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  • Licornes et sortilèges

    PARUTION  :

     

     

    Licornes et sortileges nicole pessin jacqueline fischer garde

     

     

    Une deuxième aventure cette année d'oeuvre en duo .  J'admirais depuis longtemps les oeuvres graphiques de Nicole  Pessin que j'appelais, à part moi "l'enlumineresse" compromis entre enlumineuse et enchanteresse.  Ses   univers et l'harmonie entre les textes de "ses" poètes et les illustrations . Je possédais déjà quelques-unes de  ces merveilles .

    On peut visiter son site ici

     Aussi quand Nicole m'a demandé si j'acceoterais d'écrire sur ses images , c'était un peu comme un rêve qui se réalisait . Donc ce furent les licornes et leur aventure . Les textes se sont imposés à moi sans trop de peine, tant l'univers graphique m'était évocateur. Plutôt que d'écrire une histoire unique j'ai préféré une forme poétique  qui tend des fils au dessus des possibles  et laisse place à l'imaginaire du lecteur :

    Se dressant vers le ciel  et avançant vers  nous

    Le château invitait à des jeux

    dont les règles à jamais resteront inconnues

     Je ne sais si les textes sont réussis, il m'est interdit d'en juger mais  ce fut un réel plaisir ce travail à deux . Non ! :  à trois puisque Jean Paul Gavard -Perret a eu la gentillesse  de  préfacer l'ouvrage .:

    "Licornes et sortilèges"

    Poésie de Jacqueline Fischer agrémentée de 10 reproductions, aquarelles de Nicole Pessin.

    Préface de Jean-Paul Gavard-Perret
    Format : 21 cm x 15 cm.
    Achevé en mars 2020 pour le compte et le plaisir des éditions Varia poetica. Saint-Laurent-du-Pont (Isère)

    Livre d'artiste dont chaque exemplaire possède une couverture unique.

    On peut se le procurer sur le site de Nicole Pessin

    Licornes et sortileges nicole pessin jacqueline fischer c1

     

     

    Licornes et sortileges nicole pessin jacqueline fischer i 1

  • Simples écritures de Jeanne Maillet

    Lorsque Denise Jardy-Ledoux m'a demandé si je voulais bien illustrer le recueil de Jeanne Maillet Simples écritures -avec l'accord de l'auteur s'entend !-  j'ai d'abord demandé à lire le texte.

     Et entrant à l'intérieur des mots, j'ai été si vite séduite par le rythme et les images  et mieux encore par  ce que je ressentais comme un voyage possible  que j'ai accepté avec enthousasme.

     Cependant aussi appréhension . J'avais peur de trahir les mots ...la simplicité n'étant pas ce qu'il y a de plus aisé à illustrer avec justesse ..

    J'espère y être au moins un peu parvenue .

    J'invite surtout  à lire le texte que je ne voudrais pas trop déflorer, je cite juste ce passage qui m'a mise en route  :

     Mets ta robe bleue

    Fillette

     Ta  robe bleue clair celle qui affole le ciel

    Puis cours,

    Cours vite,

    Ils pourraient bien te rattraper

    Là-bas

    Dans la moiteur de l'antichambre.

    La couleur bleue est très présente dans le recueil comme un fil rouge auquel sont venues s'accrocher tant d'autres images .Bleu des volubilis aussi .. Et une robe de marquise qui semble attendre ses noces .. Plus loin, la vision d' un orient qui est sans doute aussi un peu le paradis,   du moins pour moi qui lisais en textiles.

    Et bien sûr ce titre si parlant pour moi qui tiens les points de broderies et les motifs des étoffes pour des  écritures ayant  signifcation ..pour les sens , sinon rationnellement . Chaque image comporte un morceau de ruban vert, comme les herbes de la pharmacopée évoquée par l'auteur, orné de points simples : épine, chevron etc.

    Les trente  images  de l'édition de tête sont toutes différentes..  textiles fixés et brodés main .

    Le livre est disponible chez l'éditeur : collection Les carnets du douayeul

    éditions du Douayeul 196 avenue Denis Cordonnier

     59500 Douai

    Chez L'auteur Jeanne Maillet (présente sur Facebook)

    Et moi-même .

    Soit cette édition de tête  numérotée et dont chaque volume (couverture faite sur papier fait main par Denise Jardy-Ledoux ) est unique .

    Soit l'édition ordinaire  ornée de Lettrines et de photographiesen nir et blanc  de quelques  textiles

    Simples ecritures jeanne maillet ilulstrations jacqueline fischerSur la page suivante quelques-unes des illustrations dont j'aimerais qu'elles jouent leur rôle de lumière jetée sur un texte que je vous invite vraiment  à découvrir .

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  • couture et patchwork

     NON je ne suis pas (plus!) une bonne couturière ou Sisyphe aide-moi !

    En cette période où coudre des masques est devenu un hobby forcé national , je sais que je déçois beaucoup de personnes en disant que .... je ne suis pas  douée  pour ce genre de choses. Et très peu motivée qui plus est étant donné que patchwork et broderie rendent inefficients lesdits masques ! sauf si on tient à s'amuser avec cela, .J'avoue que là c'est hors de ma zone d'humour !

    J'ai déjà écrit des milliers de fois que le patchwork pour moi n'est pas de la "couture" . Je ne "couds" pas j'assemble ! Et assembler un bloc en patchwork ça n'a pas grand chose à voir avec un  sac, robe ou  objet,  même si ce n'est pas toujours plus "facile" c'est tout simplement autre chose . Comme peindre un mur de cuisine après l'avoir poncé et rebouché ce n'est pas peindre une toile de création . Il y faut des qualités différentes, les deux sont respectables et du reste on peut  avoir les deux sortes de compétences .

    Mais moi, non ! ou du moins plus.  D'autre  part  je ne suis jamais venue au patchwork par amour de la couture, mais par amour des assemblages de tissus VARIES  et même  tout court des tissus et étoffes .Je couds parce que  je n'aime pas l'aspect raide du collé et pour le symbole-et les différents aspects, le lâche comme le serré, le visible comme le caché-  aussi de ce geste d'assemblage main comme "connexion" de matériaux , c'est pourquoi il arrive que les connexions se voient;  aucune norme de points serrés parfaits ne me va.  Ce n'est pas "moi" ce n'est pas ce que je veux faire !Ni montrer par mes assemblages. Le dire n'est pas en convaincre, ce qui oblige donc à redire . Sisyphe, aide-moi !

    De même je brode -j'ai brodé bien avant de faire du patchwork que je n'ai découvert qu'en 1982 et la broderie n'est pas non plus de la couture  même si certains points de broderie étaient utilisés jadis en couture main (je couds pour ma part avec une alternance de points avant et de points arrière )

    Vase 20 c3 a0 20 relyred

    Ceci n'est pas de la couture !

    C'est là qu'il faut parler de couture main et de couture machine . J'ai beaucoup cousu de vêtements à la machine , jadis. Par nécessité. La machine de ma mère une Singer fonctionnait avec un moteur électrique (qu'on n'utilisait pas ou rarement)  et une manivelle tournable à la main, à son rythme. sans cet outil, j 'aurais eu du mal .  Il me fallait réguler la vitesse moi-même ; j'avais des notions de courture d'habillement , que je perfectionnais, à l'époque j'aimais cela. Je n'aime plus parce que dès que j'ai découvert le patchwork , justement c'est l'aspect beaucoup de tissus pour dire avec quelque  chose qui m'a pris l'âme, donné l'envie.Rien d'une pro en couture donc. Monter une manche avec fronces j'ai su et même des choses plus compliquées, mais je ne pratique plus tout cela et j'ai donc oublié les gestes .  J'arrive encore en me forçant beaucoup à monter un sac très simple ou une pochette  voire à doubler un gilet correctement -parce que  j'étais obligée à des fins professionnelles de publication à l'époque !- mais rien à voir avec mettre ensemble 2500 bouts de tissus quasi tous différents pour en composer une harmonie qui me corresponde    ça n'a STRICTEMENT RIEN A  VOIR. RIEN. (Sisyphe aide-moi -bis) :
    10293649 10201813404163276 4813835556545502732 o

    ceci n'est pas non plus essentiellement de la couture ...

    .Je n'aime pas  assembler  à la machine mes patchworks, j'ai expliqué pourquoi des dizaines de fois et je n'en ai rien à faire qu'à notre époque "les plus grandes" soient des championnes de leur  "bécane" -oui on dit aussi comme ça parfois ou que ça permette d'aller vite..   Moi ce que  j'aime  c'est hésiter laisser ce tissu-là reprendre cet autre  J'aime la lenteur dans ma vie aussi c'est vous dire si je suis définitivement inadaptée à notre époque mais enfin  Vinci n'a pas peint la Joconde avec un spray qui lui permettre de remplir ses surfaces plus vite, non plus ..Ni Van  Gogh ni aucun peintre digne du nom d'artiste . . et précisément je n'ai nullement une perspective couturière , ni  régulée par  des moeurs où les juges posent des équerres sur les oeuvres et les brodeuses mesurent leurs points quasi  au millimètre et sont malades si à la loupe ça dépasse d'un poil . Si c'est leur idéal, je le respecte je veux bien admirer l'exploit de virtuose,  ce n'est pas le mien .. . L'art n'a pas à se plier à de telles normes quand il ne s'agit pas de fabrication .. qu'une robe de Haute-Couture soit  chiadée à cet  égard oui, une surface d'expression personnelle, non, pas forcément.Toujours la différence entre écriture personnelle et calligraphie.

    Il y a du travail d'orfèvre dans cette élaboration pas d'ouvrière à la chaîne (que  je ne méprise nullement,  vu que je serai incapable de faire  ce qu'elles font) .Elles sont de vraies  couturières, moi pas selno les règlese du siècle du moins ....  et je n'en ai absolument pas besoin .  

    Certes cet assemblage -là demande aussi une précision d'ajustement , mais ce n'est pas la même technique justement main et machine. En  patchwork machine on coud sur les marges de couture et donc c'est plus raide, plus serré, aspect impeccable. En couture main la marge de couture reste libre donc c'est souple, articulé en quelque sorte . Et pour moi ce côté-là compte alors que pour la plupart de mes consoeurs c'est l'inverse elles veulent du fini fini impeccable sans péché donc j'ai déjà dit je suis une grande pécheresse...et sur ce point je sais que je peux me faire entendre j'ai 99,99 pour cent de la coporation contre moi-sauf à faire du vrai art textile dont on sait que le patchwok ne serait pas . Ce que j'ai le plus vite compris c'est que blocs égale traditionnel   égale obligation de perfection technique pour compenser le manque d'imagination qui est censé aller de pair. Il suffit de lire les articles dans les revues spécialisées de l'époque ! c'est éloquent !

    J'ai  eu  cependant  plusieurs  machines à coudre  cependant . une qui  ressemblait à la vieille Singer mais sans manivelle pour la tourner à la main (je n'ai jamais eu de machine à pédales) , quelquees électriques très basiques je m'en servais pour monter sacs , housses de coussins ou ourler des  draps ou des rideaux rien que de très basique , et  aussi fixer les biais et bordures sur mes quilts  (quand je ne rabattais pas tout simplement la bordure à la main ) .

       Quand j'ai été embauchéeen 2007  par la revue Creation patchwork puis un peu plus tard Broderie d'art, je me suis dit , vu que mon ancienne machine donnait des signes de faiblesse, que je pouvais bien m'offrir mon rêve c'est à dire une machine à régulation électronique "fine" qui peut donc aller très lentement  et  avec des points électroniques décorarifs combinables entre eux  et à a broderie main .Pas pour assembler , non .Mais les combiner comme les signes d'une écriture...

    J'ai donc pas mal texturé avec et je le fais encore. il est certai il ya beaucoup de fonctionnalités que j'ai payées pour rien (comme on me l'a parfois dit avec un peu d'incompréhension quand on achète une telle machine  à coudre et qu'on prétend ne pas coudre avec évidemment , évidemment )  )  mais pour avoir celles qui m'intéressaient, c'était ce modèle-là .Et c'est mes sous que je dépense, pas  ceux des autres, que je sache.

     C'est ainsi qu'est née la série Nous (qui reste ouverte) ou les  patchworks en bandes  pliées retenues par des piqûres machines; et bien d'autres tableaux Ces ouvrages là sont fait quasi entièrement à la machine parce que  ça convient à mon "propos" si je puis dire , dans ce type de tableaux .

    espoir-detail-1.jpg

    Espoir-détail-  broderie main et machine : ce à quoi ma machine me sert !

    Lumiere violente javqueline ficher art textile 1Lumière violente entièrement fait machine .Mais coudre des bandes entre elles  et piquer dessus n'est pas du travail "couturier" !

    et ce n'est pas l'intérêt du tableau, ,je l'espère .

    La machine me sert aussi à monter les livres à finaliser certains bords -c'est selon le projet-  Je m'en sers  par à coups en quelque sorte . Mais pour la couture "ménagère" très peu et juste pour dépanner . C'est ainsi .

    Je ne saurais donc pas actuellement faire cent masques sur la journée-je n'ai du reste pas le matériel  pas de mercerie  .. de même je ne pourrais en garantir la stérilité pérenne non plus et si d'aventure j'étais contaminée sans le savoir c'est un risque que je ne ferais donc pas courir pour avoir l'air généreuse et solidaire .Mais si un voisin ou ami  a fortiori une infirmière du voisinage me demandait de dépanner , j'accepterais dans la mesure de mes moyens .  J'ajoute  que mes vertèbres dans leur état actuel le permettent mal .(même pour texturer ce que donc je fais moins, aussi que jadis) . Le corps a ses raisons  et je brigue pas l'étiquette  héros de la nation .. . J'espère que des masques  vraiment efficaces pourront être accessibles à tous . J'ai préféré en revanche partager un tutoriel qu me semble "pensé" c'est aussi un moyen d'être utile, aider finacièrement côté matériel à acheter ... toutes choses où je me sens plus utile et efficiente . Et que dorénavant on me  blâme on me loue / j'en veux faire à ma tête etc.  (le Meunier son fils et l'âne)

     

     

     

     

     

     

  • Faux semblants

    Faux semblants : de vrais -faux objets textiles. (article  publié sur le  site darts-up  récemment suppprimé )

     

    Au départ sont des ouvrages textiles parce que  c’est en matière de création ce que je nomme ma « valence » première .

    Ensuite, une photographie  souvent de détail de ces ouvrages textiles . Ces photos ont été prises soit pour illustrer mon livre Jeux d’étoffes, soit pour la parution en revue ou en album d’images.

    Ces clichés  ne se veulent pas photos d’art, mais généralement ils obéissent quand même à une esthétique de composition et à des impératifs de netteté.

    L’objet représenté est primordial pour l’étape suivante,  j’entends par là que sa qualité de réalisation influe aussi sur le résultat final. La disposition des points en broderie notamment, tous les choix de couleurs, textures, motifs et formes qui ont  présidé à la réalisation de l’objet « premier » sont importants. Si je le souligne c’est parce que cet objet premier dans un art premier (parfois au sens primitif du terme) va être très vite « oublié » et aura du mal à être perçu, lui, comme une oeuvre d’art.

    Sans cette filiation (sans jeu de mots !) aucune de ces images n’existerait comme telle . Ce travail manuel et réel préalable du fil et du tissu est pour moi fondamental, au sens propre du terme.

     

    J’ai eu l’idée de retravailler  ces clichés avec le filtre d’un logiciel de retouche de photos,

    Le travail numérique consiste à régler des paramètres et à faire des choix ,pour un détail donné il existe des centaines, voire des milliers de métamorphoses possibles .C’est à ranger techniquement dans la catégorie photo altérée.

    C’est comme une photo de quelque chose qui n’existe pas, mais qui pourrait exister.

     d’où le titre de faux-semblant.

    Images de nouveaux possibles  ou de nouveaux impossibles .

     Certaines semblent vraies c’est à dire qu’on pourrait faire croire qu’il s’agit de la photo d’un vrai objet existant vraiment  (et l’image en contient une part) et ce n’est que partiellement faux puisque le point de départ est réel -mais différent, D’autres s’éloignent davantage vers des effets graphiques où l’ouvrage de départ disparaît  quasiment. Les deux possibilités sont intéressantes. puisqu’on joue sur  l’écart entre la proximité et l’éloignement, entre réel et illusion comme avec les fonctions focales des filtres.

    Comme  à chaque fois dans un travail d’image numérique, existe l’ouverture vers ce qu’on pourrait en faire d’autre : il n’est pas interdit (et je l’envisage pour certaines) de les imprimer sur étoffe et de les réintégrer à un nouvel ouvrage qui mêlerait alors le faux semblant et le vrai textile et ainsi de suite., créant une composition potentiellement  en abyme.
    C’est aussi une réflexion sur le temps d’exécution d’une oeuvre qui ici réside dans la distorsion entre la lenteur du travail manuel de la brodeuse ou de la quilteuse, et la rapidité du travail numérique  peut-être même parfois entre une conception calculée, travaillée voire contrôlée et le jeu avec un certain heureux hasard.(même si le travail sur l’image numérique ne saurait être réduit à cela).

    C’est très différent de mes autres images  numériques où le plus souvent je crée tout à partir d’un écran blanc et des différents outils à ma disposition. de manière souvent beaucoup plus complexe. Ici je ne  cache pas que le travail numérique à proprement parler est basique .

     Ce sont des oeuvres de passage. Des  oeuvre hybrides, totalement entre deux arts qui n’ont guère de lien dans l’esprit des spectateurs éventuels . On peut même dire qu’elles ne s’adressent pas au même public, elles ne provoquent pas du tout les même réactions, les mêmes regards en milieu artistique.

     Hybride aussi en ce qu’elles relient un art ancestral, un matériau :  le tissu fondé dans sa structure sur le numérique,  et des techniques récentes sinon nouvelles.

    Passage entre le réel et le virtuel qui se voudrait aussi conciliation et réduction de l’exclusion que je persiste à trouver injuste des ouvrages faits selon les normes de l’artisanat d’art, entre la  « belle ouvrage » et l’absence de manipulation (c’est à dire au fond entre deux reniements des activités que  j’exerce : l’une étant parfois rejetée comme superficielle et purement décorative, et la seconde parce qu’elle céderait à la facilité du  « tout en deux clics .. ».

    C’est donc une  invitation, aussi, à regarder autrement. A interroger la notion de vrai et de faux, d’artificiel ou de factice. A réfléchir sur le rapport entre le temps mis à un ouvrage, le travail et la « valeur »., sur l’importance de la lenteur de l’élaboration et le plaisir quasi enfantin  de l’immédiateté .

    Travail d’illusionniste où la tricherie est honnête, le trucage avoué. Il ne s’agit pas de  « faire illusion. »

    .

    Jacqueline Fischer septembre 201

     

     


    (1) Voir les écrits et travaux de Patrice Hugues qui ont guidé mes réflexions.
     

     

     

    16 avril 20011 29 1

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  • Qui a peur du mot patchwork -2009

     

    NB article publié  en 2009 sur site d'arts-up qui semble avoir disparu (il était en deshérence depuis plusieurs années, je reproduis donc ici les articles que ce site avait publiés et qui me semblent importants- ).

     

    On va partir d’un constat simple : la difficulté qu’il y a pour un (e) artiste textile à dire en France et en ce début de XXI siècle : «  Je fais du patchwork ». 

    Il est conseillé faisant cet aveu de baisser les yeux et d’adopter un profil bas .
    Et d’ajouter aussitôt pour se dédouaner :
    « Oui, mais  je fais aussi de l’art textile », comme si le patchwork ne pouvait absolument pas en être.
    J’imagine mal un peintre avoir peur d’admettre  qu’il pratique surtout la gouache ou l’aquarelle ou un écrivain reconnaître avec réticence qu’il écrit surtout des romans.
    Pour la raison évidente que roman et aquarelle ne sont pas perçus (ou plus perçus) comme des genres mineurs dans leur « art » de référence.
    Mais le patchwork, oui.


    Le grand public manifestera souvent son ignorance par un  « tu fais du quoi ? » ou bien évoquera tout aussitôt ces couvertures en crochet qui florissaient dans les années 1970, ou bien encore des tissus moches avec un carré à pois, un autre à rayures et autre fleuri, prétendument « coordonnés ». 
    Les personnes qui ont voix au chapitre en matière d’art - sauf rares exceptions - oscilleront entre le mépris, la franche ironie ou la bienveillante commisération. Mais même dans ce dernier cas, on fera rarement l’effort d’aller voir de plus près ce que font ces créateurs - qui sont majoritairement des créatrices - de ces surfaces d’étoffes.  A priori sans intérêt… On ne mélange pas les torchons avec les toiles de maître…

             Je me suis donc demandé ce qui produisait cet effet rédhibitoire et cette méconnaissance que je trouve injuste.


    D’abord le mot patchwork n’est pas très harmonieux en lui-même et pour peu qu’on veuille évoquer sa qualité d’artiste en cette discipline on devra éviter le désastreux « patchworkeuse » pour le remplacer par « quilteuse », quoiqu’un quilt ne soit pas tout à fait un patchwork et que seuls les spécialistes connaissent le mot.
    De plus dans la langue courante,  il prend facilement des connotations péjoratives. Dès on évoque » un patchwork de... », c’est pour imaginer tout aussitôt un assemblage assez hétéroclite d’éléments qui dissonent.
    Tout le contraire précisément de ce que cette activité a été dès ses origines : l’art d’harmoniser précisément ce qui n’avait pas été créé pour aller ensemble.
    On dit aussi souvent qu’à la différence des pays anglo-saxons, et notamment des USA,  la France n’a pas de culture du patchwork. On trouve pourtant dans certaines abbayes ou chez certains collectionneurs de magnifiques pièces exécutées  à partir de morceaux, parfois superbement  rebrodés.  Car le patchwork a une histoire, y compris chez nous,  et même si elle est beaucoup moins connue que celle d’autres arts mieux estimés, on s’y aperçoit de sa prodigieuse  variété, voire complexité(1) et s’y initier amènerait  à ne pas réduire ces surfaces d’étoffes à l’idée caricaturale qu’on s’en fait.
    Quand on enseigne les arts plastiques, on n’a donc pas à se soucier de cette branche de l’art textile, perçue au mieux comme un artisanat d’art « appliqué » au pire comme de l’ouvrage de dame et  on se tournera automatiquement vers les plasticiens en textile plus éloignés par leur pratique de quelque chose de « féminin », plus fait pour occuper les doigts que véritable création  à valeur artistique. 
    Pas question de trouver mention de cet art dans une histoire de l’art. Sauf comme référent d’inspiration pour un mouvement comme le Pattern painting dans les années 70. Le patchwork ne deviendrait donc de l’art que lorsqu’il n’est plus exercé par des femmes qui en maîtrisent les finesses, mais que d’authentiques artistes reconnus comme tels s’en empareraient. Mécanique qui fonctionne aussi dans la corporation : plus facile de s’y faire reconnaître si on est déjà  peintre plasticien et qu’on se penche sur les tissus, les valorisant avant même d’y toucher par sa pratique d’art noble, que si on y accède, plus humblement par le biais...de la couture. A moins que celle-ci ne soit Haute, bien entendu.

             C’est vrai qu’on a souvent créé des patchworks pour servir de couverture, mais on ne voit pas en quoi un objet utilitaire ne pourrait pas à notre époque et après le « ready made» trouver droit de cité dans une galerie ou un musée. C’est une surface exposable. Et même si on peut dormir dessous, ça n’empêche pas automatiquement  d’y  trouver ce qu’on analyse ailleurs : une composition, des couleurs, et même des jeux de motifs recomposés, du relief et des textures. Il suffirait de l’exposer à la verticale sur un mur dans un lieu consacré à l’art, le vrai, le grand pour –peut-être- s’en apercevoir.
    « -Ah mais, me dira-t-on, à la rigueur au musée des arts décoratifs ». On sait assez bien combien le terme « décoratif » est senti comme une infériorité dans la hiérarchie imposée au regard. Comme si ce qualificatif ôtait tout droit à une signifiance, c'est-à-dire une capacité de l’œuvre à être lue et interprétée de différentes manières. Il suffirait de s’y essayer pour voir si c’est possible, plutôt que de coller des étiquettes qui dispensent de tout vrai regard.

             Cela dit, il faudrait que ce regard soit sûr que ce qu’il voit est bien une création et pas un décalque d’un modèle déjà existant, voire une copie pure et simple. Et là j’admets aisément que ce n’est pas facile. 
    Bien sûr il existe depuis les années 1980 et grâce notamment aux clubs indépendants de patchwork  et à l’association France Patchwork  de nombreuses expositions, attirant un public de plus en plus nombreux.
    Mais ce public ne sait pas toujours faire la différence entre une œuvre copiée d’après un modèle existant et une création Le stade intermédiaire étant l’interprétation plus ou moins personnelle d’un modèle existant.

    Il serait extrêmement important que l’honnêteté règne et qu’on reconnaisse, dès qu’on expose, montre ou publie y compris sur internet,  ses sources d’inspiration quand on en a et qu’elles sont aisément discernables.  Ce le serait d’autant plus que les modèles abondent, et que les copies de ces modèles pullulent sans que mention de l’œuvre d’origine soit toujours faite. Il serait aussi important qu’on ne confonde plus celles qui composent à partir de ce vivier qu’est la tradition, au prétexte qu’elles n’inventent pas tout ( !) et celles qui copient les créations des premières.

    _____________________
    (1) On lira avec profit à ce sujet » le patchwork ou la désobéissance » de Claude Fauque et Marie-Noëlle Bayard Syros -alternatives 1993

    Or, si on se tait sur ses sources pour laisser croire qu’on a composé soi-même ce qui doit tant aux idées et à la conception de quelqu’un d’autre, c’est ce qui se produit. C’est de plus un facteur de dévalorisation de la créativité de celles qu’on imite, puisqu’on ne va établir aucune différence entre la composition authentique et sa « démarque ».

    lI y faudrait aussi une ouverture d’esprit dans les jugements et sélection des critères de « bien cousu » « mal cousu » qui n’ont aucune signification dans une optique dite artistique.  C’est à l’artiste de choisir s’il va se plier à une recherche de la perfection ou s’il va s’en éloigner pour exprimer autre chose. En cet art comme en beaucoup d’autres distinguer la prééminence de la forme sur le fond conduit jusqu’à la négation du second au profit exclusif de la première.  C’est en quelque sorte le vider de son sens avant même qu’on ait pu se demander s’il en a un. 
    Trop de rigueur en ce domaine incite à une conception sclérosante et étroite de la création. Cela maintient notre art en esclavage, celui d’une  norme de « couture » qui se justifie davantage pour un vêtement que pour une création libre. C’est le ramener précisément à sa valeur « décorative-utilitaire » sans échappatoire possible.

    On observe aussi une fuite vers tout ce qui éloigne de l’art du patchwork dans sa particularité originelle. On a d’abord inventé le « contemporain », puis le quilt dit d’art –comme si tout ce qui se fait en appui sur la tradition, mais en  la métamorphosant et la maintenant vivante,  ne pouvait être ni contemporain, ni artistique- puis l’art textile catégorie un peu fourre-tout, où on a droit de cité, pourvu qu’on utilise un peu le tissu et le fil. 
    Et par voie de conséquence, l’évolution étudiée sur ces vingt dernières années montre qu’on a  tendance à abandonner : 

    -la structure géométrique répétitive et régulière  qui assimile cet art  à la mosaïque et la marqueterie. Il est même écrit à peu près partout qu’on devient artiste dès qu’on abandonne ces structures, en user serait un stade bon pour les débutantes, corollaire automatique d’un manque d’imagination.  L’équation « géométrie régulière et/ou répétitive égale tradition, égale copie ou « resucée (sic) sans imagination » est inscrite un peu partout dans l’esprit des pratiquantes elles-mêmes.
    On ne concède le droit de revenir à la géométrie que pour copier l’ancien, ou se reposer avec sa prétendue « facilité ».
    A mon avis, outre que c’est d’un simplisme navrant,  c’est encore mal connaître le pouvoir d’expression que recèlent les géométries plus ou moins régulières – un premier infini- croisé avec la variété des étoffes – un deuxième infini. Comment ces deux infinis conjugués pourraient-ils être épuisés ? Ce qui s’épuise, en revanche, c’est l’envie de les utiliser, parce qu’on sait qu’on va passer beaucoup d’heures sur quelque chose qui sera dévalué avant même d’être regardé. Ou jaugé à la seule régularité des points de couture. Ou encore confondu avec la copie d’un modèle.

    - l’usage de tissus faits dits « commerciaux » auquel s’oppose le tissu peint ou teint par l’artiste (et même la fuite du tissu tout court, utiliser le plastique, par exemple, matériau plus récent étant évidemment gage d’une innovation …en textile ?)
    Au train où cet art évolue, certains artistes textiles sont déjà beaucoup plus des peintres et des plasticiens de techniques mixtes que des artistes du tissu. Ouverture intéressante, enrichissante, qui n’est pas en soi condamnable, bien entendu, mais là où le bât blesse c’est quand elle est présentée comme une supériorité. On est « plus artiste » en créant de l’art textile qu’un  « banal » patchwork.
    On peut se demander si on ne témoigne pas aussi de la crainte qu’on a d’utiliser du tissu assemblé pour s’exprimer et surtout de s’en servir d’une manière qui ferait « couverture décorative ». 
    Un art du tissu –et non pas forcément un art  textile-  reste sans cesse à refonder. Et à défendre. Le meilleur moyen, à mon sens est de l’illustrer par des œuvres ou des ouvrages personnels, encore faut-il qu’on leur permette d’être regardés en dehors des milieux fermés qui leur sont consacrés.
    Il existe bien des musées pour le patchwork, des revues de patchwork, de temps à autre un article sur le patchwork dans une revue d’art, mais ce sont un peu des « ghettos » culturels. Une place réduite et assignée. Jusque là, mais surtout pas plus. Restez où vous êtes. Presque un préjugé nobiliaire.
    Il existe bien des galeries d’art s’ouvrant à l’art textile, et c’est une excellente évolution ;  mais on a l’impression  que si on y entrait avec un quilt géométrique sous le bras -fût-il une création authentique-, on se sentirait là comme en fraude, en crime de lèse-art « véritable ».
    Rares sont également  les galeries virtuelles qui acceptent des patchworks comme des œuvres d’art.
    Il faudrait donc une modification et de la pratique de certain(e)s
    et de leur propre regard sur ce qu’elles/ils n’osent pas considérer comme autre chose que du « bricolage à vocation pratique »  et du regard de beaucoup d’autres, critiques, galeristes ,enseignants,  un effort vers une connaissance c'est-à-dire une absence de préjugés et d’a priori,  qui est la base de toute reconnaissance, pour qu’on n’ait plus peur de se dire « artiste -en patchwork » comme on se dit « artiste-peintre ».  Et ce, quel que soit le genre de surface qu’on choisit, dans cet art, de créer.

    Jardin des songes jacqueline fischer 1

     

  • Keepsake- livre de trésors

     

    Je voulais un livre textile  où conserver quelques souvenirs et trésors de ma collection  : dentelles boutons rubans pas forcément précieux, mais certains fort anciens(celui de la couverture est contemporain du Bonheur des Dames de Zola)  . J'en ai glissé pas mal dans mes crazys quilts mais je voulais une présentation différente où chaque morceau puisse mieux se distinguer que dans une surface où il est parfois un peu noyé dans le reste .

    M'est revenu en mémoire un livrelu dans mon enfance intitulé Keepsake des jeunes filles (éditions Gründ) . Ma soeur l'avait eu en prix et je l'ai lu des dizaines de fois dans mon enfance. Il comportait une cinquantaine de nouvelles ou d'extraits de récits très variés insolites parfois fatastiques (certaines m'effrayaient). J'y découvris aussi des auteurs de moi alors inconnus  :  André Maurois, Katherine Mansfield, Pearl Buck et pas mal d'autres dont certains ne sont pas passés à la postérité . J'ai  racheté ce livre il ya quelques années (et égaré depuis !) textes et ilustrations m'ouvrirent à des domaines moins familiers que les contes que je lisais alors ou les extraits de récits d'aventures des livres scolaires . Et à une grande variété, cette variété que j'aime tant dans mon art d'assemblage d'étoffes.

    Me voilà donc à bâtir chaque page comme on le fait pour ces recueils -souvent richement illustrés-  centrant sur deux, trois couleurs et  après assemblage par technique de l'appliqué ;  pas exactement du crazy où les embellissements font souvent disparaître les étoffes elles-mêmes sous une profusion de broderies , mais ce que  je nommerai "ajouts'  c'est à dire les boutons et les perles sont aussi des éléments à conserver et non mis là pour faire joli seulement .   Avec l'idée refeuilleter pour m'y promener ...exactement comme je  relirai avec plaisir le livrre quand j'aurai remis la main dessus . (c'est fait !)

    Un  plaisir aussi de composer chaque page , à ma façon . 

    Les broderies sont aussi juste   du 'liant" j'ai privilégié les rubans de soie , précieux eux aussi .Le livre comporte 16 pages , on peut en voir quelques-unes ci-dessous et j'espère que chacune saura vous livrer son histoire !

     

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  • Coronavirus et masques en tissus

    En cette période de crise beaucoup d'entre nous bricolent des masques de tissus . J'ai trouvé hier sur Facebook relayé par quelqu'un d'autre cet article qui me semble faire le point intelligemment au vu des conaissances de la bloggeuse . Tant qu'à faire si nous devons contribuer faisons-le le plus efficacement possible : Lien ci dessous . il est important de TOUT LIRE.

    https://coutureetpaillettes.com/mes-coutures/masques-tissus-prevention-coronavirus/?fbclid=IwAR0RhMVQfGfQOKxrvImNYPxTKlm58I3BVL94m9Y158uXa4mFmPmplau_7kY

  • Texte, textile image et illustration

    Une idée est communément répandue, c'est qu'un bon texte n'a pas besoin d'image pour exister et on y voit souvent, seulement, une sorte de dorage de la pilule poétique, ou au contraire une concurrence déloyale (on regarde plus facilement une image qu'on ne lit un texte  surtout sur écran).

    Ce qui  ne signifie nullement qu'une image soit plus facile à décrypter.  Sur cet éternel débat -je fais fleurir les marronniers) je dirai nettement : pour moi si l'image n'apporte rien au texte, elle ne lui enlève rien non plus . Si elle lui nuit, c'est dû à la paresse des lecteurs-regardeurs , et non au fait que les deux  rivalisent) . Le remède serait une vraie attention à ce qu'on lit et regarde, mais sur écran et en période de clic et de zapping ... il ne faut pas trop rêver .

    Et, surtout,  on confond souvent plusieurs manières d'établir ce duo texte-image. C'est un peu ce qui me gêne qu'on parle d'illustration dans tous les cas de figure alors que les démarches, à cet égard peuvent être très différentes . Les compétences pour ce faire, aussi !

     Celui qui crée le texte peut avoir aussi créé l'image . C'est ce que j 'ai fait par exemple dans le recueil Noctu-ailes , ou le Chant des couleurs plus en coÏncidence encore. Ou dans la botanique alternative (cf liens ci contre , dans la rubrique textes et textiles)

    Noctu ailes ensemble 2

    Illustration de noctu-ailes (en numérique)

    Dans le Chant des couleurs j'ai tenté un peu autre chose cette expérience concomitante entre deux inspirations textiles et textes semblant jallir d'une même source .

    Celui qui crée l'image peut le faire à partir d'un texte (ce fut le cas de mes expériences sur les contes ou de l'exposition Text-iles) ou plus récemment sur un recueil de la poétesse Jeanne Maillet (article à venir) . Je précise  : je ne le fais qu'avec l'accord de l'auteur . Et si du moins  je le  peux, quand on me sollicite car certains textes ne s'imagent pas en moi , même si je les aime extrêmement . Et en nuançant encore : illustrer l'ensemble d'un recueil , c'est différent d'ilustrer chaque poème d'un recueil par une image.

    élément22.jpg

    Image pour  Eléments sur un poème de Jean-Marc Riquier (exposition Text-iles LGR 20004 -Paris)

     Celui qui crée des images a parfois besoin d'un texte poétique en accord . Là encore c'est  une autre expérience.

     Je voudrais évoquer ici le double travail en accord et harmonie avec Josiane Hubert  (éditions Vincent Rougier ) :

    Dans Chambre d'échos Jo a écrit sur mes images ,à ma demande  et dans Fondus au noir c'est moi qui ai écrit sur ses dessins . Oeuvres de  sororité profonde, dans les deux cas qui donnent deux ouevres de tonalités très différentes.

    Chambre d echos le liivre

     J'ai écrit  sur des tableaux -quand on me l'a demandé et que je pouvais.Ou des "corpus" d'illustrations comme dans le livre avec Nicole Pessin : Licornes et sortilèges (à paraître et article à venir).

     Ces expériences m'ont beaucoup enrichie (quand je sens que je peux, je les tente toujours ) .

    Déjà,  il est très différent d'illustrer son propre texte (et moins risqué, je l'avoue !) que celui d'un autre poète , il faut alors essayer de saisir l'esprit du texte, adopter une lecture (et dans les textes vraiment riches et profonds, il y en a tant de possibles), éviter la tentation de rendre trop littéralement , ou la facilité de l'évasif , parfois on regarde l'image et le texte et on ne voit aucun lien, on se dit que la même image pourrait aussi bien s'accorder avec n'importe quoi d'autre, ce que je nomme l'évasif et le passe-partout .

     Quand on écrit sur une image, ou un ensemble d'images il faut que les mots viennent de sa force intime d'émotion (celle de l'image) il ne s'agit pas de "décrire" bien entendu. Je me sens plus à l'aise, pour ma part, dans une approche poétique que narrative.

     Pour moi c'est très différent de la démarche qui consiste à choisir une image et à la poser en face d'un texte, les deux n'étant pas de celui qui réalise le duo . Cela, je ne  l'ai jamais fait, et sans doute il y faut un don d'harmonisation, que je ne me sens pas posséder vraiment, d'autres y excellent .

     Ainsi quand on tient dans la main un recueil illustré quand on regarde sur un réseau social un texte illustré,  j'aimerais qu'on sache à quel  type de lien entre texte et images on a affaire . Car ce n'est pas du tout la même élaboration et si on fait toujours comme si c'était juste posé là pour embellir - on rend l'image superficielle . Or illustrer est un travail rigoureux, écrire sur une image préalablement créée en est un autre. Je ne lis pas tout, mais je vois pas souvent cette différence soulignée,  ni même signalée. Songer que dans un cas l'image n'existerait pas  sans le texte, dans l'autre cas c'est le contraire : le texte n'existerait pas sans l'image (dans les deux cas, que j'ai expérimentés, je me sens dette à l'égard du "créateur premier ") , dans le troisième cas celui qui  harmonise crée  l'association ,  qui n'existerait pas non plus sans les deux oeuvres préalablement existantes.

     

     

     

  • Figures de style : l'oxymore ou la punition jouissive

    Cf pour autre figure de style l'article Dorica castra sur le blog

    Vous me ferez cent lignes jacqueline fischer livre textile 3

    La deuxième figure de style que j'ai décidé d'illustrer en textile est l'oxymore . Elle consiste à allier dans une même expression deux termes contradictoires, voire inconciliables, différente de l'antithèse qui n'est que juxtaposition des contraires, elle implique que justement les deux inconciliables existent l'un dans l'autre, voire l'un par l'autre. L'oxymore c'est "cette obscure clarté qui tombe des étoiles" et la clarté est à la fois claire et obscure et non pas de l'ombre et de la lumière juxtaposées.

     L'oxymore est un domaine qui me sied puisqu'il me permet justemet d'harmoniser ce qui se heurte en moi sans que ça tiraille  trop. L'harmonisation suprême, en quelque sorte.

    J'ai pensé  à cette punition dite "stupide" qu'on nous donnait quand nous étions enfants : "vous me ferez cent lignes" et que ceux qui aimaient écrire pour le geste d'écrire affectionnaient (j'étais de ceux-là même si je n'ai pas le souvenir d'avoir été punie de la sorte-oui proablement !) . Impossible aussi de me souvenir si comme professeur j'ai pratiqué cette mesure de rétorsion critiquée par les éducateurs progressistes -je ne crois pas maisje n'en jurerais pas !

    Donc j'ai adapté en broderie ce pensum  que je voulais jouissif, pour un plaisir mêlé à  l'obligation, peut-être venant d'elle. Obéir en désobéissant est à mes yeux merveilleusement subversif.

    Les  lignes sont devenues des frises de motifs répétitifs, le plus souvent, mais aussi de rubans, dentelles, boutons . Histoire de rappeler que pour moi les motifs sont langage où qu'ils se trouvent et non pas seulement décors pour enjoliver. Il s'agit donc bien de lignes d'écriture textile.

    Avec la part de la contrainte du nombre  :  cent lignes de broderie  ou travail textile

     Et l'usage du point de croix compté -que je n'aime pas trop réaliser  (j'y ai pris goût ce faisant; ce qui fera sourire les vraies "crucifilistes"  mais il fatigue vite ma vue malgré l'usage de loupe ), mais pas exclusivement .

    Joie presque enfantine aussi   à choisir pour chaque page fils, rubans, boutons de ma collection à jouer aussi avec les fils de coloris  nuancés , à harmoniser chaque page avec un tissu de fond puis les doubles pages en vis à vis.

    Les motifs  de frise sont empruntés un peu partout et ce fut aussi une joie d'organiser chaque page,  sous forme de petit  "sampler "  vu que j'affectionne ces recueils de motifs et de points  que réalisaient les brodeuses d'autrefois, qui sont souvent bien davantage que   de simples répertoires et témoignent d'un choix et de la personnalité de qui les a composés.

    Autre désobéissance jouissive : ne pas normer mes points en broderie dite "libre" et accepter quelques  menues erreurs dans la réalisation  des diagrammes (qui ont produit donc des variantes de motifs.)Travail d'écriture personnelle donc et non calligraphique -je tiens à cette différence .que mes amies soucieuses de perfection normée le comprennent ! Merci.

    On peut voir les photos des   pages et des cent lignes sur la la suite du billet.

     

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  • Art textile ou l'ambiguïté structurelle

    Art textile ou l’ambiguïté structurelle
    par Jacqueline Fischer

    (article paru sur les site arts-up vers2010 que je reproduis ici  pour le rendre plus accessible que par lien)

    Si on se fie au dictionnaire, qui dit textile dit tissu et qui dit tissu implique une technique particulière de construction  de fils par entrecroisement sur un métier plus ou moins élaboré de fils de trame et de chaîne.
    Or si on compare cette simple référence lexicographique à  ce qui est nommé en France actuellement « art textile » on s’aperçoit que c’est un des arts où le medium de base -le textile- est le plus fluctuant dans sa définition, dans la manière aussi dont les artistes le perçoivent et l’utilisent.
    Si on observe la  simple fabrication,  on assimile au tissu  des surfaces obtenues par d’autres moyens d’entremêler les fils ou fibres : tricot par exemple. Le jersey est un assez bon exemple de tissu non tissé au sens littéral du terme mais tricoté.
    Les tissus obtenus par le crochet y sont apparentés.
    Le tissu à l’origine se place à côté du   feutre obtenu par tassement des fibres.  Le feutre    était utilisé pour ses qualités de solidité, isolation et imperméabilité relative, tandis que le tissu permettait du fait de son articulation structurelle beaucoup plus de souplesse. Il  semble qu’on rattache aux tissus les surfaces qui s’y apparentent soit par la souplesse, soit par la texture. Ainsi ce que les anglo-saxons appellent le Fiber Art inclut-il par exemple, la vannerie.
    De même un textile, même à usage vestimentaire ou d’accessoire,  n’est pas forcément souple : la paille de riz par exemple dont on fait certains chapeaux produit un textile rigide.
    Outre le feutre, on a vu se poser à côté du tissu et se recommandant de la valence « textile » : l’intissé qui est proche du feutre puisque les fibres sont tassées non entrecroisées, le plastique qui est assimilé par sa relative souplesse, le papier au vu qu’il est formé de fibres et parfois même de textile récupérés, et toutes sortes de matériaux empruntés à d’autres usages certains détournés , d’autres créés à cet usage.
    De même toute matière tissée devient textile .
    Dans sa composition, le tissu lui-même même si on s’en tient à son acception stricte  de tissage n’est pas matière mais matières , les fibres qui le constituent empruntant au végétal, animal , mais aussi au chimique. Les plus récentes inventions  produisant des étoffes dites « intelligentes »  censées nous soigner,ou  parfumées par micro-encapsulation.
    Dans ses emplois sémantiques, le terme désigne aussi la matière vivante : nos tissus organiques qui ne sont pas sans relation de structure avec les étoffes1.
    Le premier geste qu’on fait envers un nouveau-né est de le vêtir, et la coutume d’envelopper les morts dans un linceul n’est pas partout dans le monde obsolète.
    Tout le monde connaît les légendaires Parques qui de la naissance à la mort filent le fil de nos existences. Elles ne le tissent pas cependant...et le lexique abonde de métaphores textiles liées à notre existence.
    Lié à notre vie, à notre histoire, à  la guerre des sexes aussi (voir comment les féministes ont renié et rejeté certains arts textiles jugés par trop symboliques de l’aliénation de la femme à son foyer, rejet dont notre discipline porte encore trace2 . Le tissu ne peut pas être un matériau neutre et malléable pour l’artiste qui le travaille. Le tissu des vêtements comme celui de la décoration ont toujours eu des vocations multiples : utilitaires, décoratives, et symboliques par les codes transmis, civils ou religieux. (qu’on songe aux livrées des laquais pour ne prendre qu’un exemple),

    Si on veut classer ce qui ressort de l’art textile actuellement, on peut distinguer de façon non exhaustive et encore très schématique :

    1. Les arts textiles par manipulation du fil : soit pour en créer entièrement la surface (tapisserie ) soit pour la recouvrir (broderie sur support plus ou moins couvert ),à mi-chemin des deux la  broderie sur canevas improprement appelée tapisserie ( tapisserie elle-même n’étant nullement monolithique dans ses techniques), le support est parfois détruit après le travail ou inexistant comme dans la dentelle(là encore il existe une pléthore de techniques)
    2. Les arts textiles par assemblages d’étoffes patchwork -si on n’a plus peur du mot ! - dans tous ses types d’assemblages, domaine encore très mal connu quoique très ancien lui aussi. Et dont j’ai expliqué ailleurs combien il pouvait être décrié.
    3. L’art textile par création de vêtements (encore que la Haute-Couture ne se présente pas  toujours comme un art textile) ,.

    A ces arts d’assemblages des fibres, fils ou étoffes s’adjoignent :

    • Les arts textiles où le tissu semble être plus non un medium mais un support qu’on teint, peint ou imprime et où l’artiste est plus artiste graphique qu’artiste utilisant un tissu avec ses particularités (couleur,motif, brillance, texture) comme medium ; il crée le tissu avec lequel il travaille comme le peintre peint sa toile. Il est même parfois assez difficile de discerner la limite entre l’art textile et la peinture tout court quand le travail de peinture prévaut sur celui du textile, qui peut n’être là que comme ajout , à ce point que dans certaines expositions d’art textile, les règlements spécifient le pourcentage de textile exigé , tandis que dans d’autres on a pu voir récemment le mélange de matières imposé pour éviter- je cite- « le carcan de la fibre », alors que ce  mélange  peut s’obtenir par les tissus eux-mêmes. On s’interroge donc sur ce besoin d’ajout « non-textile », tandis que certains peintres eux, ouvrent leur discipline par ajout de matières à la peinture (sable, terre et même ...tissus !
    • Des arts dits de mixed media où on procède par ce que les anglo-saxons appellent layering c’est à dire travail d’une surface en différentes couches, art apparenté aux précédents, puisque les diverses épaisseurs incluent peinture, colle, matériaux divers dits innovants , d’où la dénomination de « texture » qui rapproche ces démarches des Beaux-Arts avec le désir avoué souvent de les démarquer de ce qui risquerait de paraître de l’artisanat domestique voire de l’ouvrage de dame..
    • Au delà on voit souvent nommer art textile tout ce qui tient à un fil : des poupées cousues en étoffe, expressives peut-être par le medium choisi, mais surtout en tant que sculpture tri-dimensionnelles sont ainsi classées parfois « art textile » , alors qu’elles pourraient l’ être aussi sous l’étiquette sculpture. De même trouve-t-on dans les revues d’art de la broderie, outre-Manche et outre- Atlantique des oeuvres dont le seul rapport avec l’art « premier » est le fait de piquer des objets divers sur un support.
    • Les installations en vêtements ou morceaux de vêtements, et fils auxquels les créateurs attachent peu ou prou des valeurs symboliques, ou des pouvoirs de réminiscence, de suggestion, d’émotion. Là le textile est moins utilisé pour sa fonction esthétique ou sensuelle -ou pas seulement - mais aussi pour la charge affective et émotionnelle symbolique  qu’il transmet.

    En tant qu’artiste textile, on se rend vite compte qu’on ne sera pas considéré également selon qu’on exercera dans tel ou tel domaine cité ci-dessus.Le résultat -l’oeuvre- sera par exemple proposable ou non en galerie d’art selon qu’il appartiendra ou non  à une pratique prisée et reconnue prestigieuse, du moins dans le moment.

    Quand par hasard une revue d’art traite de broderie ou de patchwork, elle gomme tout ce qui pourrait rappeler l’art « premier » et ce côté « ouvrage de dame » dont on se défend. comme étant dévalorisant tandis que, comme ajout « culturel », les revues de patchwork ou de broderie consacrent moult pages à des plasticiennes textiles qui sont souvent des artistes de mixed media., j’entends par là que le textile dans leurs oeuvres est très loin d’occuper toujours une place prédominante.

    On retrouvera cette même ambivalence dans l’art du fil qui va du fil de soie au fil de fer en passant par le fil de colle, ce qui rend parfois pour l’observateur d’une exposition dite  textile le fil conducteur difficile à trouver... 

    Si on s’en tenait à l’observation, d’ailleurs tout irait bien, mais comme le plus souvent de telles manifestations sont associées à des sélections, concours, prix et récompenses on se demande quels critères sérieux peuvent présider à un classement d’oeuvres aussi disparates. Et quel membre du jury est assez instruit des diverses valences de l’art dit textile pour en juger équitablement.

    Depuis bientôt quinze ans voit-on appelés « textiles » des œuvres où le tissu , ça peut être tout autre chose. Et même parfois tout et n’importe quoi, et cela ne serait nullement dommageable - somme toute l’art importe beaucoup plus que le medium utilisé pour s’exprimer,  si ce que je nomme des « hiérarchies insidieuses » ne se glissaient pas dans les regards portés sur les créations .

    Cette attitude porte à s’interroger surtout quand elle est corrélée par le mépris total envers les arts « premiers » du tissu et du fil . Ainsi ai-je trouvé dans la présentation d’un groupe d’art textile novateur, les clubs de brodeuses, dentellières et quilteuses qualifiés d’ouvroirs -sic-, tandis qu’on revendique haut et fort en opposition, le droit d’être muséable ou exposable en galerie d’art pour tout ce qui n’en est pas. Pour les autres, leurs expositions internes suffisent, c’est posé comme indiscutable. En clair : « Restez dans votre ghetto et laissez les vrais artistes entre eux ». Qu’il puisse aussi exister en broderie, dentelle et patchwork des artistes créant librement et de façon indépendante, hors-ouvroirs en quelque sorte, n’est même pas envisagé. Seule la tapisserie est épargnée - sans doute parce que c’est l’art premier entre les premiers. Il est vrai ce ne fut jamais -sauf sous forme de canevas brodé également décrié- un art vraiment domestique et féminisé.

    On sent assez le mépris sourdre, même si on concède admiration pour la réalisation ou la virtuosité. Pour la création, non, puisqu’elle est niée. On parle d’ouverture en laissant à la porte celles qui continuent de faire évoluer des arts plus anciens et plus modestes On en parle comme si elles faisaient toujours la même chose, ce qui atteste d’une grande ignorance des dites oeuvres.

    Il me semble qu’on serait beaucoup plus novateur ou révolutionnaire en  proposant dans les lieux consacrés aux « grands arts » ce qui a en toujours été injustement exclu, et donc broderies, dentelles et quilts qui sont des arts éminemment textiles dans l’acception première du terme.. Même s’il est tout à fait souhaitable d’ouvrir à d’autres manières de s’exprimer avec tissus et fils.

    On rêve donc d’un art textile, dans toutes ses valences, qui n’évoluerait pas en considérant comme inférieur artistiquement ce que la société et ses intelligentsias rejettent, mais qui les accepte et les assimile sans préjugés. Un ouvrage émanant d’une source ancienne avec des matériaux et techniques millénaires peut innover par ce que l’oeuvre propose et signifie tout aussi bien que les créations qui s’appuient sur des sources d’inspiration plus récentes.

    On aimerait un domaine où les Beaux-Arts et l’artisanat d’art pourraient enfin voir leur frontières s’abolir précisément en raison de la polyvalence du matériau utilisé et de l’extraordinaire variété de cet art composite. Or, c’est le contraire qui se produit le plus souvent puisque les clivages se reproduisent à l’intérieur-même de la corporation et semblent admis par tous. C’est infiniment dommage, quoique dommageable seulement aux plus humbles et à ceux et celles qui ne pensent pas et ne créent pas « dans le droit fil ».

     

     

    1. Voir sur notamment l’article Biologie  de  Charles Auffray in le Dictionnaire culturel du tissu coordonné par  Régis Debray et Patrick Hugues - Babylone/ Fayard  2005

    2.On peut lire à ce sujet The Subversive Stitch de Rozsika Parker . Academic Librairy book review 1990