Réflexion-débat-questionnement

Sur la vogue des Modern quilts

Modernité ou mode ?

NB Article publié dans ma rubrique Opinions il y a plusieurs années. Je rappelle qu'une fois de plus je n’ai pas attendu que la mode se répande pour informer (et m’informer !)

de la soi disant "modernité " du minimalisme et d'autres notions....

On le sait, les grands arts ont leurs grands mouvements et l'art du quilt  qui en est si peu un, lui, a ses périodes,  ses vogues.

A chacun selon ses moyens surtout quand tout le monde s'en accommode.

Depuis une bonne trentaine d’années, cependant, on voit de pathétiques tentatives de se raccrocher  à tel ou tel style, lui-même rattaché à un  mouvement d'art,  étant établi que l'assemblage d'étoffes,ne saurait , à lui tout seul, aucunement en être (qu'on ne discute jamais cela déjà et qu'on l'admette depuis trente ans que je couds comme d'autres peignent gravent ou dessinent ne cesse de me surprendre.) Je note aussi que c'est plus pour faire valoir telle ou telle individualité  ou vendre   une kyrielle de livres pratiques voire de stages   où on vous explique comment faire "dans ce style" qu'au bénéfice de notre art dans son ensemble.       

Au reste pour qu'il y ait vraiment art, il faudrait moins de "suiveuses" en extase  à l'affût devant ce qu'on nomme tour à tour innovation, contemporain ou modernité et un peu plus de personnes qui sans négliger bien sûr forcément tous ces courants, travaillent un peu plus près d'elles-mêmes, de leur propre richesse intérieure : de leur imagination, et même de leur propre sens des étoffes , des formes ...S'il est nécessaire et bénéfique de  se tenir informé, il n'est pas essentiel de suivre à la lettre toutes ces vogues successives, pour obtenir au mieux des "à la façon de" qui sont certes de beaux ouvrages mais où la personnalité derrière n'apparaît guère (tout finit par se ressembler ...), ce n'est pas le style de la personne qu'on reconnaît  par son choix d'étoffes ou de formes mais le mouvement qu'il y a derrière ...et parfois le livre et parfois le modèle .

Actuellement par exemple,  on nous rebat les oreilles avec les Modern quilts qui ne sont d'ailleurs pas à confondre eux-mêmes -même avec toutes les "innovations" .

Je rappelle que l'art moderne qui précède l'art contemporain se termine selon les historiens de l'art dans les années 1960 (pour d'autres la jonction est la fin de la deuxième guerre mondiale) . L'histoire moderne elle -qui le sait ? - commencerait en 1492 ..donc quand on dit moderne il faudrait savoir de quoi on parle dans quelle discipline on se situe et surtout ne pas oublier le contexte. Modern quilt c'est evidemment         quelque chose qui nous vient des USA et qui selon ce site qui semble en revendiquer la paternité se définit ainsi

 

"Modern quilts are primarily functional and inspired by modern design. Modern quilters work in different styles and define modern quilting in different ways, but several characteristics often appear which may help identify a modern quilt. These include, but are not limited to: the use of bold colors and prints, high contrast and graphic areas of solid color, improvisational piecing, minimalism, expansive negative space, and alternate grid work. "Modern traditionalism" or the updating of classic quilt designs is also often seen in modern quilting."

Le mot minimalisme étant lâché il convient de faire une mise au point sur ce terme un peu mis à toutes les sauces.

Au départ le minmalisme ou art minimal c'est un courant d'art né dans les années 60 (dnc quand la modernité se terminait !) et si on veut une vue un peu plus approfondie que ce qui en est dit sur Wikipedia on peut lire ceci :

 

Lien vers l'article minimalisme du centre Georges Pompidou

Je me permets de faire remarquer déjà que c'est infiniment plus complexe que de coudre ensemble quatre rectangles de tissu unis de couleurs vive de façon asymétrique ..en improvisant le piéçage" car en gros c'est bien  cela qui est prôné dans la phrase en anglais .

D'autre part il faut savoir aussi que comme tout mot celui-ci a ses acceptions diverses ( vous constaterez avec l'article précédent que déjà tous les artistes qui le pratiquaient n'en avaient pas la même conception) c'est aussi et surtout aux USA, friands de ce type de "morale" ou de "philosophie" -je mets entre guillemets parce que souvent , c'est à mon avis quelque peu "simpliste" eu égard  la complexité de l'être humain et de ses relations avec les autres et le monde.

Si on tape minalmisme way of life on tombe sur des sites avec ces morales à vivre que notre époque affectionne.

Ensuite on peut méditer  ...

Se demander si tout ce qui nous vient des Usa en matière de quilts (ou de manière de vivre) est parole d'Evangile à suivre le petit doigt sur la couture ..du bloc ? ou de l'absence de... parce que s'en dégager, tout en respectant l'apport considérable des USA en la matière , ce serait une vraie liberté. Je souris toujours quand dans les commentaires sur d'autres blogs je vois tant de personnes revendiquer une liberté "artistique" qui consiste tout juste à choisir la vogue  dont elles vont s'inspirer,  ou la recette ...être libre  parce que sur le livre qu'on démarque et auquel on  est accrochée comme à une bouée de sauvetage , c'est marqué "liberated quelque chose" ...Je veux bien.

Qui nous délivrera des pseudo-libérations ?

La vraie liberté de création , comporte un peu plus de risques  et d’initiative personnelle. Mais passons.


Se demander si la culture textile c'est comme je le vois souvent des sortes de revues de presse avec commentaires des derniers livres sortis de nos consoeurs américaines et le plus souvent avec impasse sur l'histoire du quilt dans ce pays et ailleurs et impasse également sur l'histoire de l'art tout court  ce qui ne cesse de m'étonner s'agissant de personnes  dont la culture textile est célébrée à longueur de blogs. Il n'y a pas de culture sans recul, esprit critique, désir d'en savoir plus, de comparer, ce n'est aucunement une accumulation de connaissances sur les livres en vogue , cela d'ailleurs les revues de patchwork le font très bien. Ne pas oublier non plus que surtout aux USA où le patchwork est un business non négligeable le but est de vendre : les livres,  les tissus qui vont avec, la mode en question  et/ou les gadgets eventuels qui permettent d'obtenir tel ou tel aspect, avec toujours deux promesses: avec ça vous serez artiste (à bon compte" avec ça ce sera facile et toujours vite fait (time is money!) . Ne pas oublier non plus l'influence des courants New age : avant le minimalisme nous avons eu droit à des articles sur la création dans lesquels le mot "holistique" revenait en leit-motiv.

  

Pour en revenir à nos moutons, on pourrait comparer aux Modern quilts , par exemple pas mal de whole quilts ou de quilts unis -certains datent de la fin du XVIII siècle ... et si on enlève l'asymétrie et le pieçage improvisé ... les couleurs vives y sont déjà , et ce dépouillement, la complexité étant donnée par les dessins du matelassage
 Le mot patchwork implique lui un assemblage d'éléments. L’histoire du patchwork regorge de surfaces avec de grands morceaux unis..de couleurs vives :  on a l'exemple des quilts gallois ou plus tard Amish, les quilts en bandes bicolores  ...Je ressens pour ma part ces oeuvres-là bien plus proches du minimalisme tel que l'art l'a défini. Et je soulignerai, une fois de plus que des femmes anonymes ont créé bien avant les mouvements d'art des formes qui pourraient s'y rattacher !

 Il ne s'agit pas d'inciter à les reproduire mais de montrer qu'on se hausse souvent du coude avec de grands  mots sans aller un peu voir derrière ce qu'on peut y trouver et rapporter toujours à l'histoire du quilt , aussi . Nous sommes toujours dans cette perspective de la géométrie qui serait noble si on lui colle un nom de mouvement d'art ou un -isme au bout     et qui resterait artisanale  pour le reste. C'est totalement absurde , mais si personne ne le voit ou ne s'en émeut ...

Exercer l'assemblage de tissus de cette façon ne m'intéresse que très peu. Pour moi j'ai une matière : le tissu, qui est si variée et si riche d'inspiration en elle-même que ces mouvements et ces livres -ceux que je continue à lire . Les oeuvres ou ouvrages des autres sont pour moi des référents, pas des modèles et s'il arrive que je m'en inspire c'est en l'incluant dans un parcours qui m'est propre. C'est beaucoup plus infini, passionnant. Mais je n'espère plus en persuader grand monde.

 

 

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De la géométrie en art textile- 2

Régulier-irrégulier

 

Il semble bien que si on s'en tient sinon au textile du moins aux matières souples servant à fabriquer vêtements, tentures sacs et objets, quand on use  d'assemblages de formes venues de sources diverses-  on ait eu le choix entre mettre ensemble les pièces récupérées telles quelles ou  de les retailler pour  composer avec les chutes des géométries régulières (celles-ci présentant souvent l'avantage d'offrir des coutures droites en principe plus faciles à ajuster ), même si les motifs avec courbes régulières, bien entendu existent aussi.

On peut aussi évidemment retailler ces morceaux dans toute autre forme souhaitée : figurative, stylisée, mais en ce cas on a  plutôt tendance à les appliquer sur un fond  surtout quand la forme devient complexe et la technique dite d'appliqué est considérée souvent  comme une forme de broderie plus que de couture (il n'y a pas à proprement parler "assemblage", ou plus exactement la jonction se fait par superposition.

On distingue donc  dans les oeuvres en patchwork qu'elles soient anciennes ou contemporaines diverses approches de la géométrie selon  ses formes et la disposition de celles-ci.

La géométrie irrégulière  préservant la forme des étoffes telles quelles c'est le royaume du crazy quilt. On le fait remonter à la fin du XIX° siècle, et précisément  la centennial exposition  à Philadelphie en 1876  où des vases japonais craquelés auraient donné l'idée de type de quilts. Mais je crois qu'on confond la mode du crazy  victorien, très orné, qui s'est développée à ce moment-là et la naissance de l'art de la "chute folle"; on trouve bien avant des assemblages de pièces irrégulières  ne serait-ce que par souci d'économie.(et ce dans pas mal de cultures différentes). Il existe dans le livre Le patchwork ou la désobéissance de Claude Fauque la photo d'un caraco en formes irrégulières datant du XVIII° siècle (et français!) .

On voit aussi dans le livre Abstract design in American quilts  déjà cité ce crazy très dépouillé qui n'a rien de victorien , mais qui est un crazy quilt au sens de formes irrégulières emboîtées et rebrodées sur les coutures.

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La plupart des spécialistes des quilts assimilent cependant crazy et étoffes très brodées, même si nombre d'oeuvres, même en tissus précieux sont juste ornées sur les coutures, et souvent en morceaux  réguliers. Les  caractèristiques  précieux/ brodé l'ayant emporté sur celle de morceaux irréguliers utilisés tels quels .

.On peut voir des crazys quilts à l'ancienne sur nombre de sites en tapant antique crazy quilts dans un moteur de recherche.

Ces formes irrégulières sont elles-mêmes souvent incluses dans des formes régulières : carrés; losanges , bandes verticales, comme je l'ai fait dans l' Arlequin fou :

 

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Mais , il arrive aussi que la surface de fond  sur laquelle les tissus sont posés au lieu d'être constituée de morceaux recousus ensuite, soit  d'un seul tenant, ce qui n'empêche  pas d'y intégrer  des formes régulières :  ici les "roues" symbolisant les hasards du mariage .

 

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.Crazy quilt rébus ou l'heureux mariage

 

Aux formes irrégulières des crazys peuvent s'ajouter celles des quilts Afro-américains des  Gee's Bend nés au XX iècle et qui sont devenus célèbres pour leur fantaisié de formes , l'équilibre des compositions et la sobriété des tissus utilisés (en tissus unis)  En revanche pas ou peu de matelassage . On peut en voir sur ce lien .

 

- Des formes régulières diverses travaillés en ensemble   comme dans les quilts dits dahlias, les grandes étoiles notamment qui sont des "classiques" de ce type de disposition .

L'étoile des quatre saisons réinterprétation d'un quilt de Mary-Evangeline Dillon . Ces étoiles sont presque le stereootype du quilt américain et souvent dans les livres sur art et étoffes c'est  eux que l'on voit ...comme si l'art du quilt s'y réduisait, lui qui est si varié !

 

 

Et4s 4

 

La géométrie en formes identiques répétées  :  carrés, triangles, hexagones ou toute autre forme pouvant s'emboîter par tessellation.  On lit parfois que de telles surfaces seraient plus "simplistes" que les élaborations savantes à partir de géométries plus complexes , mais ce n'est pas mon avis d'autant qu'on peut par travail de pixellisation notamment reconstruire avec ces tesselles des tableaux personnels  (pas seulement des copies de photographies ) ).Les charm -quilts ces quilts comportant 999 morceaux (parfois davantage) identiques par la forme, mais tous différents par les étoffes font partie de cette catégorie.

Dans ce quilt Jaillissements  j'ai utilisé les tesselles carrées pour reconstituer une de mes créations numériques :

 

 

Jailesements redjpg

Mais j'aime aussi à en bâtir des surfaces plus classiques témoin ce Petite fleur fait pour illustrer par saturation -un peu ironique et distanciée par rapport au thème- les tissus à fleufleurs :(c'est aussi un charm-quilt aucun tissu semblable à un autre)

Petites fleur detail

 

 

 La géométrie dite en blocs ces carrés répertoriés par les quilteuses américaines, mais qui existaient déjà en Europe avant la naissance des Etats-Unis , comme on semble trop souvent l'oublier et notamment en Europe du Nord (La Suède entre autres a un bel "héritage"et bien évidemment le Royaume-uni ) .Et même hors d'Europe comme le souligne le début de cet article .

C'est une de mes approches favorites,  j'ai expliqué maintes fois pourquoi  : il existe des milliers de blocs et pour chacun une infinité de possibilités  de  création personnelle en étoffes en adéquation avec la géométrie choisie (à noter que tous ces carrés ne sont pas remplis de formes géométriques , mais une bonne partie) .

On peut faire avec eux absolument tout ce que l'imagination propose et on ne voit vraiment pas pourquoi ils ont été , à une  certaine époque, assimilés à un patchwork "planplan", pépère et sans imagination. On peut bâtir sur une simple juxtaposition comme ce Melting pot :

 

 

Melting pot 3Ou bien encore en déformant les blocs au point qu'il est difficile de les reconnaître comme  dans le Feu sacré :

Le feu sacr jacqueline fischer art textilejpg

Des recueils de blocs ont été constitués très tôt comme aide mémoire et propagation d'un art. Et comme en point compté ou broderies; les quilteuses ont fait parfois des "samplers" ces échantillonnages  de blocs tous diffférents et j'ai obéi à cette coutume en voulant tester les blocs les plus difficiles du logiciel Block base (déjà cité )  Le sampler délicat  :

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Evidemment on ne peut oublier les compositions des Mnemonites et des Amish célèbres pour l'utilsation des étoffes unies , les formes simples et l'audace de leurs coloris ainsi que souvent un matelassage très sophistiqué. A noter que les quilts Gallois antérieurs dans le temps présentent des ressemblances . Pour ma part je n'en ai pas réalisé, les tissus unis et le matelassage n'étant pas mes modes d'expression en tissu préférés et mon but n'est pas de suivre, ni de reproduire ce qui existe déjà . Ce qui ne m'empêche pas de les admirer chez les autres. On peut voir des quilts anciens Amish sur ce site

Les quilts  dits en médaillons construits autout d'un bloc central auquel on rajoute des rangées sur chaque côté  qui serait une spéciialité britannique . Le quilt Home sweet Home s'apparente un peu à ceux-là  :

 

Home

 

 

 

Les géométries jugées plus contemporaines ont souvent préféré les bandes décalées , les carrés un peu de guingois, et les livres d'art quilts regorgent d'ouvrages de la sorte .On peu aussi s'amuser à ce petit jeu (que j'ai fait) taper  geometric art quilt, puis comparer avec les oeuvre de Klee , Kandinski, Rothko, sans oublier Vasarely et Mondrian pour voir que là l'inspiration se veut "noble" et côté Beaux-arts.

On peut compter comme "contemporain " tout ce qui s'éloignerait des formes précdentes jugées elles traditionnelles, mais à dire vrai et je l'ai souvent montré le clivage entre le deux est souvent  très discutable. 

La  vague des modern quilts privilégie les grandes surfaces unies avec un matelassage très élaboré (le plus souvent sur machine long arm  ) je renvoie sur ce lien où je les ai déjà présentés .

Mon quilt Eclats de Soie s'en rapproche  :  je ne refuse pas une tendance" quand j'ai quelque chose à dire avec elle :-) non plus , il ne s'agit pas de refuser ou nier  les influences, mais de sélectionner en chaque genre ce qui convient à propre expression  :

 

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 Et en conclusion rappelez-vous ces oeuvres qu'on les aime ou pas sont des surfaces abstraites, exprimant des visions géométriques de l'espace mais en   tissus parce que  le tissu a pour moi des caractéristiques que la peinture ne me donnerait pas -son toucher ses reflets, ses imprimés, son histoire . Pas  seulment de jolies couvertures. Merci de le comprendre.

De la géométrie en art textile

De la géométrie en art textile -1

 

Introduction

Dans mon livre Jeux d'étoffes, impressions, expressions  je pose déjà la question du regard sur la géométrie, surtout régulière, répétive et symétrique, dans les surfaces textiles. 

Et évidemment plus précisément en assemblage d'étoffes. J'ai toujours contesté la notion selon laquelle il y aurait des géométries "traditionnelles" et d'autres "contemporaines" voire aujourd'hui "modernes" avec la vogue des modern quilts. J'ai contesté surtout le fait que l'emploi de certaines formes comme le labyrinthe vous donnait l'aura de la véritable artiste puisque ce labyrinthe était classé  "contemporain" dans les années 90, notamment, , on ne sait pourquoi (à croire que Dédale était un perdreau de ces années-là !) mais une étoile par exemple, c 'était traditionnel et donc "artisanal" pas le moins du monde artistique, du moins côté "grand art" . Je me bats contre ce genre d'absurdité depuis des décennies.

Autre question qui m'a taraudée :pourquoi donc les abstractions des quilts, antérieures et très largement aux peintures abstraites géométriques, sont-elles reléguées côté "arts appliqués-décoratifs" juste là pour faire joli,et/ou réchauffer ....  mais que lorsqu'un grand art s'en  empare -des siècles après, là ça devient génial ...intéressant . J'ai obtenu des éléments de réponses mais aucune ne m'a satisfaite (et notamment le fait que le dames qui cousaient n'auraient pas  eu de "démarche", que donc ce n'était ni classable dans un "mouvement" , ni analysable avec les méthodes de critique d'art habituelle. Cela ne tient pas car beaucoup d'artistes du passé n'ont été inclus dans écoles, mouvements et influences diverses qu'après coup, et non de leur vivant. L'art et l'artisanat ont même souvent coïncidé !  Evidemment si on met d'office  hors champ de la culture générale et qu'ensuite on constate que ça n'est pas vraiment de l'art  parce que "ça se saurait" , depuis le temps ... on ne laisse guère de chance à ces surfaces d'être regardées autrement que comme de "jolies couvertures" .Comment cela pourrait-il "se savoir" si on ignore tout ou presque de qu'on relègue ?

 J'aimerais donc  ici inviter à aller y voir de plus près . Notre art est mal connu  même de celles qui le pratiquent et même d'un bon nombre qui se disent "expertes" . Moi-même je sais que je ne sais pas tout, très loin de là, car le savoir en cette matière est dispersé, lacunaire, difficile à étayer sur des études complètes .Le plus souvent les livres sont pratiques.... et je me sens deux tâches : l'illustrer par autant d'oeuvres que je puis en  créer, et partager ce  que j'ai appris sur lui au fil des années . Et si possible, aussi,  en dehors des "cercles" patchwork-art textile . Si une géométrie peinte atteint à l'universel , une cousue le pourrait bien aussi, si on l'y autorise. Plus exactement si on fait effort de s'informer ...et de regarder comme une surface comportant des formes et des couleurs choisies  par décision de la personne qui l'a conçue et cousue (et qui hélas ne coÏncident pas toujours, problème crucial) .

Un peu d'histoire .... et de géographie.

On ne peut évidemment pas dans un article à lire sur écran être exhaustif sur ce vaste sujet , je renvoie en cours d'article à des liens et pur les sources aux livres dont j'ai déjà rédigé la recension sur ce blog (notamment Quilts around the world de Spike Gillespie)               o

 

En Europe une des premières oeuvres textiles géométriques connues est un ouvrage anglais daté de 1718 et appelé "The Coverlet" . On peut ne pas apprécier ce genre de composition mais force est de reconnaître que c'est un usage de formes abstraites à des fins esthétiques , et que c'est en tissus .... et même à décomposer en ce qu'on nomme "blocs" c'est à à dire carrés subdivisés eux-mêmes en formes ou décorés d'un motif .  On peut la voir sur ce site ...

 

Plus tôt encore dans le temps et ailleurs  les quilts retrouvés  dans les  grottes des mille Bouddhas sur la Route de la soie à partir des  années 1900 . Entre autre nombrex objets d'art, on a mis au jour des   pièces en patchwork géométrique montés  de façon analogue à nos méthodes de couture main et avec des formes ressemblantes, datant probablement du VIII° siècle de notre ère,qui sont décrits comme étant composés de triangles et de rectangles et qui seraient conservés , en partie au British museum.

A méditer par celles qui affirment que le patchwork géométrique serait "américain" exclusivement .

Au Pakistan et à l'ouest de l'Inde on trouve la tradition des "ralli quilts" dont certains historiens pensent qu'ils remonteraient à 4000 avant Jésus-Christ  au vu de leur représentations sur poteries ou autres témoins de  ce passé très lointain.

Liens vers une présentation des ralli quilts

Et puis en France le collectionneur Michel Perrier a rassemblé des quilts. Beaucoup datent du XIX siècle , et ces géométries n'ont rien  envier aux à celles développées  aux USA et au Royaume Uni, même si on souligne que les techniques d'assemblage et l'esthétique en est sensiblement différente . Plus de la moitié de ces quilts  est fondée sur des géométries régulières, signe que dans notre pays ces types   d'assemblages ont dû exister et déjà auparavant (seulement comme je l'ai maintes fois souligné jugés indignes sans doute d'être conservés les plus anciens ont été probablement perdus  ou détruits ) .On voit affirmer  que la France n'a pas une culture du patchwork,  ce qui n'est pas faux, mais c'est surtout conservation, transmission et étude de ces oeuvres en tant qu'objets d'art abstrait (et non pas seulement populaire) qui fait défaut. La pratique elle existait bien ! La preuve! (cf l'article sur le livre Mosaïques d'étoffes)

 

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A noter que le Sud de la France  connu surtout pour le boutis et le piqué marseillais ,  recèle quelques trésors d'assemblage notamment des hexagones et  également, en Corse les centupezzi   que la quiteuse Anne Marie Voigt Vincentiguerra a fait connaître.

Et le souhait aussi que tout ce qui se crée à notre époque dans ces "genres" nullement obsolètes, soit répertorié,indexé,  conservé et étudié et non finir en chiffons .

 

 Si pour les géométries repertoriées et inventées par les américaines, il existe bien sûr une pléthore de livres; essentiellement pratiques  . L'encyclopédie de  Barbara Brackman, sur laquelle repose le logicie  Block base (dont je ne cache pas qu'il est une de mes sources d'inspiration ) est une des plus complètes . A noter que bien, sûr , beaucoup de ces dessins existaient depuis la nuit des temps il suffit de consulter un livre de motifs pour s'en convaincre. Mais les noms choisis  qui font allusion à la vie quotidienne ou à l'actualité politique ont contribué à insérer ces motifs dans une culture. Chose qui en France, ne s'est jamais produite pour la raison simple que notre beau pays aime bien dévaloriser les uns pour élever des podiums  aux autres et que la scission Beaux arts / arts appliqués sévit toujours qui interdit aux seconds d'avoir droit à des études comme étant nés d'une imagination, d'une démarche cohérente venue d'un individu "artiste".

  Ainsi Le collectionneur Jonathan Holstein venant en France exposer ses "Abstract designs in American quilts" ,dans sa relation de l'aventure, souligne qu'il n'a eu droit qu'aux musée des Arts décoratifs (l'effet ghetto !) alors qu'aux USA il avait réussi à convaincre le "curator" du Whitney Museum de la valeur esthétique et expressive de ces oeuvres. Outre le livre sur le sujet dont j'ai fait un compte rendu lisible sur  ce blog, on peut avoir sur ce lien une idée de ce que fut cette exposition, capitale dans l'histoire ce la reconnaissance de notre art.

Reconnaissance qui malheureusement est restée pour diverses raisons très limitée  dans le temps et  ce que je nomme "la corporation". Hors des milieux spécialisés, personne n'en sait rien.  A  art dit  mineur pour ne pas dire minable, pas d'histoire universellement partagée ! Juste des essais de percée non transformés !

J'ajoute avec fermeté qu'en France il y a eu malheureusement fin 90 et début des années 2000 cette scission entre les géométries "nobles" et les autres . Donc relégation des secondes au profit des premières. Bref , il fallait faire des surrfaces qui ressemblaient   à ce qu'on voit dans les vrais arts et surtout pas que ça ait l'air "trop patchwork", comme on m'a dit mille fois cgez les artistes se voulant novatrices (rien de tel que de ringardiser un courant ou un genre pour s'affirmer original ! )  ..  Et aux USA, même si c'est plus ouvert , certains historiens du quilt soulignent cette scission (tout le monde l'admet sans la mettre en  cause dans les milieux patchwork et art textile )  .D'où le terme art quilt , apparu dans les années 90, s'opposant au soi disant traditionnel qui lui donc ne serait pas de l'art côté Beaux-arts.  Et je montrerai par l'analyse d'un livre, à la fin de cette étude,  combien cette scission est contestable et peu rigoureuse .Mais pour le moment penchons nous sur les différentes formes de géométries utilisées dans quilts et patchworks.

 

 

(à suivre)

Broderie : perfection ou expression ?

Je me suis intéressée pas mal, ces derniers temps à la peinture à l'aiguille .

 En français ce terme désigne surtout des broderies très réalistes -ou très normées-  réalisées au point de passé empiétant ou empiété (long and short stitch en anglais , parfois aussi désigné par l'expression silk shading .)

Encore que le passé empiétant, ce soit souvent expliqué très dfféremment du long and short stich donnant un effet de relief en faux semblant dont j'ai déjà parlé dans la broderie en relief .Dans les livres et revues avec lesquels j'ai appris, enfant, les points étaient imbriqués de la façon qu'on peut voir sur ce lien par exemple :

emprunté à  un site de brodeuse , mais on trouve ce schéma un peu partout. Toute personne qui a réalisé des  napperons "banals"  le connaît.

Donc  une ligne de démarcation se voyait , ou bien on dépassait un peu sur le rang précédent, entre deux points  mais toujours à la même hauteur.

 Or dans la peinture  à  l'aiguille un rang mord, parfois largement, dans le précédent  et le départ des points dès le second rang s'échelonne de manière à créer justement une impression naturelle, sans démarcation . de plus, pour les oeuvres complexes, on travaille avec plusieurs aiguilles de manière à pouvoir mêler les nuances sur un même rang. Et avant de se lancer il existe un travail préalable qui consiste à prévoir l'orientation des points , la répartition des valeurs et couleurs ,  -c'est le plus difficile pour les formes complexes notamment volutes,  drapés et visages - , de celle-ci dépend l'effet  de lumière sur la surface réalisée, et le relief .

Au passage si vous voulez un cours d'entraînement gratuit et très bien fait je vous renvoie une fois de plus sur le site de Mary  Corbet, brodeuse émérite.

 Il y a dans ce domaine de grand( e)s artistes (je vais en oublier) : les liens renvoient sur les sites respectifs. La plupart ont écrit aussi des livres .Je ne suis pas autorisée à publier des photos de leurs ouvrages , mais je vous invite à cliquer : cela en vaut l'effort !

 La française Jocelyne Kurc, meilleure ouvrière de France,  dont je n'ai malheureusement pas pu me procurer les livres (au passage si vous vous débarrassez des vôtres je suis preneuse!) , La sud africaine Trish Burr (à qui va ma préférence pour le côté très didactique de ses livres)., L'anglaise Helen  M. Stevens qui use d'un point sensiblement différent du passé empiétant qu'elle appelle opus plumarium   inspiré  du point de Kensington -ce lien fait le point si j'ose dire sur le sujet-    L'anglaise   Sarah Homphray diplômée de la Royal  needle school   qui a écrit un livre traduit en français , remarquable pour son étude des valeurs , à partir d'une photo noir et blanc du modèle couleur.Je ne cite ici que les personnes qui créent la broderie, pas celles qui exécutent leurs modèles, même si j'en salue l'exploit... dont je serai incapable, sauf à passer ce qui me reste de vie à m'y entraîner, et encore ...

Sans oublier les chinoises qui sont maîtresses en cet art difficile  Je ne citerai  que Shao Xiaocheng et Xiao Yao qui ont écrit un livre sur le sujet  fort bien conçu .

Différemment et proposant des sujets figuratifs on trouve des artistes comme Emily Tull : là les points échappent à la perfection normée pour montrer tout autre chose.

Et en enfin découverte réclmmment l'oeuvre impressionnante de  Cayce Zavaglia

D'aucuns ou d'aucunes seront plus admiratives de telle manière de "peindre" humains, feuillages, animaux, paysages.

Je rappellerai aussi  l'oeuvre de Marie Monnier qui est une véritable peinture à l'aiguille à la fois figurative et symboliste et d'une perfection ..expressive , qui échappe à elle-même, si je puis dire ...la perfection technique est oubliée derrière le rêve, la puissance émotionnelle de tels tableaux ...Il est vrai l'artiste avait  aussi une maîtrise totale du dessin d'art.

Et on peut aussi user d'autres points que le passé empiétant pour peindre à l'aiguille témoin l'oeuvre , au point de Beauvais, de Caroline Roussel .

 Au terme de quoi je regarde mes propres broderies comme étant par comparaison totalement imparfaites. J'ai tout de même réalisé dans les années 1990  quelques broderies d'oiseaux  "passables" d'après photographies ,sans formation aucune avec maître diplômé, ni livres spécialisés, ni tutoriels sur internet, comme aujour'dhui .. ..Je ne le renie pas, même si aujourd'hui je m'y prendrais sans doute autrement pour le faire.

 

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 J'admire la perfection hyperréaliste , je sais combien de travail il faut pour tenter seulement de s'en approcher,  j'admire aussi la liberté qu'on prend dans sa propre vision de ladite réalité ou de la forme dont on part .

Pour m' y être un peu essayé, je n'ignore pas le difficultés techniques d'une peinture à l'aiguille au passé empiétant sans défaut, mais c'est précisément le côté sans défaut qui ne me va pas ... Je pars en tirant la langue et avec l'idée  de faire quelque chose selon les normes -que je connais- et invariablement, j'introduis des irrégularités . Ainsi cet exercice sur un dessin personnel "à l'ancienne" la fleur bleue était prévue en passé empiétant droit   avec dégradé de couleurs (le silk shading) et puis tout à coup j'ai fait ce qu'on recommande de ne pas faire ... j'ai changé  brusquement la direction des points ..évidemment comme le motif est censé n'être que "décoratif" je n'y ai pas droit, aux yeux des censeurs, c'est  semble une erreur un "poor craftmanship", un niveau pas correct (à y perdre dix points de vie, au moins!)  . Et pourtant ! Est-elle plus laide, moins vivante ainsi ?Je ne parle pas des fleurs oranges pour lesquelles j'ai choisi une de mes manières préférées de remplir une surface ; le point de tige en juxtaposition de rangs. Le tout avec un fil de soie floche de la finesse d'un cheveu ...

 

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 Quand je vais dans un musée côté peinture je m'aperçois que le peintre, lui a le droit de montrer sa personnalité dans la manière dont il use de ses pinceaux  et que la recherche  de la perfection  réaliste n'est pas toute la peinture.... et que si on jugeait des grands peintres comme on en  juge des grands brodeurs  : pas un blanc surface lisse bien remplie sans anicroches ..il faudrait vider les salles de beaucoup de musées et qu'on ne me dise surtout pas "ah mais eux, ils ont droit car Beaux-arts" ! Sinon  je hurle au préjugé nobiliaire dans la minute qui suit . Si eux ont le droit au nom de leur expression et originalité, nous, brodeuses aussi et même en brodant une volute "traditionnelle". Car dans des portraits, nus ou paysages figuratifs on reconnaîtt l'artiste aussi  à sa manière de peindre ..Et même dans toutes les formes qu'il choisit de reproduire , et je repose ici la question du motif-poncif ...n'est(-il que cela ? brodé tissé imprimé c'est poncif peint ça deviendrait de 'art ? Comment pourrais-je le croire ?

Un  motif d'étoffe peint par Klimt et par Matisse est-ce tout à fait pareil ?   Et par un impressionniste ?Alors rendu par un brodeur ce même motif serait tenu au perfectionnisme rigoureux sans bavures ? C'est un point sur lequel je n'ai guère vu d'interrogation puisque la broderie à partir de motifs traditionnels est classée artisanat et non art, et c'est là tout le problème .  Pourquoi donc les brodeurs  eux-mêmes tiennent absolument à ce degré de perfection et de maîtrise dans les formes dites décoratives alors que le seul moyen de les faire s'échapper vers une expression personnelle, et de les sortir du "joli-décoratif- pncif" c'est précisiment de permettre à l'aiguille comme au pinceau d'y apposer sa marque ? Donc forcément l'irrégularité , si elle est voulue, ou marque d'un tempérament  ... ...La régularité c'est précisément  le contraire  : des points qui vont ressembler à s'y tromper à la fois à ceux d'une machine , et à ceux d'une autre personne maîtrisant le geste de façon quasi mécanique . Le résultat certes est époustouflant ... on peut aller jusqu'à dire que c 'est le summum d'une conception de l'art que de s'effacer ainsi derrière la réalisation parfaite  pour rendre le "vivant"  . Je l'accepte : pour les autres, si c'est leur choix ! On peut avoir d'autres approches .

 

Lorsque je brode  à partir de mes propres dessins ou photos j'aime, par exemple  qu'il y ait de la texture du relief de la "pâte" , de la "patte" aussi le tout lisse de la peinture à l'aiguille à un fil de coton ou de soie n'est pas mon choix , forcément. Tout simplement parce que pour moi l'art textile n'est pas fait que pour le regard , mais aussi pour le toucher. J'y reviens toujours .

Ainsi dans le tableau abstrait nommé Coulures j'ai usé de points qui évidemment peuvent paraître grossiers en considération  de ces merveilles faites à la loupe et calculées au millimètre près  ..pour une surface sans défaut, sans aspérité, sans rien qui accroche..

 

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et le triptyque aux pavots qui a été publié par Brodere d'art , est aussi une autre manière de peindre à l'aiguille :

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Et il faudrait que la broderie, comme le patchwork, accepte cette liberté-là  du "coup d'aiguille" et même pour les motifs classiques sans hurler à la maladresse ou au niveau médiocre. La médiocrité est à mon sens aussi et tout autant  dans la manière étriquée et conventionnelle des critères d'appréciation  Lesquels motifs peuvent être vus comme des écritures, des symboles... ou des formes expressives qui précisément ne peuvent l'être qu'en s'évadant du "normé".

 

Je m'explique : , si je calligraphie un texte je choisis d'effacer la personnalité de mon écriture pour des pleins et des déliés  normés aussi parfaits que possibles ressemblant à d'autres pleins et déliés . J'obtiendrai une écriture sans marque de ma pmersonnalité, normée, parfaite. C'est un art,et diffcile techniquement ,  certes le même que celui de la brodeuse qui réalise une volute en peinture à l'aiguiille avec points rendant pile point le mouvement et le volume .Ce texte s'il est de moi fait que je suis aussi écrivaine (mais ça n'influencera pas forcément  la calligraphie normée  qui est indépendante du sens, donc de l'expression).  Je peux aussi l'écrire de ma propre écriture, celle qui révéle ma personnalité . Ainsi devrait-on faire avec les  motifs de broderie qui non ne sont pas que jolis-décoratifs, mais ont porté souvent des symboles, à travers les siècles  et ne pas obliger à la "calligaphie" obligatoire avec eux, qui a pour visée tout autre chose, sinon, ce serait une "incapacité " technique . Certaines brodeuses sont, métaphoriquement s'entend, callligraphes admirables , d'autres écrivaines à l'aide de motifs . Si on veut voir  les motifs juste comme du parfait à "chiader" en les interprétant ou si on les considère comme un moyen de dire, de se dire : tout est là . On peut être les deux, calligraphe et écrivaine mais cela devrait demeurer un choix et pas une façon d'évaluer, d'exclure ...Une oeuvre s'apprécie ou devrait s'apprécier aussi  à sa visée .. car exiger de la perfection technique de qui précisément veut y échapper, c'est condamner sans comprendre et surtout sans ressentir ... c 'est une fois de plus regarder une oeuvre comme on pense qu'elle doit être et non pas comme elle a été conçue..C'est sur ce point que j'invite à une réflexion ...

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Maison des arts textiles & du design

Je suis comme on le sait soucieuse de conservation et de rayonnement des arts textiles et je voudrais présenter ici la maison des arts  textiles et du design de Flavigny sur Ozerain,  dont le site se trouve sur cette page  :

http://www.algranate.com/

L'existence de tels lieux m'a toujours semblé une excellente initiative, je ne puis donc que soutenir notamment   tout ce qui a pour vocation de faire mieux connaître ce qui se rattache à notre art   et ici, donc , une structure à la fois respectueuse du passé et de ses transmissions, du contemporain ,  et de l'avenir .
 Cette année a été créée  une Académie (dont j'ai l'honneur d'être membre )

 Pour la présenter je laisse la parole à Marie Algranate :

 

Pour la Maison des Arts Textiles & du Design, l’Année 2016 se termine avec la remise en œuvre de l’ancienne association « IMAGINE » sous la nouvelle identité d’ACADÉMIE TEXTILE - Patrimoine, Art, Sciences et Techniques, afin d’œuvrer au mieux dans les différents domaines qui nous tiennent à cœur. Il devient important de tisser des liens entre les exposants, sympathisants, donateurs et autres visiteurs, et d’intégrer tous ceux qui gravitent autour des différents outils du Patrimoine que sont l’art, les sciences et les techniques, dans le cercle qui se constitue peu à peu autour du musée d’Algranate.
Le siège social est fixé à la Maison des Arts Textiles & du Design - 3, rue Lacordaire à Flavigny sur Ozerain, et l’ACADÉMIE TEXTILE se donne pour missions de veiller sur l’œuvre, la mémoire et les collections reliées à ALGRANATE, de fédérer les Amis du musée, de tisser des liens culturels entre Patrimoine, Art, Sciences et Techniques, et d’encourager la création contemporaine. Elle se compose de toute une diversité de membres, ce qui nous permettra d’accueillir, de valoriser, et d’honorer ceux qui, à des titres divers, contribuent à la notoriété du musée. Les cotisations ont été revues « large », pour que chacun puisse se sentir à l’aise et que rien ne vienne entraver les bonnes volontés.
L’ACADÉMIE TEXTILE démarre avec un fort pourcentage de membres bienfaiteurs, ce qui est un important signe de vitalité et atteste d’un capital de sympathie inestimable dont je remercie très chaleureusement tous ceux qui contribuent depuis quelques années à la densité et à l’intérêt des collections du Musée d’Algranate. Parmi les plus remarquables dons qui ont été faits au musée se trouvent des objets emblématiques du passé de Flavigny, des objets du patrimoine rural (textiles et autres) et des livres dédiés à la Bourgogne, mais il faut aussi vivement remercier les collectionneurs qui nous ont fait don d’éléments textiles Miao, chinois et indonésiens en excellent état, d’objets africains remarquables, de livres sur ces cultures, tout en enrichissant de commentaires, de conseils pertinents et de dialogues sympathiques, qui sont autant d’encouragements, leurs dons au musée.
Je remercie aussi pour leur soutien amical les amis qui, depuis des années, sont des fidèles du projet pédagogique de Daniel ALGRANATE.
L’ACADÉMIE TEXTILE se donne pour objectif de valoriser les arts du fil et tout ce qui s’y rattache, ainsi que les matières vivantes et leurs valeurs fondamentales, qui sont celles de notre mémoire collective. Nous souhaitons que cette ACADÉMIE rapproche tous les passionnés qui attestent de la vitalité d’une création dont la générosité et l’intelligence n’altèrent en rien les ressources de la terre, afin d’épauler ce domaine qu’il est important de soutenir et sur lequel il serait intéressant de veiller dans l’esprit d’ALGRANATE, c’est à dire pour la création première et non en « interface » de machine programmée ! Le fil est l’une des idées géniales de l’intelligence humaine, au même titre que le feu, la pierre taillée ou la roue. C’est le vêtement qui a protégé l’intelligence, permis les grandes migrations, et c’est le lien qui a développé les grandes coopérations entre l’humain, l’animal et le végétal. C’est sans doute la plus remarquable invention, celle dont découlent aujourd’hui toutes les ingénieries contemporaines. Que serions-nous sans les tisserands et les horlogers, sans le fil et la roue dentée, l’échappement, l’étoffe et la programmation, le lien et la maîtrise…. Il ne tient qu’à nous d’en extraire les éléments les plus positifs et de régénérer ces dialogues avec la Matière de l’Art, cette belle matière dont la Bourgogne est riche et généreuse.
L’ACADÉMIE TEXTILE s’attachera à faire le lien entre les valeurs du passé et celles qui en découlent, à veiller sur les techniques d’hier, souvent plus économiques et basées sur des complémentarités plénières, pour mieux les intégrer à celles de demain. Nous avons de beaux exemples de Design dans les collections du musée d’ALGRANATE, où la forme et l’ergonomie fusionnent pour mieux répondre aux besoins techniques, sans excès, en douceur, en suivant des chemins techniques concrets, objectifs et surtout parfaitement adaptés au réel qui est la clef de toute action vraiment durable. Ici, pas de machine qui ne réponde à la main. Tout ce qui vous est présenté dans la Maison d’ALGRANATE est en lien avec la vie, le rêve, l’intelligence non prédatrice, seuil de création libre, et proche de la beauté si particulière que l’on trouve dans la Nature.
Le travail d’ALGRANATE repose depuis toujours sur cet équilibre des bases, la qualité des matières, l’intelligence du métier, une certaine forme d’autonomie de l’artisan mais toujours en lien avec ses origines : la terre et le travail de la main au rythme du cœur. Il aura toute sa vie fait le lien entre ces domaines sans jamais rien rejeter des fondamentaux de ces intelligences. Il aimait sentir la terre sous sa main avec la même jubilation que pour la soie ou le métal. Et il avait coutume de dire que tout est lié. À ses étudiants, il avait à coeur de transmettre des bases, des langages d’intelligences techniques, des procédés aussi intuitifs que précis, tout en respectant les identités et les personnalités de chacun. Oui, c’est vrai, il était très exigeant pour la base technique qui devait être irréprochable, mais quelle humanité autour !
La Maison des Arts textiles & du Design émerge aujourd’hui de ses ateliers et de son travail, d’où la renaissance de cette association qui, tout en lui étant dédiée, est structurée pour dynamiser en réseau ces patrimoines de haute virtuosité qui ont beaucoup souffert de la progression des machines, du mépris des industriels et de l’inconscience de hauts responsables, sous couvert de progrès. L’ACADÉMIE TEXTILE est déjà un espace de dialogues référentiels et de rencontres, alliant saveurs et mémoires, création et reconnaissance des anciens. L’objectif est de travailler à la conservation active des patrimoines issus des arts & métiers, et d’attester d’une création toujours vivante, mystérieuse, attractive, dynamique…. dans les règles de l’art.
Cette Académie, donnez-lui sa forme. Vous y rencontrerez d’autres passionnés et des projets complémentaires aux vôtres. Nous espérons qu’elle portera vos couleurs, qu’elle sera vôtre, comblera vos vœux, vous apportera un espace amical et ouvert à vos rêves, à vos projets, qu’elle répondra à vos demandes et que vous y serez bien...
Marie Algranate
 
Donc, si vous avez des idées, n'hésitez pas à rejoindre cette structure qui me semble particulièrement ouverte et accueillante !
On peut consulter également la page Facebook 
Et si vous habitez la région toute bonne volonté pour aider est bienvenue !

Broderie et dessin

On lit souvent qu'un bon brodeur doit savoir dessiner... En fait c'est à mes yeux très vrai et très faux! et j'attends aussi avec impatience le jour où on exigera avec la même logique qu'un bon dessinateur sache aussi broder. Ou qu'un photographe qui en général sait composer sache aussi dessiner ...ce qui est parfois le cas, mais sans obligation !

 

Zola le note incidemment dans son roman le Rêve et Saint- Aubain le célèbre théoricien de l'art du brodeur l'affirme aussi.C'était  une époque où le dessin était le seulou du moins le principal moyen  de reproduction d'une réalité ou de quelque chose d'imaginé (même si la phographie existait déjà à l'époque de Zola) l'image de "reproduction"était moins facile  d'accès qu'aujourd'hui.


 Mais il est permis de remarquer qu'aujourd"hui  les moyens techniques du dessin et de reproduction  ont prodigieusement changé, . On peut décalquer à partir d'une photo , ou retravailler à partir d'un logiciel ... et certes on peut aussi prendre son crayon ; mais si on retrace alors un modèle déjà existant, on ne fait que changer d'outil (une ligne droite peut-être tracée avec une régle ou un ordinateur, cela reste une ligne droite !) , et finalement qu'on emprunte ce "modèle" à la tradition, à une photo, à la nature ou qu'on use d'un dessin lbre de droits déjà existant ... cela ne devrait pas constituer un moyen de classer ou d'exclure ... style :  "les grands brodeurs savent dessiner ., les autres non" . (déjà il faudrait voir quoi ,comment,  dans quelle visée ?) d'autant que bon nombre de grands créateurs ont des archives qu'ils n'hésitent pas à utiliser et dans lesquelles les dessins ne sont pas tous issus de leur cerveau créatif ! Le fameux "droit à l'inspiration " et la création qui viendrait de la "nouveauté du modèle" -le modèle n'étant pas que le dessin pour un brodeur, mais la broderie et son élaboration . Je dis bien : élaboration ett non simple exécution .

Et cette élaboration propre à la broderie constitue un art tout aussi complexe et difficile, par lequel  on peut tout aussi bien que dans un autre art  faire un travail expressif et personnel..même si on part d'un dessin "emprunté".

La création, donc  celle qui à mon sens signe le style du brodeur c'est moins(ou pas seulement)  un dessin particulier que la manière dont il va rendre ce dessin en points et fils ..comme un photographe d'un monument célèbre ne prendra pas  le même cliché de la même réalité  qu'un autre photographe : point de départ identique mais changement par l'art qu'on exerce et non point forcément virtuosité dans un autre art (le dessin) puisque sa base est moins nécessaire qu'autrefois ...On ne demande pas au photographe non plus d'avoir construit le monument ça paraîtrait absurde, pourtant on demande bien au brodeur de posséder plusieurs arts en plus du sien propre déjà si exigeant ! Or,je suis persuadée que cette exigence élitiste (main mise et primat des Beaux-arts sur reste une fois de plus!)  bloque une expression qui existe : celle par les matières, les fils et les points et qui constitue tout de même l'essence de cet art., dans une optique créateur (celui qui dessinerait) et petites mains qui ne feraient qu'éxécuter. ? On n'éxécute pas quand on passe un dessin en cet art diffcile qu'est la broderie on le crée en tant que broderie, si on choisit soi-même composition, échelle , disposition, répétitions support, , points et fils. On exécute si on prend un modèle de revue où tout cela a déjà été fait ou si on suit les desiderata d'un styliste de renom dont on est effectivement l'éxécutant (il ne s'agit pas de créer soi même mais parfois  d'entrer dans les désirs -parfois vagues et évasifs parfois précis et exigeants d'un créateur "commanditaire".Et on interprète si on suit avec quelques légères modifications par exemple faire la même chose points t fils compris en changeant juste la couleur, là création-là  -en broderie s'entend- est très partielle.

 Or tout cela n'est pas bien clair dans l'esprit du public  non initié ni des pratiquant(e)s .

Démonstration :

Soit  ce dessin de feuille tracé par moi -ce que tout le monde peut faire , absolument tout le monde !- je l'ai réalisé en points et fils différents  : .C'est aussi un répertoire dit sampler en anglais  : exercice d'entraînement et répertoire  des points et de leurs aspects en différents fils .. .. des possibilités diverses de rendre cette simple forme de feuille en broderie. c'est aussi la base  d'un projet texte-textiles qui sera présenté plus tard ..Rien qu'avec mes idées d'interprétation de cette feuille et les techniques que je maîtrise ou essaie,-et là tout le monde ne le peut pas , du moins pas de la même façon-  je pourrais faire des dizaines et des dizaines de feuilles issues du même dessin, mais toutes différentes ...n'importe quelle brodeuse peut le faire , mais chacune aura ses interprétations où le dessin de base ne jouera pas une part prépondérante  et sera limitée à la fois par son imagination et ses capacités techniques ..... Ajoutons que cette approche basique, revalorisant le travail propre à la broderie comme étant la créaton essentielle de cet art, peut se faire sur un dessin  issu de la tradition , d'une photographie, d'un dessin numérique ... ou même sans dessin du tout  on se dit : maison et on décline des maisons brodées à l'infini par exemple ..en improvisanr de l'aiguille le tracé ... c'est applicable également  aux autres arts, mais en ce cas ce ne serait plus de la broderie  preuve que l'art du brodeur n'est donc pas essentiellement dans le dessin....je pourrais par exemple faire des dizaines de métamorphoses numériques du dessin de départ (et même les rebroder pour faire non pas du mixed media qui est mélange de matières) mais du pluritechnique ...Ce qui me limite : le temps uniquement le temps ... broder est chronophage... certes pas les idées de création autour de ce simple dessin , qui est "de moi" mais tellement simple que ce n'est pas lui qui compte comme "création", mais bien tout le travail textile autour de lui.

 

 

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On  voit là que par la broderie  n'est  "ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même ."et que le choix d'u point notamment amène de légères adaptations de la forme. Encore ai-je assez peu joué sur le même point en d'autres couleurs ou d'autres fils le même point orienté autrement le même point irrégulier ou régulier etc..Et pour moi oui l'essentiel de mon art de brodeuse est là , pas dans des capacités de dessin académiques ou virtuoses ....et pas non plus dans la faculté (que je possède) de faire du mixed media avec cette feuille -ce que je compte faire aussi mais si je peins, je ne dis pas que c'est une broderie "innovante" pas plus que si j'imprime, je dis que c'est un autre art !

Les arts textiles sont toujours jugés soit selon l'optique artisanale du bien fait parfait pas un point qui dépasse, et ce, souvent,  aux dépends de l'expression et de l'émotion ..soit selon les normes Beaux-arts (primat du dessin ou usage de la peinture) soit selon une innovation parfois très discutable ...Je peux le faire  en ficelle raphia ou lanières de plastiqus ou même encore en fils de colle mais je ne le ferai pas pour innover ou paraître originale à peu de frais parce qu'user de ces matériaux serait plus récent et tellement plus "génial" comme je vois souvent écrit ça et là ou pensé très fort ..que fil de soie, de coton, de lin ou de laine ... ou encore pour faire plus "art brut" ou plus "ethnique" ....

J'aimerais qu'un jour enfin il y ait des gens pour se demander ce disent les points choisis, les fils choisis  indépendamment du dessin de base ....Un peu comme un photographie -où la - on regarde la manière dont on a joué avec la composition, l'angle de vue, la lumière ....Outre que la maîtrise de l'effet de lumière sur les points se retrouve chez les brodeurs les plus avancés ....(simulation du relief ou usage du relief lui-même) ... La broderie est écriture, sculpture bien plus que dessin à cet égard ...

Et pour prouver que dessiner à main levée n'est pas si difficile , et/ou que je ne prêche pas pour ma paroisse ,même pour la non spécialiste en dessin d'art que je suis , voilà une de mes pages' d'entraînement  ....fleurs reprises de modèles sur les étoffes ou ailleurs ou imaginées comme dans le précis de botanique alternative ...premier jet à parfaire donc ou adapter le cas échéant  ..Si j'y parviens, c'est que ce n'est pas difficile car non je suis pas dessinatrice d'art, je suis artiste textile ici valence brodeuse ...

 

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