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  • Le bien écrit , le bien brodé, le bien cousu

    Pour moi , qui manie le stylo et même la plume (les célèbres sergent-major!) (-aujourd'hui  le clavier) et l'aiguille depuis mon plus jeune âge ... je me suis heurtée souvent à ces jugements : bien-mal écrit bien-mal cousu ou brodé ....

     Le  "bien écrit"  visait autrefois, à l'école  l'aptitude à maîtriser une écriture cursive - calligraphique- les modèles de mon institutrice en attestent : pleins et déliés parfaits . Pour moi enfant qui apprenait,  l'image même de la perfection normée . Avec déjà cette tentation d'y tendre, cette certitude de ne jamais y parvenir et une tendance exactement contraire qui me poussait à écrire selon mon tempérament.

     

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    J'en ai écrit aussi dans mon premier récit long La Demeure Mentale :

    " Dans le cahier, le domaine des majuscules demeura longtemps inexploré. Une main experte -celle de l'instituteur de Pierre, sans doute- les avait calligraphiées.  Mes essais maladroits ne pourraient jamais, j'en étais pathétiquement certaine, atteindre l'admirable perfection des pleins et des déliés magistraux. Pendant plusieurs semaines, accomplir cet exploit devint mon unique but. J'étais persuadée que leur achèvement m'était interdit ; il représentait cependant pour moi le summum de la beauté. Cette distance leur conféra le prestige et les grâces des princesses lointaines, inaccessibles et emmêlées dans les souples méandres de leurs boucles sobrement nouées."

    J'ai manuellement une écriture difficile  à lire-sauf si je ralentis mon rythme et m'applique- cela vient du fait que ma pensée va très vite et que si je ne suis pas sa vitesse je perds des idées en route . Je tape trop vite (je parle trop vite aussi) aussi ce qui provoque des fautes de frappe nombreuses -dont je vous prie de m'excuser  d'autant que fixer les écrans m'étant difficile, je les vois de moins en moins. Je corrige  chaque fois que je repasse ici.

    Il ya ce  "bien écrire" calligraphique et aussi ce  "bien écrire" qui consiste à respecter la syntaxe et l'orthographe (ce qui n'est pas la même chose du tout) . Les fautes d'orthographe grammaticale entravent beaucoup plus la compréhension d'un texte que les lexicales. Je suis  indulgente aux réels dyslexiques, je le suis moins aux je m'en foutistes et aux "j'écris pour ME comprendre, MOI" .Le langage n'a pas pour fonction essentielle de parler à son nombril ou entre ceux qui sont du club ou clan aux dépends de ceux qui n'en sont pas .Certes la fixation et la normalisation de l'orthographe  est historiquement discutable à l'infini, elle a permis   tout au moins d'avoir un code commun.

    Le écrire bien "sans fautes" n'est du reste pas si aisé, même aux spécialistes et c'est pour quoi j'ai accepté quand l'éditeur Jacques Flament  m'a demandé d'extenser ma chronique de langage en livre .

    .  Aucun écrivain ne confondrait ces arts de "bien écrire" celui qui touche à la calligraphie et celui qui touche à l'orthographe(toutes deux qualifiées parfois jadis de "sciences des imbéciles"  avec  l'intérêt littéraire d'un texte .

    On m'a souvent dit , à cet égard , côté lecteurs et lecteurs de différents  milieux et goûts, à cet égard, que "j'écrivais bien" ,  . Côté édition-quand  c'était lu! - c'était plutôt considéré comme une qualité trpp "scolaire" trop "conformiste".  (trop bien écrit" trop classique, quoi !) Qui croire alors ? Beauoup de personnes, ne se connaissant pas entre elles, ayant des goûts littéraires différents et même franchement antagonistes. Certaines tout à fait "autorisées" à en juger. Je ne sais pas ce que ce "bien" recouvre, mais j'ai eu le sentiment de la reconnaissance d'une maîtrise de mon outil d'expression pour faire coIncider au moins un peu la forme et le fond ce que j'appelle "exactitude", "justesse" . Et je comprends le  recours  aux autres langues, dialectes y compris quand la langue commune fait défaut ou aux inventions de mots .

    Chose que je  pratique aussi en art textile. car pour moi c'est un langage textile plus qu'un art textile que j'entends exercer . J'assemble et je brode les tissus comme un autre langage , poétique le plus souvent, je l'espère . Narratif parfois (l'un n'exclut pas l'autre) . Or ce langage n'est ni étudié comme tel, ni reconnu  il passe par les sens mais aussi par les symboles  il se "lit" il propose tout comme un texte écrit -ou une oeuvre graphique plusieurs niveaux de lecture ou d'appréhension, si on veut ... Et je me sens un peu seule, à cet égard, parmi ce que je nomme "la corporation" . Si on veut en savoir davantage lire le bonheur en lisière .

     Mon premier art pratiqué fut la broderie , si proche du geste d'écrire . Il existe des milliers d'oeuvres associant lettres et textiles ; abécédaires, monogrammes, marquoirs -noms ou initiales brodés sur les vêtements pour les reconnaître , à une époque où on déléguait ce soin à une blanchisserie -Samplers , ces recueils de motifs que j'aime particulièrement car ils allient justement mes deux écritures : celles avec mots et lettres et celles symbolique des motifs .

    Ce que je regrette, en  broderie c'est précisément la perfection formelle érigée en dogme . En manière d'éliminer.J'en ai parlé dans cet article

    qui consiste précisément à confondre l'écriture calligrahiée et l'expression personnelle par le motif brodé.

     Pour les lettres ainsi on a le choix entre une écriture impersonnelle et parfaite   comme celle que j'ai choisie pour la lisibilité des textes :

     

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     ou sa propre écriture personnelle  très imparfaite pour la mienne mais qui montre caractère et tempérament ce qui fut mon  choix pour le Chant des couleurs.

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    Dans les deux cas ce choix n'était pas d'obédience à une quelconque perfection technique "obligatoire" , mais de significatIon .

    Pourquoi la broderie serait-elle juste un art de perfection formelle où s'effacerait l'âme le coeur les sensations de qui brode ? Une broderie parfaite ne reflète que cette peerfection certes difficile à atteindre , avec  derrière un relent d'abnégation, d'effacement de soi,admirable certes, mais hélas,  si souvent prôné aux femmes pour les maintenir dans leur rôle social d'inférieures aux hommes surtout  côté Beaux-arts, et ne pouvant donc s'illustrerqu'en manifestant ces vertus . Ce qui, certes, n'est pas méprisable  mais tend à enfermer dans l'admiration de la technique aux dépends de la vraie création.  'Un kit parfaitement réalisé ou un modèle copié intégralement ,  sur les réseaux sociaux est plus admiré qu'une création authentique où les points seront  volontairement moins normés, et expressifs donc .

    J'aimerai qu'on    y réfléchisse, vraiment . Si on assimile, déjà , en valeur artistique, la copie d'un modèle à la création - on fausse le jeu.

    C'est idem en patchwork , côté bien cousu ,surtout si on a un point de départ dit traditionnel (quand il n 'est qu'un choix esthétique je n'ai jamaiis eu le désir de perpétuer une tradition !  ! ) Ainsi j'ai découvert assez vite que si on use des "blocs" -ces carrés répertoriés on n'a pas droit à l'erreur, tandis qu' avec un dessin dit "personnel" là on a tous le droits, même si ce dessin est d'un simplisme volontaire .Or je fais les deux, Et je refuse qu'on  m'assigne au seul "bien  cousu" dans le premier cas .

    Ce que  je voulais  aussi et veux toujours c'est cette écriture par les motifs réassemblés, les formes et les couleurs. eventuellement le matelassage -mais sans qu'il soit une obligation . Autant vous dire et je l'explique dans mon livre Jeux d'étoffes et aussi dans cet article ., que si  je suis entendue, j'ai toujours eu l'impression que c'était un peu façon "laissons-là causer c'est son dada ' . Ce n'est pas un dada mais un questionnement sur  mes arts .

    Ma vie ma passion .  pas un passe-temps.

     

     

     

     

  • Textes et textiles : le point sur quinze ans d'expériences variées

     NB : Le détail est sur le menu expériences textes et textiles, cet article c'est un peu le - ou plutôt les  fils conducteurs . Les expériences plus .. monolithes -si je puis dire- où l'artiste développe pendant vingt ans la même approche sont plus faciles à saisir . Je vous offre donc ce fil d'Ariane , si le coeur vous dit de me suivre en ces labyrinthes .

    Quinze ans -et même un peu plus- puisque mes premiers essais pour lier textes et textiles remontent au milieu des années 90 lorsque je faisais une couverture pour ma fille sur le thème du Petit Chaperon rouge, suivi ensuite de crazys quilts illustrant les contes de fées comme ce Peau d'âne 

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    Il ya donc ce premier   mode de liaison : celui de l'illustration d'un texte par le textile . Elle a culminé pour moi avec l'exposition Textes-iles en 2004 -illustrations sur des poèmes choisis et précis, d'autres poètes (de préférence) ou de moi-même  )à La  Librairie Galerie Racine ,rue Racine, à Paris. s'est poursuivie avec l'expérience des Coquelicots (illustration d'un thème)  et je la poursuis encore puisque je suis en train d'illustrer cette fois un recueil dans son ensemble  .

    Avec de longues interruptions dues au fait que beaucoup de poètes n'aiment pas l' idée d'être illustrés-la thèse selon laquelle le texte se suffit à lui -même et que l'illustration plus facile à appréhender, lui ferait concurrence, en quelque sorte. Et moins encore en textiles (on préfère un vrai grand art estampillé  Beaux-arts pour ce faire, le prestige le prestige toujours  !  et l'idée qu'illustré par de "l'ouvrage de dames" le texte se dévaloriserait ipso facto .J'ai donc essuyé pas mal de refus .

    Et aussi au fait que j'avais d'autres pistes à explorer .Et j'en ai encore. Pour dix vies au moins ou mille puisqu'une "envidée" en engendre une autre .

    Je préfère l'idée d'ouvrir des pistes que d'exploiter toujours le même filon -du moins le temps qu'il plaît. J'ai mes exigences, je les suis .Mon côté Calamity Jane-plutôt que Dear Jane -le  Dear Jane étant un quilt maintes fois copié ou interprété .!

    A chaque fois un abord différent -ce qui me séduit- où l'image textile, dans mon idée se doit de dialoguer avec l'oeuvre poétique ; une idée que je développe dans tout un chapitre de mon Livre Jeux d'étoffes, paru fin 2010.

    J'ajoute qu'à la différence de beaucoup d'artistes je ne relie pas souvent le texte et le textile en écrivant sur l'oeuvre elle-même . Disons que je ne le fais qu'en accord avec l'auteur du texte (quand il ne s'agit pas des miens) et pour les miens si je pense que c'est le bon moyen pour ce texte-là . Je n'aime pas quand un moyen devient un procédé.

    Deux text-iles proposent cette méthode de liaison texte et écriture. Ci dessous : illustration du poème : la pierre sur la pierre .

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    En 2006 quand j'ai commencé le chant des Couleurs j'ai tenté tout autre chose, vraiment une concomitance des poèmes et du tableau comme deux manières de chanter les couleurs en simultanéité mais par deux mediums différents, simultanéité un peu différée  dans la réalisation par le fait qu'écrire prend moins de temps que de composer un tableau textile surtout à la main . Et là le choix de mon écriture manuscrite même si elle n'est calligraphique , ni très lisible est aussi un choix "pensé et voulu" en liaison avec la visée première : lier  le geste d'écrire et celui de broder de la même main .

     

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    Tentative qu'on retrouve dans les triptyques des avatars où le point de départ est une image numérique (souvent développée en variantes par ailleurs), sur laquelle un texte s'est imposé -c'est donc l'inverse d'une illustration ;  lequel texte a été brodé main sur toile régulière afin de permettre, cette fois, une bonne lisibilité .

     

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    Dans Le précis de botanique alternative c'est le nom créée de la plante qui a suscité  la broderie et le texte en étroite complicité, en effet le nom a donné naissance au dessin puis à  la broderie puis au texte avec des retours de l'un à l'autre et souvent des ajustements et des modifications.  Oeuvre constituée d'un livre unique dit d'artiste et d'une matérialisation imprimée de quelques exemplaires .


    J'ai usé de tissage sommaire pour  Les livres tissés des poèmes tramatiques car les titres des recueils Trames et chaînes m'en avait donné l'idée . ça collait au propos si je puis dire  .

     

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    De même le tissage de l'objet textile Textimité a-t-il lui aussi un lien étroit avec la démarche , je n'ai jamais réussi à ne pas ancrer fortement les gestes  entre  textiles et les textes . Or ces gestes textiles ; filer, tisser, broder, assembler des étoffes ne sont pas pour moi signifiants à l'identique dans leur liens avec les textes , et une métaphore lointaine rattachée au thème "texte-textiles"ne me satisfait pas .  Il faut que quelque part cela se cheville , aussi.

    Le geste de broder et la juxtaposition d'étoffes en une composition est un des points de rencontre  favoris pour moi entre mes deux arts -ou deux de mes arts plus exactement ), alors que je le souligne, pour une majorité d'artistes travaillant sur le même créneau si je puis dire,  c'est la métaphore du tissage qui en raison de l'étymologie domine . Le tissu pourtant y est chez moi partout mais comme les mots : venant d'ailleurs et tissés par d'autres, modelés par les âges et l'usage avant que je travaille en composition. Rien pour moi ne sera jamais plus proche d'un texte  que pour d'autres ce soit autre chose me ravit , j'aimerais cependant parfois que ce que j'essaie de travailler et d'illustrer   ait ...un peu plus de partage et de lumière, mais si oui je sais c'est compliqué (j'avais parlé de labyrinthe ).

     Les autres expériences présentée  dans la catégorie expériences textes et textiles sont toutes importantes , mais je veux pas alourdir l'article . Petit  appel du pied surtout côté textiliennes l'expérience Touches, où les textes ont en quelque en sorte appelé des tissus correspondants (au sens baudelairien du terme)  peut peut-être vous intéresser ....voire..vous toucher plutôt que de rester ..sur la touche . 

    Actuellement je développe une lecture des motifs-poncifs comme une forme d'écriture parallèle et je demande qu'on essaie de comprendre que mes quilts jugés purement "décoratifs" ont aussi pour moi cette valeur-là . N'espérant plus convaincre grand monde, mais le tentant toujours, toutefois . L'obstination est un de mes vices ou une de mes vertus  c'est comme on le veut . Et j'explore aussi les figures de style  et.. et .. j'ai toujours des "envidées" nouvelles.

    et si vous êtes arrivés jusque là merci de votre attention .

    Touches couverture

     

     

     

  • sites de broderie contemporaine et réflexions adjacentes

     

    J'aime observer en broderie comme en patchwork , comme dans toutes les valences de l'art textile actuel , les tendances de mes contemporaines , voir comment notre art évolue . Pas pour copier ou imiter, mais pour savoir, tout simplement . Parfois admirer parfois rester un peu plus critique  ; je réfléchis beaucoup moi-même à ma pratique, même si -je le redis une fois de plus- n'étant ni professionnelle ni brodeuse de loisir , ni traditionnelle, ni contemporaine selon les critères imposés, je ne me situe nulle part dans le paysage. L'oeuvre des autres nourrit cependant mon imaginaire,  j'ai ce besoin quoiqu'hors-jeu hors piste et bientôt hors service , d'être reliée au "ce qui se fait" .

    J'ajoute je n'ai pas la prétention d'être exhaustive , et je centre ici sur ce qui est présenté comme broderie .

     Je signale d'abord le site Le temps de broder , qui en dehors de cette page de présentation de brodeuses, comporte maints articles très intéressants et parfaitements documentés (avec reconnaissance des sources -ce qui est à saluer !) .

    Parmi les brodeuses présentées dans ces portraits , je salue au passage le tandem Beaney-Littlejohn , qui a tant appris aux contemporaines françaises du début des années 2000 à une époque où innover  c'était  surtout importer -sans toujours le dire- des techniques pas encore connues de celles qui n'avaient pas internet ou lisaient mal l'anglais.  Leur travail m'a souvent fait rêver,  leur sens des matières surtout et des couleurs et des textures pas encore mises à toutes les sauces , j'ai lu leurs livres avec intérêt,  je les relis souvent pour le  plaisir  des yeux et de l'esprit , je leur dois sans doute beaucoup à cet égard , quoique je reste une brodeuse main . On pourrait y ajouter dans la même mouvance Maggie Grey et la regrettée Valérie Campbell-Harding . Elles ont contribué à faire connaître notamment le travail  du "layering" qui consiste à travailler en superpositions . Sans oublier Gwen  Hedley  dont le livre  effets de matières  broderie créative a pas mal inspiré nos artistes il y a déjà  presque 20 ans .

     

    Ce site peut compléter  ces tentatives de "sortir la broderie" de ses cadres et de ses liens et donne un aperçu de brodeuses qui sont artistes parce qu'elles ont une "démarche"  -à la différence des indécrottables traditionnelles  qui s'appuient sur ce que fut depuis tous les temps la broderie   et même avant l'existence du tissu quand on brodait sur peaux de bêtes ou écorce par exemple . J'ironise un peu , certes, mais certaines démarches justement dont je veux bien saluer l'exploit, l'effort et le caractère d'innovation  puisque c'est le maître mot ... à bien y regarder s'il y innovation sur le support ( pierre, bois parfois, grille de jardin seau percé etc .. pour le point compté, ou body art)  en broderie , au niveau des points , des fils et autres matières , j'éprouve comme un manque . ça ne me comble pas .

    Cette affaire de support qui donnerait  une sorte de supériorité  et de l'imagination me laisse un peu rêveuse . Je note qu'en point compté notamment que ce soit sur grille métallique ou seau percé, les motifs ne brillent pas par leur nouveauté, eux . On me dira que c'est voulu .  Moi je crois que c'est la limite de ce type d'innovation et de ces choix : on se fait remarquer par l'insolite mais ensuite -on est souvent bloqué par les possibiltés limitées des points et des fils sur ce type ce support .  L'art serait donc uniquement dans l'exploit technique ? ou le "je fais ce qui n'a jamais été fait avant moi " . On est toujours un peu dans l'optique de dénaturer un art (une brodeuse du premier site  dit "déconstruire" mais elle ne déconstruit rien, elle change juste le support !) . En fait  ce qu'on fuit c'est toujours la ressemblance avec un art domestique et dit "de loisir"  qu'on veut éviter, comme la peste.

    Le summum du support qui vous sort du lot c'est peut-être la démarche de l'artiste  Eliza Bennett. qui brode sur les épaisseurs superficielles de sa peau (sans se faire saigner)  J'ai noté d'autres démarches analogues,parfois un tantinet plus gores,  je ne saurais dire qui a commencé et est "la première" .  Certes je salue la démarche, l'exploit, le courage , mais là encore cela met un tantinet mal à l'aise .  Je ne condamne rien - qu'on me comprenne l'art est libre- mais mon opinion l'est aussi. J'attends la brodeuse qui saura broder sur des nuages ! ) . -et je rappelle qu'on brode déjà sur des oeufs depuis fort longtemps -ou plus récemment sur des feuilles.

    Que cela ne rejette pas comme inférieures toutes celles et  ceux qui restent fidèles aux supports "classiques" et aux fils habituels : il y a tant encore à chercher avec eux !

    J'ajouterai que changer un matériau ne demande pas une profondeur d'esprit ni des visions personnelles particulières , on a vu aussi ce phénomène au niveau de l'art du fil où  tout a été testé dans ces courants novateurs sauf le fil de gruyère (et encore je n'en jurerai pas!).

    Si on veut : j'aurais pu broder mes archives du Nord en perçant des boulets de charbon et en passant des fils au travers, je présume que cela aurait paru plus génial que ce que  j'ai fait . Malheureusement  pour moi j'ai des compétences en broderie pas en maniement d'une perceuse sur matériaux autres.   "Il y fallait un calculateur  ce dut un danseur qui l'obtint" dit Beaumarchais.

    Ce qui m'amène à des recherches toutes aussi actuelles mais qui me ravissent et m'enrichissent les yeux et l'esprit bien davantage,

    Je voudrais mettre en lumière une autre brodeuse Clémentine Brandibas, rencontrée sur Facebook , dont j'apprécie les surfaces, et qui restant fidèle à des matériaux jugés par d'autres obsolètes  bâtit ses univers "organiques"qui dégagent pour moi une magie particulière,  , et prouve qu'on peut créer de manière personnelle et authentique sans pour autant abandonner l'essence de son art . J'oserai dire  : ça rassure la vieille dame que je suis que la relève soit si bellement assurée .

    J'aime aussi beaucoup dans un tout autre genre les oeuvres de Karen Duane  qui s'appuient très étroitement sur des savoirs anciens mais les renouvelle par une utilisation particulière .

    Je signale aussi la plus connue Nadja Berruyer   qui pratique la broderie de Lunéville avec un art consommé . LE DVD sur sa pratique est un moment de joie absolue et de passion partagée . (Brodeuse les monstres et la babayaga)

     Il en existe bien d'autres que j'ai déjà citées dans mes articles sur une technique particulière (peinture à l'aiguille, broderie en relief , tapisserie à l'aiguille ) .

    Il faudrait parler aussi de la vogue dite du "slow stitch  "qui est un retour au geste main  avec improvisation "méditative" -si on médite c'est tout de suite une plus-value ... où ma foi on trouve un peu de tout ... avec une orgie   de faux boros ou pseudo kanthas .   La recette est simple vous prenez trois quatre bouts de tissus effrangés  en préférant les tons neutres,   vous superposez partiellement  vous les fixez avec des points simples le point avant étant le favori toutes catégories confondues .Comme en toute technique la réussite dépend de la richesse des mondes intérieurs de qui crée pas  des modes et des procédés .

    Mais le faire saisir reste toujours difficile !

     

     

     

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  • Les rogatons

     Le patchwork est -mais pas seulement - un art d'accommoder les restes.

    Les restes d'étoffes qu'on ne veut pas perdre , soit par souci d'économie, soit pour le souvenir , soit pour leur intérêt historique, et même osons le mot artistique. Soit tout simplement parce qu'on les aime  ou qu'on quelque chose à dire avec ceux-là ainsi reliés assemblés. . Le  Dorica castra de l'article précédent , ou bien les tableaux de la série les Beaux restes (cf l'index)  en sont un bon exemple. Ou bien encore les séries : Petits accommodements avec la vie -ainsi appelés car plus appréciés que des élaborations plus...profondes  (sourire) ou les tableaux de la série "entre-deux".

    Même si les patchworks d'aujourd'hui sont plutôt faits de tissus neufs et souvent conçus pour un usage "pratique" . Lavables notamment .

    Et puis nous avons toutes dans nos tiroirs des restes de quilts commencés dans un grand élan d'enthousiasme et abandonnés parce que le "jus" pour le faire n'était plus là -il ne s'agit pas de suivre un modèle mais de mener à bien un projet qu'on crée - ou bien qu'on était dans une autre période d'inspiration (-pour moi, cause la plus fréquente) .

    Le merveilleux avec le patchwork c'est que ce n'est pas comme un pull inachevé (qui peut aussi finir, certes, en objet d'art textile ) ou une broderie abandonnée : on peut toujours en créer autre chose.

    Il existe des solutions pratiques simples : on fait un coussin, un set de table , une manique, un sac., des pochettes.

     Seulement ça fonctionne si on reste dans une optique pratique-décorative et objet d'usage (et pourquoi pas) .Quoique je sois persuadée qu'un objet d'usage, s'il est unique et bien de soi , puisse être aussi une oeuvre d'art expressive et personnelle(et ce pas seulement si signé d'un grand nom qui sanctifie le moindre carré d'étoffe touché!)  . Mais qui dit objet d'usage dit usure et donc disparition à plus ou moins brève échéance ou bien objet abîmé par lessives etc . On n'a pas toujours envie que cela le soit .

    On peut tout simplement rester dans l'optique tableau exprimant quelque chose, mais en diminuant juste la surface. On avait prévu un plaid, on se retrouve avec un petit panneau 4 blocs au lieu de 12 ... Mais pour certaines surfaces où il y avait un placement des couleurs et des valeurs bien particuliers, ce n'est pas possible  il faut,reconstruire autre chose, autrement .

    J'ai tendance pour ma part à partir sur des bases 1 mètre 50 sur 1 mètre 50 ... et à me retrouver avec trois à cinq blocs traînant comme ça en deshérence  pendant des années. Autre source, chez moi abondante , les blocs restant d'ouvrages finis, j'en couds toujours plus pour éliminer au moment de la construction finale .  Il faut vraiment s'habituer à les reconsidérer, les regarder autrement que l'idée qu'on avait de la surface initiale et ce n'est pas si facile .

    Un livre m'a aidée à considérer mes blocs d'un autre oeil c'est le livre de Mary Kerr intitulé  A quilt block challenge vintage revisited , un challenge entre artistes à qui on donne le même bloc le plus souvent trés  traditionnel , avec tous les droits sur le bloc y compris de le déconstruire  , de peindre ou écrire dessus .. Liberté totale.

    Les résultats sont assez époustouflants et c'est plein non de modèles à copier, mais de pistes à adapter  (ce que je préfère) .

      Ce peut d'ailleurs être une solution pour celles qui travaillent en groupes mais je suppose qu'elles ne m'ont pas attendu pour y songer toutes seules et si d'aventure une passant par ici  peut me faire part de sa propre expérience (je suis très intéressée par ce genre de "challenge" mais ..pour les autres )

    Il ya deux  ans j'ai donc commencé à vider mes innombrables sachets d'ouvrages en souffrance , et à les reconsidérer d'un oeil neuf en n'excluant aucune possibilité de la housse de coussins classique au tableau recomposé .

    Je pose au préalable que les modèles de départ quand ils sont montrés étaient les miens, pas ceux de revues. Pour moi la différence est capitale , même si on peut finalement se servir de cette façon de terminer les "leftovers" et autres UFOS de cette manière pour un ouvrage non créé .Justement : là on échappera au modèle, pour construire quelque chose de personnel .

    C'est ainsi qu'est née la série les Rogatons .

    Travaux d'impatience plutôt que de patience et volonté de construire même sur un échec .

    Pour le moment quatre ouvrages . Mais bien plus de prévus. Le premier est issu de l'abandon d'un quilt en médaillon .  L'abandon est venu pour diverses raisons : c'était long et assez monotone à faire ; les couleurs en harmonie arc-en ciel étaient très tendance et je me sentais trop "sous influence" pas assez dans mes propres harmonies . Enfin le bloc dit  noeud de l'amitié est difficile à monter -du moins pour moi . .

    J'ai donc sélectionné les trois blocs noeuds de l'amitié terminés et je les ai montés verticalement, rebrodés sur les bords en dissimulant les imperfections . Un matelassage main très simple et quelques boutons et voilà comment on a un petit panneau qui certes ne se veut pas la Joconde du patchwork, mais est regardable .

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    Le deuxième petit panneau est parti d'un reste de blocs d'un ouvrage intitulé Strelitzia , retracé à ma façon  début des années 90 d'après un quilt contemporain du festival de San Diego . Avec evidemment mes tissus , mes couleurs. L'abandon est venu du fait que justement je n'accrochais ni aux formes, ni aux couleurs . Là le plus gros travail a été de trouver le bon tissu de fond (ici un orangé faux uni), et en ce cas je conseille "d'auditionner" beaucoup de tissus différents . Et aussi de placer les blocs restants de manière équilibrée . J'ai choisi de pas matelasser pour moi il n'y a aucune obligation, ce n'est pas une couverture ! - J'aurais pu, pour lui donner un aspect très Modern quilt mais les modes et moi ...

     

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    Le panneau 3 est issu d'un travail en courbes en chemin de l'ivrogne modifié , et là c'est de coudre des courbes qui m'a bloquée . Pas les couleurs une harmonie de bruns et de turquoise avec laquelle je me sens encore en accord, alors que ce quilt a été conçu au début des années 90 .J'ai redistribué les blocs à ma façon en incluant des tissus en harmonie , et une bordure beige et bleu avec un imprimé discret .

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    Le quatrième c'était un des projets conçus parès 98 quand j'ai acquis le logiciel quilt- pro , dans un grand élan d'enthousiasme , j'ai crée des dizaines de quilts  virtuels et parfois je faisais quelques blocs pour  voir ... ce quilt se nommait Galaxie titre qu'il a gardé et si j'aimais beaucoup le fond clair et les quarts de cercles de couleurs, je l'ai assez vite abandonné pour d'autres surfaces sans doute plus porteuses . J'avais acheté déjà un tissu destiné à sa bordure , que j'ai réutilisé pour le fond . Tel quel et en petites dimensions il me plaît bien :

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    Au delà de l'idée de sauver un inachevé , de faire avec ce que d'aucunes nommeront "un petit objet sympa", je me suis aperçue que ce travail de reconsidérer une surface en tenant compte de sa propre évolution était une sorte d'exercice d'introspection textile . Pourquoi ai-je aimé ces formes-là à ce moment-là, mais pas assez pour aller au bout, pourquoi aujourd'hui certaines sont accord en harmonie avec ce que je suis,  d'autres non ? Comment soit respecter la vision de départ , soit  métamorphoser ? Voire totalement "défigurer" -ce que je n'ai pas encore tenté .

    Une autre solution sera peut-être de mixer pluseurs restes ouvrages dans un quilt dit d'orphelins plus "classique" si tant est que de tels ouvrages le soient. Il ya deux surfaces de la sorte en cours leur défaut c'est d'être d'assez grands formats et j'ai moins d'énergie que jadis pour mener à bien de tels projets .

  • Figures de style et textiles - Le dorica castra

    Il  y a quelque temps déjà, j'ai eu envie dans mon exploration des innombrables relations qu'il peut y avoir entre le texte et les textiles, -que je ne veux surtout pas borner à écrire ou broder sur du tissu, même si j'aime aussi à le faire - d'illustrer certaines figures de style, tropes ou éléments linguistiques en me posant cette question simple : comme  rendre cela dans le langage des tissus ?

    Pas toujours aisé -et je suis pas sûre d'y parvenir pour tout ce que j'envisage (mais l'idée pourra servir à d'autres !) .Il

    Nous avons tous fredonné au moins une fois la comptine chansonnette trois petits  chats chats chats -chapeau de paille etc ......En termes savants cela s'appelle un dorica castra , qui est une forme d'une figurede style  dite  anadiplose (source Wikipidia) .

     Dorica castra désigne en latin un camp militaire dorique mais le rapport avec notre histoire c'est que le la fin du mot dorica est le début du mot castra ; comme chat -chapeau de paille . L'anadiplose elle reprend le mot entier (ce qui est parfois aussi le cas dans la chanson citée)

     La partie la plus connue est marabout bout de ficelle- selle de cheval -cheval de course etc.

    Avec des à peu-près ,donc,  on le constate (que j'ai respecté dans le choix des tissus, disparates s'il en fut ! )
     

     Dans un de mes innombrables brassages-classement d'étoffes, j'ai mis de côté les petits bouts de  ce que  je nomme "mes plus aimés" , soit parce que  dessins et couleurs me plaisent particulièrement, sans explication rationnelle, comme ça, soit parce que  j'en ai très peu qui me reste (et que je les aime !) soit parce qu'ils me viennent d'un ou d'une amie .

     S'est greffée une deuxième envie, à la lecture de livres sur des objets textiles dits "de mémoire", celle de faire une sorte de déroulement cousu de la manière la plus simple qui soit ; à points avant sur une bande de fond .Recto verso donc réversible .

    Fini ça donne cela :

    Dorica castra derulement 1et de l'autre côté :

    Dorica castra deroulement 2

    Le rapport avec la chansonnette ?

    Eh bien, mais là c'était tout simple : chaque zone de tissu comporte  une couleur  qui sera reprise dans la zone suivante . On part avec des tissus vert et orange (ou dont  un au moins   contient un élément orange) et la znoe suivante est orange avec un élément appelant la couleur suivante. Et ainsi de suite . Sur l' image suivante c'est d'autres couleurs, mais le principe, simplissime est le même

    Dorica castra detail 1

    Ensuite j'ai finalisé par une bande noire et imprimée de multicolore  et j'ai replié sous forme de livret fermé par bride et bouton -un de mes "plus aimés" aussi. la couverrure commence avec un tissu de cravate à motif de petits chats comme il se doit (il y en a plus de trois mais c 'est qu'il y en a au moins trois!) .

     .

    Dorica castra ou anadiplose 1 jacqueline fischer

    Au passage je signale c'est très ludique retativement vite fait et quand on a fini comme dans la chanson on n'a plus qu'une envie : recommencer un autre. On peut aussi si on se veut dans la performance faire le plus long dorica castra textile du monde (c'est pas mon truc , mais pour celles et ceux que ça tenterait ...) ou bien faire un collectif qui reprendrait la bande où la précédente l'a laissée.

    Et si on aime les objets utiles on peut faire une écharpe tout bêtement . Voyez : je ne suis pas qu'une intello qui aime les "grands mots " et le latin et se la pète avec ça (sourire).  Ci -dessous, l'envers de l'objet replié .

    Dorica castra ferme

     

  • Rions un peu

    Ecrit hier sur Facebook dans une discussion pour expliquer une fois de plus que non je suis pas malheureuse dans ce que je crée, mais côté compréhension et  regard sur voilà ce que parfois, souvent , trop souvent  ça donne :

    Petits sketchs :

    - Ah vous écrivez ?

    -Oui .

    - Vous publiez chez qui ?

    -Euh,  suis auto-éditée .

    Gros silenc:-)

    ou bien:

    - T' as publié un livre ?

    -Oui, même plusieurs .

    - Tu en as as vendu combien ?

    - Ben euh,  20 .

    -Ah bon (sourire gêné, comme si on venait de déclarer une maladie grave !) ) .

    Note pour plus tard toujours répondre : " quand on aime on ne compte pas " . Un truisme reste encore une bonne panade euh pardon parade !

      - Vous êtes artiste textile , comme c'est intéressant , vous faites quoi?

    - Du patchwork

    - Euh ?

    - Des tapisseries en tissus assemblés .

    - Ah oui c'est comme du tricot, quoi ... .

    Tu es peintre ?

    -Non, je peins sur écran c'est de l’art numérique .

    (grimace garantie)

    -Ah oui c'est le logiciel qui fait tout  , alors

     

     Toute une vie comme ça , ou tout au moins plusieurs décennies, à entendre les mêmes choses, c'est vrai, mieux vaut en rire n'est ce pas  ? .

    Mais demander qu'on comprenne que ce n'est pas si facile à vvre n'est pas "se plaindre" , c'est juste rappeler une réalité . Qui ne le vit pas jour après jour sur tant d'années   ne saisit pas combien ça peut être lourd, usant (et ce, dans les trois domaines où je crée ) même si je ne me décourage jamais. 

    MAIS le mais est de taille :

     Le corollaire c'est peu de lecteurs peu de public pour les oeuvres d'art textile et numérique  mais ..des personnes RARES rares à tous les sens du mot et que je voudrais une fois de plus remercier. Elles sont rares , mais je ne saurais les citer toutes. Elles se reconnaîtront avec mention spéciale à l'âme du philosophe Michel Henry dont les encouragements venus à mes débuts m'ont tant aidée .J'ai publié ici sa carte comme un viatique spirituel, et aussi,  car je sentais un doute quand j'en parlais. Avec hésitation, ce n'est pas trop dans ma façon d'être de faire cela, moi il me suffisait de le savoir. Mais publier quoi que ce soit implique un public et le public, lui, a besoin semble-t-il de caution pour se faire une idée  même de ce qu'il ne lira regardera jamais.  Dit sans amertume. Je me borne à constater des faits et un fait c'est têtu. Moi aussi !

  • Impressions , motifs, langage : une autre lecture des patchworks-quilts

    Etant classés objets décoratifs -utilitaires les patchworks   ou quilts géomtriques à base de motifs régulièrs sont rarement analysés pour ce qu'ils sont d'autre !  C'est à dire des surfaces dans un art particulier, qui pourrait s'étudier  -si toutefois l'art d'assortir les étoffes imprimées n'était pas, précisément évincé des recensions de la sorte puique non-art aux yeux de la plupart (occupe doigts,  loisir, hobby etc .).

    Je voudrais évoquer ici une élaboration qui n'est pas de "couture" ni  de divertissement pour passer le temps. Mais un travail spécifique à un art.

    Au départ donc une composition  

    Cette composition je l'ai souvent préférée géométrique, justement pour permettre d'autres lectures . Un foisonnement dans un foisonnement ça se remarque mal tandis qu'un foisonnement dans une structure stricte parle tout autrement . C'est donc un choix d'expression personnelle, non un choix "pour faire du traditionnel" .

    Il y a un premier jeu de lignes et de bâti . J'aimerais qu'on le regarde comme un plan d'architecte ;  par exemple le carré de base nommé "bloc"  peut se modifier par ajout ou suppression de lignes , se déformer, être utilisé avec des tailles différentes , être associé à un ou plusieurs  autres, étiré, inclus dans un cercle, un cadre , disposé sur la pointe  ...  Par exemple je peux partir de ce "bloc" qui ,on l'accordera est simplissime ,   c'est juste un point de départ :

     

    Bloc demo

    Avec ce bloc j'ai construit ce plan -ce qui est déjà, j'espère qu'on me l'accordera, un travail personnel, non négligeable et d'autant moins qu' à ce stade on le pense déjà parfois  et en couleurs et en textile et en faisabilité "couturière" :car tout cela devra être mis en oeuvre pour obtenir ce qu'on appelle un patchwork ou un quilt (si c'est matelassé )

    Plan quilt demo

    Mais très exactement avec le même point de départ , j'aurais pu tout aussi composer ainsi et je vous épargne les dizaines d'autres possibilités .

    Demo plan quilt 2

     

     

    Ce plan en lui-même n'est évidemmet qu'un guide, une structure, une armature .Ce n'est pas un art textile en lui même on pourrait très bien le peindre ou faire une mosaïque un vitrail ou une marqueterie. Ou du papier collé.
    Il va falloir ensuite le faire vivre  d'étoffes. Je dis faire vivre  pas colorier.C'est vraiment tout autre chose.

    Revenons donc à ce qu'est le patchwork depuis ses origines quand il est textile . Il est assemblage de tissus différents.Il a toujours eu ces deux valences quasi contradictoires : celle de récupérer des étoffes pour les réutiliser à une époque où le tissu coûtait très cher , l'autre étant au contraire de montrer la richesse ( "je suis riche puisque je peux m'offrir plusieurs étoffes souvent précieuses pour faire mon vêtement.) .

    Ambivalence sur laquelle déjà on n'a guère réfléchi ", le côté récupération étant tendance actuellement  pour faire à la fois "arte povera" et ecolo . En réalité une grande majorité de quilts est aujourd'hui faite avec des tissus spécifiques spécialement "créés pour l'usage", l'aspect commercial par derrière n'est pas négligeable, mais  c'est surtout l'idée de "lavabalité" et de facilité à ajuster les montages délicats de cet art . Il existe maints designers qui créent des gammes en fonction des kits ou modèles qu'ils vendront et qui seront imités à x  exemplaires  ce qui n'aide evidemment pas à un regard sur la création originale de celles qui ne font pas ainsi et ont des tissus assemblés un tout autre abord. Ce qui est mon cas .

    On peut user de tissus unis et dans ce cas , cette architecture simple et les couleurs qui vont parler- . J'ai une grande admiration pour les quilts  gallois,  Amish et ceux  des Modern quilts  unis , simples sans tomber dans le simplisme ou le procédé.

    Mais pour moi dans ces quilts si le graphisme du plan et couleurs et valeurs  parlent, le tissu se tait ou presque ;  en papier on aurait quasi exactement le même effet . On en voit tout juste le tissage souvent discret comme dans tous les calicots fins "spécifiques" ou les lainages fins. Sur ces quilts qui en sont à proprement parler (quilter veut dire matelasser) c'est les motifs de matelassage qui jouent le rôle de seconde lecture graphique .

    J'ai rarement travaillé avec des unis seuls, sauf quand ils comportaient une texture particulière dentelles par exemple la texture offrant des touchers différents , et des dessins visibles comme par exemple dans ce  patchwork dentelles décalées où la variété des textures a remplacé celle des motifs. La lecture de ces 'signes" tissés  reste cependant plus tactile et moins visuelle que dans l'usage des imprimés .

    Dentelles decalees art textile jacqueline fischer 2

     

    Quand y ajoute les motifs sur les étoffes on choisit ses étoffes comme une sorte de vocabulaire . Les motifs m'ont toujpurs fascinée  , quels qu'ils soient. Sans me soucier des règles du bon goût ni  de l'esthétique souvent enseignée justement dans un but décoratif, je les ai toujours  élus par rapport à que moi je voyais et voulais signifier avec eux . Sans me soucier du reproche de 'trop chargé" qui évidemment n'a pas manqué de m'être fait . Mais une forêt n'a jamaiis trop d'arbres, un jardin trop de plantes et un texte trop de mots .Donc mes surfaces n'ont pas pour moi "trop de tissus, tropd de motifs trop de couleurs".

    de plus j'aurais trouvé ennuyeuxd'assembler vingt fois le même carré avec le même tissu au même endroit ou un tissu analogue, ce que  je voulais c'était justement que ces motifs contruisent quelquee chose,de particulier qui corresponde à une vision en moi . En plus des couleurs et valeurs (on me dit bonne coloriste cependant) mais la couleur pure sans cette forêt de signes, ça ne m'allait guère.

    Pour montrer qu'on pourrait lire les quilts ainsi aussi j'ai donc passé certains détails en image numérique façon "sketch" . On voit bien que le plan initial seul ne parle pas , et que même en l'absence des couleurs les motifs eux tracent tout un réseau de codes, de correspondance sans  eux mes quilts seraient des quilts mais ce ne serait pas ma voix ni ma voie c'est eux qui la portent et c'est aussi ce qui différencie le plus mon art le patchwork des autres arts de mosaïque  et evidemment de la peinture . Il faut aut que ce soit lisible de près et de loin il faut que chaque découpe puisse se lire come une page.C'est ce que je veux, c'est ce vers quoi je tends. Pas vers un joli travail avec de jolies couleurs .Choix de guillaume motf detailIci le choix de Guillaume dont le plan a tététracé par mon second fils quand il avait huit ans , vu  sous cet aspect(en couleurs il est dans l'index)

    ou encore ce  Feuilles en folies :

    Feuilles en folie detail motifsLà les motifs de feuilles et branches imprmées créent des motufs secondaires en écho aux feuilles "géométriques" et si on regarde ttentivement on verra que les lignes de matelassage réalisé par Simone Struss ajoutent cet effet de tourbillon de vent que j'avais souhaité .

    Il est donc pour moi ou plus exactement il serait important pour moi (et sans doute quelques autres) qu'on apprenne à regarder cet art méconnu pour ce qu'il est :  un art où les tissus jouent de tous leurs atouts , l'impression des motifs en étant une et non négligeable ; surtout quand on essaie d'harmoniser une variété consdérable de motifs en plus des couleurs et nuances .

    Car évidemment tout cela va jouer ensemble : le choix du plan initial , le choix des textures -s'il est signifiant, les couleurs, les valeurs (qui sont ce qu'on regarde le plus forcément) et mes chers motifs et leurs combinaisons, les oubliés de l'histoire. 

     

  • Un blog à visiter absolument !

     J'ai souvent parlé des ouvrages de dames et de l'image péjorative qu'ils généraient côté Beaux-arts et  grands arts,  des ricanements aussi de l'idée que c'était incompatible avec l'imagination et la création, que c'était aussi le symbole d'une certaine aliénation de la femme au foyer.

    Ce blog absolument remarquable prouve que ce n'est pas simple, ni simpliste. Outre qu'il est incomparablement documenté, écrit de manière limpide, il offre des articles  passionnants  illustrés par des photos de très grande qualité.

    Il vous fera découvrir entre autres choses des cahiers de couture, des samplers, mais ce qui est plus important à mes yeux, il interroge remarquablement sur ce couple aliénation/ asservissement par la couture et les travaux d'aiguilles "imposés" et l'évasion, aussi , qu'ils représentent (ce que le patchwork a si bien montré puisque, que comme le souligne Claude Fauque, il "désobeissait" .)

    Le  blog  allie le passé et le présent par les ouvrages actuels perpétuant et renouvelant la tradition qui sont d'une beauté souvent à couper le souffle. même pour moi qui ne suis pas une adepte de la perfection (j'ai expliqué pourquoi), ça ne m'empêche pas de l'admirer quand je la croise !

     Si vous avez un moment allez lire même si comme on me dit souvent "je  ne couds pas alors ça ne m'intéresse pas" -je ne peins pas et l'histoire de la peinture me passionne . Dépaysement garanti et rinçage essorage des idées reçues à ce sujet, aussi . Merci à l'auteur Sylvaine dont je ne connais que le prénom pour ce si beau partage.

    Lien ves le blog Ouvrages de dames

  • Série faux semblants

    La série faux semblants est venue d'une idée simple expliquée  sur le site d'art-up galerie en ligne , du temps de son fonctionnement 

    Je reproduis le texte qui expliquet la démarche :

    Faux semblants : de vrais -faux objets textiles.

    Au départ sont des ouvrages textiles parce que  c’est en matière de création ce que je nomme ma « valence » première .
    Ensuite, une photographie  souvent de détail de ces ouvrages textiles . Ces photos ont été prises soit pour illustrer mon livre Jeux d’étoffes, soit pour la parution en revue ou en album d’images.
    Ces clichés  ne se veulent pas photos d’art, mais généralement ils obéissent quand même à une esthétique de composition et à des impératifs de netteté.
    L’objet représenté est primordial pour l’étape suivante,  j’entends par là que sa qualité de réalisation influe aussi sur le résultat final. La disposition des points en broderie notamment, tous les choix de couleurs, textures, motifs et formes qui ont  présidé à la réalisation de l’objet « premier » sont importants. Si je le souligne c’est parce que cet objet premier dans un art premier (parfois au sens primitif du terme) va être très vite « oublié » et aura du mal à être perçu, lui, comme une oeuvre d’art.
    Sans cette filiation (sans jeu de mots !) aucune de ces images n’existerait comme telle. Ce travail manuel et réel préalable du fil et du tissu est pour moi fondamental, au sens propre du terme.

    J’ai eu l’idée de retravailler  ces clichés avec le filtre d’un logiciel de retouche de photos,
    Le travail numérique consiste à régler des paramètres et à faire des choix , pour un détail donné il existe des centaines, voire des milliers de métamorphoses possibles. C’est à ranger techniquement dans la catégorie photo altérée.
    C’est comme une photo de quelque chose qui n’existe pas, mais qui pourrait exister.
     D'où le titre de faux-semblant.
    Images de nouveaux possibles  ou de nouveaux impossibles .
     Certaines semblent vraies c’est à dire qu’on pourrait faire croire qu’il s’agit de la photo d’un vrai objet existant vraiment  (et l’image en contient une part) et ce n’est que partiellement faux puisque le point de départ est réel -mais différent, D’autres s’éloignent davantage vers des effets graphiques où l’ouvrage de départ disparaît  quasiment. Les deux possibilités sont intéressantes. puisqu’on joue sur  l’écart entre la proximité et l’éloignement, entre réel et illusion comme avec les fonctions focales des filtres.
    Comme  à chaque fois dans un travail d’image numérique, existe l’ouverture vers ce qu’on pourrait en faire d’autre. Il n’est pas interdit (et je l’envisage pour certaines) de les imprimer sur étoffe et de les réintégrer à un nouvel ouvrage qui mêlerait alors le faux-semblant et le vrai textile et ainsi de suite, créant une composition potentiellement  en abyme.
    C’est aussi une réflexion sur le temps d’exécution d’une oeuvre. Il existe en effet une distorsion entre la lenteur du travail manuel de la brodeuse ou de la quilteuse , et la rapidité du travail numérique, écart que l'on retrouve aussi entre une conception calculée,  travaillée voire contrôlée et le jeu avec un certain heureux hasard.(même si le travail sur l’image numérique ne saurait être réduit à cela).
    C’est très différent de mes autres images  numériques où le plus souvent je crée tout à partir d’un écran blanc et des différents outils à ma disposition. de manière souvent beaucoup plus complexe. Ici je ne  cache pas que le travail numérique à proprement parler est basique .
     Ce sont des oeuvres de passage. Des  oeuvres totalement hybrides entre deux arts qui n’ont guère de lien dans l’esprit des spectateurs éventuels. On peut même dire qu’elles ne s’adressent pas au même public, elles ne provoquent pas du tout les même réactions, les mêmes regards en milieu artistique.
     Hybrides aussi en ce qu’elles relient un art ancestral, un matériau des plus anciens :  le tissu fondé dans sa structure sur le numérique,  et des techniques récentes sinon nouvelles.
    Passage entre le réel et le virtuel qui se voudrait aussi conciliation , et réduction de l’exclusion que je persiste à trouver injuste des ouvrages faits selon les normes de l’artisanat d’art , entre la  « belle ouvrage » et l’absence de manipulation (c’est à dire au fond entre deux reniements des activités que  j’exerce : l’une étant parfois rejetée comme superficielle et purement décorative, et la seconde parce qu’elle céderait à la facilité du  « tout en deux clics .. ».)
    C’est donc une  invitation, aussi, à regarder autrement .A interroger la notion de vrai et de faux, d’artificiel ou de factice. A réfléchir sur le rapport entre le temps mis à un ouvrage, le travail et la « valeur »., sur l’importance de la lenteur de l’élaboration et le plaisir quasi enfantin  de l’immédiateté .
    Travail d’illusionniste où la tricherie est honnête, le trucage avoué. Il ne s’agit pas de  « faire illusion. »

    A l'heure qu'il est et quelque huit ans plus tard le impressions sur tissu n'étant pas satisfaisantes, j'ai donc laissé cette série à l'état virtuel sur écran, comme les autres elle peut être complétée à l'infini.


    .
     

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  • Série Triangulations

     Comme l'index de mes oeuvres et ouvrages  montre mon travail  de façon alphabétique , ce qui en accentue le côté on va dire "éclectique" (il faut bien de temps à autre être indulgent envers soi-même !) , j'ai décidé de présenter ici soit des oeuvres qui peuvent se regrouper par thèmes , soit des séries , soit des regroupements par techniques

     

    Triangulations , c'est une idée qui m'est venue à partir d'images numériques personnelles (il y a donc tout un travail préalable de composition de ladite image qui n'est pas une photographie altérée ) à laquelle j'ai appliqué un effet de triangles (qui se règle lui aussi ! rien n'est automatique, ce n'est pas fait en deux clics.) Et précisément, il me fallait obtenir un équilibre entre la géométrie et le dessin  abstrait au centre de la composition .

     Ensuite certaines images m'ont semblé adaptables en art textile et numérique donc , moyen pour moi d'utiliser des échantillons assez épais puisque j'ai travaillé sur un fond. Le plus grand plaisir c'est toujours de choisir les étoffes pour "dire" .

    Le plus difficile fut d'obtenir une impression corecte et à échelle de l'image numérique, j'ai dû passer par le scanner après impression sur papier et "bidouillé" pas mal pour arriver à un résultat qui me satisfasse.

    J'aimais bien cette alliance entre le côté structuré dépouillé des triangles et celui plus évasif des impressions sur soie du centre et l'ide  de maruer eux arts si éloignés dans l'esprit du public : mon cher patchwork rangé côté couvertures, tradition, ouvrages de dame  et les images numériques (qui restent mal connues), deux arts donc sur lesquels au fond  le public non spécialitse   ne sait pas grand chose côté culture générale partageable .

    Le tout a été placé sous un tulle  fixé par un point machine large et serré, j'ai rajouté parfois des détails en tissu plié ou broderies main pour rendre tel ou tel aspect .

    La série comporte 10  tableaux format  A4 la plupart sont dans les tiroirs ou exposés en salle des machines.

    Petits formats donc mais grand plaisir . Il est évident que  je pourrais en faire des centaines d'autres sur ce principe, exploiter le "filon" mais je suis ainsi faite que je préfère découvrir d'autres voies- il en est tant ! .Quand l'envie disparaît, je m'arrête et je passe à autre chose !

    Voir les tableaux sur la page suivante.

     

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