Réflexion-débat-questionnement

  • Le bien écrit , le bien brodé, le bien cousu

    Pour moi , qui manie le stylo et même la plume (les célèbres sergent-major!) (-aujourd'hui  le clavier) et l'aiguille depuis mon plus jeune âge ... je me suis heurtée souvent à ces jugements : bien-mal écrit bien-mal cousu ou brodé ....

     Le  "bien écrit"  visait autrefois, à l'école  l'aptitude à maîtriser une écriture cursive - calligraphique- les modèles de mon institutrice en attestent : pleins et déliés parfaits . Pour moi enfant qui apprenait,  l'image même de la perfection normée . Avec déjà cette tentation d'y tendre, cette certitude de ne jamais y parvenir et une tendance exactement contraire qui me poussait à écrire selon mon tempérament.

     

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    J'en ai écrit aussi dans mon premier récit long La Demeure Mentale :

    " Dans le cahier, le domaine des majuscules demeura longtemps inexploré. Une main experte -celle de l'instituteur de Pierre, sans doute- les avait calligraphiées.  Mes essais maladroits ne pourraient jamais, j'en étais pathétiquement certaine, atteindre l'admirable perfection des pleins et des déliés magistraux. Pendant plusieurs semaines, accomplir cet exploit devint mon unique but. J'étais persuadée que leur achèvement m'était interdit ; il représentait cependant pour moi le summum de la beauté. Cette distance leur conféra le prestige et les grâces des princesses lointaines, inaccessibles et emmêlées dans les souples méandres de leurs boucles sobrement nouées."

    J'ai manuellement une écriture difficile  à lire-sauf si je ralentis mon rythme et m'applique- cela vient du fait que ma pensée va très vite et que si je ne suis pas sa vitesse je perds des idées en route . Je tape trop vite (je parle trop vite aussi) aussi ce qui provoque des fautes de frappe nombreuses -dont je vous prie de m'excuser  d'autant que fixer les écrans m'étant difficile, je les vois de moins en moins. Je corrige  chaque fois que je repasse ici.

    Il ya ce  "bien écrire" calligraphique et aussi ce  "bien écrire" qui consiste à respecter la syntaxe et l'orthographe (ce qui n'est pas la même chose du tout) . Les fautes d'orthographe grammaticale entravent beaucoup plus la compréhension d'un texte que les lexicales. Je suis  indulgente aux réels dyslexiques, je le suis moins aux je m'en foutistes et aux "j'écris pour ME comprendre, MOI" .Le langage n'a pas pour fonction essentielle de parler à son nombril ou entre ceux qui sont du club ou clan aux dépends de ceux qui n'en sont pas .Certes la fixation et la normalisation de l'orthographe  est historiquement discutable à l'infini, elle a permis   tout au moins d'avoir un code commun.

    Le écrire bien "sans fautes" n'est du reste pas si aisé, même aux spécialistes et c'est pour quoi j'ai accepté quand l'éditeur Jacques Flament  m'a demandé d'extenser ma chronique de langage en livre .

    .  Aucun écrivain ne confondrait ces arts de "bien écrire" celui qui touche à la calligraphie et celui qui touche à l'orthographe(toutes deux qualifiées parfois jadis de "sciences des imbéciles"  avec  l'intérêt littéraire d'un texte .

    On m'a souvent dit , à cet égard , côté lecteurs et lecteurs de différents  milieux et goûts, à cet égard, que "j'écrivais bien" ,  . Côté édition-quand  c'était lu! - c'était plutôt considéré comme une qualité trpp "scolaire" trop "conformiste".  (trop bien écrit" trop classique, quoi !) Qui croire alors ? Beauoup de personnes, ne se connaissant pas entre elles, ayant des goûts littéraires différents et même franchement antagonistes. Certaines tout à fait "autorisées" à en juger. Je ne sais pas ce que ce "bien" recouvre, mais j'ai eu le sentiment de la reconnaissance d'une maîtrise de mon outil d'expression pour faire coIncider au moins un peu la forme et le fond ce que j'appelle "exactitude", "justesse" . Et je comprends le  recours  aux autres langues, dialectes y compris quand la langue commune fait défaut ou aux inventions de mots .

    Chose que je  pratique aussi en art textile. car pour moi c'est un langage textile plus qu'un art textile que j'entends exercer . J'assemble et je brode les tissus comme un autre langage , poétique le plus souvent, je l'espère . Narratif parfois (l'un n'exclut pas l'autre) . Or ce langage n'est ni étudié comme tel, ni reconnu  il passe par les sens mais aussi par les symboles  il se "lit" il propose tout comme un texte écrit -ou une oeuvre graphique plusieurs niveaux de lecture ou d'appréhension, si on veut ... Et je me sens un peu seule, à cet égard, parmi ce que je nomme "la corporation" . Si on veut en savoir davantage lire le bonheur en lisière .

     Mon premier art pratiqué fut la broderie , si proche du geste d'écrire . Il existe des milliers d'oeuvres associant lettres et textiles ; abécédaires, monogrammes, marquoirs -noms ou initiales brodés sur les vêtements pour les reconnaître , à une époque où on déléguait ce soin à une blanchisserie -Samplers , ces recueils de motifs que j'aime particulièrement car ils allient justement mes deux écritures : celles avec mots et lettres et celles symbolique des motifs .

    Ce que je regrette, en  broderie c'est précisément la perfection formelle érigée en dogme . En manière d'éliminer.J'en ai parlé dans cet article

    qui consiste précisément à confondre l'écriture calligrahiée et l'expression personnelle par le motif brodé.

     Pour les lettres ainsi on a le choix entre une écriture impersonnelle et parfaite   comme celle que j'ai choisie pour la lisibilité des textes :

     

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     ou sa propre écriture personnelle  très imparfaite pour la mienne mais qui montre caractère et tempérament ce qui fut mon  choix pour le Chant des couleurs.

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    Dans les deux cas ce choix n'était pas d'obédience à une quelconque perfection technique "obligatoire" , mais de significatIon .

    Pourquoi la broderie serait-elle juste un art de perfection formelle où s'effacerait l'âme le coeur les sensations de qui brode ? Une broderie parfaite ne reflète que cette peerfection certes difficile à atteindre , avec  derrière un relent d'abnégation, d'effacement de soi,admirable certes, mais hélas,  si souvent prôné aux femmes pour les maintenir dans leur rôle social d'inférieures aux hommes surtout  côté Beaux-arts, et ne pouvant donc s'illustrerqu'en manifestant ces vertus . Ce qui, certes, n'est pas méprisable  mais tend à enfermer dans l'admiration de la technique aux dépends de la vraie création.  'Un kit parfaitement réalisé ou un modèle copié intégralement ,  sur les réseaux sociaux est plus admiré qu'une création authentique où les points seront  volontairement moins normés, et expressifs donc .

    J'aimerai qu'on    y réfléchisse, vraiment . Si on assimile, déjà , en valeur artistique, la copie d'un modèle à la création - on fausse le jeu.

    C'est idem en patchwork , côté bien cousu ,surtout si on a un point de départ dit traditionnel (quand il n 'est qu'un choix esthétique je n'ai jamaiis eu le désir de perpétuer une tradition !  ! ) Ainsi j'ai découvert assez vite que si on use des "blocs" -ces carrés répertoriés on n'a pas droit à l'erreur, tandis qu' avec un dessin dit "personnel" là on a tous le droits, même si ce dessin est d'un simplisme volontaire .Or je fais les deux, Et je refuse qu'on  m'assigne au seul "bien  cousu" dans le premier cas .

    Ce que  je voulais  aussi et veux toujours c'est cette écriture par les motifs réassemblés, les formes et les couleurs. eventuellement le matelassage -mais sans qu'il soit une obligation . Autant vous dire et je l'explique dans mon livre Jeux d'étoffes et aussi dans cet article ., que si  je suis entendue, j'ai toujours eu l'impression que c'était un peu façon "laissons-là causer c'est son dada ' . Ce n'est pas un dada mais un questionnement sur  mes arts .

    Ma vie ma passion .  pas un passe-temps.

     

     

     

     

  • sites de broderie contemporaine et réflexions adjacentes

     

    J'aime observer en broderie comme en patchwork , comme dans toutes les valences de l'art textile actuel , les tendances de mes contemporaines , voir comment notre art évolue . Pas pour copier ou imiter, mais pour savoir, tout simplement . Parfois admirer parfois rester un peu plus critique  ; je réfléchis beaucoup moi-même à ma pratique, même si -je le redis une fois de plus- n'étant ni professionnelle ni brodeuse de loisir , ni traditionnelle, ni contemporaine selon les critères imposés, je ne me situe nulle part dans le paysage. L'oeuvre des autres nourrit cependant mon imaginaire,  j'ai ce besoin quoiqu'hors-jeu hors piste et bientôt hors service , d'être reliée au "ce qui se fait" .

    J'ajoute je n'ai pas la prétention d'être exhaustive , et je centre ici sur ce qui est présenté comme broderie .

     Je signale d'abord le site Le temps de broder , qui en dehors de cette page de présentation de brodeuses, comporte maints articles très intéressants et parfaitements documentés (avec reconnaissance des sources -ce qui est à saluer !) .

    Parmi les brodeuses présentées dans ces portraits , je salue au passage le tandem Beaney-Littlejohn , qui a tant appris aux contemporaines françaises du début des années 2000 à une époque où innover  c'était  surtout importer -sans toujours le dire- des techniques pas encore connues de celles qui n'avaient pas internet ou lisaient mal l'anglais.  Leur travail m'a souvent fait rêver,  leur sens des matières surtout et des couleurs et des textures pas encore mises à toutes les sauces , j'ai lu leurs livres avec intérêt,  je les relis souvent pour le  plaisir  des yeux et de l'esprit , je leur dois sans doute beaucoup à cet égard , quoique je reste une brodeuse main . On pourrait y ajouter dans la même mouvance Maggie Grey et la regrettée Valérie Campbell-Harding . Elles ont contribué à faire connaître notamment le travail  du "layering" qui consiste à travailler en superpositions . Sans oublier Gwen  Hedley  dont le livre  effets de matières  broderie créative a pas mal inspiré nos artistes il y a déjà  presque 20 ans .

     

    Ce site peut compléter  ces tentatives de "sortir la broderie" de ses cadres et de ses liens et donne un aperçu de brodeuses qui sont artistes parce qu'elles ont une "démarche"  -à la différence des indécrottables traditionnelles  qui s'appuient sur ce que fut depuis tous les temps la broderie   et même avant l'existence du tissu quand on brodait sur peaux de bêtes ou écorce par exemple . J'ironise un peu , certes, mais certaines démarches justement dont je veux bien saluer l'exploit, l'effort et le caractère d'innovation  puisque c'est le maître mot ... à bien y regarder s'il y innovation sur le support ( pierre, bois parfois, grille de jardin seau percé etc .. pour le point compté, ou body art)  en broderie , au niveau des points , des fils et autres matières , j'éprouve comme un manque . ça ne me comble pas .

    Cette affaire de support qui donnerait  une sorte de supériorité  et de l'imagination me laisse un peu rêveuse . Je note qu'en point compté notamment que ce soit sur grille métallique ou seau percé, les motifs ne brillent pas par leur nouveauté, eux . On me dira que c'est voulu .  Moi je crois que c'est la limite de ce type d'innovation et de ces choix : on se fait remarquer par l'insolite mais ensuite -on est souvent bloqué par les possibiltés limitées des points et des fils sur ce type ce support .  L'art serait donc uniquement dans l'exploit technique ? ou le "je fais ce qui n'a jamais été fait avant moi " . On est toujours un peu dans l'optique de dénaturer un art (une brodeuse du premier site  dit "déconstruire" mais elle ne déconstruit rien, elle change juste le support !) . En fait  ce qu'on fuit c'est toujours la ressemblance avec un art domestique et dit "de loisir"  qu'on veut éviter, comme la peste.

    Le summum du support qui vous sort du lot c'est peut-être la démarche de l'artiste  Eliza Bennett. qui brode sur les épaisseurs superficielles de sa peau (sans se faire saigner)  J'ai noté d'autres démarches analogues,parfois un tantinet plus gores,  je ne saurais dire qui a commencé et est "la première" .  Certes je salue la démarche, l'exploit, le courage , mais là encore cela met un tantinet mal à l'aise .  Je ne condamne rien - qu'on me comprenne l'art est libre- mais mon opinion l'est aussi. J'attends la brodeuse qui saura broder sur des nuages ! ) . -et je rappelle qu'on brode déjà sur des oeufs depuis fort longtemps -ou plus récemment sur des feuilles.

    Que cela ne rejette pas comme inférieures toutes celles et  ceux qui restent fidèles aux supports "classiques" et aux fils habituels : il y a tant encore à chercher avec eux !

    J'ajouterai que changer un matériau ne demande pas une profondeur d'esprit ni des visions personnelles particulières , on a vu aussi ce phénomène au niveau de l'art du fil où  tout a été testé dans ces courants novateurs sauf le fil de gruyère (et encore je n'en jurerai pas!).

    Si on veut : j'aurais pu broder mes archives du Nord en perçant des boulets de charbon et en passant des fils au travers, je présume que cela aurait paru plus génial que ce que  j'ai fait . Malheureusement  pour moi j'ai des compétences en broderie pas en maniement d'une perceuse sur matériaux autres.   "Il y fallait un calculateur  ce dut un danseur qui l'obtint" dit Beaumarchais.

    Ce qui m'amène à des recherches toutes aussi actuelles mais qui me ravissent et m'enrichissent les yeux et l'esprit bien davantage,

    Je voudrais mettre en lumière une autre brodeuse Clémentine Brandibas, rencontrée sur Facebook , dont j'apprécie les surfaces, et qui restant fidèle à des matériaux jugés par d'autres obsolètes  bâtit ses univers "organiques"qui dégagent pour moi une magie particulière,  , et prouve qu'on peut créer de manière personnelle et authentique sans pour autant abandonner l'essence de son art . J'oserai dire  : ça rassure la vieille dame que je suis que la relève soit si bellement assurée .

    J'aime aussi beaucoup dans un tout autre genre les oeuvres de Karen Duane  qui s'appuient très étroitement sur des savoirs anciens mais les renouvelle par une utilisation particulière .

    Je signale aussi la plus connue Nadja Berruyer   qui pratique la broderie de Lunéville avec un art consommé . LE DVD sur sa pratique est un moment de joie absolue et de passion partagée . (Brodeuse les monstres et la babayaga)

     Il en existe bien d'autres que j'ai déjà citées dans mes articles sur une technique particulière (peinture à l'aiguille, broderie en relief , tapisserie à l'aiguille ) .

    Il faudrait parler aussi de la vogue dite du "slow stitch  "qui est un retour au geste main  avec improvisation "méditative" -si on médite c'est tout de suite une plus-value ... où ma foi on trouve un peu de tout ... avec une orgie   de faux boros ou pseudo kanthas .   La recette est simple vous prenez trois quatre bouts de tissus effrangés  en préférant les tons neutres,   vous superposez partiellement  vous les fixez avec des points simples le point avant étant le favori toutes catégories confondues .Comme en toute technique la réussite dépend de la richesse des mondes intérieurs de qui crée pas  des modes et des procédés .

    Mais le faire saisir reste toujours difficile !

     

     

     

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  • Impressions , motifs, langage : une autre lecture des patchworks-quilts

    Etant classés objets décoratifs -utilitaires les patchworks   ou quilts géomtriques à base de motifs régulièrs sont rarement analysés pour ce qu'ils sont d'autre !  C'est à dire des surfaces dans un art particulier, qui pourrait s'étudier  -si toutefois l'art d'assortir les étoffes imprimées n'était pas, précisément évincé des recensions de la sorte puique non-art aux yeux de la plupart (occupe doigts,  loisir, hobby etc .).

    Je voudrais évoquer ici une élaboration qui n'est pas de "couture" ni  de divertissement pour passer le temps. Mais un travail spécifique à un art.

    Au départ donc une composition  

    Cette composition je l'ai souvent préférée géométrique, justement pour permettre d'autres lectures . Un foisonnement dans un foisonnement ça se remarque mal tandis qu'un foisonnement dans une structure stricte parle tout autrement . C'est donc un choix d'expression personnelle, non un choix "pour faire du traditionnel" .

    Il y a un premier jeu de lignes et de bâti . J'aimerais qu'on le regarde comme un plan d'architecte ;  par exemple le carré de base nommé "bloc"  peut se modifier par ajout ou suppression de lignes , se déformer, être utilisé avec des tailles différentes , être associé à un ou plusieurs  autres, étiré, inclus dans un cercle, un cadre , disposé sur la pointe  ...  Par exemple je peux partir de ce "bloc" qui ,on l'accordera est simplissime ,   c'est juste un point de départ :

     

    Bloc demo

    Avec ce bloc j'ai construit ce plan -ce qui est déjà, j'espère qu'on me l'accordera, un travail personnel, non négligeable et d'autant moins qu' à ce stade on le pense déjà parfois  et en couleurs et en textile et en faisabilité "couturière" :car tout cela devra être mis en oeuvre pour obtenir ce qu'on appelle un patchwork ou un quilt (si c'est matelassé )

    Plan quilt demo

    Mais très exactement avec le même point de départ , j'aurais pu tout aussi composer ainsi et je vous épargne les dizaines d'autres possibilités .

    Demo plan quilt 2

     

     

    Ce plan en lui-même n'est évidemmet qu'un guide, une structure, une armature .Ce n'est pas un art textile en lui même on pourrait très bien le peindre ou faire une mosaïque un vitrail ou une marqueterie. Ou du papier collé.
    Il va falloir ensuite le faire vivre  d'étoffes. Je dis faire vivre  pas colorier.C'est vraiment tout autre chose.

    Revenons donc à ce qu'est le patchwork depuis ses origines quand il est textile . Il est assemblage de tissus différents.Il a toujours eu ces deux valences quasi contradictoires : celle de récupérer des étoffes pour les réutiliser à une époque où le tissu coûtait très cher , l'autre étant au contraire de montrer la richesse ( "je suis riche puisque je peux m'offrir plusieurs étoffes souvent précieuses pour faire mon vêtement.) .

    Ambivalence sur laquelle déjà on n'a guère réfléchi ", le côté récupération étant tendance actuellement  pour faire à la fois "arte povera" et ecolo . En réalité une grande majorité de quilts est aujourd'hui faite avec des tissus spécifiques spécialement "créés pour l'usage", l'aspect commercial par derrière n'est pas négligeable, mais  c'est surtout l'idée de "lavabalité" et de facilité à ajuster les montages délicats de cet art . Il existe maints designers qui créent des gammes en fonction des kits ou modèles qu'ils vendront et qui seront imités à x  exemplaires  ce qui n'aide evidemment pas à un regard sur la création originale de celles qui ne font pas ainsi et ont des tissus assemblés un tout autre abord. Ce qui est mon cas .

    On peut user de tissus unis et dans ce cas , cette architecture simple et les couleurs qui vont parler- . J'ai une grande admiration pour les quilts  gallois,  Amish et ceux  des Modern quilts  unis , simples sans tomber dans le simplisme ou le procédé.

    Mais pour moi dans ces quilts si le graphisme du plan et couleurs et valeurs  parlent, le tissu se tait ou presque ;  en papier on aurait quasi exactement le même effet . On en voit tout juste le tissage souvent discret comme dans tous les calicots fins "spécifiques" ou les lainages fins. Sur ces quilts qui en sont à proprement parler (quilter veut dire matelasser) c'est les motifs de matelassage qui jouent le rôle de seconde lecture graphique .

    J'ai rarement travaillé avec des unis seuls, sauf quand ils comportaient une texture particulière dentelles par exemple la texture offrant des touchers différents , et des dessins visibles comme par exemple dans ce  patchwork dentelles décalées où la variété des textures a remplacé celle des motifs. La lecture de ces 'signes" tissés  reste cependant plus tactile et moins visuelle que dans l'usage des imprimés .

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    Quand y ajoute les motifs sur les étoffes on choisit ses étoffes comme une sorte de vocabulaire . Les motifs m'ont toujpurs fascinée  , quels qu'ils soient. Sans me soucier des règles du bon goût ni  de l'esthétique souvent enseignée justement dans un but décoratif, je les ai toujours  élus par rapport à que moi je voyais et voulais signifier avec eux . Sans me soucier du reproche de 'trop chargé" qui évidemment n'a pas manqué de m'être fait . Mais une forêt n'a jamaiis trop d'arbres, un jardin trop de plantes et un texte trop de mots .Donc mes surfaces n'ont pas pour moi "trop de tissus, tropd de motifs trop de couleurs".

    de plus j'aurais trouvé ennuyeuxd'assembler vingt fois le même carré avec le même tissu au même endroit ou un tissu analogue, ce que  je voulais c'était justement que ces motifs contruisent quelquee chose,de particulier qui corresponde à une vision en moi . En plus des couleurs et valeurs (on me dit bonne coloriste cependant) mais la couleur pure sans cette forêt de signes, ça ne m'allait guère.

    Pour montrer qu'on pourrait lire les quilts ainsi aussi j'ai donc passé certains détails en image numérique façon "sketch" . On voit bien que le plan initial seul ne parle pas , et que même en l'absence des couleurs les motifs eux tracent tout un réseau de codes, de correspondance sans  eux mes quilts seraient des quilts mais ce ne serait pas ma voix ni ma voie c'est eux qui la portent et c'est aussi ce qui différencie le plus mon art le patchwork des autres arts de mosaïque  et evidemment de la peinture . Il faut aut que ce soit lisible de près et de loin il faut que chaque découpe puisse se lire come une page.C'est ce que je veux, c'est ce vers quoi je tends. Pas vers un joli travail avec de jolies couleurs .Choix de guillaume motf detailIci le choix de Guillaume dont le plan a tététracé par mon second fils quand il avait huit ans , vu  sous cet aspect(en couleurs il est dans l'index)

    ou encore ce  Feuilles en folies :

    Feuilles en folie detail motifsLà les motifs de feuilles et branches imprmées créent des motufs secondaires en écho aux feuilles "géométriques" et si on regarde ttentivement on verra que les lignes de matelassage réalisé par Simone Struss ajoutent cet effet de tourbillon de vent que j'avais souhaité .

    Il est donc pour moi ou plus exactement il serait important pour moi (et sans doute quelques autres) qu'on apprenne à regarder cet art méconnu pour ce qu'il est :  un art où les tissus jouent de tous leurs atouts , l'impression des motifs en étant une et non négligeable ; surtout quand on essaie d'harmoniser une variété consdérable de motifs en plus des couleurs et nuances .

    Car évidemment tout cela va jouer ensemble : le choix du plan initial , le choix des textures -s'il est signifiant, les couleurs, les valeurs (qui sont ce qu'on regarde le plus forcément) et mes chers motifs et leurs combinaisons, les oubliés de l'histoire. 

     

  • Valeurs

    Histoire de valeurs
    C’est en étudiant l’histoire de l’art textile que cette idée m’est venue.
    Tout le monde l’a constaté et des plus savants que moi un art qui émane essentiellement des femmes –et parfois du peuple (les deux c’est une double peine !) - ne peut être prestigieux,, réellement reconnu. On lui concède cependant des qualités ; lesquelles sont liées toujours à une vision de la féminité bien rangée à la place qu’on lui attribue : soin , patience, jolie décoration, manifestation d’amour envers les siens, souci d’économie (ne rien gaspiller).
    Toutes vertus qui sous la déferlante du féminisme ont été contestées. Justement, s’il s’agit d’y enfermer les femmes et de borner leur rôle dans la société à ces seules valences. Injustement s’il s’agit de dévaloriser ce qui aurait dû rester des valeurs et ce, détachées du genre de qui crée ou conçoit .

    Donc dans cet art textile tel que je l’ai vécu et le vis encore , je vois les hommages et les plus grandes reconnaissances à aller soit aux hommes qui sanctifiant automatiquement ce qu’ils touchent (grands brodeurs, grands couturiers )ont plus d’aval que la créatrice restée anonyme ou oeuvrant à faire des « modèles pour les autres » en petit en somme, soit aux femmes qui imitent les hommes et ont l'honneur d'être aux Beaux-arts. C'est à dire dans un système hiérarchique patriarcal accepté dont le reste est exclu ou toléré avec condescendance, sauf retour d'une mode .
    Or si on considère les œuvres en les détachant du genre de la personne –en les regardant pour ce qu’elles sont et non selon qui les a créées- on s’apercevrait à quel point c’est injuste.
    Mon site comporte maints articles qui le démontrent (et ce n'est pas fini !)
    Le même phénomène existe aussi en peinture, mais moins accentué car la peinture reste le plus souvent connotée Beaux-arts et non domestique , sauf si le peintre homme ou femme a le malheur de pas user d’un support « noble » comme toile et châssis. La même chose sur une porte d’armoire pfft c’est dévalué .et là la valeur ne tient pas à l’œuvre mais au support et à l’usage (on voit bien que c’est aussi absurde que ridicule, mais c’est)
    Soit en imitant les arts définis comme majeurs sculpture et non surface, usage de matériaux comme fil de fer etc qui masculinisent la divine souplesse du tissu (à laquelle moi j’ai la faiblesse de tenir : roseau contre chêne et même contre chaînes , horizontalité souple et non forcément molle et faible contre érection ) ou plus exactement :" à côté de", n’étant ni plus, ni moins mais questionnant ces critères d'évaluation admis.
    Au-delà, j’ai réfléchi aussi à cette phrase de la sociologue Evelyne Sullerot : “quand une tâche se féminise elle se dévalorise ,quand elle se dévalorise elle se féminise »
    Qui reste malheureusement encore vraie trop souvent.
    Et pour que cela change, il faudrait sinon inverser un système de valeurs du moins déplacer la valeur vers l’acte, le fait, la réalisation et non vers l’origine de cette même réalisation. L’essence pas l'emballage, la présentation, le milieu social, le sexe, l'âge qui sont à l’oeuvre et l’acte critères secondaires passant pour primordiaux .


    J’en suis venue à l’idée qu’on prenait les choses à l’envers et qu’ayant échoué à revaloriser les subalternes, les obscurs et les sans grades, si on essayait de valoriser la tâche en elle-même, de la regarder autrement que comme négligeable, inférieure, méprisable parce qu’exercée par des subalternes, des catégories jugées inférieures en tout cas.
    C’est une logique de castes et nous avons nos « intouchables", partout.
    Prenez les fonctions de nettoyage et d’hygiène pourtant éminemment utiles à tous. Et quand je dis utile, on pourrait comptabiliser combien de vies sauvées …Eh bien le mépris qui les entoure rejaillit sur ceux et surtout celles qui les exercent soupçonnés de ne « pas savoir faire autre chose » que ces choses que tout le monde saurait faire, alors .
    Ce qui est faux, parfaitement, faux . Il existe pour tout activité une compétence à la réaliser et même une excellence
    Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas relativiste extrémiste et j‘entends bien qu’un chercheur qui fait des études difficiles que très peu sont capables de faire et comprend ce que jamais malgré mes efforts désespérés je ne saurais comprendre ne soit pas à mettre sur le même plan qu’un génie du passage de la serpillière.(que je ne suis pas non plus !)
    N’empêche que les deux ont leur utilité, les deux ont droit au respect de leur compétence (et sinon le monde serait un cloaque !) .
    Entre une démagogie qui consiste à dire que tout se vaut et un juste regard sur le : « toute compétence en quelque domaine que ce soit, utile aux hommes, est à valoriser », il me semble qu’il y a voie à réflexion.
    Or, on en est très loin, très loin .
    On pourrait au moins ne pas mépriser les tâches , peut-être lors le regard sur les personnes qui les exerce changerait .
    ça on ne l’a pas vraiment essayé . Un : “OK c’est chiant ,OK on n’aurait pas envie de le faire mais aussi un “ OK bravo à ceux et celles qui le font bien” (avant que des robots le fassent partout – ce qui reste à discuter aussi coût, pollution de ces machines ? )
    Juste mes petites idées de Madame Toutlemonde comme ça.
    (article publié sur  Facebook)

  • Femmes de l'ombre

     

    Livre broderies d artistesTitre / broderies d'artistes

    Intimité et créativité dans les arts textiles de la fin du XIX° au milieu du XX °siècle

    Auteur : Danièle Véron-Denise

    Silvana Editoriale -cité internationale de la tapisserie d'Aubusson.

    2018

    en français

     

    Livre en trois parties après  diverses présentations, une  partie éclaire avec beaucoup de photos  les notions techniques de tapisserie à l'aiguille (ce qui n'est nullement inutile pour qui ne la pratique pas ou de manière dilettante !) et même les brodeuses confirmées apprendront par exemple l'existence du "point de Nantes",Il est à noter que les applications sur étoffes sont rangées-là ... alors que c 'est tout autant sinon davantage du patchwork (j'y reviendrai car ce point me titille!) .Il  est vrai: patchwork et appliqué sont rattachés tantôt à la broderie, tantôt à la tapisserie . Et le mot "patchwork" continuant de susciter des ricanements absurdes, il est évident qu'il vaut mieux, pour l'aura de l'activité "appliqué" la rattacher à la noble "tapisserie" .

    La seconde présente donc les  artistes et leurs  partenaires d'exécution textile  et la genèse des oeuvres est developpée aussi -c'est sans doute à mes yeux, celle qui nous apprend le plus tant elle est fouillée et précise  , parfaitement documentée - comme l'ensemble du livre du reste.

    La dernière est le catalogue des oeuvres textiles  exposées .

    Les oeuvres présentées dans ce catalogue d'exposition sont donc  souvent "duelles"...Il s'agit de rendre hommage aussi  aux compagnes de grands artistes textiles (brodeurs et tapissiers surtout) et de montrer leur importance dans ce travail de l'ombre, si on peut dire, car elles n'ont évidemment pas souvent laissé trace dans l'histoire de l'art autre que fugitive  et "au service" de leur  mari, fils, d'amant ou de compagnon...ou en tout cas elles sont beaucoup moins connues -à part des spécialistes! Et, je souligne, ledit compagnon n'est pas non plus toujours  très connu, non plus.

    Chaque parcous est détaill , de manière extrêmement précise , avec détails sur les techniques utilisées , et aussi la mention d'oeuvres disparues.

    Je ne peux résumer le parcours de tous ces  artistes et de leurs "interprètes"  et j'invite à lire le livre qui est passionnant sur le sujet . Je focalise(arbitrairement!)  sur ceux qui ont retenu mon attention par une opinion ou une réflexion sur l'art textile en duo  qui  me porte à méditer et sur cet art , et sur le rôle et la place et...la reconnaissance surtout des femmes dans un art  moins  prestigieux que la peinture ou la sculpture  notamment .

    Emile Bernard  selon les auteurs broda un peu lui-même réalisa  un tableau intitulé les Bretonneries (en patchwork) IL fit broder  ses oeuvres -à grands points drpits le plus souvent- par ses diverses compagnes : Maria dont le nom de famille est resté inconnu, Haneanah Saati et Andrée  Fort soeur du poète Paul Fort . Oeuvre dont on nous dit qu'elle reste mal connue .  L'article conclut "aucune pièce ne figure dans un musée français" ..Et à voir les oeuvres en question , c'est bien dommage !

    Aristide Maillol (qui fut tapissier et céramiste avant d'être sculpteur ) écrivit : "J 'ai inventé un point très simple (le point lancé! )  de telle façon que je  puis faire exécuter mes tapisseries par les femmes les moins intelligentes "-sic - ! mais il appréciait quand même que ses ouvrières aient été " très jolies". Il abandonna la tapisserie en raison de problèmes de vue et devint le sculpteur que l'on sait ; sa compagne Clotilde Narcis lui servit de brodeuse et de modèle et devint sa femme.
     

      On connaît bien Jean Lurçat pour ses tapisseries tissées, on sait moins qu'il s'intéressa aussi la tapisserie à l'aiguille  en créant des cartons pour "canevas" , sa mère fut l'exécutante de sa première broderie . Il est noté que la tapisserie  à l'aiguille a des exigences propres et justement celle qui l'interprète n'est pas dans la simple exécution (il faut penser la surface en matières et en points sans parler des couleurs qui ne jouent pas de la même façon sur les points que sur de la peinture)   Il semble notamment que Marthe Hennebert qui broda  beaucoup des tapisseries à l'aiguille du maître et  qui fut amie du poète Rilke, puis  l'épouse de Lurçat  ait été bien plus qu'une simple exécutante .Il s'agit bien de donner vie et une vie textile à un carton  qui est un dessin essentiel certes mais il existe une part indéniable de création par points et fils dans le passage d'un art à un autre.

    La compagne de Roger Bissière dite Mousse  -les tapisseries de Roger Bissière sont des patchworks d'appliqués -mais on dit tapisseries puisque le mot patchwork reste, hélas dépréciatif- elle, créait carrément ... en composant avec des étoffes choisies par son partenaire. j'avoue avoir un coup de coeur pour  ces tableaux-là. Et ce sont même les rares patchworks que les musées accueillent , -(il suffit de ne pas  dire  que ça en est et surtout qu'il y ait un grand art exercé comme caution artistique du travail d'étoffes. Le travail d'étoffes seul lui,  surtout si c'est du patchwork, s'avouant tel,   n'est pas considéré de la même façon , surtout s'il est hors courant et intelligentsias.

    Pourtant Bissière lui-même écrivit :" Le tableau qu'il soit à l'huile, à l'eau ou qu'il soit fait d'étoffes, de ciment ou de la boue des chemins n'a qu'une signification  la qualité de celui qui l'a créé".

    J'ajouterai : ou de celles et que les celles en question  ont  été à travers les siècles étellement plus nombreuses à créer avec fils et étoffes pas seulement à reproduire ou interpréter  des modèles  ... qu'on aille y voir , bon sang qu'on aille y voir !

    Dans cette partie Jeanne Kosnick Kloss  Freundlich est la seule a être présentée comme  créatrice "à part entière" encouragée toutefois par son mari l'artiste   Otto Freunlich qui périt en camp de concentration . On la connaît surtout comme peintre , mais elle a  créé dans d'autres disciplines avec bonheur et réussite y compris celui du chant lyrique. Son Apthéose des couleurs est une tapisserie brodée magniqfique.

    il faudrait citer aussi :

    Paul Eliee  Ranson et France Rousseau, Laure Lacombe.

    Fernand Maillot et  Fernande Sévry

    Paul Deltombe et  Yvonne Berthault

    Georges Braque et Octavie Eugénie dite Marcelle Lapré

     Henry de Waroqiuier et Marie Joséphine Louise "Suzanne" Plassard

    Bernard Pomey et Madelene Biardot dite Manon et un dernier chapitre intitulé : et quelques autres (prmmi lesquels Blanche Ory Robin (qui créait seule

    et Sophie Tauer-Arp dont il est dit qu'elle créait tellementet en symbiose avec Jean Arp qu'il est impossible de savoir qui a créée quoi (et sans doute inutile !)

    Et j'en ai sûrement oublié !

    Et on conclut par un chapitre sur le rôle de ces femmes insistant sur leur  qualité d'interprètes  et la part active prise à l'exécution de l'oeuvre.

     Ce livre est  magnifique et il nous apprend énormément sur une partie peu connue de l'art textile..Les photographies sont également de grande qualité.


     Je suis pour ma part  dans une position plus militante ... on le sait.

     J'aimerais qu'un travail soit fait sur les artistes femmes qui créent seules leurs surfaces textiles,  en commençant par une étude des oeuvres qui ne soit plus uniquement histirique ou de technique, mais s'interroge et interroge sur l'expression artistique qui s'en dégage. Il est vrai : très peu de personnes en France   semblent juger que c'est nécessaire et même simplement pertinent ("c'est comme ça depuis des siècles et donc si c'était vraiment un art,ça se saurait"et autres arguments aussi peu fondés .)   Et dans ses parties les plus ignorées (comme le patchwork, la tapisserie à l'aiguille ou la  broderie  de création- création en broderie pas forcément en dessin ! )on en est très loin.

    On est toujours dans l'optique pour être artiste en art textile il faut à côté avoir exercé un grand art (  ou l'execer en imitant les grands arts),  ou encore être la compagne de quelqu'un qui exerce un grand art . Seule dans son coin notre  "anonymous woman" reste niée et dans sa création et dans son expression personnelle, on lui concèdera toujours un bel ouvrage et  :"ah quel travail !"  qu'on sert aussi à celle qui ne crée pas . Au pire on lui préferera la parfaite exécutrice virtuose d'un kit difficile.

    Ce livre fait la part belle au travail des interprètes (et dans ce type de passage d'un art à un autre il y a effectivement ue grande part de création pas uniquement technique  L'auteur fait une comparaison avec l'artiste interprète en musique .Et sur ce point  la comparaison est juste : il s'agit de donner une vie textile  au carton d'origine.. Il ya création donc dans le passage d'un art à un autre et création à part entière,  surtout quand  l'interprète y introduit des modifications qui viennent d'elle, de ses décisions propres.
    Je soulignerai toutefois  que si une composition musicale a besoin d'interpètes pour être entendue, un carton a besoin  d'interprètes textiles pour exister en tant que pièce unique, on donne vie à quelque chose qui n'existait pas , une oeuvre en kit ou en modèle style "pas à pas" à suivre, non :  on refait  ce qui existe déjà . C'est rappelé aussi dans ce livre et c'est bien.

    Le livre souligne aussi que, pour beaucoup d'oeuvres, on ne sait pas on où elles se trouvent et en quel état .Alors pour des complètemet anonymes vous pensez !

    Les oeuvres textiles, il est vrai,  exigent une manutention coûteuse et dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres on ne fait d'efforts que pour ce qui est ancien ( ou au contraire dans la dernière mouvance au goût du jour ) . On conserve mieux  les échantillons d'étoffes du patrimoine industriel -et on a raison- que les oeuvres créées avec des tissus et des fils.  Il faudrait un travail d'indexation et un travail honnête , reconnaissant sources, emprunts. Et des analyses côté art à visée expressive et esthétique pas seulement technique ou historique. Seul  moyen que ça glisse un jour côté  culture générale et non oeuvres qui n'auraient d'intérêt que pour les   spécialistes .. Comment savoir si on refuse d'aller vraiment y voir ?

  • Des fleurs et des jardins

    J'ai coutume de dire avec un brin de provocation qu'il y a -au moins- deux choses qui m'ont empêchée d'être une artiste  textile "contemporaine", du moins telles qu'on les définit et les apprécie actuellement  : mon amour des géométries en blocs (carrés ) que je me refuse à appeler "traditionnelles" et des fleurs. Je pourrais y ajouter mon amour des couleurs ...et des surfaces en bas-relief.
    De la géométrie j'ai déjà parlé. Du relief aussi.


    Donc allons voir sous  les roses ...puisque régulièrement si on prétend à autre chose qu'à l'exercice d'un aimable loisir, ou d'une activité juste "pour se faire plaisir"-pour moi c'est tout autre chose !- , on vous y envoie ! 

    L obosol te over rose 2013 jacqueline fischer

    L'obsolète série overose

    L'histoire de l'art nous apprend qu'à certaines époques c'était en bas de l'échelle de l'art- en  peinture, le portrait tenant le haut du pavé ... mais elle nous apprend aussi que les jardiniers du roi plantaient des fleurs comme motifs pour les peintres en velins et les brodeurs, arts associés. A l'époque le décoratif était aussi lié à ceux qui avaient les moyens de se l'offrir donc nullement dévalorisé.  Corollaire de la science par la botanique et des  découvertes par l'importation d'espèces exotiques à "acclimater". Un palais oui, un château à la rigueur - ça magnifie ce qui y est inclus, mais certes pas une maison.

      Rien de féminin pourtant  dans l'habillement : Il suffit de regarder un pourpoint du XVIII° siècle  pour s'en rendre compte . C'est l'apogée d'une broderie d'or de soies et pierres précieuses .Et on ne me fera jamais croire que les aristocrates qui les arboraient étaient tous effeminés.

    On peut par exemple voir ici ce qu'il en est

    En broderie  donc la fleur est de loin le motif de prédilection et ce depuis qu'on a des motifs conservés largement devant tout le reste. Partout et à toutes les époques -avec parfois une concurrence ou une association avec les motifs stylisés- il existe peu de livres qui recensent les motifs de fleurs brodées au cours des âges , mais je pourrais citer  ceux de  Claude Fauque, ceux de Gail  Marsh et ceux de Thomasina Beck. Ils nous apprennent énormément aussi sur la vie des hommes leur histoire, et par derrière eux tous les codes, les symboles que les fleurs recélaient.

     "Les fleurs c'est joli ... les fleurs c'est banal ..." Et en art textile plus encore qu'ailleurs, même si l'histoire de l'art nous apprend que les peintres de fleurs n'ont pas toujours été prisés.

     " Les fleurs c'est juste décoratif, les fleurs c'est le féminin  donc ça manque de force" (ceux qui  affirment cela  n'ont pas lu le beau texte de Colette sur la glycine dans les Vrilles de la vigne). C'est ce qu'on me dit. Naturellement pas si c'est Gauguin  ou Van Gogh qui peignent des tournesols  ....Ou si c'est un grand brodeur qui brode sur des robes Haute- Couture pour un grand couturier.  Mais cela alors, qu'en dire ? :

     

     

    Detail3

    Motif floral sur écharpe de soie créé pour la revue Broderie d'art.

    Donc si on est femme et qu'on veut  créer  des oeuvres fortes,  éviter les fleurs. Même les ronces. L'arbre à la rigueur si on tient  faire dans le végétal. Un arbre ça se dresse , ça s'érige. Une fleur ça s'étale, c'est mou , c'est joli, c'est tendre , c'est délicat donc c'est cucul la praline.  Naïve donc insignifiante.  Malgré tous les symbolismes qu'elle a toujours contenus ! Qui veut réduire amenuise, déprécie, classe en sous-genres. Délicatesse et grâce sont-elles manque de force ? Au sens de puissance d'évocation, pas  sûr ! Juste que prêts à penser, snobismes, militantismes mal conduits, adhésion aux modes du siècle brouillent une lecture claire de ces symboles floraux où on ne voit  trop souvent que  niaiserie, esprit simplet etc .

    Même si une fleur ça exhibe son sexe souvent  double , sans vergogne, à tous vents et aux ardeurs de  ce qui nous reste de pollinisteurs, il n'est pas de bon ton de le souligner. Et que les fêtes des Floralia à Rome étaient très loin d'être  soft !

    Mais étrange, des fleurs  on ne se  lasse pas. Dans les vrais jardins surtout  :-) où les jardiniers et les paysagistes, chance pour nous, ont encore le droit de les utiliser sans qu'on les taxe (trop)  de banalité. Si un jardin a pouvoir de nous faire rêver une oeuvre textile florale tout autant .

     

    Prenons les fleurs brodées sur les napperons. Très à la mode dans les années 50-60 on pouvait les réaliser en simples exécutrices : on achetait le dessin pré-imprimé les fils et les points  les couleurs étaient choisies par la créatrice (avec parfois un échantillon réalisé ). On ne pouvait être louée alors que pour une exécution parfaite .Et,  de nos jours je sais  nombre de brodeuses  qui aiment à reproduire des  kits ou des modèles en vogue (la peinture à l'aiguille et la broderie d'or sont des moyens de montrer à cet égard son expertise -)

    Les magazines féminins donnaient aussi des dessins en noir et blanc  et c'est avec eux que j'aime encore travailler (je peux dessiner des fleurs par moi-même je l'ai fait , mais quand je veux créer juste par  le travail du brodeur  ce sont  ces motifs que j'utilise et tout comme les géométries empruntées  du patchwork l'art ne se situe pas dans ces dessins souvent conventionnels mais dans l'utilisation qu'on peut en faire .

      Ainsi dans le livre textile Lucette et Jacqueline (s)  où ma  visée  était d'honorer la mémoire de deux couturières brodeuses -mes aînées-  et où les motifs naïfs ont été choisis en fonction de  la tonalité et du thème  de la page. Je n'ai emprunté que les traits, le travail de création en broderiee : choix des points, de couleurs placement dans une composition est de moi et c'est réellement une recherche personnelle  . Si je tiens à le souligner , c'est que cet art-là est gommé ! Même si ici je suis restée volontairement dans la  convention du bouquet tricolore bleuet-coquelicot-marguerite. Je signalerai au passage qu'un sujet banal choisi avec une visée spéciale, c'est une démarche pas une banalité involontaire parce qu'on ne sait pas imaginer autre chose !  Je sais imaginer autre chose (cf la botanique alternative sur ce site)

     

    Lucette et jacqueline la page des pattes jacqueline fischer

    Livre Lucette et Jacqueline(s) La page des pattes.

     

    En patchwork , le problème est ressemblant et différent. Les petits motifs fleuris sont fréquents dans les quilts anciens , et on peut même dater d'après leur graphisme, l'historienne et quilteuse Barbara Brackmann a publié à cet égard des livres très intéressants.

    cf ce lien

    Les motifs sur tissus évoquent aussi les Indiennes, ces tissus d'importation dont l'histoire est un vrai roman très bien conté dans les livres de Claude Fauque entre autres. Motifs copiés en impression comme en broderie ad libitum mais sans que jamais leur beauté ne rassassie.  J'en possède un morceau très ancien (vraisemablement  du XVIII° siècle que je garde jalousement ) , beaucoup ont servi de base aussi aux motifs de la broderie  dite "crewel" . Les fleurs sur les tissus c'est le domaine où les inspirations se mêlent, géographiquemet parlant et l'histoire des hommes et de leurs  "découvertes" y sont inscrits.

     

    De la fin des années 90 jusqu'en  2002 j'ai collectionné les tissus spécifiques aux quilts et notamment les motifs floraux,de tous styles,  mais recueilli aussi les restes de vêtements de toutes époques. C'est en mélangeant  ces graphismes floraux que j'ai élaboré mes quilts jardins . Le premier s'appelle Florilège-cf index lettre f-  et tous mes jardins comportent aussi un jeu sur la géométrie et les échelles et les styles différents de motifs, en cela ils ne sont pas de simples watercolors où on achète des bandes pré-assorties pour les recouper en carrés  -qu'on m'excuse de parler sans ambages-  mais ce genre de pré-digéré à mon sens est contraire à  ma visée et vision d'un création . Mon art consiste à assortir ce qui ne va pas ensemble alors que si on l'exerce comme loisir on cherche surtout à avoir du déjà assorti- par quelqu'un qui sait- pour posséder un bel objet sans risque d'erreur  alors que  dans mes  quilts jardins je risque la cacophonie à chaque instant !

    Au delà c'est un langage des fleurs et des signes et une reconstruction d'un espace style paradis perdu . Et je demande qu'on le regarde aussi ainsi et pas comme un  joli petit quilt à fleufleurs  ce qu'absolument, ce n'est pas. Mon livre Jeux d'étoffes  détaille ces approches.

     

     

    Jacqueline

    détail du quilt cascade

     

    on peut voir d'autres jardins dans l'index textile notamment à la lettre J .

     

    Ne voyez pas d'amertume dans ce que je dis, ni plainte mais une analyse lucide. Je ne cherche pas reconnaissance pour  moi, je le répète :  j'en ai plus que je ne pouvais espérer pour une artiste "amateur" volontaire ... cf ma page d'accueil .

    Il ne s'agit pas  que du plaisir de créer (créer pour moi est certes un plaisir mais pas un loisir  : une nécessité de "langage" par les étoffes -comme par les mots -  et les fleuries y tiennent leur part pas seulement parce  que ce serait "joli" ) .

    Je m'interroge sur les regards "excluants"et injustes -mais si répandus qu'on les trouve normaux-  sur des zones entières de l'art textile (et non mes ouvrages oeuvres et oeuvrages  seuls ). J'ai assisté dans les années 90 à ce rejet progressif des tissus particuliers au patchwork où les fleurs tiennent une bonne part.

    On peut voir aussi l'article : les palettes d 'une textilienne .

     

    Petites fleur detail

  • Livres textiles

    Au début des années 2000, la vogue des livres textiles qui faisait déjà une percée  aux  USA et au Royaume-uni commença à arriver  en France par le truchement d'artistes  influencées parfois par les revues américaines Quilting arts notamment .

    Et évidemment , on ne peut éviter la mention de l'Ode à l'oubli de Louise Bourgeois, mais  j'invite à voir ce que font des artistes moins connues comme par exemple Mandy Patullo dont j'aime l'amour des étoffes !  sur ce lien.

    C'est une parmi une infinité d'autres créées antérieurement à cet ouvrage célébrissime.

    Ces livres étaient souvent des souvenirs centrés sur une personne de la famille dont on voulait honorer la mémoire,-le plus souvent en mixed media papier-tissus , ou bien encore des livres à thèmes ou des keepsakes , recueils de morceaux aimés et de souvenirs textiles, et enfin des livres altérés  qui existent indépendamment de l'art textile mais peuvent intégrer des étoffes..  Dans ce cas on retravaille sur les pages d'un livre existant en palimpseste en quelque sorte , mais en palimpseste qui montre la couche du dessous .  On peut voir des livres altérées ou textiles en tapant ces termes dans un moteur de recherche.

    Coutume  qui dure, on peut  voir actuellement beaucoup d'oeuvres peintes ou réimprimées sur des pages de livres ou de magazines, qu'elles soient en livres ou le plus souvent indépendantes. Notre époque aime la superposition (layering) et le faux palimpseste . Dans les vrais on grattait le support pour faire disparaître autant que faire se pouvait le texte précédent, là il est juste recouvert d'autre chose.

    Symbole  d'une sorte d'intellectualisation de l'art textile, avec en fiilgrane l'idée de le valoriser toujours  en imitant un art majeur ou ..libéral comme était  classée jadis la littérature. un livre ça vous pose mieux dans les intelligentisias qu'une surface assimilable à une couverture (même si les livres en ont aussi !)

     On pourrait  sur ce point  ,  justement, citer  les couvertures de livres brodés qui sont une tradition très ancienne, et certains samplers :  ces recueils d'échantillons de points, étaient  parfois présentés sous forme de livres (et non de bandes ou de tableaux )et le sont toujours .

    Ce site en montre un qui me plaît beaucoup (et on peut réaliser le sien, les explications y figurent) .

    Pour les livres txtiles actuels  du texte est naturellement parfois associé qu'il soit de la créatrice ou emprunté :  il va de la coupure de journal au poème  de l'auteur. Sur la valeur littéraire je dirai pour rester gentille que c'est très inégal.

     Pour moi il  y a d'abord eu le sentiment non pas de faire un livre textile, mais de lier textes et textiles , ce qui est tout différent . J'ai commencé à chercher autour de cette relation (je n'ignorais pas l'étymologie du mot texte étant latiniste de profession, jadis.). A noter qu'à présent tous les artistes travaillant sur le créneau nous la rappellent. En 2004 lors de mon expo textes -textiles c'était moins couru. En fait pour moi c'était moins cette étymologie (et le tissage) que les motifs sur les étoffes, comme une écriture. Je veux bien qu'un texte soit tissé , mais il est aussi déposé sur un support même virtuel (comme une broderie) et les mots y sont assemblés comme les tesselles d'étoffes d'un patchwork , qui ne sont pas que juxtaposées sans recherche ,c'est pourquoi cet art -que mes soeurs tisseuses me pardonnent- me semblait plus proche de ce que j'écrivais que le travail de la navette, mais le tissu reste ma matière essentielle : les mots de mes textiles comme de mes textes ont déjà été tissés par d'autres.  C'est un point de vue singulier, discutable, mais c'est mon approche.

    Et la liaison texte textile s'est d'abord faite pour moi par le patchwork géométrique et  j'aurais aimé qu'on regarde mes quilts aussi -c'est une lecture possible- comme les pages d'un livre ou juxtaposées....surtout les quilts en blocs ou chaque "carré" est comme une sorte de chapitre , avec d'ailleurs des structures analysables . J'ai beaucoup insisté sur l'importance pour moi des motiifs sur les étoffes -choix qui me place complètement à contre-courant de ce qui se fait en art textile actuellement : le glissement vers les quilts dits contemporains ou autres "art quilts" évinçait à la fois les géométries répétitives jugées je l'ai dit mille fois "plan-plan" ennuyeuses ou superficiellement décoratives .et l'art textile branché préfére les volumes aux surfaces .

     Mon début est tout simple quilt fait pour ma fille sur le thème du Petit Chaperon rouge , ave un tissu ancien dont j'ai appris ensuite qu'il était très célèbre  et dont il s'est vendu des mètres ...ce qui explique qu'un morceau donné par une amie se soit retrouvé entre mes mains .Pas un livre, mais un quilt qui raconte une histoire. C'est ce qui a mené au reste.

     De là l'idée d'ilustrer des contes en crazy patchwork , Peau d'âne notamment ou le conte Japonais de la grue Blanche :

     

    Grue blanche

     

     

    Ces crazys quilts  m'ont amenée à songer à illustrer mes poésies de cette manière puis celle d'autres artistes et ce fut ce que je nomme l'aventure des textes-iles. Un beau moment de ma vie d'amitié et de création .On peut en voir l'histoire sur ce lien :

    élément 23.jpg

     

     Parallèlement j'avais accepté de travailler  en duo  sur un  calendrier textile dont l'histoire est racontée ici :

     

    Pour revenir dans le Textilionnaire à des tableaux séparés  ;

     

    grimoire.jpg

     

    J'hésite du reste toujours actuellement pour mes petits formats à les présenter en séries de tableaux séparés ou sous forme de livres textiles. C'est pourquoi le chant des Couleurs se présente sous forme de livrets séparés en double page (voir dans la partie textiles et textes les deux liens)  :

     

    4-chant-des-couleurs.jpg

     

    A cette époque j'ai mis en route aussi le livre pour 'elle écrit pour ma mère , qu'il m'a fallu beaucoup de temps pour compléter :

     

    Livre pour elle couverutre jacqueline fischer

     

     J'ai continué mes aventures textes textiles avec ces livres tissés mariant papier et tissus  fondés sur deux recueils de poésies : Trames et chaînes écrits antérieurement  :. La structure tissée ici ne vient pas de la tendance à lier textes et textiles mais  de ce travail poétique antérieur :

     

    ronde-de-nuit-2.jpg

    Dans le même temps et sur une autre inspiration je fais les petits port-folios tri-arts nommés Avatars  :

     

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    PUis je mettrai en route les livres blancs et un livre d'or fait en feutrine sur laquelle j'ai appliqué et brodés des pages de motifs textiles  : (aventure qui se continuera sans doute)

    Livre blanc 1 page 3 jacqueline ficher art textile

     Et pour revenir au patchwork mais en le développant côté images numériques je crée la série très traits :

    Tres traits

    Tres traits 2

     

    Entretemps vient s'ajouter un livre mixed media de fleurs fantaisistes brodées, avec leur histoire intitulé précis de   botanique alternative :

     

    Botanique alternative jacqueline fischer art textile

    Le dernier achevé fut cet hommage à deux "cousettes" par une troisième : Lucette et Jacqueline(s)

    On peut voir le détail de l'histoire sur ce blog

     

     

    Lucette et jacqueline la page romantique jacqueline fischer art textile

    A lheure de la rédaction cde ce billet il existe au moins (!) trois autres livres en cours qui vous seront montrés dans des articles  futurs (si j'en viens à bout et que ma vue qui me fait quelques soucis actuellement  ne me lâche pas ) .

     

     

     

     

  • Des gestes -et de la geste- du textile...

    Les gestes de l'art textile sont souvent  un peu partout mélangés et confondus.  Et leurs résultats aussi.

    Le grand public, surtout masculin - qu'on me pardonne ce "sexisme" !- je sais qu'il est d'heureuses exceptions- lui , ne sait toujours pas bien la différence entre tissage, filage  assemblage et broderie. Dentelle, macramé, tricot, tapisserie, broderie,crochet et patchwork, tout ça c'est pareil.  Une affaire de bonnes femmes, presque, voire de grand-mère, les  stéréotypes  faisant des dégâts-sexisme et âgisme étant en filigrane-   (sauf, je le souligne encore, quand on est dans la case qui convient, celle qui n'est pas toujours très textile, du reste...).

     Tant de fois on m'a dit, désignant mes quilts :  "ton crochet , ton tricot, ta tapisserie"... Or ce n'est rien de tout ça.   Plus de différence entre eux cependant qu'entre l'aquarelle et la gouache ! Et c'est parfois signe de mépris involontaire ...ou inconscient. Connaître c'est déjà un petit peu apprécier ou du moins si on n'aime pas,  on sait alors de quoi on parle, vertu qui tend à se perdre !

    Démêlons un peu tout cela. Et si possible dans l'ordre d'apparition.

     Assembler- Coudre

    Coudre :  c'est assembler des morceaux (pas forcément de tissu) avec une aiguille. Le geste d'assembler  d'attacher, de "connecter" a précédé celui de tisser et  celui de filer (on peut assembler avec des lanières de peau ou de végétaux  du crin animal, des tendons  séchés aussi  etc. ) puisqu'on assemblait des peaux pour se vêtir, se protéger, et pourquoi pas décorer (sans oublier que lesdits ornements pouvaient avoir valeur symbolique, sociale, magique ou religieuse) .

      Côté aiguilles -car oui l'aiguille est bien le premier objet d'un art d'assemblage sinon textile  :   en 15000 avant JC- 18000 dit le site du Musée de l'homme, spécalistes, pas d'accord comme d'habitude !-  apparaissent  les aiguilles à chas, bien avant pour celles qui servaient  juste à percer .

    L'assemblage par application  (quand on pose une forme  sur une autre et qu'on la fixe sur ce support) est aussi un des plus anciens (on en trouve dans l'ancienne Egypte -en peaux toutefois ). Il est à noter qu'à notre époque son "classement" hésite entre broderie  et patchwork, puisqu'il participe des deux. Pour le détail des techniques on peut voir cet article.

     L'assemblage d'étoffes, hélas pour lui,  n'a pas ses mythes et ses déesses.. Pas de Pénélope ni d'Arachné dans lesquelles se draper, si je puis dire ... mais il a ses contes et son folklore (cf la veste rapiécée) et tout  le monde connaît le petit  tailleur qui  tuait les mouches et les célèbres habits neufs de l'empereur ( à noter que dans ces contes ce sont souvent des hommes - artisans professionnels- qui cousent.) et les merveilleuses robes de Peau d'âne dans le conte de Perrault . Et les chansons populaires aussi comptent nombre de "cousettes" , lingères et autres ouvrières . 

    Je pense d'ailleurs que l'invention de l'aiguille à chas est pour les arts textiles aussi importante que celle du tissage, mais les spécialistes n'étant point de mon avis, c'est filage et tissage qui ont prédominé  dans l'imaginaire collectif.

    Le geste d'assembler  des morceaux pour en faire une surface n'a pas trouvé ses lettres de noblesse et il ya sûrement à méditer là-dessus ....

    Le patchwork est un art d'assemblage,qu'on assemble par juxtaposition(couture dit piecing en anglais) ou par superposition (appliqué). Lié à la notion d'économie , à la pauvreté parfois volontaire  dans les religions orientales, il est aussi paradoxalement parfois tout aussi bien signe de richesse  et signe par lequel on montre qu'on peut s'offrir plusieurs étoffes différentes, parfois très luxueuses,  pour un seul vêtement . Il est art de mosaïque, mais aussi de  couture, de la broderie  vient parfois s'y rajouter  et  il   est parfois rattaché à cet art, notamment les crazys quilts.

     

    Jacqueline

     

     

    Le tissu déjà est une matière assez variée pour permettre aux assembleuses de tissus de dire par ce moyen mille choses mais l'art, force est de le reconnaître reste mal connu et souvent déprécié, sauf à imiter la peinture, la sculpture ou tout autre art qui a droit de cité  déjà dans les musées  consacrés aux "grands " arts. Quand on expose de l'art textile, même en surfaces d'étoffes  assemblées, et si on excepte l'exposition du Whitney museum en 1971  le quilt géométrique  de création  reste à la porte  et confiné dans les expositions spéciales pour, si je puis dire.

     Filer

    C'est fabriquer du fil, c'est à dire amalgamer des fibres et en faire une sorte de long et fin cylindre,  ça se faisait généralement au début avec une quenouille (parfois avec les doigts  (on ne vous dit pas dans quel état ils devaient être !)  puis un rouet.

    Aujourd'hui le fil est fabriqué dans des usines, mais pendant longtemps l'activité de filage est restée à la campagne une tâche féminine comme à peu près tout ce qui est long, ennuyeux, répétitif  et parfois rebutant au prétexte que "ça ne nécessite pas de force physique" . Voire ...

    On trouve encore actuellement de fileuses artisanes  d'art , qui créent des fils , organisent des stages et transmettent ce savoir.

     L'art du fil a ses manitestations artistiques et le fil lui-même ses chefs d'oeuvre (sculptures en 3 D , notamment ). Taper sculptures en fils dans un moteur de recherche pour voir ce qu'on peut en faire . Mais  utiliser du fil : ce n'est pas filer , c'est isoler un élément , pas vraiment "textile" puisque non tissé, pour créer avec lui

    Le rouet d'Omphale  qui contraignit Hercule à en user, est célèbre et dans les contes celui de la Belle au bois dormant  (entre autres !)

    Les Moires chez les Grecs  filaient la vie des êtres humains et étaient au nombre de trois  Clotho  la fileuse Lachésis la répartitrice  son nom évoque le tirage au sort chacun sa part courte ou longue et Atropos, l'implacable , l'inévitable, le coupe .Elles ont sous le nom de Parques un rôle analogue chez les Romains avec des noms différents Nona, Decima et Morta. Nona étant à l'origine chez les latins unique. On peut remarquer que le langage courant  sélectionne souvent  le nom latin pour l'ensemble des trois soeurs et les noms grecs pour les désigner.  On les trouve evidemment dans d'autres mythologies .

    Il existe d'innnombrables contes, légendes et mythes mettant en scène des fileuses.

    .

     BRODER

    On lit parfois que la broderie est venue,  elle aussi, après l'invention du tissu et j'en doute. On peut broder sur des peaux de bêtes (du cuir ) et sur des écorces (cela se fait encore );  juste que de nos jours quand on brode sur autre chose que du tissu, on appelle cela curieusement "innover",  alors qu'historiquement parlant on retrouve les origines. Simplement, l'invention du tissu évidemment a pu donner essor à cet art  (et à bien d'autres ), le support étant idéal pour le geste . Le tissu par sa structure se transperce facilement, il permet aussi de compter les fils . Mais broder c'est déposer ou attacher quelque chose sur un support : ce quelque chose peut-être des motifs de fils , mais des perles, des pierreries , des plumes (même si le métier de plumassier s'est différencié au fil du temps.) . La variété des supports  et des ajouts tenus par un fil ( bien qu'actuellement il y ait un goût pour les tesselles collées sur étoffe en loisir créatif ) n'est pas absolument pas une invention de notre époque, juste que nous adaptons  l'art aux matériaux dont nous disposons. 

    Il est vrai les définitions habituelles de la broderie incluent quasiment toutes le support textile qui reste le favori.

    Sur l'histoire de la broderie on peut lire Claude Fauque et Françoise Cousin  La Broderie, splendeurs mystères et rituels d'un art universel  mais aussi pour un point de vue différent Rosika Parker The subversive stitch et les articles du dictionnaire culturel du tissu " et également l'excellente Encyclopédie "Autour du fil" , pour ne citer que quelques ouvrages.

     Broder est un geste assimilé symboliquement à la richesse (de ceux qui portaient les vêtements brodés )  et il y a eu très tôt tout autour de cette activité un artisanat d'art et un commerce . Motifs tissés et motifs brodés étant parfois en concurrence, et les gestes parfois proches puisque pour coucher les fils (les déposer à la surface de l'étoffe avant de les maintenir par de petits points) dans les figures importantes on utilisait des "broches" et que le brochage est aussi une technique de tissage. Zola dans son roman  Le Rêve décrit ce travail. Il est à noter deux choses : que si les artisans brodeurs chefs d'atelier étaient souvent considérés comme des artistes à part entière, les "petites mains" elles étaient parfois très mal payées et travaillaient dans des conditions plus que difficiles. Et restaient -et restent encore souvent, anonymes-   ceci pour les professionnelles.

    Hélène de Troie dit-on au chant III de l'liade  brodait sur un voile pourpre ou d'un blanc éclatant selon la leçon du texte grec qu'on privilégie, les exploits guerriers auxquels elle assistait, le texte grec signale sur un tissu à double face. On n'extrapole guère là-dessus -plus facile de décrire les actes guerriers que de montrer une brodeuse en action , sans doute!

    D'autre part,  la fonction de broderie domestique  rendue nécessaire par le marquage du linge , mais également d'agrément ou de décoration des  vêtements et maisons a toujours été regardée comme un domaine  dévalorisé puisque a- ça ne rapportait pas d'argent du moins en activité  dite de loisir b- ce sont les femmes qui le faisaient. Le cliché de la dame n'ayant rien d'autre à faire de ses dix doigts que de la tapisserie à l'aiguille dans un coin du tableau qu'elle décore, elle aussi par sa présence,  genre potiche oisive (!)  est encore bien imprimé dans la mémoire collective. Il faut noter cependant et certains romans sentimentaux en attestent que c'était à la fin du XIXe siècle, pour une jeune fille de la noblesse désargentée , un moyen jugé honorable de gagner sa vie avec lectrice- dame de compagnie et dans des milieux moins huppés le travail de broderie à domicile était un moyen de gagner de l'argent. . Si on n'a pas peur de déchoir en lisant un roman de  Delly ma Robe couleur du temps montre un personnage de jeune femme ruinée qui brode pour les maisons de Paris .

     C'est pourquoi il est si diffcile de faire saisir qu'on peut travailler chez soi, en amateur et créer vraiment  en brodeuse c'est à dire choisir ou dessiner son motif (en noir et blanc pas déjà tout interprété par quelqu'un d'autre ) composer avec lui un ensemble, choisir les points, les couleurs et les fils.

     

    Il existe des dizaines de styles de broderies différentes. J'ai évoqué les  broderies en relief et la broderie "tapisserie à l'aiguille", je pense écrire d'autre articles au fil de mes apprentissages (qui continuent) .

    Broder c'est aussi littérairement parlant partir d'un thème et inventer à l'infini des variations sur le thème. Et en musique  :  En harmonie tonale, une broderie est une note étrangère qui s'éloigne conjointement d'une note réelle pour y revenir aussitôt1 (source Wikipedia) et on y retrouve , l'idée d'ajouter pour nuancer ou rompre en restant lié à  ensemble cohérent .
     

    Tisser

    Tisser suppose un entrecroisement de fils de chaîne (les longs ) et de trame qui traversent les précédents .

    Le lien entre le fil et les mots passe acteullement par la déconstruction  encore très tendance via la figure de Pénélope, souvent convoquée . L'histoire de Pénélope est bien connue.L'est moins le fait qu'elle tissait le linceul de son beau-père et non une "tapisserie" . Le mot grec utlisé est iston qui  vient de  la position du métier à tisser ( dressé devant la tisseuse) et a donné aussi notre Histoire par l'intermédiaire du verbe istèmi, qui en dehors d'avoir fait le desespoir des apprentis héllénistes par les difficultés de sa conjugaison, désigne une forme de savoir (le grec n'a jamais qu'un seul verbe pour désigner les opérations de l'esprit et elles sont souvent couplées avec des savoirs techniques ).

     Arachné  filait sans doute aussi mais c'est comme tisseuse "tapissière"qu'elle s'opposa à Athéna et pour cause : comment voulez- vous que sur un fil elle ait pu représenter les  amours de Zeus  ?  Arachné fut par vengeance d'Athéna transformée en araignée , les dIeux antiques détestaient qu'on osât s'égaler à eux , défaut qu'ils nommaient "ubris" noté parfois hybris -  une araignée, file et  tisse sa toile d'une manière absolument fascinante  de justesse et de précision .

      Pour la fêtes des Panathénées les jeunes Athéniennes mettaient quatre ans à  tisser le voile  de la déeesse. De ces tissages antiques nous ne savons pas grand chose et seulement par les textes  souvent épiques ou "fabulés" et bien sûr par l'iconographie. Broderie et tapisserie se rejoignent chez nous dans le terme "tapisserie à l'aiguille" -qui reste, toutefois une broderie.

    Athéna était entre autres beaucoup d'attributions une sorte de protectrice  des travailleuses textiles ( tisseuses en particulier) .

    Philomèle qui fut violée et mutilée par son beau-frère Térée (ce qu'Ovide nous raconte dans ses Métamorphoses où il  a sans doute beaucoup "brodé" lui-même ) communiqua avec sa soeur par le moyen d'un récit (où elle raconte les exactions dont elle fut victime) dans ce qu'on juge être un "tissu" , le texte latin dit en mêlant les fils rouges et blancs . J'ai pensé, tirant la couverture à moi, que se pouvait aussi bien être une broderie (une brodeuse peut mêler les fils rouges aux fils blancs de la toile et pour reproduire une histoire surtout sous surveillance à mon avis broder c'est plus discret ! )   Même si nous sommes dans un mythe dans lequel aucun réalisme n'est requis. C'est cette broderie que j'ai illustrée ici dans une ATC (carte d'artiste pour échange).

    La broderie barbare de philomele

    Pour  qui connaît le tissage et les métiers à tisser primitifs cela laisse rêveurs du reste ... sur la réalité de ces "tissages" mais pas impossible non plus que les hommes poètes qui racontaient ces mythes aient confondu tissage et broderie  :-)  comme c'est si souvent le cas de nos jours.

    Et la dentelle ?

    La broderie d'une certaine façon est aussi l'ancêtre de la dentelle : les mêmes points mais sans support ou alors par le tirage de fils, le tissage en "filets" etc. Dentellières et brodeuses sont souvent aussi confondues d'autant qu'il existe des dentelles à l'aiguille. Le fuseau avec lequel on croise les fils sur un carreau est aussi souvent représenté (la dentellière de Vermeer notamment).

    Le macramé (encore un mot qui fait ricaner)   se fait avec des noeuds   et la frivolité avec des sortes de petites navettes  et je le souligne ces disciplines peuvent donner aussi des oeuvres d'arts authentiques, uniques par le travail personnel de création qui les anime. Il existe aussi du crochet d'art et du tricot d'art dont le résultat est de la dentelle même si certains le contestent car tricot et  crochets sont des arts populaires, surtout pratiqués par des femmes et domestiques : toujours le même écueil tout ce qui touche au tissu, à la mode  n'évite pas la notion de "prestige" .

    Mais alors que la broderie se fait sur un support qu'on conserve, la dentelle, elle se fait sur un support qu'on détruit  (ou sans support en cas en  crochet) ou en dentelle au tricot. Les broderies à jours, sur filet, sur tulle ou découpées (Richelieu, Renaissance, Broderie anglaise  etc. sont souvent assimilées à de la dentelle). Sur les dentelles mécaniques voir  ce lien

    Tricoter 

    Bien qu'on en ignore la date d'apparition le tricot est une technique textile très ancienne . Ainsi peut-on voir dans un tableau  de Beltram de Minden peintre du XIVe siècle une  Vierge à l'enfant tricotant  :

    9 tricot vierge tricotant beltram

    On utilise en général des aiguilles longues sur lesquelles on monte des boucles de fil (de la laine le plus souvent ) appelées  mailles  mais les célèbres cottes de maille ne se tricotent pas avec du fil de métal (beaucoup trop rigide) elles se sertissent (je l'ai vu faire) . Jadis on apprenait à tricoter aux filles-et à certains garçons- dans l'enfance. Ce n'est pas si facile, le geste demande une coordination fine des mouvements . Les points eux-mêmes sont parfois très complexes et requièrent une grande concentration -et doivent se comprendre dans leurs combinaisons  - c'est donc une activité plus intelligente et moins automatique qu'on ne le pense. De plus là encore modèles copiés à la lettre, interprétations et créations se mélangent dans les résultats.

    Le tricot comme le crochet peuvent totalement se détacher d'un rôle utile, et dès les années 70 on a vu des créatrices souvent anglo saxonnes , américaines ou australiennes  faire des tableaux ou des constructions textiles  avec ces deux arts  (je pense à l'artiste Jan Messent, notamment) ou pour le crochet à l'artiste Prudence Mapstone.

     En conclusion quand vous voyez une personne penchée sur un ouvrage textile , pensez qu'elle ne "tricote" pas forcément des chaussettes selon un modèle,  mais qu'elle crée peut-être bien tout autant qu'un peintre devant son chevalet, ou un photographe derrière son appareil ..quand vous regardez une tapisserie  célèbre dans un musée, ayez une pensée pour les autres arts textiles qui en sont exclus, souvent, parce que "ça s'est toujours fait comme ça" et "qu'on n'en voit pas dans les livres d'art". Allez voir ce que font les artistes souvent inconnues ou très peu connues sauf des spécialistes  ... il existe des milliers de  sites qui le permettent. Connaître mieux, c'est souvent le début d'apprécier  pour ce que c'est et non selon des  des stérotypes coriaces .

     

    Elegance 3 jacqueline fischer broderie

     

     

     

     

  • De l'humilité

    Je sais bien qu'en parlant d'oeuvre en  ce qui concerne mon travail de madame Lambda, je prends le risque du reproche d'outrecuidance. J'ai expliqué pourquoi je l'appelais ainsi. Le reproche  c'est un peu :" si Madame Lambda avait le moindre talent depuis tout ce temps , ça se saurait ..". Ou bien: " quoi Madame Lambda a de ridicules "prétentions littéraries" doublées de prétentions artistiques" et n'est même pas foutue de trouver un éditeur (un vrai donc un grand, car   il n'est de bon que de grand et célèbre , ça aussi "ça se sait"  ) , ni un galeriste pour l'exposer ? .Pfff . ! " 

     .

    Je me bats depuis des années pour qu'un travail artistique ou littéraire soit regardé d'abord pour ce qu'il est et non selon la notoriété de qui il émane qui fait écran et préjugé à toute attribution de "valeur" surtout qu'en ce domaine aussi le jeu social joue à plein et que c'est certes beeaucoup moins facile à une provinciale mère de famille -une bouseuse, quoi!-  âgée de surcroît . Ces gens- tels les aristocrates, jadis- savent tout ,eux, de ce qui vaut ou pas et ce sont eux encore qui vous taxeront de manquer d'humilité ! C'est assez plaisant pour qui n'a pas d'ambition de cet ordre.

    Il  est heureusement et j'en ai croisé, des personnes "autorisées"  comme on dit qui ne raisonnent pas ainsi se sentent libres de leur jugement hors réseaux et influences, elles se reconnaîtront si elles me lisent et je voudrais une fois de plus les remercier.

    Je me bats aussi et surtout pour qu'un de mes arts essentiels l'assemblage d'étoffes soit reconnu et intégré à l'histoire de l'art autrement qu'il ne l'est , avec de  vraies études de  ce que montrent ces surfaces  comme tout autre surfaces créées,  d'où l'idée de cet index (que j'invite toutes les créatrices textiles ayant site ou blog à faire) .  Oui je  montre mon oeuvre textile  telle  qu'elle est, dans son ensemble, parce que personne ne le fera à ma place et que j'estime que même si elle n'a évidemment rien de génial , ni de révolutionnaire,ni de réellement "grand",    elle peut néanmoins présenter  un intérêt pour quelques-uns.

    Je voudrais aussi témoigner de ceci qui est simple : oui on peut passer une bonne partie de sa vie à se consacrer à ce que  je nomme une oeuvre au sens d'un ensemble tout de même conséquent de travaux divers (la quantité ne prouve nullement la qualité certes, mais. le contraire non plus !) et n'y chercher et trouver autre chose que cela :   montrer  qu'elle existe. Non pas aux yeux du monde, là serait la prétention . Montrer ce qu'on a fait ce n'est pas non plus chercher désespéremment à exister comme s'il n'y avait rien d'autre dans votre vie (comme je l'entends et le lis souvent) . Non : on est aussi des êtres humains faisant à côté tout ce que d'autres font ... nous femmes, nous sommes souvent épouses, mères,  grand-mères parfois et oui nous pouvons quand même aussi faire tout  cela à côté non par ennui  ou pour nous distraire, mais parce que c'est vital . Non pas comme un "hobby" mais comme des parcelles de vie intérieure arrachées au quotidien. Non pour exister mais pour vivre de cette manière-là, aussi. C'est la fibre et le tissage de nos vies dont l'oeuvre n'est absolument pas coupée . Tout ce que j'ai vécu et vit encore en tant que femme très ordinaire est dans ce que je crée, je n'ai donc pas besoin de montrer ce que je fais pour exister  mais je voudrais montrer ce qu'en être vivant j'ai créé . Nuance . Sans qu'on me taxe de  "mal de reconnaissance "ou de je ne sais quel poncif dénigrant et méprisant à la mode .

    Cela pour l'art.

    Pour la littérature ou l'écriture (pour moi la création est un tout !) :

    Des expériences ont été faites  d'oeuvres célèbres envoyées aux éditeurs sous un autre nom et refusées y compris quand elles ont été expédiées ,  parfois, par l'écrivain célèbre lui-même ous un autre nom. Et plus discrètement d'oeuvres refusées envoyées par courrier qu'on acceptait ensuite (la même!) parce que quelqu'un pouvait vous introduire et glisser votre écrit entre les bonnes mains. Qu'on ne me dise pas que ce n'est pas ainsi, les éditeurs  l'avouent eux-mêmes  consultez  l'annuaire AUDACE par exemple (quand on lit manuscrits publiés 80 pour  cent par courant relations! 60 pour cent au mieux ! et inconnus 00,1 pour cent !!) ) Je n'invente rien. c'es un fait, vérifiable.

    Ce qui tend à prouver que les hiérarchies arbitraires, le jeu social des arrivés, et surtout des réseaux , le goût du jour, influent sur  les critères même d'évaluation sans tomber dans un relativisme systématique (non tout ne se vaut pas  ).

    Je sais  en revanche ce qu'est pour moi l'humilité .

    D'abord de ne pas faire la fausse modeste me semble primordial . Ayant par exemple beaucoup écrit quand même  et étant inscrite comme "romancière" (!) à la BNF , me dire écrivain ne me semble pas absolument un comble de fatuité . Ce le serait si je prétendais être un grand écrivain, ou un écrivain reconnu ou un écrivain de talent etc. Toutes choses que je ne ferai jamais au vu que je ne suis pas dans cette course-là  Mon seul challenge c'est d'essayer d'atteindre ce que  j'ai à signifier et comme je n'y parviens jamais, je continue. C'est à à peu près impossible à faire compendre.

    Mon humilité c'est de savoir que nous sommes beaucoup à écrire et créer et qu'il existe beaucoup aussi qui le font tout aussi bien  ou mieux que moi . De me sentir un grain de sable parmi d'autres mais de vouloir être quand même ce grain  de sable qui constitue la plage . Si on l'enlève certes personne ne s'en apercevra mais que si on les enlevait tous il n'y aurait plus de plage , non plus . Et  si sur ladite plage on ne voit que ceux qui sont dans la lumière et brillent ,   ils ne brillent pas eux non plus quand les projecteurs s'éteignent . La plage elle,  reste là tant qu'il ya assez de grains de sable . Après , il se peut que dans ces grains il y ait poussière de quartz et de diamant. Il se peut : je n'en sais rien et encore moins si je serais l'un ou l'autre ou tantôt l'un , tantôt l'autre . Il se peut aussi que le quartz hors du quantitatif du  "ce qui est rare est cher", vaille autant que le diamant tout dépend du rôle qu'on lui assignerait. Je mourrai sans savoir .

    Et c'est aussi bien .


    Mon  humilité c'est de faire les choses pour les faire. Hier ça n'était pas , aujourd'hui c'est là  devant mes yeux, devant les  yeux  de qui peut aimer au moins quelques secondes avant de passer à autre chose .  Grâce à mon travail  et à ceux qui avant moi m'ont "innutrie" , mon humilité c'est de savoir qu'on ne crée rien ex nihilo.

     

    Mon humilité c'est précisément d'écrire vers , façon bouteille à la mer.  Je conçois ce que je fais comme un don et un don hélas c'est gratuit en une période où tout ce qui ne se monnaye pas est censé ne rien valoir, se dévalue ipso facto. Je n'entre pas dans ce jeu-là .


    Mon humilité c'est de ne pas croire que parce que  j'ai créé beaucoup (et dans trois valences différentes mais qui pour moi sont "une" ) que j'ai forcément créé des choses qui mériteraient qu'on s'y arrête : on le fait si on veut . Sincèrement,  sans tricher . Sans complaisance. Sans obédience . Certes . Mais alors sans doute aussi sans intérêt et sans valeur sinon universellement reconnue, sans  valeur du tout dans l'instant où je vis. Dit sans aucune espèce de regret , signaler n'est ni se plaindre , ni regretter. Je regretterai bien davantage de me saborder à entrer dans des systèmes que je réprouve et qui  détruiraient mes forces vives (ou du moins ce qu'il en reste) et ma façon d'entrer en création.

     Je voudrais souligner quand même au delà de mon petit cas personnel cette double peine des artistes et écrivains qui bossent beaucoup, savent qu'ils n' en tireront pas grand regard sur et qui en plus se font traiter de vaniteux dès qu'ils osent dire : "voilà ce que j'ai fait". Montrer, ce n'est pas exiger un  regard encore moins de  la reconnaissance. C'est juste ce  que c'est . Ce n'est pas dire "j'existe "mais  "mon travail est là voilà ce qu'il est" . Notre travail  si souvent assimilé à un selfie qu'on montre   justement pour avoir le statut de star ! La différence est capitale, mais souvent pas saisie. C'est tellement plus facile de parler "de créateurs en mal de reconnaissance"  que d'aller regarder ce qu'ils font puisque ce n'est pas connu,   si on pouvait  s'abstenir aussi de toute opinion définitive  sans avoir approfondi l'approche ...  combien prétendent vous connaître qui n'ont fait qu'effleurer . Ce qu'on a passé une vie à faire bon ou mauvais, il faut plus qu'un regard superficiel pour s'en faire une juste idée . Si on n'est pas prêt à l'accorder et donc à approfondir , qu'on ait  l'honnêteté alors de se garder de jugement ou d'une vague pitié condescendante serait la moindre des choses . L'humilité de qui regarde et prétend juger  devrait  exister aussi . Et en tant que lectrice et spectatrice des oeuvres  des autres  je sais aussi quelle est la mienne  : celle d'un regard qui ne se croit pas infaillible et d'un être qui se sait trop impliqué dans ses créations pour prétendre évaluer celles des autres , comme je suis honnête j'ajouterai que je n'en ai ni le temps, ni le désir . Quand je fais un retour (rarement) sur une oeuvre littéraire ce n'est pas pour l'évaluer et dire si elle vaut ou pas c'est pour dire ce que j'y ai vu , compris, ressenti et n'oubliant jamais que je ne suis pas omnisciente même si mes diplômes de Lettres me conféreraient au moins pour les textes quelque légitimité à le faire .   En revanche je partage tout ce que j'aime le plus que je peux. Je parle des gens dont les écrits ou les oeuvres m'ont remuée , émue, surprise, ravie aux autres, je les offre à qui elles pourraient plaire . J'essaie d'éviter autant que faire se peut un sentiment de rivalité  et je n'exige absolument pas qu'on me rende la pareille : ce serait une politique de "marchandage"  ou de renvoi d'ascenseur.

  • POUR COMPRENDRE

    "Celui qui part de zéro pour n'arriver à rien  n'a de merci à dire à personne" Pierre Dac"

    Je rédige ce billet à la suite de plusieurs dialogues, ça et là. Pour ceux et celles qui me l'ont demandé.

    On me dit parfois (souvent ) : " je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas  accès à .... galeries d'art, murs pour exposer"   etc ". comme tel ou telle qui ...

    Se souvenir du "pas de patchwork" dit par une organisatrice  d'évènements artistiques qui "appréciait" mon travail et me proposait des "murs payants". S'il  ne dit pas tout, il dit beaucoup de choses. Je pourrais même m'arrêter là. Je ne peux exposer chez qui refuse une partie essentielle de mon oeuvre au nom d'un préjugé fondé sur l' ignorance et obédience à la façon dont les arts sont classés .

    Ce n'est pas compliqué, j'ai tout faux .  En tout,  par rapport à ce qui se fait et surtout ce qui LE fait, selon les us et coutumes actuels des milieux artistiques qui "comptent" ... Je m'explique.

     J'ajoute  et c'est essentiel,  je ne  veux surtout pas blesser ceux et celles qui sont dans le "ce qui se fait et le fait", j'admire bien souvent leurs oeuvres, tout à fait sincèrement. L'inverse n'est presque jamais vrai, mais on ne force pas les goûts personnels . Je ne jalouse pas leur succès, j'explique juste pourquoi moi je ne pourrais pas y accéder. Si j'avais voulu faire une carrière et non juste une oeuvre, je m'y serais prise autrement, mais pour moi cela n'aurait pas eu de sens. Ce que je fais comme je le fais: c'est le sel de ma vie .

    - Je ne suis pas professionnelle, c'est sans doute l'obstacle principal administrativement  et j'ai expliqué pourquoi ici.

    - Je suis indépendante. J'aime la solitude pour créer, le partage pour moi serait de pouvoir montrer mes oeuvres, juste pour les montrer, or ce n'est possible qu'à ma salle des machines. Je ne fais partie d'aucune structure   qui propose de m'exposer en tant qu'artiste   particulière ce  n'est fait que pour celles estimées "grandes" dont je ne suis évidemment pas  et les expositions collectives avec concours et prix etc, ne sont  pas vraiment ce qu'actuellement je recherche.

     -Je suis polyvalente et éclectique et je tiens à relier  tout ce que je crée : textes, textiles et images numériques par trois, par deux et même en oeuvres séparées elles font partie d'une oeuvre unique . Mais variée. On me reproche souvent de n'avoir aucun  style et pourtant il est  des gens qui reconnaissent mes quilts au premier coup d'oeil, parmi les autres . Mon style c'est d'être moi en tous mes désirs, envies, valences. Mon style, c'est d'être multiple, justement . Mon oeuvre est une ode à la variété  harmonieuse et c'est pour moi naÏvement, je le sais, une prière au monde toujours écartelé entre positions adverses. Si on veut du symbole, il est là, et greffé à mon âme. Pas un prétexte pour faire intellectuel ou engagé.

     - Je suis coloriste - ça se voit - et la mode   est au blanc au noir au noir et blanc . A la rigueur aux monochromes. Le dépouillement est  forcément profond, sublime  . C'est le couplet sur la merveilleuse sobriété , soi disant "plus difficile" , plus "ascétique" un "renoncement" un "minimalisme".

    etc. OK je veux bien . J'en  connais sur le bout des doigts les justifications, vu que d'une oeuvre à l'autre depuis  le temps que j'observe, ça ne varie guère . La profusion, des couleurs, elle,  se porte mal ou alors faut être côté art  naïf ou art brut etc . Ce que je  ne suis pas . Ou côté Haute-Couture .

     Je sais aussi travailler le blanc (voir mes livres blancs) et en blanc et noir comme cet Alpha et omega

    Alpha et l omega banc 3

    mais pour moi ces couleurs c'était justement pour montrer quelque chose de précis. Pas parce  que le noir et blanc ou les monochromes, c'est mieux dans l'absolu je n'y accorde aucune once de "supériorité" esthétique . Et, je  m'excuse de ma franchise abrupte je trouve absurde autant qu'injuste  d'ériger un choix chromatique en but suprême à atteindre, pour se hausser en dévalorisant qui a choisi une voie opposée pour se dire.

    Et je suis tout autant  moi dans ce "Mon harmonie"

    harmonie détail.jpg

     La maîtrise de tant de couleurs, de motifs au sein d'une surface qui comporte parfois des milliers de fragments différents, ça, ce n'est pas jugé artistiquement valable et  témoin d'expression  même si ç'en est, parce telle n'est pas l'esthétique dominante côté grands arts. Ayant fait les deux, je crois pouvoir affirmer avec force que non ce n'est pas plus "facile" à faire et que si "trop de couleurs tue la couleur" cet assassinat-là  peut-être beau et éveiller une émotion ? Non ? Vraiment ?

    Je sais coudre et broder, surtout à la main . C'est un grave handicap.  J'entends par  là que j'ai appris les diverses techniques d'assemblage  du patchwork - du moins celles dont j'ai besoin pour ma manière de faire - et qu'en broderie je cherche encore des nouveaux points, comme je lis toujours des nouveaux textes et j'aime découvrir des mots dont j'ignorais le sens.  Cela irait mieux pour moi si j'entortillais, amalgamais ou posais sans construction, puisque c'est la mode de DECONSTRUIRE , moi je bâtis, contre modes et marée. Mais ça me dessert. Je signale d'ailleurs que le patchwork repose souvent sur une déconstruction préalable, surtout quand il est de récupération, mais ce n'est pas la bonne,  celle qui aurait une aura intellectuelle.

    Je ne tisse pas : j'assemble et je brode . Tisser, on ne sait pourquoi c'est plus noble et mieux considéré. Sans doute parce que  la tapisserie a rarement été un art domestique, si le tissage utilitaire pouvait l'être. Je sais tisser de façon très primaire, j'admire profondément l'art des tapissières mais je n'en suis pas une. Car à l'intérieur d'un art dévalorisé, il est des pratiques plus "nobles" que les autres et là non plus je ne suis pas sur le bon créneau.

    Mais il m'arrive d'utiliser le tissage quand il est en rapport avec ce que je veux faire pas pour donner prestige à ce que je fais comme dans ces poèmes tissés

    - Je ne suis pas artiste de mixed media avec du textile  ou un peu  de fil dedans pour  donner caution "textile" à ce que  je fais. Si j'y fais incursion c'est toujours pareil : c'est dans une visée précise pour créer cette oeuvre-là .  Je suis quelqu'un qui adore tissus et fils pour leur sensualité, leurs textures, et surtout leurs impressions ou motifs qu'ils soient imprimés, tissés, brodés . C'est mon medium, et un de mes langages. Je me porterais mieux d'assembler des épluchures d'oranges ou de pommes de terres, ou encore des bouts de n'importe quoi pourvu que ce ne soit pas du tissu (le fil, c'est la caution textile, et le discours c'est la caution intellectuelle). Intellectuellement et techniquement c'est tout à fait à ma portée , mais pourquoi refaire ce que d'autres font avec tant de bonheur semble-t-il ? 

    Mais je sais allier mes arts, quand je le juge nécessaire  :

    on peut voir par exemple ces avatars 

    ou encore la série très traits 

    - Je n'imite pas les grands arts. Je tiens à ce que mes broderies aient l'air de broderies et mes patchworks de patchworks. Que tissus et fils soient mon medium ESSENTIEL et avec eux je peux tant dire que je mourrai avec des carnets remplis de projets non réalisés, faute de temps.  Je ne peins mes tissus que si  j'en sens le besoin mais pas pour montrer que je sais peindre ou faire ressembler à de la peinture .

    Je peux imprimer ou faire imprimer mes images numériques sur tissu et me contenter de les matelasser seulement pour moi cela ne serait pas un art par les tissus, la même image sur du papier aurait le même impact puisque là c'est les formes les couleurs et graphisme qui comptent, non essentiellement  l'étoffe.  Si je le fais, ça m'est arrivé,  c 'est pour quelque chose de spécifique ,et je réserve cela plutôt pour  le moment où je ne pourrais plus ni broder, ni assembler.

    Ce qu'il faut savoir : Si j'étais peintre dessinatrice, graveuse et que je vienne à l'art textile , le fameux "fine arts background cher aux anglo-saxonnes) comme j'ai tant vu le faire à partir des années 2000,  là ce que je ferais serait automatiquement valorisé. J'apporterais l'aristocratie d'un art prestigieux à ces humbles pratiques tout juste bonnes pour décorer la maison ou faire de "jolis objets bien "sympas".  A chacun non seulement ses moyens, mais selon le prestige des arts qu'il exerce. Le problème, c 'est que côté Beaux-arts, sans vouloir être méchante, on  n'y connaît pas grand chose en valences purement textiles et notamment côté gestes techniques , ni histoire de cet art. 

    -Je ne suis pas une artiste conceptuelle, même si je peux manier le concept aussi bien que l'aiguille (je le montrerai sans doute dans une oeuvre de révolte profonde qui me titille depuis trop longtemps pour que je ne la fasse pas un jour !).  Je suis quelqu'un qui aime travailler les matières (et pour moi les mots en sont une mais pour créer par pour sous-tendre ce qui se tient déjà assez bien tout  seul  ce me semble). Je n'aime pas l'idée d'avoir besoin d'un discours intellectuel pour qu'on regarde ce que je fais. Les matières que j'utilise parlent aux sens, pas au cerveau.  Même si je pense savoir me servir du mien de manière satisfaisante sinon géniale !

    Mais je peux présenter un projet en ce sens comme Le temps qu'il fait dans le temps qu'il passe. Pourquoi ? Mais parce que j'en avais envie. Cette oeuvre pour moi n'est pas essentiellement "textile" , du reste. Elle vaudrait autant, pour l'idée,  imprimée sur du papier et en remplaçant la dentelle par  un autre matériau. C'est juste que j'aime tellement les tissus que je les ai associés mais ils n'étaient pas l'élément pour dire . C'est ce que  j'appellerais une "caution textile" si je prétendais les faire valoir comme art textile novateur  et supérieur à mes humbles patchworks .

    - Je ne travaille pas en 3 D. Mon domaine d'élection c'est la surface. Un peintre a le droit , mais chez nous on est super mieux vues et cotées si on se lance dans la suspension , la sculpture etc .  Ailleurs on ne dit pas qu'un peintre vaut moins qu'un sculpteur, mais chez nous, faire des choses où on fuit l'effet couverture est quasi nécessaire et la 3 D, c'est un bon moyen d'autant que c'est aussi furieusement tendance .


     - Je ne  me gargarise  pas avec l'originalité et l'innovation mise à toutes les sauces. Je prends des sources et je les reconnais, leur date m'importe peu, prétendre  faire du " jamais vu sous le soleil" me semblerait beaucopup plus outrecuidant que ce que je dis ici et qui ne va pas manquer de la paraître, pourtant.  Qu'en sait-on ? On a donc tout vu ? Innover comme je le vois faire, c'est souvent imiter une source récente. Le premier innove, pas tous ses suiveurs s'enfilant sur un créneau porteur de louanges et reconnaissance :  puisque c'est récent c'est mieux ... forcément !

    - J'aime jouer avec les poncifs même si je sais faire autrement , aussi ... alors là, ça me descend automatiquement  au niveau zéro de la création quoi que je fasse avec on n'y verra que le bien fait, et le" travail d'eéxécution " -c'est le cas de le dire (la création elle est  exécutée aussi , au pasage on NE VEUT PAS LA VOIR )  d'autant que ces arts sont exclus d'autre reconnaissance sauf rarissimes exceptions. On  a décidé que ceux et celles qui s'en servaient n'avaient vocation qu'artisanale, décorative , superficellement "joli", "traditionnels" indécrottables. Pour moi les poncifs et motifs sont comme les mots qui ont servi à d'autres avant moi et c'est même en cela précisément que l'écriture et l'art textile chez moi se rejoignent. J'ai developpé cette approche  ici .

    De plus ce choix, mal compris, me condamne à une perfection normée que je refuse absolument. Je ne suis pas une machine et je veux que mes points reflètent ce que je suis et sens. Or tout le monde de l'art textile côté modèles reproduits ou même modèles créés (et j'ai été créatrice de modèles) l'exige, universellement cette norme pour tout ce qui repose sur un dessin ancien. Pas moyen de faire comprendre qu'on peut s'en dégager au niveau même de l'exécution pour lui imprimer sa patte et sa marque. Il ne s'agit aux yeux des professionnelles que d'imperfectionsde "poor workmanship"  car il n'y a que la forme qu'on regarde alors,  jamais la visée ni le fond : on est censée n'en point avoir. . C'est pourquoi la copieparfaitement exécutée  vaut et même passe la création qui en ce domaine reste incomprise ou niée.

    Je pourrais ajouter : j'aime la beauté, je suis pas une artiste engagée au sens  habituel du terme  sous une bannière politisée, et je pourrais sans doute trouver encore quelques handicaps qui m'excluent. On pourrait ajouter c'est sans doute que je n'ai pas autant de talent que ceux et celles qui ont plus de succès. C'est possible. On m'en a reconnu pourtant et sans que je demande.

    Qu'on me permette d'être moi -certes personne ne m'en empêche-  mais si je le suis je dois accepter que  mon parcours  soit souvent regardé avec une once de mépris ou en sous-entendant "que je ne  sais pas m'y prendre". Certes on a raison sur ce point, je suis inapte à ce que je trouve par rapport à mes exigences propres "inepte" . Je ne suis pas une "arrivée", -je  n'arriverai jamais .. et je veux pas "arriver" ,  il est vrai  :  je préfère les départs, les débuts, les envols, les pistes à ouvrir . ..Mon parcours  n'est pas "prestigieux" certes mais il est honnête, sincère, passionné , obstiné (autant de défauts sans doute aussi) . Et si j'égratigne au passage, on peut à bon droit juger cela "mesquin", je l'assume. Qu'on pense aussi  la dose de mépris, d'incompréhension  ou d'indifférence que je dois encaisser, et ce, depuis des années. Qu'on la rapporte à ma passion pour ...

    Et qu'on vienne voir un peu ce qu'il en est à la salle des machines ou si on est trop loin sur la page Facebook qui lui est consacrée .

    Et une dernière chose : JE NE ME PLAINS PAS , je réponds à des questions souventes fois posées . Le jour où on verra des quilts géométriques et création et expressioon personnelle y compris - d'amateurs pourquoi pas ?- suspendus côté arts généralistes dans galeries et musées, autant qu'on voit d'autres oeuvres -y compris textiles mais "pas de patchwork"   là j'accepterai, là,  de croire que  je m'y prends mal . Pas avant .