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Symbole-assemblage
- Le 03/12/2020
NB article repiqué de la rubrique opinions et qui me semble plus accessible ici. c'est une partie importante de mon travail , ces réflexions pas seulement autour du textile au sens large, mais sur la partie que j'ai choisie comme un de mes arts essentiels . Et qui précisément n'a pas vraiment d'histoire en tant qu' art côté esthétique et expression personnelle quand il reste ce qu'il a vocation d' être dans son essence et ses particularités .Ma réflexion n'a pas audience car elle n'est pas dans la ligne des évolutions actuelles , qui tendent à rejoindre les grands arts en en imitant les caractéristiques avec des étoffes. Ce qui est très hautement prisé, sans doute à bon droit . Mais comme il est dommage, infiniment dommage qu'un autre point de vue soit mis sur la touche au motif que les décideurs en ce qui est de l'at textile contemporain s'en fichent éperdument.
C'est à donner... à qui n'en veut pas.
Je ne désespère pas. un jour peut-être et même si c'est long (je n'écris pas pour les zappeurs et ça peut s'imprimer !) quelqu'un comprendra ce que j'ai voulu non seulement faire et dire, mais donner à mon art. Non seulement des oeuvres mais une réflexion .
.A celles qui me disent : On n'est pas là pour se prendre la tête" je répondrai que pour moi réfléchir est un plaisir que je goûte et que je l'ai toujours senti comme nécessaire;Justement on a si souvent asimilé la femme qui coud ou brode à une idiote sans cervelle et inutile ... je n'ai pas envie non plus de cautioner cette image-là .
Le symbole étant étymologiquement l’action de « mettre ensemble » on peut presque dire que l’assemblage est un symbole pur du mot ! Même si en général on conçoit le symbole comme étant « duel », celui du couple signifiant/signifié et que là il s’agit de mettre ensemble plus de deux -mais on n’assemble jamais plus, par la couture, que deux morceaux à la fois : un dessus, un dessous. Et on recommence...cette répétition suit d’autres règles que celles du tissage mais quand on l’applique à des tissus le tissu vient lui-même chargé de ses propres symboles, de ce qu’il est comme matière.
Le symbole ramène étymologiquement au partage, à l’échange et même au contrat. Il est ce qui unit , il est lui-même accord de deux parties. La métaphore reste dans la stylistique, là où le symbole est langage quasi universel et échappe au carcan des mots et il est en général reconnu partout et ce, à travers les temps et les lieux, même s’il reste multiple et parfois contradictoire (je songe au symbolisme du linge blanc par exemple , qui recoupe d’ailleurs l’usage des rituels de vie au niveau des points de passage : naissance- mariage- mort , drap nuptial- linceul. Pour moi , d’ailleurs, elles ne se contredisent pas : elles s’ajoutent . D'où mon travail sur le blanc dans le Chant de couleurs.
Dans la décomposition singulière des gestes de la couture-assemblage, il y a bien cette dualité, ce rythme binaire (et fondateur ). Unité, dualité pluralité : du petit bout isolé, à sa jonction avec un autre, et puis à l’ensemble de ces jonctions multiples mais réalisées indépendamment et deux par deux ... Souvent d’ailleurs assortir se fait ainsi de proche en proche le morceau déjà cousu devenant lui-même une unité face aux morceaux libres qui vont , un par un s’y intégrer.
Le symbole impose l’image historique de la relation contractuelle , celle où les deux morceaux séparés devaient s’emboîter exactement, pour témoigner de l’authenticité de l’acte. Ce qu’on trouve encore aujourd’hui dans les « médailles d’amour », une fracture, une jonction exacte, mais qui reste séparable.
A la différence de la mosaïque ou de la marqueterie ou même du vitrail, la « tesselle de tissu » est un matériau qui arrive à nous chargé de ce que la matière est déjà, elle est déjà créée avec ses caractéristiques qui ne dépendent pas de moi du moins quand je ne la tisse, ne l'imprime ni ne la peins. J'aime ce travail à partir de ce qui m'est donné et même "imposé". Je l'aime aussi parce que derrière le tissu je vois et je sens le travail des hommes et des femmes qui ont permis qu'il arrive ainsi fait dans ma main. De même quand je travaille les mots leur étymologie et les variations de leurs significations me ramènent à la manière dont les hommes en ont usé avant moi. Et dans les deux cas, la manière dont est perçu le mot et la tesselle de tissu dépend du contexte.
Je suis attirée par cette pré-existence , je cherche autour et tout compte : la manière dont c’est tissé,, bien sûr, l’épaisseur, la couleur , les motifs et même la façon dont ils m’arrivent entiers ou tronqués (le motif interrompu ou celui qu’on découpe volontairement pour recomposer autre chose, celui qu’on complète ou prolonge, celui qu’on surligne (le matelassage dit en écho est sûrement autre chose qu’une décoration ). De la même manière , j'aime dans les manuscrits d'autrefois ou d'aujourd'hui, les bribes écrites, les ratures, les notes et les bouts de conversation saisis ça et là .
Je n’ai jamais pu m’empêcher de percevoir cela à la fois comme des codes et comme des symboles (le code n’ayant qu’un sens et le symbole souvent plusieurs plusieurs interprétations , c’est pourquoi d’ailleurs la poésie m’est langage si familier et que je la sens proche du tissage et des tissus, non pas par métaphore mais presque par identité de fonctionnement dans la pluralité des interprétations offertes ) .
J’ai beaucoup réfléchi sur la notion de surface également (quand on me demande ce que je fais j’ai toujours envie de dire que je crée des surfaces en tissus ; surface mais pas en deux dimensions : il y a en a toujours trois, puisqu’il y a épaisseur .).. Le trompe l’oeil ou l’effet optique m’intéresse, le bas-relief m’intéresse mais je ne me vois pas travaillant tout cela autrement et que sur et par le tissu. Pourquoi comme ça , je ne saurais pas le dire.
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Dans mon travail, le symbole principal reste dans le passage du multiple à l’unifié mais où chaque morceau garde sa valeur propre. Et même chaque fragment « coupé » aléatoirement. C’est un grand « jeu » dont je ne me lasse jamais parce qu’il semble infini et pour moi il l’est si je mets en regard les possibilités dont le chiffre dépasse ce qu’on peut réaliser dans le temps d’une vie ou même de plusieurs.
J’ai considéré de manière plus fermée et sans doute partielle tout ce qui recoupait les assemblages, parce que c’était ce que j’avais envie de faire. Je connais bien cette histoire-là, ces usages-là, même si j’apprends encore. Le patchwork, mais au delà tout ce qui connecte des morceaux d’étoffes divers et les moyens de le faire, l’aspect « technique » m’a, à la différence de beaucoup de quilteuses, beaucoup moins requise que l’aspect symbolique.
L’histoire autour et aussi toutes ces histoires de vie qu’on dit petites, qu’on voudrait réduire à l’anecdote mais qui sont notre vie. Celle de tout le monde et du monde entier.
Quand on étudie ou qu’on tente d’étudier l’histoire des assemblages d’étoffes on bute sur beaucoup d’écueils. Le premier est sans doute que je ne suis pas historienne de formation . Le second c’est qu’il y a confusion constante entre les histoires des assemblages et les histoires du matelassage, parce que les deux activités sont souvent liées et que les Américaines qui sont la référence en la matière les mêlent dans leurs livres sur l’histoire de ce qu’elles nomment quilts et non patchwork, y présentant pourtant des tapisseries d’assemblages africaines ou asiatiques qui elles ne sont pas matelassées et pour cause : elles n’étaient pas destinées à réchauffer.
Or moi ce qui m’intéresse c’est d’abord l’assemblage d’étoffes , matelassé ou non sous toutes ses formes, incluant aussi l'assemblage des formes régulières géométriques qui de mon point de vue ne sont essentiellement ni traditionnelles, ni "américaines".
Le mot « quilt » est donc de ce fait ambigu, le mot patchwork péjoratif et justement parce qu’il symbolise, lui, dans le vocabulaire courant et même par les stéréotypes qu’il véhicule au niveau des images mentales, tout aussi peu flatteurs. Et depuis les années 1990, il est mal perçu même dans nos milieux de dire qu’on en fait( cf l'article Qui a peur du mot patchwork.) Cette sorte d’exclusion m’a amenée aussi à réfléchir : pourquoi cet art qui peut donner des résultats aussi émouvants que magnifiques est-il tant méprisé, et ce par celles-là même qui l’ont un temps exercé comme une sorte d’erreur de débutante ?
Les rites et les coutumes dont il est le corollaire sont en France très mal connus ou caricaturés ou alors réduits à des poncifs. Pourtant on a fait dans notre pays et indépendamment des influences américaines ou anglaises de purs chefs d’oeuvre, dans des styles très différents dont le point de départ n’était pas forcément et uniquement la récupération , on y sent puissamment la liberté d’une expression forte qui parle justement parce qu’elle est de tissus , se touche, se plie etc..
De ces merveilles tout ou presque a été perdu sauf ce que sauvent quelques collectionneurs. Il existe au moins un livre sur le sujet que je possède et quelques articles ' voir sur mon blog l'article concernant les Mosaïques d'étoffes). Donc on en a conclu hâtivement que ce mode d’expression n’était pas dans notre culture et on a rebâti par dessus tout une pseudo-connaissance laissant croire que l’assemblage d’étoffes c’est une invention des Américaines pionnières. Les Américaines elles -mêmes et certaines historiennes des quilts l'avouent innnocemment , pensent qu'elles ont inventé cet art , alors qu'elles en ont développé plusieurs "styles". Parce qu'on n'a pas suffisamment conservé ni les sources, ni l'histoire de ces assemblages en France, l'histoire et les symboles qui s'y rattachaient s'en est perdu. A l'étranger l'art textile en France c'est boutis, broderie; tapisserie et Haute-Couture.
Il y a aussi un autre courant de création par assemblage qui a été occulté c’est celui des années 1970 , je possède deux livres de cette époque (voir le blog) et il y avait des artistes catalogués un peu hâtivement naïfs qui créaient des oeuvres intéressantes. Je les ai recherchés, un à un sans en trouver aucun sauf de ceux et celles qui ont changé radicalement d’activité..).
Il y aurait donc une histoire à refaire et du côté de l’art et du côté des artistes ...Je n'en ai plus le temps sans doute pas toutes les connaissances compétences requises -ce ne pourrait être qu'u travail collectif- (et jz n'y suis guère ni aidée, ni suivie vu que c'est à contre-courant de ce qui est admis actuellement) mais j'espère avoir posé quelques jalons.My tailor is rich - patchwork ... brodé main et non matelassé lamés et soies motif du " du dé à coudre"
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Collections
- Le 09/11/2020
J'ai une âme de collectionneuse. Sans doute bien avant de collecter des tissus(quoique ceux-ci soient entrés de bonne heure dans ma vie ).
Pas tant pour le côté "possession matérielle" de la chose que pour celui de disposer d'une variété importante de matières, une richesse pour dire en étoffes, très exactement comme en tant que personne pratiquant l'écriture , j'avais soif de mots Je lisais tout ce qui me tombait sous la main, mais pas seulement des mots alignés dans les dictionnaires -encore que je les aime , les dictionnaires- mais les mots en situation , dans un contexte. Ceux qu'on apprend par imprégnation . Ceux dont le sens dépend des mots à côté. Les morceaux d'étoffes mis ensemble peuvent parler de manière analogue, mais c'est une voie peu explorée car jugée " non contemporaine".Ce qui me semble absurde autant que péremptoire, je le répète .
Je suis une artiste des tissus et des fils dans leur variété . Et cette variété couplée à celle des techniques et des "genres" d'expressions textiles (déjà rien qu'avec tissus et fils il y a à faire!) qui est mon terrain d'exploration infini . On trouve toujours autre chose à y découvrir, pas besoin d'ajouter du fil de fer ou du plastique si on ne se sent rien à dire avec ces matières-là . Même si ça vous classe automatiquement "vrai art textile contemporain " .
(avec souvent un intérêt historique , parimonial) ou affectif , esthétique (texte dessins couleurs toute cette sensualité des étoffes si diverse) , mais aussi comme langage c'est à dire que mis en relation avec d'autres, comme les mots dans une phrase, les tissus s' orchestrent entre eux, comme un langage particulier. C'est cet aspect qui aujoud'hui échappe au "contemporain" et aux analystes .
C'est pourquoi ce choix du patchwork il ya presque 40 ans (à force d'écrire plus de 30 ans , le temps a passé).
Pour moi la recherche de tissus a donc été primordiale pour enrichir ce vocabulaire textile . J'ai expliqué combien les dessins sur les étoffes me parlaient et m'incitaient à cette expression par justement le nombre et l'harmonisation du disparate . Ensuite d'autres aspects de travail sur et par les tissus m'ont inspirée.
Car la collection se déploie dans plusieurs voies:
- Les tissus neufs spécial patchwork achetés mais jamais en assortiment ou alors pour les déssasortir.Ils offrent une variété quasi infinie de motifs, mais si l'harmonie vient du vendeur ou du designer , je me sens frustrée comme si on voulait parler à ma place . Je ne cherche pas à faire du joli bien assorti ou au goût du destinataire. On le peut ce n'est pas infamant mais ça s'oppose en moi à ce désir de "dire à ma façon".
- ceux issus de l'héritage familial particulièremenent précieux .Cette valeur ajoutée evidemment est la plus diffcilememet partageable mais, pour ceux qui savent ressentir , elle l'est .
-ceux récupérés dans les ventes de tissus anciens . Ils arrivent avec leur parfum du passé ,leur mystère . J'y compte les collections d'exercices de broderie et couture si touchants :, ceux qui ont donné ce livre Lucette et Jacqueline(s) .
- Ceux par dons et échanges qui fondent les liens de sympathie (au moins ponctuelle) ou d'amitié .Là encore il ya quelque chose qui est propre au patchwork , qui peut-être le rapproche de la photographie : les tissus comme souvenirs des défunts aussi ,des perdus de vue , le moment qui s'y attache. .. Mon oeuvre textile c'est aussi bien un recueil de poèmes ou de nouvelles ou une autobiographie puisque je pense qu'on n'échappe pas à son 'moi" qui n'est pas forcément un ego . Quelque chose qui propose et se pose, donc. Des livres de vie avec pages juxtapiosée s ou présentées en livre. Je l'ai dit la présentation en livre est plus tendance actuelement, mais j'ai toujours demandé qu'on lise mes surfaces comme des textes, aux pages juxtaposées . .Pour moi la liaison textes et textile ne m'est pas venue parce que c'est une des modes de l'art txtile aujourd'hui .Elle était sous-jacente.
Ces trois sortes de collections sont des morceaux assez grands rangés enemble en rouleaux , avec un repertoriage en carnet qui permet de s'y repérer mais j'ai encore une mémoire qui fonctionne à cet égard . -
Ceux issus des collections d'échantillons du temps où les vendeurs à chaque saison envoyaient à leurs fidèles clients des pochettes (j'en ai encore et ils furent une de mes joies ! celle de découvrir , de choisir parmi eux les quelques-uns dont je posséderai un morceau plus grand (fat quarter c'est à dire quart de yard) ou 25 cm sur le métrage, plus si je pensais fond, doublure ou bordure pour un projet en cours.
et les collections anciennes d'échantillons sur lesquelles je me suis penchée plus récemment, les commerciales et parfois les cahiers techniques auxquels je ne touche que si ça vaut la peine de les présenter d'une autre manière . Celui-ci par exemple restera tel quel. :
parmi ces recueils ,les collections commerciales pour vêtements donc des tissus pas destinés au patchwork . Proposant un double défi celui souvent de leur texture pas faite pour un quilt "classique" et celle de leur imprimé pas non plus prévu pour cela . Pourtant on oublie souvent qu'à l'origine maints quilts étaient faits de restes, même si c'est très vite devenu aux USa un buisness .
Là c'est toujours un dilemme. Les catalogues sont parfois complets et tels quels ils représentent une valeur documentaire (et marchande, même si cet aspect-là ne me préoccupe guère)
Donc j'ai scrupules à y toucher.
D'autres sont abîmés et lacunaires et là je n'hésite pas à emprunter ce qui m'intéresse pour intégrer à un ouvrage , sans regret d'être iconoclaste.
J'aime les tissus d'abord et avant tout en vue de leur donner une place dans une de mes surfaces.Quand je me l'interdis par respect documentaire il n'est pas rare que j'utliise soit un fac simile , soit que le dessin sur les étoffes m'inspire comme "source". Je me suis toj ujours étonnée (à moitié et je sais pourquoi) qu'en art textile contemporain si souvent ces dessins déjà découpés sur échantillons ou fragments intéressent si peu comme point de départ .
A la rigueur comme motif à broder en reproduction (ceux des Indiennes notamment) , mais en tant que formes à exploiter avec métamorphose , comme "source d'inspiration, donc ,si peu souvent .
C'est l'objet , pour moi de toute une partie de mes recherches textiles (série motivations, livre dialogues textiles etc ) . il ya tant de possibilités, à cet égard! Je constate chez la plupart des artistes jugées contemporaines souvent des départs qui sont ceux des autres arts; photographie , journaux découpés; dessin d'art .
Je suis une artiste des tissus : je pars donc des tissus.Et pourquoi pas le tissu découpé très souvent.comme si l'art textile contemporain mettait à fuir le tissu découpé-assemblé tous ses efforts de relégation !(le fameux: " surtout pas de patchwork")
Mes carnets à moi ne ressemblent pas à des sketchbooks de peintres : ils sont des carnets d'amoureuses des étoffes de tout ce qu'elles offrent de possibilités .
Je mixe tout allégrement, ou bien je mets en, valeur dans un ou plusieurs ouvrages une collection précise. Il ne s'agit pas que de faire un présentoir esthétique . Ne pas oublier que pour moi un ensemble d'étoffes est un texte avec ses mots tesselles.
Ainsi les échantillons peuvent-ils être inclus dans un ouvrage comme ce Colorado où j'ai utilisé un motif traditionnel proche du Bargello en tapisserie ( mais sans couper des bandes de mêmes étoffes en incluant amoureusement chaque tesselle collectionnée dans sa ressemblance et différence ). Le titre fait aussi allusion à un magasin vendant des tissus pour pachwork et qui portait ce nom, dont je fus cliente fidèle très longtemps, la taille et la forme allongée de l'échantillon ont été le fondement de la composition .Les autres étoffes ont été recoupées au même format. Le détail montre la différence avec un bargello ordinaire où les tissus sont cousus en bandes et recoupés ce qui fait qu'on a toujours les mêmes séquences (ce que précisément je ne voulais pas !)
Mais dans Carnet de bal j'ai utilisé en songeant à des figures de danse des bals d'autrefois de petits rectangles fixés par quatre perles de rocailles . les échantillons sont minuscules et ne pouvainent donc être assemblés . Il me semble qu'ils sont mieux à danser là que dans un catalogue où ils s'émpoussièrent :
Ce n'est que deux exemples parmi beaucoup d'autres à découvrir dans l'index textile ...
NB .je rappelle (et c'est expliqué dans plusieurs articles qu'au début des années 2000 des "expertes" ès arts sont venues nous expliquer que pour exister en tant que vraies artistes textiles, il fallait "sortir du carcan de la fibre" -sic . Bref faire du mixed media si possible en 3 D. Fuir la surface, c'est fuir l'effet "couverture" . Et avec concept incoporé . Vive tout.. sauf les tissus , en ce qu'ils sont. d'où le "surtout pas de patchwork". Ou alors qu'il ressemble à de la peinture ainsi ce que le tissu lui peut exprimer s'efface derrière la primauté de la forme et de la composition . Bref qu'on oublie ce qu'il est ! (d'où la fuite des tissus imprimés qui faisaient "trop patchwork" on me l'a dit et écrit mille fois ) . Mon point de vue et toute ma démarche va à l'inverse de ce courant. Il s'est construit à côté, en toute liberté. Et seule, forcément puisque je n'adhère vaiment à aucune mouvance . Ni ... à aucun club , groupe, association . Faute impardonnable ! A noter : c'est exactement pareil en écriture !
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Comme un bilan, , mais évolutif !
- Le 06/10/2020
J'ai achevé, il ya quelques jours l'indexation de mes textiles , moins.. ceux qui finis récemment sont à rajouter.
Donc plus de 440 textiles référencés dont quelques oeuvres en mixed media, parce que, ma vie durant j'appellerai textile ce qui l'est !Je ne l'appellerai pas art textile contemporain, le mixed media avec textile. Cf article précedennt pour savoir ce qu'il en est de cette scission inepte à mon avis entre traditionnel et contemporain,
Je crée femme de mon époque, il me semble. reliée à tout ce qui a précédé et le réactualisant . Non en transmettant une tradition, du tout, du tout . ni en suivant le dernier cri du vrai art textile qui s'accapare et les mots et le devant de la scène. Mais j'en prends toutefois ce qui me séduit et corresponds et je l'amalgame au reste.Je ne suis pas une artisane d'art quand je fais un quilt ou une broderie de fleurs et une artiste dans le reste. C'est stupide. Je crée dans les deux cas,une surface ou un objet textile avec des sources d'inspirations différentes que je choisis librement .En femme de son temps, héritière du passé.
En revanche j'estime ne pas créer quand je suis un modèle de revue ou de livre. Cela m'est rarement arivé sans que je modifie je voudrais préciser ce n'est nul mépris pour le exécutantes parfaites de modèles difficiles à raliser (j j'en serai parfois incapable , pas toujours!) ) . la preuve je suis très fière de cette nappe réalisée d'après modèle dans mon jeune temps (qui ne figure pas dans l'index , puisque ce n'est ni ne création, ni une interprétation c'est l"ouevre d'une autre personne inconnue inconnu(e car on ne savait ni qui avait ft le dessin , ni quia vait choisi couleurs fils et points , ni qui avait brodé , ni si c'était la même personne ou trois différentes car je l'ai dit le but était d'avoir de quoi reproduire, justement un bel objet pour décorer son inttérieur et montrer ses capacités de brodeuse. ni la composition ni le dessin ni le choix des couleurs ne sont de moi -j'ai toutefois modifié un peu selon mes fournitures !) .
Bref ,c'est de la belle ouvrage et on y met beaucoup de soi côté soin, temps application et maîtrise des points.Pas forcément de la "détente" il faut être concentrée pour broder précisément . Mais rien côté imagnaire, expression personnelle. Je ne demande toujours pourquoi c'est si difficile à faire comprendre . Sans doute faut-il savoir faire les deux, -ce qui est mon cas- pour saisir , justement. et le plaiir de se sentir plus admrée pour cela que j'ai juste réalisé plus que pour le réste -que j'ai créé- est un amer plaisir. Un de plus.
Détail de la nappe réalisée dans les années 70 - créatrice inconnue .
Ce qui devrait compter : c'est bien cela : on a de l'imagination personnelle ou pas Pas la date où la provenance de l'inspiration. Imiter quelque chose qui vient de sortir ou qui date de mouvements d'art du XX° siècle, parfois , ou qui serait art premier , ou exotique, ou arte povera souvent ce n'est pas innover.c'est suivre une source plus récente comme inspiration. ça non plus on n'arrive pas à faire saisir.
J'ajoute si je voulais être reconnue contemporaine je ferais imprimer mes images numériques sur tissu (ou je les ferais tisser par une machine complexe -je n'en ai pas les moyens financiers) . Ni la place. Ni le souhait. Et pour moi ce n'est pas un art des tissus c'est un choix de support différent du papier c'est la forme et les couleurs qui parlent non esentiellement le support. Le travail essentiel ne vient pas des textiles ! Dans un quilt c'est les étoffes qui dialoguent entre elles . C'est donc pour moi un art éminemment textile .
J'invite toute personne qui crée en art textile à en faire autant car personne ne le fera pour nous sauf evidemment pour les célébrissimes,.Toutefois j'aimerais qu'on fasse comme je le fais : qu'on indique qui a fait quoi et qu'on cite ses sources quand il y en a. .Ce que je fais car pour moi avoir une source et piquer un modèle ou plagier c'est très très différent . On ne se déconsidère pas en étant honnête si on a vraiment créé quelque chose qui vient de soi , .de ses désirs, visions propres et ce quelle que soit la source dont on parte .
Je ne m'inscris nulle part. J'ai expliqué pourquoi maintes fois.Pas de place ou si peu; si rarement (merci à ceux et surtout celles qui sans préjugés m'en ont faite une !)
J'ajouterai que ce travail fut surtout un immense plaisir, toujours renouvelé, toujours vivant même au bout de tant d'années . La souffrance de la création là c'est pas trop mon truc, la seule que j'éprouve et souvent si fort c'est dans la difficulté à ne pas voir les créations réduites à ce qu'elles ne sont pas faute d'avoir lu ce qui explique mes recherches .Pas des copies de modèles en tout cas . Pas du joli travail bien fait, ! Dans des genres et techniques différents, tous ceux avec lesquels j'avais à dire, ainsi . Hors modes courants et tendances.Les rejoignant quand j'ai quelque chose aussi à dire avec eux à ma manière .Ouverte mais pas vers un sens unique et sans meurtières excluantes.
Je tiens à ma singularité mais savoir qu'aux yeux de beaucoup de "décideuses" à étiquettage clivant ça me condamne . A la lisière donc .et que ce n'est pas toujours facile, même si depuis le temps, pour moi, j'en ai pris pour mon parti. mais pour l'ide que je me fais de mes arts textiles broderie et patchwork, non jamais. Parce c'es contraire à l'étude des oeuvres-mêmes que je poursuis .Pas souvent donc de murs officiels pour ces oeuvres - du moins tout ce qui ne serait pas du "contemporain" du ressemblant aux autres arts . Ce n'est pas ma voie pas mes voix. .Donc de plus amateur et hors clubs et groupes dans lesquel,s qu'on me pardonne je ne me sens pas à l'aise. Je ne m'y reconnais pas,je n'adhère pas aux discours qui s'y tennent et que beaucoup de blogs reflètent . Ce que je tente de construire, non plus . .Ne cherchant pas à vendre, mais voulant pouvoir montrer Tout pour déplaire.
Je suis heureuse et fière de cette "somme" .Ce que je signale de difficuléts : elles sont réelles et ni plainte ni justification ni parano .C 'est parce qu'on ne sait pas , c'est tout . Notre art est si confidentiel. Surtout comme je l'exerce !La somme poétique sous forme de livre illustré suivra. Au premier trimestre si tout va bien .
C'est lié . Mon site s'appelle du textile aux textes ...
L
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L'art textile , les mots confisqués
- Le 20/09/2020
Je poserai comme préalable que ce n'est ni une justification, ni une plainte. Un constat. De faits ,d'affirmations, de pratiques.Une histoire ignorée .No plain no complain mais explain explain explain . Et prouver. Car qui le sait ? Dans les autres arts ça ne fonctionne pas comme chez nous. Déjà que nous sommes rangées, tout à fait arbitrairement, côté paniers à ouvrages ! Affaire de vocabulaire , d'étiquettes, de préjugés, de clivages admis sans l'ombre d'une étude, d'une recherche . Là encore on répète ce qui se dit dans clubs, groupes , revues . On admet les classements, les exclusions, surtout si on n'en pâtit point et plus encore quand on en bénéficie.
La preuve ? Une parmi des centaines d'autres . J'ai la documentation !Nous sommes en 2007 et dans un article des Nouvelles du patchwork (et de l'art textile déjà !) on peut trouver une phrase comme celle-ci censée répondre dit son auteur, une autorité en la matière aux interrogations des visiteuses d' une exposition d'art textile (le vrai, pas le mien !) demandant la différence entre contemporain et art textile
donc on lit cette sublime phrase L' art textile est plus contemporain et plus conceptuel que le contemporain" -sic
Vous ne comprenez pas ? Moi si .très bien et je dirai même trop bien.
On pouvait lire aussi sous la plume d'une artiste contempoaine dont je prise fort les oeuvres :" l'art textile est un phénomène récent "(comprendre le vrai art textile pas tout le reste!-qui est en fait le plus souvent du mixed media avec textile ou encore sur un blog "le patchwork est un art textile mais ce n'est pas de l'art textile"
Là c'est plus franc comme exclusion c'est dit net, quoi.
Le pourquoi du comment comme toujours passe par l'histoire. Pour comprendre, il faut repasser le film un peu en arrière. Celles qui viennent à l'art textile aujourd'hui ou par d'autres portes, ignorent tout de ces faits. Histoire restée evidemment confidentielle puisque hors culture générale-parce qu'on le place, là déjà, et in microcosme "arts textiles" . C'est pourquoi j'y reviens (répéter de diverses manières est le nerf de tout enseignement !).
J'ai déjà developpé ce sujet d'une autre manière dans deux articles d'un débat portant sur la notion de "contemporain" dans l'art textile On peut lire de débat ici et ici .
Oui je sais c'est aussi trop long pour lecture sur écran . Mais je n'écris pas non plus pour la culture du survol rapide. Et ça peut s'imprimer .
En clair d'abord il y a eu des arts textiles redécouverts aux alentours des années 70 dans la mouvance hippie aux USA, parmi lesquels le patchwork .et qui ont culminé aux USA avec l'exposition Abstract design in American quilts initié par le collectionneur Jonathan Holstein et qui voyagea partout y compris en France Voir ce lien
.Le but était justement de montrer que sa place n'était pas que côté folklore et arts appliqués mais que même si créées comme couvertures et à des fins décoratives et/ou utilitaires, ces surfaces pouvaient être regardées autrement, déjà la position verticale sur un mur permet un autre abord. Il est évident que même aux USA cela ne fit pas l'unanimité . En France on proposa pour exposer le musée des Arts décoratifs, fait sur lequel l'auteur ironise (la France n'a pas de culture patchwork).
Et même dans les pays où la culture patchwork-quilt existe le Royaume -uni par exemple, en 1997 dans un article du Daily Telegraph, une artiste comme Deidre Amsden (pourtant classée contemporaine) déplore que le mot "quilt" fasse fuir les milieux "vrai art". L'historienne et artiste Spike Gillespie le note aussi dans son livre sur d"histoire des quilts (Quilts around the world) . Le professeur d' histoire de l'art Roger Dunn souligne l'exclusion de tout ce qui vient du féminin et n'imite pas les arts des hommes (Stitching Resistance) . .Les musées ça veut bien accueillir les urinoirs côté grand art, ready made,pas les couvertures donc ne me dites pas c'est pareil pour les peintres ou artustes classés Beaux arts . Non ce n'est pas pareil. Le statut dans l'art officiel, n'est absolument pas le même.
. La pratique s'est developpée en France fin des années 80 avec des cours dispensés par Sophie Campbell ou côté Rouvray par l'équipe de Diane de Obaldia Toutes deux venues des USA; Il s'est fondé une association Française du patchwork dont je fus membre de 1992 jusqu'en 2013 . Je lui dois beaucoup à mes débuts du moins, je lui ai donné aussi quelques modèles et contributions de réflexion -dont on n'a pas toujours voul, j'ai expliqué dans mon article le bonheur en lisière ce qui m'en avait éloignée .Je n'ai pas changé d'avis .
J'ai souligné qu'il existait en France avant cet enseignement venu des USA , des personnes qui déjà pratiquaient cet art comme le livre de Michel Perrier Mosaïques d'étoffes en atteste pour les quilts du XIXe siècle, qui ont leur cachet bien français (j'en trouve de temps à autre sur les sites d'enchères en ligne bien connu ). Ainsi cette pochette qui fait partie de ma collection est un ouvrage français du XIXe siècle :
Et plus récemment justement dans les années 70 on voit des créations originales dans le livre de Marie Janine Solvit .Comme celle-ci :
Patchwork de Fançoise Scheider années 70 (à l'époque on ne parlait pas ni de matelassage obligatoire, ni de contemporain, ni de traditionnel, ni d'art textile qui serait le vrai )
Signe qu'il y avait des pratiquantes certes pas autant qu'au Royaumue Uni et aux USA mais déjà différemment et entre nous soit dit ces quilts ou tableaux textiles pour être moins nombreux ne sont pas moins signifiants . S'ils le sont moins c'est qu'ils ont été traités avec moins d'égards ! Et sont aussi "contemporains" que ce qui adviendra peu après. .Aimable loisir jugé sans valeur , aussi ,parfois , trop souvent par celles et ceux qui le pratiquaient, encore que lorsque c'est un homme il a tout de suite une plus value et ce, même aux yeux de certaines femmes .
Et puis donc le patchwork s'installe partie comme activité de créatrices authentiques (je songe à Nadine Rogeret que je découvris à mes débuts il en est beaucoup d'autres ), partie comme loisir de clubs . Je ne dis pas qu'on ne pouvait pas créer dans un club, mais on peut très bien préférer faire toute seule . Et on n'exige ni d'un peintre ni d'un graveur qu'il aille rejoindre un groupe pour créer! Créer était moins le but pour beaucoup que de trouver des idées (celles des autres) au mieux pour les adapter et interpréter ou des modèles 'ceux des autres" bref d'avoir quelque chose à coudre ou broder ou les deux.Et papoter autour d'une activité partagée .Rien d'infamant à cela il existe aussi des clubs d'arts plastiques pour d'autres disciplines acceptées elles à l'exposition hors clubs- dans les lieux que je nomme "généréalistes".
Il y eut jusqu'à la fin des années 90 un grand essor de ces activités . Avec plus ou moins de création et déjà hélas des copies de kits exposées et primées non avouées ou des prix décernés à des copies intégrales sans citation de source voir l'histoire de la grande étoile dite des quatre saisons .
Et puis à la fin des années 90 nous arriva ce concept de "contemporain" . On sait bien la révolution et les ravages que le mot a fait dans les grands arts, ceux qui comptent .Aux Usa on disait plutôt "art quilts" Définis par des historiens du quilt, surtout du quilt américain sans contestation possible. Juste que j'aime fouiller ailleurs . Comparer. Les USA n'ont pas inventé le patchwork, non plus . Même qsi l'activité s'y est incroyablement développée et sans doute pour des raisons autant commerciales qu'artistiques (ce qu'il ne faut pas dire bien sûr).
Déjà on peinait à le définir, ce contemporain
On peut résumer : éviter les tissus à petits imprimés et éviter les géométries régulières jugées sans imagination et répétitives sans "surprise" (quoi même pas celle d'y insérer à chaque pièce un morceau d'étoffes celui-là et pas un autre, comme on écrit une phrase pour un poème ou un roman ?) et déjà y ntégrer des matériaux non textiles : on était plus contemporaine en assemblant des canettes de sodas que des étoffes juste que le monde des étoffes est plus immense que celui des canettes de sodas ou autres boissons; du reste c'était bien du patchwork (ou de la mosaïque ? ) mais plus du textile . Ce compte la marqueterie c'est du patchwork innovant en bois ! (puisque l'innovation vient de la matière autre qu'étoffe!) Cela annonçait la deuxième révolution celle dite de l'art textile .
Il y a eu à ce moment-là un glissement sur l'évaluation des quilts : était jugé artistique parce que contemporain tout ce qui en gros ressemblait à de la peinture abstraite (avec pas mal de démarques des peintres abstraits Klee notamment( voir ici) ou Vasarely pour l'op art) .Le figuratif aussi puisque qu'il y eut aussi un retour à la figuration en peinture. Ses sources étaient nobles et celle fondées sur des blocs jugés traditionnelles . A partir de là on n'a plus regardé ce qui pour moi rstait essentiel à me yeux : ce que cet art d'assemblage d'étoffes diverses pouvait dire, exprimer en tant que langage textile à part entière. Ce qui disaient ensemble des tissus réunis. On fuyait les imprimés qui faisaient "trop patchwork) et pas assez peinture (on peignait , on teignait ) . Certes, ça a donné de très belles oeuvres , où le graphisme, la peinture la teinture , là parlaient mais plus autant les tissus mis enemble. C'est là qu'il ya profonde incompréhension et relégation . On a présenté comme contemporaines des formes qui existaient déjà (en peinture) et on a de nié la création'"contemporaine" chez celles qui comme moi continuaient à chercher autour des tissus "faits" et des motifs en recomposition (tâche inépuisable) ou des fameuses géométries dites "traditionnelles" dont les combinaisons déformations modifications restent infinies .. On a présenté cela comme un stade à dépasser bon pour des débutantes et comme si surtout c'était "fini épuisé" . Toutes les biographies des artistes se disant contemporaines commençaient par : : "j'ai commencé par du patchwork traditionnel(sic) et puis je suis devenue enfin artiste et créative et j'ai abandonné . J'y reviens pour me délasser ." Des phrases comme ça j'en ai lu des dizaines et aujourd'hui encore.Considdérer le patchwork en blocs comme n stade pour débutantes est déjà d'un mépris à couper au couteau ! . Evidemment si on ne regarde pas où elle est, la création, on ne saurait la voir .
Le problème c'est que ce "contemporain" on peinait à le définir (plus facile de dire ce qu'il n 'était pas, que ce qu'il était et encore ! ) Les premières expositions de patchwork dit contemporain marquent ce flottement (j'ai les catalogues) . Un livre récent , 1000 quilt inspirations, de Sandra Sider, (2015)
qui est prodigieusement riche,, ec qui fait son intérêt , classe ainsi
Ceci est classé traditionnel :
Ceci est classé art quilt abstraction (l'équivalent de notre "contemporain) remarquer que côté USA le mot "art était déjà confisqué il y avait des Art quilts et les traditionnelles qui n'étaient donc ni contemporains, ni de l'art. Ben voyons!
Les deux montrent des bandes . Parallèles mais point trop . Qu'est- ce qui a pu faire classer le premier dans traditionnel ? : les formes ne le sont absolument pas !
L'usage de l'imprimé très probablement et d'une dentelle en embellissement . Le deuxième étant fait d'unis fortement contrastés est donc classé comme de l'art abstrait . Juste que dans les mêmes parties du même livre on peut trouver l'exact contraire ...ce qui reste troublant .Les deux blocs reposent sur une abstraction et pour moi les deux sont de l'art tout à fait "contemporain" . Je vous passe la catégorie Modern quilts encore une valence du début XXIe siècle)
De plus l'usage de l'uni dans des formes aux couleurs fortes ça a déjà été fait bien avant dans les quilts Amish et Gallois. Voir l'article sur les géométries ici et ici
Aux alentours de l'an 2000 deuxième coup de boutoir . Vint se greffer sur l'activité patchwork en utilisant ses structures qui plus est ,tout un mouvement très intéressant appelé Artextures chez nuous Fiber art ailleurs qui au fond regroupaient des plasticiennes issues des Beaux-arts et excluait évidemment complètement le pachwork jugé traditionnel puisque déjà non contemporain . Plusieurs de mes amies ou relations en font partie et 'j'ajoute que je respecte et souvent admire leur travail . Je fais moi, cet effort d'intérêt et d'ouverture . Juste que la réciproque est très rarement vraie ou se borne à une reconnaissance de tout sauf l'acte de création cataloguée donc non contemporaine vlan, et non art textile repaf . KO le patchwork !
Il ne s'agit pas de rejeter ce mouvement qui a donné de fort belles oeuvres bien que lui nous rejette totalement.Restez dans vos ouvroirs -sic fut-il même écrit . Ce que je n'admettrai jamais c'est ce regard de supériorité et la confiscation des mots "art textile" au profit d'une partie récente de cet art-qui plus est trop souvent celle où les tissus parlent le moins . On ne me fait pas prendre des vessies pour du textile. Ni un discours creux pour du profond.
Et dans les discussions internes ça donne ceci :
Tu fais quoi ? Du traditionnel ou de l'art textile ? (le mot contemporain a tendu à disparaître ou à se confondre avec l'art textile, le vrai pas le nôtre ) .
à quoi je répondrai :
Je fais ceci :
Melting Pot ce serait : classé traditionnel ni contemporain art textile bien sûr ! Pas contemporain car j'ai usé comme source d'un bloc inscrit dans les recueils (dessin en noir et blanc) j'ai juxtaposé mes blocs (pas un n'est identique à une autre) c'est une surface, et en art textile vrai on préfère la 3D . ou la suspension .ou l'installation ou la performance .Le même roulé en boule en expliquant par exemple que j'ai voulu y montrer le rétrécissement de la planète ou je ne sais quel boniment de même farine aurait peut-être une chance . Ou bien en le maculant de taches ou en le déchirant, peut-être (là les discours symboliques tout faits ne me manqueraient pas ) . Voyez : je saurais moi aussi : mais je ne VEUX pas .
Que j'aie pu avoir une démarche de femme bien de son temps le faisant, non ça ça ça ne compte pas . Si on veut savoir laquelle c'est ici :
Le feu sacré là celui-là vu la prédominance des formes et des couleurs sur l'usage d'étoffes variées on me le classerait contemporain juste que pas de chance le contemporain dont je parle ci était démodé quand je l'ai terminé . Modern quilt serait une chance de rattrapage .N'est-ce pas risible ?
La chimère apprivoisée série Nous. A noter c'est toujours du patchwork puisque constitué de morceaux de tissus .Mais ouf jai monté en grade j'ai abandonné la géométrie . Juste que là j'ai oublié le bout de bois , de fil de fer qui pourrait me donner l'estampille vrai art textile et puis c'est une surface cf ci -dessus etc .Bref peut mieux faire!
Et puis là je deviens carrément conceptuelle : (youpie enfin après trente ans d'efforts ! vous pensez!)
Voir sur ce lien pour la noble démar che du jour om je suis devenue enfin une vraie artiste textile .C'est pourtant le moins textile de mes ouvrages (sur papier lidée resterait la même !)
Sérieusement tout est de moi, tout est aussi contemporain(ou pas!à) et je ne suis pas suiviste c'est tout. De l'art? Je laisse les autres en décider . Je veux bien m'ouvrir aux innovations (ou se disant telles!) , mais je ne vois pas pourquoi une partie de ce que je fais deviendrait obsolète parce que d'autres en décident avec des critères sans fondement et arbitraires . Je continue donc simultanément mes recherches dans tous le genres d'un art textile que je souhaite depuis plus de vingt ans débarrassé de ces absurdités et qui donne accès à toutes pourvu qu'elles créent à tous les lieux où où il peut être montré sans qu'on vous dise : surtout pas de patchwork !Au panier à ouvrages patchwork ! sage! pas contemporain pas art textile, tu l'auras ton susucre de "bien cousu" "quel travail " valable aussi pour celle qui copiera ta création . Rien de plus.. Est- ce juste? je vous en laisse juge. -
dialogues textiles -livre d'art
- Le 11/08/2020
Ce livre s'inscrit dans mes études de motifs , ici l'idée a été de faire dialoguer deux tissus analogues et le fond sur lequel je les ai appliqués avec d'autres détails : boutons, broderies rubans ou appliqués repris des motifs un peu comme dans une conversation on s'appuie parfois sur les mots de l'interlocuteur pour répondre .
Eloignement quand on digresse aussi Chaque page peut donc se lire comme une recherche de signes qui rapprochent les deux étoffes et leur fond, l'une empruntant à l'autre et réciproquement . Emprunt de couleurs souvent , de formes insérées dans le décor comme ici l'étoile en dentelles reprend le dessin du ruban ancien et les rubans appliqués sur les bords le travail de bandes en échelles :
Ou bien encore quand le motif du fond d'une étoffe, dicte la broderie de la page d'en face , mais en empruntant les couleurs au motif du centre (un très bel échantillon de soie des années 30) qui lui-même a fiurni d'autres motifs floraux ainsi que le galon à la jonction des deux volets de la composition ; la digression c'est la touche de vert, rajoutée .
Certains motifs sont un clin d'oeil aux poncifs du patchwork, témoin cette variation sur le thème de l'hexagone , le tissu de fond lui invitait à explorer les rosaces (ce qui est repris en broderie et dans le motif des boutons) :
Parfois le même tissu se parle à lui-même (ne le faisons-nous pas ?) comme dans ces deux morceaux de très belle broderie blanche issus d'une coiffe très très abîmée dont j'ai récupéré tout ce qui pouvait être ainsi revalorisé . J'ai choisi de broder au fil floche de soie , les chardons directement sur la broderie, laissant l'orginal en regard :
Sur cette page (la première réalisée) j'ai mis en conversation deux fragments de tissus avec des roses. La noire est issue d'un chemisier que j'ai porté, la rouge sest une pièce "vntage" comme on di,t d'une très vieux foulard issu de l'époque où on utilisait encore la garance, la finesse du dessin m'a aussi séduite . Les lignes de fond du premier tissu sont repris sur l'autre page et un regard attentif vous permettra de saisir d'aurtres connivences :
La page aux éléphants m'a parmis de relier deux restes de vieux foulards issus de la période où on s'habillait "indien" dans les seventies . Deux inerprétations pourtant différentes du même animal . Les deux pachydermes ont été par leurs créateurs respectifs ornés de motifs qui m'ont guidée pour l'agencement de l'ensemble :
Le motif dit cachemire (paisley en anglais) est extrêment fréquent sur beaucoup d'étoffes j'ai sélectionné celui-ci encore un morceau de foulard qui m'a permis aussi de digresser sur les motifs complémentaires le quadrillage du fond reproduit à plus grande échelle par l'application de petits échantillons de tissus des années 30 et en écho un tissu de fond où il est repris en ton sur ton ; l'échantillon marine est issu lui aussi de ma collection d'échantillons d'époque ici années 50 .
Pour la couverture j'ai longuement hésité et retrouvé ce morceau tronqué d'un précieux ruban de Saint-Etienne je l'ai complété par un appliqué libre en relief de fleurs taillées dans de l'organza de soie. :
La visée principale reste de souligner ce que les motifs sur les étoffes peuvent dire en mis en relation les uns avec les autres -ce que mes quilts font constamment depuis plus de 30 ans mais las dans les quilts on ne veut voir que de jolies couvertures aux jolies couleurs et avec tant de travail tout sauf celui d'a élaboration personnelle et signifiante et les livres textiles sont très à la mode ! - et avec aussi les autres moyens d'expressions liéés au textile : boutons et broderies applications, motif sur les rubans . Et bien sûr les couleurs ! Mais les couleurs ne sont pas le propre des textiles et d'un travail d'artiste des tissus assemblés . Le reste, si !
Autre motivation : celui de caser das un livre comme dans le keepsake (mais avec une visée différente) des petites pièces que j'aime à voir ainsi mses en valeur et vivre autrement que dans un "catalogue" ou un tiroir. Même si le livre lui-même va y passer l'essentiel de ses jours.
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Article sur arts-up restitution (suite)
- Le 03/08/2020
Le site d'arts-up dont je fus artiste partenaire pendant plusieurs années, sans maintenance depuis longtemps, a cessé d'exister . Ce site m'a permis de rencontrer des artistes de publier des tribunes libres aussi dont j'ai restitué ici plusieurs, déjà et je continuerai au fil des mois . Je publie aujourd'hui l 'article datant de 2008 sur mon travail par Jean-Paul Gavard Perret (avec évidemment son aimable autorisation ) et j'y ajoute du même auteur la préface à mon livre Jeux d'étoffes . Impressions expressions .
Avec un grand merci à l'auteur parce qu'un tel regard sur mon travail est rarissime venant du monde de l'art officiel et des décideurs . en ce que serait le "vrai art textile" . Et que cela m'a beaucoup aidée, je tiens à le dire .
AVEC TOUT LE RESPECT QUE JE VOUS DOIS:
JACQUELINE FISCHER
Il arrive qu'on retrouve une artiste par la grâce d'une polémique
ouverte maladroitement par soi-même. J'ai écrit en effet dans un article
à propos de l'art textile : "Mais patchwork, macramé et autres points de
croix sont passés par là de même que la réduction du matériau tissé à
une forme d'utilitarisme chez nous( à l'inverse d'autres cultures où il
possédait un rôle rituel)." Il s'agissait pour moi de faire comprendre
que l'art textile ne se limitait pas à ces techniques mais la
formulation pouvait engendrer un certain mépris était méprisable.
Une artiste textile Jacqueline Fischer dont le travail est passionnant
m'a répondu avec une exquise délicatesse ce qui est rare dans la
polémique. Mais sur ce plan lors de débats les femmes possèdent une
dimension majeure sur les mâles. On peut la synthétiser de manière
grossière mais juste : elles n'éprouvent pas le besoin de montrer
qu'elles en ont une plus grosse que leurs opposants. D'où ces mots
envoyé par l'artiste du Nord : "Je pense que le patchwork et le point
compté sont tout autant des moyens de créer que tout autre
discipline-tout dépend comment on les exerce- mais que ce ne sont pas
eux qui réduisent l'art textile à des choses qu'on sent sous votre plume
un peu mesquines et méprisables ou alors j'ai mal compris, c'est bien
plutôt l'œil qu'on porte sur ces disciplines qui est le plus souvent
réducteur (...). J'en ai beaucoup souffert, j'en souffre encore
d'ailleurs, bien que je sois capable de m'exprimer autrement et de façon
moins dévalorisée dans l'imaginaire collectif parce que pour moi qui
pratique tout cela depuis si longtemps, c'est une voie d'expression tout
aussi valable que les autres , simplement l'assemblage d'étoffes est
relié à des choses peu prestigieuses: la pauvreté, l'ouvrage féminin,
bref victime des préjugés ordinaires... je passe sur l'usage de la
géométrie (on devrait écrire à l'inverse de Platon sur les écoles d'art
"nul n'entre ici s'il est géomètre"). Et elle conclut "On a le droit de
ne pas aimer, mais pourquoi égratigner au passage?"
Dont acte donc pour une artiste dont le travail ne mérite pas le mépris
tant s'en faut. Qu'on retrouve ses "Torsades" (Patchwork main et
machine) ses "Gardiens du trésor" (Patchwork fait main) ou encore ses
"Pépites" (idem) ou encore "Complexité" (Textile sur un poème pour
comprendre que l'aspect artisanal que l’on reproche au patchwork peut
être parfaitement erroné.
Jacqueline Fischer prouve que de telles approches sont bien plus que le
médium d'un loisir libérateur et qu'elles peuvent figurer au tableau
d’honneur de l’action créatrice. Il n'y a pas de sous techniques, il n'y
a que des créateurs imaginatifs et des copieurs. Cela est vrai partout.
Et à travers une tradition qu'elle revisite, l'artiste peut se
revendiquer d’une création à part entière. Elle affirme une approche
alternative à la connaissance d’une technique bien établie en combinant
un processus de répétition et de création qui renvoie doublement à la
praxis par ses aspects techniques et à la poïétique par ses aspects
esthétiques et ouverts à l’imagination créatrice. Chevillée par sa terre
là où le textile veut dire quelque chose, dans sa modestie et sa
discrétion, offre un univers profond qui n'a rien de "décoratif". Il
existe dans ses œuvres ce qu’on pourrait appeler un modèle
thermodynamique. Et si la légèreté n’est pourtant pas absente de
certaines pièces, c'est avant tout une forme de gravité qu'on retient.
Les pans de couleurs deviennent vibrants mais laisse planer une sorte
d'apesanteur aérienne. Jacqueline Fischer trouve là son moyen de vaincre
l’inertie et le silence du monde. Et L'affect de l'artiste parle à
travers la fibre du textile, parle par des battements rythmiques
supraliminaires de couleurs sans que les masses volumineuses du corpus
d'ensemble deviennent ballottantes ou lourdes. La métamorphose est
toujours délicate comme si elle s’accompagnait de rituels sécurisants et
de conduites maniaques mais pour que la création soit incandescente.
La tension, la peur, l’impatience jubilatoire sont les sentiments et
émotions sui filtrent dans une œuvre féconde et empreinte d'un vertige
intérieur. Et si ce travail conduit aux retrouvailles avec un art
ancestral, Jacqueline Fischer lui donne une énergie nouvelle où le
conflit anthropo-cosmique de tout humain est posé. Il existe en effet
dans de telles créations une harmonie qui réconcilie l’homme et sa
dimension spéculaire. Chaque œuvre devient donc une sorte de
célébration de l'être et du monde.
J-P Gavard-Perret-------
Préface au livre Jeuxx d'étoffes Impressions -expressions
JACQUELINE FISCHER : LE CHAS, LA Clé.
Il y a le silence mais aussi tout ce qu'on peut en montrer. Il y a ce voyage aux abîmes du temps. L'image qui s'y réfère n'ignore rien de ses déferlantes. Mouvement incisif dans les limites, dans les frontières des pans, auxquelles l'œuvre de Jacqueline Fischer donne toujours une densité "de surface" mais pur ouvrir des profondeurs.
Ne pas chercher pourtant l'artiste de Raches où elle n'est pas, c'est-à-dire dans le romantisme d'un monde immaculé. Elle revient à une autre présence, une présence et rupestre douce à la fois. Chaque fois retrouver le mystère du montages des divers morceaux épars, tout ça pour dire :"Je suis encore et je vois".
Recréer, retrouver le clair empire de la présence : la couseuse en fait jaillir une mémoire ouverte, une douleur, une espérance dont on ne saura rien mais où viennent "jouer" (entendons ce verbe ici dans le sens qu'une porte joue) les formes et les schémas.
Il faut se laisse aller à ce cheminement, à ce balisement d'étapes qui émergent. Voir ce qui se trame dans un agencement (un rituel - sans quoi l'art n'est rien) qui n'est plus simulacre mais une révélation. Jacqueline Fischer nous fait sentir cette présence par la matière même qu’elle travaille obstinément.
Le fil lui même a des exigences. Sa souplesse n’est que relative et l’artiste en connaît les diamètres, les coefficients de résistance autant que les couleurs. Chaque œuvre possède dès lors non seulement son schème mais sa densité.
Tenter de voir jusqu'aux limites, aux interstices, aux coutures comment cela monte un ensemble : il faut monter, descendre en un magma de matière, dans l'emprise d'éléments épars-homogènes qui en constituent la matière dans leur fragmentation.
Il faut suivre ces différentes "marches" ou des situations statiques bougent forcément comme se meuvent les vagues pour dresser un labyrinthe de l'être, un labyrinthe spatial autant que temporel. Mais il ne s'agit plus de se perdre il faut se retrouver même si on entre là pour ne plus en sortir en suivant l'injonction d'un fil « rouge ».
Mais il convient aussi de prendre cette recherche textile comme une arme pour se battre contre notre propre spectre, contre le revenant qui nous hante et tenter - à travers de rares indices que Jacqueline Fischer nous accorde, de savoir ce que ça cache, de savoir sur quel fondement s'arrime notre propre image.
La conceptrice nous indique le moyen de refaire surface en des franges, des frontières. On se dit qu’on finira bien par sortir de ce labyrinthe. Car dans le corps de l'œuvre s'engouffre quelque chose de l'ordre du désir : celui de partir ou de revenir, de ne jamais bouger mais aussi de se mettre en mouvement.
Pour connaître l'espace il faut donc se promener dans de tels lieux où la matière ourlée tremble d'une émotion première, d'une émotion perdue capable non de se dire mais de se montrer par effet de suggestion. Il faut en suivre les lignes, les rythmes, les paquets de couleurs, les esquisses.
Il faut percer la nuit même si l’artiste pourrait affirmer "La nuit se pend encore à cela qui me hante". Oui, il s’agit de remonter la trame et « prendre la navette ». Que la mort ne vienne plus se coller à l'image, qu'elle en sorte. Pour une résurgence.
Voir le visible ne suffit plus. L'artiste nous entraîne plus loin. Par la force de son imaginaire il s'agit de voir le voir : comment nous voyons lorsque nous voyons. Rejoindre une expérience originelle de la venue au monde: l'oeil ému par l'impact du monde à travers le travail textile.
Pensons alors en terme de naissance : quelque chose se fomente, reste en marche contre la mort du temps puisque le patchwork devient un vecteur du temps qui entre à nouveau dans le cycle de la vie pour que celle-ci garde sens.
Jacqueline Fischer continue de chercher la cause première, le pressentiment d'un mystère dont rien pourtant ne sera donné - rien ou presque. Soudain les images se dérobent mais le travail peut réellement commencer.
Le besoin de coudre est lié à l'approche de ce point où, de l’art textile, il ne peut rien être dit, où l'on sait qu'en continuant ainsi on se perd, comme on le perd. En effet l'artiste ne commence à coudre qu'en ce point : celui où la parole perd son sens, n'aboutit qu'au naufrage et que les images, elles, peuvent prendre le relais.
Contours et volumes. Vibration de leurs traces. Il faut accompagner leur dérive pour se souvenir de la lumière et de l'ombre où ils naquirent, dériver sur cette déferlante de pigments qui fomente des formes essentielles sur le fond. L'être en devient le sujet écarté, comme biffé parfois, mais omniprésent. Alors, au bout de cette marche forcée une seule question nous est posée : Serons-nous un jour au bout des indices posés par Jacqueline Fischer ?
Pour le savoir, au lieu de les multiplier l'artiste joue de l'économie foncière afin de retrouver l'intimité, la solitude première qui sont peut-être - sans doute même - à la naissance de l'être comme de l'art.. On dépasse un devenir classique : on est dans ce retournement, dans cette primarité essentielle à qui sait que la modernité se reconquiert sans cesse par rapport à l'attrait de la tradition.
Pour en arriver là, la couseuse a déjà parcouru un long chemin, sachant pourtant s'esquiver de toute maîtrise ou plutôt du piège de la maîtrise. Chaque fois l'œuvre tente de nouvelles voies même si bien sûr ce sont toujours les mêmes images-mères qui reviennent et où tout repose sur un retrait.
L’œuvre est aussi errante que fixe, toujours hors d'elle-même pour plus de "dedans". Elle est le silence devenu espace. Comme si l'on retournait à l'essence de vie sans se soucier des apparences puisqu'on est au-delà. L'image "pieuse" (qui protège) bascule dans le vide afin qu'une autre se déploie. Elle frisonne d'un parfum inconnu afin d'éprouver nos images-repères. Par une insurrection de formes très anciennes quasiment rupestres.
Nous ne sommes plus ces prostrés de Blake que Dieu méprise de tous ses muscles de catcheur ivre, mais des prostrés qui se soulèvent en cette résurrection de matière. Il ne s'agit plus de rêver : la dérive exclut la pure rêverie. Le geste a un mandat à assurer. L'œuvre exige une retenue - il ne faut pas qu'elle réponde à l'appel du vide par une alacrité. Il faut piquer encore, piquer : percer pour reconstruire et lier.
Un tel travail fomente un monde des recommencements, un monde qui n'est ni maternel ou maternant - mais qui restitue au patchwork sa dignité, sa force. Il nous fait atteindre la plus grande intimité, nous rappellent en les métamorphosant les traces où tout a commencé mais en les portant vers un équilibre, une étendue ignorés.
Jean-Paul Gavard-Perret
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Le collectif lèse -art et la revue Re-mue
- Le 29/07/2020
Le collectif lèse -art et la revue RE-mue à laquelle j'ai eu la joie et l'honneur de participer autour des années 2010 a republié ses liens vers les artistes et la revue.
A mon avis ça mérite qu'on le lise et regarde. Pas seulement parce que j'y suis (je ris) mais parce que l'esprit qui y règne est oxygénant . Moi -même ça m'a beaucoup aidée dans une période où la corporation boycottait proprement mon livre Jeux d'étoffes et me snobait de toutes les façons . Trouver là une audience différente m'a aidée à respirer dans cet étouffement de mes forces vives (et un peu dissidentes et non conformistes ).
Merci à Boris , et Josiane Hubert entre beaucoup d'autres pour cette aventure, ces rencontres cette "vie" .Parcourez les 32 numéros de la revue Re mue qui fut faite avec amour (désintressé!) de l'art et effervescence !
c'est là lien vers le Collectif lèse art
Je me permets de signaler sur l'art textile le livre préfacé par Josiane Hubert et demandé par Boris Eloi Dutilleul qui en avait assez d'entendre parler de l'art textile comme d'un art mineur lien vers illustration d'un art obscur.
nne lecture !
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Les palettes d'une textilienne -les fils
- Le 19/07/2020
Le fil que j'évoquerai aussi c'est celui-ceux plutôt avec lesquels on brode, bien que ceux qui servent à assembler ne me soient pas indifférents .Et que coudre et broder puissent en bien des .... points se rejoindre, et qu'on puisse broder avec n'importe quel fil et même avec n'importe quel matériau en broderie contemporaine ) . Je me bornerai pour cet article à ceux que j'utilise .
Chez moi ils sont répartis en trois catégories : les boîtes où ils sont rangés soit par couleur , soit par catégories, comme pour les tissus, j'ai oscillé toute ma vie entre ces deux types de classement selon le type d'ouvrage que je faisais (tout en considérant que je n'en ai pas qu'un en route très loin de là !!) , les écheveaux de réserve , et les fouillis de bouts que je stocke dans poche et trousses diverses . Je dis toujours que le meilleur moment pour moi c'est celui où je choisis mes fils, quitte à changer d'avis en cours de route .
J'ajouterai les poches et boîtes où je stocke les fournitures nécessaires pour un ouvrage .Et que j'oublie parfois de ranger une fois l'ouvrage terminé.
Les fils c'est un monde bien spécial , c'est proche des tissus -et en même temps c'est très différent. Comme les tissus les regarder peut me mettre en route, mais j'ai moins souvent créé une broderie pour utiliser un fil que créé une surface d'assemblage pour utiliser un tissu . Deux langages différents : assembler n'est pas déposer sur ...La broderie est plus proche pour moi d'une écriture voire parfois d'une calligraphie .Et bien sûr assemblage et broderie peuvent s'associer comme dans les crazy quilts notamment .
Le fil est porteur de tant de symboles et celui dominant de la durée d'une vie . Tout le monde connaît les expressions "filer un mauvais coton" ou bien "sa vie ne tien qu'à un fil" , sans oublier "le fil des jours" .
Mes premiers fils à broder je les ai achetés avec les piécettes que ma mère m'abandonnait des commissions . Il y avait au village une mercerie tenue par Madame D , une femme brune d'humeur assez peu commode. J'aimais l'odeur de ce magasin : poussière, cire et quelque chose de presque sucré issu des fils et tissus neufs (l' amidon peut-être) . Le plancher grinçait . J'entrais là comme à l'église et je demandais à la grande prêtresse du lieu des fils à broder . Pour moi le fil à broder c'était le coton mouliné . Sur les revues féminines que ma mère lisait, on recommandait le brillanté d'Alger Cartier Bresson . Mais la mercière à chaque fois me demandait : - Du coton floche? -Je ne savais pas ce que c'était . Elle ouvrait des tiroirs vers des fils ronds et indivisibles; je répondais invariablement : " Non du brillanté" . Presque un rite, ce dialogue d'ouverture. Et c'est là qu'elle ouvrait les boîtes à moulinés DMC. Je vivrai mille ans que je ressentirais toujours la même émotion comme devant des objets très précieux pliés dans du papier de soie . Il y a dans les courbes de ces écheveaux, leur abandon, la manière dont ils se serrent les uns contre les autres quelque chose pour moi de sensuel et de volupueux. Et bien sûr l'empire des couleurs, même si la commerçante ne disposait pas des 600 et quelque nuances de la gamme.
Je faisais mon choix (souvent du vert et du rose ) parfois je proposais de venir aider à ranger et la mercière qui avait bon coeur sous des dehors rébarbatifs, m'abandonnait donc parfois un écheveau ou deux . Vers mes dix ans j'avais un petite collection d'une trentaine d'é'cheveaux, avec quelques couleurs favorites le vert 907 DMC notamment (déjà le vert jaune de Jacqueline, celui que j'aimerais à glisser dans mes patchworks, pour dissoner un peu ).
'J'ai brodé avec eux mes premiers napperons , je décalquais des motifs en noir et blanc, j'improvisais avec eux compositions et je choisissais mes points évitant ceux qui me paraissaient hors de ma compétence. J'ai longtemps eu peur du le passé empiétant . Mais je me débrouillais bien avec feston et passé plat . J'acquis un peu plus tard le savoir broder de u magazine Femmes d'aujurd'hui , que j'ai toujours et qui fut mon principal professeur . De ce temps lointain il ne me reste que quelques broderies et deux ou trois écheveaux perdus au milieu des autres . Telle cette broderie sur un drap :
De soie , en revanche il n'y avait pas , à l'époque, dans ma campagne . Trop fragile, trop cher et plus trop usité puisque justement les cotons avaient été créés pour les remplacer . La soie est entrée dans ma vie de brodeuse bien plus tard -il a fallu attendre Internet . Mes premières soies furent des Guterman pour boutonnières , et je les affectionne encore pour les broderies des crazy quilts , ce sont des fils perlés et bien ronds qui donnent relief aux coutures de surlignement.
Ensuite j'ai découvert pas mal de sortes et notamment les soies d'Alger que j'affectionne et utilise encore beaucoup . J'ai longtemps été cliente de Victoria Clayton une américaine qui teignait des fils et rubans de soie et mes boîtes contiennent encore beaucoup de fils issus de ces gammes. Hélas souvent les créatiuces artisanales disparaissent et le réassortiment est impossible- ce qui mène à mixer avec autres choses car, comme ailleurs, j'aime le mélange et jouer avec épaisseurrs et textures comme dans ce pavot :
Et justement le coton perlé je l'utilisais peu jusqu'en 2005 où je décidais de m'offrir la gamme complète des Ispe -nullement épuisée 15 ans plus tard . Et eux c'était pour rendre mes images numériques en broderie de "texture" comme pour peindre mais d'un trait plus épais que les fines broderies fil à fil de ce que les anglo saxonnes appellent silk shading et nous, peinture à l'aiguille .C'est aussi plus rapide et moins fatigant pour les yeux, moins lisse surtout, même si j'aime retrouver les soies floches et ou retordues pour des fleurs un peu à l'ancienne comme dans ce panneau d'Archives du Nord:
Mes apprenttissages me firent constater pas mal de choses . A savoir que le même point n'a pas du tout la même apparence selon le fil utilisé , le nombre de brins , le tissu de dessous .Et que dans la même gamme certains coloris sont plus ternes que d'autres et moins couvrants . D'où cette habitude que j'ai prise de tester avant de me lancer dans un projet important (à mes yeux s'entend).,Et lorsque je travaillais pour des revues bien bien plus tard , systématiquement jusqu'à faire parfois x versions du motif avant de décider de la bonne !Ou bien parfois des pages d'essai comme celle-ci, consacrée aux différents aspects d'une forme en passé plat sur toile de lin :
Je ferai une mention spéciale pari tous ces fils pour le retors à broder DMC destiné à la tapisserie à laiguille mais qu'on peut tout à fait utiliser à autre chose, liés pour moi au souvenir des cours de travail manuel où on nous faisait broder du gros point de croix sur grosse toile avec ce coton , je détestais !
Au début de mon mariage et de ma vie professionnelle qui coÏncidèrent (!) , je brodais encore et j'ai fait une première incursion dans la tapisserie à l'aiguille au demi-point et au point de Hongrie , et j'ai redécouvert le retors . Et aujourd'hui du fait que j'ai hérité du stock d'une amie je m'y suis remise avec plaisir , pourvu que je crée la surface moi-même et j'adore faire des samplers de points avec ce fil :
Il faudrait aussi faire une mention des fils métalliques (réputés diffciles à broder) . Non pas la vraie broderie d'or avec cannetille et jaseron -que je n'ai jamais pratiquée mais l'usage des fils métalliques auxquels on adjoint souvent des perles pour des broderies très précieuses. Gail Marsh dans so livre sur la broderie au XVIII° siècle note que les brodeuses aux fils et pierres précieuses étaient mieux rémunérées que les autres .
Restent les laines à broder sur toile ou tapisserie qui sont le domaine de la broderie dite crewel . J'en ai peu fait , mais j'ai découvert grâce à une amie suédoise ces broderies venues des pays nordiques dont j'ai fait un coussin pour la revue Broderie d'art .
Aux fils fabriqués pour brder s'ajoute tous ceux qui ont éé créés pour un autre usage et détournés, notamment les fils de laines fantaisies . Pour moi c'est le domaine du fil dit "couché c'est à dire fixé sur la toile de fond par des points . Ainsi est né ce "fertilité "
Le fil, et c'est ce qui le rapproche du tissu -varie selon ses couleurs, la manière dont il est filé -je ne ferai pas un cours là dessus, mais quand on brode c'est comme pour les tissus il vaut mieux connaître un peu ce qu'on utilise , sa brillance , sa couvrance, sa tenue au lavage (si on veut laver ) .Fils points et support réunis constituent en eux-même un langage avec lequel une expression personnelle est tout à fait possible sans pour autant être virtuose de tout. Je ne le suis pas . Je regrette souvent , exactement comme pour les tissus, que la variété immense de fils "'classiques" dont nous disposons incite si peu à explorer ce qu'on pourrait bien dire de PERSONNEL avec cela. Ils nous donnent des touchers différents, des brillances , des reliefs -selon les points choisis et jouer avec tout cela est un art comme nn autre . On peut considérer que la virtuosité "reproductrice" de kits ou modèles en est un aussi puisque, las ,le souci de posséder une belle chose permet de montrrer son savoir-faire prime depuis toujours l'imagination ; le brodeur-et surtout la brodeuse!- n'étant perçu souvent que comme exécutant -comme si ce n'était rien déjà d'interpréter un dessin en points fils et couleurs ,qu'il soit de soi ou d'un autre . Sauf à imiter une fois de plus les peintres , dans les sujets comme les matières mais qui cherche avec ce que les fils a de "bien à eux " qui précisément les distingue des "grands" arts et du mixed media , c'est exactement comme en patchwork : voué à l'incompréhension et la méprise engendrant le mépris inconscient ( art mineur, ce n'est pas du contemporain de plus qui sauverait la mise, , alors tout est dit!) . Sauf à y adjoindre des matériaux tendances ou pris aux autres arts ; peinture, plastiques , tyvek, colles fils de fer bref faire du mixed media avec un peu de fil pour la caution textile . Que ce soit intéressant je n'en doute pas, que ça puisse donner des chefs d'oeuvre non plus. Juste que qui joue sur la variété du matériel habituel est à peu près sûr d'être dévalué soit parce qu'on l'assimile illico à celles qui copient les modèles , soit parce qu'on l'assassinera d'u "pfft joli décoratif " etc . Je sais les écueils et les blessures et je sais aussi ce que je veux faire. Et je le fais .avec bonheur qu'on se rassure et si je souligne, une fois de plus les incompréhensions c'est toujours dans cet espoir de changer un peu les regards sur ces arts .
NB Si vous voulez tout savoir sur le brilanté, le mouliné et la soie d'Alger, je vous envoie sur l'excellent site Ouvrages de dames et sur le fin du fin matière d'utiliser les fils dans une technique parfaite sur celui de Mary Corbet .