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  • Jeux d'étoffes : art numérique et art textile

    • Le 20/04/2022

    C'est le dernier volet du livre écrit en 2010 

    Le dessin est toujours un problème pour qui ne choisit pas d’en faire l’essentiel de ses apprentissages, ne possède en ce domaine aucun talent particulier et dont le « métier »  reste lié aux tissus et à la manière de les assembler ou de les broder.

                Passe pour le dessin géométrique  régulier qui requiert plus de connaissances mathématiques que de sens ou souci esthétique, du moins dans le tracé, sinon dans la composition et pour lequel les logiciels de dessin vectoriel spécialement conçus à  cet usage sont des outils précieux. Mais quand vient l’envie de dire quelque chose en étoffes avec des formes plus complexes, plus « chantournées », plus irrégulières, il faut bien tenter de faire passer ces figures  sur le papier d’abord- pour établir un patron- et sur le tissu ensuite.

                 Il est à noter qu’il m’arrive encore assez souvent de prendre tout simplement une feuille de papier et un crayon  et de tracer des compositions  qui aboutiront sans doute un jour à quelque chose de textile.

    J’ai acquis par hasard le logiciel Paint Shop Pro dont l’usage domestique évident est la retouche de photos. Je sais très mal modifier les photos mais j’ai appris à user de ce logiciel et de quelques autres comme un outil créatif. Je veux le souligner ici avec force : il ne s’agit pas d’obtenir des formes plaisantes en deux clics sur un effet spécial attrayant mais qu’on retrouvera partout, mais bien d’un premier travail de dessin, composition et mise en couleurs et ensuite de l’adaptation de ce dessin en étoffes. Du moins pour les dessins qui me semblent adaptables. J’ai fait partie pendant un an du groupe anglais the Computer Design Textile Group ; la visée principale du travail des artistes étant de passer l’œuvre graphique ainsi réalisée directement dans des machines à coudre ou à tisser pilotées  électroniquement,  ou de travailler sur des images transférées ou imprimées, voire peintes d’après le dessin sur le tissu, ce qui éloigne fortement de l’assemblage d’étoffes, qui reste pour moi la visée première.

                Mes moyens et mes capacités ne me permettent  du reste pas ces raffinements technologiques et plus généralement  l’œuvre numérique que je crée est interprétée en assemblage et  broderie main, et si la machine est utilisée, ce n’est certes pas en fonction automatique.

                J’ai réalisé ainsi quelques-uns des tableautins du Chant des couleurs  (cf index lettre C).

    Au fur et à mesure de mes découvertes et de ma progression je me suis rendu compte que l’outil était aussi un excellent moyen d’obtenir des fonds à broder, par exemple par modification d’une photographie, en lui donnant un rendu de peinture. Là encore ne pas s’imaginer que le logiciel fait tout tout seul. Il faut souvent une bonne dizaine de manipulations et de combinaisons, et quelques essais d’impression pour obtenir un fond valable. Ensuite il reste encore à choisir les fils, fibres  ou rubans pour interpréter.

               

               Cela s’ajoute à l’infini de la géométrie, laquelle n’est pas absente du tout de certaines de ces compositions ; parfois l’estampe est une série de manipulations sur un dessin « normé ». il arrive aussi qu’un dessin complexe soit réduit à une géométrie basique en carrés ou rectangles pour le plaisir de la mosaïque qui en résulte . Ainsi existe-t-il toujours en moi un pouvoir d’attraction vers les géométries régulières et une force presque contraire, qui m’en éloigne.

              Certains dessins imposent tout naturellement une vision en tissus. Pour d’autres au contraire, il faudra une attente due souvent aux difficultés techniques de rendu, parfois c’est le choix qui s’avère crucial, vu l’abondance de graphismes divers générés par ce moyen. C’est un lieu d’exaltation, d’excitation et de jubilation mais aussi de renoncement. Le dessin sur papier si beau soit-il ne me comble jamais, je ne peux m’empêcher de le rêver en textiles, même si, dans leur confrontation, l’interprétation me semble souvent gâcher quelque chose. Une de mes recherches actuelles est de minimiser ce hiatus. Au moins à mes yeux, pour qu’il y ait accord sinon parfait du moins suffisant entre ce  que je désire faire et ce que  j’obtiens.

     Il y a aussi un rêve de pouvoir  imprimer sur grande surface certains de ces dessins de manière à pouvoir les retravailler partiellement en broderies dans de plus grands formats que ceux qu’autorise l’impression domestique. Et comme cela m’est matériellement impossible, c’est là que la discipline première, le patchwork, pallie la carence : et je reviens à l’assemblage en essayant qu’il ne soit pas perçu comme un pis-aller.

              De l’assemblage de tissus faits, je passe à l’assemblage de tissus créés et bien entendu le mélange  des deux  est envisagé et fait partie de ce je nomme mes « gestations » .  Si je préfère l’impression à la peinture ou la teinture pour animer ces étoffes c’est parce qu’elle me permet des dessins beaucoup plus précis et personnels, de plus l’impression à jet d’encre respecte la texture des étoffes et leur degré de rigidité ou souplesse ce qui n’est pas le cas par exemple de la peinture acrylique souvent employée. ; je n’aime pas ce qui raidit et empèse, corsète.   D’autre part je n’ai jamais eu envie d’être peintre et le tissu peint –même s’il est très tendance dans l’art textile contemporain et qu’il se positionne en vrai art par rapport à l’artisanat de base -  s’éloigne pour moi beaucoup trop de mon dessein premier. Les tissus peuvent tout exprimer en eux-mêmes mais autrement.

              Actuellement, cette voie de création et d’interprétation de dessins numériques ou de photographies est surtout source de diverses expérimentations. Je suis à un début. Je teste beaucoup, j’élimine davantage, et chemin faisant d’autres possibilités apparaissent. D’autres envies…qui seront peut-être pour un autre livre.

    Nb sur le problème du dessin rélable il me emble judicieux de lire composer ou dessiner.

    et sur les suites  de ce raaprchemenntextile et digital La série Nous (qui reste ouverte) ,La série Triangulations  les Avat'arts, pu la série traits traits . (voir menu déroulant ou Index)

     

     

     

     

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  • Jeux d'étoffes : Rien ne se perd

    • Le 18/04/2022

    L’art d’accommoder les restes.

                Ici commence le domaine du trop plein  et du presque rien.

                D’abord les restes d’étoffe, ceux qui sont collectés en tant que tels, et que les autres,  presque toutes, jettent. Mais aussi ceux, issus des travaux en cours,  qu’on fabrique au fil des jours, toutes ces bribes de tissus, de fils, qu’on ne se résout pas à jeter à la poubelle.

                Les retailles issues de  la «  mise au propre » des étoffes pour faciliter le stockage (et qui en fait consiste à avoir deux fois plus de volumes à ranger : ce qu’on a recoupé, et ce qui résulte de cet élagage)

                Ces innombrables boîtes, tiroirs, sachets dans lesquels on les entasse, triés pour la commodité  ou laissés en vrac pour le plaisir de la farfouille, de la redécouverte, quand l’ancien redevient nouveau.

                Il n’est pas question d’économie, à peine de récupération. Il m’arrive même d’utiliser les « déchets d’un tissu » avant le grand morceau dont il est issu. Autant dire, à part pour les fonds, les bordures ou les doublures, les grands morceaux n’offrent pour moi que très peu d’intérêt.

                 Devant ces résidus, la question est toujours la même  « qu’en faire ? ».

                À partir de là un double mouvement : celui de la main et des yeux qui souvent lors de ces longues séances de rangements-gestations, déjà les assemble. Celui de l’intuition qui mène droit dans les phases créatives au petit morceau qui est celui qu’il faut là, à cet endroit là, à ce moment-là. Celui-là et pas un autre.

                A partir de quel minimum de surface un tissu devient-il inutilisable ?

    Bien sûr dans un assemblage classique, on est borné par la nécessité d’une marge de couture. Mais absolument pas dans un assemblage à bords vifs. Aucun morceau, si minuscule soit-il n’est alors jetable. Il acquiert une sorte de vie autonome. A la limite plus il est petit, éraillé, dépenaillé, plus il devient précieux, significatif. Il vaut par son dénuement.

                C’est difficile à faire saisir pour qui ne prise que les grands métrages de belles étoffes .

                Il ne s’agit non plus pour moi de chercher à  ramener cette bribe d’étoffe ou de fil à un réalisme figuratif en le cherchant à quoi il pourrait bien faire penser dans la réalité ; certaines artistes travaillent admirablement dans ce domaine, mais je n’ai à cela ni appel, ni compétence.

                Beaucoup de techniques ont été inventées ces dernières années pour permettre une expression par ce moyen. J’en ai évidemment testé une bonne part, éliminant celles dont le rendu ou le toucher ne me convenaient pas. Et c’est évolutif, car ce que j’écarte à un moment peut très bien me sembler nécessaire à tel autre pour exprimer autre chose, autrement.

                Il est  noter que la plupart des quilts géométriques présentés   antérieurement, ont été élaborés à partir de morceaux beaucoup plus petits que ceux qu’utilisent la majorité des quilteuses, sauf sur ces très petites surfaces appelées mini-quilts ou quilts de maison de poupée. Je voulais moi, quelque chose de plus étendu. Chacun des ouvrages présentés dans cette partie intègre donc peu ou prou la « mémoire » de ceux qui ont précédé et qui étaient déjà conçus  en partie   « pour ne rien perdre ». Il m’arrive même de songer que je travaille à une surface unique mais que des commodités pratiques m’obligent à fragmenter.

                Les cloisonnements et différentes parties de ce livre ne sont donc que pour la clarté de la lecture et la commodité de présentation.

                Ces quilts finis d’ailleurs il reste  souvent quelques-uns de ces carrés appelés blocs. Il arrive aussi que chemin faisant je renonce à poursuivre  tel projet juste ébauché. Il  y a bien sûr la solution coussin ou surface plus réduite.

                Mais si on veut élaborer un ouvrage plus important  la coutume est de faire avec ces esseulés ce qu’on nomme des quilts d’orphelins et une telle surface est toujours une aventure pour moi dans la mesure où j’ai horreur de trop planifier -quoiqu’on le recommande.

    .           Ces quilts sont de tous ceux qu’on peut réaliser les plus farfelus et les plus nostalgiques.  Ce sont aussi des sortes de synopsis des projets achevés (le surplus) et des ébauchés (les abandons), ils contiennent donc l’accompli et l’inachevé, la persévérance et la paresse  et en ce sens ils dégagent souvent un charme particulier. J’ai coutume de dire que ce sont eux qui ressemblent le plus à notre tissu de vie puisqu’on y intègre des parties contrôlées, voulues, construites, mais aussi tout ce qui aurait pu l’être. Ce qu’on a laissé, et ce qui nous a échappé.

                J’aime l’idée de faire quelque chose aussi de mes « infidélités » et de mes négligences. Et aussi de la folie douce qui me tient de commencer des dizaines de chantiers simultanément, sachant pertinemment que si tous ces départs me sont éminemment nécessaires, tout n’aboutira pas à ce qui est au prévu initialement. Je ne peux créer que dans le trop, mais même l’excès exige une sorte d’ascèse.

                Ensuite c’est affaire de hasard et de rencontres.

    J’ai travaillé d’abord avec des bandes étroites d’étoffes pour lesquelles j’ai cherché des emplois, l’idée de les coudre sur un tissu de fond et d’y retailler des motifs est évidemment aussi ancienne que l’art que j’exerce. Pourtant elle demeure assez  peu exploitée ; la tendance contemporaine étant plutôt à rechercher des tissus parfaitement assortis ou à peindre ou teindre les étoffes plutôt qu’à la reconstitution par étoffes diverses juxtaposées.

    La machine à aiguilleter permet aussi un recyclage différent mais je n’aime guère l’utiliser avec des morceaux dont j’apprécie le motif ou le tissage car elle détruit   en incrustant. C’est une machine cruelle-et dangereuse pour les doigts car on travaille sans protection aucune- mais qui produit des textures intéressantes pour le travail des fonds. photo 8

                Tout cela est une sorte de vivier de créations futures, aussi  y aura-t-il dans cette partie de l’ouvrage autant de chantiers, d’essais,   de « voies vers » que d’ouvrages accomplis.

     

     

                                

                Plus tard, je me suis penchée sur le problème des lisières, les triant classant et observant. Les lisières des tissus  américains ou anglais comportent, outre les palettes de couleurs et la date de création, des indications de fabricant, stylistes, collections  dont les noms peuvent faire rêver. Mis bout à bout ces mots peuvent constituer ne sorte de « cadavre exquis », d’autres lisières ont, elles, un intérêt de texture et toutes présentent cette double particularité d’une étoffe plus épaisse et rigide et d’un bord qui même frangé ne s’effiloche pas. Les lisières sont donc des morceaux prisés de beaucoup d’artistes textiles et même si je les ai jusqu’à ce jour assez peu utilisées, elles sont la source de projets en gestation.

                Après les lisières viennent les morceaux irréguliers et disparates, ceux qui restent sur l’accoudoir de mon fauteuil-atelier. Là, diverses pistes se sont offertes à moi.

                La plus simple est celle des emberlificotages,   j’en ai réalisé plusieurs, dans lesquels je mêle  parfois une pensée qui m’a traversé l’esprit à ce moment là. Là, l’élaboration s’échappe à peine du « magma » originel que constitue le fouillis de fils et débris divers. Je ne les en tire que pour les emmêler de nouveau.

    Parfois je les stocke dans de grands sachets et j’en fabrique des sortes de cylindres à inclure dans des surfaces futures, mais aussi tout simplement m’inspirant de ce qu’on nomme les « fantasy fabrics », je les emprisonne sous tulle et voile et je les rebrode. L’idée reste toujours sous jacente de les utiliser ensuite dans des géométries dites classiques.

                Parfois aussi je les dispose sur une surface en laissant des vides que je comble ensuite par des broderies ainsi est née la série dites des « improvisations ». Le titre se trouve presque  toujours après coup, quand il s’impose

    NB Post scriptum  :  Cette partie a été développée dans la série toujours ouverte : "les beaux restes" , "les petits arrangements avec la vie", la série entre deux,  les livres textiles d'échantillons ou d'essais réintégrés à un ensemble . C'est toujours du patchwork ....

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  • Jeux d'étoffes Ecriture et art textile

    • Le 16/04/2022

    Si je résumais en schématisant  mon cheminement créatif je dirais : « j’ai d’abord brodé, puis j’ai écrit, puis j’ai assemblé des tissus, j’ai assemblé et brodé. Je me suis remise à écrire et tout naturellement j’ai cherché des passerelles entre l’écriture notamment poétique et les tableaux textiles ». Plus exactement : sans rien chercher, l’idée qu’il y avait lien entre ces deux sortes de création s’est imposée à moi. Il serait simpliste d’affirmer que les mots correspondent aux carrés de tissus, que l’assemblage en serait la syntaxe, la broderie la calligraphie. C’est évidemment beaucoup moins tranché que cela, mais il est indéniable qu’il existe une relation et pas seulement d’étymologie entre textes et textiles. Même si les deux langages demeurent fondamentalement différents, le fait de les avoir pratiqués  a tracé en moi tout un réseau de correspondances ; des mots et de leurs rythmes, des visions peuvent naître qui donnent naissance à des images  que le tissu rend palpables, tentative de donner corps à l’indicible qui se sait dès le départ vouée à l’imperfection, mais qui vaut la peine d’être tentée.

    En fait mon tout premier essai d’association de ces deux moyens d’expression fut modeste. Il s’agit un quilt d’enfance créé pour ma fille, autour d’un tout petit bout d’étoffe ancien représentant le petit chaperon rouge et le loup. J’ai tenté réellement  de raconter l’histoire en tissus, notamment en choisissant des motifs qui avaient un rapport avec les faits, les décors, les personnages, mais sans abandonner la géométrie.

    L’expérience a continué avec les crazys quilts, j’ai écrit précédemment combien cette forme d’expression « libre » m’avait séduite. J’ai d’abord, comme on l’a vu, illustré des contes de fées ou des légendes et c’est en réalisant de tels ouvrages que l’idée m’est venue d’illustrer des poésies.

    J’ai commencé par les miennes, mais le hasard a voulu que je rencontre juste à ce moment  gravitant autour de .la Librairie Galerie Racine, des poètes qui m’ont laissé illustrer leurs œuvres. Cette histoire est aussi d’amitié. Tissage triple donc des tissus, des textes et des relations humaines

     

    Expérience intimidante, mais exaltante. Au départ il n’y a en général pour le public aucun rapport entre un assemblage d’étoffes et un poème. Les illustrations des ouvrages de poésie sont quasiment toutes graphiques, picturales, ou photographiques. Pourtant l’étoffe est un medium qui se drape  en quelque sorte sur l’essence du texte, pourvu que celui-ci se laisse imager.

    Le tissu est une matière qui sollicite à la fois le regard, l’esprit et les sens (le tissu se touche, se respire). Il peut donner corps en quelque sorte à cet autre langage de l’âme qu’est la poésie. Il l’incarne.

    Il ne s’agit pas, bien sûr d’une conversion ou d’une traduction de mots en étoffes, et il m’a semblé qu’il  y avait deux écueils à éviter.

     D’abord, l’évasif qui fait que regardant la représentation, on n’arrive à établir aucun lien avec le texte et on se dira que l’illustration pourrait aussi bien aller avec n’importe quoi d’autre; et le littéral qui se voudrait traduction exacte et lourde d’un langage dans un autre. L’idéal étant pour moi dans une parenté sans trop de dépendance, chaque œuvre gardant son autonomie, le textile restant lisible sans le texte (l’inverse étant évident) mais la vision simultanée des deux faisant germer d’autres sensations, d’autres émotions, d’autres lectures.

    Je ne voulais pas non plus utiliser systématiquement les mots comme  calligraphie surajoutée sur le tissu, mais je ne désirais pas me l’interdire absolument. Je parle ici de l’illustration de mes œuvres, car pour celles des autres, je respecte en la matière le désir du poète s’il est exprimé.

    Pour ces ouvrages on comprendra qu’il est impossible d’expliquer comment ils se sont élaborés ; j’invite donc juste à regarder ensemble le texte et le textile qui l’accompagne

    Il a suffi bien souvent de prendre appui : sur le rythme, sur les images, et alors les mains vont droit à ce qu’elles cherchent. Expérience un peu magique où la transe du poète traverse aussi l’illustratrice, les formes s’imposent, la surface s’organise. Le texte reste référent  « rassurant » si les doigts tombent en panne.

    Une première série de texte-iles a été exposée en mai 2004 à la Libraire Galerie Racine, à Paris.

    Après avoir illustré des poèmes « individuellement », j’ai tenté d’imager ’un thème « le Coquelicot » dans ses recoupements avec la poésie.
    Le coquelicot- et son grand frère le pavot-  est un peu ma fleur emblématique celle avec laquelle j’ai joué enfant, qu’on trouve en abondance dans mes jardins textiles et réels. Image à la fois de féminité (renversée la fleur devient jupe), de vie joyeuse champêtre idéalisée sans souci, mais aussi de sang  et de mort sur les champs de bataille. Opiacée, mais avec une relative innocuité.

    Parallèlement j’ai mis en route l’expérience encore inachevée du Chant des Couleurs, essai d’écriture simultanée de textes et de textiles, présenté sous formes de diptyque. Dans ce cycle encore inachevé, l’écriture a amené des retouches au textile et vice-versa, dans une sorte d’osmose.

    Voie ouverte à d’autres expérimentations, encore à  découvrir. Inverser, par exemple le mouvement premier : écrire ou inspirer un poème ou un texte à d’autres avec comme point de départ un tableau textile, rechercher dans les textiles cousus antérieurement ceux qui auraient accointance avec ce que j’ai écrit avant ou bien plus tard, commencer un ouvrage avec l’écriture et en proposer une fin textile, travailler sur le palimpseste…. Les pistes manquent moins que le temps pour les frayer, ici je les partage dans l’espoir que ces idées, si ce n’est déjà le cas, germeront ailleurs au moins ou aussi.

    Nb dix ans après ; cette voie a été développée dans beaucoup de directions  , le chant des couleurs est terminé, et j'ai fini pas  mal de livres où le textile est considéré comme un langage  par les combinaisons de ses jeux et de ses moi tifs en impresion, tissage ou broderies, écrit deux livres alliant textiles et poésie le précis de  botanique alternative  et Touches . On peut en voir le détail dans la rubrique expériences textes textiles et l'index de mes oeuvres et ouvrages.

     

     

     

     

     

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  • Jeux d'étoffes : luxe et volupté

    • Le 09/04/2022

     

    Mes premiers désirs de collectionneuse d’étoffe m’ont portée au départ, vers les petits morceaux coloriés et variés  de cotonnades faciles à assembler.

                Si mes toutes premières compositions textiles attestent que j’utilisais à peu près toutes les sortes d’étoffes que je possédais, ce n’était pas alors par choix, mais par ignorance des « règles » selon lesquelles on coud un « vrai » quilt, et aussi parce que  se procurer des étoffes spéciales pour cet usage n’était pas si aisé qu’aujourd’hui.

                La géométrie s’accommode mieux de tissus d’épaisseur moyenne et qui se laissent travailler sans s’étirer ou pocher. De plus comme mes premiers ouvrages étaient des couvertures pour mes enfants, il existait aussi un impératif de facilité d’entretien.

                Je stockais cependant sans idée définie, tout le reste : jerseys, tissus en viscose, dentelles, velours, soies. Avec pour ces dernières étoffes des fantasmes rentrés de bals, de valses viennoises et de crinolines froufroutantes.

                J’en glissais quelques morceaux ça et là, quand leurs coloris ou motifs me paraissaient intégrables à l’ouvrage ou aux ouvrages en cours. Je les doublais d’une fine toile à patron pour les stabiliser et tant pis si l’exactitude de l’assemblage souffrait un peu de cette entorse aux « normes en vigueur ».

                L’envie d’ouvrages plus somptueux m’est venue par l’achat de tissus américains des créateurs Hoffman et Kaufman qui tous les ans éditent des collections à tirage limité d’étoffes en coton mais ornés de motifs dorés ou argentés.. L’idée était de faire un quilt pour Noël chaque année ; plus luxueux que les autres, sorte de cadeau à l’ensemble des miens.


                Restaient les autres tissus, non prévus pour ce type d’ouvrage.

                Je me posais comme souvent et maintenant encore la question de base : « qu’en faire ? » celle qui au fond résume toutes les autres démarches, le désir premier étant vraiment de bâtir quelque chose avec ce que  je possède, avant même de vouloir que le résultat soit utile, expressif, esthétique, artistique  ou tout autre dessein.

                Une réponse m’est venue par le biais des crazys quilts, dans leurs techniques et versions anciennes.

                Leur surface où les morceaux sont assemblés selon les hasards des chutes –le but était de ne pas gaspiller ces étoffes luxueuses- m’ont attirée car lorsqu’on les regarde on perd tout à fait les repères habituels du goût. On échappe aux rigueurs de la géométrie, mais pas tout à fait puisque les surfaces sont construites, le plus souvent, dans les ouvrages anciens, à partir de carrés qu’on remplit de chutes colorées et rebrodées. J’aime trop la géométrie pour l’abandonner tout à fait aussi ai-je testé en ces surfaces l’emploi d’autres formes.

     On ne sait pas si c’est très beau ou très laid ou les deux à la fois, et surtout, un tel ouvrage permet une grande liberté d’utilisation des étoffes, si on travaille sur un tissu de fondation assez costaud pour supporter les variations d’épaisseurs sans tiraillements ou déformation. Même si deux ou trois livres feuilletés m’ont appris que là encore il existait des habitudes et des « on doit absolument  faire ainsi »,  ou autres  « ne pas mélanger ça et ça, » conseils au-dessus desquels je saute allègrement à pieds joints. Et je recommande à quiconque veut s’exprimer authentiquement d’en faire autant…Le maître mot serait : oser. Ce genre de « risque » n’est tout de même pas mortel.

                Me séduisait surtout l’importance de la broderie dans ce type d’ouvrage, utilisée à trois fins : consolider, orner, et signifier.

                Je suis donc partie pour l’aventure d’un grand crazy , que je nommais l’Arlequin fou (photo) et dont chaque morceau carré me rappelle soit la personne qui me l’a donné, soit un moment de ma vie. Il n’y a pas un seul tissu acheté dans cet ouvrage, et il allie sur  sa surface les dentelles main les plus précieuses et de la  toile à matelas ou à transatlantique, les soies délicates et l’humble jersey nylon. Mon seul guide était la couleur et les textures. La broderie unifie tout, et si ce fut un très gros travail, étalé sur dix ans, ce fut surtout une très grande joie.  De l’élaborer, de le broder et  tout à la fin de le contempler et même de dormir dessous. Je n’ai renoncé à ce « privilège » qu’en raison de la fragilité de certains tissus anciens de l’ouvrage. Je suis  malheureusement assez souvent partagée entre le désir  d’utiliser, de partager et la nécessité de préserver.

    Ce premier ouvrage me donna l’envie de créer d’autres surfaces usant de la même technique.

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                Plus tard j’ai agrandi ma collection de quelques soies lyonnaises et j’ai eu  la chance de trouver fin 2006, un antiquaire qui se débarrassait des collections d’échantillons de la maison Abraham, soyeux lyonnais qui ont travaillé pour 

     

    la Haute Couture. Ces étoffes, qui datent des années 60-70  sont de pures merveilles, mais contrairement à d’autres, elles ne provoquent pas en moi de timidité, je n’ai pas peur de les gâcher en les utilisant au contraire je me sens comme appelée à chercher autour et trouver des moyens de leur redonner vie, plaisir aussi de les partager avec quelques amies qui en sont aussi « amoureuses » que moi. Il s’agit de les conserver mais surtout,  trouver pour chacune de ces étoffes une place dans l’ensemble de mes ouvrages  reste une sorte de stimulation à mes créations actuelles et futures. Il me suffit souvent  de passer un après-midi à les manipuler pour que les idées arrivent en rang serré. Je note tout dans mes carnets et lorsque l’état d’avancement de mes chantiers le permet, ou que je sens que le projet est mûr, je me mets en route.

    La beauté et la singularité de ces étoffes m’ont inspiré  notamment une série d’ouvrages, dédiée à des entités féminines mythiques ou mythologiques qui est encore « ouverte ». Voie parallèle à l’illustration de la poésie, que je débutais en 2003, qui fera l’objet d’un chapitre spécifique et à laquelle j’ai été amenée par la pratique du crazy .

                 Cet ensemble d’ouvrages plus ou moins  précieux et raffinés constitue un de mes cheminement non exclusif du reste, celui sans doute qui f

     

    ait le plus appel au sens du toucher.

     

     

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  • Jeux d'étoffes : bien-être et douceur de vivre

    • Le 08/04/2022

    Dans les débuts, il y a forcément  une histoire d’enfance…

    La mienne où les étoffes prenaient tant de place (ma mère tout comme moi gardait tout, mais c’était chez elle angoisse du retour d’une guerre, de personne qui a perdu presque tous ses biens, elle conservait sans désir de créer)

    Celle de mes enfants, puisque mon premier quilt a été conçu dans la longue attente de mon premier enfant adoptif et beaucoup des suivants parce que  le second exigeait de dormir entre deux de ces surfaces.

    Je voudrais ici défendre le goût des femmes à manifester leur tendresse et leur accord avec leur foyer en créant des petits bouts d’affection à donner, des surfaces où le regard se pose pour se reposer, aussi.

    Des haltes et des havres.

    Qu’on ne me dise pas que c’est mièvrerie, sensiblerie, voire affèterie. Sauf à considérer qu’aimer et le dire par ce moyen  est mièvre.

    J’admets très bien que la création puisse être pleine de vigueur, de  violence et même d’une laideur puissante. Je ressens cet aspect très profondément.

    Qu’on nous laisse aussi le droit à la délicatesse .A la douceur. Je plaiderai, jusqu’à la fin de mes jours, pour une force vive de la douceur. Si elle est à ce point déconsidérée, et souvent par les femmes elles-mêmes, surtout quand elles s’affirment comme artistes,

    c’est parce que c’est une valeur occultée, ou pire assimilée à une vision caricaturale de la femme confinée au foyer. Précisément, quand ce fut le cas, on peut noter que par le moyen des étoffes tandis que certaines copiaient à l’infini les modèles des magazines, avec plus ou moins d’interprétation, d’autres déjà  s’essayaient à des ouvrages plus personnels. Que ceux-ci soient  humbles et utilitaires ne leur ôte pas leur valeur esthétique quand ils en ont une.

    Pas plus que les autres, je ne me suis prise au sérieux et encore moins pour une artiste en créant des couvertures pour mes enfants.

    Mais c’est en le faisant que j’ai découvert à quel point c’était un puissant moyen d’expression. Il a suffi pour m’en persuader de voir la fille d’une de mes amies, tout bébé, parler à mon premier quilt comme s’il était une présence vivante.

    Je n’ai cependant jamais aimé les couleurs et figures imposées de l’enfance, l’obligation de tons pastels quand les enfants perçoivent surtout les couleurs vives, le côté « gnangan » et abêti de l’entreprise .Les canards bleus et les lapins pastel, les  figures faussement naïves.

    La tendresse peut se dire autrement et avec vigueur, même.

    Je cède en revanche au motif du cœur, parce qu’on le retrouve dans beaucoup de cultures et de livres de « poncifs », parce que sa forme me plaît et que j’assume ma sentimentalité.

     Parfois, le plus simple est le plus efficace.

    Il est arrivé assez souvent que mes enfants soient les commanditaires d’un ouvrage. Ainsi Atout cœur qui est l’adaptation très libre d’un modèle vu par mon fils dans  un livre. Il n’avait que trois ans, mais savait très bien ce qu’il voulait.

    Ou encore, ces « escargots » entièrement improvisés, ma fille choisissait les tissus à leur arrivée, je taillais et cousais.

    Il y a aussi ces quilts que j’ai faits juste  pour accompagner des moments de sérénité intime, quand on partage thé ou café avec quelques amis. La tradition anglo-saxonne possède beaucoup d’exemples de ce qu’on nomme quilts « cosy » ou tea party time.

     Ces ouvrages pourtant n’ornent pas les murs de ma maison, ils sont plutôt conçus comme une expression libre d’un quotidien parfois délectable. La fonction de ces ouvrages est multiple et ordinaire ; réchauffer, décorer et donner l’idée d’un certain bien-être, de la joie simple d’être en vie.

    On  y retrouve mes constantes : tissus imprimés et variété, désir de ne rien perdre de mes trouvailles, de leur trouver une place dans une des surfaces ainsi créées. Ainsi les tasses à thé où la soucoupe et la tasse ne sont pas taillées dans le même tissu ; ni même dans des tissus coordonnés, mais des tissus assortis –ce qui n’est pas la même chose. Et comme dans la plupart de mes ouvrages, j’ai lié ma vie et mes réalisations par le biais des tissus gardés : robes de mon enfance et vêtements de mes enfants, par exemple.

     Domaine aussi de la délicatesse des dentelles annonçant déjà le chapitre suivant, mais ici elles sont plutôt présentées ous l’angle de la tendresse

    .

       La dentelle et la broderie anglaise sont en elles-mêmes des matériaux autour desquels j’aime à travailler en les traitant parfois exactement comme s’il s’agissait d’un tissu « ordinaire ».

    Et puis la douceur de vivre c’est aussi la terre d’élection des coussins. J’en ai réalisé des dizaines que j’ai donnés sans en garder trace. Je les retrouve, à l’occasion chez la famille et les amis et j’ai parfois complètement oublié leur réalisation.  Le coussin est aussi mon domaine d’essai : quand j’ai envie de tester un agencement ou un motif, je couds quatre  blocs et je laisse reposer, si je ne choisis pas de bâtir une surface plus conséquente, j’en fais un coussin. C’est du domaine de l’abandon consenti, le repos des guerriers que la vie contemporaine nous oblige tous à être, hommes ou femmes, peu ou prou.

    Et que celui ou celle  qui n’a jamais  aimé poser sa joue sur ces petites choses tendres et inoffensives me  jette… le premier polochon.

    J’ai parfois des fantasmes d’exposition « free hugs » où j’installerai quilts et coussins par terre en invitant le public à faire par-dessous tout ce qu’il lui semblerait opportun de faire. D’ailleurs quand on séjourne chez moi on dort sous des quilts et on s’assoit dessus, on se roule dedans. Ils rejoignent la vie, dont ils sont issus. C’est dans l’ordre des choses. Et honni soit qui mal y pense.

    A  ces ouvrages on peut associer les objets brodés que  j'ai ralisés de ses débuts à 2012  notamment  pour la revue Broderie d’art et que je garde rarement pour moi. Je ne trancherai pas l’épineux problème de savoir si ça embellit la vie ou si ça l’enjolive seulement. C’est comme on veut.

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  • Jeux d'étoffes : Jardins et mondes végétaux

    • Le 26/03/2022

    NB Suite des textes de présentation  du livre publié en 2010 . depuis il ya eu beaucoup d'ajouts côtés floraux dont la botanique alternative , et quelques autres jardins en surfaces textiles, broderies aussi . On peut voir dans l'index  notamment lettre J . Fleurs imprimées, fleurs brodées fleurs dessinées .  Et je suis toujours jardinière. Tant que je peux physiquement, je le serai.

    Les tissus à motifs floraux ou végétaux sont presque toujours, dans une collection d’étoffes ou de papier peint, les plus nombreux. La mienne en comporte plusieurs centaines.

    La fleur est par essence ce qui sert à décorer et à parer. Elle porte aussi nombre de symboles, dont je ne ferai pas ici le catalogue, tant ils sont connus de tous.

     Ces motifs laissent rarement indifférents, attirants invinciblement pour les unes, ils sont pour les autres la marque-même du banal, voire du  joli, de la mièvrerie à éviter.Les tissus à petites fleurs naïves notamment sont la bête noire de certaines artistes textiles contemporaines qui le plus souvent les jugent niais ou trop rustiques. Sans prestige. Marqués par leur usage dans des vêtements  démodés ou objets désuets. Ou bien encore liés aux classes populaires, à l’idée « bas de gamme », si on excepte les célèbres et coûteux  Libertys. Peut-être aussi à l’enfance et donc à une certaine immaturité.

    « On en voit trop », me dit-on.  « Ils font trop patchwork » va-t-on jusqu’à affirmer. Eh  bien, mais : c’est justement ce que  je fais, du patchwork.

    Pour moi, ils évoquent tout autant une sorte de grâce discrète et sans prétention  et les simples de nos campagnes qui ont le pouvoir de guérir.

    Surtout je ne vois  pas en quoi un motif plutôt qu’un autre serait ou non entaché de naïveté excessive ou de mièvrerie ailleurs que dans le préjugé dont on arme son regard. Ainsi est fait le jugement de la mode qui brûle ce qu’il a adoré et rejette au fond du panier ce qui, quelques années plus tard, reviendra sur le dessus, lors d’une résurgence d’un « flower power ».

    Je travaille plutôt dans la constance. Ce qui a valeur à mes yeux  ne se déprécie  pas au gré des tendances, et je continue à l’utiliser si je le juge nécessaire. Être libre, ce n’est pas « suivre ». L’innovation qu’on décrit comme tellement incontournable, sera alors davantage dans la recherche de façons  personnelles d’utiliser ces motifs « usés » et d’esquisser des pas inédits sur les sentiers dits rebattus, plutôt que d’avancer au rythme des autres sur des pistes prétendument inexplorées.

    Aimant la terre j’aime aussi les fleurs, et les faire pousser, mais la région que j’habite ne permet  pas de profiter de son jardin aussi longtemps qu’on le souhaiterait et je crois que c’est une des raisons pour lesquelles j’ai aimé créer ces quilts que j’appelle mes jardins d’intérieur et aussi intérieurs.

    Car dans ces constructions florales, il peut y avoir comme dans tout jardin l’expression d’une poésie, voire d’une spiritualité. Pas pour rien qu’aux fleurs sont attachés toutes sortes de symboles qui recoupent les sentiments de l’âme humaine, et que  ceux-ci varient selon les époques et les pays. Je pense notamment aux codes qui correspondaient aux  broderies florales dans les crazys quilts[1] de l’époque victorienne et qui permettaient aux femmes  d’exprimer leurs émotions et sentiments silencieusement, mais combien subtilement.Et même si je ne  m’en suis pas, « à la lettre » inspirée, il est certain que je n’utilise pas les fleurs uniquement pour leur valeur décorative.

    Comme à chaque fois je suis partie d’une observation attentive des étoffes et c’est déjà assez pour se rendre compte qu’outre les classements d’échelle, de couleurs et de valeurs etc.  expliqués précédemment, on pouvait aussi s’attacher à la manière dont les fleurs étaient représentées, et notamment à l’existence de deux grandes catégories de motifs floraux : les réalistes et les stylisés auxquels on pourrait adjoindre ceux que j’appelle les « tachistes et les impressionnistes ».  Il apparaît tout de suite que cette catégorie de tissus présente une prodigieuse variété, tant dans les coloris que dans les graphismes (...)

    Le passage supprimé montrait la diversité des étoffes à fleurs .

    Généralement ces motifs sont utilisés dans leur style :  c'est-à-dire que dans un quilt donné si la quilteuse  a décidé d’user de tissus stylisés anciens, elle ne va mettre que ceux-là, tandis qu’une autre qui voudra faire ce qu’on nomme un « watercolor » utilisera en coopération des tissus  réalistes et impressionnistes, une vingtaine suffira à produire un jardin dans un style « naturel » .Ou bien alors, on les assemblera en oubliant qu’elles représentent des fleurs, pour l’impression graphique d’ensemble qui de loin se dégage du fragment d’étoffe  et qui n’est pas très différent d’un autre géométrique, par exemple.

    On classe mes jardins dans les watercolors et je pourrai démontrer assez vite qu’ils ne le sont que par l’utilisation de dégradés de couleurs dans certaines zones. Je dois beaucoup dans mon étude des étoffes au travail de l’artiste anglaise Deirdre Amsden; bien que celle-ci marie toutes sortes de motifs  et pas seulement des tissus floraux dans ses quilts dits « colourwash ». C’est d’elle que je tiens la passion d’étudier les tissus  dans leur impact visuel global, mais aussi dans le détail de leurs motifs et coloris et l’art de glisser subtilement de l’un à l’autre. Je n’essaie  jamais de recréer un jardin pseudo- impressionniste avec du ciel, des fleurs et du sol. Ce que la peinture peut faire mieux, ne me semble pas nécessaire à imiter en étoffes.

            Et là encore la géométrie joue un rôle dans ces « clos fleuris ».
             Je pars souvent  comme dans mes autres créations purement géométriques d’une forme simple. Soit je l’utilise par répétition comme dans le Jardin de L’abeille soit je subdivise la forme de manière à en avoir des dimensions différentes. Ainsi ont été construits les quilts : Florilège, Plate- Bandes, le Jardin d’Arlequin ou Simplement un jardin.

            J’aime qu’il y ait plusieurs façons de regarder mes surfaces. Cet ensemble de possibilités constitue pour moi presque une structure « narrative », je dirai « anecdotique » si le mot n’était pas péjoratif. 

    Sur les fleurs et les jardins on peut lire aussi  cet article

     

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  • Jeux d'étoffes : impressions expressions Traditionnel ou géométrie ?

    • Le 20/03/2022

      Avat propos

    J'ai décidé , pour fêter ce quarantième anniversaire  en assemblage d'étoffes,  de publier les introductions aux grandes parties de mon livre paru en 2010 Jeux d'étoffes, impressions, expressions .

    La préface de Jean Paul Gavard Perret est déjà lisible ici .

    Il est évident que ce livre est bien plus "riche" que ces extraits   (200 pages  en couleur ) mais je ne peux pas le republier en version "augmentée" sauf si un éditeur l'acceptait tel quel en se chargeant de la maquette (on peut rêver !) -

    Ces introductions étaient suivies de présentation d'ouvrages  où j'expliquais mes "stratégies" et démarches . Je suis une coloriste et une assortisseuse ,Pour moi l'association des étoffes surtout imprimées est LANGAGE , e  je pense aussi à ertains ont su voir émerger autre chose que de jolis petits quilts pas trop mal faits ..

    La géométrie fait toujours partie de mes points de départ ... mais pas exclusivement et ce livre evidemment le montre. et si mes sources sont citées une source n'est pas un "modèle" qu'on décalque, un motif en noir et blanc qu'on utilise et avec lequel o compose sufft hélas pour qu'on sout tguée "traditionnelle" et donc son corollaire "sans imagnation" , les vraies artistes textiles c'est .. tout le resste.
    Pour la différence entre patchwork et quilt un pachwork textile est un assemblage de tissus -qui n'est pas forcément matelassé, le matelassage se fait un quilt (qui n'est pas forcément assemblé) . Mais l'usage confond assez souvent les deux et il ya un diktat du matelssage "obligatoire" pour tout ce qui est inspiré de la géoméotrie , auquel je ne souscris nullement .J'y reviendrai.

     

    On peut établir sans trop se tromper que tout motif existant est forcément géométrique puisque possible à tracer à l’aide d’une équation mathématique plus ou moins complexe.

                Mais quand on parle géométrie en matière de patchwork ce n’est pas ce qu’on entend. On y regroupe  toutes les surfaces élaborées :

    -à partir d’une ou plusieurs figures simples aisément reconnaissables : carré, triangle, rectangle,losange, trapèze, polygones divers,  cercle…

    - à partir des recueils de carrés –le plus souvent- dans lesquels s’inscrivent des lignes géométriques, appelés « blocs » et généralement attribués à la culture américaine. Il est bien évident que pour beaucoup ces motifs existaient ailleurs, et ce, depuis la nuit des temps parfois, et que ces anthologies ne sont pas exhaustives : on peut toujours tracer tout ce qu’on veut même à l’aide de simples lignes droites à l’intérieur d’un carré(ou d’une autre forme) prédéfini(e). Mais les américaines qui ont utilisé ces géométries les ont  développées, nommées, codifiées, classées et associées à leur vie et leur histoire, aussi quand j’utilise un de ces carrés ou bloc, c’est à  cette culture que je me réfère, comme on le fait d’ordinaire.

                Quand j’ai assemblé mes premiers morceaux d’étoffes cependant, j’ignorais absolument tout de ce qu’on appelle le patchwork américain traditionnel. J’ai pourtant, naturellement, utilisé des formes géométriques tout simplement pour leur facilité d’assemblage.  Je n’ai d’ailleurs découvert la tradition « américaine » que six ans plus tard, et je voudrais dire que si j’ai adopté assez vite, mais pas exclusivement,  la structure en blocs, c’est pour deux raisons. La première était pratique : à l’époque, mes enfants étaient petits et je trouvais plus facile de travailler une surface par fragments, étant très souvent interrompue dans mon travail,  la deuxième étant esthétique. Comme j’aime utiliser énormément de morceaux différents par leurs couleurs et leurs imprimés dans une surface, beaucoup plus que la majorité des quilteuses, j’ai saisi assez vite que la rigueur de la géométrie d’une part, la régularité de la répétition  d’autre part donneraient à mes quilts cette structure forte qui me permettrait toutes les « fantaisies » dans mes choix d’étoffes et de couleurs.

                Faisons un sort à la monotonie et au manque d’imagination qui seraient les corollaires de ces « géométries ». Je  dirai simplement que ce n’est qu’un moyen d’expression comme un autre que je pousse d’ailleurs parfois jusqu’à la redondance voulue; c’est  aussi un élément de stabilité et de « pacification » de mes surfaces, une sorte de halte proposée au regard quand il y a des centaines de tissus différents à appréhender, à la fois unis et dissociés selon qu’on les percevra d’une façon ou d’une autre, en composition avec leurs voisins immédiats ou en relation avec d’autres éléments plus lointains.

                C’est le « carcan » qui me  procure la plus extrême liberté. Sinon la confusion la plus totale règnerait. Je ne l’évite d’ailleurs pas toujours.

               

                Et lorsque j’ai testé d’autres moyens d’assembler les tissus, si je suis restée fidèle pour toute une part de mes ouvrages à cette géométrie, ce n’est pas par obédience à une quelconque tradition, mais parce que  je n’ai toujours pas fini d’en exploiter les infinies possibilités d’expression. Je ne m’inscris absolument pas dans la tendance qui voudrait que les quilts fondés sur des blocs répertoriés soient des ouvrages artisanaux bons uniquement pour un usage utilitaire ou ramenés à leur valeur historique de « copie d’ancien » pour perpétuer un art, dans une optique de transmission d’une certaine perfection technique et un respect absolu de ce qui nous a précédés. C’est une noble-et difficile- entreprise que je salue, mais qui ne m’attire aucunement.

                L’aide des logiciels spécialisés permet d’explorer  les infinis de ces géométries, et il ne s’agit pas seulement de juxtaposer et de colorier, mais de composer à l’aide d’éléments et de manière parfois très complexe, des surfaces expressives et singulières. Ces dessins ne sont évidemment pas de l’art textile, avant d’être transcrits en tissus, mon regret est souvent que ces centaines de schémas que j’ai créés en plus de dix années de recherche  ne donnent pas naissance, chacun, à un ou des quilts. Cependant c’est un vivier, pour moi-même et quelques autres qui n’hésitent pas à y puiser.

                La géométrie n’est pas non plus à mes yeux   un stade par lequel on commence, et auquel, si on veut être artiste, il faudrait obligatoirement   renoncer .On n’y reviendrait que pour des objets pratiques ou comme il m’a été dit souvent « pour se délasser » après s’être confrontée aux affres de la « vraie » création,  car on le perçoit presque  toujours comme une « facilité ». Ce serait dire que pour être écrivain, il faut renoncer à la narration si on veut se mettre à écrire de la poésie ou l’inverse. Et que la poésie c’est plus « facile » que le roman, ou l’inverse. On  voit bien que c’est absurde.

                Pour moi la géométrie n’est pas uniquement de la tradition, pas plus en tout cas que les paysages ou les quilts figuratifs qui sont en ce moment en plein essor,  même si elle repose forcément sur des poncifs et des schèmes rebattus, elle est un « genre » textile parmi les autres et je regrette profondément une évolution qui tend à la nier en tant que moyen d’expression vivant et continuant à se transformer. Ce n’est « figé » que dans l’esprit des personnes qui ne la pratiquant pas ou plus  ignorent son devenir et ses possibilités.

                J’admets  que ses structures fortes et répétitives  puissent ne pas parler à certaines sensibilités. D’autres au contraire s’y attachent comme étant la marque du « vrai » patchwork. Clivage si perceptible qu’à de rares exceptions près, la plupart des personnes qui regardent mes ouvrages « me » coupent en deux, les unes attirées par mes géométries où elles voient soit de la virtuosité technique, soit justement, ce respect raisonnable et rassurant d’une tradition, les autres par mes abstractions plus informelles et presque personne n’établit entre les deux de lien. Aussi un des buts de ce livre sera peut-être de recoudre les parties d’un ensemble qui me représente tout autant dans une tendance que dans une autre. Ou du moins le tenter.

               

                Je n’ai jamais cousu de quilt vraiment « traditionnel » au sens où on achète des étoffes en vue d’une harmonie préétablie, et ou on coud trente fois les mêmes tissus-ou des tissus très ressemblants- aux mêmes endroits. Je n’ai jamais de ma vie cousu deux fois exactement le même bloc.  Je ne veux pas ajouter l’unité à la répétition dans un but décoratif, comme pour un motif de papier peint, par exemple. Je trouve plus passionnant d’introduire, dans mes surfaces, autant de variété que possible, frôlant la confusion, parfois. Si j’y parviens, j’incite l’œil à regarder de manières diverses et surtout en s’appuyant sur des points de départ différents. Il n’y a dans beaucoup de mes surfaces ni début, ni fin, et où que vous les preniez vous pouvez toujours du regard reconstituer vos propres assemblages, et pas seulement par ce qu’on appelle les effets secondaires, c’est à dire ces dessins qui effaçant le carré de base en proposent une autre lecture et qui restent aussi un « poncif » de la tradition des quilts. Ces motifs-là le primaire –celui du bloc et le secondaire- restent « imposés ».

                Ce que j’aime à obtenir, c’est que le spectateur construise  ou reconstruise le quilt tout autant que moi. Et, cette « interactivité » la géométrie, m’aide à la mettre en œuvre, en raison, paradoxalement,  de ses lignes nettes. L’œil qui les suit va un moment les perdre, en raison du jeu sur les couleurs et les étoffes, puis les retrouver et ainsi de suite, mais une autre fois, ce sera un autre parcours. Sans compter que le jeu sur les valeurs crée aussi des reliefs, et des effets de luminosité,

    même si les étoffes sont toutes mates. Et, même si je regarde pour la centième fois le quilt qui me fait face sur le divan du salon, je ne vois jamais exactement la même chose. Pour moi, un quilt est réussi quand il possède ce pouvoir de fascination, de métamorphose infinie. Je ne dis pas que j’y parviens, mais que j’y tends.

                 Ainsi suis-je toujours frustrée d’un regard, malheureusement très fréquent, qui assimile mes surfaces (et pas seulement les miennes) à ce qu’on nomme avec quelque mépris dans notre corporation  des « resucées » de traditionnel au mieux du traditionnel renouvelé ou relooké.

                Ce que je bâtis, dans  tous les cas c’est une surface textile, où je tente de capter quelque chose de mes émotions et de les transmettre. Pas de faire un quilt en rouge et bleu sur le bloc « la patte de l’ours ». Ou de renouveler le dit bloc en utilisant la gamme de tissus à la mode que viennent de sortir les créateurs en tissu spécialisé, des couleurs insolites, ou une disposition inhabituelle. Je sais  bien que d’une certaine façon, on n’y voit aucune différence, surtout si on veut réduire toute œuvre à son genre. Je ne cherche à y mettre ni du nouveau, ni de l’ancien, je me sers des structures géométriques  comme d’une base graphique.

                L’essentiel pour moi est dans le choix et le nombre des tissus mis en œuvre comme un vocabulaire, pour exprimer quelque chose de particulier, il faudrait donc regarder aussi dans l’idéal chaque « tesselle » de tissu une par une et se demander : pourquoi ce tissu-là à cet endroit-là ? Car ce qui est important pour moi, c’est à la fois l’ensemble, saisi dans sa globalité (un quilt dit-on se regarde de loin), mais aussi le détail, en sa signifiance, et entre les deux les amalgames plus ou moins étendus de surfaces qu’on peut saisir. La mode actuelle est de travailler sur des « couches » de matériaux successifs qu’on superpose sur une étoffe, je cherche plutôt à obtenir des profondeurs en restant en surface, en établissant des niveaux de « visions » différents.

                Il y a toujours plusieurs temps dans mon travail ; souvent c’est l’idée des couleurs qui prédomine, se réveiller en se disant « quelque chose en jaune et gris ». A ce stade il n’y a pas encore de forme, mais ça peut être aussi bien « où intégrer cet écossais » ou « ce tissu « vert à pois gris » . Ça peut être une vision plus ou moins nette d’un dessin ou  tout au moins d’une structure ; la vision est toujours floue, à ce stade, c’est ensuite que de proche en proche elle s’organise. Floue au sens que je ne pourrais pas la dessiner, mais exacte au sens que je ressens au fond de moi ce qui, dans mon travail, va m’en éloigner ou m’en rapprocher, et c’est là qu’intervient ce que  je nomme l’instinct ou si on préfère l’intuition. Une œuvre construite au hasard c’est quand on prend tous les tissus sans contrôle aucun, comme ils viennent c’est l’optique de ce qu’on appelle les « scrap quilts »ou quilts faits comme beaucoup des miens avec une multiplicité de chutes variées.           D’autant que beaucoup de scraps quilts traditionnels sont construits sur un fond blanc ou écru justement pour que le dessin apparaisse nettement ce qui n’est pas toujours ce  que je veux obtenir. Une œuvre qui s’élabore par instinct, c’est quand la main et l’œil guidés par le travail intérieur que j’ai évoqué, par cette vision à la fois nette et fluctuante de la surface à atteindre, vont déterminer le choix, repoussant ceci, pour élire cela, déconstruisant et reconstruisant, jusqu’à s’arrêter à ce qui paraît le plus proche de la vision initiale, laquelle, évidemment, si la réalisation s’étale dans le temps , se métamorphose. Il n’y a rien de figé, de prédéterminé dans ce cheminement, sauf peut-être ce que  je nomme la stratégie de départ. Encore souffre-t-elle des dérogations.

                Le dessin, le plan sont pourtant nécessaires, mais souvent ce n’est qu’une cartographie dont on peut s’éloigner. Il est très rare que des modifications n’interviennent pas, et le plan qu’il soit en noir et blanc ou en couleurs, n’est qu’un dessin sur du papier. L’essentiel du travail ne sera jamais là, mais dans un choix précis d’étoffes et de nuances, où chaque chose doit paraître à sa place et que,  même s’il avait été possible d’intervertir les éléments, tout aussi esthétiquement et légitimement, le regard justifie les décisions prises. Il faut de plus, travaillant par fragments sans cesse anticiper dans son esprit l’aspect final. Beaucoup composent après coup en agençant les blocs sur un mur avec du recul. Je procède parfois ainsi, mais le plus souvent je construis des rangées et je couds l’une avec la suivante sous les yeux et ainsi de suite. Arrivée au bout, il peut se produire que j’intervertisse l’ordre premier, que je déplace tel ou tel élément, mais c’est plutôt rare, parce que précisément, le « dessin » principal est en moi, beaucoup plus que sur le papier. Il est en moi déjà, dans l’élaboration de chaque élément. J’ai coutume de dire que si chaque bloc s’équilibre au niveau des couleurs, des valeurs et dans le choix des étoffes, l’ensemble -sauf accident- sera aussi équilibré, harmonieux et signifiant.

                Et surtout, le dessin géométrique  n’est pas l’essentiel il n’est que l’élément structurant d’un ensemble complexe.

                Il faut y ajouter les couleurs bien sûr, dont le choix totalement libre et dépourvu de tabous  non pas par désir de provocation ou de pseudo-originalité, mais par liberté que je m’accorde. J’aime à représenter la même  nuance par un maximum de tissus différents, ce qui n’est pas si simple qu’on peut le penser : les nuances doivent être assez proches pour que l’effet d’ensemble ne se perde pas totalement, mais suffisamment variées justement, pour permettre à l’œil d’autres lectures que celles d’un quilt où le rouge est toujours représenté par la même étoffe ou tout au plus par une presque identique. Il faut jouer sans cesse entre l’effet d’unité et l’effet de dispersion.

                Au dessin de la cartographie première, vont s’ajouter le relief et la profondeur donnés par le choix des valeurs (clair-moyen-foncé), on pourra procurer l’illusion de la profondeur ou au contraire de l’avancée, on pourra aussi choisir de gommer le relief par un choix de valeurs proches avec toutefois des dérogations. Ceci ne m’est bien évidemment pas particulier et nombre de quilteuses jouent avec ces possibilités, mais chacune le fait à sa manière.

                Et ce qu’il y a de plus particulier à notre art, c’est bien précisément le choix des tissus.

                Les tissus unis, ou sans motif trop marqués, accentuent à la fois la géométrie et l’effet de relief.

                C’est un choix respectable, surtout si on songe aux merveilles produites par les Amish, mais  ce n’est pas le mien.

                A ce stade on est encore  très proche d’un dessin  qu’on pourrait peindre et la part du tissu en ce qu’il a de particulier n’est pas primordiale; et pour moi, ce le tissu a de plus particulier en dehors de sa texture (que j’aborderai plus tard) et de sa couleur dominante, ce sont ses motifs.

     Associés à la géométrie, au travail sur le dessin et sur le relief, ce sont eux qui en dernier ressort guident l’œil d’un fragment à un autre. Ainsi y aura-t-il toujours, des rappels de couleurs qui forment un « chemin » parfois interrompu, mais aussi des rappels de formes, aussi bien dans le carré basique qu’on appelle bloc que dans l’assemblage des blocs en zones, puis en rangées, puis en surface. Il y aura des zones plus ou moins saturées en couleurs, plus ou moins compactes, plus ou moins brouillées par les motifs. C’est une construction progressive, où rien n’est au départ figé et préétabli mais où rien non plus n’est l’heureux effet du hasard.

                Ce travail dont on dit à tort qu’il est plus facile « parce que les erreurs se  verraient moins » est presque toujours chez moi une lutte entre le « trop » et le « pas assez », c’est pourquoi, je m’impose au départ des règles. Je ne les détaillerai pas ici, car elles sont expliquées sous chaque ouvrage, mais on peut en donner un exemple « rien que du bleu » mais s’accorder le droit à toutes les nuances de bleu y compris celles qui tirent sur une autre couleur (et c’est là que le classement élaboré au chapitre précédent se trouve précieux) les bleus tels que moi, je les vois et que d’autres verront peut-être gris ou verts…et autour de ces bleus une géométrie stricte qui va permettre de savourer le jeu sur les étoffes .

                J’ajoute à cette variété et à la rigueur des structures, un penchant pour la miniaturisation.  Plus un morceau d’étoffe est petit moins j’ai envie de le jeter et tant qu’il est assez grand pour être assemblé avec des marges de coutures, il n’y a aucune raison pour moi que de pas tenter de le coudre ; cette miniaturisation, à l’égal de la géométrie m’autorise le choix d’un plus grand nombre d’étoffes et me permet de travailler mes fragments en les nuançant autant que je le juge nécessaire, mais en plus de cette notion esthétique, il y a l’idée d’une alchimie du « rien », ce que tout le monde jetterait, j’éprouve une joie indicible à lui donner droit de cité, plus un morceau est petit et négligeable, plus j’ai envie de lui trouver sa place. J’ai beaucoup plus de plaisir à ces minutieux assemblages qu’à découper le plus vite possible une dizaine d’étoffes assorties pour en faire une composition « classique », il est certain que construisant cette surface d’étoffes, je construis ou reconstruit quelque chose en moi et à l’extérieur  de moi. Il faudrait lire aussi mes surfaces géométriques comme un tout-qui serait emblématique de ma vie- et non comme des ouvrages différents, une série de « jolis » petits quilts, comme on me dit si souvent. Une surface composée de surfaces.

    Ps- on peut en voir quelques-unes sur la ligne suivante , mais se promener dans l'index les montrera mieux comme j'aime: faisant partie d'un tout . En égale importance pas en "occupe-doigts" . ou en stade  "bon quand on débute ..."

    Sur les géométries, on peut lire aussi des articles rédigés ultérieurement  :

    art textile et géométrie-1

    art texteile et géométrie-2

     

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  • Anniversaire : quarante ans d'art textile, : assemblage et broderie

    • Le 15/03/2022

     A dire vrai, j'ai touché mon premier chiffon pour le broder , bien avant 1982.

    1982, c'est la date de ma rencontre avec cet art ,au nom que je n'aime pas :  le patchwork, et encore moins son abréviation "patch" .  vous savez, qui est "un art textile, mais  pas de l'art textile" car pas assez contemporain, et pas conceptuel. ah là là .  et je dois l'avouer  au bout de 40 ans  de pratiques diverses et surtout d'études de recherche et de réflexions comparatives il y a toujours des  manières de le considérer, de le (dé) classer  ou de le pratiquer  qui sont aux antipodes de ce que j'aime à faire (et que j'ai fait ). Oui je sais on a le droit "de faire ce qu'on veut" du moment qu'on "se fait plaisir" summums de la philosophie dans nos domaines . le reste est "prise de tête" ..  J'y reviendrai, dans un autre article.

    Volons au-dessus des mesquineries et des incompréhensions et continuons .

    Pour  le détail des trente premières années je renvoie sur deux documents  : la série d'articles le bonheur en lisière  et mon livre paru en 2010 Jeux d'étoffes impressions expressions -préface de Jean-Paul Gavard-Perret. Je compte publier dans ce blog les parties de présentation de ce livre , épuisé aujoud'hui j'ajoute qu'un deuxième était prévu autour de la collection de soies Haute-Couture que j'ai réunies, mais j'ai dû y renoncer, je ne peux pas tout faire  et  j'ai eu le sentiment que ça n'intéresserait pas grand monde. Or c'est un travail de mise en page énorme .J'ai publié aux éditions lèse -art en e book un livre intitulé : Illustration d'un art obscur avec une préface de Josiane Hubert  mais il n'est accessible que par intermittence. Je compte donc le refaire .en le développant, en version papier, lorsque  que je serai venue à bout de l'édition de mes textes littéraires. 

    Dans ces douze années supplémentaires, j'ai continué donc : (ce n'est pas exhaustif mais je peux pas faire trop long) .

    - Mes chères géométries en usant de plus en plus de soies et de tissus divers , et croyez-moi même si je ne faisais que cela, il y aurait de quoi m'occuper à temps plein (mais j'aime aussi et autant d'autres formes d'ssemblages plus  les broderies !) Ces géométries partent soit de blocs dits traditionnels, soit de formes simples recomposant un tableau .

    Le feu sacr jacqueline fischer art textilejpg

    Le feu sacré- 2014

     

     J'y ai ajouté des quilts en bandes adaptations de certaines de mes images numériques pixellisées   :

    Jacqueline fischer art textile allegro vivacered 12

    allegro vivace 2013

    les livres textiles qui se sont multipliés ,Là c'est vrai j'ai l'air de suivre la mode.Je l'ai juste précédée ! . J'ai fait le tout premier en 2004 (d'autres ont commencé bien avant notamment aux USA ). Je voudrais rappeler que la particutilrité de mes livres textiles c'est qu'ils sont liés à une longue pratique de l'écriture poétique et narrative. qu'on comprrenne que pour moi faire un livre ce n'est pas donc uniquement entasser de jolies dentelles et bouts de tissus avec des pages de livres déchirées (on vend en assortiment sur un site ! j'ai découvert cela récemment ).ou bien encore des pages à thème (même si je n'exclus pas d'intégrer tout cela , mais à ma démarche particulière pas parce que tout le monde le fait) . L'écriture et le langage,  c'est lié en profondeur à mon être (même si cette profondeur n'est pas bien grande aux yeux de la plupart, je sais) . Cela ne veut pas dire que c'est réussi ou que ça vaut, ça veut dire ce que je dis et je supporte de plus en plus mal qu'on y voit un manque de modestie . Je préfère une immodestie supposée à une insincerité de fausse humilité.  

    J'ajoute que pour moi les blocs d'un  quilt sont des pages juxtaposées. J'ai fait mon premier quilt "narratif" en 1991 Loup y es-tu voir Index .Et notamment ces livres sont l'occasion pour moi d'approfondir ce langage des motifs et des points . comme dans les dialogues textiles . qu'on n'oublie pas que pour moi les mots ont aussi une dimension sensuelle , ne serait-ce que par leurs sons  et leur pouvoir d'évocation  cf à cet égard sur Les mots dépliés . Les motifs de tissus et les points c'est pareil mais au niveau visuel.

    Dialogues textiles jacqueline fischer 5

    dialogues textiles une page où les motifs se reprennent et se répondent

    les tableaux de la série Nous  , ceux-là reposent sur des images numériques . Aucun mal à ce qu'on les regarde comme du "vrai art" puisque ce n'est pas du "patchwork' à structure dite traditionnelle. Pour moi c'est une autre manière d'assembler des tissus -donc du patchwork) en jouant sur l'aspect  ébouriffé et le relief  mais sans oublier les motifs (et ici ils sont aussi donnés par les points décoratifs machine ) J'y travaille moins actuellement car c'est très fatigant pour mon dos , mais j'envisage d'y revenir . En formats plus réduits peut-être.

    adoration-nous-71.jpg

    , adoration série nous

    Quelques aventures textes et textiles supplémentaires dont le précis de botanique alternative, l'oeuvre Touches  ou encore le projet le temps qu'il fait dans le temps qui passe .   Le menu  "expériences textes et textiles les détaillent . La botanique alternative est à la fois un livre unique d'artiste et un livre imprimé  et figure dans l'édition de 2021 de mon Oeuvre poétique. Elle a  fait l'objet d'une recension critique . 

     

    Botanique alternative jacqueline fischer art textile

     

    .En 2015, j'ai aménagé une pièce disponible de ma maison et je l'ai appelée :la salle des machines, lieu d'exposition individuel et hors circuit. On vient pour voir (et pas seulemet mes chiffons), boire un thé ou un café . Hors mondanités. Je mentirai en disant que ça a attiré des foules et l'épidémie de COVId a un peu tordu le cou à ce projet (comme à d'autres). Mais sachez que c'est ouvert de nouveau surdemande - C'est aussi une page facebook .

      En 2019 des problèmes sérieux de vue   m'ont obligée à ralentir mon rythme (je ne peux plus coudre ou broder huit heures par jour ! ni faire un travail très fin , mais je suis heureuse que la chirurgie m'ait permis d'en préserver assez pour continuer encore un peu   j'en profite pour demander pardon pour les nombreuses fautes de frappe-ici et ailleurs- ; je suis dactylo exécrable et fixer les écrans pour corriger m'est difficile . Je le fais à chaque fois que je passe.

    J'ai ouvert aussi une recherche autour de mes "abandonnés" que je reconvertis dans une série appelés les Rogatons (et un livre  textile est en cours de réalisation aussi justement poour fêter ces 40 ans d'art textile par assemblage d'étoffes différentes et broderie.)

    les rogatons-3

    ROgatons-3

    La broderie aussi a pris une  plus grande place , du moins tant que ma vue me l'a permis, et notamment celles aux fils de soie , ou celles inspirée de mes oeuvres numériques . J'ai aussi redécouvert la tapisserie à l'aiguille que je couple avec de la broderie "classique" ou des appliqués de tissus ou dentelles.

    Elegance 3 jacqueline fischer broderie

    2légance -3

    Les dentelles ont du reste pris une grande place puisque mon oeuvre part d'une envie de colectionner les tissus pour ' "dire" " avec eux , la collection fait partie de l'oeuvre donc, c'est par ce choix des étoffes que j'accueille que commenvent ce que je nomme les "envides" On peut voir les archives du Nord à cet égard ou bien encore les tableaux Sens dessus dessous qui ont été exposés à Valenciennes en 2019.

    Sens dessus dessous rouge red 1

    Sens  dessus dessous d'après un tableau de Bouguereau pour la silhouette.

    .J'ai mis en place un index alphabétique avec le voeu pieux que les autres  créatrices "amateurs" ou  "domestiques" le fassent, et qu'elles songent que d'accepter que nos ouvrages ou oeuvres soient détruits après nous, c'est tout de même mépriser notre art et contribuer à sa relégation acceptée et à sa dévalorisation consentie .Avec rensegnements honnêtes sur emprunts éventuels et patents, s'il y en a et ce même en  ce qu'on nomme "contemporain".

    En ce qui me concerne, puisque souvent mes opinions dérangent et me valent mise à l'index. autant en faire, un .Qui lui même est mis à l'index ...on le consulte, mais on n'y fait jalmais référence .. ce qui constitue une parfaite mise en abyme, du reste.   Le deuxième but de cet index est de permettre la vente de certaines oeuvres au profit s'associations carutatives , après moi. Pour le moment qu'on le comprenne j'ai parfois du mal à m'en séparer  , de ces "tissus de vie" et je doute que nul musée n'en voudra. Faut pas rêver... je suis lucide. Et ce n'est malheureusement pas comme les oeuvres écrittes dont on peut faire dépôt à la BN .

    Je rêve toujours d'endroits comme au Royaume-Uni pour conserver ces oeuvres ,dûment documentées en sachant qui a créé quoi (dessin choix des points et matières, compoition réalisation et surtout démache eventuelle ! )  mais hélas dans  notre pays on conserve les tissus  côté "industrie" pas ce qui est créé de leur assemblage car on a un culte du tissage art roi , de la broderie(pourvu qu'elle ne soit pas domestique) mais le patchwork, on s'en fout ( sauf quand il est ancien .à la rigueur copie d'ancien ) .  Ou qu'il devient autre chose que c qu'il était originnellement et de manière si diverse si on avait bien voulu aller y voir (moi au bout de 40 ans je découvre toujours) .
    PS on peut voir aussi dans les articles la série overose ou triangulations qui sont encore d'autres pistes. On dit que Calamity Jane était  éclaireuse et découvreuse traceuse de piste.... Je ris!