histoire textile

Anonymous was a woman

Anonymous was a woman

Auteur : Mirra Banks

1979

 en anglais

éditeur :  St Martin Press , inc.(livre épuisé acheté d'occasion)

  Ce livre est cité dans l'ouvrage Stitching resistance dont j'ai déjà fait le compte rendu

 Lien vers Stiching Resistance

Bien avant qu'on en prenne conscience en France (et encore de manière clivante, le plus souvent !), l'auteur s'est intéressée  aux travaux artistiques des femmes américaines dans deux domaines : peinture et travaux textiles  (broderies essentiellement tapisserie à l'aiguille et quilts , avec souvent un mélange  textile, broderie et peinture notamment (donc on n'innove pas au XXI siècle, en le faisant). Le livre est constitué de témoignages  relevés dans les journaux intimes de l'époque ou des ouvrages littéraires autobiographiques  et d'illustrations desdites oeuvres . Il est rare bien sûr qu'oeuvre et texte coïncident puisque si les artistes ne sont pas toutes anonymes,  elles sont restées inconnues, pour la plupart .

De ces femmes  oubliées Mirra Banks écrit en présentation : (je traduis pour la commodité de la lecture )

" Rarement conscientes d'être des artistes, ces femmes essentiellement occupées à élever des enfants, assurer l'organisation des fermes et des maisons, ces femmes ont cependant embelli chaque phase de leur expérience, depuis l'enfance jusqu'à la  vieillesse et exprimé tout ce qu'elles ont appris de la vie et de l'art  dans un travail  décoratif d'une étonnante beauté " .(à noter que décoratif ne signifie pas ici juste pour faire joli, comme chez nous!)

 Le livre suit effectivement les époques de la vie de ces femmes d'autrefois .

La première partie évoque l'époque de l'école et l'apprentissage des samplers de broderies, mais également de l'apprentissage du patchwork -qui faisait partie de l'éducation scolaire- si on en juge par cet extrait d'un livre de Lucy Larcom  A NewEngland girlhood  : "Nous avons appris à coudre un  patchwork à l'école dans le même temps que nous apprenions l'alphabet ; et presque chaque fille grande ou petite a un   couvre lit quilté de son cru commencé avec en vue le trousseau de sa future maison . Je ne suis pas vraiment passsionnée par la couture, mais j'ai pensé qu'il valait mieux commencer le mien de bonne heure. Aussi ai-je réuni quelques carrés de calicot, et entrepris de les assembler, à ma manière habituelle qui est indépendante, sans solliciter une direction.J'aime assortir ces petits bouts de cotons imprimés , parce qu'ils sont les restes de robes que j'ai vu  porter et elles m'ont rappelé les personnes qui les portaient ."

A noter que je pourrais signer aujourd'hui encore les deux dernières phrases et qu'elles me confirment dans l'idée qu'il y avait beaucoup plus de libre  création dans ces surfaces que de nos jours quand on copie ou interprète de très près un modèle avec un pas à pas qui vous mâche tout le travail.

 La deuxième partie concerne le mariage, et la troisième la vie quotidienne . C'est de celle-ci que j'extrais ce témoignage touchant issu d'une lettre d'une certaine Marguerite Ickins à sa grand-mère  :

" Ce travail m'a pris plus de 20 ans, presque 25 (...)Toute ma vie est dans ce quilt (...)Toutes mes joies et tous mes chagrins sont cousus dans ces petits morceaux; Quand j'étais fière de nos garçons et quand j'étais en colère contre eux. quand les filles m'ennuyaient ou m'inspiraient un chaud sentiment de tendresse. Et John aussi .Il est cousu dans ce quilt et aussi nos trente ans de mariage. Parfois je l'aimais et parfois j'étais assise auprès de lui, le détestant, et j'assemblais les morceaux ensemble. Aussi y a -t-il tout dans ce quilt, l'amour et les craintes,mes joies et chagrins, mes amours et mes haines. Je tremble par fois en pensant à ce que ce quilt sait de moi ".

Ce quilt nous ne savons pas à quoi il ressemble ... perdu dans la nuit des temps et c'est bien dommage. Et ce dans un pays qui a plus de considération pour cet art que nous (alors en  France, vous pensez bien !) .

Ce quilt n'est  donc pas de l'auteur de la lettre, mais  illustre la période "wedding quilts" ces ouvrages (ou osons le mot oeuvres )  , c'est un "sampler" aussi montrant différents "blocs" ces carrés qu'on assemble  :

 

 

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Evidemment l'éducation des filles, à cette époque , est religieuse et domestique, et obéit à  une morale qui ferait se dresser les cheveux sur la tête à beaucoup d'entre nous, mais on constate à lire ces extraits de journaux  et de lettres que ça ne les empêche ni d'imaginer, ni de rêver. Tout au contraire. On ne peut reprocher à quelqu'un d'une époque de se conformer au "bien" et à la morale admise de cette époque-là. Que dira-t-on de la nôtre plus tard si les moeurs changent, ce qui est probable ?  Et il est infiniment dommage qu'on n'ait conservé de ces oeuvres que l'idée qu'elles étaient signe de "servage et d'obédience" alors que précisément c'était la zone d'évasion et d'imaginatioon que la société d'alors permettait . Les images en attestent, à chaque page que je ne peux montrer toutes tableaux superbement composés et dont on peut penser qu'ils ont été dessinés par les brodeuses  (certains  mélangent aquarelle et broderie ) et aussi une maîtrise de ce qu'on nomme "peinture à l'aiguille".  Cette oeuvre de Mary Green, datée de 1804 propose une composition parfaite. Un journal atteste qu'à l'école " l'ouvrage d'aiguille ormental est enseigné " :

 

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Et justement cet acte créatif a été occulté , ce livre que j'ai eu du mal à trouver est un des rares qui évoquent ces travaux.

Et  à présent un voeu pieu, à l'égard des millions d'anonymes ou inconnues que nous sommes ... Soyons moins modestes  et si nous créons , faisons en sorte que nos oeuvres soient dignement conservées. On sait qu'on n'aura pas  droit -ou rarement - à une recension côté grands arts, (j'ai eu  ! merci je ne dis pas cela par dépit ou frustration!) mais alors débrouillons-nous nous mêmes : écrivons aussi sur ce qui a suscité nos  créations, ce n'est pas de l'outrecuidance, comme on me le dit, c'est une juste remise en place   d'oeuvres injustement exclues de la culture artistique dite contemporaine. Nous existons dans notre siècle et dans les diversités de nos créations. Faisons savoir que nos oeuvres existent, même si tout est fauit pour nous reléguer dans notre "ghetto culturel".

Et soyons aussi honnêtes, ce qui est pour moi la seule façon valable d'être réellement humbles et modestes : disons nos sources , si nous en avons,  et cessons de faire croire que nous sommes l'auteur du kit ou du modèle piqué à une revue , ou qu'empruntant le graphisme à un peintre abstrait du XX° siècle nous sommes des "novatrices" sublimes , plus artistes que celle qui part d'un poncif de son art. 

Et si nous avons pouvoir à le faire, insistons pour que nos oeuvres aient le droit à la conservation  au même titre que les grands arts, elles valent bien les tas de gravats et de bûches dont les musées  d'art contemporain sont parfois  encombrés .   Si  des capsules de yaourt assemblées sont du  plus grand art textile que nos compositions  (personnelles et signifiantes tout autant )    d'étoffes pourvu qu'on les assortisse du discours congruant le prouvant, écrivons les nôtres de "discours",  je peux aider qui n'y parviendrait pas ..... Faisons des index de nos oeuvres sur nos sites , expliquons, témoignons .... Signons nos oeuvres en indiquant qui a fait quoi : designer- réalisatrice- quilteuse  nous aiderons les historiens du textile futur ;  cessons de faire "profil bas", pour ne pas être (sauf si on le souhaite) des anonymous women du XXI siècle .

 

 

Dscf392red6On peut si on le souhaite et sur ce dernier point m'écrire sur chiffondart@aol.com

 

De la géométrie en art textile- 2

Régulier-irrégulier

 

Il semble bien que si on s'en tient sinon au textile du moins aux matières souples servant à fabriquer vêtements, tentures sacs et objets, quand on use  d'assemblages de formes venues de sources diverses-  on ait eu le choix entre mettre ensemble les pièces récupérées telles quelles ou  de les retailler pour  composer avec les chutes des géométries régulières (celles-ci présentant souvent l'avantage d'offrir des coutures droites en principe plus faciles à ajuster ), même si les motifs avec courbes régulières, bien entendu existent aussi.

On peut aussi évidemment retailler ces morceaux dans toute autre forme souhaitée : figurative, stylisée, mais en ce cas on a  plutôt tendance à les appliquer sur un fond  surtout quand la forme devient complexe et la technique dite d'appliqué est considérée souvent  comme une forme de broderie plus que de couture (il n'y a pas à proprement parler "assemblage", ou plus exactement la jonction se fait par superposition.

On distingue donc  dans les oeuvres en patchwork qu'elles soient anciennes ou contemporaines diverses approches de la géométrie selon  ses formes et la disposition de celles-ci.

La géométrie irrégulière  préservant la forme des étoffes telles quelles c'est le royaume du crazy quilt. On le fait remonter à la fin du XIX° siècle, et précisément  la centennial exposition  à Philadelphie en 1876  où des vases japonais craquelés auraient donné l'idée de type de quilts. Mais je crois qu'on confond la mode du crazy  victorien, très orné, qui s'est développée à ce moment-là et la naissance de l'art de la "chute folle"; on trouve bien avant des assemblages de pièces irrégulières  ne serait-ce que par souci d'économie.(et ce dans pas mal de cultures différentes). Il existe dans le livre Le patchwork ou la désobéissance de Claude Fauque la photo d'un caraco en formes irrégulières datant du XVIII° siècle (et français!) .

On voit aussi dans le livre Abstract design in American quilts  déjà cité ce crazy très dépouillé qui n'a rien de victorien , mais qui est un crazy quilt au sens de formes irrégulières emboîtées et rebrodées sur les coutures.

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La plupart des spécialistes des quilts assimilent cependant crazy et étoffes très brodées, même si nombre d'oeuvres, même en tissus précieux sont juste ornées sur les coutures, et souvent en morceaux  réguliers. Les  caractèristiques  précieux/ brodé l'ayant emporté sur celle de morceaux irréguliers utilisés tels quels .

.On peut voir des crazys quilts à l'ancienne sur nombre de sites en tapant antique crazy quilts dans un moteur de recherche.

Ces formes irrégulières sont elles-mêmes souvent incluses dans des formes régulières : carrés; losanges , bandes verticales, comme je l'ai fait dans l' Arlequin fou :

 

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Mais , il arrive aussi que la surface de fond  sur laquelle les tissus sont posés au lieu d'être constituée de morceaux recousus ensuite, soit  d'un seul tenant, ce qui n'empêche  pas d'y intégrer  des formes régulières :  ici les "roues" symbolisant les hasards du mariage .

 

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.Crazy quilt rébus ou l'heureux mariage

 

Aux formes irrégulières des crazys peuvent s'ajouter celles des quilts Afro-américains des  Gee's Bend nés au XX iècle et qui sont devenus célèbres pour leur fantaisie de formes , l'équilibre des compositions et la sobriété des tissus utilisés (en tissus unis)  En revanche pas ou peu de matelassage . On peut en voir sur ce lien .

 

- Des formes régulières diverses travaillés en ensemble   comme dans les quilts dits dahlias, les grandes étoiles notamment qui sont des "classiques" de ce type de disposition .

L'étoile des quatre saisons réinterprétation d'un quilt de Mary-Evangeline Dillon . Ces étoiles sont presque le stéréootype du quilt américain et souvent dans les livres sur art et étoffes c'est  eux que l'on voit ...comme si l'art du quilt s'y réduisait, lui qui est si varié !

 

 

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La géométrie en formes identiques répétées  :  carrés, triangles, hexagones ou toute autre forme pouvant s'emboîter par tessellation.  On lit parfois que de telles surfaces seraient plus "simplistes" que les élaborations savantes à partir de géométries plus complexes , mais ce n'est pas mon avis d'autant qu'on peut par travail de pixellisation notamment reconstruire avec ces tesselles des tableaux personnels  (pas seulement des copies de photographies ) ).Les charm -quilts ces quilts comportant 999 morceaux (parfois davantage) identiques par la forme, mais tous différents par les étoffes font partie de cette catégorie.

Dans ce quilt Jaillissements  j'ai utilisé les tesselles carrées pour reconstituer une de mes créations numériques :

 

 

Jailesements redjpg

Mais j'aime aussi à en bâtir des surfaces plus classiques témoin ce Petite fleur fait pour illustrer par saturation -un peu ironique et distanciée par rapport au thème- les tissus à fleufleurs :(c'est aussi un charm-quilt aucun tissu semblable à un autre)

Petites fleur detail

 

 

 La géométrie dite en blocs ces carrés répertoriés par les quilteuses américaines, mais qui existaient déjà en Europe avant la naissance des Etats-Unis, comme on semble trop souvent l'oublier et notamment en Europe du Nord (La Suède entre autres a un bel "héritage"et bien évidemment le Royaume-uni ) .Et même hors d'Europe comme le souligne le début de cet article .

C'est une de mes approches favorites,  j'ai expliqué maintes fois pourquoi  : il existe des milliers de blocs et pour chacun une infinité de possibilités  de  création personnelle en étoffes en adéquation avec la géométrie choisie (à noter que tous ces carrés ne sont pas remplis de formes géométriques, mais une bonne partie) .

On peut faire avec eux absolument tout ce que l'imagination propose et on ne voit vraiment pas pourquoi ils ont été , à une  certaine époque, assimilés à un patchwork "planplan", pépère et sans imagination. On peut bâtir sur une simple juxtaposition comme ce Melting pot :

 

 

Melting pot 3Ou bien encore en déformant les blocs au point qu'il est difficile de les reconnaître comme  dans le Feu sacré :

Le feu sacr jacqueline fischer art textilejpg

Des recueils de blocs ont été constitués très tôt comme aide mémoire et propagation d'un art. Et comme en point compté ou broderies; les quilteuses ont fait parfois des "samplers" ces échantillonnages  de blocs tous diffférents et j'ai obéi à cette coutume en voulant tester les blocs les plus difficiles du logiciel Block base (déjà cité )  Le sampler délicat  :

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Evidemment on ne peut oublier les compositions des Mnemonites et des Amish célèbres pour l'utilisation des étoffes unies , les formes simples et l'audace de leurs coloris ainsi que souvent un matelassage très sophistiqué. A noter que les quilts Gallois antérieurs dans le temps présentent des ressemblances . Pour ma part je n'en ai pas réalisé, les tissus unis et le matelassage n'étant pas mes modes d'expression en tissu préférés et mon but n'est pas de suivre, ni de reproduire ce qui existe déjà . Ce qui ne m'empêche pas de les admirer chez les autres. On peut voir des quilts anciens Amish sur ce site

Les quilts  dits en médaillons construits autout d'un bloc central auquel on rajoute des rangées sur chaque côté  qui serait une spéciialité britannique. Le quilt Home sweet Home s'apparente un peu à ceux-là  :

 

Home

 

 

 

Les géométries jugées plus contemporaines ont souvent préféré les bandes décalées , les carrés un peu de guingois, et les livres d'art quilts regorgent d'ouvrages de la sorte .On peu aussi s'amuser à ce petit jeu (que j'ai fait) taper  geometric art quilt, puis comparer avec les oeuvre de Klee , Kandinsky, Rothko, sans oublier Vasarely et Mondrian pour voir que là l'inspiration se veut "noble" et côté Beaux-arts.

On peut compter comme "contemporain " tout ce qui s'éloignerait des formes précédentes jugées elles traditionnelles, mais à dire vrai et je l'ai souvent montré le clivage entre le deux est souvent  très discutable. 

La  vague des modern quilts privilégie les grandes surfaces unies avec un matelassage très élaboré (le plus souvent sur machine long arm  ) je renvoie sur ce lien où je les ai déjà présentés .

Mon quilt Eclats de Soie s'en rapproche  :  je ne refuse pas une tendance" quand j'ai quelque chose à dire avec elle :-) non plus , il ne s'agit pas de refuser ou nier  les influences, mais de sélectionner en chaque genre ce qui convient à propre expression  :

 

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 Et en conclusion rappelez-vous ces oeuvres qu'on les aime ou pas sont des surfaces abstraites, exprimant des visions géométriques de l'espace mais en   tissus parce que  le tissu a pour moi des caractéristiques que la peinture ne me donnerait pas -son toucher ses reflets, ses imprimés, son histoire . Pas  seulment de jolies couvertures. Merci de le comprendre.

De la géométrie en art textile

De la géométrie en art textile -1

 

Introduction

Dans mon livre Jeux d'étoffes, impressions, expressions  je pose déjà la question du regard sur la géométrie, surtout régulière, répétive et symétrique, dans les surfaces textiles. 

Et évidemment plus précisément en assemblage d'étoffes. J'ai toujours contesté la notion selon laquelle il y aurait des géométries "traditionnelles" et d'autres "contemporaines" voire aujourd'hui "modernes" avec la vogue des modern quilts. J'ai contesté surtout le fait que l'emploi de certaines formes comme le labyrinthe vous donnait l'aura de la véritable artiste puisque ce labyrinthe était classé  "contemporain" dans les années 90, notamment, , on ne sait pourquoi (à croire que Dédale était un perdreau de ces années-là !) mais une étoile par exemple, c 'était traditionnel et donc "artisanal" pas le moins du monde artistique, du moins côté "grand art" . Je me bats contre ce genre d'absurdité depuis des décennies.

Autre question qui m'a taraudée :pourquoi donc les abstractions des quilts, antérieures et très largement aux peintures abstraites géométriques, sont-elles reléguées côté "arts appliqués-décoratifs" juste là pour faire joli,et/ou réchauffer ....  mais que lorsqu'un grand art s'en  empare -des siècles après, là ça devient génial ...intéressant . J'ai obtenu des éléments de réponses mais aucune ne m'a satisfaite (et notamment le fait que le dames qui cousaient n'auraient pas  eu de "démarche", que donc ce n'était ni classable dans un "mouvement" , ni analysable avec les méthodes de critique d'art habituelle. Cela ne tient pas car beaucoup d'artistes du passé n'ont été inclus dans écoles, mouvements et influences diverses qu'après coup, et non de leur vivant. L'art et l'artisanat ont même souvent coïncidé !  Evidemment si on met d'office  hors champ de la culture générale et qu'ensuite on constate que ça n'est pas vraiment de l'art  parce que "ça se saurait" , depuis le temps ... on ne laisse guère de chance à ces surfaces d'être regardées autrement que comme de "jolies couvertures" .Comment cela pourrait-il "se savoir" si on ignore tout ou presque de qu'on relègue ?

 J'aimerais donc  ici inviter à aller y voir de plus près . Notre art est mal connu  même de celles qui le pratiquent et même d'un bon nombre qui se disent "expertes" . Moi-même je sais que je ne sais pas tout, très loin de là, car le savoir en cette matière est dispersé, lacunaire, difficile à étayer sur des études complètes .Le plus souvent les livres sont pratiques.... et je me sens deux tâches : l'illustrer par autant d'oeuvres que je puis en  créer, et partager ce  que j'ai appris sur lui au fil des années . Et si possible, aussi,  en dehors des "cercles" patchwork-art textile . Si une géométrie peinte atteint à l'universel , une cousue le pourrait bien aussi, si on l'y autorise. Plus exactement si on fait effort de s'informer ...et de regarder comme une surface comportant des formes et des couleurs choisies  par décision de la personne qui l'a conçue et cousue (et qui hélas ne coÏncident pas toujours, problème crucial) .

Un peu d'histoire .... et de géographie.

On ne peut évidemment pas dans un article à lire sur écran être exhaustif sur ce vaste sujet , je renvoie en cours d'article à des liens et pur les sources aux livres dont j'ai déjà rédigé la recension sur ce blog (notamment Quilts around the world de Spike Gillespie)               o

 

En Europe une des premières oeuvres textiles géométriques connues est un ouvrage anglais daté de 1718 et appelé "The Coverlet" . On peut ne pas apprécier ce genre de composition mais force est de reconnaître que c'est un usage de formes abstraites à des fins esthétiques , et que c'est en tissus .... et même à décomposer en ce qu'on nomme "blocs" c'est à à dire carrés subdivisés eux-mêmes en formes ou décorés d'un motif .  On peut la voir sur ce site ...

 

Plus tôt encore dans le temps et ailleurs  les quilts retrouvés  dans les  grottes des mille Bouddhas sur la Route de la soie à partir des  années 1900 . Entre autre nombrex objets d'art, on a mis au jour des   pièces en patchwork géométrique montés  de façon analogue à nos méthodes de couture main et avec des formes ressemblantes, datant probablement du VIII° siècle de notre ère,qui sont décrits comme étant composés de triangles et de rectangles et qui seraient conservés , en partie au British museum.

A méditer par celles qui affirment que le patchwork géométrique serait "américain" exclusivement .

Au Pakistan et à l'ouest de l'Inde on trouve la tradition des "ralli quilts" dont certains historiens pensent qu'ils remonteraient à 4000 avant Jésus-Christ  au vu de leur représentations sur poteries ou autres témoins de  ce passé très lointain.

Liens vers une présentation des ralli quilts

Et puis en France le collectionneur Michel Perrier a rassemblé des quilts. Beaucoup datent du XIX siècle , et ces géométries n'ont rien  envier aux à celles développées  aux USA et au Royaume Uni, même si on souligne que les techniques d'assemblage et l'esthétique en est sensiblement différente . Plus de la moitié de ces quilts  est fondée sur des géométries régulières, signe que dans notre pays ces types   d'assemblages ont dû exister et déjà auparavant (seulement comme je l'ai maintes fois souligné jugés indignes sans doute d'être conservés les plus anciens ont été probablement perdus  ou détruits ) .On voit affirmer  que la France n'a pas une culture du patchwork,  ce qui n'est pas faux, mais c'est surtout conservation, transmission et étude de ces oeuvres en tant qu'objets d'art abstrait (et non pas seulement populaire) qui fait défaut. La pratique elle existait bien ! La preuve! (cf l'article sur le livre Mosaïques d'étoffes)

 

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A noter que le Sud de la France  connu surtout pour le boutis et le piqué marseillais ,  recèle quelques trésors d'assemblage notamment des hexagones et  également, en Corse les centupezzi   que la quiteuse Anne Marie Voigt Vincentiguerra a fait connaître.

Et le souhait aussi que tout ce qui se crée à notre époque dans ces "genres" nullement obsolètes, soit répertorié,indexé,  conservé et étudié et non finir en chiffons .

 

 Si pour les géométries repertoriées et inventées par les américaines, il existe bien sûr une pléthore de livres; essentiellement pratiques  . L'encyclopédie de  Barbara Brackman, sur laquelle repose le logicie  Block base (dont je ne cache pas qu'il est une de mes sources d'inspiration ) est une des plus complètes . A noter que bien, sûr , beaucoup de ces dessins existaient depuis la nuit des temps il suffit de consulter un livre de motifs pour s'en convaincre. Mais les noms choisis  qui font allusion à la vie quotidienne ou à l'actualité politique ont contribué à insérer ces motifs dans une culture. Chose qui en France, ne s'est jamais produite pour la raison simple que notre beau pays aime bien dévaloriser les uns pour élever des podiums  aux autres et que la scission Beaux arts / arts appliqués sévit toujours qui interdit aux seconds d'avoir droit à des études comme étant nés d'une imagination, d'une démarche cohérente venue d'un individu "artiste".

  Ainsi Le collectionneur Jonathan Holstein venant en France exposer ses "Abstract designs in American quilts" ,dans sa relation de l'aventure, souligne qu'il n'a eu droit qu'aux musée des Arts décoratifs (l'effet ghetto !) alors qu'aux USA il avait réussi à convaincre le "curator" du Whitney Museum de la valeur esthétique et expressive de ces oeuvres. Outre le livre sur le sujet dont j'ai fait un compte rendu lisible sur  ce blog, on peut avoir sur ce lien une idée de ce que fut cette exposition, capitale dans l'histoire ce la reconnaissance de notre art.

Reconnaissance qui malheureusement est restée pour diverses raisons très limitée  dans le temps et  ce que je nomme "la corporation". Hors des milieux spécialisés, personne n'en sait rien.  A  art dit  mineur pour ne pas dire minable, pas d'histoire universellement partagée ! Juste des essais de percée non transformés !

J'ajoute avec fermeté qu'en France il y a eu malheureusement fin 90 et début des années 2000 cette scission entre les géométries "nobles" et les autres . Donc relégation des secondes au profit des premières. Bref , il fallait faire des surrfaces qui ressemblaient   à ce qu'on voit dans les vrais arts et surtout pas que ça ait l'air "trop patchwork", comme on m'a dit mille fois cgez les artistes se voulant novatrices (rien de tel que de ringardiser un courant ou un genre pour s'affirmer original ! )  ..  Et aux USA, même si c'est plus ouvert , certains historiens du quilt soulignent cette scission (tout le monde l'admet sans la mettre en  cause dans les milieux patchwork et art textile )  .D'où le terme art quilt , apparu dans les années 90, s'opposant au soi disant traditionnel qui lui donc ne serait pas de l'art côté Beaux-arts.  Et je montrerai par l'analyse d'un livre, à la fin de cette étude,  combien cette scission est contestable et peu rigoureuse .Mais pour le moment penchons nous sur les différentes formes de géométries utilisées dans quilts et patchworks.

 

 

(à suivre)

Maison des arts textiles & du design

Je suis comme on le sait soucieuse de conservation et de rayonnement des arts textiles et je voudrais présenter ici la maison des arts  textiles et du design de Flavigny sur Ozerain,  dont le site se trouve sur cette page  :

http://www.algranate.com/

L'existence de tels lieux m'a toujours semblé une excellente initiative, je ne puis donc que soutenir notamment   tout ce qui a pour vocation de faire mieux connaître ce qui se rattache à notre art   et ici, donc , une structure à la fois respectueuse du passé et de ses transmissions, du contemporain ,  et de l'avenir .
 Cette année a été créée  une Académie (dont j'ai l'honneur d'être membre )

 Pour la présenter je laisse la parole à Marie Algranate :

 

Pour la Maison des Arts Textiles & du Design, l’Année 2016 se termine avec la remise en œuvre de l’ancienne association « IMAGINE » sous la nouvelle identité d’ACADÉMIE TEXTILE - Patrimoine, Art, Sciences et Techniques, afin d’œuvrer au mieux dans les différents domaines qui nous tiennent à cœur. Il devient important de tisser des liens entre les exposants, sympathisants, donateurs et autres visiteurs, et d’intégrer tous ceux qui gravitent autour des différents outils du Patrimoine que sont l’art, les sciences et les techniques, dans le cercle qui se constitue peu à peu autour du musée d’Algranate.
Le siège social est fixé à la Maison des Arts Textiles & du Design - 3, rue Lacordaire à Flavigny sur Ozerain, et l’ACADÉMIE TEXTILE se donne pour missions de veiller sur l’œuvre, la mémoire et les collections reliées à ALGRANATE, de fédérer les Amis du musée, de tisser des liens culturels entre Patrimoine, Art, Sciences et Techniques, et d’encourager la création contemporaine. Elle se compose de toute une diversité de membres, ce qui nous permettra d’accueillir, de valoriser, et d’honorer ceux qui, à des titres divers, contribuent à la notoriété du musée. Les cotisations ont été revues « large », pour que chacun puisse se sentir à l’aise et que rien ne vienne entraver les bonnes volontés.
L’ACADÉMIE TEXTILE démarre avec un fort pourcentage de membres bienfaiteurs, ce qui est un important signe de vitalité et atteste d’un capital de sympathie inestimable dont je remercie très chaleureusement tous ceux qui contribuent depuis quelques années à la densité et à l’intérêt des collections du Musée d’Algranate. Parmi les plus remarquables dons qui ont été faits au musée se trouvent des objets emblématiques du passé de Flavigny, des objets du patrimoine rural (textiles et autres) et des livres dédiés à la Bourgogne, mais il faut aussi vivement remercier les collectionneurs qui nous ont fait don d’éléments textiles Miao, chinois et indonésiens en excellent état, d’objets africains remarquables, de livres sur ces cultures, tout en enrichissant de commentaires, de conseils pertinents et de dialogues sympathiques, qui sont autant d’encouragements, leurs dons au musée.
Je remercie aussi pour leur soutien amical les amis qui, depuis des années, sont des fidèles du projet pédagogique de Daniel ALGRANATE.
L’ACADÉMIE TEXTILE se donne pour objectif de valoriser les arts du fil et tout ce qui s’y rattache, ainsi que les matières vivantes et leurs valeurs fondamentales, qui sont celles de notre mémoire collective. Nous souhaitons que cette ACADÉMIE rapproche tous les passionnés qui attestent de la vitalité d’une création dont la générosité et l’intelligence n’altèrent en rien les ressources de la terre, afin d’épauler ce domaine qu’il est important de soutenir et sur lequel il serait intéressant de veiller dans l’esprit d’ALGRANATE, c’est à dire pour la création première et non en « interface » de machine programmée ! Le fil est l’une des idées géniales de l’intelligence humaine, au même titre que le feu, la pierre taillée ou la roue. C’est le vêtement qui a protégé l’intelligence, permis les grandes migrations, et c’est le lien qui a développé les grandes coopérations entre l’humain, l’animal et le végétal. C’est sans doute la plus remarquable invention, celle dont découlent aujourd’hui toutes les ingénieries contemporaines. Que serions-nous sans les tisserands et les horlogers, sans le fil et la roue dentée, l’échappement, l’étoffe et la programmation, le lien et la maîtrise…. Il ne tient qu’à nous d’en extraire les éléments les plus positifs et de régénérer ces dialogues avec la Matière de l’Art, cette belle matière dont la Bourgogne est riche et généreuse.
L’ACADÉMIE TEXTILE s’attachera à faire le lien entre les valeurs du passé et celles qui en découlent, à veiller sur les techniques d’hier, souvent plus économiques et basées sur des complémentarités plénières, pour mieux les intégrer à celles de demain. Nous avons de beaux exemples de Design dans les collections du musée d’ALGRANATE, où la forme et l’ergonomie fusionnent pour mieux répondre aux besoins techniques, sans excès, en douceur, en suivant des chemins techniques concrets, objectifs et surtout parfaitement adaptés au réel qui est la clef de toute action vraiment durable. Ici, pas de machine qui ne réponde à la main. Tout ce qui vous est présenté dans la Maison d’ALGRANATE est en lien avec la vie, le rêve, l’intelligence non prédatrice, seuil de création libre, et proche de la beauté si particulière que l’on trouve dans la Nature.
Le travail d’ALGRANATE repose depuis toujours sur cet équilibre des bases, la qualité des matières, l’intelligence du métier, une certaine forme d’autonomie de l’artisan mais toujours en lien avec ses origines : la terre et le travail de la main au rythme du cœur. Il aura toute sa vie fait le lien entre ces domaines sans jamais rien rejeter des fondamentaux de ces intelligences. Il aimait sentir la terre sous sa main avec la même jubilation que pour la soie ou le métal. Et il avait coutume de dire que tout est lié. À ses étudiants, il avait à coeur de transmettre des bases, des langages d’intelligences techniques, des procédés aussi intuitifs que précis, tout en respectant les identités et les personnalités de chacun. Oui, c’est vrai, il était très exigeant pour la base technique qui devait être irréprochable, mais quelle humanité autour !
La Maison des Arts textiles & du Design émerge aujourd’hui de ses ateliers et de son travail, d’où la renaissance de cette association qui, tout en lui étant dédiée, est structurée pour dynamiser en réseau ces patrimoines de haute virtuosité qui ont beaucoup souffert de la progression des machines, du mépris des industriels et de l’inconscience de hauts responsables, sous couvert de progrès. L’ACADÉMIE TEXTILE est déjà un espace de dialogues référentiels et de rencontres, alliant saveurs et mémoires, création et reconnaissance des anciens. L’objectif est de travailler à la conservation active des patrimoines issus des arts & métiers, et d’attester d’une création toujours vivante, mystérieuse, attractive, dynamique…. dans les règles de l’art.
Cette Académie, donnez-lui sa forme. Vous y rencontrerez d’autres passionnés et des projets complémentaires aux vôtres. Nous espérons qu’elle portera vos couleurs, qu’elle sera vôtre, comblera vos vœux, vous apportera un espace amical et ouvert à vos rêves, à vos projets, qu’elle répondra à vos demandes et que vous y serez bien...
Marie Algranate
 
Donc, si vous avez des idées, n'hésitez pas à rejoindre cette structure qui me semble particulièrement ouverte et accueillante !
On peut consulter également la page Facebook 
Et si vous habitez la région toute bonne volonté pour aider est bienvenue !

Broderie et dessin

On lit souvent qu'un bon brodeur doit savoir dessiner... En fait c'est à mes yeux très vrai et très faux! et j'attends aussi avec impatience le jour où on exigera avec la même logique qu'un bon dessinateur sache aussi broder. Ou qu'un photographe qui en général sait composer sache aussi dessiner ...ce qui est parfois le cas, mais sans obligation !

 

Zola le note incidemment dans son roman le Rêve et Saint- Aubain le célèbre théoricien de l'art du brodeur l'affirme aussi.C'était  une époque où le dessin était le seulou du moins le principal moyen  de reproduction d'une réalité ou de quelque chose d'imaginé (même si la phographie existait déjà à l'époque de Zola) l'image de "reproduction"était moins facile  d'accès qu'aujourd'hui.


 Mais il est permis de remarquer qu'aujourd"hui  les moyens techniques du dessin et de reproduction  ont prodigieusement changé, . On peut décalquer à partir d'une photo , ou retravailler à partir d'un logiciel ... et certes on peut aussi prendre son crayon ; mais si on retrace alors un modèle déjà existant, on ne fait que changer d'outil (une ligne droite peut-être tracée avec une régle ou un ordinateur, cela reste une ligne droite !) , et finalement qu'on emprunte ce "modèle" à la tradition, à une photo, à la nature ou qu'on use d'un dessin lbre de droits déjà existant ... cela ne devrait pas constituer un moyen de classer ou d'exclure ... style :  "les grands brodeurs savent dessiner ., les autres non" . (déjà il faudrait voir quoi ,comment,  dans quelle visée ?) d'autant que bon nombre de grands créateurs ont des archives qu'ils n'hésitent pas à utiliser et dans lesquelles les dessins ne sont pas tous issus de leur cerveau créatif ! Le fameux "droit à l'inspiration " et la création qui viendrait de la "nouveauté du modèle" -le modèle n'étant pas que le dessin pour un brodeur, mais la broderie et son élaboration . Je dis bien : élaboration ett non simple exécution .

Et cette élaboration propre à la broderie constitue un art tout aussi complexe et difficile, par lequel  on peut tout aussi bien que dans un autre art  faire un travail expressif et personnel..même si on part d'un dessin "emprunté".

La création, donc  celle qui à mon sens signe le style du brodeur c'est moins(ou pas seulement)  un dessin particulier que la manière dont il va rendre ce dessin en points et fils ..comme un photographe d'un monument célèbre ne prendra pas  le même cliché de la même réalité  qu'un autre photographe : point de départ identique mais changement par l'art qu'on exerce et non point forcément virtuosité dans un autre art (le dessin) puisque sa base est moins nécessaire qu'autrefois ...On ne demande pas au photographe non plus d'avoir construit le monument ça paraîtrait absurde, pourtant on demande bien au brodeur de posséder plusieurs arts en plus du sien propre déjà si exigeant ! Or,je suis persuadée que cette exigence élitiste (main mise et primat des Beaux-arts sur reste une fois de plus!)  bloque une expression qui existe : celle par les matières, les fils et les points et qui constitue tout de même l'essence de cet art., dans une optique créateur (celui qui dessinerait) et petites mains qui ne feraient qu'éxécuter. ? On n'éxécute pas quand on passe un dessin en cet art diffcile qu'est la broderie on le crée en tant que broderie, si on choisit soi-même composition, échelle , disposition, répétitions support, , points et fils. On exécute si on prend un modèle de revue où tout cela a déjà été fait ou si on suit les desiderata d'un styliste de renom dont on est effectivement l'éxécutant (il ne s'agit pas de créer soi même mais parfois  d'entrer dans les désirs -parfois vagues et évasifs parfois précis et exigeants d'un créateur "commanditaire".Et on interprète si on suit avec quelques légères modifications par exemple faire la même chose points t fils compris en changeant juste la couleur, là création-là  -en broderie s'entend- est très partielle.

 Or tout cela n'est pas bien clair dans l'esprit du public  non initié ni des pratiquant(e)s .

Démonstration :

Soit  ce dessin de feuille tracé par moi -ce que tout le monde peut faire , absolument tout le monde !- je l'ai réalisé en points et fils différents  : .C'est aussi un répertoire dit sampler en anglais  : exercice d'entraînement et répertoire  des points et de leurs aspects en différents fils .. .. des possibilités diverses de rendre cette simple forme de feuille en broderie. c'est aussi la base  d'un projet texte-textiles qui sera présenté plus tard ..Rien qu'avec mes idées d'interprétation de cette feuille et les techniques que je maîtrise ou essaie,-et là tout le monde ne le peut pas , du moins pas de la même façon-  je pourrais faire des dizaines et des dizaines de feuilles issues du même dessin, mais toutes différentes ...n'importe quelle brodeuse peut le faire , mais chacune aura ses interprétations où le dessin de base ne jouera pas une part prépondérante  et sera limitée à la fois par son imagination et ses capacités techniques ..... Ajoutons que cette approche basique, revalorisant le travail propre à la broderie comme étant la créaton essentielle de cet art, peut se faire sur un dessin  issu de la tradition , d'une photographie, d'un dessin numérique ... ou même sans dessin du tout  on se dit : maison et on décline des maisons brodées à l'infini par exemple ..en improvisanr de l'aiguille le tracé ... c'est applicable également  aux autres arts, mais en ce cas ce ne serait plus de la broderie  preuve que l'art du brodeur n'est donc pas essentiellement dans le dessin....je pourrais par exemple faire des dizaines de métamorphoses numériques du dessin de départ (et même les rebroder pour faire non pas du mixed media qui est mélange de matières) mais du pluritechnique ...Ce qui me limite : le temps uniquement le temps ... broder est chronophage... certes pas les idées de création autour de ce simple dessin , qui est "de moi" mais tellement simple que ce n'est pas lui qui compte comme "création", mais bien tout le travail textile autour de lui.

 

 

Bonnes feuilles scan1petit01

On  voit là que par la broderie  n'est  "ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même ."et que le choix d'u point notamment amène de légères adaptations de la forme. Encore ai-je assez peu joué sur le même point en d'autres couleurs ou d'autres fils le même point orienté autrement le même point irrégulier ou régulier etc..Et pour moi oui l'essentiel de mon art de brodeuse est là , pas dans des capacités de dessin académiques ou virtuoses ....et pas non plus dans la faculté (que je possède) de faire du mixed media avec cette feuille -ce que je compte faire aussi mais si je peins, je ne dis pas que c'est une broderie "innovante" pas plus que si j'imprime, je dis que c'est un autre art !

Les arts textiles sont toujours jugés soit selon l'optique artisanale du bien fait parfait pas un point qui dépasse, et ce, souvent,  aux dépends de l'expression et de l'émotion ..soit selon les normes Beaux-arts (primat du dessin ou usage de la peinture) soit selon une innovation parfois très discutable ...Je peux le faire  en ficelle raphia ou lanières de plastiqus ou même encore en fils de colle mais je ne le ferai pas pour innover ou paraître originale à peu de frais parce qu'user de ces matériaux serait plus récent et tellement plus "génial" comme je vois souvent écrit ça et là ou pensé très fort ..que fil de soie, de coton, de lin ou de laine ... ou encore pour faire plus "art brut" ou plus "ethnique" ....

J'aimerais qu'un jour enfin il y ait des gens pour se demander ce disent les points choisis, les fils choisis  indépendamment du dessin de base ....Un peu comme un photographie -où la - on regarde la manière dont on a joué avec la composition, l'angle de vue, la lumière ....Outre que la maîtrise de l'effet de lumière sur les points se retrouve chez les brodeurs les plus avancés ....(simulation du relief ou usage du relief lui-même) ... La broderie est écriture, sculpture bien plus que dessin à cet égard ...

Et pour prouver que dessiner à main levée n'est pas si difficile , et/ou que je ne prêche pas pour ma paroisse ,même pour la non spécialiste en dessin d'art que je suis , voilà une de mes pages' d'entraînement  ....fleurs reprises de modèles sur les étoffes ou ailleurs ou imaginées comme dans le précis de botanique alternative ...premier jet à parfaire donc ou adapter le cas échéant  ..Si j'y parviens, c'est que ce n'est pas difficile car non je suis pas dessinatrice d'art, je suis artiste textile ici valence brodeuse ...

 

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cahier de couture professionnelle

Le cahier de couture

 

A côté des catalogues d'échantillons d'étoffes, je recueille aussi des cahiers "techniques" d'écolière ou d'apprentie .

 Ici il s'agit d'un cahier d'enseignement professionnel à la couture, il n'est pas daté mais d'après les dessins de robes qui y sont esquissées, je dirai années 50... C'est très différent d'un cahier d'enseignement général, où on ne trouve pas des exercices spécialisés autres que ceux qui peuvent servir en couture domestique; là il s'agit d'apprendre les finitions "couture" des vêtements ,de manière impeccable.

 

Cahier de couture 2

 

 

Le cahier comporte des exercices techniques réalisés avec une perfection certaine, plusieurs en sont absents pour avoir été placés "au tableau d'honneur"

 

Cahier couture 8.

Parmi eux, j'en ai reconnu que j'ai appris -en autodidacte et avec certes moins de qualités de bonne finisseuse- l'art de la couture vestimentaire réside souvent dans ce fini ...

 

Cahier de couture

le col Claudine
 

Cahier de couture 1le travail de nervures

 

Cahier de couture 7les  brides en tissus

Je rappelle au passage que la couture en patchwork, n'a pas forcément   à obéir à ces exigences ... si on voulait bien la concevoir comme une expression où les tissus différents deviennent un langage ,et où l'assemblage peut devenir symbolique ,   et non comme une recherche un peu vaine et creuse de "bien cousu" .. ou plus exactement si perfection il y a , elle devrait être au service d'une expression personnelle, sinon de fait on reste dans la "confection" et non dans la création ... ..L'exactitude  exigée de manière un peu trop rigide  des assemblages mène souvent à réduire notre art à un exercice de couture et non à une expression par étoffes, ce qui ne veut pas dire que j'admire le salopé pour faire "contemporain" ; il me semble qu'entre les deux écueils réfléchir simplement à ce mot "assemblage" ....et à la différence qui existe entre un vêtement et une surface à visée autre qu'utilitaire ... 

Même si autrefois confectionnant mes propres vêtements j'ai su faire -beaucoup moins parfaitement !- certaines de ces finitions,  on comprendra ce que je veux dire quand je déclare que je ne suis pas une  bonne "couturière" ...et que pour moi le patchwork n'est pas essentiellement de la couture .Ce qui ne m'empêche pas d'admirer béatement la maîtrise technique de tels exercices !

Dentelles décalées

Je vis dans une région, le Nord de la France, où la dentelle est très présente. Valenciennes bien sûr, mais aussi les dentelles de Calais et de Caudry. Et je n'oublie pas la proximité de la Belgique, si riche dans cet art.

Et au delà encore l'idée que le mot "dentelle" recouvre de nombreuses techniques : le point commun c'est entrelacer des fils sans support (avec support le même point devient broderie).: dentelles à l'aiguille, au fuseau, au crochet , en tricot  d'art et aujourd'hui faites à la machine à coudre pour ne citer que quelques techniques. Sont souvent rapprochés des dentelles tous les points ajourés sur étoffes (broderie anglaise, Richelieu, Renaissance) et dont certains comportent des inclusions de dentelles existantes (broderie de Touraine) , et tous les points ajourés à fils tirés rebrodés, mais ils ne sont pas au sens strict du mot, de la dentelle.La  "dentelle" sur filet ou sur tulle est à proprement parler plus une broderie sur support ajouré qu'une dentelle véritable, dans laquelle le réseau de fond est créé avec le motif .Sur les sites de ventes les dénominations dentelles et broderies tombent un peu au hasard !

 C'est un accès à un savoir-faire et des métiers d'art dont l'histoire est passionnante qu'elle soit artisanale ou industrielle.  En collectionnant, en lisant mais aussi en  visitant, j'ai beaucoup appris sur cette noble matière, bien que je sois très loin de tout savoir.

Les premières dentelles que j'ai eues  étaient issues  ce que je nomme l'héritage familial , souvent très abîmées, certaines faites main, me semblent aujourd'hui encore de pures merveilles. Ma toute première utilisation fut dans le crazy quilt. L'Arlequin fou commencé dans les années 90 et fini en 2001, exposé à La Bourboule en 2002. J'avais placé les dentelles blanches au centre d'un plan jouant sur les monochromes et les valeurs, ce qui à l'époque était assez inhabituel pour un crazy quilt.

 

Arlequin fou art textile dentelles jacqueline fischer

 

Et puis par les dons surtout de personnes âgées aujourd'hui disparues qui ont si gentiment vidé leurs  trésors chez moi, j'ai eu plus de choix .

A ce stade, je me préoccupais assez peu de l'origine des étoffes, je me laissais juste porter par leur beauté. J'ajoute qu'on peut tout à fait créer ainsi artistiquement,mais voilà j'ai été poussée par  le désir de savoir, la conscience aussi  d'un travail préalable qui me permettait d'avoir ces merveilles entre les mains et sur lequel je voulais en savoir un peu plus regrettant souvent de n'avoir pas l'intelligence assez technicienne pour tout comprendre..Je n'ai jamais pu en tenir un morceau entre les mains sans penser justement aux personnes qui, par ce travail parfois très dur, qui me permettaient de l'utiliser.

 J'ai créé  Le bal des étoiles pour mettre en valeur dans un motif simple (une étoile variable)  ma collection d'alors .

Bal des etoiles 2

Dans les années 2000 l'accès à internet m'a permis d'agrandir mon stock. On le peut aussi sur les brocantes locales, mas j'avoue que pour la casanière que je suis la farfouille électronique m'allait bien  et je la continue !

Pour utiliser une des premières collections que j'ai ainsi acquise , j'ai crée le quilt Laisse les murs dans ta prison .

Laisse les murs jacqueline fischer art textile

Et puis j'ai eu le bonheur de tomber sur plusieurs  collections d'échantillons de dentelles Solstiss et du Noyon , dont on se "débarrassait" . Ce qui est chiffons sans valeur pour les uns peut s'avérer trésor pour les autres et ces dentelles comportaient des morceaux de créations perlées créées pour la Haute-Couture que j'ai beaucoup utilisées et qui font encore mon bonheur.

Dentelles de calais 001

 

et même les plus modestes pas encore ennoblies de cette façon ont dans leur plus grande sobriété trouvé ça et là leur place en mes ouvrages.  J'ai construit le quilt Dentelles décalées en associant des soies texturées en relief "boursouflé" avec une bonne partie de mon stock d'alors , dans un remake d'une disposition ancienne appelée le mur de briques ..Sur la page suivante , vous pouvez voir d'autres utlisations dans d'autres surfaces.

 

Dentelles decalees art textile jacqueline fischer 2

 Je recueille aussi quand l'occasion se présente ce qui vient, hélas, des fermetures d'usines, parfois accompagnées de documents techniques qui sont pour moi à la fois des énigmes, car rédigées dans un jargon codé professionnel, et un accès au mystère de leur élaboration (beaucoup de marhématique et de chimie du côté de ce qu'on nomme les apprêts!) . Ce sera l'objet d'un autre article.

Pour en avoir plus sur la dentelle il y a ce reportage de mon amie Marie-Claude sur le salon de l'aiguille en fête en 2011

, je souligne les oeuvres remarquables des artistes présentées !

Sur ce site de l'entreprise Sophie Hallet vous trouverez des explications sur la confection des dentelles de Calais et  vous découvrirez sûrement des métiers ignorés de vous. Je rappelle que le secteur de la Dentelle de Calais a payé un lourd tribut à la crise économique. En l'intégrant à nos créations , même si elles sont modestes ou estimées telles, nous contribuons à la faire connaître et c'est ce que que je tente, ici,  de faire !

 

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ode à la mémoire ...

Ode à la mémoire ...

Je re-regardais sur Facebook une oeuvre qui y est régulièrement partagée et que j'aime énormément (et pour cause!) il s'agit de la célèbre Ode à l'oubli de l'artiste grande s'il en est Louise Bourgeois. On peut en voir l'histoire sur ce lien , et sur quelques autres.

 

L'esprit dans lequel ce livre est  créé, ce rôle des tissus comme vecteurs de mémoire et témoins de notre vie est pourtant aussi présent dans d'autres oeuvres moins médiatisées, moins relayées pour ne pas dire inconnues du public, ce que je trouve dommage. Le rôle de ce blog est principalement de faire connaître ce qui l'est peu, ou l'est moins.

 Alors j'ai voulu en parler pour mémoire ,  non seulement des étoffes mais de toutes celles qui ont travaillé autour de leurs fragments comme témoins de leur passé, tissage de leurs vies souvent  humbles ou jugées ordinaires.

Et d'abord évoquer cette oeuvre faite à l'initiative de l'association ATD quart monde , et dont je me suis rendu compte que très peu la connaissaient dans le monde du patchwork et de l'art textile. Ne parlons pas du reste du monde de l'art ! J'ignore les raisons de cet oubli, qui n'est pas seulement d'un  medium (le tissu) mais d'une oeuvre.  On l'a appelé le Family quilt  ou le patchwork de nos vies. "morceaux d'histoire de familles du Quart Monde, des cinq continents."

 Le principe était de demander, à des personnes de milieu défavorisé  dans des pays variés, un morceau d'étoffe qui avait compté dans leur vie, accompagné d'une phrase disant pourquoi. Ces morceaux ont été ensuite réunis dans une surface -on a utilisé un block  log cabin libre pour les présenter. Il est à noter que les Guildes de patchwork en ont très peu parlé , en France notamment , elles n'en ont peut-être pas eu connaissance. J'en ai découvert  l'existence par une amie qui m' avait envoyé une des cartes du coffret et j'ai voulu en savoir plus. . L'oeuvre pourtant a été présentée aux Nations Unies le 17 octobre 1994. Atd quart monde a vendu alors un coffret contenant l'histoire de ce patchwork , et des cartes postales représentant les morceaux d'étoffes et les phrases d'accompagnement. J'ai acquis plusieurs coffrets dont il m'est resté un -presque entier ! Je donne aussi le lien de l'association ATD quart monde , qui n'édite plus ce coffret . C'était il y a plus de vingt ans, il est vrai . Mais on peut, si on le désire l'aider à aider, d'une autre façon.

Quelques fragments....

Failiy quilt 1 001 bout jpg

Failiy quilt bout 2Et quelques phrases :

Brassière d'été de nos enfants d'avant qu'on ne nous les retire...

 Bleu de travail d'un jeune sans travail ...

Morceau de robe, j'aimerais qu'on en prenne grand soin :  il est le témoin de tout ce que j'ai enduré

Pan de rideau pour faire un chez nous dans notre caravane.

Toutes sont touchantes , certaines sont déchirantes.

Cette oeuvre pourtant est bien dans la lignée de celle de la grande Louise , à l'exception du fait qu'elle est collective et populaire ...faite par des non-artistes , qui plus est (les couseuses sont restées anonymes ). Je ne dispose pas ou plus d'image en couleurs de l'ensemble, mais ce cliché en noir et blanc qui donne une idée de l'aspect général. (cliquer pour mieux voir)

 

Family quilt entier rec red 001

 

 Je vous laisse juge de leur importance .

Au delà j'évoquerai aussi une fois de plus  -j'y tiens-  toutes ces anonymes ou inconnues  dont -par le patchwork- le tissu a été le medium et qu'on a réduites le plus souvent à leur fonction utilitaire ou décorative . Surface ne vaut pas livre pour la caution intellectuelle de la chose et je le sais d'autant mieux que créant les deux, je vois combien la forme magnifie le fond et l'accueil n'est pas le même.. J'aimerais quand même qu'on y voie un jour, dans ces surfaces comme des pages juxtaposées de livres de vies ordinaires puisque jugées telles,  ce qu'on y a mis de travail de mémoire par les étoffes ...car s'il y a "oubli" on peut se demander de quel côté il se trouve. Oubli du tissu certes que des grandes ont eu raison de souligner e d'illustrer splendidement , mais oubli surtout de tout ce passé textile jugé sans nos démarches importantes et donc voué à ce que je nomme "ghettoïsation" .

J'espère par cet article inviter à regarder dans le medium tissu,  vecteur de mémoire et matière pour créer, expressive et tellement empreinte de vie,  tout  ce que des femmes-le plus souvent - en  ont fait . Pas seulement les plus grandes, qui n'ont pas trop besoin qu'on les promeuve et que je salue,pourtant !

 

Cahier d'élève en technologie textile (années 1929-1931)

Cahier technologie textile 1 redDans ma série Petits Trésors, je présente ici ma dernière trouvaille : deux cahiers  datant des années 1929 à 1931, contenant un cours manuscrit pris par une élève de  seconde industrielle,corrigé et noté par son professeur . Excellente élève si on en juge par les notes et le peu de fautes d'orthographe ! Sans compter l'élégance des écritures ...

Les deux cahiers ne se suivent pas , mais ce que je possède est suffisamment riche et complet pour se faire une idée de l'industrie textile à cette époque  qui m'est chère car ce fut la jeunesse de mes parents, qui se sont mariés en 1929. J'ai retrouvé au passage des  noms d'étoffes évoqués par ma mère, qui les connaissait très bien - cette science faisant partie alors de ce qu'on nommait "économie domestique" - et notamment le Tobralco.... et beaucoup d'autres.

L'intérêt de ce document, outre de donner une idée dont la technologie textile était enseignée à l'époque , est  aussi d'en expliquer très clairement les matières et les modes de fabrication. On y apprend beaucoup si on lit attentivement. C'est très différent des autres catalogues d'échantillons commerciaux que je possède de la même époque, et quasiment complémentaire.

 

 Mais le merveilleux de la chose c'est les échantillons -il y en a des centaines -  certains en mauvais état , certes, que j'ai dépoussiérés délicatement et placés sous un tulle de protection , mais la plupart encore très frais. Taches de colle aussi , bref c'est comme on dit "dans son jus" .

 

Technologie du textile velours red

Outre les tissus on trouve aussi ce qui les complète et  est utilisé dans la couture ou la chapellerie et  l'art de la fourrure. Ames sensibles s'abstenir, à l'époque personne ne se préoccupait de "sensibilité animale" , et encore moins de préservation des espèces . Il n'y a pas d'échantillons de fourrure naturelle, mais plusieurs  pages consacrées aux différentes sortes de cuirs.

Page cuirs red

Dans les matières utilisées dans la décoration , on croise le celluloïd -que les anciennes ont connu -j'ai eu une poupée en cette matière- et la galalithe, issue de la caséine de lait, d'où son nom (gala signifie lait en grec ancien et lithos pierre ).On notera aussi que l'usage de l'ivoire ne semble pas un crime, non plus , mais que l'ivoire végétal existe déjà .

 

Page ivoire galalithe red

 

 

Des pages aussi très intéressantes sur les dentelles et le passage du manuel au mécanique (et la farouche concurrence, à cet égard , les modèles qu'on se "piquait" , déjà !) .

 A ce point que, si j'ai le temps , je me propose de retranscrire ce qui est manuscrit et de publier  l'essentiel de ce livre-ci -avec photos de l'original, bien sûr -, au moins ce qui concerne le textile à proprement parler, dans une série d'articles, parce que je trouve qu'il possède un intérêt réel pour toutes les personnes  qui ont une passion pour le tissu qu'elle soit scientifique, historique ou artistique .Cela pourra se faire dans les mois suivants. pour la transmission, comme on dit .

clarification

 

 J'aimerais clarifier ici quelques points sur lesquels je me sens en hiatus ou en état d'incompréhension permanente.

A propos de la notion d'art textile  dans son acception récente:

Un rappel historique :

La plupart des personnes qui viennent à l'art textile maintenant ignorent comment dans les années 90-2000 en France le terme a  été utilisé, pour se démarquer du loisir créatif et de l'ouvrage dit de dame (et ce, sous l'influence des USA où  le mouvement a commencé dès les années 70 !) .Mon blog fait la recension de livres qui expliquent cette évolution.Mon parcours "le bonheur en lisière" l'explique.

Je n'ai strictement aucune hostilité envers quelque manière de créer en textile (ou fil) que ce soit. Tout m'intéresse, même si, non , je n'aime pas tout . En  tant que "public", j'ai comme tout le monde mes préférences, qui correspondent à ma sensibilité. Il y a des démarches dans lesquelles j'entre et d'autres qui me laissent froide, et en tant que pratiquante,  certaines attitudes ou affirmations péremptoires -sans plus ample informé!- je l'avoue, m'agacent par leur suffisance.Même si je peux aimer l'oeuvre de qui les émet.

 Ce que je n'aime pas c'est tout simple :

  • Tout d'abord  qu'on appelle textile ce qui ne l'est pas - du mixed media reste du mixed media et  quand il m'arrive d'en faire, j'appelle cela par son nom-  d'une part et qu'on prétende que ce soit une évolution des arts textiles antérieurs par "innovation " et supériorité d'imagination .Une sorte de "progrès" alors que tous les historiens de l'art vous le diront : l'art ne progresse pas, il évolue. C'est comme la langue française qui évolue, mais ne "progresse pas"  et une évolution n'est pas du reste  forcément positive (avis des avant-gardistes!) , ni négative (avis des ringards!). Elle est juste ce qu'elle est le constat d'un déroulement, d'un  "process". Je rappelle que le mixed media existe en broderie, depuis la nuit des temps et que ce n'est pas à la fin du XX siècle qu'on a commencé  à peindre sur les étoffes pour les insérer dans une oeuvre textile, et à broder sur un support autre que l'étoffe:  cuir, écorce par exemple.. et on  y adjoint les inventions technologiques ou chimiques de son époque, on n'innove pas (l'inventeur, oui!)  :  on ne fait que faire ce qui s'est toujours fait : utiliser toutes les matières à sa disposition. Donc avant de prétendre "innover" , être humble et apprendre l'histoire de son art ne serait pas un luxe.
  • Je déteste d'autre part  qu'on accapare le mot d'art à son seul  profit, surtout..Ce n'est pas un "parti-pris" c'est la constatation d'un fait, de la manière dont historiquement s'est déroulée cette émergence d'un "art textile" qui a eu besoin des structures des arts  textiles classiques (je me refuse à dire  traditionnels ) pour émerger et en a gentiment exclu, souvent,  celles qui prétendaient créer  avec des matériaux et formes classiques de leur art : fils et étoffes, à  coups de petites phrases assassines et de prétentions style :  "nous qui avons une formation  artistique Beaux-arts" (mais quand on sait à quel point les Beaux-arts ont toujours tenu les arts textiles qui osent ressembler à du textile en lisière, côté arts décoratifs ou arts appliqués, jusque-là mais pas plus  Sauf si de  grands noms et personnes qui ont fait du textile et autre chose de bien plus glorieux à côté ! .Si ces personnes  n'avaient fait que du textile, de manière non pas utilitaire et domestique, mais discrète, et surtout si elles n'avaient pas eu autour d'elle ce que les anglo-saxonnes nomment un arrière-plan(background) favorable, leurs oeuvres seraient restées , je le crains, plus obscures, quels que soient leur valeur et leur intérêt.
  •  Je n'accepte pas en art textile le clivage contemporain-traditionnel tel qu'il s'est établi chez nous, en ayant vécu les débuts. Le mot "contemporain " en art déjà change forcément de sens,et est sujet à nombre de controverses.  Chez nous, textiliennes,   serait contemporain tout ce qui ne ressemble pas une structure dite "traditionnelle" dont le patchwork américain en blocs juxtaposés serait l'archétype, ou qui s'éloigne des "matières" dites traditionnelles ou qui encore choisit des sujets ou des formes "non traditionnelles". Le premier problème c'est que ce "traditionnel" est déjà bien trop varié pour se laisser cerner et enfermer dans ces classements plus que péremptoires, le deuxième , c'est que souvent on revendique comme "contemporain" en art textile ce qui a déjà été illustré auparavant en peinture, en sculpture, en conceptuel (d'où l'attrait actuel pour les suspensions, les installations, les performances  etc).   Quand il y a un débat sur ce qui serait "contemporain" en art textile, on a toujours l'impression que les personnes qui le suscitent savent déjà ce qui en serait, et surtout, ce qui n'en serait pas (patchwork, par exemple).Le contemporain en art textile c'est le plus souvent faire en tissu et en fils (avec parfois très peu de tissus et de fils!) tout ce qui a déjà été  fait en peinture et sculpture , etc. Les décennies d'avant. En ce moment, il y a tout un  courant conceptuel, alors qu'en art tout court on commence sérieusement à mettre en cause  certains excès de ce courant artistique ... il me frappe qu'isolées dans leur groupe d'appartenance très peu d'artistes le voient.On fait du figuratif réaliste en étoffes ou broderies  parce que  la peinture y est revenue, on tâte du minimalisme parce qu'il est "tendance";  auparavant, mais cela perdure, on a connu la période de l'amamgame informe sous-tendu d'un discours parfois indigeste  etc. Tout cela peut donner des oeuvres superbes, mais suivre ses voies sans trop se préoccuper des mouvances -sans en être dupe, surtout!- aussi bien. Déformatons les regards : ce serait vraiment une révolution, cela. Le but est de prouver qu'on peut "égaler" les grands arts en imitant leurs réalisations, plutôt que de chercher ce  que notre art a de singulier. Pour moi j'ai trouvé il y a longtemps : j'aime à créer précisément ce qui ne peut se dire qu'avec ces tissus-là et ces fils-là et non à créer quelque chose dont on se dirait qu'en papier, plastique , peinture ou pierre ce serait pareil ou presque. Je veux que les tissus y parlent comme les mots dans mes poèmes et croyez-moi , ce n'est pas si  facile. La matière chez nous ne peut pas "primer " puisqu'il faut en quelque sorte, la faire oublier en la faisant ressembler aux matériaux d'autres arts . Ce qu'on me répond le plus souvent c'est qu'on a bien le droit de "faire ce qu'on veut". Certes mais pas de se hausser du col avec des mots dont on n'a pas interrogé le sens comme "innovateur" ou "contemporain" qui vaudrait caution de génie et d'imagination à coup sûr !
  • On ajoute "il y a de la place pour tout le monde" . Eh bien non pas dans les mêmes lieux !Non, absolument non :   il n'y a pas égalité de réception et d'analyse des oeuvres,  non plus.Pour se poser en grand art, sans vraiment y parvenir,  l'art textile a eu besoin d'établir ses propres  sous-genres. ...Malheur à qui ose les affirmer comme art à part entière textile et contemporain tout autant ! On  sourira comme devant une inconséquence , et on continuera à fonctionner selon ses règles sans l'ombre d'un questionnement sur leur bien-fondé .