Réflexion-débat-questionnement

Femmes de l'ombre

 

Livre broderies d artistesTitre / broderies d'artistes

Intimité et créativité dans les arts textiles de la fin du XIX° au milieu du XX °siècle

Auteur : Danièle Véron-Denise

Silvana Editoriale -cité internationale de la tapisserie d'Aubusson.

2018

en français

 

Livre en trois parties après  diverses présentations , une  partie éclaire avec beaucoup de photos  les notions techniques de tapisserie à l'aiguille (ce qui n'est nullement inutile pour qui ne la pratique pas ou de manière dilettante !) et même les brodeuses confirmées apprendront par exemple l'existence du "point de Nantes"r ,Il est à noter que les applications sur étoffes sont rangées-là ... alors que c 'est tout autant sinon davantage du patchwork (j'y reviendrai car ce point me titille!) .il est vrai: patchwork et appliqué sont rattachés tantôt à la broderie, tantôt à la tapisserie .

La seconde présente donc les  artistes et leurs  partenaires d'exécution textile  et la genèse des oeuvres est developpée aussi -c'est sans doute à mes yeux, celle qui nous apprend le plus tant elle est fouillée et précise  , parfaitement documentée - comme l'ensemble du livre du reste.

La dernière est le catalogue des oeuvres textiles  exposées .

Les oeuvres présentées dans ce catalogue d'exposition sont donc  souvent "duelles"...Il s'agit de rendre hommage aussi  aux compagnes de grands artistes textiles (brodeurs et tapissiers surtout) et de montrer leur importance dans ce travail de l'ombre , si on peut dire, car elles n'ont évidemment pas souvent laissé trace dans l'histoire de l'art autre que fugitive  et "au service" de leur  mari, fils, d'amant ou de compagnon...ou en tout cas elles sont beaucoup moins connues -à part des spécialistes! Et je souligne ledit compagnon n'est pas non plus toujours  très connu, non plus.

 

Chaque parcous est détaillé , de manière extrêmement précise , avec détails sur les techniques utilisées , et aussi la mention d'oeuvres disparues.

Je ne peux résumer le parcours de tous ces  artistes et de leurs "interprètes"  et j'invite à lire le livre qui est passionnant sur le sujet . Je focalise(arbitrairement!)  sur ceux qui ont retenu mon attention par une opinion ou une rélfexion sur l'art textile en duo  qui  me porte à méditer et sur cet art , et sur le rôle et la place et...la reconnaisance surtout des femmes dans un art  moins  prestigieux que la peinture ou la sculpture  notamment .

Emile Bernard  selon les auteurs broda un peu lui-même réalisa  un tableau intitulé les Bretonneries (en patchwork) IL fit broder  ses oeuvres -à grands points drpits le plus souvent- par ses diverses compagnes : Maria dont le nom de famille est resté inconnu, Haneanah Saati et Andrée  Fort soeur du poète Paul Fort  .Oeuvre dont on nous dit qu'elle reste mal connue .  L'article conclut "aucune pièce ne figure dans un musée français" ..E t à voir les oeuvres en question , c'est bien dommage !

Aristide Maillol (qui fut tapissier et céramiste avant d'être sculpteur ) écrivit : "J 'ai inventé un point très simple (le point lancé! )  de telle façon que je  puis faire exécuter mes tapisseries par les femmes les moins intelligentes "-sic - ! mais il appréciait quand même que ses ouvrières aienjt été " très jolies" .Il abandonna la tapisserie en raison de problèmes de vue et devint le sculpteur que l'on sait; sa compagne Clotilde Narcis lui servit de brodeuse et de modèle et devint sa femme.
 

  On connaît bien Jean Lurçat pour ses tapisseries tissées on sait moins qu'il s'intéressa aussi la tapissere à l'aiguille  en créant des cartons pour "canevas" , sa mère fut l'exécutante de sa première broderie . il est noté que la tapisserie  à l'aiguille a des exigences propres et justement celle qui l'interprète n'est pas dans la simple exécution (il faut penser la surface en matières et en points sans parler des couleurs qui ne jouent pas de la même façon sur les points que sur de la peinture)   Il semble notamment que Marthe Hennebert qui broda  beaucoup des tapisseries à l'aiguille du maître et  qui fut amie du poète Rilke, puis  l'épouse de Lurçat  ait été bien plus qu'une simple exécutante.Il s'agit bien de donner vie et une vie textile à un carton  qui est un dessin essentiel certes mais il existe une part indéniable de création par points et fils dans le passage d'un art à un autre.

La compagne de Roger Bissière dite Mousse  -les tapisseries de Roger Bissière sont des patchworks d'appliqués -mais on dit tapisseries puisque le mot patchwork reste, hélas dépréciatif- elle, créait carrément ... en composant avec des étoffes choisies par son partenaire. j'avoue avoir un coup de coeur pour  ses tableaux-là. et ce sont même les rares patchworks que les musées accueillent , -(il suffit de ne pas  dire  que ça en est et surtout qu'il y ait un grand art exercé comme caution artistique du travail d'étoffes, Le travail d'étoffes seul lui,  surtout si c'est du patchwork,   n'est pas considéré de la même façon , surtout s'il est hors courant et intelligentsias.

Pourtant Bissière lui-même écrivit :" Le tableau qu'il soit à l'huile, à l'eau ou qu'il soit fait d'étoffes, de ciment opu de la boue des chemins n'a qu'une signification  la qualité de celui qui l'a créé".

J'ajouterai : ou de celles et que les cellrs en question  ont  été à travers les siècles étellement plus nombreuses à créer avec fils et étoffes pas seulement à reproduire ou interpréter  des modèles  ..qu'on aille y voir , bon sang qu'on aille y voir !!

Dans cette partie Jeanne Kosnick Kloss f Freundlich est la seule a être présentée comme  créatrice "à part entière" encouragée toutefois par son mari l'artiste   Otto Freunlich qui périt en camp de concentration . On la connaît surtout comme peintre , mais elle a  créé dans d'autres disciplines avec bonheur et réussite y compris celui du chant lyrique. Son Apthéose des couleurs est une tapisserie brodée magniqfiique.

il faudraitr citer aussi :

Paul Eliee  Ranson et France Rousseau, Laure Lacombe.

Fernand Maillot et  Fernande Sévry

Paul Deltombe et  Yvonne Berthault

Georges Braque et Octavie Eugénie dite Marcelle Lapré

 Henry de Waroqiuier et Marie Joséphine Louise "Suzanne" Plassard

Bernard Pomey et Madelene Biardot dite Manon et un dernier chapitre intitulé : et quelques autres (prmmi lesquels Blanche Ory Robin (qui créait seule

et Sophie Tauer-Arp dont il est dit qu'elle céait tellementet en symbiose avec Jean Arp qu'il est impossible de savoir qui a crééequoi (et sans doute inutile !)

Et j'en ai sûrement oublié !

Et on conclut par un chapitre sur le rôle de ces femmes insistant sur leyr  qualité d'interprètes e et la part active prise à l'exécution de l'oeuvre.

 Ce livre est  magnifique et il nous apprrend énormément sur une partie peu connue de l'art textile..Les photographies sont également de grande qualité.


 Je suis pour ma part  dans une position plus militante ... on le sait.

 J'aimerais qu'un travail soit fait sur les artistes femmes qui créent seules leurs surfaces textiles ,  en commençant par une étude des oeuvres qui ne soit plus uniquement hisoirique ou de technique, mais s'interroge et interroge sur l'expression artistique qui s'en dégage. Il est vrai : très peu de personnes en France  ne semble juger que c'est nécessaire et même simplement pertinent (c'est comme ça deuis des siècles etc)   etdanns ses parties les plus ignorées (comme le patchwork, la tpaissreie à l'aiguille ou la  briderie  de création )on en est très loin.

On est toujours dans l'optique pour être artiste en art textile il faut à côté avoir exercé un grand art ( . ou l'execer en imitant les grands arts)  ou encore être la compagne de quelqu'un qui exerce un grand art . Seule dans son coin notre anonymous woman reste niée et dans sa création et dans son expression personnelle , on lui concèdera toujours un bel ouvrage et  :"ah quel travail !"  qu'on sert aussi à celle qui ne crée pas .

 Ce livre fait la part belle au travail des interprètes (et dans ce type de passage d'un art à un autre il y a effectivement ue grande part de création pas uniquement technique  L'auteur fait une comparaison avec lartistee interprète en musique .et là la cpmpraison est juste : il s'agit de donner une vie textile  au carton d'origine.. Il ya création donc dans le passage d'un art à un autre et création à part entière,  surtout quand  l'interprète y introduit des modifuications qui viennent d'elle , de ses décisions propres.
Je soulignerai toutefois  que si une composition musicale a besoin d'interpètes pour être entendue , un carton a besooin  d'interprètes textiles pour exister en tant que pièce unique,  une oeuvre en kit ou e modèle style "pas à pas" à suivre, non .C'est rappelé aussi dans ce livre et c'est bien.

Le livre souligne aussi que, pour beaucoup d'oeuvres, on ne sait pas on où elles se trouvent et en quel état .Alors pour des complètemet anonymes vous pensez !

Les oeuvres textiles, il est vrai,  exigent une manutention coûteuse et dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres on ne fait d'efforts que pour ce qui est ancien ( ou au contraire dans la dernière mouvance au goût du jour ) .On conserve mieux  les échantillons d'étoffes du patrimoine industriel -et on a raison- que les oeuvres créées avec des tissus et des fils.  Il faudrait un travail d'indexation et un travail honnête , recnnaissant sources, emprunts. Et des analyses côté art à visée expressive et esthétique pas seulement technique ou historique. Seul  moyen que ça glisse un jour côté  culture générale et non oeuvres qui n'auraient d'intérêt que pour les   spécialistes .. Comment savoir si on refuse d'aller vraiment y voir ?

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Des fleurs et des jardins

J'ai coutume de dire avec un brin de provocation qu'il y a -au moins- deux choses qui m'ont empêchée d'être une artiste  textile "contemporaine", du moins telles qu'on les définit et les apprécie actuellement  : mon amour des géométries en blocs (carrés ) que je me refuse à appeler "traditionnelles" et des fleurs. Je pourrais y ajouter mon amour des couleurs ...et des surfaces en bas-relief.
De la géométrie j'ai déjà parlé. Du relief aussi.


Donc allons voir sous  les roses ...puisque régulièrement si on prétend à autre chose qu'à l'exercice d'un aimable loisir, ou d'une activité juste "pour se faire plaisir"-pour moi c'est tout autre chose !- , on vous y envoie ! 

L obosol te over rose 2013 jacqueline fischer

L'obsolète série overose

L'histoire de l'art nous apprend qu'à certaines époques c'était en bas de l'échelle de l'art- en  peinture, le portrait tenant le haut du pavé ... mais elle nous apprend aussi que les jardiniers du roi plantaient des fleurs comme motifs pour les peintres en velins et les brodeurs, arts associés. A l'époque le décoratif était aussi lié à ceux qui avaient les moyens de se l'offrir donc nullement dévalorisé.  Corollaire de la science par la botanique et des  découvertes par l'importation d'espèces exotiques à "acclimater". Un palais oui, un château à la rigueur - ça magnifie ce qui y est inclus, mais certes pas une maison.

  Rien de féminin pourtant  dans l'habillement : Il suffit de regarder un pourpoint du XVIII° siècle  pour s'en rendre compte . C'est l'apogée d'une broderie d'or de soies et pierres précieuses .Et on ne me fera jamais croire que les aristocrates qui les arboraient étaient tous effeminés.

On peut par exemple voir ici ce qu'il en est

En broderie  donc la fleur est de loin le motif de prédilection et ce depuis qu'on a des motifs conservés largement devant tout le reste. Partout et à toutes les époques -avec parfois une concurrence ou une association avec les motifs stylisés- il existe peu de livres qui recensent les motifs de fleurs brodées au cours des âges , mais je pourrais citer  ceux de  Claude Fauque, ceux de Gail  Marsh et ceux de Thomasina Beck. Ils nous apprennent énormément aussi sur la vie des hommes leur histoire, et par derrière eux tous les codes, les symboles que les fleurs recélaient.

 "Les fleurs c'est joli ... les fleurs c'est banal ..." Et en art textile plus encore qu'ailleurs, même si l'histoire de l'art nous apprend que les peintres de fleurs n'ont pas toujours été prisés.

 " Les fleurs c'est juste décoratif, les fleurs c'est le féminin  donc ça manque de force" (ceux qui  affirment cela  n'ont pas lu le beau texte de Colette sur la glycine dans les Vrilles de la vigne). C'est ce qu'on me dit. Naturellement pas si c'est Gauguin  ou Van Gogh qui peignent des tournesols  ....Ou si c'est un grand brodeur qui brode sur des robes Haute- Couture pour un grand couturier.  Mais cela alors, qu'en dire ? :

 

 

Detail3

Motif floral sur écharpe de soie créé pour la revue Broderie d'art.

Donc si on est femme et qu'on veut  créer  des oeuvres fortes,  éviter les fleurs. Même les ronces. L'arbre à la rigueur si on tient  faire dans le végétal. Un arbre ça se dresse , ça s'érige. Une fleur ça s'étale, c'est mou , c'est joli, c'est tendre , c'est délicat donc c'est cucul la praline.  Naïve donc insignifiante.  Malgré tous les symbolismes qu'elle a toujours contenus ! Qui veut réduire amenuise, déprécie, classe en sous-genres. Délicatesse et grâce sont-elles manque de force ? Au sens de puissance d'évocation, pas  sûr ! Juste que prêts à penser, snobismes, militantismes mal conduits, adhésion aux modes du siècle brouillent une lecture claire de ces symboles floraux où on ne voit  trop souvent que  niaiserie, esprit simplet etc .

Même si une fleur ça exhibe son sexe souvent  double , sans vergogne, à tous vents et aux ardeurs de  ce qui nous reste de pollinisteurs, il n'est pas de bon ton de le souligner.

Mais étrange, des fleurs  on ne se  lasse pas. Dans les vrais jardins surtout  :-) où les jardiniers et les paysagistes, chance pour nous, ont encore le droit de les utiliser sans qu'on les taxe (trop)  de banalité. Si un jardin a pouvoir de nous faire rêver une oeuvre textile florale tout autant .

 

Prenons les fleurs brodées sur les napperons. Très à la mode dans les années 50-60 on pouvait les réaliser en simples exécutrices : on achetait le dessin pré-imprimé les fils et les points  les couleurs étaient choisies par la créatrice (avec parfois un échantillon réalisé ). On ne pouvait être louée alors que pour une exécution parfaite .Et,  de nos jours je sais  nombre de brodeuses  qui aiment à reproduire des  kits ou des modèles en vogue (la peinture à l'aiguille et la broderie d'or sont des moyens de montrer à cet égard son expertise -)

Les magazines féminins donnaient aussi des dessins en noir et blanc  et c'est avec eux que j'aime encore travailler (je peux dessiner des fleurs par moi-même je l'ai fait , mais quand je veux créer juste par  le travail du brodeur  ce sont  ces motifs que j'utilise et tout comme les géométries empruntées  du patchwork l'art ne se situe pas dans ces dessins souvent conventionnels mais dans l'utilisation qu'on peut en faire .

  Ainsi dans le livre textile Lucette et Jacqueline (s)  où ma  visée  était d'honorer la mémoire de deux couturières brodeuses -mes aînées-  et où les motifs naïfs ont été choisis en fonction de  la tonalité et du thème  de la page. Je n'ai emprunté que les traits, le travail de création en broderiee : choix des points, de couleurs placement dans une composition est de moi et c'est réellement une recherche personnelle  . Si je tiens à le souligner , c'est que cet art-là est gommé ! Même si ici je suis restée volontairement dans la  convention du bouquet tricolore bleuet-coquelicot-marguerite. Je signalerai au passage qu'un sujet banal choisi avec une visée spéciale, c'est une démarche pas une banalité involontaire parce qu'on ne sait pas imaginer autre chose !  Je sais imaginer autre chose (cf la botanique alternative sur ce site)

 

Lucette et jacqueline la page des pattes jacqueline fischer

Livre Lucette et Jacqueline(s) La page des pattes.

 

En patchwork , le problème est ressemblant et différent. Les petits motifs fleuris sont fréquents dans les quilts anciens , et on peut même dater d'après leur graphisme, l'historienne et quilteuse Barbara Brackmann a publié à cet égard des livres très intéressants.

cf ce lien

Les motifs sur tissus évoquent aussi les Indiennes, ces tissus d'importation dont l'histoire est un vrai roman très bien conté dans les livres de Claude Fauque entre autres. Motifs copiés en impression comme en broderie ad libitum mais sans que jamais leur beauté ne rassassie.  J'en possède un morceau très ancien (vraisemablement  du XVIII° siècle que je garde jalousement ) , beaucoup ont servi de base aussi aux motifs de la broderie  dite "crewel" . Les fleurs sur les tissus c'est le domaine où les inspirations se mêlent, géographiquemet parlant et l'histoire des hommes et de leurs  "découvertes" y sont inscrits.

 

De la fin des années 90 jusqu'en  2002 j'ai collectionné les tissus spécifiques aux quilts et notamment les motifs floraux,de tous styles,  mais recueilli aussi les restes de vêtements de toutes époques. C'est en mélangeant  ces graphismes floraux que j'ai élaboré mes quilts jardins . Le premier s'appelle Florilège-cf index lettre f-  et tous mes jardins comportent aussi un jeu sur la géométrie et les échelles et les styles différents de motifs, en cela ils ne sont pas de simples watercolors où on achète des bandes pré-assorties pour les recouper en carrés  -qu'on m'excuse de parler sans ambages-  mais ce genre de pré-digéré à mon sens est contraire à  ma visée et vision d'un création . Mon art consiste à assortir ce qui ne va pas ensemble alors que si on l'exerce comme loisir on cherche surtout à avoir du déjà assorti- par quelqu'un qui sait- pour posséder un bel objet sans risque d'erreur  alors que  dans mes  quilts jardins je risque la cacophonie à chaque instant !

Au delà c'est un langage des fleurs et des signes et une reconstruction d'un espace style paradis perdu . Et je demande qu'on le regarde aussi ainsi et pas comme un  joli petit quilt à fleufleurs  ce qu'absolument, ce n'est pas. Mon livre Jeux d'étoffes  détaille ces approches.

 

 

Jacqueline

détail du quilt cascade

 

on peut voir d'autres jardins dans l'index textile notamment à la lettre J .

 

Ne voyez pas d'amertume dans ce que je dis, ni plainte mais une analyse lucide. Je ne cherche pas reconnaissance pour  moi, je le répète :  j'en ai plus que je ne pouvais espérer pour une artiste "amateur" volontaire ... cf ma page d'accueil .

Il ne s'agit pas  que du plaisir de créer (créer pour moi est certes un plaisir mais pas un loisir  : une nécessité de "langage" par les étoffes -comme par les mots -  et les fleuries y tiennent leur part pas seulement parce  que ce serait "joli" ) .

Je m'interroge sur les regards "excluants"et injustes -mais si répandus qu'on les trouve normaux-  sur des zones entières de l'art textile (et non mes ouvrages oeuvres et oeuvrages  seuls ). J'ai assisté dans les années 90 à ce rejet progressif des tissus particuliers au patchwork où les fleurs tiennent une bonne part.

On peut voir aussi l'article : les palettes d 'une textilienne .

 

Petites fleur detail

Livres textiles

Au début des années 2000, la vogue des livres textiles qui faisait déjà une percée  aux  USA et au Royaume-uni commença à arriver  en France par le truchement d'artistes  influencées parfois par les revues américaines Quilting arts notamment .

Et évidemment , on ne peut éviter la mention de l'Ode à l'oubli de Louise Bourgeois, mais  j'invite à voir ce que font des artistes moins connues comme par exemple Mandy Patullo dont j'aime l'amour des étoffes !  sur ce lien.

C'est une parmi une infinité d'autres créées antérieurement à cet ouvrage célébrissime.

Ces livres étaient souvent des souvenirs centrés sur une personne de la famille dont on voulait honorer la mémoire,-le plus souvent en mixed media papier-tissus , ou bien encore des livres à thèmes ou des keepsakes , recueils de morceaux aimés et de souvenirs textiles, et enfin des livres altérés  qui existent indépendamment de l'art textile mais peuvent intégrer des étoffes..  Dans ce cas on retravaille sur les pages d'un livre existant en palimpseste en quelque sorte , mais en palimpseste qui montre la couche du dessous .  On peut voir des livres altérées ou textiles en tapant ces termes dans un moteur de recherche.

Coutume  qui dure, on peut  voir actuellement beaucoup d'oeuvres peintes ou réimprimées sur des pages de livres ou de magazines, qu'elles soient en livres ou le plus souvent indépendantes. Notre époque aime la superposition (layering) et le faux palimpseste . Dans les vrais on grattait le support pour faire disparaître autant que faire se pouvait le texte précédent, là il est juste recouvert d'autre chose.

Symbole  d'une sorte d'intellectualisation de l'art textile, avec en fiilgrane l'idée de le valoriser toujours  en imitant un art majeur ou ..libéral comme était  classée jadis la littérature. un livre ça vous pose mieux dans les intelligentisias qu'une surface assimilable à une couverture (même si les livres en ont aussi !)

 On pourrait  sur ce point  ,  justement, citer  les couvertures de livres brodés qui sont une tradition très ancienne, et certains samplers :  ces recueils d'échantillons de points, étaient  parfois présentés sous forme de livres (et non de bandes ou de tableaux )et le sont toujours .

Ce site en montre un qui me plaît beaucoup (et on peut réaliser le sien, les explications y figurent) .

Pour les livres txtiles actuels  du texte est naturellement parfois associé qu'il soit de la créatrice ou emprunté :  il va de la coupure de journal au poème  de l'auteur. Sur la valeur littéraire je dirai pour rester gentille que c'est très inégal.

 Pour moi il  y a d'abord eu le sentiment non pas de faire un livre textile, mais de lier textes et textiles , ce qui est tout différent . J'ai commencé à chercher autour de cette relation (je n'ignorais pas l'étymologie du mot texte étant latiniste de profession, jadis.). A noter qu'à présent tous les artistes travaillant sur le créneau nous la rappellent. En 2004 lors de mon expo textes -textiles c'était moins couru. En fait pour moi c'était moins cette étymologie (et le tissage) que les motifs sur les étoffes, comme une écriture. Je veux bien qu'un texte soit tissé , mais il est aussi déposé sur un support même virtuel (comme une broderie) et les mots y sont assemblés comme les tesselles d'étoffes d'un patchwork , qui ne sont pas que juxtaposées sans recherche ,c'est pourquoi cet art -que mes soeurs tisseuses me pardonnent- me semblait plus proche de ce que j'écrivais que le travail de la navette, mais le tissu reste ma matière essentielle : les mots de mes textiles comme de mes textes ont déjà été tissés par d'autres.  C'est un point de vue singulier, discutable, mais c'est mon approche.

Et la liaison texte textile s'est d'abord faite pour moi par le patchwork géométrique et  j'aurais aimé qu'on regarde mes quilts aussi -c'est une lecture possible- comme les pages d'un livre ou juxtaposées....surtout les quilts en blocs ou chaque "carré" est comme une sorte de chapitre , avec d'ailleurs des structures analysables . J'ai beaucoup insisté sur l'importance pour moi des motiifs sur les étoffes -choix qui me place complètement à contre-courant de ce qui se fait en art textile actuellement : le glissement vers les quilts dits contemporains ou autres "art quilts" évinçait à la fois les géométries répétitives jugées je l'ai dit mille fois "plan-plan" ennuyeuses ou superficiellement décoratives .et l'art textile branché préfére les volumes aux surfaces .

 Mon début est tout simple quilt fait pour ma fille sur le thème du Petit Chaperon rouge , ave un tissu ancien dont j'ai appris ensuite qu'il était très célèbre  et dont il s'est vendu des mètres ...ce qui explique qu'un morceau donné par une amie se soit retrouvé entre mes mains .Pas un livre, mais un quilt qui raconte une histoire. C'est ce qui a mené au reste.

 De là l'idée d'ilustrer des contes en crazy patchwork , Peau d'âne notamment ou le conte Japonais de la grue Blanche :

 

Grue blanche

 

 

Ces crazys quilts  m'ont amenée à songer à illustrer mes poésies de cette manière puis celle d'autres artistes et ce fut ce que je nomme l'aventure des textes-iles. Un beau moment de ma vie d'amitié et de création .On peut en voir l'histoire sur ce lien :

élément 23.jpg

 

 Parallèlement j'avais accepté de travailler  en duo  sur un  calendrier textile dont l'histoire est racontée ici :

 

Pour revenir dans le Textilionnaire à des tableaux séparés  ;

 

grimoire.jpg

 

J'hésite du reste toujours actuellement pour mes petits formats à les présenter en séries de tableaux séparés ou sous forme de livres textiles. C'est pourquoi le chant des Couleurs se présente sous forme de livrets séparés en double page (voir dans la partie textiles et textes les deux liens)  :

 

4-chant-des-couleurs.jpg

 

A cette époque j'ai mis en route aussi le livre pour 'elle écrit pour ma mère , qu'il m'a fallu beaucoup de temps pour compléter :

 

Livre pour elle couverutre jacqueline fischer

 

 J'ai continué mes aventures textes textiles avec ces livres tissés mariant papier et tissus  fondés sur deux recueils de poésies : Trames et chaînes écrits antérieurement  :. La structure tissée ici ne vient pas de la tendance à lier textes et textiles mais  de ce travail poétique antérieur :

 

ronde-de-nuit-2.jpg

Dans le même temps et sur une autre inspiration je fais les petits port-folios tri-arts nommés Avatars  :

 

Dscf1082 recjredpg

PUis je mettrai en route les livres blancs et un livre d'or fait en feutrine sur laquelle j'ai appliqué et brodés des pages de motifs textiles  : (aventure qui se continuera sans doute)

Livre blanc 1 page 3 jacqueline ficher art textile

 Et pour revenir au patchwork mais en le développant côté images numériques je crée la série très traits :

Tres traits

Tres traits 2

 

Entretemps vient s'ajouter un livre mixed media de fleurs fantaisistes brodées, avec leur histoire intitulé précis de   botanique alternative :

 

Botanique alternative jacqueline fischer art textile

Le dernier achevé fut cet hommage à deux "cousettes" par une troisième : Lucette et Jacqueline(s)

On peut voir le détail de l'histoire sur ce blog

 

 

Lucette et jacqueline la page romantique jacqueline fischer art textile

A lheure de la rédaction cde ce billet il existe au moins (!) trois autres livres en cours qui vous seront montrés dans des articles  futurs (si j'en viens à bout et que ma vue qui me fait quelques soucis actuellement  ne me lâche pas ) .

 

 

 

 

Des gestes -et de la geste- du textile...

Les gestes de l'art textile sont souvent  un peu partout mélangés et confondus.  Et leurs résultats aussi.

Le grand public, surtout masculin - qu'on me pardonne ce "sexisme" !- je sais qu'il est d'heureuses exceptions- lui , ne sait toujours pas bien la différence entre tissage, filage  assemblage et broderie. Dentelle, macramé, tricot, tapisserie, broderie,crochet et patchwork, tout ça c'est pareil.  Une affaire de bonnes femmes, presque, voire de grand-mère, les  stéréotypes  faisant des dégâts-sexisme et âgisme étant en filigrane-   (sauf, je le souligne encore, quand on est dans la case qui convient, celle qui n'est pas toujours très textile, du reste...).

 Tant de fois on m'a dit, désignant mes quilts :  "ton crochet , ton tricot, ta tapisserie"... Or ce n'est rien de tout ça.   Plus de différence entre eux cependant qu'entre l'aquarelle et la gouache ! Et c'est parfois signe de mépris involontaire ...ou inconscient. Connaître c'est déjà un petit peu apprécier ou du moins si on n'aime pas,  on sait alors de quoi on parle, vertu qui tend à se perdre !

Démêlons un peu tout cela. Et si possible dans l'ordre d'apparition.

 Assembler- Coudre

Coudre :  c'est assembler des morceaux (pas forcément de tissu) avec une aiguille. Le geste d'assembler  d'attacher, de "connecter" a précédé celui de tisser et  celui de filer (on peut assembler avec des lanières de peau ou de végétaux  du crin animal, des tendons  séchés aussi  etc. ) puisqu'on assemblait des peaux pour se vêtir, se protéger, et pourquoi pas décorer (sans oublier que lesdits ornements pouvaient avoir valeur symbolique, sociale, magique ou religieuse) .

  Côté aiguilles -car oui l'aiguille est bien le premier objet d'un art d'assemblage sinon textile  :   en 15000 avant JC- 18000 dit le site du Musée de l'homme, spécalistes, pas d'accord comme d'habitude !-  apparaissent  les aiguilles à chas, bien avant pour celles qui servaient  juste à percer .

L'assemblage par application  (quand on pose une forme  sur une autre et qu'on la fixe sur ce support) est aussi un des plus anciens (on en trouve dans l'ancienne Egypte -en peaux toutefois ). Il est à noter qu'à notre époque son "classement" hésite entre broderie  et patchwork, puisqu'il participe des deux. Pour le détail des techniques on peut voir cet article.

 L'assemblage d'étoffes, hélas pour lui,  n'a pas ses mythes et ses déesses.. Pas de Pénélope ni d'Arachné dans lesquelles se draper, si je puis dire ... mais il a ses contes et son folklore (cf la veste rapiécée) et tout  le monde connaît le petit  tailleur qui  tuait les mouches et les célèbres habits neufs de l'empereur ( à noter que dans ces contes ce sont souvent des hommes - artisans professionnels- qui cousent.) et les merveilleuses robes de Peau d'âne dans le conte de Perrault . Et les chansons populaires aussi comptent nombre de "cousettes" , lingères et autres ouvrières . 

Je pense d'ailleurs que l'invention de l'aiguille à chas est pour les arts textiles aussi importante que celle du tissage, mais les spécialistes n'étant point de mon avis, c'est filage et tissage qui ont prédominé  dans l'imaginaire collectif.

Le geste d'assembler  des morceaux pour en faire une surface n'a pas trouvé ses lettres de noblesse et il ya sûrement à méditer là-dessus ....

Le patchwork est un art d'assemblage,qu'on assemble par juxtaposition(couture dit piecing en anglais) ou par superposition (appliqué). Lié à la notion d'économie , à la pauvreté parfois volontaire  dans les religions orientales, il est aussi paradoxalement parfois tout aussi bien signe de richesse  et signe par lequel on montre qu'on peut s'offrir plusieurs étoffes différentes, parfois très luxueuses,  pour un seul vêtement . Il est art de mosaïque, mais aussi de  couture, de la broderie  vient parfois s'y rajouter  et  il   est parfois rattaché à cet art, notamment les crazys quilts.

 

Jacqueline

 

 

Le tissu déjà est une matière assez variée pour permettre aux assembleuses de tissus de dire par ce moyen mille choses mais l'art, force est de le reconnaître reste mal connu et souvent déprécié, sauf à imiter la peinture, la sculpture ou tout autre art qui a droit de cité  déjà dans les musées  consacrés aux "grands " arts. Quand on expose de l'art textile, même en surfaces d'étoffes  assemblées, et si on excepte l'exposition du Whitney museum en 1971  le quilt géométrique  de création  reste à la porte  et confiné dans les expositions spéciales pour, si je puis dire.

 Filer

C'est fabriquer du fil, c'est à dire amalgamer des fibres et en faire une sorte de long et fin cylindre,  ça se faisait généralement au début avec une quenouille (parfois avec les doigts  (on ne vous dit pas dans quel état ils devaient être !)  puis un rouet.

Aujourd'hui le fil est fabriqué dans des usines, mais pendant longtemps l'activité de filage est restée à la campagne une tâche féminine comme à peu près tout ce qui est long, ennuyeux, répétitif  et parfois rebutant au prétexte que "ça ne nécessite pas de force physique" . Voire ...

On trouve encore actuellement de fileuses artisanes  d'art , qui créent des fils , organisent des stages et transmettent ce savoir.

 L'art du fil a ses manitestations artistiques et le fil lui-même ses chefs d'oeuvre (sculptures en 3 D , notamment ). Taper sculptures en fils dans un moteur de recherche pour voir ce qu'on peut en faire . Mais  utiliser du fil : ce n'est pas filer , c'est isoler un élément , pas vraiment "textile" puisque non tissé, pour créer avec lui

Le rouet d'Omphale  qui contraignit Hercule à en user, est célèbre et dans les contes celui de la Belle au bois dormant  (entre autres !)

Les Moires chez les Grecs  filaient la vie des êtres humains et étaient au nombre de trois  Clotho  la fileuse Lachésis la répartitrice  son nom évoque le tirage au sort chacun sa part courte ou longue et Atropos, l'implacable , l'inévitable, le coupe .Elles ont sous le nom de Parques un rôle analogue chez les Romains avec des noms différents Nona, Decima et Morta. Nona étant à l'origine chez les latins unique. On peut remarquer que le langage courant  sélectionne souvent  le nom latin pour l'ensemble des trois soeurs et les noms grecs pour les désigner.  On les trouve evidemment dans d'autres mythologies .

Il existe d'innnombrables contes, légendes et mythes mettant en scène des fileuses.

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 BRODER

On lit parfois que la broderie est venue,  elle aussi, après l'invention du tissu et j'en doute. On peut broder sur des peaux de bêtes (du cuir ) et sur des écorces (cela se fait encore );  juste que de nos jours quand on brode sur autre chose que du tissu, on appelle cela curieusement "innover",  alors qu'historiquement parlant on retrouve les origines. Simplement, l'invention du tissu évidemment a pu donner essor à cet art  (et à bien d'autres ), le support étant idéal pour le geste . Le tissu par sa structure se transperce facilement, il permet aussi de compter les fils . Mais broder c'est déposer ou attacher quelque chose sur un support : ce quelque chose peut-être des motifs de fils , mais des perles, des pierreries , des plumes (même si le métier de plumassier s'est différencié au fil du temps.) . La variété des supports  et des ajouts tenus par un fil ( bien qu'actuellement il y ait un goût pour les tesselles collées sur étoffe en loisir créatif ) n'est pas absolument pas une invention de notre époque, juste que nous adaptons  l'art aux matériaux dont nous disposons. 

Il est vrai les définitions habituelles de la broderie incluent quasiment toutes le support textile qui reste le favori.

Sur l'histoire de la broderie on peut lire Claude Fauque et Françoise Cousin  La Broderie, splendeurs mystères et rituels d'un art universel  mais aussi pour un point de vue différent Rosika Parker The subversive stitch et les articles du dictionnaire culturel du tissu " et également l'excellente Encyclopédie "Autour du fil" , pour ne citer que quelques ouvrages.

 Broder est un geste assimilé symboliquement à la richesse (de ceux qui portaient les vêtements brodés )  et il y a eu très tôt tout autour de cette activité un artisanat d'art et un commerce . Motifs tissés et motifs brodés étant parfois en concurrence, et les gestes parfois proches puisque pour coucher les fils (les déposer à la surface de l'étoffe avant de les maintenir par de petits points) dans les figures importantes on utilisait des "broches" et que le brochage est aussi une technique de tissage. Zola dans son roman  Le Rêve décrit ce travail. Il est à noter deux choses : que si les artisans brodeurs chefs d'atelier étaient souvent considérés comme des artistes à part entière, les "petites mains" elles étaient parfois très mal payées et travaillaient dans des conditions plus que difficiles. Et restaient -et restent encore souvent, anonymes-   ceci pour les professionnelles.

Hélène de Troie dit-on au chant III de l'liade  brodait sur un voile pourpre ou d'un blanc éclatant selon la leçon du texte grec qu'on privilégie, les exploits guerriers auxquels elle assistait, le texte grec signale sur un tissu à double face. On n'extrapole guère là-dessus -plus facile de décrire les actes guerriers que de montrer une brodeuse en action , sans doute!

D'autre part,  la fonction de broderie domestique  rendue nécessaire par le marquage du linge , mais également d'agrément ou de décoration des  vêtements et maisons a toujours été regardée comme un domaine  dévalorisé puisque a- ça ne rapportait pas d'argent du moins en activité  dite de loisir b- ce sont les femmes qui le faisaient. Le cliché de la dame n'ayant rien d'autre à faire de ses dix doigts que de la tapisserie à l'aiguille dans un coin du tableau qu'elle décore, elle aussi par sa présence,  genre potiche oisive (!)  est encore bien imprimé dans la mémoire collective. Il faut noter cependant et certains romans sentimentaux en attestent que c'était à la fin du XIXe siècle, pour une jeune fille de la noblesse désargentée , un moyen jugé honorable de gagner sa vie avec lectrice- dame de compagnie et dans des milieux moins huppés le travail de broderie à domicile était un moyen de gagner de l'argent. . Si on n'a pas peur de déchoir en lisant un roman de  Delly ma Robe couleur du temps montre un personnage de jeune femme ruinée qui brode pour les maisons de Paris .

 C'est pourquoi il est si diffcile de faire saisir qu'on peut travailler chez soi, en amateur et créer vraiment  en brodeuse c'est à dire choisir ou dessiner son motif (en noir et blanc pas déjà tout interprété par quelqu'un d'autre ) composer avec lui un ensemble, choisir les points, les couleurs et les fils.

 

Il existe des dizaines de styles de broderies différentes. J'ai évoqué les  broderies en relief et la broderie "tapisserie à l'aiguille", je pense écrire d'autre articles au fil de mes apprentissages (qui continuent) .

Broder c'est aussi littérairement parlant partir d'un thème et inventer à l'infini des variations sur le thème. Et en musique  :  En harmonie tonale, une broderie est une note étrangère qui s'éloigne conjointement d'une note réelle pour y revenir aussitôt1 (source Wikipedia) et on y retrouve , l'idée d'ajouter pour nuancer ou rompre en restant lié à  ensemble cohérent .
 

Tisser

Tisser suppose un entrecroisement de fils de chaîne (les longs ) et de trame qui traversent les précédents .

Le lien entre le fil et les mots passe acteullement par la déconstruction  encore très tendance via la figure de Pénélope, souvent convoquée . L'histoire de Pénélope est bien connue.L'est moins le fait qu'elle tissait le linceul de son beau-père et non une "tapisserie" . Le mot grec utlisé est iston qui  vient de  la position du métier à tisser ( dressé devant la tisseuse) et a donné aussi notre Histoire par l'intermédiaire du verbe istèmi, qui en dehors d'avoir fait le desespoir des apprentis héllénistes par les difficultés de sa conjugaison, désigne une forme de savoir (le grec n'a jamais qu'un seul verbe pour désigner les opérations de l'esprit et elles sont souvent couplées avec des savoirs techniques ).

 Arachné  filait sans doute aussi mais c'est comme tisseuse "tapissière"qu'elle s'opposa à Athéna et pour cause : comment voulez- vous que sur un fil elle ait pu représenter les  amours de Zeus  ?  Arachné fut par vengeance d'Athéna transformée en araignée , les dIeux antiques détestaient qu'on osât s'égaler à eux , défaut qu'ils nommaient "ubris" noté parfois hybris -  une araignée, file et  tisse sa toile d'une manière absolument fascinante  de justesse et de précision .

  Pour la fêtes des Panathénées les jeunes Athéniennes mettaient quatre ans à  tisser le voile  de la déeesse. De ces tissages antiques nous ne savons pas grand chose et seulement par les textes  souvent épiques ou "fabulés" et bien sûr par l'iconographie. Broderie et tapisserie se rejoignent chez nous dans le terme "tapisserie à l'aiguille" -qui reste, toutefois une broderie.

Athéna était entre autres beaucoup d'attributions une sorte de protectrice  des travailleuses textiles ( tisseuses en particulier) .

Philomèle qui fut violée et mutilée par son beau-frère Térée (ce qu'Ovide nous raconte dans ses Métamorphoses où il  a sans doute beaucoup "brodé" lui-même ) communiqua avec sa soeur par le moyen d'un récit (où elle raconte les exactions dont elle fut victime) dans ce qu'on juge être un "tissu" , le texte latin dit en mêlant les fils rouges et blancs . J'ai pensé, tirant la couverture à moi, que se pouvait aussi bien être une broderie (une brodeuse peut mêler les fils rouges aux fils blancs de la toile et pour reproduire une histoire surtout sous surveillance à mon avis broder c'est plus discret ! )   Même si nous sommes dans un mythe dans lequel aucun réalisme n'est requis. C'est cette broderie que j'ai illustrée ici dans une ATC (carte d'artiste pour échange).

La broderie barbare de philomele

Pour  qui connaît le tissage et les métiers à tisser primitifs cela laisse rêveurs du reste ... sur la réalité de ces "tissages" mais pas impossible non plus que les hommes poètes qui racontaient ces mythes aient confondu tissage et broderie  :-)  comme c'est si souvent le cas de nos jours.

Et la dentelle ?

La broderie d'une certaine façon est aussi l'ancêtre de la dentelle : les mêmes points mais sans support ou alors par le tirage de fils, le tissage en "filets" etc. Dentellières et brodeuses sont souvent aussi confondues d'autant qu'il existe des dentelles à l'aiguille. Le fuseau avec lequel on croise les fils sur un carreau est aussi souvent représenté (la dentellière de Vermeer notamment).

Le macramé (encore un mot qui fait ricaner)   se fait avec des noeuds   et la frivolité avec des sortes de petites navettes  et je le souligne ces disciplines peuvent donner aussi des oeuvres d'arts authentiques, uniques par le travail personnel de création qui les anime. Il existe aussi du crochet d'art et du tricot d'art dont le résultat est de la dentelle même si certains le contestent car tricot et  crochets sont des arts populaires, surtout pratiqués par des femmes et domestiques : toujours le même écueil tout ce qui touche au tissu, à la mode  n'évite pas la notion de "prestige" .

Mais alors que la broderie se fait sur un support qu'on conserve, la dentelle, elle se fait sur un support qu'on détruit  (ou sans support en cas en  crochet) ou en dentelle au tricot. Les broderies à jours, sur filet, sur tulle ou découpées (Richelieu, Renaissance, Broderie anglaise  etc. sont souvent assimilées à de la dentelle). Sur les dentelles mécaniques voir  ce lien

Tricoter 

Bien qu'on en ignore la date d'apparition le tricot est une technique textile très ancienne . Ainsi peut-on voir dans un tableau  de Beltram de Minden peintre du XIVe siècle une  Vierge à l'enfant tricotant  :

9 tricot vierge tricotant beltram

On utilise en général des aiguilles longues sur lesquelles on monte des boucles de fil (de la laine le plus souvent ) appelées  mailles  mais les célèbres cottes de maille ne se tricotent pas avec du fil de métal (beaucoup trop rigide) elles se sertissent (je l'ai vu faire) . Jadis on apprenait à tricoter aux filles-et à certains garçons- dans l'enfance. Ce n'est pas si facile, le geste demande une coordination fine des mouvements . Les points eux-mêmes sont parfois très complexes et requièrent une grande concentration -et doivent se comprendre dans leurs combinaisons  - c'est donc une activité plus intelligente et moins automatique qu'on ne le pense. De plus là encore modèles copiés à la lettre, interprétations et créations se mélangent dans les résultats.

Le tricot comme le crochet peuvent totalement se détacher d'un rôle utile, et dès les années 70 on a vu des créatrices souvent anglo saxonnes , américaines ou australiennes  faire des tableaux ou des constructions textiles  avec ces deux arts  (je pense à l'artiste Jan Messent, notamment) ou pour le crochet à l'artiste Prudence Mapstone.

 En conclusion quand vous voyez une personne penchée sur un ouvrage textile , pensez qu'elle ne "tricote" pas forcément des chaussettes selon un modèle,  mais qu'elle crée peut-être bien tout autant qu'un peintre devant son chevalet, ou un photographe derrière son appareil ..quand vous regardez une tapisserie  célèbre dans un musée, ayez une pensée pour les autres arts textiles qui en sont exclus, souvent, parce que "ça s'est toujours fait comme ça" et "qu'on n'en voit pas dans les livres d'art". Allez voir ce que font les artistes souvent inconnues ou très peu connues sauf des spécialistes  ... il existe des milliers de  sites qui le permettent. Connaître mieux, c'est souvent le début d'apprécier  pour ce que c'est et non selon des  des stérotypes coriaces .

 

Elegance 3 jacqueline fischer broderie

 

 

 

 

De l'humilité

Je sais bien qu'en parlant d'oeuvre en  ce qui concerne mon travail de madame Lambda, je prends le risque du reproche d'outrecuidance. J'ai expliqué pourquoi je l'appelais ainsi. Le reproche  c'est un peu :" si Madame Lambda avait le moindre talent depuis tout ce temps , ça se saurait ..". Ou bien: " quoi Madame Lambda a de ridicules "prétentions littéraries" doublées de prétentions artistiques" et n'est même pas foutue de trouver un éditeur (un vrai donc un grand, car   il n'est de bon que de grand et célèbre , ça aussi "ça se sait"  ) , ni un galeriste pour l'exposer ? .Pfff . ! " 

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Je me bats depuis des années pour qu'un travail artistique ou littéraire soit regardé d'abord pour ce qu'il est et non selon la notoriété de qui il émane qui fait écran et préjugé à toute attribution de "valeur" surtout qu'en ce domaine aussi le jeu social joue à plein et que c'est certes beeaucoup moins facile à une provinciale mère de famille -une bouseuse, quoi!-  âgée de surcroît . Ces gens- tels les aristocrates, jadis- savent tout ,eux, de ce qui vaut ou pas et ce sont eux encore qui vous taxeront de manquer d'humilité ! C'est assez plaisant pour qui n'a pas d'ambition de cet ordre.

Il  est heureusement et j'en ai croisé, des personnes "autorisées"  comme on dit qui ne raisonnent pas ainsi se sentent libres de leur jugement hors réseaux et influences, elles se reconnaîtront si elles me lisent et je voudrais une fois de plus les remercier.

Je me bats aussi et surtout pour qu'un de mes arts essentiels l'assemblage d'étoffes soit reconnu et intégré à l'histoire de l'art autrement qu'il ne l'est , avec de  vraies études de  ce que montrent ces surfaces  comme tout autre surfaces créées,  d'où l'idée de cet index (que j'invite toutes les créatrices textiles ayant site ou blog à faire) .  Oui je  montre mon oeuvre textile  telle  qu'elle est, dans son ensemble, parce que personne ne le fera à ma place et que j'estime que même si elle n'a évidemment rien de génial , ni de révolutionnaire,ni de réellement "grand",    elle peut néanmoins présenter  un intérêt pour quelques-uns.

Je voudrais aussi témoigner de ceci qui est simple : oui on peut passer une bonne partie de sa vie à se consacrer à ce que  je nomme une oeuvre au sens d'un ensemble tout de même conséquent de travaux divers (la quantité ne prouve nullement la qualité certes, mais. le contraire non plus !) et n'y chercher et trouver autre chose que cela :   montrer  qu'elle existe. Non pas aux yeux du monde, là serait la prétention . Montrer ce qu'on a fait ce n'est pas non plus chercher désespéremment à exister comme s'il n'y avait rien d'autre dans votre vie (comme je l'entends et le lis souvent) . Non : on est aussi des êtres humains faisant à côté tout ce que d'autres font ... nous femmes, nous sommes souvent épouses, mères,  grand-mères parfois et oui nous pouvons quand même aussi faire tout  cela à côté non par ennui  ou pour nous distraire, mais parce que c'est vital . Non pas comme un "hobby" mais comme des parcelles de vie intérieure arrachées au quotidien. Non pour exister mais pour vivre de cette manière-là, aussi. C'est la fibre et le tissage de nos vies dont l'oeuvre n'est absolument pas coupée . Tout ce que j'ai vécu et vit encore en tant que femme très ordinaire est dans ce que je crée, je n'ai donc pas besoin de montrer ce que je fais pour exister  mais je voudrais montrer ce qu'en être vivant j'ai créé . Nuance . Sans qu'on me taxe de  "mal de reconnaissance "ou de je ne sais quel poncif dénigrant et méprisant à la mode .

Cela pour l'art.

Pour la littérature ou l'écriture (pour moi la création est un tout !) :

Des expériences ont été faites  d'oeuvres célèbres envoyées aux éditeurs sous un autre nom et refusées y compris quand elles ont été expédiées ,  parfois, par l'écrivain célèbre lui-même ous un autre nom. Et plus discrètement d'oeuvres refusées envoyées par courrier qu'on acceptait ensuite (la même!) parce que quelqu'un pouvait vous introduire et glisser votre écrit entre les bonnes mains. Qu'on ne me dise pas que ce n'est pas ainsi, les éditeurs  l'avouent eux-mêmes  consultez  l'annuaire AUDACE par exemple (quand on lit manuscrits publiés 80 pour  cent par courant relations! 60 pour cent au mieux ! et inconnus 00,1 pour cent !!) ) Je n'invente rien. c'es un fait, vérifiable.

Ce qui tend à prouver que les hiérarchies arbitraires, le jeu social des arrivés, et surtout des réseaux , le goût du jour, influent sur  les critères même d'évaluation sans tomber dans un relativisme systématique (non tout ne se vaut pas  ).

Je sais  en revanche ce qu'est pour moi l'humilité .

D'abord de ne pas faire la fausse modeste me semble primordial . Ayant par exemple beaucoup écrit quand même  et étant inscrite comme "romancière" (!) à la BNF , me dire écrivain ne me semble pas absolument un comble de fatuité . Ce le serait si je prétendais être un grand écrivain, ou un écrivain reconnu ou un écrivain de talent etc. Toutes choses que je ne ferai jamais au vu que je ne suis pas dans cette course-là  Mon seul challenge c'est d'essayer d'atteindre ce que  j'ai à signifier et comme je n'y parviens jamais, je continue. C'est à à peu près impossible à faire compendre.

Mon humilité c'est de savoir que nous sommes beaucoup à écrire et créer et qu'il existe beaucoup aussi qui le font tout aussi bien  ou mieux que moi . De me sentir un grain de sable parmi d'autres mais de vouloir être quand même ce grain  de sable qui constitue la plage . Si on l'enlève certes personne ne s'en apercevra mais que si on les enlevait tous il n'y aurait plus de plage , non plus . Et  si sur ladite plage on ne voit que ceux qui sont dans la lumière et brillent ,   ils ne brillent pas eux non plus quand les projecteurs s'éteignent . La plage elle,  reste là tant qu'il ya assez de grains de sable . Après , il se peut que dans ces grains il y ait poussière de quartz et de diamant. Il se peut : je n'en sais rien et encore moins si je serais l'un ou l'autre ou tantôt l'un , tantôt l'autre . Il se peut aussi que le quartz hors du quantitatif du  "ce qui est rare est cher", vaille autant que le diamant tout dépend du rôle qu'on lui assignerait. Je mourrai sans savoir .

Et c'est aussi bien .


Mon  humilité c'est de faire les choses pour les faire. Hier ça n'était pas , aujourd'hui c'est là  devant mes yeux, devant les  yeux  de qui peut aimer au moins quelques secondes avant de passer à autre chose .  Grâce à mon travail  et à ceux qui avant moi m'ont "innutrie" , mon humilité c'est de savoir qu'on ne crée rien ex nihilo.

 

Mon humilité c'est précisément d'écrire vers , façon bouteille à la mer.  Je conçois ce que je fais comme un don et un don hélas c'est gratuit en une période où tout ce qui ne se monnaye pas est censé ne rien valoir, se dévalue ipso facto. Je n'entre pas dans ce jeu-là .


Mon humilité c'est de ne pas croire que parce que  j'ai créé beaucoup (et dans trois valences différentes mais qui pour moi sont "une" ) que j'ai forcément créé des choses qui mériteraient qu'on s'y arrête : on le fait si on veut . Sincèrement,  sans tricher . Sans complaisance. Sans obédience . Certes . Mais alors sans doute aussi sans intérêt et sans valeur sinon universellement reconnue, sans  valeur du tout dans l'instant où je vis. Dit sans aucune espèce de regret , signaler n'est ni se plaindre , ni regretter. Je regretterai bien davantage de me saborder à entrer dans des systèmes que je réprouve et qui  détruiraient mes forces vives (ou du moins ce qu'il en reste) et ma façon d'entrer en création.

 Je voudrais souligner quand même au delà de mon petit cas personnel cette double peine des artistes et écrivains qui bossent beaucoup, savent qu'ils n' en tireront pas grand regard sur et qui en plus se font traiter de vaniteux dès qu'ils osent dire : "voilà ce que j'ai fait". Montrer, ce n'est pas exiger un  regard encore moins de  la reconnaissance. C'est juste ce  que c'est . Ce n'est pas dire "j'existe "mais  "mon travail est là voilà ce qu'il est" . Notre travail  si souvent assimilé à un selfie qu'on montre   justement pour avoir le statut de star ! La différence est capitale, mais souvent pas saisie. C'est tellement plus facile de parler "de créateurs en mal de reconnaissance"  que d'aller regarder ce qu'ils font puisque ce n'est pas connu,   si on pouvait  s'abstenir aussi de toute opinion définitive  sans avoir approfondi l'approche ...  combien prétendent vous connaître qui n'ont fait qu'effleurer . Ce qu'on a passé une vie à faire bon ou mauvais, il faut plus qu'un regard superficiel pour s'en faire une juste idée . Si on n'est pas prêt à l'accorder et donc à approfondir , qu'on ait  l'honnêteté alors de se garder de jugement ou d'une vague pitié condescendante serait la moindre des choses . L'humilité de qui regarde et prétend juger  devrait  exister aussi . Et en tant que lectrice et spectatrice des oeuvres  des autres  je sais aussi quelle est la mienne  : celle d'un regard qui ne se croit pas infaillible et d'un être qui se sait trop impliqué dans ses créations pour prétendre évaluer celles des autres , comme je suis honnête j'ajouterai que je n'en ai ni le temps, ni le désir . Quand je fais un retour (rarement) sur une oeuvre littéraire ce n'est pas pour l'évaluer et dire si elle vaut ou pas c'est pour dire ce que j'y ai vu , compris, ressenti et n'oubliant jamais que je ne suis pas omnisciente même si mes diplômes de Lettres me conféreraient au moins pour les textes quelque légitimité à le faire .   En revanche je partage tout ce que j'aime le plus que je peux. Je parle des gens dont les écrits ou les oeuvres m'ont remuée , émue, surprise, ravie aux autres, je les offre à qui elles pourraient plaire . J'essaie d'éviter autant que faire se peut un sentiment de rivalité  et je n'exige absolument pas qu'on me rende la pareille : ce serait une politique de "marchandage"  ou de renvoi d'ascenseur.

POUR COMPRENDRE

"Celui qui part de zéro pour n'arriver à rien  n'a de merci à dire à personne" Pierre Dac"

Je rédige ce billet à la suite de plusieurs dialogues, ça et là. Pour ceux et celles qui me l'ont demandé.

On me dit parfois (souvent ) : " je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas  accès à .... galeries d'art, murs pour exposer"   etc ". comme tel ou telle qui ...

Se souvenir du "pas de patchwork" dit par une organisatrice  d'évènements artistiques qui "appréciait" mon travail et me proposait des "murs payants". S'il  ne dit pas tout, il dit beaucoup de choses. Je pourrais même m'arrêter là. Je ne peux exposer chez qui refuse une partie essentielle de mon oeuvre au nom d'un préjugé fondé sur l' ignorance et obédience à la façon dont les arts sont classés .

Ce n'est pas compliqué, j'ai tout faux .  En tout,  par rapport à ce qui se fait et surtout ce qui LE fait, selon les us et coutumes actuels des milieux artistiques qui "comptent" ... Je m'explique.

 J'ajoute  et c'est essentiel,  je ne  veux surtout pas blesser ceux et celles qui sont dans le "ce qui se fait et le fait", j'admire bien souvent leurs oeuvres, tout à fait sincèrement. L'inverse n'est presque jamais vrai, mais on ne force pas les goûts personnels . Je ne jalouse pas leur succès, j'explique juste pourquoi moi je ne pourrais pas y accéder. Si j'avais voulu faire une carrière et non juste une oeuvre, je m'y serais prise autrement, mais pour moi cela n'aurait pas eu de sens. Ce que je fais comme je le fais: c'est le sel de ma vie .

- Je ne suis pas professionnelle, c'est sans doute l'obstacle principal administrativement  et j'ai expliqué pourquoi ici.

- Je suis indépendante. J'aime la solitude pour créer, le partage pour moi serait de pouvoir montrer mes oeuvres, juste pour les montrer, or ce n'est possible qu'à ma salle des machines. Je ne fais partie d'aucune structure   qui propose de m'exposer en tant qu'artiste   particulière ce  n'est fait que pour celles estimées "grandes" dont je ne suis évidemment pas  et les expositions collectives avec concours et prix etc, ne sont  pas vraiment ce qu'actuellement je recherche.

 -Je suis polyvalente et éclectique et je tiens à relier  tout ce que je crée : textes, textiles et images numériques par trois, par deux et même en oeuvres séparées elles font partie d'une oeuvre unique . Mais variée. On me reproche souvent de n'avoir aucun  style et pourtant il est  des gens qui reconnaissent mes quilts au premier coup d'oeil, parmi les autres . Mon style c'est d'être moi en tous mes désirs, envies, valences. Mon style, c'est d'être multiple, justement . Mon oeuvre est une ode à la variété  harmonieuse et c'est pour moi naÏvement, je le sais, une prière au monde toujours écartelé entre positions adverses. Si on veut du symbole, il est là, et greffé à mon âme. Pas un prétexte pour faire intellectuel ou engagé.

 - Je suis coloriste - ça se voit - et la mode   est au blanc au noir au noir et blanc . A la rigueur aux monochromes. Le dépouillement est  forcément profond, sublime  . C'est le couplet sur la merveilleuse sobriété , soi disant "plus difficile" , plus "ascétique" un "renoncement" un "minimalisme".

etc. OK je veux bien . J'en  connais sur le bout des doigts les justifications, vu que d'une oeuvre à l'autre depuis  le temps que j'observe, ça ne varie guère . La profusion, des couleurs, elle,  se porte mal ou alors faut être côté art  naïf ou art brut etc . Ce que je  ne suis pas . Ou côté Haute-Couture .

 Je sais aussi travailler le blanc (voir mes livres blancs) et en blanc et noir comme cet Alpha et omega

Alpha et l omega banc 3

mais pour moi ces couleurs c'était justement pour montrer quelque chose de précis. Pas parce  que le noir et blanc ou les monochromes, c'est mieux dans l'absolu je n'y accorde aucune once de "supériorité" esthétique . Et, je  m'excuse de ma franchise abrupte je trouve absurde autant qu'injuste  d'ériger un choix chromatique en but suprême à atteindre, pour se hausser en dévalorisant qui a choisi une voie opposée pour se dire.

Et je suis tout autant  moi dans ce "Mon harmonie"

harmonie détail.jpg

 La maîtrise de tant de couleurs, de motifs au sein d'une surface qui comporte parfois des milliers de fragments différents, ça, ce n'est pas jugé artistiquement valable et  témoin d'expression  même si ç'en est, parce telle n'est pas l'esthétique dominante côté grands arts. Ayant fait les deux, je crois pouvoir affirmer avec force que non ce n'est pas plus "facile" à faire et que si "trop de couleurs tue la couleur" cet assassinat-là  peut-être beau et éveiller une émotion ? Non ? Vraiment ?

Je sais coudre et broder, surtout à la main . C'est un grave handicap.  J'entends par  là que j'ai appris les diverses techniques d'assemblage  du patchwork - du moins celles dont j'ai besoin pour ma manière de faire - et qu'en broderie je cherche encore des nouveaux points, comme je lis toujours des nouveaux textes et j'aime découvrir des mots dont j'ignorais le sens.  Cela irait mieux pour moi si j'entortillais, amalgamais ou posais sans construction, puisque c'est la mode de DECONSTRUIRE , moi je bâtis, contre modes et marée. Mais ça me dessert. Je signale d'ailleurs que le patchwork repose souvent sur une déconstruction préalable, surtout quand il est de récupération, mais ce n'est pas la bonne,  celle qui aurait une aura intellectuelle.

Je ne tisse pas : j'assemble et je brode . Tisser, on ne sait pourquoi c'est plus noble et mieux considéré. Sans doute parce que  la tapisserie a rarement été un art domestique, si le tissage utilitaire pouvait l'être. Je sais tisser de façon très primaire, j'admire profondément l'art des tapissières mais je n'en suis pas une. Car à l'intérieur d'un art dévalorisé, il est des pratiques plus "nobles" que les autres et là non plus je ne suis pas sur le bon créneau.

Mais il m'arrive d'utiliser le tissage quand il est en rapport avec ce que je veux faire pas pour donner prestige à ce que je fais comme dans ces poèmes tissés

- Je ne suis pas artiste de mixed media avec du textile  ou un peu  de fil dedans pour  donner caution "textile" à ce que  je fais. Si j'y fais incursion c'est toujours pareil : c'est dans une visée précise pour créer cette oeuvre-là .  Je suis quelqu'un qui adore tissus et fils pour leur sensualité, leurs textures, et surtout leurs impressions ou motifs qu'ils soient imprimés, tissés, brodés . C'est mon medium, et un de mes langages. Je me porterais mieux d'assembler des épluchures d'oranges ou de pommes de terres, ou encore des bouts de n'importe quoi pourvu que ce ne soit pas du tissu (le fil, c'est la caution textile, et le discours c'est la caution intellectuelle). Intellectuellement et techniquement c'est tout à fait à ma portée , mais pourquoi refaire ce que d'autres font avec tant de bonheur semble-t-il ? 

Mais je sais allier mes arts, quand je le juge nécessaire  :

on peut voir par exemple ces avatars 

ou encore la série très traits 

- Je n'imite pas les grands arts. Je tiens à ce que mes broderies aient l'air de broderies et mes patchworks de patchworks. Que tissus et fils soient mon medium ESSENTIEL et avec eux je peux tant dire que je mourrai avec des carnets remplis de projets non réalisés, faute de temps.  Je ne peins mes tissus que si  j'en sens le besoin mais pas pour montrer que je sais peindre ou faire ressembler à de la peinture .

Je peux imprimer ou faire imprimer mes images numériques sur tissu et me contenter de les matelasser seulement pour moi cela ne serait pas un art par les tissus, la même image sur du papier aurait le même impact puisque là c'est les formes les couleurs et graphisme qui comptent, non essentiellement  l'étoffe.  Si je le fais, ça m'est arrivé,  c 'est pour quelque chose de spécifique ,et je réserve cela plutôt pour  le moment où je ne pourrais plus ni broder, ni assembler.

Ce qu'il faut savoir : Si j'étais peintre dessinatrice, graveuse et que je vienne à l'art textile , le fameux "fine arts background cher aux anglo-saxonnes) comme j'ai tant vu le faire à partir des années 2000,  là ce que je ferais serait automatiquement valorisé. J'apporterais l'aristocratie d'un art prestigieux à ces humbles pratiques tout juste bonnes pour décorer la maison ou faire de "jolis objets bien "sympas".  A chacun non seulement ses moyens, mais selon le prestige des arts qu'il exerce. Le problème, c 'est que côté Beaux-arts, sans vouloir être méchante, on  n'y connaît pas grand chose en valences purement textiles et notamment côté gestes techniques , ni histoire de cet art. 

-Je ne suis pas une artiste conceptuelle, même si je peux manier le concept aussi bien que l'aiguille (je le montrerai sans doute dans une oeuvre de révolte profonde qui me titille depuis trop longtemps pour que je ne la fasse pas un jour !).  Je suis quelqu'un qui aime travailler les matières (et pour moi les mots en sont une mais pour créer par pour sous-tendre ce qui se tient déjà assez bien tout  seul  ce me semble). Je n'aime pas l'idée d'avoir besoin d'un discours intellectuel pour qu'on regarde ce que je fais. Les matières que j'utilise parlent aux sens, pas au cerveau.  Même si je pense savoir me servir du mien de manière satisfaisante sinon géniale !

Mais je peux présenter un projet en ce sens comme Le temps qu'il fait dans le temps qu'il passe. Pourquoi ? Mais parce que j'en avais envie. Cette oeuvre pour moi n'est pas essentiellement "textile" , du reste. Elle vaudrait autant, pour l'idée,  imprimée sur du papier et en remplaçant la dentelle par  un autre matériau. C'est juste que j'aime tellement les tissus que je les ai associés mais ils n'étaient pas l'élément pour dire . C'est ce que  j'appellerais une "caution textile" si je prétendais les faire valoir comme art textile novateur  et supérieur à mes humbles patchworks .

- Je ne travaille pas en 3 D. Mon domaine d'élection c'est la surface. Un peintre a le droit , mais chez nous on est super mieux vues et cotées si on se lance dans la suspension , la sculpture etc .  Ailleurs on ne dit pas qu'un peintre vaut moins qu'un sculpteur, mais chez nous, faire des choses où on fuit l'effet couverture est quasi nécessaire et la 3 D, c'est un bon moyen d'autant que c'est aussi furieusement tendance .


 - Je ne  me gargarise  pas avec l'originalité et l'innovation mise à toutes les sauces. Je prends des sources et je les reconnais, leur date m'importe peu, prétendre  faire du " jamais vu sous le soleil" me semblerait beaucopup plus outrecuidant que ce que je dis ici et qui ne va pas manquer de la paraître, pourtant.  Qu'en sait-on ? On a donc tout vu ? Innover comme je le vois faire, c'est souvent imiter une source récente. Le premier innove, pas tous ses suiveurs s'enfilant sur un créneau porteur de louanges et reconnaissance :  puisque c'est récent c'est mieux ... forcément !

- J'aime jouer avec les poncifs même si je sais faire autrement , aussi ... alors là, ça me descend automatiquement  au niveau zéro de la création quoi que je fasse avec on n'y verra que le bien fait, et le" travail d'eéxécution " -c'est le cas de le dire (la création elle est  exécutée aussi , au pasage on NE VEUT PAS LA VOIR )  d'autant que ces arts sont exclus d'autre reconnaissance sauf rarissimes exceptions. On  a décidé que ceux et celles qui s'en servaient n'avaient vocation qu'artisanale, décorative , superficellement "joli", "traditionnels" indécrottables. Pour moi les poncifs et motifs sont comme les mots qui ont servi à d'autres avant moi et c'est même en cela précisément que l'écriture et l'art textile chez moi se rejoignent. J'ai developpé cette approche  ici .

De plus ce choix, mal compris, me condamne à une perfection normée que je refuse absolument. Je ne suis pas une machine et je veux que mes points reflètent ce que je suis et sens. Or tout le monde de l'art textile côté modèles reproduits ou même modèles créés (et j'ai été créatrice de modèles) l'exige, universellement cette norme pour tout ce qui repose sur un dessin ancien. Pas moyen de faire comprendre qu'on peut s'en dégager au niveau même de l'exécution pour lui imprimer sa patte et sa marque. Il ne s'agit aux yeux des professionnelles que d'imperfectionsde "poor workmanship"  car il n'y a que la forme qu'on regarde alors,  jamais la visée ni le fond : on est censée n'en point avoir. . C'est pourquoi la copieparfaitement exécutée  vaut et même passe la création qui en ce domaine reste incomprise ou niée.

Je pourrais ajouter : j'aime la beauté, je suis pas une artiste engagée au sens  habituel du terme  sous une bannière politisée, et je pourrais sans doute trouver encore quelques handicaps qui m'excluent. On pourrait ajouter c'est sans doute que je n'ai pas autant de talent que ceux et celles qui ont plus de succès. C'est possible. On m'en a reconnu pourtant et sans que je demande.

Qu'on me permette d'être moi -certes personne ne m'en empêche-  mais si je le suis je dois accepter que  mon parcours  soit souvent regardé avec une once de mépris ou en sous-entendant "que je ne  sais pas m'y prendre". Certes on a raison sur ce point, je suis inapte à ce que je trouve par rapport à mes exigences propres "inepte" . Je ne suis pas une "arrivée", -je  n'arriverai jamais .. et je veux pas "arriver" ,  il est vrai  :  je préfère les départs, les débuts, les envols, les pistes à ouvrir . ..Mon parcours  n'est pas "prestigieux" certes mais il est honnête, sincère, passionné , obstiné (autant de défauts sans doute aussi) . Et si j'égratigne au passage, on peut à bon droit juger cela "mesquin", je l'assume. Qu'on pense aussi  la dose de mépris, d'incompréhension  ou d'indifférence que je dois encaisser, et ce, depuis des années. Qu'on la rapporte à ma passion pour ...

Et qu'on vienne voir un peu ce qu'il en est à la salle des machines ou si on est trop loin sur la page Facebook qui lui est consacrée .

Et une dernière chose : JE NE ME PLAINS PAS , je réponds à des questions souventes fois posées . Le jour où on verra des quilts géométriques et création et expressioon personnelle y compris - d'amateurs pourquoi pas ?- suspendus côté arts généralistes dans galeries et musées, autant qu'on voit d'autres oeuvres -y compris textiles mais "pas de patchwork"   là j'accepterai, là,  de croire que  je m'y prends mal . Pas avant .

Sur la vogue des Modern quilts

Modernité ou mode ?

NB Article publié dans ma rubrique Opinions il y a plusieurs années. Je rappelle qu'une fois de plus je n’ai pas attendu que la mode se répande pour informer (et m’informer !)

de la soi disant "modernité " du minimalisme et d'autres notions....

On le sait, les grands arts ont leurs grands mouvements et l'art du quilt  qui en est si peu un, lui, a ses périodes,  ses vogues.

A chacun selon ses moyens surtout quand tout le monde s'en accommode.

Depuis une bonne trentaine d’années, cependant, on voit de pathétiques tentatives de se raccrocher  à tel ou tel style, lui-même rattaché à un  mouvement d'art,  étant établi que l'assemblage d'étoffes,ne saurait , à lui tout seul, aucunement en être (qu'on ne discute jamais cela déjà et qu'on l'admette depuis trente ans que je couds comme d'autres peignent gravent ou dessinent ne cesse de me surprendre.) Je note aussi que c'est plus pour faire valoir telle ou telle individualité  ou vendre   une kyrielle de livres pratiques voire de stages   où on vous explique comment faire "dans ce style" qu'au bénéfice de notre art dans son ensemble.       

Au reste pour qu'il y ait vraiment art, il faudrait moins de "suiveuses" en extase  à l'affût devant ce qu'on nomme tour à tour innovation, contemporain ou modernité et un peu plus de personnes qui sans négliger bien sûr forcément tous ces courants, travaillent un peu plus près d'elles-mêmes, de leur propre richesse intérieure : de leur imagination, et même de leur propre sens des étoffes , des formes ...S'il est nécessaire et bénéfique de  se tenir informé, il n'est pas essentiel de suivre à la lettre toutes ces vogues successives, pour obtenir au mieux des "à la façon de" qui sont certes de beaux ouvrages mais où la personnalité derrière n'apparaît guère (tout finit par se ressembler ...), ce n'est pas le style de la personne qu'on reconnaît  par son choix d'étoffes ou de formes mais le mouvement qu'il y a derrière ...et parfois le livre et parfois le modèle .

Actuellement par exemple,  on nous rebat les oreilles avec les Modern quilts qui ne sont d'ailleurs pas à confondre eux-mêmes -même avec toutes les "innovations" .

Je rappelle que l'art moderne qui précède l'art contemporain se termine selon les historiens de l'art dans les années 1960 (pour d'autres la jonction est la fin de la deuxième guerre mondiale) . L'histoire moderne elle -qui le sait ? - commencerait en 1492 ..donc quand on dit moderne il faudrait savoir de quoi on parle dans quelle discipline on se situe et surtout ne pas oublier le contexte. Modern quilt c'est evidemment         quelque chose qui nous vient des USA et qui selon ce site qui semble en revendiquer la paternité se définit ainsi

 

"Modern quilts are primarily functional and inspired by modern design. Modern quilters work in different styles and define modern quilting in different ways, but several characteristics often appear which may help identify a modern quilt. These include, but are not limited to: the use of bold colors and prints, high contrast and graphic areas of solid color, improvisational piecing, minimalism, expansive negative space, and alternate grid work. "Modern traditionalism" or the updating of classic quilt designs is also often seen in modern quilting."

Le mot minimalisme étant lâché il convient de faire une mise au point sur ce terme un peu mis à toutes les sauces.

Au départ le minmalisme ou art minimal c'est un courant d'art né dans les années 60 (dnc quand la modernité se terminait !) et si on veut une vue un peu plus approfondie que ce qui en est dit sur Wikipedia on peut lire ceci :

 

Lien vers l'article minimalisme du centre Georges Pompidou

Je me permets de faire remarquer déjà que c'est infiniment plus complexe que de coudre ensemble quatre rectangles de tissu unis de couleurs vive de façon asymétrique ..en improvisant le piéçage" car en gros c'est bien  cela qui est prôné dans la phrase en anglais .

D'autre part il faut savoir aussi que comme tout mot celui-ci a ses acceptions diverses ( vous constaterez avec l'article précédent que déjà tous les artistes qui le pratiquaient n'en avaient pas la même conception) c'est aussi et surtout aux USA, friands de ce type de "morale" ou de "philosophie" -je mets entre guillemets parce que souvent , c'est à mon avis quelque peu "simpliste" eu égard  la complexité de l'être humain et de ses relations avec les autres et le monde.

Si on tape minalmisme way of life on tombe sur des sites avec ces morales à vivre que notre époque affectionne.

Ensuite on peut méditer  ...

Se demander si tout ce qui nous vient des Usa en matière de quilts (ou de manière de vivre) est parole d'Evangile à suivre le petit doigt sur la couture ..du bloc ? ou de l'absence de... parce que s'en dégager, tout en respectant l'apport considérable des USA en la matière , ce serait une vraie liberté. Je souris toujours quand dans les commentaires sur d'autres blogs je vois tant de personnes revendiquer une liberté "artistique" qui consiste tout juste à choisir la vogue  dont elles vont s'inspirer,  ou la recette ...être libre  parce que sur le livre qu'on démarque et auquel on  est accrochée comme à une bouée de sauvetage , c'est marqué "liberated quelque chose" ...Je veux bien.

Qui nous délivrera des pseudo-libérations ?

La vraie liberté de création , comporte un peu plus de risques  et d’initiative personnelle. Mais passons.


Se demander si la culture textile c'est comme je le vois souvent des sortes de revues de presse avec commentaires des derniers livres sortis de nos consoeurs américaines et le plus souvent avec impasse sur l'histoire du quilt dans ce pays et ailleurs et impasse également sur l'histoire de l'art tout court  ce qui ne cesse de m'étonner s'agissant de personnes  dont la culture textile est célébrée à longueur de blogs. Il n'y a pas de culture sans recul, esprit critique, désir d'en savoir plus, de comparer, ce n'est aucunement une accumulation de connaissances sur les livres en vogue , cela d'ailleurs les revues de patchwork le font très bien. Ne pas oublier non plus que surtout aux USA où le patchwork est un business non négligeable le but est de vendre : les livres,  les tissus qui vont avec, la mode en question  et/ou les gadgets eventuels qui permettent d'obtenir tel ou tel aspect, avec toujours deux promesses: avec ça vous serez artiste (à bon compte" avec ça ce sera facile et toujours vite fait (time is money!) . Ne pas oublier non plus l'influence des courants New age : avant le minimalisme nous avons eu droit à des articles sur la création dans lesquels le mot "holistique" revenait en leit-motiv.

  

Pour en revenir à nos moutons, on pourrait comparer aux Modern quilts , par exemple pas mal de whole quilts ou de quilts unis -certains datent de la fin du XVIII siècle ... et si on enlève l'asymétrie et le pieçage improvisé ... les couleurs vives y sont déjà , et ce dépouillement, la complexité étant donnée par les dessins du matelassage
 Le mot patchwork implique lui un assemblage d'éléments. L’histoire du patchwork regorge de surfaces avec de grands morceaux unis..de couleurs vives :  on a l'exemple des quilts gallois ou plus tard Amish, les quilts en bandes bicolores  ...Je ressens pour ma part ces oeuvres-là bien plus proches du minimalisme tel que l'art l'a défini. Et je soulignerai, une fois de plus que des femmes anonymes ont créé bien avant les mouvements d'art des formes qui pourraient s'y rattacher !

 Il ne s'agit pas d'inciter à les reproduire mais de montrer qu'on se hausse souvent du coude avec de grands  mots sans aller un peu voir derrière ce qu'on peut y trouver et rapporter toujours à l'histoire du quilt , aussi . Nous sommes toujours dans cette perspective de la géométrie qui serait noble si on lui colle un nom de mouvement d'art ou un -isme au bout     et qui resterait artisanale  pour le reste. C'est totalement absurde , mais si personne ne le voit ou ne s'en émeut ...

Exercer l'assemblage de tissus de cette façon ne m'intéresse que très peu. Pour moi j'ai une matière : le tissu, qui est si variée et si riche d'inspiration en elle-même que ces mouvements et ces livres -ceux que je continue à lire . Les oeuvres ou ouvrages des autres sont pour moi des référents, pas des modèles et s'il arrive que je m'en inspire c'est en l'incluant dans un parcours qui m'est propre. C'est beaucoup plus infini, passionnant. Mais je n'espère plus en persuader grand monde.

 

 

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Le feu sacr jacqueline fischer art textilejpg

 

 
 
 

De la géométrie en art textile- 2

Régulier-irrégulier

 

Il semble bien que si on s'en tient sinon au textile du moins aux matières souples servant à fabriquer vêtements, tentures sacs et objets, quand on use  d'assemblages de formes venues de sources diverses-  on ait eu le choix entre mettre ensemble les pièces récupérées telles quelles ou  de les retailler pour  composer avec les chutes des géométries régulières (celles-ci présentant souvent l'avantage d'offrir des coutures droites en principe plus faciles à ajuster ), même si les motifs avec courbes régulières, bien entendu existent aussi.

On peut aussi évidemment retailler ces morceaux dans toute autre forme souhaitée : figurative, stylisée, mais en ce cas on a  plutôt tendance à les appliquer sur un fond  surtout quand la forme devient complexe et la technique dite d'appliqué est considérée souvent  comme une forme de broderie plus que de couture (il n'y a pas à proprement parler "assemblage", ou plus exactement la jonction se fait par superposition.

On distingue donc  dans les oeuvres en patchwork qu'elles soient anciennes ou contemporaines diverses approches de la géométrie selon  ses formes et la disposition de celles-ci.

La géométrie irrégulière  préservant la forme des étoffes telles quelles c'est le royaume du crazy quilt. On le fait remonter à la fin du XIX° siècle, et précisément  la centennial exposition  à Philadelphie en 1876  où des vases japonais craquelés auraient donné l'idée de type de quilts. Mais je crois qu'on confond la mode du crazy  victorien, très orné, qui s'est développée à ce moment-là et la naissance de l'art de la "chute folle"; on trouve bien avant des assemblages de pièces irrégulières  ne serait-ce que par souci d'économie.(et ce dans pas mal de cultures différentes). On peut voir dans des livres d'histoire du costume des corsages reconstitués de morceaux détoffe, faits en France )

On voit aussi dans le livre Abstract design in American quilts  déjà cité ce crazy très dépouillé qui n'a rien de victorien , mais qui est un crazy quilt au sens de formes irrégulières emboîtées et rebrodées sur les coutures.

crazy-revival-001.jpg

La plupart des spécialistes des quilts assimilent cependant crazy et étoffes très brodées, même si nombre d'oeuvres, même en tissus précieux sont juste ornées sur les coutures, et souvent en morceaux  réguliers. Les  caractèristiques  précieux/ brodé l'ayant emporté sur celle de morceaux irréguliers utilisés tels quels .

.On peut voir des crazys quilts à l'ancienne sur nombre de sites en tapant antique crazy quilts dans un moteur de recherche.

Ces formes irrégulières sont elles-mêmes souvent incluses dans des formes régulières : carrés; losanges , bandes verticales, comme je l'ai fait dans l' Arlequin fou :

 

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Mais , il arrive aussi que la surface de fond  sur laquelle les tissus sont posés au lieu d'être constituée de morceaux recousus ensuite, soit  d'un seul tenant, ce qui n'empêche  pas d'y intégrer  des formes régulières :  ici les "roues" symbolisant les hasards du mariage .

 

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.Crazy quilt rébus ou l'heureux mariage

 

Aux formes irrégulières des crazys peuvent s'ajouter celles des quilts Afro-américains des  Gee's Bend nés au XX iècle et qui sont devenus célèbres pour leur fantaisie de formes , l'équilibre des compositions et la sobriété des tissus utilisés (en tissus unis)  En revanche pas ou peu de matelassage . On peut en voir sur ce lien .

 

- Des formes régulières diverses travaillés en ensemble   comme dans les quilts dits dahlias, les grandes étoiles notamment qui sont des "classiques" de ce type de disposition .

L'étoile des quatre saisons réinterprétation d'un quilt de Mary-Evangeline Dillon . Ces étoiles sont presque le stéréootype du quilt américain et souvent dans les livres sur art et étoffes c'est  eux que l'on voit ...comme si l'art du quilt s'y réduisait, lui qui est si varié !

 

 

Et4s 4

 

La géométrie en formes identiques répétées  :  carrés, triangles, hexagones ou toute autre forme pouvant s'emboîter par tessellation.  On lit parfois que de telles surfaces seraient plus "simplistes" que les élaborations savantes à partir de géométries plus complexes , mais ce n'est pas mon avis d'autant qu'on peut par travail de pixellisation notamment reconstruire avec ces tesselles des tableaux personnels  (pas seulement des copies de photographies ) ).Les charm -quilts ces quilts comportant 999 morceaux (parfois davantage) identiques par la forme, mais tous différents par les étoffes font partie de cette catégorie.

Dans ce quilt Jaillissements  j'ai utilisé les tesselles carrées pour reconstituer une de mes créations numériques :

 

 

Jailesements redjpg

Mais j'aime aussi à en bâtir des surfaces plus classiques témoin ce Petite fleur fait pour illustrer par saturation -un peu ironique et distanciée par rapport au thème- les tissus à fleufleurs :(c'est aussi un charm-quilt aucun tissu semblable à un autre)

Petites fleur detail

 

 

 La géométrie dite en blocs ces carrés répertoriés par les quilteuses américaines, mais qui existaient déjà en Europe avant la naissance des Etats-Unis, comme on semble trop souvent l'oublier et notamment en Europe du Nord (La Suède entre autres a un bel "héritage"et bien évidemment le Royaume-uni ) .Et même hors d'Europe comme le souligne le début de cet article .

C'est une de mes approches favorites,  j'ai expliqué maintes fois pourquoi  : il existe des milliers de blocs et pour chacun une infinité de possibilités  de  création personnelle en étoffes en adéquation avec la géométrie choisie (à noter que tous ces carrés ne sont pas remplis de formes géométriques, mais une bonne partie) .

On peut faire avec eux absolument tout ce que l'imagination propose et on ne voit vraiment pas pourquoi ils ont été , à une  certaine époque, assimilés à un patchwork "planplan", pépère et sans imagination. On peut bâtir sur une simple juxtaposition comme ce Melting pot :

 

 

Melting pot 3Ou bien encore en déformant les blocs au point qu'il est difficile de les reconnaître comme  dans le Feu sacré :

Le feu sacr jacqueline fischer art textilejpg

Des recueils de blocs ont été constitués très tôt comme aide mémoire et propagation d'un art. Et comme en point compté ou broderies; les quilteuses ont fait parfois des "samplers" ces échantillonnages  de blocs tous diffférents et j'ai obéi à cette coutume en voulant tester les blocs les plus difficiles du logiciel Block base (déjà cité )  Le sampler délicat  :

sampler-delicat-1-reduite.jpg

Evidemment on ne peut oublier les compositions des Mnemonites et des Amish célèbres pour l'utilisation des étoffes unies , les formes simples et l'audace de leurs coloris ainsi que souvent un matelassage très sophistiqué. A noter que les quilts Gallois antérieurs dans le temps présentent des ressemblances . Pour ma part je n'en ai pas réalisé, les tissus unis et le matelassage n'étant pas mes modes d'expression en tissu préférés et mon but n'est pas de suivre, ni de reproduire ce qui existe déjà . Ce qui ne m'empêche pas de les admirer chez les autres. On peut voir des quilts anciens Amish sur ce site

Les quilts  dits en médaillons construits autout d'un bloc central auquel on rajoute des rangées sur chaque côté  qui serait une spéciialité britannique. Le quilt Home sweet Home s'apparente un peu à ceux-là  :

 

Home

 

 

 

Les géométries jugées plus contemporaines ont souvent préféré les bandes décalées , les carrés un peu de guingois, et les livres d'art quilts regorgent d'ouvrages de la sorte .On peu aussi s'amuser à ce petit jeu (que j'ai fait) taper  geometric art quilt, puis comparer avec les oeuvre de Klee , Kandinsky, Rothko, sans oublier Vasarely et Mondrian pour voir que là l'inspiration se veut "noble" et côté Beaux-arts.

On peut compter comme "contemporain " tout ce qui s'éloignerait des formes précédentes jugées elles traditionnelles, mais à dire vrai et je l'ai souvent montré le clivage entre le deux est souvent  très discutable. 

La  vague des modern quilts privilégie les grandes surfaces unies avec un matelassage très élaboré (le plus souvent sur machine long arm  ) je renvoie sur ce lien où je les ai déjà présentés .

Mon quilt Eclats de Soie s'en rapproche  :  je ne refuse pas une tendance" quand j'ai quelque chose à dire avec elle :-) non plus , il ne s'agit pas de refuser ou nier  les influences, mais de sélectionner en chaque genre ce qui convient à propre expression  :

 

10391388 10202551594257567 8900498651140083116 n

 

 Et en conclusion rappelez-vous ces oeuvres qu'on les aime ou pas sont des surfaces abstraites, exprimant des visions géométriques de l'espace mais en   tissus parce que  le tissu a pour moi des caractéristiques que la peinture ne me donnerait pas -son toucher ses reflets, ses imprimés, son histoire . Pas  seulment de jolies couvertures. Merci de le comprendre.

De la géométrie en art textile

De la géométrie en art textile -1

 

Introduction

Dans mon livre Jeux d'étoffes, impressions, expressions  je pose déjà la question du regard sur la géométrie, surtout régulière, répétive et symétrique, dans les surfaces textiles. 

Et évidemment plus précisément en assemblage d'étoffes. J'ai toujours contesté la notion selon laquelle il y aurait des géométries "traditionnelles" et d'autres "contemporaines" voire aujourd'hui "modernes" avec la vogue des modern quilts. J'ai contesté surtout le fait que l'emploi de certaines formes comme le labyrinthe vous donnait l'aura de la véritable artiste puisque ce labyrinthe était classé  "contemporain" dans les années 90, notamment, , on ne sait pourquoi (à croire que Dédale était un perdreau de ces années-là !) mais une étoile par exemple, c 'était traditionnel et donc "artisanal" pas le moins du monde artistique, du moins côté "grand art" . Je me bats contre ce genre d'absurdité depuis des décennies.

Autre question qui m'a taraudée :pourquoi donc les abstractions des quilts, antérieures et très largement aux peintures abstraites géométriques, sont-elles reléguées côté "arts appliqués-décoratifs" juste là pour faire joli,et/ou réchauffer ....  mais que lorsqu'un grand art s'en  empare -des siècles après, là ça devient génial ...intéressant . J'ai obtenu des éléments de réponses mais aucune ne m'a satisfaite (et notamment le fait que le dames qui cousaient n'auraient pas  eu de "démarche", que donc ce n'était ni classable dans un "mouvement" , ni analysable avec les méthodes de critique d'art habituelle. Cela ne tient pas car beaucoup d'artistes du passé n'ont été inclus dans écoles, mouvements et influences diverses qu'après coup, et non de leur vivant. L'art et l'artisanat ont même souvent coïncidé !  Evidemment si on met d'office  hors champ de la culture générale et qu'ensuite on constate que ça n'est pas vraiment de l'art  parce que "ça se saurait" , depuis le temps ... on ne laisse guère de chance à ces surfaces d'être regardées autrement que comme de "jolies couvertures" .Comment cela pourrait-il "se savoir" si on ignore tout ou presque de qu'on relègue ?

 J'aimerais donc  ici inviter à aller y voir de plus près . Notre art est mal connu  même de celles qui le pratiquent et même d'un bon nombre qui se disent "expertes" . Moi-même je sais que je ne sais pas tout, très loin de là, car le savoir en cette matière est dispersé, lacunaire, difficile à étayer sur des études complètes .Le plus souvent les livres sont pratiques.... et je me sens deux tâches : l'illustrer par autant d'oeuvres que je puis en  créer, et partager ce  que j'ai appris sur lui au fil des années . Et si possible, aussi,  en dehors des "cercles" patchwork-art textile . Si une géométrie peinte atteint à l'universel , une cousue le pourrait bien aussi, si on l'y autorise. Plus exactement si on fait effort de s'informer ...et de regarder comme une surface comportant des formes et des couleurs choisies  par décision de la personne qui l'a conçue et cousue (et qui hélas ne coÏncident pas toujours, problème crucial) .

Un peu d'histoire .... et de géographie.

On ne peut évidemment pas dans un article à lire sur écran être exhaustif sur ce vaste sujet , je renvoie en cours d'article à des liens et pur les sources aux livres dont j'ai déjà rédigé la recension sur ce blog (notamment Quilts around the world de Spike Gillespie)               o

 

En Europe une des premières oeuvres textiles géométriques connues est un ouvrage anglais daté de 1718 et appelé "The Coverlet" . On peut ne pas apprécier ce genre de composition mais force est de reconnaître que c'est un usage de formes abstraites à des fins esthétiques , et que c'est en tissus .... et même à décomposer en ce qu'on nomme "blocs" c'est à à dire carrés subdivisés eux-mêmes en formes ou décorés d'un motif .  On peut la voir sur ce site ...

 

Plus tôt encore dans le temps et ailleurs  les quilts retrouvés  dans les  grottes des mille Bouddhas sur la Route de la soie à partir des  années 1900 . Entre autre nombrex objets d'art, on a mis au jour des   pièces en patchwork géométrique montés  de façon analogue à nos méthodes de couture main et avec des formes ressemblantes, datant probablement du VIII° siècle de notre ère,qui sont décrits comme étant composés de triangles et de rectangles et qui seraient conservés , en partie au British museum.

A méditer par celles qui affirment que le patchwork géométrique serait "américain" exclusivement .

Au Pakistan et à l'ouest de l'Inde on trouve la tradition des "ralli quilts" dont certains historiens pensent qu'ils remonteraient à 4000 avant Jésus-Christ  au vu de leur représentations sur poteries ou autres témoins de  ce passé très lointain.

Liens vers une présentation des ralli quilts

Et puis en France le collectionneur Michel Perrier a rassemblé des quilts. Beaucoup datent du XIX siècle , et ces géométries n'ont rien  envier aux à celles développées  aux USA et au Royaume Uni, même si on souligne que les techniques d'assemblage et l'esthétique en est sensiblement différente . Plus de la moitié de ces quilts  est fondée sur des géométries régulières, signe que dans notre pays ces types   d'assemblages ont dû exister et déjà auparavant (seulement comme je l'ai maintes fois souligné jugés indignes sans doute d'être conservés les plus anciens ont été probablement perdus  ou détruits ) .On voit affirmer  que la France n'a pas une culture du patchwork,  ce qui n'est pas faux, mais c'est surtout conservation, transmission et étude de ces oeuvres en tant qu'objets d'art abstrait (et non pas seulement populaire) qui fait défaut. La pratique elle existait bien ! La preuve! (cf l'article sur le livre Mosaïques d'étoffes)

 

mosaiques-detoffes-001.jpg

A noter que le Sud de la France  connu surtout pour le boutis et le piqué marseillais ,  recèle quelques trésors d'assemblage notamment des hexagones et  également, en Corse les centupezzi   que la quiteuse Anne Marie Voigt Vincentiguerra a fait connaître.

Et le souhait aussi que tout ce qui se crée à notre époque dans ces "genres" nullement obsolètes, soit répertorié,indexé,  conservé et étudié et non finir en chiffons .

 

 Si pour les géométries repertoriées et inventées par les américaines, il existe bien sûr une pléthore de livres; essentiellement pratiques  . L'encyclopédie de  Barbara Brackman, sur laquelle repose le logicie  Block base (dont je ne cache pas qu'il est une de mes sources d'inspiration ) est une des plus complètes . A noter que bien, sûr , beaucoup de ces dessins existaient depuis la nuit des temps il suffit de consulter un livre de motifs pour s'en convaincre. Mais les noms choisis  qui font allusion à la vie quotidienne ou à l'actualité politique ont contribué à insérer ces motifs dans une culture. Chose qui en France, ne s'est jamais produite pour la raison simple que notre beau pays aime bien dévaloriser les uns pour élever des podiums  aux autres et que la scission Beaux arts / arts appliqués sévit toujours qui interdit aux seconds d'avoir droit à des études comme étant nés d'une imagination, d'une démarche cohérente venue d'un individu "artiste".

  Ainsi Le collectionneur Jonathan Holstein venant en France exposer ses "Abstract designs in American quilts" ,dans sa relation de l'aventure, souligne qu'il n'a eu droit qu'aux musée des Arts décoratifs (l'effet ghetto !) alors qu'aux USA il avait réussi à convaincre le "curator" du Whitney Museum de la valeur esthétique et expressive de ces oeuvres. Outre le livre sur le sujet dont j'ai fait un compte rendu lisible sur  ce blog, on peut avoir sur ce lien une idée de ce que fut cette exposition, capitale dans l'histoire ce la reconnaissance de notre art.

Reconnaissance qui malheureusement est restée pour diverses raisons très limitée  dans le temps et  ce que je nomme "la corporation". Hors des milieux spécialisés, personne n'en sait rien.  A  art dit  mineur pour ne pas dire minable, pas d'histoire universellement partagée ! Juste des essais de percée non transformés !

J'ajoute avec fermeté qu'en France il y a eu malheureusement fin 90 et début des années 2000 cette scission entre les géométries "nobles" et les autres . Donc relégation des secondes au profit des premières. Bref , il fallait faire des surrfaces qui ressemblaient   à ce qu'on voit dans les vrais arts et surtout pas que ça ait l'air "trop patchwork", comme on m'a dit mille fois cgez les artistes se voulant novatrices (rien de tel que de ringardiser un courant ou un genre pour s'affirmer original ! )  ..  Et aux USA, même si c'est plus ouvert , certains historiens du quilt soulignent cette scission (tout le monde l'admet sans la mettre en  cause dans les milieux patchwork et art textile )  .D'où le terme art quilt , apparu dans les années 90, s'opposant au soi disant traditionnel qui lui donc ne serait pas de l'art côté Beaux-arts.  Et je montrerai par l'analyse d'un livre, à la fin de cette étude,  combien cette scission est contestable et peu rigoureuse .Mais pour le moment penchons nous sur les différentes formes de géométries utilisées dans quilts et patchworks.

 

 

(à suivre)

Broderie : perfection ou expression ?

Je me suis intéressée pas mal, ces derniers temps à la peinture à l'aiguille .

 En français ce terme désigne surtout des broderies très réalistes -ou très normées-  réalisées au point de passé empiétant ou empiété (long and short stitch en anglais , parfois aussi désigné par l'expression silk shading .)

Encore que le passé empiétant, ce soit souvent expliqué très dfféremment du long and short stich donnant un effet de relief en faux semblant dont j'ai déjà parlé dans la broderie en relief .Dans les livres et revues avec lesquels j'ai appris, enfant, les points étaient imbriqués de la façon qu'on peut voir sur ce lien par exemple :

emprunté à  un site de brodeuse , mais on trouve ce schéma un peu partout. Toute personne qui a réalisé des  napperons "banals"  le connaît.

Donc  une ligne de démarcation se voyait , ou bien on dépassait un peu sur le rang précédent, entre deux points  mais toujours à la même hauteur.

 Or dans la peinture  à  l'aiguille un rang mord, parfois largement, dans le précédent  et le départ des points dès le second rang s'échelonne de manière à créer justement une impression naturelle, sans démarcation . de plus, pour les oeuvres complexes, on travaille avec plusieurs aiguilles de manière à pouvoir mêler les nuances sur un même rang. Et avant de se lancer il existe un travail préalable qui consiste à prévoir l'orientation des points , la répartition des valeurs et couleurs ,  -c'est le plus difficile pour les formes complexes notamment volutes,  drapés et visages - , de celle-ci dépend l'effet  de lumière sur la surface réalisée, et le relief .

Au passage si vous voulez un cours d'entraînement gratuit et très bien fait je vous renvoie une fois de plus sur le site de Mary  Corbet, brodeuse émérite.

 Il y a dans ce domaine de grand( e)s artistes (je vais en oublier) : les liens renvoient sur les sites respectifs. La plupart ont écrit aussi des livres .Je ne suis pas autorisée à publier des photos de leurs ouvrages , mais je vous invite à cliquer : cela en vaut l'effort !

 La française Jocelyne Kurc, meilleure ouvrière de France,  dont je n'ai malheureusement pas pu me procurer les livres (au passage si vous vous débarrassez des vôtres je suis preneuse!) , La sud africaine Trish Burr (à qui va ma préférence pour le côté très didactique de ses livres)., L'anglaise Helen  M. Stevens qui use d'un point sensiblement différent du passé empiétant qu'elle appelle opus plumarium   inspiré  du point de Kensington -ce lien fait le point si j'ose dire sur le sujet-    L'anglaise   Sarah Homphray diplômée de la Royal  needle school   qui a écrit un livre traduit en français , remarquable pour son étude des valeurs , à partir d'une photo noir et blanc du modèle couleur.Je ne cite ici que les personnes qui créent la broderie, pas celles qui exécutent leurs modèles, même si j'en salue l'exploit... dont je serai incapable, sauf à passer ce qui me reste de vie à m'y entraîner, et encore ...

Sans oublier les chinoises qui sont maîtresses en cet art difficile  Je ne citerai  que Shao Xiaocheng et Xiao Yao qui ont écrit un livre sur le sujet  fort bien conçu .

Différemment et proposant des sujets figuratifs on trouve des artistes comme Emily Tull : là les points échappent à la perfection normée pour montrer tout autre chose.

Et en enfin découverte réclmmment l'oeuvre impressionnante de  Cayce Zavaglia

D'aucuns ou d'aucunes seront plus admiratives de telle manière de "peindre" humains, feuillages, animaux, paysages.

Je rappellerai aussi  l'oeuvre de Marie Monnier qui est une véritable peinture à l'aiguille à la fois figurative et symboliste et d'une perfection ..expressive , qui échappe à elle-même, si je puis dire ...la perfection technique est oubliée derrière le rêve, la puissance émotionnelle de tels tableaux ...Il est vrai l'artiste avait  aussi une maîtrise totale du dessin d'art.

Et on peut aussi user d'autres points que le passé empiétant pour peindre à l'aiguille témoin l'oeuvre , au point de Beauvais, de Caroline Roussel .

 Au terme de quoi je regarde mes propres broderies comme étant par comparaison totalement imparfaites. J'ai tout de même réalisé dans les années 1990  quelques broderies d'oiseaux  "passables" d'après photographies ,sans formation aucune avec maître diplômé, ni livres spécialisés, ni tutoriels sur internet, comme aujour'dhui .. ..Je ne le renie pas, même si aujourd'hui je m'y prendrais sans doute autrement pour le faire.

 

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 J'admire la perfection hyperréaliste , je sais combien de travail il faut pour tenter seulement de s'en approcher,  j'admire aussi la liberté qu'on prend dans sa propre vision de ladite réalité ou de la forme dont on part .

Pour m' y être un peu essayé, je n'ignore pas le difficultés techniques d'une peinture à l'aiguille au passé empiétant sans défaut, mais c'est précisément le côté sans défaut qui ne me va pas ... Je pars en tirant la langue et avec l'idée  de faire quelque chose selon les normes -que je connais- et invariablement, j'introduis des irrégularités . Ainsi cet exercice sur un dessin personnel "à l'ancienne" la fleur bleue était prévue en passé empiétant droit   avec dégradé de couleurs (le silk shading) et puis tout à coup j'ai fait ce qu'on recommande de ne pas faire ... j'ai changé  brusquement la direction des points ..évidemment comme le motif est censé n'être que "décoratif" je n'y ai pas droit, aux yeux des censeurs, c'est  semble une erreur un "poor craftmanship", un niveau pas correct (à y perdre dix points de vie, au moins!)  . Et pourtant ! Est-elle plus laide, moins vivante ainsi ?Je ne parle pas des fleurs oranges pour lesquelles j'ai choisi une de mes manières préférées de remplir une surface ; le point de tige en juxtaposition de rangs. Le tout avec un fil de soie floche de la finesse d'un cheveu ...

 

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 Quand je vais dans un musée côté peinture je m'aperçois que le peintre, lui a le droit de montrer sa personnalité dans la manière dont il use de ses pinceaux  et que la recherche  de la perfection  réaliste n'est pas toute la peinture.... et que si on jugeait des grands peintres comme on en  juge des grands brodeurs  : pas un blanc surface lisse bien remplie sans anicroches ..il faudrait vider les salles de beaucoup de musées et qu'on ne me dise surtout pas "ah mais eux, ils ont droit car Beaux-arts" ! Sinon  je hurle au préjugé nobiliaire dans la minute qui suit . Si eux ont le droit au nom de leur expression et originalité, nous, brodeuses aussi et même en brodant une volute "traditionnelle". Car dans des portraits, nus ou paysages figuratifs on reconnaîtt l'artiste aussi  à sa manière de peindre ..Et même dans toutes les formes qu'il choisit de reproduire , et je repose ici la question du motif-poncif ...n'est(-il que cela ? brodé tissé imprimé c'est poncif peint ça deviendrait de 'art ? Comment pourrais-je le croire ?

Un  motif d'étoffe peint par Klimt et par Matisse est-ce tout à fait pareil ?   Et par un impressionniste ?Alors rendu par un brodeur ce même motif serait tenu au perfectionnisme rigoureux sans bavures ? C'est un point sur lequel je n'ai guère vu d'interrogation puisque la broderie à partir de motifs traditionnels est classée artisanat et non art, et c'est là tout le problème .  Pourquoi donc les brodeurs  eux-mêmes tiennent absolument à ce degré de perfection et de maîtrise dans les formes dites décoratives alors que le seul moyen de les faire s'échapper vers une expression personnelle, et de les sortir du "joli-décoratif- pncif" c'est précisiment de permettre à l'aiguille comme au pinceau d'y apposer sa marque ? Donc forcément l'irrégularité , si elle est voulue, ou marque d'un tempérament  ... ...La régularité c'est précisément  le contraire  : des points qui vont ressembler à s'y tromper à la fois à ceux d'une machine , et à ceux d'une autre personne maîtrisant le geste de façon quasi mécanique . Le résultat certes est époustouflant ... on peut aller jusqu'à dire que c 'est le summum d'une conception de l'art que de s'effacer ainsi derrière la réalisation parfaite  pour rendre le "vivant"  . Je l'accepte : pour les autres, si c'est leur choix ! On peut avoir d'autres approches .

 

Lorsque je brode  à partir de mes propres dessins ou photos j'aime, par exemple  qu'il y ait de la texture du relief de la "pâte" , de la "patte" aussi le tout lisse de la peinture à l'aiguille à un fil de coton ou de soie n'est pas mon choix , forcément. Tout simplement parce que pour moi l'art textile n'est pas fait que pour le regard , mais aussi pour le toucher. J'y reviens toujours .

Ainsi dans le tableau abstrait nommé Coulures j'ai usé de points qui évidemment peuvent paraître grossiers en considération  de ces merveilles faites à la loupe et calculées au millimètre près  ..pour une surface sans défaut, sans aspérité, sans rien qui accroche..

 

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et le triptyque aux pavots qui a été publié par Brodere d'art , est aussi une autre manière de peindre à l'aiguille :

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Et il faudrait que la broderie, comme le patchwork, accepte cette liberté-là  du "coup d'aiguille" et même pour les motifs classiques sans hurler à la maladresse ou au niveau médiocre. La médiocrité est à mon sens aussi et tout autant  dans la manière étriquée et conventionnelle des critères d'appréciation  Lesquels motifs peuvent être vus comme des écritures, des symboles... ou des formes expressives qui précisément ne peuvent l'être qu'en s'évadant du "normé".

 

Je m'explique : , si je calligraphie un texte je choisis d'effacer la personnalité de mon écriture pour des pleins et des déliés  normés aussi parfaits que possibles ressemblant à d'autres pleins et déliés . J'obtiendrai une écriture sans marque de ma pmersonnalité, normée, parfaite. C'est un art,et diffcile techniquement ,  certes le même que celui de la brodeuse qui réalise une volute en peinture à l'aiguiille avec points rendant pile point le mouvement et le volume .Ce texte s'il est de moi fait que je suis aussi écrivaine (mais ça n'influencera pas forcément  la calligraphie normée  qui est indépendante du sens, donc de l'expression).  Je peux aussi l'écrire de ma propre écriture, celle qui révéle ma personnalité . Ainsi devrait-on faire avec les  motifs de broderie qui non ne sont pas que jolis-décoratifs, mais ont porté souvent des symboles, à travers les siècles  et ne pas obliger à la "calligaphie" obligatoire avec eux, qui a pour visée tout autre chose, sinon, ce serait une "incapacité " technique . Certaines brodeuses sont, métaphoriquement s'entend, callligraphes admirables , d'autres écrivaines à l'aide de motifs . Si on veut voir  les motifs juste comme du parfait à "chiader" en les interprétant ou si on les considère comme un moyen de dire, de se dire : tout est là . On peut être les deux, calligraphe et écrivaine mais cela devrait demeurer un choix et pas une façon d'évaluer, d'exclure ...Une oeuvre s'apprécie ou devrait s'apprécier aussi  à sa visée .. car exiger de la perfection technique de qui précisément veut y échapper, c'est condamner sans comprendre et surtout sans ressentir ... c 'est une fois de plus regarder une oeuvre comme on pense qu'elle doit être et non pas comme elle a été conçue..C'est sur ce point que j'invite à une réflexion ...

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