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Selmy Accilien : Et tu m'as dit

 

 

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Une voix parle au poète qui nous parle par cette voie. Et ce qu’elle transmet est traversé d’un souffle d’une rare puissance. Elle prophétise avec gravité, mais en apesanteur. Celui qui lit éprouve l’impression d’être à la fois le destinataire et l’instigateur de ce qui se trame et déroule sous ses yeux, comme une tapisserie mobile, dont les images s’animent. On regarde à la fois tous les coins du tableau, on avance en agglutinant les lignes lues à celles à découvrir.

C’est une voix qui donne à voir autant qu’à écouter et nous devons progresser à la fois de manière linéaire et  dans la profondeur des superpositions qui imagent notre mémoire.

Le texte contient un étrange bestiaire où sont convoqués en même temps qu’évoqués le renne, le bison,le chien des bois, la colombe, chats sauvages et rossignols, pour n’en citer que quelques-uns. Temps et lieux mêlés, mais dans un ordonnancement que le rythme cadence.

Et même une étrange bête qui pourrait celle d’une apocalypse hélas déjà survenue et qui de misère en misère se régénère comme les hydres. Mais ce qui détruit, aussi,  régénère.

 

« -Quelle est cette bête,Cette tortue démoniaque,dos épineux                                                                                        Qui visite, à moitié nuit                                                                                                       

  Les quatre coins de ma chambre ? »

 

 

Images visionnaires fortes de leurs symboles, mais qui gardent toutes la beauté concrète et quasiment palpable de leur état originel. Non pas de banales métaphores formelles, mais un monde où la vie qu’elle soit réelle ou rêvée, fantasmée s’accroche partout où on le lui permet. et même et surtout où on le lui interdirait.

 

Les lieux où se meuvent ses vies sont tout sauf purement  symboliques. « Oniriques » dirait l’auteur , et pourtant l’eau et la terre, « l’île ou les îles » affirment leur matérialité. C’est un monde des origines d’avant les origines, une sorte de pré-genèse.  Un monde d’avant   une re-naissance.
L’eau est omniprésente : la pluie , surtout :

 La pluie

 Qu’est-ce que c’est que la pluie ?                                                                                                                      La pluie est la naissance de toutes les rivières oubliées

 

Mais tous les éléments sont tour à tour évoqués, invoqués,la terre, le vent, l’orage … bâtissant un paysage qui se construit, à la fois extérieur et intérieur. Toujours imprégné d’une souffrance qui se dit sans emphase, et avec  beaucoup de lucidité, celle des « clair- voyants ».

L’expression de la douleur et du malheur n’est pas déploration mais révolte et surtout espoir. 

Interrogations ouvertes d’une âme qui cherche son chemin et sillon jusque dans la nôtre car impossible de lire non pas sans entrer dans le texte mais sans que le texte entre en nous. Un rythme se déploie. On marche sur une  terre  imprégnée d’eau mais assoiffée d’une guérison comme un mal de pays qu’on éprouverait en une nostalgie à rebours.

 

« -Le pied gauche des nuages

Est un pas de chats sauvages

Qui a fendu le ciel en deux morceaux

Et les éclats qui tombent par terre

Font le dessin d’un poème qui dit »

 

Cette terre ne peut-être chantée sans la misère qui y adhère  mais aussi l’espoir  et la lutte Lutte d’une âme, celle du poète contre l’adversité personnelle mais incluse dans le sort fait à son pays :

 

 « -Pauvre de la terre des hommes

Pauvre poète,pauvre

Le drapeau déchiré du ciel

Semble à ton visage

Car tu regardes trop les étoiles qui chamaillent en équipe

Dans l’étreinte des anges rebelles »

 

 

Une voix interroge et est interrogée, affirme et questionne, est questionnée elle-même introduisant une composition en abyme,  écho et résonance dans  un réel vertige. Dans un jeu du « je » du  « tu »  et du « il ».

«  Il est d’une île de terre grise                                                                 

 Et de sable d’or

 Petite île mal-aimée ou brisée  de confiance                                                                                       Il est de nous et du ‘’tu’’                                                                                                

 Qui est-il même ? »

 

 

Dans la valse des pronoms personnels, des questions et des réponses, le poète cherche non la Vérité ou tout au moins dans une forme intangible, mais ce  « qui es-tu ?» relie à un « qui suis-je ?«  « que fais-je en ce lieu ? » et même « que fais-je dans cette vie-là ? ».

L’auteur donne des éléments de réponse :

 

-La vie que j’avais à aimer                                                                                                                                       Et reconnaître sa beauté

C’est la vie des pierres précieuses

Que j’ai élevées, les unes après les autres,                                                                                                                              Dans la rivière de mon cœur

Pas la vie des enfants que j’ai côtoyés

Pas la vie des terres que j’ai foulées sous mes pieds                                                                                                                              Mais la vie d’un poème qu’on refuse de lire                                                                                                                    La vie d’une colombe malade au pied droit.

 

Ce n’est ici que souligner quelques éclats d’une magnificence : ce poème :  ne refusons pas de le lire, tout au contraire, découvrons-le en son ensemble et ses splendeurs et en savourons  à chaque ligne le total bonheur d’un  expression authentique et singulière.

 

 

 

Broderie : perfection ou expression ?

Je me suis intéressée pas mal, ces derniers temps à la peinture à l'aiguille .

 En français ce terme désigne surtout des broderies très réalistes -ou très normées-  réalisées au point de passé empiétant ou empiété (long and short stitch en anglais , parfois aussi désigné par l'expression silk shading .)

Encore que le passé empiétant, ce soit souvent expliqué très dfféremment du long and short stich donnant un effet de relief en faux semblant dont j'ai déjà parlé dans la broderie en relief .Dans les livres et revues avec lesquels j'ai appris, enfant, les points étaient imbriqués de la façon qu'on peut voir sur ce lien par exemple :

emprunté à  un site de brodeuse , mais on trouve ce schéma un peu partout. Toute personne qui a réalisé des  napperons "banals"  le connaît.

Donc  une ligne de démarcation se voyait , ou bien on dépassait un peu sur le rang précédent, entre deux points  mais toujours à la même hauteur.

 Or dans la peinture  à  l'aiguille un rang mord, parfois largement, dans le précédent  et le départ des points dès le second rang s'échelonne de manière à créer justement une impression naturelle, sans démarcation . de plus, pour les oeuvres complexes, on travaille avec plusieurs aiguilles de manière à pouvoir mêler les nuances sur un même rang. Et avant de se lancer il existe un travail préalable qui consiste à prévoir l'orientation des points , la répartition des valeurs et couleurs ,  -c'est le plus difficile pour les formes complexes notamment volutes,  drapés et visages - , de celle-ci dépend l'effet  de lumière sur la surface réalisée, et le relief .

Au passage si vous voulez un cours d'entraînement gratuit et très bien fait je vous renvoie une fois de plus sur le site de Mary  Corbet, brodeuse émérite.

 Il y a dans ce domaine de grand( e)s artistes (je vais en oublier) : les liens renvoient sur les sites respectifs. La plupart ont écrit aussi des livres .Je ne suis pas autorisée à publier des photos de leurs ouvrages , mais je vous invite à cliquer : cela en vaut l'effort !

 La française Jocelyne Kurc, meilleure ouvrière de France,  dont je n'ai malheureusement pas pu me procurer les livres (au passage si vous vous débarrassez des vôtres je suis preneuse!) , La sud africaine Trish Burr (à qui va ma préférence pour le côté très didactique de ses livres)., L'anglaise Helen  M. Stevens qui use d'un point sensiblement différent du passé empiétant qu'elle appelle opus plumarium   inspiré  du point de Kensington -ce lien fait le point si j'ose dire sur le sujet-    L'anglaise   Sarah Homphray diplômée de la Royal  needle school   qui a écrit un livre traduit en français , remarquable pour son étude des valeurs , à partir d'une photo noir et blanc du modèle couleur.Je ne cite ici que les personnes qui créent la broderie, pas celles qui exécutent leurs modèles, même si j'en salue l'exploit... dont je serai incapable, sauf à passer ce qui me reste de vie à m'y entraîner, et encore ...

Sans oublier les chinoises qui sont maîtresses en cet art difficile  Je ne citerai  que Shao Xiaocheng et Xiao Yao qui ont écrit un livre sur le sujet  fort bien conçu .

Différemment et proposant des sujets figuratifs on trouve des artistes comme Emily Tull : là les points échappent à la perfection normée pour montrer tout autre chose.

Et en enfin découverte réclmmment l'oeuvre impressionnante de  Cayce Zavaglia

D'aucuns ou d'aucunes seront plus admiratives de telle manière de "peindre" humains, feuillages, animaux, paysages.

Je rappellerai aussi  l'oeuvre de Marie Monnier qui est une véritable peinture à l'aiguille à la fois figurative et symboliste et d'une perfection ..expressive , qui échappe à elle-même, si je puis dire ...la perfection technique est oubliée derrière le rêve, la puissance émotionnelle de tels tableaux ...Il est vrai l'artiste avait  aussi une maîtrise totale du dessin d'art.

Et on peut aussi user d'autres points que le passé empiétant pour peindre à l'aiguille témoin l'oeuvre , au point de Beauvais, de Caroline Roussel .

 Au terme de quoi je regarde mes propres broderies comme étant par comparaison totalement imparfaites. J'ai tout de même réalisé dans les années 1990  quelques broderies d'oiseaux  "passables" d'après photographies ,sans formation aucune avec maître diplômé, ni livres spécialisés, ni tutoriels sur internet, comme aujour'dhui .. ..Je ne le renie pas, même si aujourd'hui je m'y prendrais sans doute autrement pour le faire.

 

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 J'admire la perfection hyperréaliste , je sais combien de travail il faut pour tenter seulement de s'en approcher,  j'admire aussi la liberté qu'on prend dans sa propre vision de ladite réalité ou de la forme dont on part .

Pour m' y être un peu essayé, je n'ignore pas le difficultés techniques d'une peinture à l'aiguille au passé empiétant sans défaut, mais c'est précisément le côté sans défaut qui ne me va pas ... Je pars en tirant la langue et avec l'idée  de faire quelque chose selon les normes -que je connais- et invariablement, j'introduis des irrégularités . Ainsi cet exercice sur un dessin personnel "à l'ancienne" la fleur bleue était prévue en passé empiétant droit   avec dégradé de couleurs (le silk shading) et puis tout à coup j'ai fait ce qu'on recommande de ne pas faire ... j'ai changé  brusquement la direction des points ..évidemment comme le motif est censé n'être que "décoratif" je n'y ai pas droit, aux yeux des censeurs, c'est  semble une erreur un "poor craftmanship", un niveau pas correct (à y perdre dix points de vie, au moins!)  . Et pourtant ! Est-elle plus laide, moins vivante ainsi ?Je ne parle pas des fleurs oranges pour lesquelles j'ai choisi une de mes manières préférées de remplir une surface ; le point de tige en juxtaposition de rangs. Le tout avec un fil de soie floche de la finesse d'un cheveu ...

 

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 Quand je vais dans un musée côté peinture je m'aperçois que le peintre, lui a le droit de montrer sa personnalité dans la manière dont il use de ses pinceaux  et que la recherche  de la perfection  réaliste n'est pas toute la peinture.... et que si on jugeait des grands peintres comme on en  juge des grands brodeurs  : pas un blanc surface lisse bien remplie sans anicroches ..il faudrait vider les salles de beaucoup de musées et qu'on ne me dise surtout pas "ah mais eux, ils ont droit car Beaux-arts" ! Sinon  je hurle au préjugé nobiliaire dans la minute qui suit . Si eux ont le droit au nom de leur expression et originalité, nous, brodeuses aussi et même en brodant une volute "traditionnelle". Car dans des portraits, nus ou paysages figuratifs on reconnaîtt l'artiste aussi  à sa manière de peindre ..Et même dans toutes les formes qu'il choisit de reproduire , et je repose ici la question du motif-poncif ...n'est(-il que cela ? brodé tissé imprimé c'est poncif peint ça deviendrait de 'art ? Comment pourrais-je le croire ?

Un  motif d'étoffe peint par Klimt et par Matisse est-ce tout à fait pareil ?   Et par un impressionniste ?Alors rendu par un brodeur ce même motif serait tenu au perfectionnisme rigoureux sans bavures ? C'est un point sur lequel je n'ai guère vu d'interrogation puisque la broderie à partir de motifs traditionnels est classée artisanat et non art, et c'est là tout le problème .  Pourquoi donc les brodeurs  eux-mêmes tiennent absolument à ce degré de perfection et de maîtrise dans les formes dites décoratives alors que le seul moyen de les faire s'échapper vers une expression personnelle, et de les sortir du "joli-décoratif- pncif" c'est précisiment de permettre à l'aiguille comme au pinceau d'y apposer sa marque ? Donc forcément l'irrégularité , si elle est voulue, ou marque d'un tempérament  ... ...La régularité c'est précisément  le contraire  : des points qui vont ressembler à s'y tromper à la fois à ceux d'une machine , et à ceux d'une autre personne maîtrisant le geste de façon quasi mécanique . Le résultat certes est époustouflant ... on peut aller jusqu'à dire que c 'est le summum d'une conception de l'art que de s'effacer ainsi derrière la réalisation parfaite  pour rendre le "vivant"  . Je l'accepte : pour les autres, si c'est leur choix ! On peut avoir d'autres approches .

 

Lorsque je brode  à partir de mes propres dessins ou photos j'aime, par exemple  qu'il y ait de la texture du relief de la "pâte" , de la "patte" aussi le tout lisse de la peinture à l'aiguille à un fil de coton ou de soie n'est pas mon choix , forcément. Tout simplement parce que pour moi l'art textile n'est pas fait que pour le regard , mais aussi pour le toucher. J'y reviens toujours .

Ainsi dans le tableau abstrait nommé Coulures j'ai usé de points qui évidemment peuvent paraître grossiers en considération  de ces merveilles faites à la loupe et calculées au millimètre près  ..pour une surface sans défaut, sans aspérité, sans rien qui accroche..

 

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et le triptyque aux pavots qui a été publié par Brodere d'art , est aussi une autre manière de peindre à l'aiguille :

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Et il faudrait que la broderie, comme le patchwork, accepte cette liberté-là  du "coup d'aiguille" et même pour les motifs classiques sans hurler à la maladresse ou au niveau médiocre. La médiocrité est à mon sens aussi et tout autant  dans la manière étriquée et conventionnelle des critères d'appréciation  Lesquels motifs peuvent être vus comme des écritures, des symboles... ou des formes expressives qui précisément ne peuvent l'être qu'en s'évadant du "normé".

 

Je m'explique : , si je calligraphie un texte je choisis d'effacer la personnalité de mon écriture pour des pleins et des déliés  normés aussi parfaits que possibles ressemblant à d'autres pleins et déliés . J'obtiendrai une écriture sans marque de ma pmersonnalité, normée, parfaite. C'est un art,et diffcile techniquement ,  certes le même que celui de la brodeuse qui réalise une volute en peinture à l'aiguiille avec points rendant pile point le mouvement et le volume .Ce texte s'il est de moi fait que je suis aussi écrivaine (mais ça n'influencera pas forcément  la calligraphie normée  qui est indépendante du sens, donc de l'expression).  Je peux aussi l'écrire de ma propre écriture, celle qui révéle ma personnalité . Ainsi devrait-on faire avec les  motifs de broderie qui non ne sont pas que jolis-décoratifs, mais ont porté souvent des symboles, à travers les siècles  et ne pas obliger à la "calligaphie" obligatoire avec eux, qui a pour visée tout autre chose, sinon, ce serait une "incapacité " technique . Certaines brodeuses sont, métaphoriquement s'entend, callligraphes admirables , d'autres écrivaines à l'aide de motifs . Si on veut voir  les motifs juste comme du parfait à "chiader" en les interprétant ou si on les considère comme un moyen de dire, de se dire : tout est là . On peut être les deux, calligraphe et écrivaine mais cela devrait demeurer un choix et pas une façon d'évaluer, d'exclure ...Une oeuvre s'apprécie ou devrait s'apprécier aussi  à sa visée .. car exiger de la perfection technique de qui précisément veut y échapper, c'est condamner sans comprendre et surtout sans ressentir ... c 'est une fois de plus regarder une oeuvre comme on pense qu'elle doit être et non pas comme elle a été conçue..C'est sur ce point que j'invite à une réflexion ...

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Maison des arts textiles & du design

Je suis comme on le sait soucieuse de conservation et de rayonnement des arts textiles et je voudrais présenter ici la maison des arts  textiles et du design de Flavigny sur Ozerain,  dont le site se trouve sur cette page  :

http://www.algranate.com/

L'existence de tels lieux m'a toujours semblé une excellente initiative, je ne puis donc que soutenir notamment   tout ce qui a pour vocation de faire mieux connaître ce qui se rattache à notre art   et ici, donc , une structure à la fois respectueuse du passé et de ses transmissions, du contemporain ,  et de l'avenir .
 Cette année a été créée  une Académie (dont j'ai l'honneur d'être membre )

 Pour la présenter je laisse la parole à Marie Algranate :

 

Pour la Maison des Arts Textiles & du Design, l’Année 2016 se termine avec la remise en œuvre de l’ancienne association « IMAGINE » sous la nouvelle identité d’ACADÉMIE TEXTILE - Patrimoine, Art, Sciences et Techniques, afin d’œuvrer au mieux dans les différents domaines qui nous tiennent à cœur. Il devient important de tisser des liens entre les exposants, sympathisants, donateurs et autres visiteurs, et d’intégrer tous ceux qui gravitent autour des différents outils du Patrimoine que sont l’art, les sciences et les techniques, dans le cercle qui se constitue peu à peu autour du musée d’Algranate.
Le siège social est fixé à la Maison des Arts Textiles & du Design - 3, rue Lacordaire à Flavigny sur Ozerain, et l’ACADÉMIE TEXTILE se donne pour missions de veiller sur l’œuvre, la mémoire et les collections reliées à ALGRANATE, de fédérer les Amis du musée, de tisser des liens culturels entre Patrimoine, Art, Sciences et Techniques, et d’encourager la création contemporaine. Elle se compose de toute une diversité de membres, ce qui nous permettra d’accueillir, de valoriser, et d’honorer ceux qui, à des titres divers, contribuent à la notoriété du musée. Les cotisations ont été revues « large », pour que chacun puisse se sentir à l’aise et que rien ne vienne entraver les bonnes volontés.
L’ACADÉMIE TEXTILE démarre avec un fort pourcentage de membres bienfaiteurs, ce qui est un important signe de vitalité et atteste d’un capital de sympathie inestimable dont je remercie très chaleureusement tous ceux qui contribuent depuis quelques années à la densité et à l’intérêt des collections du Musée d’Algranate. Parmi les plus remarquables dons qui ont été faits au musée se trouvent des objets emblématiques du passé de Flavigny, des objets du patrimoine rural (textiles et autres) et des livres dédiés à la Bourgogne, mais il faut aussi vivement remercier les collectionneurs qui nous ont fait don d’éléments textiles Miao, chinois et indonésiens en excellent état, d’objets africains remarquables, de livres sur ces cultures, tout en enrichissant de commentaires, de conseils pertinents et de dialogues sympathiques, qui sont autant d’encouragements, leurs dons au musée.
Je remercie aussi pour leur soutien amical les amis qui, depuis des années, sont des fidèles du projet pédagogique de Daniel ALGRANATE.
L’ACADÉMIE TEXTILE se donne pour objectif de valoriser les arts du fil et tout ce qui s’y rattache, ainsi que les matières vivantes et leurs valeurs fondamentales, qui sont celles de notre mémoire collective. Nous souhaitons que cette ACADÉMIE rapproche tous les passionnés qui attestent de la vitalité d’une création dont la générosité et l’intelligence n’altèrent en rien les ressources de la terre, afin d’épauler ce domaine qu’il est important de soutenir et sur lequel il serait intéressant de veiller dans l’esprit d’ALGRANATE, c’est à dire pour la création première et non en « interface » de machine programmée ! Le fil est l’une des idées géniales de l’intelligence humaine, au même titre que le feu, la pierre taillée ou la roue. C’est le vêtement qui a protégé l’intelligence, permis les grandes migrations, et c’est le lien qui a développé les grandes coopérations entre l’humain, l’animal et le végétal. C’est sans doute la plus remarquable invention, celle dont découlent aujourd’hui toutes les ingénieries contemporaines. Que serions-nous sans les tisserands et les horlogers, sans le fil et la roue dentée, l’échappement, l’étoffe et la programmation, le lien et la maîtrise…. Il ne tient qu’à nous d’en extraire les éléments les plus positifs et de régénérer ces dialogues avec la Matière de l’Art, cette belle matière dont la Bourgogne est riche et généreuse.
L’ACADÉMIE TEXTILE s’attachera à faire le lien entre les valeurs du passé et celles qui en découlent, à veiller sur les techniques d’hier, souvent plus économiques et basées sur des complémentarités plénières, pour mieux les intégrer à celles de demain. Nous avons de beaux exemples de Design dans les collections du musée d’ALGRANATE, où la forme et l’ergonomie fusionnent pour mieux répondre aux besoins techniques, sans excès, en douceur, en suivant des chemins techniques concrets, objectifs et surtout parfaitement adaptés au réel qui est la clef de toute action vraiment durable. Ici, pas de machine qui ne réponde à la main. Tout ce qui vous est présenté dans la Maison d’ALGRANATE est en lien avec la vie, le rêve, l’intelligence non prédatrice, seuil de création libre, et proche de la beauté si particulière que l’on trouve dans la Nature.
Le travail d’ALGRANATE repose depuis toujours sur cet équilibre des bases, la qualité des matières, l’intelligence du métier, une certaine forme d’autonomie de l’artisan mais toujours en lien avec ses origines : la terre et le travail de la main au rythme du cœur. Il aura toute sa vie fait le lien entre ces domaines sans jamais rien rejeter des fondamentaux de ces intelligences. Il aimait sentir la terre sous sa main avec la même jubilation que pour la soie ou le métal. Et il avait coutume de dire que tout est lié. À ses étudiants, il avait à coeur de transmettre des bases, des langages d’intelligences techniques, des procédés aussi intuitifs que précis, tout en respectant les identités et les personnalités de chacun. Oui, c’est vrai, il était très exigeant pour la base technique qui devait être irréprochable, mais quelle humanité autour !
La Maison des Arts textiles & du Design émerge aujourd’hui de ses ateliers et de son travail, d’où la renaissance de cette association qui, tout en lui étant dédiée, est structurée pour dynamiser en réseau ces patrimoines de haute virtuosité qui ont beaucoup souffert de la progression des machines, du mépris des industriels et de l’inconscience de hauts responsables, sous couvert de progrès. L’ACADÉMIE TEXTILE est déjà un espace de dialogues référentiels et de rencontres, alliant saveurs et mémoires, création et reconnaissance des anciens. L’objectif est de travailler à la conservation active des patrimoines issus des arts & métiers, et d’attester d’une création toujours vivante, mystérieuse, attractive, dynamique…. dans les règles de l’art.
Cette Académie, donnez-lui sa forme. Vous y rencontrerez d’autres passionnés et des projets complémentaires aux vôtres. Nous espérons qu’elle portera vos couleurs, qu’elle sera vôtre, comblera vos vœux, vous apportera un espace amical et ouvert à vos rêves, à vos projets, qu’elle répondra à vos demandes et que vous y serez bien...
Marie Algranate
 
Donc, si vous avez des idées, n'hésitez pas à rejoindre cette structure qui me semble particulièrement ouverte et accueillante !
On peut consulter également la page Facebook 
Et si vous habitez la région toute bonne volonté pour aider est bienvenue !

Broderie et dessin

On lit souvent qu'un bon brodeur doit savoir dessiner... En fait c'est à mes yeux très vrai et très faux! et j'attends aussi avec impatience le jour où on exigera avec la même logique qu'un bon dessinateur sache aussi broder. Ou qu'un photographe qui en général sait composer sache aussi dessiner ...ce qui est parfois le cas, mais sans obligation !

 

Zola le note incidemment dans son roman le Rêve et Saint- Aubain le célèbre théoricien de l'art du brodeur l'affirme aussi.C'était  une époque où le dessin était le seulou du moins le principal moyen  de reproduction d'une réalité ou de quelque chose d'imaginé (même si la phographie existait déjà à l'époque de Zola) l'image de "reproduction"était moins facile  d'accès qu'aujourd'hui.


 Mais il est permis de remarquer qu'aujourd"hui  les moyens techniques du dessin et de reproduction  ont prodigieusement changé, . On peut décalquer à partir d'une photo , ou retravailler à partir d'un logiciel ... et certes on peut aussi prendre son crayon ; mais si on retrace alors un modèle déjà existant, on ne fait que changer d'outil (une ligne droite peut-être tracée avec une régle ou un ordinateur, cela reste une ligne droite !) , et finalement qu'on emprunte ce "modèle" à la tradition, à une photo, à la nature ou qu'on use d'un dessin lbre de droits déjà existant ... cela ne devrait pas constituer un moyen de classer ou d'exclure ... style :  "les grands brodeurs savent dessiner ., les autres non" . (déjà il faudrait voir quoi ,comment,  dans quelle visée ?) d'autant que bon nombre de grands créateurs ont des archives qu'ils n'hésitent pas à utiliser et dans lesquelles les dessins ne sont pas tous issus de leur cerveau créatif ! Le fameux "droit à l'inspiration " et la création qui viendrait de la "nouveauté du modèle" -le modèle n'étant pas que le dessin pour un brodeur, mais la broderie et son élaboration . Je dis bien : élaboration ett non simple exécution .

Et cette élaboration propre à la broderie constitue un art tout aussi complexe et difficile, par lequel  on peut tout aussi bien que dans un autre art  faire un travail expressif et personnel..même si on part d'un dessin "emprunté".

La création, donc  celle qui à mon sens signe le style du brodeur c'est moins(ou pas seulement)  un dessin particulier que la manière dont il va rendre ce dessin en points et fils ..comme un photographe d'un monument célèbre ne prendra pas  le même cliché de la même réalité  qu'un autre photographe : point de départ identique mais changement par l'art qu'on exerce et non point forcément virtuosité dans un autre art (le dessin) puisque sa base est moins nécessaire qu'autrefois ...On ne demande pas au photographe non plus d'avoir construit le monument ça paraîtrait absurde, pourtant on demande bien au brodeur de posséder plusieurs arts en plus du sien propre déjà si exigeant ! Or,je suis persuadée que cette exigence élitiste (main mise et primat des Beaux-arts sur reste une fois de plus!)  bloque une expression qui existe : celle par les matières, les fils et les points et qui constitue tout de même l'essence de cet art., dans une optique créateur (celui qui dessinerait) et petites mains qui ne feraient qu'éxécuter. ? On n'éxécute pas quand on passe un dessin en cet art diffcile qu'est la broderie on le crée en tant que broderie, si on choisit soi-même composition, échelle , disposition, répétitions support, , points et fils. On exécute si on prend un modèle de revue où tout cela a déjà été fait ou si on suit les desiderata d'un styliste de renom dont on est effectivement l'éxécutant (il ne s'agit pas de créer soi même mais parfois  d'entrer dans les désirs -parfois vagues et évasifs parfois précis et exigeants d'un créateur "commanditaire".Et on interprète si on suit avec quelques légères modifications par exemple faire la même chose points t fils compris en changeant juste la couleur, là création-là  -en broderie s'entend- est très partielle.

 Or tout cela n'est pas bien clair dans l'esprit du public  non initié ni des pratiquant(e)s .

Démonstration :

Soit  ce dessin de feuille tracé par moi -ce que tout le monde peut faire , absolument tout le monde !- je l'ai réalisé en points et fils différents  : .C'est aussi un répertoire dit sampler en anglais  : exercice d'entraînement et répertoire  des points et de leurs aspects en différents fils .. .. des possibilités diverses de rendre cette simple forme de feuille en broderie. c'est aussi la base  d'un projet texte-textiles qui sera présenté plus tard ..Rien qu'avec mes idées d'interprétation de cette feuille et les techniques que je maîtrise ou essaie,-et là tout le monde ne le peut pas , du moins pas de la même façon-  je pourrais faire des dizaines et des dizaines de feuilles issues du même dessin, mais toutes différentes ...n'importe quelle brodeuse peut le faire , mais chacune aura ses interprétations où le dessin de base ne jouera pas une part prépondérante  et sera limitée à la fois par son imagination et ses capacités techniques ..... Ajoutons que cette approche basique, revalorisant le travail propre à la broderie comme étant la créaton essentielle de cet art, peut se faire sur un dessin  issu de la tradition , d'une photographie, d'un dessin numérique ... ou même sans dessin du tout  on se dit : maison et on décline des maisons brodées à l'infini par exemple ..en improvisanr de l'aiguille le tracé ... c'est applicable également  aux autres arts, mais en ce cas ce ne serait plus de la broderie  preuve que l'art du brodeur n'est donc pas essentiellement dans le dessin....je pourrais par exemple faire des dizaines de métamorphoses numériques du dessin de départ (et même les rebroder pour faire non pas du mixed media qui est mélange de matières) mais du pluritechnique ...Ce qui me limite : le temps uniquement le temps ... broder est chronophage... certes pas les idées de création autour de ce simple dessin , qui est "de moi" mais tellement simple que ce n'est pas lui qui compte comme "création", mais bien tout le travail textile autour de lui.

 

 

Bonnes feuilles scan1petit01

On  voit là que par la broderie  n'est  "ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même ."et que le choix d'u point notamment amène de légères adaptations de la forme. Encore ai-je assez peu joué sur le même point en d'autres couleurs ou d'autres fils le même point orienté autrement le même point irrégulier ou régulier etc..Et pour moi oui l'essentiel de mon art de brodeuse est là , pas dans des capacités de dessin académiques ou virtuoses ....et pas non plus dans la faculté (que je possède) de faire du mixed media avec cette feuille -ce que je compte faire aussi mais si je peins, je ne dis pas que c'est une broderie "innovante" pas plus que si j'imprime, je dis que c'est un autre art !

Les arts textiles sont toujours jugés soit selon l'optique artisanale du bien fait parfait pas un point qui dépasse, et ce, souvent,  aux dépends de l'expression et de l'émotion ..soit selon les normes Beaux-arts (primat du dessin ou usage de la peinture) soit selon une innovation parfois très discutable ...Je peux le faire  en ficelle raphia ou lanières de plastiqus ou même encore en fils de colle mais je ne le ferai pas pour innover ou paraître originale à peu de frais parce qu'user de ces matériaux serait plus récent et tellement plus "génial" comme je vois souvent écrit ça et là ou pensé très fort ..que fil de soie, de coton, de lin ou de laine ... ou encore pour faire plus "art brut" ou plus "ethnique" ....

J'aimerais qu'un jour enfin il y ait des gens pour se demander ce disent les points choisis, les fils choisis  indépendamment du dessin de base ....Un peu comme un photographie -où la - on regarde la manière dont on a joué avec la composition, l'angle de vue, la lumière ....Outre que la maîtrise de l'effet de lumière sur les points se retrouve chez les brodeurs les plus avancés ....(simulation du relief ou usage du relief lui-même) ... La broderie est écriture, sculpture bien plus que dessin à cet égard ...

Et pour prouver que dessiner à main levée n'est pas si difficile , et/ou que je ne prêche pas pour ma paroisse ,même pour la non spécialiste en dessin d'art que je suis , voilà une de mes pages' d'entraînement  ....fleurs reprises de modèles sur les étoffes ou ailleurs ou imaginées comme dans le précis de botanique alternative ...premier jet à parfaire donc ou adapter le cas échéant  ..Si j'y parviens, c'est que ce n'est pas difficile car non je suis pas dessinatrice d'art, je suis artiste textile ici valence brodeuse ...

 

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cahier de couture professionnelle

Le cahier de couture

 

A côté des catalogues d'échantillons d'étoffes, je recueille aussi des cahiers "techniques" d'écolière ou d'apprentie .

 Ici il s'agit d'un cahier d'enseignement professionnel à la couture, il n'est pas daté mais d'après les dessins de robes qui y sont esquissées, je dirai années 50... C'est très différent d'un cahier d'enseignement général, où on ne trouve pas des exercices spécialisés autres que ceux qui peuvent servir en couture domestique; là il s'agit d'apprendre les finitions "couture" des vêtements ,de manière impeccable.

 

Cahier de couture 2

 

 

Le cahier comporte des exercices techniques réalisés avec une perfection certaine, plusieurs en sont absents pour avoir été placés "au tableau d'honneur"

 

Cahier couture 8.

Parmi eux, j'en ai reconnu que j'ai appris -en autodidacte et avec certes moins de qualités de bonne finisseuse- l'art de la couture vestimentaire réside souvent dans ce fini ...

 

Cahier de couture

le col Claudine
 

Cahier de couture 1le travail de nervures

 

Cahier de couture 7les  brides en tissus

Je rappelle au passage que la couture en patchwork, n'a pas forcément   à obéir à ces exigences ... si on voulait bien la concevoir comme une expression où les tissus différents deviennent un langage ,et où l'assemblage peut devenir symbolique ,   et non comme une recherche un peu vaine et creuse de "bien cousu" .. ou plus exactement si perfection il y a , elle devrait être au service d'une expression personnelle, sinon de fait on reste dans la "confection" et non dans la création ... ..L'exactitude  exigée de manière un peu trop rigide  des assemblages mène souvent à réduire notre art à un exercice de couture et non à une expression par étoffes, ce qui ne veut pas dire que j'admire le salopé pour faire "contemporain" ; il me semble qu'entre les deux écueils réfléchir simplement à ce mot "assemblage" ....et à la différence qui existe entre un vêtement et une surface à visée autre qu'utilitaire ... 

Même si autrefois confectionnant mes propres vêtements j'ai su faire -beaucoup moins parfaitement !- certaines de ces finitions,  on comprendra ce que je veux dire quand je déclare que je ne suis pas une  bonne "couturière" ...et que pour moi le patchwork n'est pas essentiellement de la couture .Ce qui ne m'empêche pas d'admirer béatement la maîtrise technique de tels exercices !

Patchwork et art textile...encore

 Le patchwork qui serait un art textile mais pas de l'art textile, voire pas de l'art du tout, une idée difficile à déboulonner ...

Me promenant sur les sites et les blogs, je trouve  sur la page d'accueil de l'un d'entre eux, que j'aime pourtant beaucoup pour son honnêteté (citation des sources) cette affirmation certes habituelle pour moi qui fréquente ces milieux depuis si longtemps, mais qui me fait toujours autant tiquer, selon laquelle  le patchwork serait juste  fondé sur la capacité de " tirer parti au mieux du moindre bout d'étoffe.. " comme si ce n'était que cela ! et que c'était certes, on le concède, un art textile  mais que ce n'était pas de l'art textile.

Que les artistes d'autres arts, qui me lisent parfois , ou le public non initié ne croient pas que je délire, c'est juste qu'ils ignorent -pour cause- l'histoire de notre art et la manière dont s'est institué ce distinguo que je qualifierai pas  de subtil, mais d'absurde. Même  si, mea culpa, j'avoue l'utiliser intra corporation pour me faire entendre ...car oui on en est toujours et plus que jamais là !

Je rappelle l'article que j'ai écrit en 2009 sur la question : Qui a peur du mot patchwork  : il a beaucoup circulé.  Certes, les choses ont sans doute évolué, mais pas autant que je l'aimerais. Donc je récidive!

Pour comprendre en images : quand je fais ceci  , c'est de l'art textile (ou presque. Trop de tissus encore : un effort à fournir avec quelques fils de fer en lieu et place des fils de laine, cela le serait bien davantage, aux yeux des décideuses en art textile ... pour sortir comme il me fut dit "du carcan de la fibre" -sic! )

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Stigmates : ceci est de l'art textile

ou bien ceci  :

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La chimère apprivoisée : là on me dit que c'est "de la peinture en étoffes" pour moi ce sont des étoffes assemblées et non de  la peinture ...

 

mais quand je créé ceci  :

 

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Mon harmonie- ce patchwork quilt  qui est  "un art textile mais pas de l'art textile ...."

 

Là  tout d'un coup mes capacités d'artiste textile s'évanouiraient et ce ne serait que de l'artisanat traditionnel - il faut que je m'en excuse presque, que j'admette que c'est "traditionnel" "artisanal' "non contemporain" et "décoratif" -autant de coups de griffe dévalorisant cette surface. Or je n'ai pas voulu perpétuer une tradition, mais utiliser des formes géométriques régulières pour m'exprimer tout comme le font encore certains peintres célèbres, à la différence près qu'en peinture on ne sait pourquoi et bien qu'on ait commencé il y a plus d'un siècle, ça semble encore  une audace de peindre des rectangles de couleurs juxtaposés,et c'est toujours génial puisque c'est fait par des génies  :-)  tandis qu'en tissus où ça se fait depuis la nuit des temps, ce serait juste de la routine, de la couture basique, de la "tradition" sans imagination, où le travail et la patience sont les seules qualités à louer  ... puisqu'on ne veut pas y voir le reste !

 

Observons donc de plus près  je suis partie dans le premier cas d'un dessin de femme  et dans l'autre d'un dessin abstrait élaboré en image numérique, et pour le dernier de simples carrés qui sont repertoriés dans la nomenclature amécicaine comme une variante du "four pach"-  quatre carrés .

 Les deux premiers seraient de l'art parce que par le dessin ils ressemblent à des oeuvres d'art "majeur"  qu'on peut voir dans les galeries d'art tandis que le second aux yeux de la plupart des gens : c'est juste un joli plaid à poser dans son salon . Mais sur un mur.... quelle différence ?

IL  est à noter que ces mêmes carrés pourvu qu'ils soient irréguliers  ou décentrés, là tout à coup deviennent de l'art comme dans ce petit tableau jeux de carrés, la petite dimension -qui évite qu'on le prenne pour une couverture- et la couture à bords vifs qui donnent de la texture -le mot qui sauve!- suffit pour qu'on trouve cela plus  "artistique" :

 

Jeu de carres

 

Mais les quatre   SONT DU PATCHWORK !!!  Même si seul le troisième aura droit à ce terme en tant que symbole d'une "réduction".  La femme du tableau Stigmates est constituée de morceaux d'étoffes, récupérés, qui plus est à la fois du précieux  et du "déchet" d'industrie..  La chimère apprivoisée est faite de restes ébouriffés et fixés par des broderies machines , mais pour le troisième j'ai préféré que les tissus soient lisibles comme les pages d'un carnet ... d'où ce choix, délibéré et non traditionnel,  d'une structure géométrique classique, comme est classique le découpage d'une poésie en vers ou d'un roman en chapitres, même si le contenu peut en être novateur, contemporain, fantaisiste, voire déjanté ! . Dans les quatre  cas c'est une création à partir de morceaux d'étoffes avec lesquelles j'avais quelque chose à exprimer, de cette façon-là adaptée et à ma visée et aux étoffes telles qu'en tant que langage textile , elles me guidaient vers cette surface-là, avec ces formes-là, ces couleurs-là et surtout surtout : ces étoffes-là car oui je suis artiste par les tissus assemblés de manière signifiante et sensible. Les quatre sont des surfaces créées ...  aucune n'est l'imitation d'un modèle existant , et le fait que l'une ait un point de départ jugé "traditionnel" n'infère pas que son utilisation en étoffes le soit. Et même, encore bien le serait-ce,  c'est une création, c'est textile et si le reste peut porter le nom d'art textile, alors cette surface-là aussi. Sinon,  qu'on me le justifie de manière  convaincante ... Je n'y croirai pas avec les arguments "ordinaires" ... qui ne reposent que sur des a priori véhiculés depuis des décennies sans plus ample informé.

 

 

 

LIENS

Je partage ici quelques liens de sites de personnes que j'ai croisées soit sur les réseaux sociaux , soit dans mes promenades textiles virtuelles.

J'espère d'ailleurs bien rencontrer en vrai certaines d'entre elles pour un tissage de liens plus étroits ...

Le site  d'Isabelle Piron  qui aime les étoffes et les sent d'une manière personnelle et remarquable

et également ce qui en est dit  ici

Le site de Text'styles avec lequel  des affinités de parcours sont certaines

Le blog de Bérénice Mollet qui crée des objets avec des presque rien transfigurés ...

(à suivre pour d'autres découvertes)

Le site de Françoise Vetter   

où on découvre des mondes délicats et sensibles de branchages, de papier ,  d'étoffes, de fils  et d'écritures ...

 

 

Parution : Mots justes et accords parfaits

Couverture livre ortho

Ce livre m'a été demandé après passage de l'éditeur sur ma chronique de langage .

Pour l'acheter, utilisez ce lien.

Je me suis appuyée pour l'écrire   autant sur la psychologie de l'erreur-si je puis dire- que sur mes connaissances en orthographe et grammaire. Le plus difficile quand on se trompe est de s'en apercevoir et de le reconnaître (tant est grande la force de l'usage, même s'il est personnel et fautif!- ) .

 Dans la mesure du possible j'ai expliqué pourquoi on se trompe et surtout pourquoi on écrit ainsi.

 Si vous ne savez jamais si on doit écrire -é ou -er à la fin d'une forme verbale, si vous confondez censé et sensé, si vous ignorez pourquoi on écrit "il s'est cassé la jambe" et "la jambe qu'il s'est cassée" - ce livre vous l'expliquera d'une manière qui fait appel au sens, plus qu'aux règles. Je n'ai écarté ni les bons vieux trucs qui fonctionnent , ni les explications qui éclairent. J'ai été professeur en  collège, j'ai pu tester ce qui est efficace ou non....

Pour une idée  du contenu , voici le début de la Préface  :

 

            « Ceci est un livre de bonne foi, lecteur  » disait mon maître Montaigne. « Je rends au public ce qu’il m’a prêté »  ajoutait La Bruyère au début de ses Caractères.

            Ce modeste guide n’a pas l’intention ni l’ambition  de remplacer les excellents ouvrages sur lesquels il est du reste fondé.

             Il repose sur la constatation que malgré la pléthore de livres, de manuels  et de sites sur le sujet, le français en usage, surtout dans les communications virtuelles, a tendance à être de plus en plus truffé d’erreurs de syntaxe, d’accord ou encore  d’imprécisions de vocabulaire, de confusions de mots ou formes proches, même chez des personnes ayant ce qu’on peut appeler un bagage culturel.

            Alors pourquoi un livre de plus, qui évidemment ne peut rien apporter de nouveau sur le plan des connaissances ?  Pour tenter de proposer un autre regard sur l’erreur que je me  refuse à appeler faute. 

            Il ne s’agit pas d’adopter l’attitude méprisante du pédant « qui sait tout » - j’en suis très loin ! - mais  d’éclairer ici quelques causes d’erreurs fréquentes.

            Il ne s’agit pas  non plus de se complaire dans une attitude laxiste estimant que toute erreur est forcément signe de vie de la langue et d’une merveilleuse spontanéité créative.

            En outre, un certain nombre de personnes de mon entourage, en particulier de jeunes adultes dont la grammaire et le vocabulaire ne sont pas la spécialité et dont les acquis en la matière sont plus que précaires, ont un réel besoin de restaurer un français correct. On me demande depuis des années « pourquoi ça s’écrit comme ça », on peste contre les difficultés de telle ou telle subtilité dans les accords et en fait on ignore quelques règles de base qui pourraient bien simplifier la vie. Un exemple entre autres : on sait qu’accorder un participe passé  dans les temps composés des verbes pronominaux est difficile, mais on ignore ce qu’est un temps composé et un verbe pronominal.  Ce que je propose, pour user d’une métaphore informatique, c’est une restauration du registre.

(...)

PS  Malgré le soin apporté à la correction , quelques malencontreuses coquilles se sont glissées...mais si le livre est efficace le jeu sera de les trouver :-)

Dentelles décalées

Je vis dans une région, le Nord de la France, où la dentelle est très présente. Valenciennes bien sûr, mais aussi les dentelles de Calais et de Caudry. Et je n'oublie pas la proximité de la Belgique, si riche dans cet art.

Et au delà encore l'idée que le mot "dentelle" recouvre de nombreuses techniques : le point commun c'est entrelacer des fils sans support (avec support le même point devient broderie).: dentelles à l'aiguille, au fuseau, au crochet , en tricot  d'art et aujourd'hui faites à la machine à coudre pour ne citer que quelques techniques. Sont souvent rapprochés des dentelles tous les points ajourés sur étoffes (broderie anglaise, Richelieu, Renaissance) et dont certains comportent des inclusions de dentelles existantes (broderie de Touraine) , et tous les points ajourés à fils tirés rebrodés, mais ils ne sont pas au sens strict du mot, de la dentelle.La  "dentelle" sur filet ou sur tulle est à proprement parler plus une broderie sur support ajouré qu'une dentelle véritable, dans laquelle le réseau de fond est créé avec le motif .Sur les sites de ventes les dénominations dentelles et broderies tombent un peu au hasard !

 C'est un accès à un savoir-faire et des métiers d'art dont l'histoire est passionnante qu'elle soit artisanale ou industrielle.  En collectionnant, en lisant mais aussi en  visitant, j'ai beaucoup appris sur cette noble matière, bien que je sois très loin de tout savoir.

Les premières dentelles que j'ai eues  étaient issues  ce que je nomme l'héritage familial , souvent très abîmées, certaines faites main, me semblent aujourd'hui encore de pures merveilles. Ma toute première utilisation fut dans le crazy quilt. L'Arlequin fou commencé dans les années 90 et fini en 2001, exposé à La Bourboule en 2002. J'avais placé les dentelles blanches au centre d'un plan jouant sur les monochromes et les valeurs, ce qui à l'époque était assez inhabituel pour un crazy quilt.

 

Arlequin fou art textile dentelles jacqueline fischer

 

Et puis par les dons surtout de personnes âgées aujourd'hui disparues qui ont si gentiment vidé leurs  trésors chez moi, j'ai eu plus de choix .

A ce stade, je me préoccupais assez peu de l'origine des étoffes, je me laissais juste porter par leur beauté. J'ajoute qu'on peut tout à fait créer ainsi artistiquement,mais voilà j'ai été poussée par  le désir de savoir, la conscience aussi  d'un travail préalable qui me permettait d'avoir ces merveilles entre les mains et sur lequel je voulais en savoir un peu plus regrettant souvent de n'avoir pas l'intelligence assez technicienne pour tout comprendre..Je n'ai jamais pu en tenir un morceau entre les mains sans penser justement aux personnes qui, par ce travail parfois très dur, qui me permettaient de l'utiliser.

 J'ai créé  Le bal des étoiles pour mettre en valeur dans un motif simple (une étoile variable)  ma collection d'alors .

Bal des etoiles 2

Dans les années 2000 l'accès à internet m'a permis d'agrandir mon stock. On le peut aussi sur les brocantes locales, mas j'avoue que pour la casanière que je suis la farfouille électronique m'allait bien  et je la continue !

Pour utiliser une des premières collections que j'ai ainsi acquise , j'ai crée le quilt Laisse les murs dans ta prison .

Laisse les murs jacqueline fischer art textile

Et puis j'ai eu le bonheur de tomber sur plusieurs  collections d'échantillons de dentelles Solstiss et du Noyon , dont on se "débarrassait" . Ce qui est chiffons sans valeur pour les uns peut s'avérer trésor pour les autres et ces dentelles comportaient des morceaux de créations perlées créées pour la Haute-Couture que j'ai beaucoup utilisées et qui font encore mon bonheur.

Dentelles de calais 001

 

et même les plus modestes pas encore ennoblies de cette façon ont dans leur plus grande sobriété trouvé ça et là leur place en mes ouvrages.  J'ai construit le quilt Dentelles décalées en associant des soies texturées en relief "boursouflé" avec une bonne partie de mon stock d'alors , dans un remake d'une disposition ancienne appelée le mur de briques ..Sur la page suivante , vous pouvez voir d'autres utlisations dans d'autres surfaces.

 

Dentelles decalees art textile jacqueline fischer 2

 Je recueille aussi quand l'occasion se présente ce qui vient, hélas, des fermetures d'usines, parfois accompagnées de documents techniques qui sont pour moi à la fois des énigmes, car rédigées dans un jargon codé professionnel, et un accès au mystère de leur élaboration (beaucoup de marhématique et de chimie du côté de ce qu'on nomme les apprêts!) . Ce sera l'objet d'un autre article.

Pour en avoir plus sur la dentelle il y a ce reportage de mon amie Marie-Claude sur le salon de l'aiguille en fête en 2011

, je souligne les oeuvres remarquables des artistes présentées !

Sur ce site de l'entreprise Sophie Hallet vous trouverez des explications sur la confection des dentelles de Calais et  vous découvrirez sûrement des métiers ignorés de vous. Je rappelle que le secteur de la Dentelle de Calais a payé un lourd tribut à la crise économique. En l'intégrant à nos créations , même si elles sont modestes ou estimées telles, nous contribuons à la faire connaître et c'est ce que que je tente, ici,  de faire !

 

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ode à la mémoire ...

Ode à la mémoire ...

Je re-regardais sur Facebook une oeuvre qui y est régulièrement partagée et que j'aime énormément (et pour cause!) il s'agit de la célèbre Ode à l'oubli de l'artiste grande s'il en est Louise Bourgeois. On peut en voir l'histoire sur ce lien , et sur quelques autres.

 

L'esprit dans lequel ce livre est  créé, ce rôle des tissus comme vecteurs de mémoire et témoins de notre vie est pourtant aussi présent dans d'autres oeuvres moins médiatisées, moins relayées pour ne pas dire inconnues du public, ce que je trouve dommage. Le rôle de ce blog est principalement de faire connaître ce qui l'est peu, ou l'est moins.

 Alors j'ai voulu en parler pour mémoire ,  non seulement des étoffes mais de toutes celles qui ont travaillé autour de leurs fragments comme témoins de leur passé, tissage de leurs vies souvent  humbles ou jugées ordinaires.

Et d'abord évoquer cette oeuvre faite à l'initiative de l'association ATD quart monde , et dont je me suis rendu compte que très peu la connaissaient dans le monde du patchwork et de l'art textile. Ne parlons pas du reste du monde de l'art ! J'ignore les raisons de cet oubli, qui n'est pas seulement d'un  medium (le tissu) mais d'une oeuvre.  On l'a appelé le Family quilt  ou le patchwork de nos vies. "morceaux d'histoire de familles du Quart Monde, des cinq continents."

 Le principe était de demander, à des personnes de milieu défavorisé  dans des pays variés, un morceau d'étoffe qui avait compté dans leur vie, accompagné d'une phrase disant pourquoi. Ces morceaux ont été ensuite réunis dans une surface -on a utilisé un block  log cabin libre pour les présenter. Il est à noter que les Guildes de patchwork en ont très peu parlé , en France notamment , elles n'en ont peut-être pas eu connaissance. J'en ai découvert  l'existence par une amie qui m' avait envoyé une des cartes du coffret et j'ai voulu en savoir plus. . L'oeuvre pourtant a été présentée aux Nations Unies le 17 octobre 1994. Atd quart monde a vendu alors un coffret contenant l'histoire de ce patchwork , et des cartes postales représentant les morceaux d'étoffes et les phrases d'accompagnement. J'ai acquis plusieurs coffrets dont il m'est resté un -presque entier ! Je donne aussi le lien de l'association ATD quart monde , qui n'édite plus ce coffret . C'était il y a plus de vingt ans, il est vrai . Mais on peut, si on le désire l'aider à aider, d'une autre façon.

Quelques fragments....

Failiy quilt 1 001 bout jpg

Failiy quilt bout 2Et quelques phrases :

Brassière d'été de nos enfants d'avant qu'on ne nous les retire...

 Bleu de travail d'un jeune sans travail ...

Morceau de robe, j'aimerais qu'on en prenne grand soin :  il est le témoin de tout ce que j'ai enduré

Pan de rideau pour faire un chez nous dans notre caravane.

Toutes sont touchantes , certaines sont déchirantes.

Cette oeuvre pourtant est bien dans la lignée de celle de la grande Louise , à l'exception du fait qu'elle est collective et populaire ...faite par des non-artistes , qui plus est (les couseuses sont restées anonymes ). Je ne dispose pas ou plus d'image en couleurs de l'ensemble, mais ce cliché en noir et blanc qui donne une idée de l'aspect général. (cliquer pour mieux voir)

 

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 Je vous laisse juge de leur importance .

Au delà j'évoquerai aussi une fois de plus  -j'y tiens-  toutes ces anonymes ou inconnues  dont -par le patchwork- le tissu a été le medium et qu'on a réduites le plus souvent à leur fonction utilitaire ou décorative . Surface ne vaut pas livre pour la caution intellectuelle de la chose et je le sais d'autant mieux que créant les deux, je vois combien la forme magnifie le fond et l'accueil n'est pas le même.. J'aimerais quand même qu'on y voie un jour, dans ces surfaces comme des pages juxtaposées de livres de vies ordinaires puisque jugées telles,  ce qu'on y a mis de travail de mémoire par les étoffes ...car s'il y a "oubli" on peut se demander de quel côté il se trouve. Oubli du tissu certes que des grandes ont eu raison de souligner e d'illustrer splendidement , mais oubli surtout de tout ce passé textile jugé sans nos démarches importantes et donc voué à ce que je nomme "ghettoïsation" .

J'espère par cet article inviter à regarder dans le medium tissu,  vecteur de mémoire et matière pour créer, expressive et tellement empreinte de vie,  tout  ce que des femmes-le plus souvent - en  ont fait . Pas seulement les plus grandes, qui n'ont pas trop besoin qu'on les promeuve et que je salue,pourtant !