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oeuvre souterraine- 2 : l'écriture

NB : si ça paraît trop long pour être lu sur écran,et que vous êtes intéressés,   imprimez-le, et sinon ce n'est pas la peine que je fasse plus court :-)

Les débuts

Il est difficile de se rappeler de ses tout premiers textes . Pour moi je suis quasi certaine que pour les poèmes, ce furent ceux que j'écrivais sur des feuilles reliées par un ruban de bolduc , et que je pense avoir jetées récemment , à moins que je ne les ai égarées dans mon "foutoir existentiel" .

Poèmes écrits par amour pour un copain de ma grande soeur à qui j'offrais des violettes, parce qu'il avait dit les aimer.:

 Précisant toutefois "une femme (sic!) ne devrait pas faire ce que j'ai fait / mais pour toi qui les aime(sic) , je veux te les offrir.et puis plus loin :  "je te les ai données alors pour ton sourire."

De fait, le sourire méritait sans doute d'être gardé en mémoire plus que les vers.

N'est pas Rimbaud qui veut ( on comprendra que j'ai jeté ! ).

Mais aussi déjà cet amour des fleurs ( je sais  que c'est banal ) et de la nature qui m'entourait . Un goût déjà pour la synesthésie. De  ce recueil un vers me revient :

 "Je savourais le fruit en respirant la fleur , souvenir d'un jour chaud  où je dégustais une pêche en contemplant une rose d'un rouge foncé du jardin de mon père.

Et puis vers mes dix-sept ans, il y a eu ce poème dont j'ai senti en l'écrivant qu'il n'était pas comme les autres. Je  ne veux pas dire qu'il était meilleur (ce n'est pas à moi d'en juger) mais je sentais qu'il venait d'ailleurs, de  ce que j'appelle mes "sources profondes". Ce qui souvent fait sourire. Pourtant c'est bien ainsi que je ressens ce qu'on pourrait appeler "inspiration".

J’aime

Les balbutiements des aurores enflammées

Le déchirement des firmaments ailés

Le souffle du vent qui alanguit la mer

Le vie qui s ‘agrippe à tout cet univers

Et le pardon déçu et l’amour qui revient

Le ciel trop pur des froides matinées

Le grondant tumulte de l’éclair jaillissant

Le trille de l’oiseau dans le vent parfumé

Le roseau qui se plie sous le lourd ciel plombé

Et l’amour qui surgit au cœur d’un noir sillon

Entre deux fleurs d’or qu’on nomme papillons

Le désir qui monte avec la fumée

Les écailles d’or du velours de minuit.

 

 

 

 Ce n'est pourtant  pas le premier du carnet vert,  ce carnet que j'ai conservé et où j'ai recopié mes poèmes entre 1966 et 1972.

Poeme 2

Le Carnet vert contient trois parties : les Aurores , Lignes Brisées et Les Vies parallèles  qu'on peut lire en entier sur ce lien.

Il  contient aussi un texte plus long intitulé L'anti-Pénélope et qui eut un petit succès dans la revue où je publiais alors. Les autres poèmes sont conservées sur des feuilles volantes, dans un classeur.

 Faisons une parenthèse sur ces premières publications. Mes premiers textes ont paru dans la revue Les Coulisses des comédiens d'Aquitaine sous le  pseudonyme de Lise Alexandre que j'aurais conservé, si je n'avais décidé dans les années 2000 de relier textes et textiles et dans l'art textile j'étais connue, même si ce n'est qu'un peu ... sous mon nom marital que j'ai donc conservé.

Ensuite à la fac dans les années 70, un ami me parla d'une revue intitulée Eurêka, une revue dirigée par  Jean Laplace auteur Des guignes au vitriol (entre autres)   et tirée sur une machine à alcool. Les personnes de mon âge ont sûrement en mémoire les caractères violets un peu empâtés qu'on obtenait par ce moyen et l'odeur !  J'aimais bien  cette revue qui avait l'avantage de publier des "retours" de lecteurs. Je dois dire, je ne faisais pas partie de ce qu'on nomme les  "auteurs -phare" , mais quelques personnes m'appréciaient et me suivaient (un avant goût de Facebook ). D'autres en revanche, déjà, me jugeaient "trop classique" , trop "banale". Reproche qui m'a collé aux basques ma vie durant et contre lequel, pourtant j'ai bâti mon oeuvre, à ma manière, ne m'en laissant imposer ni par les avant-gardes ni par les arrière-gardes et m'attirant d'emblée les critiques des deux.

 

Eureka 1

 

A cette époque aussi , je fus membre de ce qu'on appelait la BOND la bibliothèque des auteurs  non édités où on pouvait déposer ses manuscrits (elle était sise à Nantes ).

Il faut expliquer que la mode était alors en littérature, à tout autre chose on déconstruisait le langage à la dynamite, on explorait, on jargonnait aussi pas mal, et si ce travail dit d'avant -garde m'intéressait ntellectuellement, ce n'était pas ma manière, à moi. Il  à noter que je me suis heurtée au même problème quelques décennies plus tard, en art textile tant les novateurs aiment hélas dévaloriser et exclure tout ce qui ne se laisse pas imposer de nouvelles lois esthétiques. .Et comme les très conservateurs, eux, écrivaient  souvent en versification classique des poésies de circonstance, je n'avais une fois de plus ma place nulle part. Sauf celle que je me faisais, à l'écart. Mes petites mélodies douces n'intéressaient personne ou très peu de monde, on n'y voyait que du sentimental féminin rebattu. C'est possible que cela en fût. Mais  comme toujours je suivais mes voix-voies. Je n'écris pas pour plaire ni pour suivre des mouvements littéraires. J'écris pour exprimer ce qui chante en moi, de cette façon-là .

 J'ajoute que je n'ai à cette époque jamais proposé mes textes à un éditeur, mais  j'ai  participé, vers mes vingt ans ,  à un prix de poésie dont le but essentiel était l'arnaque au compte d'auteur abusif  : il y avait un lauréat, mais tous les autres recevaient la lettre disant qu'on avait remarqué la qualité de leur style  et on leur proposait de les publier moyennant finances et sans diffusion réelle. Il est à noter que si jeune que je fusse, j'étais peu encline à la vanité d'auteur ( du moins pas celle-là ! )  et cela m'épargna bien des déboires.

 Et puis en 1974 le départ dans le Nord, le métier - qui était dur, en banlieue de Denain - l'amour, le mariage. J'ai écrit un dernier recueil Décadences en 1975-76 . J'avais dans mon collège alors quelques relations avec une ou deux collègues qui écrivaient aussi, nous échangions beaucoup.

 J'avais écrit aussi pas mal de dialogues de théâtre il faut dire pendant toute une période de ma vie, poésie et théâtre m'intéressaient beaucoup plus que ce qu'on nomme roman. Donc j'avais écrit un certain nombre de dialogues (dont cet anti Pénélope évoqué ci-dessus  ) et un autre texte  intitulé  Monologue à deux voix  qui est sans doute un de ceux que j'ai eu raison de conserver. Le reste est parti à la poubelle . A cette époque j'ai suivi un cours de théâtre à l'université et par l'inntermédiaire d'une amie, vu travailler à Bordeaux une troupe d'avant-garde. Je  vis aussi à cette époque, l'Electre de Sophocle jouée par le théâtre de la Mama (troupe new yorkaise). J'en ai toujours un très mauvais enregistrement quelque part, je ne sais s'il est audible encore. Je rédigeais un mémoire (quasi une thèse me dirent mes professeurs d'alors!)  sur les personnages de vieillards dans l'oeuvre du dramaturge.

C'est à cette époque que j'ai rédigé Oléis le premier texte des Mythologies intérieures sous forme de dialogue, une de mes collègues et lectrice m'a conseillé d'en faire un récit . Il en fut de même pour ce texte intitulé Dymion qui a été classé ensuite à part. Oléis peut se lire comme un manifeste féministe mais aussi humaniste . L'humain pour moi prime le sexe ou le genre et je conduis en humaine avant de penser que je suis une femme. C'est parce que je  ne crois pas qu'on puisse avancer sur des fossés qu'on creuse entre sexes, des guéguerres , une agressivité permanente. Cela dit on sait combien je me bats pour que les activités attribuées -à tort- aux femmes et où elles excellent soient vues d'un autre oeil plutôt que d'imiter les hommes et souvent dans leur idée de la force (d'où une revalorisation de ce que je nomme "la force" des femmes : fermeté, douceur, endurance et dont les hommes estimables ne sont pas exempts! ). Tout est déjà dans ce premier texte. Dymion lui a été écrit d'abord en réaction à mon voyage dans la Grèce des colonels en 1971 .

Mais ce n'est que bien plus tard au début des années 2000 que je reprendrai tout cela.

 (à suivre, si on le veut bien  )

 

 

Le cahier débrouillé

 Parution : Le Cahier débrouillé- poésies

 

 

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Le dernier recueil avant le suivant .

Si vous voulez vous le procurer m'écrire sur chiffondart@aol.com.

Un extrait :

 

Je ferme tous les soirs les paupières de la nuit

là-bas un coeur bat

est-ce celui du monde ?

un oreiller est mon amant

je m'endors le serrant,

lui contant

 toutes ces choses étranges et folles

qu’aucun papier jamais

n’acceptera d’inscrire

juste les étoffes de vie

leurs rails croisés

sans aiguillage

je fais l'amour

avec mes draps

usés

leur trahison

sera  ma déchirure.

 

 

On peut lire aussi  cette chronique

OEUVRE SOUTERRAINE

 texte -1  avant propos

J'appelle oeuvre cet ensemble d'ouvages, d'écrits, d'images dont je suis la conceptrice et la réalisatrice.

Je dirai bien : la créatrice si ce mot ne servait à tout , créer étant devenu une sorte de synonyme de "faire" .

L'instigatrice de mystères qui souvent me dépassent . (cf Cocteau)

Je sais que le mot oeuvre s'agissant d'une personne qui n'expose pas-   et  publie soit chez les petits éditeurs  (petits par la taille de l'entreprise s'entend) ou en auto-édition volontaire, peut amener à sourire ironiquement.

Je le précise : je n'ai pas fait grand chose pour ma promotion estimant que je ne suis pas une commerciale -il n'y a pas de honte à l'être , mais ce n'est pas ma tasse de thé.. Je comprends les artistes et les écrivains qui sont obligés de se battre,  qui veulent "vivre de leur art". J'ai parfois des discussions tendues  avec eux à ce sujet, parce que si je comprends leur point de vue, je n 'aime pas trop qu'ils me considèrent comme une nantie qui a les moyens de ne pas vendre.  Ces moyens je les ai gagnés par mon travail et ils ont été payés d'une longue attente pour pouvoir consacrer quelques années de ma vie à mes créations.Je n'ai pas hérité d'une rente, pour ce faire.  C'est, d'autre part,  toute une conception de la chose créée qui, en moi, est différente, et j'aimerais donc qu'on la comprenne et la respecte. Je l'ai souvent écrit mais je le redirai tant qu'on ne l'entendra pas : mes ambitions sont autres.

Je ne cherche pas à "gagner" quoi que ce soit ni argent , ni célébrité,   (qui au vu du  nombre de gens qui créent et écrivent aussi bien sinon mieux que moi serait un gaspillage de temps et d'énergie que je refuse absolument ). J'ai une atrophie de ces vanités-là qui font courir le monde , me dit-on, et je n'y ai aucun mérite : c'est mon tempérament .

Je n'attends rien d'autre de ce que je fais que de voir réalisées quelques-unes de ce que j'appelle mes "envidées" -envie plus idée. C'est la première  finalité de cette somme de textes, de textiles et d'ouvrages que j'accumule, jour après jour. La deuxième est dans l'espoir qu'une oeuve suscitera un plaisir, une réflexion et la troisième  un échange entre moi et les autres personnes. Les trois ensemble : c'est le paradis !

J'ai écrit ailleurs qu'une oeuvre pouvait être étendue par le nombre de travaux réalisés et sans importance. Rester "médiocre" voire "insignifiante" selon les critères de valeur et de réussite donnés d'une époque et d'un milieu.  Et je sais bien qu'aux yeux de l'opinion comme on dit, cette oeuvre n'a aucune existence , puisqu'on lit ce qui est déjà connu, cautionné, célèbre. Ce droit à l'existence des oeuvres juste conçues pour l'amour de l'art  n'existe pas. Il est hors jeu social.

Ic je montre le plus souent du textile et je défends l'art textile tel que je le conçois et pratique, parce qu'il me semble que c'est lui le "parent pauvre". Cela ne veut pas dire que le reste ne compte pas pour moi juste que c e qui est déjà défendu et connu , promu , ce n'est pas la peine que je le fasse.

Une oeuvre tri -céphale donc : de l'écriture, des textiles et des images  numériques. Et j'aimerais, vu que le temps de ma vie diminue comme peau de chagrin  , vous montrer ce que dans sa totalité cela donne -matériellement s'entend-
J'appelle cela, parce que j'aime rire de moi mes "éditions de la poilade", qui concourt pour le prix No-belle ...( à chacun selon ses moyens !)

(à suivre)

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Sur la vogue des Modern quilts

Modernité ou mode ?

NB Article publié dans ma rubrique Opinions il y a plusieurs années. Je rappelle qu'une fois de plus je n’ai pas attendu que la mode se répande pour informer (et m’informer !)

de la soi disant "modernité " du minimalisme et d'autres notions....

On le sait, les grands arts ont leurs grands mouvements et l'art du quilt  qui en est si peu un, lui, a ses périodes,  ses vogues.

A chacun selon ses moyens surtout quand tout le monde s'en accommode.

Depuis une bonne trentaine d’années, cependant, on voit de pathétiques tentatives de se raccrocher  à tel ou tel style, lui-même rattaché à un  mouvement d'art,  étant établi que l'assemblage d'étoffes,ne saurait , à lui tout seul, aucunement en être (qu'on ne discute jamais cela déjà et qu'on l'admette depuis trente ans que je couds comme d'autres peignent gravent ou dessinent ne cesse de me surprendre.) Je note aussi que c'est plus pour faire valoir telle ou telle individualité  ou vendre   une kyrielle de livres pratiques voire de stages   où on vous explique comment faire "dans ce style" qu'au bénéfice de notre art dans son ensemble.       

Au reste pour qu'il y ait vraiment art, il faudrait moins de "suiveuses" en extase  à l'affût devant ce qu'on nomme tour à tour innovation, contemporain ou modernité et un peu plus de personnes qui sans négliger bien sûr forcément tous ces courants, travaillent un peu plus près d'elles-mêmes, de leur propre richesse intérieure : de leur imagination, et même de leur propre sens des étoffes , des formes ...S'il est nécessaire et bénéfique de  se tenir informé, il n'est pas essentiel de suivre à la lettre toutes ces vogues successives, pour obtenir au mieux des "à la façon de" qui sont certes de beaux ouvrages mais où la personnalité derrière n'apparaît guère (tout finit par se ressembler ...), ce n'est pas le style de la personne qu'on reconnaît  par son choix d'étoffes ou de formes mais le mouvement qu'il y a derrière ...et parfois le livre et parfois le modèle .

Actuellement par exemple,  on nous rebat les oreilles avec les Modern quilts qui ne sont d'ailleurs pas à confondre eux-mêmes -même avec toutes les "innovations" .

Je rappelle que l'art moderne qui précède l'art contemporain se termine selon les historiens de l'art dans les années 1960 (pour d'autres la jonction est la fin de la deuxième guerre mondiale) . L'histoire moderne elle -qui le sait ? - commencerait en 1492 ..donc quand on dit moderne il faudrait savoir de quoi on parle dans quelle discipline on se situe et surtout ne pas oublier le contexte. Modern quilt c'est evidemment         quelque chose qui nous vient des USA et qui selon ce site qui semble en revendiquer la paternité se définit ainsi

 

"Modern quilts are primarily functional and inspired by modern design. Modern quilters work in different styles and define modern quilting in different ways, but several characteristics often appear which may help identify a modern quilt. These include, but are not limited to: the use of bold colors and prints, high contrast and graphic areas of solid color, improvisational piecing, minimalism, expansive negative space, and alternate grid work. "Modern traditionalism" or the updating of classic quilt designs is also often seen in modern quilting."

Le mot minimalisme étant lâché il convient de faire une mise au point sur ce terme un peu mis à toutes les sauces.

Au départ le minmalisme ou art minimal c'est un courant d'art né dans les années 60 (dnc quand la modernité se terminait !) et si on veut une vue un peu plus approfondie que ce qui en est dit sur Wikipedia on peut lire ceci :

 

Lien vers l'article minimalisme du centre Georges Pompidou

Je me permets de faire remarquer déjà que c'est infiniment plus complexe que de coudre ensemble quatre rectangles de tissu unis de couleurs vive de façon asymétrique ..en improvisant le piéçage" car en gros c'est bien  cela qui est prôné dans la phrase en anglais .

D'autre part il faut savoir aussi que comme tout mot celui-ci a ses acceptions diverses ( vous constaterez avec l'article précédent que déjà tous les artistes qui le pratiquaient n'en avaient pas la même conception) c'est aussi et surtout aux USA, friands de ce type de "morale" ou de "philosophie" -je mets entre guillemets parce que souvent , c'est à mon avis quelque peu "simpliste" eu égard  la complexité de l'être humain et de ses relations avec les autres et le monde.

Si on tape minalmisme way of life on tombe sur des sites avec ces morales à vivre que notre époque affectionne.

Ensuite on peut méditer  ...

Se demander si tout ce qui nous vient des Usa en matière de quilts (ou de manière de vivre) est parole d'Evangile à suivre le petit doigt sur la couture ..du bloc ? ou de l'absence de... parce que s'en dégager, tout en respectant l'apport considérable des USA en la matière , ce serait une vraie liberté. Je souris toujours quand dans les commentaires sur d'autres blogs je vois tant de personnes revendiquer une liberté "artistique" qui consiste tout juste à choisir la vogue  dont elles vont s'inspirer,  ou la recette ...être libre  parce que sur le livre qu'on démarque et auquel on  est accrochée comme à une bouée de sauvetage , c'est marqué "liberated quelque chose" ...Je veux bien.

Qui nous délivrera des pseudo-libérations ?

La vraie liberté de création , comporte un peu plus de risques  et d’initiative personnelle. Mais passons.


Se demander si la culture textile c'est comme je le vois souvent des sortes de revues de presse avec commentaires des derniers livres sortis de nos consoeurs américaines et le plus souvent avec impasse sur l'histoire du quilt dans ce pays et ailleurs et impasse également sur l'histoire de l'art tout court  ce qui ne cesse de m'étonner s'agissant de personnes  dont la culture textile est célébrée à longueur de blogs. Il n'y a pas de culture sans recul, esprit critique, désir d'en savoir plus, de comparer, ce n'est aucunement une accumulation de connaissances sur les livres en vogue , cela d'ailleurs les revues de patchwork le font très bien. Ne pas oublier non plus que surtout aux USA où le patchwork est un business non négligeable le but est de vendre : les livres,  les tissus qui vont avec, la mode en question  et/ou les gadgets eventuels qui permettent d'obtenir tel ou tel aspect, avec toujours deux promesses: avec ça vous serez artiste (à bon compte" avec ça ce sera facile et toujours vite fait (time is money!) . Ne pas oublier non plus l'influence des courants New age : avant le minimalisme nous avons eu droit à des articles sur la création dans lesquels le mot "holistique" revenait en leit-motiv.

  

Pour en revenir à nos moutons, on pourrait comparer aux Modern quilts , par exemple pas mal de whole quilts ou de quilts unis -certains datent de la fin du XVIII siècle ... et si on enlève l'asymétrie et le pieçage improvisé ... les couleurs vives y sont déjà , et ce dépouillement, la complexité étant donnée par les dessins du matelassage
 Le mot patchwork implique lui un assemblage d'éléments. L’histoire du patchwork regorge de surfaces avec de grands morceaux unis..de couleurs vives :  on a l'exemple des quilts gallois ou plus tard Amish, les quilts en bandes bicolores  ...Je ressens pour ma part ces oeuvres-là bien plus proches du minimalisme tel que l'art l'a défini. Et je soulignerai, une fois de plus que des femmes anonymes ont créé bien avant les mouvements d'art des formes qui pourraient s'y rattacher !

 Il ne s'agit pas d'inciter à les reproduire mais de montrer qu'on se hausse souvent du coude avec de grands  mots sans aller un peu voir derrière ce qu'on peut y trouver et rapporter toujours à l'histoire du quilt , aussi . Nous sommes toujours dans cette perspective de la géométrie qui serait noble si on lui colle un nom de mouvement d'art ou un -isme au bout     et qui resterait artisanale  pour le reste. C'est totalement absurde , mais si personne ne le voit ou ne s'en émeut ...

Exercer l'assemblage de tissus de cette façon ne m'intéresse que très peu. Pour moi j'ai une matière : le tissu, qui est si variée et si riche d'inspiration en elle-même que ces mouvements et ces livres -ceux que je continue à lire . Les oeuvres ou ouvrages des autres sont pour moi des référents, pas des modèles et s'il arrive que je m'en inspire c'est en l'incluant dans un parcours qui m'est propre. C'est beaucoup plus infini, passionnant. Mais je n'espère plus en persuader grand monde.

 

 

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Le feu sacr jacqueline fischer art textilejpg

 

 
 
 

De la géométrie en art textile- 2

Régulier-irrégulier

 

Il semble bien que si on s'en tient sinon au textile du moins aux matières souples servant à fabriquer vêtements, tentures sacs et objets, quand on use  d'assemblages de formes venues de sources diverses-  on ait eu le choix entre mettre ensemble les pièces récupérées telles quelles ou  de les retailler pour  composer avec les chutes des géométries régulières (celles-ci présentant souvent l'avantage d'offrir des coutures droites en principe plus faciles à ajuster ), même si les motifs avec courbes régulières, bien entendu existent aussi.

On peut aussi évidemment retailler ces morceaux dans toute autre forme souhaitée : figurative, stylisée, mais en ce cas on a  plutôt tendance à les appliquer sur un fond  surtout quand la forme devient complexe et la technique dite d'appliqué est considérée souvent  comme une forme de broderie plus que de couture (il n'y a pas à proprement parler "assemblage", ou plus exactement la jonction se fait par superposition.

On distingue donc  dans les oeuvres en patchwork qu'elles soient anciennes ou contemporaines diverses approches de la géométrie selon  ses formes et la disposition de celles-ci.

La géométrie irrégulière  préservant la forme des étoffes telles quelles c'est le royaume du crazy quilt. On le fait remonter à la fin du XIX° siècle, et précisément  la centennial exposition  à Philadelphie en 1876  où des vases japonais craquelés auraient donné l'idée de type de quilts. Mais je crois qu'on confond la mode du crazy  victorien, très orné, qui s'est développée à ce moment-là et la naissance de l'art de la "chute folle"; on trouve bien avant des assemblages de pièces irrégulières  ne serait-ce que par souci d'économie.(et ce dans pas mal de cultures différentes). Il existe dans le livre Le patchwork ou la désobéissance de Claude Fauque la photo d'un caraco en formes irrégulières datant du XVIII° siècle (et français!) .

On voit aussi dans le livre Abstract design in American quilts  déjà cité ce crazy très dépouillé qui n'a rien de victorien , mais qui est un crazy quilt au sens de formes irrégulières emboîtées et rebrodées sur les coutures.

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La plupart des spécialistes des quilts assimilent cependant crazy et étoffes très brodées, même si nombre d'oeuvres, même en tissus précieux sont juste ornées sur les coutures, et souvent en morceaux  réguliers. Les  caractèristiques  précieux/ brodé l'ayant emporté sur celle de morceaux irréguliers utilisés tels quels .

.On peut voir des crazys quilts à l'ancienne sur nombre de sites en tapant antique crazy quilts dans un moteur de recherche.

Ces formes irrégulières sont elles-mêmes souvent incluses dans des formes régulières : carrés; losanges , bandes verticales, comme je l'ai fait dans l' Arlequin fou :

 

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Mais , il arrive aussi que la surface de fond  sur laquelle les tissus sont posés au lieu d'être constituée de morceaux recousus ensuite, soit  d'un seul tenant, ce qui n'empêche  pas d'y intégrer  des formes régulières :  ici les "roues" symbolisant les hasards du mariage .

 

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.Crazy quilt rébus ou l'heureux mariage

 

Aux formes irrégulières des crazys peuvent s'ajouter celles des quilts Afro-américains des  Gee's Bend nés au XX iècle et qui sont devenus célèbres pour leur fantaisié de formes , l'équilibre des compositions et la sobriété des tissus utilisés (en tissus unis)  En revanche pas ou peu de matelassage . On peut en voir sur ce lien .

 

- Des formes régulières diverses travaillés en ensemble   comme dans les quilts dits dahlias, les grandes étoiles notamment qui sont des "classiques" de ce type de disposition .

L'étoile des quatre saisons réinterprétation d'un quilt de Mary-Evangeline Dillon . Ces étoiles sont presque le stereootype du quilt américain et souvent dans les livres sur art et étoffes c'est  eux que l'on voit ...comme si l'art du quilt s'y réduisait, lui qui est si varié !

 

 

Et4s 4

 

La géométrie en formes identiques répétées  :  carrés, triangles, hexagones ou toute autre forme pouvant s'emboîter par tessellation.  On lit parfois que de telles surfaces seraient plus "simplistes" que les élaborations savantes à partir de géométries plus complexes , mais ce n'est pas mon avis d'autant qu'on peut par travail de pixellisation notamment reconstruire avec ces tesselles des tableaux personnels  (pas seulement des copies de photographies ) ).Les charm -quilts ces quilts comportant 999 morceaux (parfois davantage) identiques par la forme, mais tous différents par les étoffes font partie de cette catégorie.

Dans ce quilt Jaillissements  j'ai utilisé les tesselles carrées pour reconstituer une de mes créations numériques :

 

 

Jailesements redjpg

Mais j'aime aussi à en bâtir des surfaces plus classiques témoin ce Petite fleur fait pour illustrer par saturation -un peu ironique et distanciée par rapport au thème- les tissus à fleufleurs :(c'est aussi un charm-quilt aucun tissu semblable à un autre)

Petites fleur detail

 

 

 La géométrie dite en blocs ces carrés répertoriés par les quilteuses américaines, mais qui existaient déjà en Europe avant la naissance des Etats-Unis , comme on semble trop souvent l'oublier et notamment en Europe du Nord (La Suède entre autres a un bel "héritage"et bien évidemment le Royaume-uni ) .Et même hors d'Europe comme le souligne le début de cet article .

C'est une de mes approches favorites,  j'ai expliqué maintes fois pourquoi  : il existe des milliers de blocs et pour chacun une infinité de possibilités  de  création personnelle en étoffes en adéquation avec la géométrie choisie (à noter que tous ces carrés ne sont pas remplis de formes géométriques , mais une bonne partie) .

On peut faire avec eux absolument tout ce que l'imagination propose et on ne voit vraiment pas pourquoi ils ont été , à une  certaine époque, assimilés à un patchwork "planplan", pépère et sans imagination. On peut bâtir sur une simple juxtaposition comme ce Melting pot :

 

 

Melting pot 3Ou bien encore en déformant les blocs au point qu'il est difficile de les reconnaître comme  dans le Feu sacré :

Le feu sacr jacqueline fischer art textilejpg

Des recueils de blocs ont été constitués très tôt comme aide mémoire et propagation d'un art. Et comme en point compté ou broderies; les quilteuses ont fait parfois des "samplers" ces échantillonnages  de blocs tous diffférents et j'ai obéi à cette coutume en voulant tester les blocs les plus difficiles du logiciel Block base (déjà cité )  Le sampler délicat  :

sampler-delicat-1-reduite.jpg

Evidemment on ne peut oublier les compositions des Mnemonites et des Amish célèbres pour l'utilsation des étoffes unies , les formes simples et l'audace de leurs coloris ainsi que souvent un matelassage très sophistiqué. A noter que les quilts Gallois antérieurs dans le temps présentent des ressemblances . Pour ma part je n'en ai pas réalisé, les tissus unis et le matelassage n'étant pas mes modes d'expression en tissu préférés et mon but n'est pas de suivre, ni de reproduire ce qui existe déjà . Ce qui ne m'empêche pas de les admirer chez les autres. On peut voir des quilts anciens Amish sur ce site

Les quilts  dits en médaillons construits autout d'un bloc central auquel on rajoute des rangées sur chaque côté  qui serait une spéciialité britannique . Le quilt Home sweet Home s'apparente un peu à ceux-là  :

 

Home

 

 

 

Les géométries jugées plus contemporaines ont souvent préféré les bandes décalées , les carrés un peu de guingois, et les livres d'art quilts regorgent d'ouvrages de la sorte .On peu aussi s'amuser à ce petit jeu (que j'ai fait) taper  geometric art quilt, puis comparer avec les oeuvre de Klee , Kandinski, Rothko, sans oublier Vasarely et Mondrian pour voir que là l'inspiration se veut "noble" et côté Beaux-arts.

On peut compter comme "contemporain " tout ce qui s'éloignerait des formes précdentes jugées elles traditionnelles, mais à dire vrai et je l'ai souvent montré le clivage entre le deux est souvent  très discutable. 

La  vague des modern quilts privilégie les grandes surfaces unies avec un matelassage très élaboré (le plus souvent sur machine long arm  ) je renvoie sur ce lien où je les ai déjà présentés .

Mon quilt Eclats de Soie s'en rapproche  :  je ne refuse pas une tendance" quand j'ai quelque chose à dire avec elle :-) non plus , il ne s'agit pas de refuser ou nier  les influences, mais de sélectionner en chaque genre ce qui convient à propre expression  :

 

10391388 10202551594257567 8900498651140083116 n

 

 Et en conclusion rappelez-vous ces oeuvres qu'on les aime ou pas sont des surfaces abstraites, exprimant des visions géométriques de l'espace mais en   tissus parce que  le tissu a pour moi des caractéristiques que la peinture ne me donnerait pas -son toucher ses reflets, ses imprimés, son histoire . Pas  seulment de jolies couvertures. Merci de le comprendre.

De la géométrie en art textile

De la géométrie en art textile -1

 

Introduction

Dans mon livre Jeux d'étoffes, impressions, expressions  je pose déjà la question du regard sur la géométrie, surtout régulière, répétive et symétrique, dans les surfaces textiles. 

Et évidemment plus précisément en assemblage d'étoffes. J'ai toujours contesté la notion selon laquelle il y aurait des géométries "traditionnelles" et d'autres "contemporaines" voire aujourd'hui "modernes" avec la vogue des modern quilts. J'ai contesté surtout le fait que l'emploi de certaines formes comme le labyrinthe vous donnait l'aura de la véritable artiste puisque ce labyrinthe était classé  "contemporain" dans les années 90, notamment, , on ne sait pourquoi (à croire que Dédale était un perdreau de ces années-là !) mais une étoile par exemple, c 'était traditionnel et donc "artisanal" pas le moins du monde artistique, du moins côté "grand art" . Je me bats contre ce genre d'absurdité depuis des décennies.

Autre question qui m'a taraudée :pourquoi donc les abstractions des quilts, antérieures et très largement aux peintures abstraites géométriques, sont-elles reléguées côté "arts appliqués-décoratifs" juste là pour faire joli,et/ou réchauffer ....  mais que lorsqu'un grand art s'en  empare -des siècles après, là ça devient génial ...intéressant . J'ai obtenu des éléments de réponses mais aucune ne m'a satisfaite (et notamment le fait que le dames qui cousaient n'auraient pas  eu de "démarche", que donc ce n'était ni classable dans un "mouvement" , ni analysable avec les méthodes de critique d'art habituelle. Cela ne tient pas car beaucoup d'artistes du passé n'ont été inclus dans écoles, mouvements et influences diverses qu'après coup, et non de leur vivant. L'art et l'artisanat ont même souvent coïncidé !  Evidemment si on met d'office  hors champ de la culture générale et qu'ensuite on constate que ça n'est pas vraiment de l'art  parce que "ça se saurait" , depuis le temps ... on ne laisse guère de chance à ces surfaces d'être regardées autrement que comme de "jolies couvertures" .Comment cela pourrait-il "se savoir" si on ignore tout ou presque de qu'on relègue ?

 J'aimerais donc  ici inviter à aller y voir de plus près . Notre art est mal connu  même de celles qui le pratiquent et même d'un bon nombre qui se disent "expertes" . Moi-même je sais que je ne sais pas tout, très loin de là, car le savoir en cette matière est dispersé, lacunaire, difficile à étayer sur des études complètes .Le plus souvent les livres sont pratiques.... et je me sens deux tâches : l'illustrer par autant d'oeuvres que je puis en  créer, et partager ce  que j'ai appris sur lui au fil des années . Et si possible, aussi,  en dehors des "cercles" patchwork-art textile . Si une géométrie peinte atteint à l'universel , une cousue le pourrait bien aussi, si on l'y autorise. Plus exactement si on fait effort de s'informer ...et de regarder comme une surface comportant des formes et des couleurs choisies  par décision de la personne qui l'a conçue et cousue (et qui hélas ne coÏncident pas toujours, problème crucial) .

Un peu d'histoire .... et de géographie.

On ne peut évidemment pas dans un article à lire sur écran être exhaustif sur ce vaste sujet , je renvoie en cours d'article à des liens et pur les sources aux livres dont j'ai déjà rédigé la recension sur ce blog (notamment Quilts around the world de Spike Gillespie)               o

 

En Europe une des premières oeuvres textiles géométriques connues est un ouvrage anglais daté de 1718 et appelé "The Coverlet" . On peut ne pas apprécier ce genre de composition mais force est de reconnaître que c'est un usage de formes abstraites à des fins esthétiques , et que c'est en tissus .... et même à décomposer en ce qu'on nomme "blocs" c'est à à dire carrés subdivisés eux-mêmes en formes ou décorés d'un motif .  On peut la voir sur ce site ...

 

Plus tôt encore dans le temps et ailleurs  les quilts retrouvés  dans les  grottes des mille Bouddhas sur la Route de la soie à partir des  années 1900 . Entre autre nombrex objets d'art, on a mis au jour des   pièces en patchwork géométrique montés  de façon analogue à nos méthodes de couture main et avec des formes ressemblantes, datant probablement du VIII° siècle de notre ère,qui sont décrits comme étant composés de triangles et de rectangles et qui seraient conservés , en partie au British museum.

A méditer par celles qui affirment que le patchwork géométrique serait "américain" exclusivement .

Au Pakistan et à l'ouest de l'Inde on trouve la tradition des "ralli quilts" dont certains historiens pensent qu'ils remonteraient à 4000 avant Jésus-Christ  au vu de leur représentations sur poteries ou autres témoins de  ce passé très lointain.

Liens vers une présentation des ralli quilts

Et puis en France le collectionneur Michel Perrier a rassemblé des quilts. Beaucoup datent du XIX siècle , et ces géométries n'ont rien  envier aux à celles développées  aux USA et au Royaume Uni, même si on souligne que les techniques d'assemblage et l'esthétique en est sensiblement différente . Plus de la moitié de ces quilts  est fondée sur des géométries régulières, signe que dans notre pays ces types   d'assemblages ont dû exister et déjà auparavant (seulement comme je l'ai maintes fois souligné jugés indignes sans doute d'être conservés les plus anciens ont été probablement perdus  ou détruits ) .On voit affirmer  que la France n'a pas une culture du patchwork,  ce qui n'est pas faux, mais c'est surtout conservation, transmission et étude de ces oeuvres en tant qu'objets d'art abstrait (et non pas seulement populaire) qui fait défaut. La pratique elle existait bien ! La preuve! (cf l'article sur le livre Mosaïques d'étoffes)

 

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A noter que le Sud de la France  connu surtout pour le boutis et le piqué marseillais ,  recèle quelques trésors d'assemblage notamment des hexagones et  également, en Corse les centupezzi   que la quiteuse Anne Marie Voigt Vincentiguerra a fait connaître.

Et le souhait aussi que tout ce qui se crée à notre époque dans ces "genres" nullement obsolètes, soit répertorié,indexé,  conservé et étudié et non finir en chiffons .

 

 Si pour les géométries repertoriées et inventées par les américaines, il existe bien sûr une pléthore de livres; essentiellement pratiques  . L'encyclopédie de  Barbara Brackman, sur laquelle repose le logicie  Block base (dont je ne cache pas qu'il est une de mes sources d'inspiration ) est une des plus complètes . A noter que bien, sûr , beaucoup de ces dessins existaient depuis la nuit des temps il suffit de consulter un livre de motifs pour s'en convaincre. Mais les noms choisis  qui font allusion à la vie quotidienne ou à l'actualité politique ont contribué à insérer ces motifs dans une culture. Chose qui en France, ne s'est jamais produite pour la raison simple que notre beau pays aime bien dévaloriser les uns pour élever des podiums  aux autres et que la scission Beaux arts / arts appliqués sévit toujours qui interdit aux seconds d'avoir droit à des études comme étant nés d'une imagination, d'une démarche cohérente venue d'un individu "artiste".

  Ainsi Le collectionneur Jonathan Holstein venant en France exposer ses "Abstract designs in American quilts" ,dans sa relation de l'aventure, souligne qu'il n'a eu droit qu'aux musée des Arts décoratifs (l'effet ghetto !) alors qu'aux USA il avait réussi à convaincre le "curator" du Whitney Museum de la valeur esthétique et expressive de ces oeuvres. Outre le livre sur le sujet dont j'ai fait un compte rendu lisible sur  ce blog, on peut avoir sur ce lien une idée de ce que fut cette exposition, capitale dans l'histoire ce la reconnaissance de notre art.

Reconnaissance qui malheureusement est restée pour diverses raisons très limitée  dans le temps et  ce que je nomme "la corporation". Hors des milieux spécialisés, personne n'en sait rien.  A  art dit  mineur pour ne pas dire minable, pas d'histoire universellement partagée ! Juste des essais de percée non transformés !

J'ajoute avec fermeté qu'en France il y a eu malheureusement fin 90 et début des années 2000 cette scission entre les géométries "nobles" et les autres . Donc relégation des secondes au profit des premières. Bref , il fallait faire des surrfaces qui ressemblaient   à ce qu'on voit dans les vrais arts et surtout pas que ça ait l'air "trop patchwork", comme on m'a dit mille fois cgez les artistes se voulant novatrices (rien de tel que de ringardiser un courant ou un genre pour s'affirmer original ! )  ..  Et aux USA, même si c'est plus ouvert , certains historiens du quilt soulignent cette scission (tout le monde l'admet sans la mettre en  cause dans les milieux patchwork et art textile )  .D'où le terme art quilt , apparu dans les années 90, s'opposant au soi disant traditionnel qui lui donc ne serait pas de l'art côté Beaux-arts.  Et je montrerai par l'analyse d'un livre, à la fin de cette étude,  combien cette scission est contestable et peu rigoureuse .Mais pour le moment penchons nous sur les différentes formes de géométries utilisées dans quilts et patchworks.

 

 

(à suivre)

A propos du temps....

  Temps, patience etc. en art textile

Souvent les questions qu'on me pose tournent autour du temps qu'il faut, du temps que "ça prend" pour créer  tel ou objet ou surface textile. On entend souvent uniquement le temps matériel de "fabrication"qui semble voiler tout le reste, et aussi et surtout la "patience" qu'il faudrait pour obtenir de telles surfaces. Certes il y faut du temps et de la patience, mais j'aimerais tellement qu'un jour on l'oublie !

  Imaginez par exemple la surface ci-dessous, avec le même nombre et formes de pièces, la même technique d'assemblage, mais sans recherche personnelle sur les étoffes et leur placement en composition dans ladite surface. Sans la variété des motifs sur le même thème (les fleufleurs si décriées comme non contemporaines et que j'ai voulu, moi, sortir de leur prétendue niaiserie) Le travail de patience serait le même, le résultat certes pas ! A ce stade je suis consciente que seuls les artistes mosaïstes en étoffes sont obligés  d'en faire la démonstration, et de plus, avec le sentiment un peu doux-amer de le faire en vain et de devoir toujours se justifier ! 

 

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Petite fleur- détail matelassage Simone Struss

Comme  n'importe quel autre art,  : le temps de réalisation n'est pas le temps de création, pour un raison simple : la création commence bien avant..... par exemple dans le temps passé à collectionner les étoffes, trouver celles qui inspirent, recueillir les autres, rêver à ce qu'on pourrait  créer avec   ces trouvailles diverses, le temps passé à observer  à la fois les étoffes, les oeuvres des autres, le monde en soi autour de soi, prendre des notes, faire des ébauches, ou des plans plus structurés, à laisser infuser en soi toutes les sensations, impressions, envies. Parfois une idée jaillit plus impérieuse que les autres, elle s'impose ...on se met en route. Du temps s'est déjà écoulé.

 

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 un des carnets de travail sur les motifs des étoffes

Ce temps d'élaboration, de gestation est pour moi essentiel. C'est lui qui distingue mes ouvrages et oeuvres d'autres où il est "zappé" puisque on se sert d'un modèle , qu'on "suit" -- voire d'un kit et que le temps n'est plus alors que d'exécution et reproduction.  C'est lui qui me donne le droit de me dire conceptrice de la surface que je montre- je  voudrais dire "créatrice", mais  ce mot étant mis à toutes les sauces a fini par se vider de son sens -  et d'en reconnaître la "maternité". Et les sources, quand elles sont évidentes. J'accepte mal qu'on mette sur le même plan ce qui a nécessité ce temps de travail personnel et ce qui utilise celui des autres, pour obtenir un objet semblable ou ressemblant.

LIre à cet égard si on veut cet article.

 

Ce temps-là est  donc zappé dans le regard quand on ne loue dans une surface que le soin avec lequel  elle a été assemblée et "tout le temps que ça a dû prendre". Vous diriez la même chose à une dame qui vous montre le modèle réalisé grâce à une revue, voire un kit. Vous ne voyez pas, alors, ce qui pour moi, comme pour tout artiste-concepteur est l'essentiel. Je sais bien que c'est une forme de reconnaissance, de la gentillesse, souvent. Mais quelque part, ça irrite, ça brûle.

J'ai rencontré fort heureusement dans ma vie des personnes qui regardaient vraiment, me parlaient couleurs, motifs  composition ... symbolisme, lectures différentes de ma surface -c'est donc que c'est possible -et pas que sur les miennes et oui, oui même sur un quilt en blocs géométriques, car dans mes quilts de la sorte il n'y a pas que la structure "classique" à voir - et la façon dont ça tient ensemble, du moins, je l'espère et même je le sens, je le crois puisque d'autres l'ont perçu . Je vous assure : cela fait un bien fou...

 Ce temps, du reste est fragmenté, tout autant que les ouvrages d'assemblage. Je procède par  ce que je nomme des "sessions". J'ai un principe : ne jamais me forcer à travailler , lorsque je n'ai "plus de jus" , que l'envie et le désir  me quittent, car alors je serai dans une sorte de geste machinal, sans cette ardeur qui m'est nécessaire. Ce serait un ouvrage, il serait fini, mais il ne serait pas le même, l'ennui éprouvé à le faire s'y ressentirait. Je ne déroge que pour les tâches un peu mécaniques d'achèvement, finitions-que je n'aime pas . Car en fait entre le plan ou l'ébauche (même si elle est en couleurs) et la surface achevée il y a toute cette osmose avec les petits bouts d'étoffes, chez moi toujours aussi variés que possible non , je ne prévois pas tout au départ et j'organise l'ensemble de proche en proche; il n'est guère de surface que je n'ai modifiée, au cours de son exécution, alors que tout le monde croit que tout est "décidé" à l'avance parce que la structure en est régulière.  C'est que que pour moi l'essentiel des oeuvres ainsi composées vient  du choix des étoffes et de leurs relations les unes aux autres à l'intérieur de ladite surface c'est là qu'est mon rôle principal  :  faire parler, chanter  les étoffes entre elles . .

  Si mes ouvrages sont comme je dis "fils du temps" -et avec les deux prononciations et sens différents du mot "fils" , c'est bien parce ce sont des oeuvres de vie modifiables selon les circonstances de la mienne, aussi . Tout est fondé, au fond sur des rencontres ...ou des chocs, parfois.

Ainsi il m'arrive d'abandonner un ouvrage pendant de longues années et puis un matin, je me réveille avec l'envie de le finir -celui-là, pas un autre - ou bien il m'arrive un évènement fort - heureux ou malheureux - et alors j'ai envie de reprendre quelque chose d'oublié. Ainsi cette étoile dont je raconte ici l'histoire fut-elle reprise à un moment de ma vie où il m'est arrivé quelque chose qu'on ne souhaite pas, même à son pire ennemi- j'étais alors si mal qu'il me fallait l'envergure de ce travail (trois mètres ou presque de côté) et son côté  cyclique (la roue du temps-celle du "supplice intime " aussi) pour  oublier , ou plus exactement mettre à distance, tant le travail requérait d'attention.

 

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L'étoile des quatre saisons -matelassage Simone Struss-collection privée

d'après une création d'Evangéline Dillon -quilt d'interprétation)

S'il m'a  fallu beaucoup de temps, c'est aussi parce que cet ouvrage correspond à un stade d'évolution où je ne suis plus (je réinterprète rarement les surfaces des autres , à présent, mais je ne renie pas le travail personnel  qui consiste à "revisionner" le même plan de quilt autrement. Ainsi traîne encore dans mes "leftovers" et autre orphelins ou UFO , maints débuts de quilts réinterprétés de mes débuts.

 C'est pourquoi dès qu'un ouvrage me lasse , je le range et j'en prends un autre, soit un déjà commencé qui délaissé un moment retrouve alors presque un intérêt de nouveauté, soit un autre que je mets en route (je dois me freiner un peu côté mises en route). J'aimerais qu'on comprenne que ce n'est pas vanité quand je dis que j'ai trop d'idées . Il ne se passe guère de jours où je ne visionne quelque projet , où il ne me vienne une nouvelle  envie-idée d'assemblage , ou de broderie ...ou les deux associées . Je crayonne je prends des notes et quand je ccrée des plans de quilts via un logiciel c'est pire  Bien sûr ces idées  sont aussi initiées par mes lectures , ce que j'observe de la vie en moi, autour de moi. .C'est pourquoi j'ai établi ces cahiers d'élaboration puisque je garde depuis toujours tous  les documents de mise en route qui ont abouti au quilt ou à la surface textile, ce sont eux qui témoignent de l'élaboration et d'un cheminement personnel, des modifications , des errances ...des improvisations tout autant que des stratégies pré-établies. Des abandons parfois très longs, et des reprises.

 

 

Certains ouvrages sont imaginés , crées et réalisés en relativement peu de temps (quelques semaines  au mieux ) , pour d'autres il y faut comme pour ce Conservatoire deux décennies... dscf015red4.jpg

 

On voit aussi combien cette façon de procéder me marginalise à une époque où on exige d'aller vite ...de présenter des "perdreaux " de l'année, qui plus est . Je suis donc non seulement souvent à contre-courant, mais aussi à contretemps. J'ai fait ce choix de respecter en moi ce qui était essentiel à la manière dont moi j'entends mener à bien ce que je nomme "mon oeuvre", même si cela semble outrecuidant . Une oeuvre peut exister et être médiocre, le mot ne présume pas de sa valeur. Il désigne simplement un ensemble, pour moi cohérent , et je l'espère, signifiant .

De ces heures passées qui ne sont donc pas que de "couture" très loin de là , il ne restera rien , absolument rien dans la  nuit du temps puisque l'oeuvre n'est pas jugée telle qu'elle mériterait conservation. Donc cette pensée si fréquente : que deviendra-t-il de tous ces fragments de ma vie, après moi ?   C'est cela aussi le rapport au temps, parfois si douloureux à vivre . ça consiste juste  à mourir deux fois : de corps et d'oeuvre. Sort commun à bien des artistes je le rappelle, mais plus encore à ceux qui sont choisis par un art exigeant,  chronophage  et inexistant en tant que tel ...ou presque à l'exception de deux trois très grandes qui ont fait aussi autre chose fort heureusement pôur la partie purement textile de leur oeuvre. Et dont le milieu prêtait à la reconnaissance ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore !

 Pour ceux qui me croient parano quand je me plains du regard sur le mot patchwork (casse-pieds et radoteuse, oui je m'en rends compte, mais pas parano!) . Insistant encore et toujours sur cette absurdité qui perdure.

 

Ce matin comme souvent je faisais une recherche sur des artistes textiles croisées autrefois (notamment dans les revues spécialisées -peu ont accès à autre chose!), je trouve cette phrase (j'ai enlevé à dessein le nom de l'artiste que j'apprécie beaucoup du reste !)  :

Je cite :

 "

Je connais depuis longtemps le patchwork, cet art fait de tissus assemblés multicolores, souvent à forme géométrique.

Le jour où j'ai rencontré X j'ai découvert l'art textile!

 

 Mais ce que ce monsieur montre, c'est encore de la géométrie faite sur le principe des bandes cousues et recoupées ... une technique appelée Bargello, variante du "strip piecing"-qui ne date pas non plus de l'époque à laquelle l'oeuvre a été conçue et qui tout autant du "patchwork" que le reste ! -... Création dont   l'originalité résidait dans la recomposition par ce moyen d'un paysage semi-abstrait, avec  jeu de perspectives. L'oeuvre est très remarquable et m'a laissé un vif souvenir.  L'admiration de l'auteur de l'article, je la partage ! Mais ce que je n'aime pas, mais alors pas du tout c'est cette manière de dévaloriser d'autres façons  de s'exprimer tout autant textiles et tout autant artistiques mais conçues autrement .

On signale  donc  ce qu'il ne faut surtout pas faire : du géométrique répétitif (mais quand c'est de la peinture on peut !!! c'est même novateur, là ! même si les peintres s'y sont mis des siècles après les quilteuses!). Ni utiliser  comme point de départ quelque de chose de classé traditionnel  et ancien, même si on exprime avec cette "source" quelque chose de tout à fait personnel et particulier (je laisse le mot original aux vaniteux qui croient avoir tout vu et donc se démarquer de tout )

  Eh bien j'invite à apprendre à connaître avant de dénigrer car bien souvent ces  coups de griffe au passage au "patchwork" signent une immense ignorance de cet art appuyés sur préjugés multiples et connaissance très évasive ...

De plus l'arrivée du mixed media avec un peu de tissu et de fils  baptisé  "art textile"(moins y"a de tissu plus c'est de l'art novateur en textile !)  aurait sans doute aussi relégué cette belle oeuvre qui date du début des années 2000,  aussi au rang de "patchwork classique" -comme je l'ai vu faire plus tard.

 Alors je vais vous raconter quelque chose. Nous étions dans les années 90 , sur leur fin.


 Quand j'étais professeur de collège, j'apportais souvent les photos de mes quilts en salle des professeurs, car il y a avait quelques  collègues intéressées. Les hommes (surtout quand ils étaient professeurs  d'art plastiques ricanaient de mes prétentions à créer avec des tissus - je n'aurais pas osé me dire artiste textile à l'époque, tant on nous serinait que les vraies artistes textiles ne faisaient pas de "traditionnel".  Et que ce je faisais n'était qu'un "loisir" -quand on n'ajoutait pas "pour mémères" , j'étais chanceuse ou un "artisanat" ..Entendez par là utiliser un bloc (un carré dessiné et repertorié ) comme point de départ.

Et puis un jour  que je déballais mes photos, une collègue me dit qu'elle n'aimait vraiment pas, que c'était à ses yeux trop confus , désordonné. Ce qui ne m'a pas  blessée somme toute ce n'était pas faux. J'admets très bien qu'on n'aime pas, mais je n'admets pas qu'on décide que sous prétexte que c'est du patchwork géométrique en blocs (carrés) réguliers   cela ne saurait être de l'art textile. Et là surprise!

Un de mes  collègues d'art plastique qui ricanait habituellement quand j'évoquais ce qui n'est souvent pour les autres qu'une marotte, une manie au mieux un hobby, a donc pris les photos de mes quilts qui n'étaient que du patchwork, répétitif celui  qui précisément ne serait pas de l'art textile .

Et il en en a fait une analyse magistrale , montrant la construction et les "lectures" qu'il en faisait. Je n'en croyais pas mes oreilles. Je lui ai même demandé s'il était ironique  ou pas ... Non , il était sérieux .  Je ne pouvais pas le soupçonner non plus de dire cela "pour me faire plaisir", puisque auparavant il ricanait dès que  j'évoquais mes créations (qu'il navait jamais vues, c'est le mot patchwork qui faisait chiffon rouge) ) . C'est la première fois que j'ai eu une vraie reconnaissance côté "monde des vrais arts" alors je n'ai pas oublié.

Le quilt si ma mémoire est bonne était celui-ci , qui, quelques  années plus tard a été choisi aussi pour illustrer un de mes portraits d'artistes.

 

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country stars

 

 

 Pourtant je le répète ; il s'agissait  bien de patchwork avec ses petits bouts disposés dans des compositions géométriques répétitives ... celui qu'on n'aime pas , celui qu'il ne faut surtout pas faire si on veut être "artiste textile". Une surface  bâtie autour de tissus style "fermier" choisis par mon second fils, qui alors, les aimait .Une oeuvre humble et d'usage, qui plus est .Ce qui prouve que oui s'il le veut, un spécialiste des grands arts peut regarder une telle surface autrement que comme une couverture (ce qu'elle est restée, cependant ) .

J'ajoute que ce n'est certes pas l'oeuvre de moi que je préfère !

qu'on n'aime pas je l'admets , qu'on me dise "ce genre -là d'art textile ne me parle pas" OK . mais assez de définir l'art textile en excluant le patchwork géométrique à structure régulière. le fameux "tout sauf du patchwork, que m'écrivit une galeriste se disant pourtant "intéressée" par mon travail...Comment peut-on être intéressée par une artiste si on rejette un bon 80 pour cent de  ce qu'elle crée ? Si sa visée principale est "zappée" ?

 

 Juste pour rappeler  une fois encore : je fais de l'art textile incluant mes quilts fondés sur des géométries avec petits bouts multicolores, oui ... comme partie intégrante et essentielle d'une oeuvre globale -dont on ne voit d'ailleurs  ici que le dixième à peine- je ne fais pas de l'art textile et du patchwork à côté pour me détendre... Une surface avec comme point de départ une géométrie régulière, j'y mets autant de moi que dans du plus informel .

Et non mille fois non ce n'est pas que de la patience et un  "joli" travail gentillet . C'est une construction, une architecture de mes cathédrales païennes et intérieures, des pages de mon livre de vie élaborées avec passion , expression ...

La veste rapiécée

Quand mes enfants étaient petits, je leur avais offert un livre -parmi beaucoup d'autres - intitulé : La veste rapiécée de Adela Turin  (traduit de l'Italien) éditions Hatier.illustré par Anna Curti.

Un conte, mais un conte pas très classique ... où le textile tient une part prépondérante ; on y retrouve certains poncifs du genre littéraire, mais gauchis dans une optique inhabituelle   : les parents qui n'arrivant pas à avoir un enfant consultent une sorcière, laquelle perchée sur un arbre d'adonne à l'art textile sous diverses formes des plus humbles (la veste rapiécée) aux plus somptueuses un "merveilleux" collet brodé. Les deux pièces d'étoffe étant censées conférer à qui les porte des vertus  magiques.

On y trouve une jeune fille (l'enfant qui naît!) qui est charpentière douée et joyeuse (grâce à la veste rapiécée) , tandis que c'est un prince ... qui portera lui, le collet ...d'où,  on le devine il tient son don pour la musique. et on le devine aussi ces deux-là s'épouseront   mais ... pour vivre une vie de partage  "créatif" chacun admirant les dons de l'autre  -et on est là très  loin des poncifs ...

 

 Ce livre, mes enfants l'ont vendu un jour sur une petite brocante , à l'adolescence, et voilà que c'est à moi qu'il manquait (ainsi va la vie) . Je l'ai cherché longtemps, je viens de le retrouver.

 Et relisant ce merveilleux passage où la sorcière décrit le collet et ses vertius magiques et que je reproduis ,  ci- dessous (j'espère que l'auteur ne m'en voudra pas !) l'idée m'est venue d'essayer de le rendre en textile :

 "Ce collet dit la sorcière a un grand pouvoir. Regarde ces fils transparents : ce sont les soupirs d'une femme . Je les ai recueillis un soir qu'elle cousait et je les ai filés; Tu vois ces perles : Ce sont les chansons d'une très jeune fille , je les ai trouvées sous sa fenêtre un après-midi d'été. Et ces fils argentés ? Ce sont les rires des jeunes filles lorsqu'elles bavardent le matin autoiur de la fontaine. Par contre, ces brillants sont des larmes de femmes, je les ai recueillis un peu partout! Et ces pierres de toutes les couleurs ce sont des mots, des questions et des réponses. "

La veste rapiecee collet

L'idée  m'est venue aussi que si d'autres artistes textiles le faisaient aussi chacun(e) -ne soyons pas sexistes! -  à sa manière selon son tempérament ...ce serait intéressant de juxtaposer les résultats ...pour peu qu'on veuille bien me les montrer ! Sans idée de concours, de compétition ou de rivalité juste pour ilustrer , les variétés d'interprétations et d'inspiration du texte.

Mais on le sait même si je suis seule -j'en ai tellement l'habitude -  je crois que j'en ai tellement envie que je m'y essaierai, au moins dans les mois qui viennent ...

Et sinon ce sera pour le plaisir de partager un beau texte , pas si connu que cela ... féministe,  au sens du terme où je m'y reconnais! Car si la jeune héroÎne est charpentière (métier plutôt masculin) et que le prince-artiste hériote grâce au collet  brodé d'une sensibilité  qu'on dit féminine  (à tort tout autant), les activités de tissage couture et briderie n'en sont pas pour autant dévalorisées - bien au contraire ...

De plus Il se dégage de ce texte très simple et des illustrations qui l'accompagnent une poésie que j'apprécie.

Pour en savoir plus sur l'auteur .. on peut lire Adela Turin

à suivre donc peut-être ...

Selmy Accilien : Et tu m'as dit

 

 

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Une voix parle au poète qui nous parle par cette voie. Et ce qu’elle transmet est traversé d’un souffle d’une rare puissance. Elle prophétise avec gravité, mais en apesanteur. Celui qui lit éprouve l’impression d’être à la fois le destinataire et l’instigateur de ce qui se trame et déroule sous ses yeux, comme une tapisserie mobile, dont les images s’animent. On regarde à la fois tous les coins du tableau, on avance en agglutinant les lignes lues à celles à découvrir.

C’est une voix qui donne à voir autant qu’à écouter et nous devons progresser à la fois de manière linéaire et  dans la profondeur des superpositions qui imagent notre mémoire.

Le texte contient un étrange bestiaire où sont convoqués en même temps qu’évoqués le renne, le bison,le chien des bois, la colombe, chats sauvages et rossignols, pour n’en citer que quelques-uns. Temps et lieux mêlés, mais dans un ordonnancement que le rythme cadence.

Et même une étrange bête qui pourrait celle d’une apocalypse hélas déjà survenue et qui de misère en misère se régénère comme les hydres. Mais ce qui détruit, aussi,  régénère.

 

« -Quelle est cette bête,Cette tortue démoniaque,dos épineux                                                                                        Qui visite, à moitié nuit                                                                                                       

  Les quatre coins de ma chambre ? »

 

 

Images visionnaires fortes de leurs symboles, mais qui gardent toutes la beauté concrète et quasiment palpable de leur état originel. Non pas de banales métaphores formelles, mais un monde où la vie qu’elle soit réelle ou rêvée, fantasmée s’accroche partout où on le lui permet. et même et surtout où on le lui interdirait.

 

Les lieux où se meuvent ses vies sont tout sauf purement  symboliques. « Oniriques » dirait l’auteur , et pourtant l’eau et la terre, « l’île ou les îles » affirment leur matérialité. C’est un monde des origines d’avant les origines, une sorte de pré-genèse.  Un monde d’avant   une re-naissance.
L’eau est omniprésente : la pluie , surtout :

 La pluie

 Qu’est-ce que c’est que la pluie ?                                                                                                                      La pluie est la naissance de toutes les rivières oubliées

 

Mais tous les éléments sont tour à tour évoqués, invoqués,la terre, le vent, l’orage … bâtissant un paysage qui se construit, à la fois extérieur et intérieur. Toujours imprégné d’une souffrance qui se dit sans emphase, et avec  beaucoup de lucidité, celle des « clair- voyants ».

L’expression de la douleur et du malheur n’est pas déploration mais révolte et surtout espoir. 

Interrogations ouvertes d’une âme qui cherche son chemin et sillon jusque dans la nôtre car impossible de lire non pas sans entrer dans le texte mais sans que le texte entre en nous. Un rythme se déploie. On marche sur une  terre  imprégnée d’eau mais assoiffée d’une guérison comme un mal de pays qu’on éprouverait en une nostalgie à rebours.

 

« -Le pied gauche des nuages

Est un pas de chats sauvages

Qui a fendu le ciel en deux morceaux

Et les éclats qui tombent par terre

Font le dessin d’un poème qui dit »

 

Cette terre ne peut-être chantée sans la misère qui y adhère  mais aussi l’espoir  et la lutte Lutte d’une âme, celle du poète contre l’adversité personnelle mais incluse dans le sort fait à son pays :

 

 « -Pauvre de la terre des hommes

Pauvre poète,pauvre

Le drapeau déchiré du ciel

Semble à ton visage

Car tu regardes trop les étoiles qui chamaillent en équipe

Dans l’étreinte des anges rebelles »

 

 

Une voix interroge et est interrogée, affirme et questionne, est questionnée elle-même introduisant une composition en abyme,  écho et résonance dans  un réel vertige. Dans un jeu du « je » du  « tu »  et du « il ».

«  Il est d’une île de terre grise                                                                 

 Et de sable d’or

 Petite île mal-aimée ou brisée  de confiance                                                                                       Il est de nous et du ‘’tu’’                                                                                                

 Qui est-il même ? »

 

 

Dans la valse des pronoms personnels, des questions et des réponses, le poète cherche non la Vérité ou tout au moins dans une forme intangible, mais ce  « qui es-tu ?» relie à un « qui suis-je ?«  « que fais-je en ce lieu ? » et même « que fais-je dans cette vie-là ? ».

L’auteur donne des éléments de réponse :

 

-La vie que j’avais à aimer                                                                                                                                       Et reconnaître sa beauté

C’est la vie des pierres précieuses

Que j’ai élevées, les unes après les autres,                                                                                                                              Dans la rivière de mon cœur

Pas la vie des enfants que j’ai côtoyés

Pas la vie des terres que j’ai foulées sous mes pieds                                                                                                                              Mais la vie d’un poème qu’on refuse de lire                                                                                                                    La vie d’une colombe malade au pied droit.

 

Ce n’est ici que souligner quelques éclats d’une magnificence : ce poème :  ne refusons pas de le lire, tout au contraire, découvrons-le en son ensemble et ses splendeurs et en savourons  à chaque ligne le total bonheur d’un  expression authentique et singulière.

 

 

 

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