

etc. OK je veux bien . J'en  connais sur le bout des doigts les justifications, vu que d'une oeuvre à l'autre depuis  le temps que j'observe, ça ne varie guère . La profusion, des couleurs, elle,  se porte mal ou alors faut être côté art  naïf ou art brut etc . Ce que je  ne suis pas . Ou côté Haute-Couture .

 Je sais aussi travailler le blanc (voir mes livres blancs) et en blanc et noir comme cet Alpha et omega

Alpha et l omega banc 3

mais pour moi ces couleurs c'était justement pour montrer quelque chose de précis. Pas parce  que le noir et blanc ou les monochromes, c'est mieux dans l'absolu je n'y accorde aucune once de "supériorité" esthétique . Et, je  m'excuse de ma franchise abrupte je trouve absurde autant qu'injuste  d'ériger un choix chromatique en but suprême à atteindre, pour se hausser en dévalorisant qui a choisi une voie opposée pour se dire.

Et je suis tout autant  moi dans ce "Mon harmonie"

harmonie détail.jpg

 La maîtrise de tant de couleurs, de motifs au sein d'une surface qui comporte parfois des milliers de fragments différents, ça, ce n'est pas jugé artistiquement valable et  témoin d'expression  même si ç'en est, parce telle n'est pas l'esthétique dominante côté grands arts. Ayant fait les deux, je crois pouvoir affirmer avec force que non ce n'est pas plus "facile" à faire et que si "trop de couleurs tue la couleur" cet assassinat-là  peut-être beau et éveiller une émotion ? Non ? Vraiment ?

Je sais coudre et broder, surtout à la main . C'est un grave handicap.  J'entends par  là que j'ai appris les diverses techniques d'assemblage  du patchwork - du moins celles dont j'ai besoin pour ma manière de faire - et qu'en broderie je cherche encore des nouveaux points, comme je lis toujours des nouveaux textes et j'aime découvrir des mots dont j'ignorais le sens.  Cela irait mieux pour moi si j'entortillais, amalgamais ou posais sans construction, puisque c'est la mode de DECONSTRUIRE , moi je bâtis, contre modes et marée. Mais ça me dessert. Je signale d'ailleurs que le patchwork repose souvent sur une déconstruction préalable, surtout quand il est de récupération, mais ce n'est pas la bonne,  celle qui aurait une aura intellectuelle.

Je ne tisse pas : j'assemble et je brode . Tisser, on ne sait pourquoi c'est plus noble et mieux considéré. Sans doute parce que  la tapisserie a rarement été un art domestique, si le tissage utilitaire pouvait l'être. Je sais tisser de façon très primaire, j'admire profondément l'art des tapissières mais je n'en suis pas une. Car à l'intérieur d'un art dévalorisé, il est des pratiques plus "nobles" que les autres et là non plus je ne suis pas sur le bon créneau.

Mais il m'arrive d'utiliser le tissage quand il est en rapport avec ce que je veux faire pas pour donner prestige à ce que je fais comme dans ces poèmes tissés

- Je ne suis pas artiste de mixed media avec du textile  ou un peu  de fil dedans pour  donner caution "textile" à ce que  je fais. Si j'y fais incursion c'est toujours pareil : c'est dans une visée précise pour créer cette oeuvre-là .  Je suis quelqu'un qui adore tissus et fils pour leur sensualité, leurs textures, et surtout leurs impressions ou motifs qu'ils soient imprimés, tissés, brodés . C'est mon medium, et un de mes langages. Je me porterais mieux d'assembler des épluchures d'oranges ou de pommes de terres, ou encore des bouts de n'importe quoi pourvu que ce ne soit pas du tissu (le fil, c'est la caution textile, et le discours c'est la caution intellectuelle). Intellectuellement et techniquement c'est tout à fait à ma portée , mais pourquoi refaire ce que d'autres font avec tant de bonheur semble-t-il ? 

Mais je sais allier mes arts, quand je le juge nécessaire  :

on peut voir par exemple ces avatars 

ou encore la série très traits 

- Je n'imite pas les grands arts. Je tiens à ce que mes broderies aient l'air de broderies et mes patchworks de patchworks. Que tissus et fils soient mon medium ESSENTIEL et avec eux je peux tant dire que je mourrai avec des carnets remplis de projets non réalisés, faute de temps.  Je ne peins mes tissus que si  j'en sens le besoin mais pas pour montrer que je sais peindre ou faire ressembler à de la peinture .

Je peux imprimer ou faire imprimer mes images numériques sur tissu et me contenter de les matelasser seulement pour moi cela ne serait pas un art par les tissus, la même image sur du papier aurait le même impact puisque là c'est les formes les couleurs et graphisme qui comptent, non essentiellement  l'étoffe.  Si je le fais, ça m'est arrivé,  c 'est pour quelque chose de spécifique ,et je réserve cela plutôt pour  le moment où je ne pourrais plus ni broder, ni assembler.

Ce qu'il faut savoir : Si j'étais peintre dessinatrice, graveuse et que je vienne à l'art textile , le fameux "fine arts background cher aux anglo-saxonnes) comme j'ai tant vu le faire à partir des années 2000,  là ce que je ferais serait automatiquement valorisé. J'apporterais l'aristocratie d'un art prestigieux à ces humbles pratiques tout juste bonnes pour décorer la maison ou faire de "jolis objets bien "sympas".  A chacun non seulement ses moyens, mais selon le prestige des arts qu'il exerce. Le problème, c 'est que côté Beaux-arts, sans vouloir être méchante, on  n'y connaît pas grand chose en valences purement textiles et notamment côté gestes techniques , ni histoire de cet art. 

-Je ne suis pas une artiste conceptuelle, même si je peux manier le concept aussi bien que l'aiguille (je le montrerai sans doute dans une oeuvre de révolte profonde qui me titille depuis trop longtemps pour que je ne la fasse pas un jour !).  Je suis quelqu'un qui aime travailler les matières (et pour moi les mots en sont une mais pour créer par pour sous-tendre ce qui se tient déjà assez bien tout  seul  ce me semble). Je n'aime pas l'idée d'avoir besoin d'un discours intellectuel pour qu'on regarde ce que je fais. Les matières que j'utilise parlent aux sens, pas au cerveau.  Même si je pense savoir me servir du mien de manière satisfaisante sinon géniale !

Mais je peux présenter un projet en ce sens comme Le temps qu'il fait dans le temps qu'il passe. Pourquoi ? Mais parce que j'en avais envie. Cette oeuvre pour moi n'est pas essentiellement "textile" , du reste. Elle vaudrait autant, pour l'idée,  imprimée sur du papier et en remplaçant la dentelle par  un autre matériau. C'est juste que j'aime tellement les tissus que je les ai associés mais ils n'étaient pas l'élément pour dire . C'est ce que  j'appellerais une "caution textile" si je prétendais les faire valoir comme art textile novateur  et supérieur à mes humbles patchworks .

- Je ne travaille pas en 3 D. Mon domaine d'élection c'est la surface. Un peintre a le droit , mais chez nous on est super mieux vues et cotées si on se lance dans la suspension , la sculpture etc .  Ailleurs on ne dit pas qu'un peintre vaut moins qu'un sculpteur, mais chez nous, faire des choses où on fuit l'effet couverture est quasi nécessaire et la 3 D, c'est un bon moyen d'autant que c'est aussi furieusement tendance .


 - Je ne  me gargarise  pas avec l'originalité et l'innovation mise à toutes les sauces. Je prends des sources et je les reconnais, leur date m'importe peu, prétendre  faire du " jamais vu sous le soleil" me semblerait beaucopup plus outrecuidant que ce que je dis ici et qui ne va pas manquer de la paraître, pourtant.  Qu'en sait-on ? On a donc tout vu ? Innover comme je le vois faire, c'est souvent imiter une source récente. Le premier innove, pas tous ses suiveurs s'enfilant sur un créneau porteur de louanges et reconnaissance :  puisque c'est récent c'est mieux ... forcément !

- J'aime jouer avec les poncifs même si je sais faire autrement , aussi ... alors là, ça me descend automatiquement  au niveau zéro de la création quoi que je fasse avec on n'y verra que le bien fait, et le" travail d'eéxécution " -c'est le cas de le dire (la création elle est  exécutée aussi , au pasage on NE VEUT PAS LA VOIR )  d'autant que ces arts sont exclus d'autre reconnaissance sauf rarissimes exceptions. On  a décidé que ceux et celles qui s'en servaient n'avaient vocation qu'artisanale, décorative , superficellement "joli", "traditionnels" indécrottables. Pour moi les poncifs et motifs sont comme les mots qui ont servi à d'autres avant moi et c'est même en cela précisément que l'écriture et l'art textile chez moi se rejoignent. J'ai developpé cette approche  ici .

De plus ce choix, mal compris, me condamne à une perfection normée que je refuse absolument. Je ne suis pas une machine et je veux que mes points reflètent ce que je suis et sens. Or tout le monde de l'art textile côté modèles reproduits ou même modèles créés (et j'ai été créatrice de modèles) l'exige, universellement cette norme pour tout ce qui repose sur un dessin ancien. Pas moyen de faire comprendre qu'on peut s'en dégager au niveau même de l'exécution pour lui imprimer sa patte et sa marque. Il ne s'agit aux yeux des professionnelles que d'imperfectionsde "poor workmanship"  car il n'y a que la forme qu'on regarde alors,  jamais la visée ni le fond : on est censée n'en point avoir. . C'est pourquoi la copieparfaitement exécutée  vaut et même passe la création qui en ce domaine reste incomprise ou niée.

Je pourrais ajouter : j'aime la beauté, je suis pas une artiste engagée au sens  habituel du terme  sous une bannière politisée, et je pourrais sans doute trouver encore quelques handicaps qui m'excluent. On pourrait ajouter c'est sans doute que je n'ai pas autant de talent que ceux et celles qui ont plus de succès. C'est possible. On m'en a reconnu pourtant et sans que je demande.

Qu'on me permette d'être moi -certes personne ne m'en empêche-  mais si je le suis je dois accepter que  mon parcours  soit souvent regardé avec une once de mépris ou en sous-entendant "que je ne  sais pas m'y prendre". Certes on a raison sur ce point, je suis inapte à ce que je trouve par rapport à mes exigences propres "inepte" . Je ne suis pas une "arrivée", -je  n'arriverai jamais .. et je veux pas "arriver" ,  il est vrai  :  je préfère les départs, les débuts, les envols, les pistes à ouvrir . ..Mon parcours  n'est pas "prestigieux" certes mais il est honnête, sincère, passionné , obstiné (autant de défauts sans doute aussi) . Et si j'égratigne au passage, on peut à bon droit juger cela "mesquin", je l'assume. Qu'on pense aussi  la dose de mépris, d'incompréhension  ou d'indifférence que je dois encaisser, et ce, depuis des années. Qu'on la rapporte à ma passion pour ...

Et qu'on vienne voir un peu ce qu'il en est à la salle des machines ou si on est trop loin sur la page Facebook qui lui est consacrée .

Et une dernière chose : JE NE ME PLAINS PAS , je réponds à des questions souventes fois posées . Le jour où on verra des quilts géométriques et création et expressioon personnelle y compris - d'amateurs pourquoi pas ?- suspendus côté arts généralistes dans galeries et musées, autant qu'on voit d'autres oeuvres -y compris textiles mais "pas de patchwork"   là j'accepterai, là,  de croire que  je m'y prends mal . Pas avant .

Oeuvre souterraine - les images numériques

Oeuvre souterraine- 4 Les images numériques

 

Les images numériques c'est un peu un hasard heureux de ma vie .... J'ai raconté comment , alors que j'étais abonnée à des fiches et CD censés m'initier à l'informatique, ma fille tombant sur une démo du logiciel Paint shop pro  me conseilla de l'acheter, pour elle. Résultat : c'est moi qui ai joué avec  :-)

Je parle ici d'images et non d'un art numérique avec toute une logistique assurée par des techniciens, des machines et des logiciels coûteux . Comme pour mes autres arts je reste dans le discret et l'intime ....

Je n'ai jamais été bonne dessinatrice, au sens de reproduire la réalité de manière convaincante ou inspirée, et c'est vrai j'ai souvent eu du mal même dans l'abstraction à représenter exactement par des moyens "classiques" toutes ces visions que j'avais en moi ...

 

Je sais composer (cela s'apprend ) et je pense aussi savoir le faire non de façon académique (selon des normes esthétiques figées) mais selon une expression qui m'est propre - qu'elle vaille ou non est un autre problème.

La découverte de ce logiciel, au bout de 15 ans et bien que ce soit un outil ancien , m'a ouvert des possibilités,  je n'ai pas fini d'en explorer les ressources pour la raison simple que les fonctions  se règlent,   d'une image à une autre elles  ne produisent pas le même rendu, qu'elles s'additionnent à ceux d'autres logiciels.

 

Le point de départ : un écran blanc des outils : de peinture, mais aussi et surtout d'effets, de filtres de paramètres (luminosité, contraste, couleur ) .Chaque outil mérite d'ête étudié  et je n'ai pas fini pas plus que je n'aurai jamais fini d'explorer les possibilités infinies des combinaisons d'étoffes et de fils et de mots . J'ai montré en broderie comment un simple schéma de feuille pouvait être interpété de manières différentes ...

C'est un travail mi intuitif mi technique (savoir ce qu'on peut faire, avec quoi, comment cela réagit sur tel ou tel point de départ . Travail par étapes reprises ... comme j'aime en tout, moi à qui il faut parfois trente ans pour finir un textile ou un texte .  Là évidemment ça va plus vite. Mais ce n'est jamais terminé ...

 On reproche souvent à cet art son absence de matière , mais justement je ne vois pas cela ainsi mais bien plutôt comme justement une sorte de liberté donnée par l'absence de matière (on peut d'ailleurs matérailiser le résultat par impression et cela m'arrive ) mais pour moi c'est sur écran que ces images rendent le mieux ...c'est pourquoi je les partage quotidiennement sur Facebook . Rappelant souvent que non je ne suis ni peintre, ni graveur, j'use d'autres outils. Je suis déjà écrivain et brodeuse et quilteuse et .. et .... je ne peux pas tout être !!

Justement cet art numérique propose de faire de la peinture sans peinture  :

 

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ou des matières sans matières :

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par le jeu d'effet et de filtres seulement pour que le résultat me convienne il faut une base qui soit de moi  et un résultat qui pour moi signifie quelque chose. Donnez le même logiciel à deux personnes c'est comme un crayon en plus complexe : les résultats seront différents du moins si on ne se contente pas d'un effet unique utilisé sur une photo .  En ce domaine comme dans les autres je suis mes exigences, par rapport à ce que moi je voudrais que ce soit . Je dis ça parce qu'un fois, on m'a dit : " ah mais oui mais moi aussi je fais de l'art numérique avec l'effet bidule de Photochose sur la photo de mon cheval . Ben je le dis tout net non ce n'est pas ce que je fais . Du tout . Prenez les logiciels essayez d'obtenir la même image et on en reparle !!

 

 J'ai bien essayé parfois de travailler de manière rationnelle et de  noter au fur et à mesure  le résultat de telle ou telle fonction, mais vite, je me suis  rendu compte que d'une part c'était vain (puisque ça dépendait aussi  ce à quoi on appliquait l'effet ou la fonction, comme dit précédemment) et que surtout ça bloquait l'élan vers l'essai, l'expérimentation quasi instinctive,  le "what if" cher aux anglosaxons.

Au départ ce que je voulais c'était des  patrons ou dessins plus faciles à reproduire qu'à la main pour des dessins plus complexes, et de tracé plus irréguliers que mes chères géométries (qui pourtant peuvent aussi servir de bases à des "dérives"ou suites  numériques, comme dans la série  "très  traits".)

Tres traits 2

  Et sans gommer jamais cette fonction pratique que j'utilise encore, j'ai pris conscience que ces images pour  certaines, correspondaient à  ce que j'aurais voulu dire si j'avais été peintre par exemple, graveur ou dessinatrice . Mais tout à fait différemment. Un peu comme si je créais à l'envers aussi par sélection des  créations où je me reconaissais . Si ce n'est pas le cas, je garde comme matrice car je travaille beaucoup à partir des métamorphoses d'images créées précédemment, par transformations succcessives (parfois je garde toute la série des "avatars" parfois non . Il faut savoir qu'avec une image on peut en créer des milliers (et plus ....) c'est comme un itinéraire avec un point de départ et un point d'arrivée mais on peut toujours continuer le voyage . On pourrait même faire une oeuvre entière, une vie entière avec un seul point de départ . Certains sont toutefois plus porteurs que d'autres . 

Au départ  donc j'ai beaucoup testé et je me suis rendu compte qu'en reprenant certains dessins en les repassant d'une fonction à une autre, en les superposant, les mêlant , j'arrivais peu à peu à créer des images qui, si elles n'étaient pas produites par des moyens classiques (crayon, papier , gravure, appareil photo etc)  étaient bien comme une projection de cette imagerie intérieure. Si je  ne reconnais pas dans une image quelque chose dont j'ai envie que ça existe, sous cette forme ou  bien je modifie , ou bien  je ne publie pas .

Car l'avantage des images numériques c'est justement qu'on peut modifier tant qu'on le souhaite , sans gâcher de la matière. De plus le résultat ne prend de place que sur le support électronique pas dans une maison déà bien encombrée par mes recherches textiles.

 J'ai travaillé quand même de nombreuses années avant de montre mes imagges en milieu artistique et en 2007 , j'ai eu la joie de vois s'ouvrir sur le site d'arts-up où j'étais inscrite une section art numérique , qu'on peut voir toujours ici .

J'ai écrit plusieurs articles  sur ce même site .

Il  existe bien des manières d'exercer cet art et en général ce qui est reconnu use  de moyens technologiques bien supérieurs à mes petites expérimentations, avec les moyens du bord et des logiciels peu coûteux et qui ne nécessitent pas une équipe technique au complet pour se produire en public . Dans des performances, installations , toutes choses spectaculaires ... que notre époque prise énormément . C'est sûrement prodigieusement intéressant, mais là encore mon art reste  limité donc par la place dont je dispose pour la matérialisation . Laquelle se fait (pour le moment) sous forme d'impression classique . Ainsi dans les tiroirs de la salle des machines on trouve ceci parfois :

 

La salle des machines 7

 La seule chose dont je rêve parfois c'est d'une exposition comportant  certains de mes textiles, des images numériques diffusées sur écran et des poémes récités en voix off. Mais l'énergie qu'il faudrait pour convaincre quelqu'un du monde  de l'art de me proposer - des murs  pour ce faire -et une  aide technique, surtout que j'ai expliqué ailleurs que je crée pas pour vendre mes oeuvres, mais pour bâtir quelque chose . N'oublions pas qu'â être volontairement "amateur" c'est hélas se disqualifier.

La salle des machines sera peut-être plus modestement aménagée en ce sens .

 

Ma petite fabrique à images comme je l'appelle correspond mieux à ce que je veux réaliser .

 En plus de dix ans, des milliers d'images donc il est impossible que je les mémorise toutes. Je les montre surtout sur Facebook  et quand j'use de la fonction  de rappel des "souvenirs" , il n'est pas rare que je me rappelle plus ce qui apparaît alors.

 C'est un art où je me sens beaucoup moins impliquée que par eemple dans l'art textile et l'écriture, même s'ilest pour moi paradoxalement , aussi important..Je pense que cela vient du fait que j'y ressens une sorte de facilité ..  même si j'y travaille tout de même beaucoup et qu'aucune image ne  naît dans ma productions de trois clics sur une photographie    et  l'abondance des  créations me déborde aussi un peu .

 

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 Ps je signale que quelques-unes de mes  oeuvres numériques ont été éditées avec des textes de Josiane Hubert  cf Chambre d'échos  (il reste des exemplaires disponibles). 

Oeuvre souterraine -3 : L'art textile

L'oeuvre souterraine- L'art textile. :

 J'en ai très souvent parlé ici  -et ce n'est pas fini !- et je ne vais donc pas refaire mon parcours par le menu. 

 Je parlerai ici plus de broderie que de patchwork (même si les deux se relient dans les crazys quilts et d'autres oeuvres d'inspiration plus récente) , mon parcours en patchwork est détaillé ici :le bonheur en lisière

Redire juste combien broder et écrire sont deux gestes appris quasi en même temps, mais qu'on ne relie pas si souvent. Sauf dans les alphabets , marquoirs, monogrammes et les plus récentes tendances qui consistent à écrire ou broder sur textile ou mixed media. Pour moi 'c'est lié aussi de l'intérieur (même si j'ai écrit et brodé des textes sur étoffes et que je le ferai probablement encore.) Mes articles textes et textiles illustrent d'autres voies (et ce n'est pas fini !) .

Déposer des lettres sur un papier . Déposer des fils sur un tissu, et déjà comme une fascination pour les motifs. Dès mes sept ans ...et par les magazines féminins comme expliqué dans l'article Modèles.

Pour moi ce qu'on juge "décoratif" est signifiant.  Surtout si on crée ce "décor" non pas forcément en inventant le motif (pas plus que la lettre ou le mot) mais en se l'appropriant par l'interprétation qu'on en fait, la manière dont on compose avec tout cela. Et surtout ce qui est propre à la broderie : les motifs, les points, les fils, les matériaux rapportés sur une étoffe de fond. Comme le photographe compose avec son sujet et la lumière (bienheureux photographe à qui on ne demande jamais si c'est lui qui a dessiné ! ).

 Brodant pendant longtemps comme on le faisait toutes pour décorer et orner donc -ce qui semble rédhibitoire vu que c'est dévolu aux femmes et aux artisans (art domestique et servile n'obligent pas qui les pratiquent)-  jugé superficiel inférieur souvent  par  ceux qui pratiquent les grands arts ou on condescend à en reconnaître un sorte d'esthétique qui serait dépourvue de vie de profondeur (la beauté n'est pas aimée non plus !) .. ou le fameux "travail" ; on concède, on ne comprend pas !! on ne ressent pas surtout .

Mais déjà interprétant les motifs y mettant mes fils, mes couleurs et les points que je choisissais ( ce qui reste l'art du brodeur  ) .Et une création authentique, je le rappelle avec force qui tient à ce qu'on va déposer sur le tissu.  Comme on écrit sur une page très exactement et non comme on calligraphie le texte d'un autre. Composer une broderie c'est très proche de composer un poème .

Pas en pro , certes, je n'ai as la prétention de posséder  la maîtrise des vraies ouvrières d'art et brodeuses de Haute-Couture,  mais j'ai travaillé de 2007 à 2012 comm créatrice de modèles,en patchwork puis en broderie  parce qu'on me l'a demandé. Et j'aimais bien, même si parfois croulant sous les commandes j'avais peur de ne pas finir dans les délais, même cette création n'était que semi-libre (il y avait un cahier de charges en quelque sorte) , même si on m'a dit qu'évidemment cette revue  "c'était pas le top " 'pardi puisqu'on m'y employait !)  et même si un jour ça a cessé sans qu'on m'en avertisse , ce qui eût été courtois .

Peu importe c'est une expérience que je ne regrette pas même si aujourd'hui je suis résolument dans "autre chose" .

 

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 J'aimerais dire, parce que j'ai mauvais caractère (!) :

- Pas plus que je n'assemble  ou écris je ne brode ni ne couds  pour "occuper mon temps'  je n'ai pas besoin de cela j'ai comme beaucoup des obligations domestiques, familiales, amicales,  etc.

- Ce n'est pas un loisir 'créatif"  , ni un "hobby" mais une recherche  constante dans un art qui me passionne, même si durant tout un temps de ma vie j'ai dû l'oblitérer ...Si c'était un loisir je n'aurais pas décidé de m'arrêter de travailler avant l'heure pour ce faire.  Je reconnais que ma "chance" est de l'avoir pu, mais c'est une  "chance" que j'ai obtenue en travaillant . Pas une rente qui m'est tombée par héritage. J'ai fait un choix de vie et je l'ai tenu. C'est  vrai, je l'ai pu et d'autres ne le peuvent , mais  y renoncer ne les aurait pas aidés et ce choix donc ne nuit à personne.

- Ce n'est pas une activité pour me détendre . Ni "méditer" avec les doigts occupés en mode automatique . Je construis ce  que je fais ... et souvent les points choisis demandent une concentration extrême pour ressembler un peu   à  ce que je veux, ce n'est pas en mode "je suis le pas à pas" ou je remplis ma surface en regardant la télé - Ce serait impossible ! mais c'est le plaisir de "faire naître" à chaque fois. Des choses comme ci dessous  par exemple :

 

 

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 - Je ne cherche pas à faire de "jolis objets" ,  on peut les trouver "jolis" tant qu'on veut , mais je cherche une harmonie,  un accord par ce moyen comme en tout ce que  je fais .  C'est le lien. L'harmonie je le répète souvent,  est fille de Mars et comporte ses discordances voulues. Et s'il n'y en a pas, c'est voulu aussi . D'autre part je crée des surfaces, comme les peintres, graveurs  ou les photographes ( !)  parce que  la surface est mon mode d'expression choisi . C'est ce que je préfère mais voilà ça force les gens à penser napperons, couverture, centre de table,  vêtements, accessoires, parce  que c'est le rôle dévolu aux arts textiles  .. pluôt que surface où on dit quelque chose .. cela ne va pas de soi(e). C'aussi pour une raison pratique : ma maison ne saurait contenir des suspensions, des sculptures géantes  etc .. et puis l'idée  me séduit de cette ambivalence de certaines de mes surfaces : art et réchauffement des corps ou du décor.. déjà comme ça elle est pleine à craquer, ma maison  et des matériaux et des oeuvrages ... au point que parfois je me dis que je suis folle de continuer à entasser ici toutes ces choses qui  n'intéressent que peu de personnes (des personnes de qualité s'entend :-)  mais comme c 'est le nombre qui compte pôur compter ! Las ... après moi hop disparition. L'admettre et en profiter tant que c'est possible.

 

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- Je ne suis pas une petite main,  je crée pour m'exprimer, moi et non pour rendre les créations d'autres. Ce n'est pas déshonorant de le faire,  très très loin de là,  tout au contraire mais d'abord c'est un métier pour lequel je n'ai pas de qualification reconnue, justement. Juste mon expérience et mes expérimentations d'indépendante.  Ensuite ce n'est pas du tout cela que je veux faire. Donc quand je crée un sac ou une écharpe, un gilet  il est de moi, de la conception au dernier point cousu. Et je n'ai pas pris le modèle dans une revue . ( c'est l'inverse, j'ai créé des modèles pour des revues et croyez-moi, ce n'est pas du tout pareil !) .

 - Je m'exprime avec fils, points tissus comme un medium dans une optique d'expression personnelle pas de perfection technique, ni de  transmission patrimoniale d'un savoir ancestral. En revanche j'intègre des éléments issus de ce qu'on nomme tradition dans ce que je fais, j'intègre aussi des techniques et matériaux dits "innovateurs" - Je crois que dans le monde de l'art textile c 'est une pratique assez courue -ce qui l'est moins parfois c'est de reconnaître honnêtement ses emprunts .

Je demande juste cette compréhension qui du reste exige  au moins un peu connaissance de l'art en question (pas de reconnaissance vraie sans connaissance  ).  Je publie x articles qui sont faits pour ça  :-) . et si on n'en a ni le temps ni le goût qu'on pense composition couleur texture et non 'tissu, fil, ouvrage de dame, joli,  heures de travail , habileté, patience .. etc . Que si on est peintre, photographe ou graveur on imagine ce que  ce serait d'entendre tout cela à chaque fois ou presque qu'on montre quelque chose. Et d'être systématiquement oublié(e) des recensions de l'art tout court ... pûisque pas dans la bonne case. Et même dans aucune et les refusant, viscéralement ......

 

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oeuvre souterraine - 2 l'écriture (suite)

L'Oeuvre souterraine- l'écriture -2 (suite)

Entre 1976 et 1986 , une dizaine d'années donc, j'écrivis peu; un poème par ci par là dont  "la mort entra dans la maison" qui servit de base au textile Textimité , longtemps plus tard.

Mon inspiration se faisait plus narrative et je rédigeais quelques nouvelles : L'enfant du jardin, Les couteaux  qu'on peut trouver sur ma page Facebook .

Et puis portée sans aucun doute et encouragée par mes quelques lecteurs d'alors, j'écris deux récits plus longs : regroupés alors sous le titre Les épures : Les Jours de Mauménie qui évoque une expérience de vie "asociale" et le Cygne qui malheureusement a été perdu .

Peu après et restant toujours dans la narration courte j'écris un recueil de Nouvelles intitulé Mélodrames à l'eau de rêve, tous fondés sur des rêves que je faisais à cette époque-là de ma vie . Voyant dans un magazine une publicité pour une entreprise qui proposait la saisie électronique des ouvrages -moyennant finance évidemment- je décide de m'offrir ce luxe .... Quand je récupère mes exemplaires, l'imprimeur qui était aussi éditeur y avait joint une carte rédigée en ces termes :  " nous tenons à vous dire que certaines de vos nouvelles sont des chefs d'oeuvre en miniature, nous aimerions vous lire en roman (souligné de deux traits) dans le cadre de notre département d'édition " 

.Alors évidemment mon petit coeur d'auteur amateur  ne fait qu'un tour , ma vanité se pose quelques jours sur un petit nuage ...... Je m'y mets tous les matins sur la table de la cuisine avant que mon fils aîné  ne  se réveille et j'écris La Demeure Mentale -une première version toutefois . A la même époque et quasi en parallèle je rédige Mandalaé un des récits des Mythologies Intérieures

Rien que la tentative d'édition de ce récit plus poétique que romanesque dans les années 87 à 90 est une longue histoire .... Refus "types" nombreux, mais aussi lettres encourageantes.   : " j'ai lu jusquau bout et ce n'est pas si fréquent m'écrivit  une éditrice" qui me compara à.. MIchel Tournier précisant toutefois que je restais "en deça" . Ce qui me fit sourire. En fait beacoup de personnes me conseillèrent de changer la fin qui selon elles n'était pas bonne;  et je pense que lorsque tout le monde le dit, il faut revoir sa copie; ce que je fis . Je rédigeais donc la version définitive et je la soumis de nouveau aux éditeurs. Le premier, celui qui m' en  avait conseillé l'écriture me dit :  "c'est un beau texte, mais je ne peux prendre le risque de lancer un nouvel auteur en ce moment".

Il y eut une quasi acceptation dans une collection qui ferma.... au moment où j'attendais de recevoir le contrat. C'est à ce moment-là que mon deuxième enfant  s'est annoncé.
 Je décidais donc de faire mon livre moi-même . A la même époque je correspondis brièvement avec le philosophe Michel Henry qui m'encouragea par ces mots :

 

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C'est cette idée cependant que construire avec plus d'intrigue et de personnages qui cheminant aboutira au Jeu de la Rose qui eut comme point de départ un fait divers réel (le procès de parents accusés d'avoir séquestré leur fille) . Le jeu de la Rose , a été l'objet d'une expérience amusante de lecture critique : dans les retours que j ai obtenus, l'un me conseillait de supprimer ce que l'autre trouvait "la meilleure partie"et vice versa et les deux lecteurs avaient comme on dit autorité littéraire à cela ... J'ai donc tout gardé !

 

Je l'ai rangé dans mes tiroirs et je ne l'en ai sorti que très récemment (en vain pour la quête éditoriale refus types etc) .J'ai assez vite compris qu'écrit dans les années 80 il était "démodé", même si les problèmes qu'il évoque ne le sont pas, eux .... Mais il a servi de fondement à l'ouvrage art-roman où la dernière partie imprimée sur de l'organza est celle du roman.

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Ensuite il y eut un long blanc jusqu'en 2001 où je recommençais à écrire d'une part Lettres fermées      deux récits autobiographiques   Révélation et Arrêt sur image non diffusés. pour le moment.

Parallèlement je reprends les mythologies Intérieures, j'achève Armine,   qui était resté en plan pendant plus de 20 ans ... J'y adjoins le récit où seront enchâssés tous les autres-sur les conseils d'un ami-  La Bienveillante ( Armine et la Bienveillante ont été aussi écrits pour mes enfants adolescents). Je ferai imprimer ce livre en 2015 sans jamais lui  avoir cherché d'éditeur.

 

En 2003 il y eut la rencontre avec les écrivains et poètes de la Librairie Galerie Racine où j'exposais d'abord des textiles  en 2004 puis la publication de La demeure Mentale en 2005 soit quasiment vingt ans après sa rédaction ( ne jamais se décourager !) . Et puis aussi l'expérience adjacente par le jeu des rencontres des ateliers d'écriture de Floreffe où j'allais d'abord par amitié mais pas convaincue que cela me serait utile pour mon écriture personnelle. Je me trompais.Ils  m'amenèrent à renouer avec l'écritire poétique et les nouvelles. Ces ateliers se poursuivirent en virtuel et il en reste un certain nombre de textes que j'envisage de regrouper sous le titre "l'Etabli"

 C'est après un de ces ateliers que je commençais Le Chant des couleurs ....

Puis il y a eu la participation au collectif Lèse-art et à la revue Re-mue puis d'autres expériences  dont on peut voir le détail sur ma page d'accueil si on le désire.

 

Bref un CV qui se remplume un peu (je le dis en riant on sait que ce n'est pas ce que je cherche, je sais bien qu'il est trop tard -au sens de je n'ai plus trop de temps à  gaspiller  dans une quête vaine puisque je suis sans relations ni recommandations.  Mais ça me fait plaisir tout simplement . Je n'ai pas les qualités requises pour me faire une place là où ça compte,  entendre qualités par particularités , sans doute pas le talent non plus , du moins celui qu'il faudrait avoir et pour le peu que j'aie approché les milieux littéraires, j'ai eu l'impression de jouer le mauvais rôle dans un dîner de cons ou de la Bécassine sortant de sa province avec ses gros sabots . 

Mais au point de ma vie où je suis dans cette période où on ne sait pas du tout combien de temps du moins avec ses moyens intellectuels il vous reste , ce n'est plus l'essentiel pour moi . Je crée et j'écris depuis toujours mue par cette très simple nécessité : faire surgir quelque chose qui sous cette forme exacte n'existe pas déjà même si elle peut ressembler evidemment à des choses existanteset tenter de le partager avec les quelques-uns qui aiment; Après moi tout cela disparaîtra et ce ne sera dommage que pour ceux qui y auraient trouvé quelque chose d'important pour  eux que ce soit plaisir esthétique, évasion, émotion, réflexion ... pour moi ce sera mission acccomplie-mais toujours inachevée cependant -

J'aurais aimé  écrire (et créer) toute ma vie commeon croit qu' un oiseau chante : pour chanter, sans trop se soucier de ce qu'il puisse charmer (ou déplaire) et moins encore de ce qu'il faudrait chanter pour plaire.

Merci surtout  aux personnes qui m'ont lue, commentée, publiée en livres ou en revue   et chroniquée , elle se reconnaîtront et la fidélité sans faille  de certains me touche vraiment profondément . Cela m'aide à continuer.

 

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oeuvre souterraine- 2 : l'écriture

NB : si ça paraît trop long pour être lu sur écran,et que vous êtes intéressés,   imprimez-le, et sinon ce n'est pas la peine que je fasse plus court :-)

Les débuts

Il est difficile de se rappeler de ses tout premiers textes . Pour moi je suis quasi certaine que pour les poèmes, ce furent ceux que j'écrivais sur des feuilles reliées par un ruban de bolduc , et que je pense avoir jetées récemment , à moins que je ne les ai égarées dans mon "foutoir existentiel" .

Poèmes écrits par amour pour un copain de ma grande soeur à qui j'offrais des violettes, parce qu'il avait dit les aimer.:

 Précisant toutefois "une femme (sic!) ne devrait pas faire ce que j'ai fait / mais pour toi qui les aime(sic) , je veux te les offrir.et puis plus loin :  "je te les ai données alors pour ton sourire."

De fait, le sourire méritait sans doute d'être gardé en mémoire plus que les vers.

N'est pas Rimbaud qui veut ( on comprendra que j'ai jeté ! ).

Mais aussi déjà cet amour des fleurs ( je sais  que c'est banal ) et de la nature qui m'entourait . Un goût déjà pour la synesthésie. De  ce recueil un vers me revient :

 "Je savourais le fruit en respirant la fleur , souvenir d'un jour chaud  où je dégustais une pêche en contemplant une rose d'un rouge foncé du jardin de mon père.

Et puis vers mes dix-sept ans, il y a eu ce poème dont j'ai senti en l'écrivant qu'il n'était pas comme les autres. Je  ne veux pas dire qu'il était meilleur (ce n'est pas à moi d'en juger) mais je sentais qu'il venait d'ailleurs, de  ce que j'appelle mes "sources profondes". Ce qui souvent fait sourire. Pourtant c'est bien ainsi que je ressens ce qu'on pourrait appeler "inspiration".

J’aime

Les balbutiements des aurores enflammées

Le déchirement des firmaments ailés

Le souffle du vent qui alanguit la mer

Le vie qui s ‘agrippe à tout cet univers

Et le pardon déçu et l’amour qui revient

Le ciel trop pur des froides matinées

Le grondant tumulte de l’éclair jaillissant

Le trille de l’oiseau dans le vent parfumé

Le roseau qui se plie sous le lourd ciel plombé

Et l’amour qui surgit au cœur d’un noir sillon

Entre deux fleurs d’or qu’on nomme papillons

Le désir qui monte avec la fumée

Les écailles d’or du velours de minuit.

 

 

 

 Ce n'est pourtant  pas le premier du carnet vert,  ce carnet que j'ai conservé et où j'ai recopié mes poèmes entre 1966 et 1972.

Poeme 2

Le Carnet vert contient trois parties : les Aurores , Lignes Brisées et Les Vies parallèles  qu'on peut lire en entier sur ce lien.

Il  contient aussi un texte plus long intitulé L'anti-Pénélope et qui eut un petit succès dans la revue où je publiais alors. Les autres poèmes sont conservées sur des feuilles volantes, dans un classeur.

 Faisons une parenthèse sur ces premières publications. Mes premiers textes ont paru dans la revue Les Coulisses des comédiens d'Aquitaine sous le  pseudonyme de Lise Alexandre que j'aurais conservé, si je n'avais décidé dans les années 2000 de relier textes et textiles et dans l'art textile j'étais connue, même si ce n'est qu'un peu ... sous mon nom marital que j'ai donc conservé.

Ensuite à la fac dans les années 70, un ami me parla d'une revue intitulée Eurêka, une revue dirigée par  Jean Laplace auteur Des guignes au vitriol (entre autres)   et tirée sur une machine à alcool. Les personnes de mon âge ont sûrement en mémoire les caractères violets un peu empâtés qu'on obtenait par ce moyen et l'odeur !  J'aimais bien  cette revue qui avait l'avantage de publier des "retours" de lecteurs. Je dois dire, je ne faisais pas partie de ce qu'on nomme les  "auteurs -phare" , mais quelques personnes m'appréciaient et me suivaient (un avant goût de Facebook ). D'autres en revanche, déjà, me jugeaient "trop classique" , trop "banale". Reproche qui m'a collé aux basques ma vie durant et contre lequel, pourtant j'ai bâti mon oeuvre, à ma manière, ne m'en laissant imposer ni par les avant-gardes ni par les arrière-gardes et m'attirant d'emblée les critiques des deux.

 

Eureka 1

 

A cette époque aussi , je fus membre de ce qu'on appelait la BOND la bibliothèque des auteurs  non diffusés où on pouvait déposer ses manuscrits (elle était sise à Nantes ).

Il faut expliquer que la mode était alors en littérature, à tout autre chose on déconstruisait le langage à la dynamite, on explorait, on jargonnait aussi pas mal, et si ce travail dit d'avant -garde m'intéressait ntellectuellement, ce n'était pas ma manière, à moi. Il  à noter que je me suis heurtée au même problème quelques décennies plus tard, en art textile tant les novateurs aiment hélas dévaloriser et exclure tout ce qui ne se laisse pas imposer de nouvelles lois esthétiques. .Et comme les très conservateurs, eux, écrivaient  souvent en versification classique des poésies de circonstance, je n'avais une fois de plus ma place nulle part. Sauf celle que je me faisais, à l'écart. Mes petites mélodies douces n'intéressaient personne ou très peu de monde, on n'y voyait que du sentimental féminin rebattu. C'est possible que cela en fût. Mais  comme toujours je suivais mes voix-voies. Je n'écris pas pour plaire ni pour suivre des mouvements littéraires. J'écris pour exprimer ce qui chante en moi, de cette façon-là .

 J'ajoute que je n'ai à cette époque jamais proposé mes textes à un éditeur, mais  j'ai  participé, vers mes vingt ans ,  à un prix de poésie dont le but essentiel était l'arnaque au compte d'auteur abusif  : il y avait un lauréat, mais tous les autres recevaient la lettre disant qu'on avait remarqué la qualité de leur style  et on leur proposait de les publier moyennant finances et sans diffusion réelle. Il est à noter que si jeune que je fusse, j'étais peu encline à la vanité d'auteur ( du moins pas celle-là ! )  et cela m'épargna bien des déboires.

Ce fut à la fin de cette période que j'écrivis les poèmes courts de Trames et les poèmes longs de Chaînes, avec lesquels j'ai construit ensuite les poèmes tissés Tramatiques qu'on peut voir sur ce lien

 Et puis en 1974 le départ dans le Nord, le métier - qui était dur, en banlieue de Denain - l'amour, le mariage. J'ai écrit un dernier recueil Décadences en 1975-76 . J'avais dans mon collège alors quelques relations avec une ou deux collègues qui écrivaient aussi, nous échangions beaucoup.

 J'avais écrit aussi pas mal de dialogues de théâtre il faut dire pendant toute une période de ma vie, poésie et théâtre m'intéressaient beaucoup plus que ce qu'on nomme roman. Donc j'avais écrit un certain nombre de dialogues (dont cet anti Pénélope évoqué ci-dessus  ) et un autre texte  intitulé  Monologue à deux voix  qui est sans doute un de ceux que j'ai eu raison de conserver. Le reste est parti à la poubelle . A cette époque j'ai suivi un cours de théâtre à l'université et par l'intermédiaire d'une amie, vu travailler à Bordeaux une troupe d'avant-garde. Je  vis aussi à cette époque, l'Electre de Sophocle jouée, en grec ancien, par le théâtre de la Mama (troupe new yorkaise). J'en ai toujours un très mauvais enregistrement quelque part, je ne sais s'il est audible encore. Je rédigeais un mémoire (quasi une thèse me dirent mes professeurs d'alors!)  sur les personnages de vieillards dans l'oeuvre du dramaturge.

C'est à cette époque que j'ai rédigé Oléis le premier texte des Mythologies intérieures sous forme de dialogue, une de mes collègues et lectrice m'a conseillé d'en faire un récit . Il en fut de même pour ce texte intitulé Dymion qui a été classé ensuite à part. Oléis peut se lire comme un manifeste féministe mais aussi humaniste . L'humain pour moi prime le sexe ou le genre et je me conduis en humaine avant de penser que je suis une femme. C'est parce que je  ne crois pas qu'on puisse avancer sur des fossés qu'on creuse entre sexes, des guéguerres , une agressivité permanente. Cela dit on sait combien je me bats pour que les activités attribuées -à tort- aux femmes et où elles excellent soient vues d'un autre oeil plutôt que d'imiter les hommes et souvent dans leur idée de la force (d'où une revalorisation de ce que je nomme "la force" des femmes : fermeté, douceur, endurance et dont les hommes estimables ne sont pas exempts! ). Tout est déjà dans ce premier texte. Dymion lui a été écrit d'abord en réaction à mon voyage dans la Grèce des colonels en 1971 .

Mais ce n'est que bien plus tard au début des années 2000 que je reprendrai tout cela.

 (à suivre, si on le veut bien  )

 

 

Le cahier débrouillé

 Parution : Le Cahier débrouillé- poésies

 

 

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Le dernier recueil avant le suivant .

Si vous voulez vous le procurer m'écrire sur chiffondart@aol.com.

Un extrait :

 

Je ferme tous les soirs les paupières de la nuit

là-bas un coeur bat

est-ce celui du monde ?

un oreiller est mon amant

je m'endors le serrant,

lui contant

 toutes ces choses étranges et folles

qu’aucun papier jamais

n’acceptera d’inscrire

juste les étoffes de vie

leurs rails croisés

sans aiguillage

je fais l'amour

avec mes draps

usés

leur trahison

sera  ma déchirure.

 

 

On peut lire aussi  cette chronique

OEUVRE SOUTERRAINE

 texte -1  avant propos

J'appelle oeuvre cet ensemble d'ouvages, d'écrits, d'images dont je suis la conceptrice et la réalisatrice.

Je dirai bien : la créatrice si ce mot ne servait à tout , créer étant devenu une sorte de synonyme de "faire" .

L'instigatrice de mystères qui souvent me dépassent . (cf Cocteau)

Je sais que le mot oeuvre s'agissant d'une personne qui n'expose pas-   et  publie soit chez les petits éditeurs  (petits par la taille de l'entreprise s'entend) ou en auto-édition volontaire, peut amener à sourire ironiquement.

Je le précise : je n'ai pas fait grand chose pour ma promotion estimant que je ne suis pas une commerciale -il n'y a pas de honte à l'être , mais ce n'est pas ma tasse de thé.. Je comprends les artistes et les écrivains qui sont obligés de se battre,  qui veulent "vivre de leur art". J'ai parfois des discussions tendues  avec eux à ce sujet, parce que si je comprends leur point de vue, je n 'aime pas trop qu'ils me considèrent comme une nantie qui a les moyens de ne pas vendre.  Ces moyens je les ai gagnés par mon travail et ils ont été payés d'une longue attente pour pouvoir consacrer quelques années de ma vie à mes créations.Je n'ai pas hérité d'une rente, pour ce faire.  C'est, d'autre part,  toute une conception de la chose créée qui, en moi, est différente, et j'aimerais donc qu'on la comprenne et la respecte. Je l'ai souvent écrit mais je le redirai tant qu'on ne l'entendra pas : mes ambitions sont autres.

Je ne cherche pas à "gagner" quoi que ce soit ni argent , ni célébrité,   (qui au vu du  nombre de gens qui créent et écrivent aussi bien sinon mieux que moi serait un gaspillage de temps et d'énergie que je refuse absolument ). J'ai une atrophie de ces vanités-là qui font courir le monde , me dit-on, et je n'y ai aucun mérite : c'est mon tempérament .

Je n'attends rien d'autre de ce que je fais que de voir réalisées quelques-unes de ce que j'appelle mes "envidées" -envie plus idée. C'est la première  finalité de cette somme de textes, de textiles et d'ouvrages que j'accumule, jour après jour. La deuxième est dans l'espoir qu'une oeuve suscitera un plaisir, une réflexion et la troisième  un échange entre moi et les autres personnes. Les trois ensemble : c'est le paradis !

J'ai écrit ailleurs qu'une oeuvre pouvait être étendue par le nombre de travaux réalisés et sans importance. Rester "médiocre" voire "insignifiante" selon les critères de valeur et de réussite donnés d'une époque et d'un milieu.  Et je sais bien qu'aux yeux de l'opinion comme on dit, cette oeuvre n'a aucune existence , puisqu'on lit ce qui est déjà connu, cautionné, célèbre. Ce droit à l'existence des oeuvres juste conçues pour l'amour de l'art  n'existe pas. Il est hors jeu social.

Ic je montre le plus souent du textile et je défends l'art textile tel que je le conçois et pratique, parce qu'il me semble que c'est lui le "parent pauvre". Cela ne veut pas dire que le reste ne compte pas pour moi juste que c e qui est déjà défendu et connu , promu , ce n'est pas la peine que je le fasse.

Une oeuvre tri -céphale donc : de l'écriture, des textiles et des images  numériques. Et j'aimerais, vu que le temps de ma vie diminue comme peau de chagrin  , vous montrer ce que dans sa totalité cela donne -matériellement s'entend-
J'appelle cela, parce que j'aime rire de moi mes "éditions de la poilade", qui concourt pour le prix No-belle ...( à chacun selon ses moyens !)

(à suivre)

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