présentation ouvrages

Les crazy quilts

J'ai découvert ce qu'on nomme crazy quilt dans les années 80 , grâce à un article de la revue Cent idées .rédigé par l'artiste Cosabeth Parriaud, artiste renommée dans notre "corporation".

 NB Pour les termes techniques je renvoie à l'article Questions de vocabulaire 2

Pour le profane je rappelle qu'on désigne ainsi les quilts , constitués de pièces très irrégulières. Enfin en principe ! Car on trouve aussi des "blocs" ces carrés fondés sur des géométries régulières notamment éventails et roues , et d'autres formes : le point commun coutures  rebrodées et les embellissements divers  . A noter qu'en France on a toute une tradition ignorée  de patchworks faits de pièces irrégulières, souvent brodés de manière différente, on peut en voir dans le livre de MIchel Perrier Mosaïques d'étoffes.

  Pour l'origine , on trouve deux théories : certains en font remonter les débuts à l'exposition de Philadelphie en 1876 où furent exposés des vases japonais craquelés; cela  aurait donné idée de faire pareil en tissus dans un pays où l'art du quilt s'est implanté mieux que chez nous. Pourtant il existe des surfaces en pièces irrégulières antérieures -et ailleurs qu'aux USA- et d'autres historiens du quilt pensent que c'est le nom qui date de cette exposition et non la pratique vu que des crazy quilts tout à fait "victoriens" ont été créés des décennies avant cette exposition . Les québécoises  les appellent "pointes folles". Il ya ces deux valences souvent retrouvées dans cet art du patchwork : soit l'économie qui conduit à utiliser les pièces dans leur forme récupérée, soit la richesse et la somptuosité qui conduit à choisir des étoffes, et à broder abondamment de fils et rubans de soie .Avec un mélange des deux :   on peut utiliser les dits tissus précieux en les découpant à sa guise ou en les gardant tels quels pour ne rien en perdre , retrouvant par là un désir d'éviter tout gaspillage.

Il  y a aussi des couvertures de pièces irrégulières sans broderies, des abstractions  dont les bords  seulement sont rebrodés, mais les crazys quilts  évoquent souvent les tissus luxueux de l'époque dite victorienne  : soies velours, dentelles où l'embellissement : broderies  notamment est primordial et d'une absolue fantaisie et variété : peintures, photos, images tissées (venues des bagues de cigare jadis) appliquées, pompons , franges, boutons , boucles de ceintures, objets trouvés,  restes de bijoux ,extraits de poèmes, de prières,rébus brodés, monogrammes . On  peut trouver de tout et un crazy révèle beaucoup de la personnalité et de la biographie de qui l'a  créé . Car s'il a existé assez vite des "patrons" on trouve aussi beaucoup de surfaces élaborées librement avec la fantaisie des chutes.

Assimilés aux crazy quilts, des quilts à motifs réguliers (souvent mêlés à des fragments eux, irréguliers) : notamment les éventails, les roues, les étoiles , certains kaléidoscopes , sont ornés à la manière des crazys  et usant des mêmes matéraux ;, il leur sont donc assimilés ainsi que les très classiques cubes (baby blocks) et log cabin en soie .

Adoré des unes , il est parfois détesté des autres.  Moi,  j'aime tout ce qui permet de s'exprimer de manière différente, avec des tissus assemblés.

 Je les trouve fascinants . ils se ressemblent et pourtant chacune a sa façon de s'exprimer avec tout  cet  attirail de tissus, de formes, de pointns d'embellissements. Par  a liberté , il a permis à beaucoup d'entre nous d'aller vers ce qu'on nomme (improprement à mon gré!) art quilts (pour moi la géométrie régulière est tout autant une expressio artistique, mais différement ).

Je possède une bonne douzaine de livres sur le sujet   et chaque artiste a sa manière -ou ses manières- d'aborder ce genre 'quiltique" . L'une donnera la priroté aux formes , l'autre aux étoffes, une autre encore aux embellissements -jusqu'à la surcharge, parfois -     amoureux du minimalisme s'abstenir même si on peut trouver des crazys quilts très  dépouillés -aussi-
 

J'avais déjà fait , dans le début des années 90, quelques ouvrages en coton et en gémétrie et séduite par la beauté des étoffes et surtout la présence de la broderie -j'ajouterai la possibilité de pouvoir user de tous les tissus même ceux qui s'assemblent mal ,de troubvailles diverses  ). m'a séduite .

J'avais  alors très peu de tissus précieux et   j'ai rassemblé ce qui restait encore dans la maison d'enfance (pas grand chose au vu que mes parents avaient eu leur maison pillée lors de l'évacuation ) . J'ai quémandé autour de moi  et  amis et connissances m'ont donné mes premiers trésors . 

 C'est avec cette base textile que j'ai d'abord fait un coussin pour un ami et devant son enthousiasme , je me suis lancée"  dans un projet plus vaste l'Arlequin fou . Mais déjà à ma façon. Je n'aimais pas trop dans les crazys anciens la forme basique des  carrés sauf disposés sur la pointe  et j'ai toujours eu des affintés avec le losange  que je trouve plus élégant . J'ai commencé en 1991 , et je travaillais surtout aux vacances d'été deux blocs par ci trois par là.) Je me suis rendu compte que broder demandait beaucoup plus d'énergie que coudre ... J'achevais en 2001  et ce crazy me fut demandé pour la deuxième exposition du festival de la Bourboule .  Le plan fut refait deux fois je voulais un dégradé de couleurs, des blocs monochromes, bichromes et trichromes pour passer d'une zone de couleurs à une autre , le but était de mettre en vedette les très belles dentelles blanches que j'avais récupérées  au centre .  Ce quit comporte toutes sortes d'étoffes toutes de récupération pas un seul tissu "américain" spécial pour patchwork dedans  dedans , des jerseys , des lainages ... des lamés or et j'adorais cette possibilité de tout mixer (je l'adore toujours) . En revanche je n'ai pas surchargé de broderies et d'ornements ,  je ne voulais pas noyer l'effet d'ensemble sous des fioritures et les détails sont souvent selon la tradition des crazys anciens des alllusions à ma vie d'alors et celle de mes proches. Les crazys c'est la partie la plus poétique et la plus autobiographique de mon expérience textile multiforme .La plus secrète aussi, malgré leur exubérance.

 c'est un grand ouvrage et un travail conséquent , monté et brodé à la main . Je dis toujours que je veux mourir dessous !

Arlequin fou2 red jacqueline fischer art textile

Pour  la même exposition de La Bourboule j'ai bâti sur le thème Continents un Pôle Position qui fut refusé pour vice de forme. Je laisse à juger s'il était si vicieux que cela :-)

Pole position detail jacqueline fischer crazy quilt

pôle position-2002 détail

PUis j'illustrai Peau d'âne dans une liaison texte-textiles et la grue blanche légendes japonaise qu'on peut voir dans l'article sur les livres en tissus.

Puis un peu plus tard et sur commande de la revue  pour laquelle je travaillais ce quit de cérémonie intitulé Célébration : (et je retrouvais le bleu et blanc)

Celebration art textile jacqueline fischer red 3

Puis un peu plus tard, toujours pour la même revue , cette étoile des neiges comme quilt de Noël :

étoile des neiges photo sup4.jpg

En 2011 je participais à une exposition avec tissus imposés : rouenneries et  drap d'elboeuf avec ce Rébus ou l'heureux mariage . le quiilt contient deux rébus  et le titre s'explique par la présence de tissus représentant un mariage villageois (et aussi par jeu de mors car assembler des étoffes si différentes d'épaisseur et ce style n'est pas si aisé !) :

rebus-4.jpg

Puis ce fut l'aventre du quilt Parfum D'enfance  dont l'histoire est racontée ici

pict1956.jpg

Mon dernier crazy quilt (si j'excepte les en-cours!)  c'est Flamenco qui me prit quelques années avec moult abandons ...et reprises   :

Flamenco crazy quiltred

:

Mais on peut ajouter quelques quilts précieux comme cet Avenir radieux  qui peut ête classé là vu que les tissus sont précieux soies et velours) et les coutures et centres rebrodés ):Uun avenir radieux red det jcqueline fischer art textile

 

ou ce crazy rose salon , intégré à la série over-rose très peu brodé , mais en soies et velours :

Crazy rose saloon jacquelie fischer 1jpg

A noter que la crazy rose -rose en crazy- est le nom donné parfois au log cabin décentré , ce carré constitué de bandes tournant autour d'une forme  régulière -pour le log cabin classique- ou irrégulière pour la crazy rose.

Des fleurs et des jardins

J'ai coutume de dire avec un brin de provocation qu'il y a -au moins- deux choses qui m'ont empêchée d'être une artiste  textile "contemporaine", du moins telles qu'on les définit et les apprécie actuellement  : mon amour des géométries en blocs (carrés ) que je me refuse à appeler "traditionnelles" et des fleurs. Je pourrais y ajouter mon amour des couleurs ...et des surfaces en bas-relief.
De la géométrie j'ai déjà parlé. Du relief aussi.


Donc allons voir sous  les roses ...puisque régulièrement si on prétend à autre chose qu'à l'exercice d'un aimable loisir, ou d'une activité juste "pour se faire plaisir"-pour moi c'est tout autre chose !- , on vous y envoie ! 

L obosol te over rose 2013 jacqueline fischer

L'obsolète série overose

L'histoire de l'art nous apprend qu'à certaines époques c'était en bas de l'échelle de l'art- en  peinture, le portrait tenant le haut du pavé ... mais elle nous apprend aussi que les jardiniers du roi plantaient des fleurs comme motifs pour les peintres en velins et les brodeurs, arts associés. A l'époque le décoratif était aussi lié à ceux qui avaient les moyens de se l'offrir donc nullement dévalorisé.  Corollaire de la science par la botanique et des  découvertes par l'importation d'espèces exotiques à "acclimater". Un palais oui, un château à la rigueur - ça magnifie ce qui y est inclus, mais certes pas une maison.

  Rien de féminin pourtant  dans l'habillement : Il suffit de regarder un pourpoint du XVIII° siècle  pour s'en rendre compte . C'est l'apogée d'une broderie d'or de soies et pierres précieuses .Et on ne me fera jamais croire que les aristocrates qui les arboraient étaient tous effeminés.

On peut par exemple voir ici ce qu'il en est

En broderie  donc la fleur est de loin le motif de prédilection et ce depuis qu'on a des motifs conservés largement devant tout le reste. Partout et à toutes les époques -avec parfois une concurrence ou une association avec les motifs stylisés- il existe peu de livres qui recensent les motifs de fleurs brodées au cours des âges , mais je pourrais citer  ceux de  Claude Fauque, ceux de Gail  Marsh et ceux de Thomasina Beck. Ils nous apprennent énormément aussi sur la vie des hommes leur histoire, et par derrière eux tous les codes, les symboles que les fleurs recélaient.

 "Les fleurs c'est joli ... les fleurs c'est banal ..." Et en art textile plus encore qu'ailleurs, même si l'histoire de l'art nous apprend que les peintres de fleurs n'ont pas toujours été prisés.

 " Les fleurs c'est juste décoratif, les fleurs c'est le féminin  donc ça manque de force" (ceux qui  affirment cela  n'ont pas lu le beau texte de Colette sur la glycine dans les Vrilles de la vigne). C'est ce qu'on me dit. Naturellement pas si c'est Gauguin  ou Van Gogh qui peignent des tournesols  ....Ou si c'est un grand brodeur qui brode sur des robes Haute- Couture pour un grand couturier.  Mais cela alors, qu'en dire ? :

 

 

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Motif floral sur écharpe de soie créé pour la revue Broderie d'art.

Donc si on est femme et qu'on veut  créer  des oeuvres fortes,  éviter les fleurs. Même les ronces. L'arbre à la rigueur si on tient  faire dans le végétal. Un arbre ça se dresse , ça s'érige. Une fleur ça s'étale, c'est mou , c'est joli, c'est tendre , c'est délicat donc c'est cucul la praline.  Naïve donc insignifiante.  Malgré tous les symbolismes qu'elle a toujours contenus ! Qui veut réduire amenuise, déprécie, classe en sous-genres. Délicatesse et grâce sont-elles manque de force ? Au sens de puissance d'évocation, pas  sûr ! Juste que prêts à penser, snobismes, militantismes mal conduits, adhésion aux modes du siècle brouillent une lecture claire de ces symboles floraux où on ne voit  trop souvent que  niaiserie, esprit simplet etc .

Même si une fleur ça exhibe son sexe souvent  double , sans vergogne, à tous vents et aux ardeurs de  ce qui nous reste de pollinisteurs, il n'est pas de bon ton de le souligner.

Mais étrange, des fleurs  on ne se  lasse pas. Dans les vrais jardins surtout  :-) où les jardiniers et les paysagistes, chance pour nous, ont encore le droit de les utiliser sans qu'on les taxe (trop)  de banalité. Si un jardin a pouvoir de nous faire rêver une oeuvre textile florale tout autant .

 

Prenons les fleurs brodées sur les napperons. Très à la mode dans les années 50-60 on pouvait les réaliser en simples exécutrices : on achetait le dessin pré-imprimé les fils et les points  les couleurs étaient choisies par la créatrice (avec parfois un échantillon réalisé ). On ne pouvait être louée alors que pour une exécution parfaite .Et,  de nos jours je sais  nombre de brodeuses  qui aiment à reproduire des  kits ou des modèles en vogue (la peinture à l'aiguille et la broderie d'or sont des moyens de montrer à cet égard son expertise -)

Les magazines féminins donnaient aussi des dessins en noir et blanc  et c'est avec eux que j'aime encore travailler (je peux dessiner des fleurs par moi-même je l'ai fait , mais quand je veux créer juste par  le travail du brodeur  ce sont  ces motifs que j'utilise et tout comme les géométries empruntées  du patchwork l'art ne se situe pas dans ces dessins souvent conventionnels mais dans l'utilisation qu'on peut en faire .

  Ainsi dans le livre textile Lucette et Jacqueline (s)  où ma  visée  était d'honorer la mémoire de deux couturières brodeuses -mes aînées-  et où les motifs naïfs ont été choisis en fonction de  la tonalité et du thème  de la page. Je n'ai emprunté que les traits, le travail de création en broderiee : choix des points, de couleurs placement dans une composition est de moi et c'est réellement une recherche personnelle  . Si je tiens à le souligner , c'est que cet art-là est gommé ! Même si ici je suis restée volontairement dans la  convention du bouquet tricolore bleuet-coquelicot-marguerite. Je signalerai au passage qu'un sujet banal choisi avec une visée spéciale, c'est une démarche pas une banalité involontaire parce qu'on ne sait pas imaginer autre chose !  Je sais imaginer autre chose (cf la botanique alternative sur ce site)

 

Lucette et jacqueline la page des pattes jacqueline fischer

Livre Lucette et Jacqueline(s) La page des pattes.

 

En patchwork , le problème est ressemblant et différent. Les petits motifs fleuris sont fréquents dans les quilts anciens , et on peut même dater d'après leur graphisme, l'historienne et quilteuse Barbara Brackmann a publié à cet égard des livres très intéressants.

cf ce lien

Les motifs sur tissus évoquent aussi les Indiennes, ces tissus d'importation dont l'histoire est un vrai roman très bien conté dans les livres de Claude Fauque entre autres. Motifs copiés en impression comme en broderie ad libitum mais sans que jamais leur beauté ne rassassie.  J'en possède un morceau très ancien (vraisemablement  du XVIII° siècle que je garde jalousement ) , beaucoup ont servi de base aussi aux motifs de la broderie  dite "crewel" . Les fleurs sur les tissus c'est le domaine où les inspirations se mêlent, géographiquemet parlant et l'histoire des hommes et de leurs  "découvertes" y sont inscrits.

 

De la fin des années 90 jusqu'en  2002 j'ai collectionné les tissus spécifiques aux quilts et notamment les motifs floraux,de tous styles,  mais recueilli aussi les restes de vêtements de toutes époques. C'est en mélangeant  ces graphismes floraux que j'ai élaboré mes quilts jardins . Le premier s'appelle Florilège-cf index lettre f-  et tous mes jardins comportent aussi un jeu sur la géométrie et les échelles et les styles différents de motifs, en cela ils ne sont pas de simples watercolors où on achète des bandes pré-assorties pour les recouper en carrés  -qu'on m'excuse de parler sans ambages-  mais ce genre de pré-digéré à mon sens est contraire à  ma visée et vision d'un création . Mon art consiste à assortir ce qui ne va pas ensemble alors que si on l'exerce comme loisir on cherche surtout à avoir du déjà assorti- par quelqu'un qui sait- pour posséder un bel objet sans risque d'erreur  alors que  dans mes  quilts jardins je risque la cacophonie à chaque instant !

Au delà c'est un langage des fleurs et des signes et une reconstruction d'un espace style paradis perdu . Et je demande qu'on le regarde aussi ainsi et pas comme un  joli petit quilt à fleufleurs  ce qu'absolument, ce n'est pas. Mon livre Jeux d'étoffes  détaille ces approches.

 

 

Jacqueline

détail du quilt cascade

 

on peut voir d'autres jardins dans l'index textile notamment à la lettre J .

 

Ne voyez pas d'amertume dans ce que je dis, ni plainte mais une analyse lucide. Je ne cherche pas reconnaissance pour  moi, je le répète :  j'en ai plus que je ne pouvais espérer pour une artiste "amateur" volontaire ... cf ma page d'accueil .

Il ne s'agit pas  que du plaisir de créer (créer pour moi est certes un plaisir mais pas un loisir  : une nécessité de "langage" par les étoffes -comme par les mots -  et les fleuries y tiennent leur part pas seulement parce  que ce serait "joli" ) .

Je m'interroge sur les regards "excluants"et injustes -mais si répandus qu'on les trouve normaux-  sur des zones entières de l'art textile (et non mes ouvrages oeuvres et oeuvrages  seuls ). J'ai assisté dans les années 90 à ce rejet progressif des tissus particuliers au patchwork où les fleurs tiennent une bonne part.

On peut voir aussi l'article : les palettes d 'une textilienne .

 

Petites fleur detail

Livres textiles

Au début des années 2000, la vogue des livres textiles qui faisait déjà une percée  aux  USA et au Royaume-uni commença à arriver  en France par le truchement d'artistes  influencées parfois par les revues américaines Quilting arts notamment .

Et évidemment , on ne peut éviter la mention de l'Ode à l'oubli de Louise Bourgeois, mais  j'invite à voir ce que font des artistes moins connues comme par exemple Mandy Patullo dont j'aime l'amour des étoffes !  sur ce lien.

C'est une parmi une infinité d'autres créées antérieurement à cet ouvrage célébrissime.

Ces livres étaient souvent des souvenirs centrés sur une personne de la famille dont on voulait honorer la mémoire,-le plus souvent en mixed media papier-tissus , ou bien encore des livres à thèmes ou des keepsakes , recueils de morceaux aimés et de souvenirs textiles, et enfin des livres altérés  qui existent indépendamment de l'art textile mais peuvent intégrer des étoffes..  Dans ce cas on retravaille sur les pages d'un livre existant en palimpseste en quelque sorte , mais en palimpseste qui montre la couche du dessous .  On peut voir des livres altérées ou textiles en tapant ces termes dans un moteur de recherche.

Coutume  qui dure, on peut  voir actuellement beaucoup d'oeuvres peintes ou réimprimées sur des pages de livres ou de magazines, qu'elles soient en livres ou le plus souvent indépendantes. Notre époque aime la superposition (layering) et le faux palimpseste . Dans les vrais on grattait le support pour faire disparaître autant que faire se pouvait le texte précédent, là il est juste recouvert d'autre chose.

Symbole  d'une sorte d'intellectualisation de l'art textile, avec en fiilgrane l'idée de le valoriser toujours  en imitant un art majeur ou ..libéral comme était  classée jadis la littérature. un livre ça vous pose mieux dans les intelligentisias qu'une surface assimilable à une couverture (même si les livres en ont aussi !)

 On pourrait  sur ce point  ,  justement, citer  les couvertures de livres brodés qui sont une tradition très ancienne, et certains samplers :  ces recueils d'échantillons de points, étaient  parfois présentés sous forme de livres (et non de bandes ou de tableaux )et le sont toujours .

Ce site en montre un qui me plaît beaucoup (et on peut réaliser le sien, les explications y figurent) .

Pour les livres txtiles actuels  du texte est naturellement parfois associé qu'il soit de la créatrice ou emprunté :  il va de la coupure de journal au poème  de l'auteur. Sur la valeur littéraire je dirai pour rester gentille que c'est très inégal.

 Pour moi il  y a d'abord eu le sentiment non pas de faire un livre textile, mais de lier textes et textiles , ce qui est tout différent . J'ai commencé à chercher autour de cette relation (je n'ignorais pas l'étymologie du mot texte étant latiniste de profession, jadis.). A noter qu'à présent tous les artistes travaillant sur le créneau nous la rappellent. En 2004 lors de mon expo textes -textiles c'était moins couru. En fait pour moi c'était moins cette étymologie (et le tissage) que les motifs sur les étoffes, comme une écriture. Je veux bien qu'un texte soit tissé , mais il est aussi déposé sur un support même virtuel (comme une broderie) et les mots y sont assemblés comme les tesselles d'étoffes d'un patchwork , qui ne sont pas que juxtaposées sans recherche ,c'est pourquoi cet art -que mes soeurs tisseuses me pardonnent- me semblait plus proche de ce que j'écrivais que le travail de la navette, mais le tissu reste ma matière essentielle : les mots de mes textiles comme de mes textes ont déjà été tissés par d'autres.  C'est un point de vue singulier, discutable, mais c'est mon approche.

Et la liaison texte textile s'est d'abord faite pour moi par le patchwork géométrique et  j'aurais aimé qu'on regarde mes quilts aussi -c'est une lecture possible- comme les pages d'un livre ou juxtaposées....surtout les quilts en blocs ou chaque "carré" est comme une sorte de chapitre , avec d'ailleurs des structures analysables . J'ai beaucoup insisté sur l'importance pour moi des motiifs sur les étoffes -choix qui me place complètement à contre-courant de ce qui se fait en art textile actuellement : le glissement vers les quilts dits contemporains ou autres "art quilts" évinçait à la fois les géométries répétitives jugées je l'ai dit mille fois "plan-plan" ennuyeuses ou superficiellement décoratives .et l'art textile branché préfére les volumes aux surfaces .

 Mon début est tout simple quilt fait pour ma fille sur le thème du Petit Chaperon rouge , ave un tissu ancien dont j'ai appris ensuite qu'il était très célèbre  et dont il s'est vendu des mètres ...ce qui explique qu'un morceau donné par une amie se soit retrouvé entre mes mains .Pas un livre, mais un quilt qui raconte une histoire. C'est ce qui a mené au reste.

 De là l'idée d'ilustrer des contes en crazy patchwork , Peau d'âne notamment ou le conte Japonais de la grue Blanche :

 

Grue blanche

 

 

Ces crazys quilts  m'ont amenée à songer à illustrer mes poésies de cette manière puis celle d'autres artistes et ce fut ce que je nomme l'aventure des textes-iles. Un beau moment de ma vie d'amitié et de création .On peut en voir l'histoire sur ce lien :

élément 23.jpg

 

 Parallèlement j'avais accepté de travailler  en duo  sur un  calendrier textile dont l'histoire est racontée ici :

 

Pour revenir dans le Textilionnaire à des tableaux séparés  ;

 

grimoire.jpg

 

J'hésite du reste toujours actuellement pour mes petits formats à les présenter en séries de tableaux séparés ou sous forme de livres textiles. C'est pourquoi le chant des Couleurs se présente sous forme de livrets séparés en double page (voir dans la partie textiles et textes les deux liens)  :

 

4-chant-des-couleurs.jpg

 

A cette époque j'ai mis en route aussi le livre pour 'elle écrit pour ma mère , qu'il m'a fallu beaucoup de temps pour compléter :

 

Livre pour elle couverutre jacqueline fischer

 

 J'ai continué mes aventures textes textiles avec ces livres tissés mariant papier et tissus  fondés sur deux recueils de poésies : Trames et chaînes écrits antérieurement  :. La structure tissée ici ne vient pas de la tendance à lier textes et textiles mais  de ce travail poétique antérieur :

 

ronde-de-nuit-2.jpg

Dans le même temps et sur une autre inspiration je fais les petits port-folios tri-arts nommés Avatars  :

 

Dscf1082 recjredpg

PUis je mettrai en route les livres blancs et un livre d'or fait en feutrine sur laquelle j'ai appliqué et brodés des pages de motifs textiles  : (aventure qui se continuera sans doute)

Livre blanc 1 page 3 jacqueline ficher art textile

 Et pour revenir au patchwork mais en le développant côté images numériques je crée la série très traits :

Tres traits

Tres traits 2

 

Entretemps vient s'ajouter un livre mixed media de fleurs fantaisistes brodées, avec leur histoire intitulé précis de   botanique alternative :

 

Botanique alternative jacqueline fischer art textile

Le dernier achevé fut cet hommage à deux "cousettes" par une troisième : Lucette et Jacqueline(s)

On peut voir le détail de l'histoire sur ce blog

 

 

Lucette et jacqueline la page romantique jacqueline fischer art textile

A lheure de la rédaction cde ce billet il existe au moins (!) trois autres livres en cours qui vous seront montrés dans des articles  futurs (si j'en viens à bout et que ma vue qui me fait quelques soucis actuellement  ne me lâche pas ) .

 

 

 

 

Mythologie et figures féminines -1

Parallèlement à l'index en cours j'aimerais regrouper ici certaines de mes oeuvres par thèmes ou unité d'inspiration, c'est comme on veut .

Dans les contes et les légendes de mon enfance,  parce que  j'étais fille, (même si on le devient, moi j'ai toujours eu le sentiment de l'être "par essence" , pas seulement de le devenir par fabrication sociale ou éducative!)  j'accordais une grande importance aux personnages féminins  et plus tard quand j'ai étudié la mythologie gréco-latine , il m'a frappé que les déesses illustraient des sortes d'archétypes des différentes facettes de la féminité. Dans le théâtre grec aussi bien que dans la poésie latine je les ai retrouvées ; les plaintes d'Ariane dans  Catulle, Didon l'abandonnée  préfigurant Bérénice, Philomèle, ou bien encore Antigone.

J'ai vécu mon enfance et mes études imbibées par ces légendes et aussi en filigrane les fées et les princesses des contes. C'est pourquoi vers mes vingt ans j'ai commencé à écrire Oléis le premier "volet" de ce qui sera plus tard, bien plus tard, les Mythologies intérieures. Et comme l'a souligné un de mes lecteurs, ces histoires volontairement situées dans un passé indéfini et une géographie inventée  sont à lire en relation avec l'histoire de notre temps (Armine notamment a été rédigé sur fond de guerre en Afghanistan - )

 

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Au delà beaucoup de mes textes sont centrés sur des figures de femmes  ou de petites filles comme la Chloé de la Demeure Mentale , ou la Rose du Jeu de la Rose sans doute mes oeuvres diverses ne sont elles que le déploiement de psychés féminines sous  des aspects divers  choix délibéré : on a si souvent laissé les hommes parler de nous mes soeurs, jusqu'à nous dire même qui nous sommes !

Je voudrais en préalable  à la présentation de  mon travail textile renvoyer sur cette oeuvre de l'artiste Judy Chicago The Dinner Party , dont je n'ignore pas qu'elle fut très contestée . Comme référent donc : lien

 Dans mes oeuvres textiles j'ai abordé ces figures  à ma manière qui est celle d'une assembleuse de tissus. Lesquels  sont pour moi liés à la féminité et à sa sensualité. Je dirai sans ambages que c'est cela qui me met en route beaucoup plus que des discours savants sur tel ou tel principe féminin . Mon approche n'est pas  d'une personne cherchant à faire une étude  (que je pourrais fournir cependant) sur le sujet. Pour moi la question était quels tissus pour dire ce mythe  ?  Et comme toujours ceux-là et pas d'autres choisis par moi en accord avec ce que justement le mythe crée de visions à l'intérieur de moi. Rien d'une approche à "caution intellectuelle", donc. J'ajoute que pourtant j'ai vécu souvent "imbibée" des histoires autour des personnages évoqués, de leurs représentations .

Les tissus pour ...

A la différence des tableaux textiles centrés sur l'illustration d'un mythe les tissus pour restent  ce qu'ils sont : à mi chemin du tissu utilisable par ses dimensions pour se réchauffer ou se parer et l'évocation d'un mythe par le textile assemblé.

Tissu pour Aphrodite

 Ces belles soies saumon et bleues m'évoquaient Aphrodite/ Vénus .  Souvenir aussi du tableau si connu de Botticelli et de l'Aphrodite de Cnide découverte dans mon enfance dans un livre sur Athènes et qui pour moi incarna longtemps l'idéal d'un corps féminin tel que j'eusse aimé l'avoir  (qu'on ne rie pas trop de ma sincérité , il y a prescription de toutes façons ). Pour qui connaît le mythe d'Aphrodite tout est dans les tissus mais aussi dans la forme choisie (la colombe est l'oiseau de Vénus, le bleu fait allusion à sa naissance marine), mais chacun des morceaux d'étoffes évoque soit le mythe dans son ensemble (l'impression qui m'en est restée et non quelque chose de cherché après coup dans une encyclopédie) et ses détails la rose, notamment. J'espère qu'au delà du "joli" et du " bien fait" et du  "temps qu'il faut pour "on sentira ce principe de vie saisi en étoffes et dans son élan.

 

Venus 2

 

Manteau de Flore

Là ce sont les tissus récupérés de la Haute-Couture qui m'ont donné l'envie de ce dessin et de cette redondance de fleur en fleur...

manteau-de-flore-2.jpg

 

Le tissu pour Ariane

Dont on peut lire l'histoire ici , ou comment de plusieurs nuanciers de soie on reconstruit un labyrinthe de fils chatoyants où l'oeil se perd

 

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Tissu pour Iris ou la couverture aux rubans  :

Qui a aussi son histoire   ... Comment redire l'arc en ciel, écharpe d'Iris,  la fleur et le symbolisme et l'iris de l'oeil  avec des rubans et des bandes de soie  :

 

Tissu pour iris red 2(à suivre )

Index de mes ouvrages et oeuvres textiles

Je vous le dis : j'ai la folie des grandeurs . N'ayant pas droit à grand chose en matière de murs offerts par exemple pour une rétrospective ou tout au moins  une exposition personnelle, (tant qu'à être mégalo ne le soyons pas à moitié: !) j'ai donc décidé d'indexer  ici la quasi totalité de mes ouvrages textles et de mixed media où le textile (et les textes) ont signifiance.

J'ai souvent demandé à mes soeurs en art textile de faire de même sur leur propre site , mais de manière sincère et honnête . Je ne compte pas pour création les quelques ouvrages que j'ai démarqués de modèles pris à mes débuts dans les revues, je ne compte pas comme oeuvres d'art non plus beaucoup de choses, même créées,  qui sont des "essais" ou tout simplement des oeuvres de débutante qui ne connaissait alors rien à son  art. Mais je n'exclus rien de ce dont j'ai gardé trace et références (il manquera sans doute à ce recensement quelques objets style coussins ou petits tableaux offerts il y a longtemps, ce n'est donc pas exhaustif mais aussi complet que possible.   Réussites, essais , grands projets et petites choses douces et tendres mêlées .

  Entreprise qu prendra probablement plusieurs mois , à l'heure où j'écris 425 références à rentrer, des photos manquantes à reprendre ou à scanner, à ce propos je dois aussi calibrer pour ne pas  dépasser l'espace qui m'est imparti, le but n'est pas de montrer des photos d'art de chaque objet mais de donner une idée de ce à quoi il ressemble.

J'ai opté pour l'ordre alphabétique parce qu'il est pour moi le plus commode , et puis j'aime bien que sur la même page le passé et le présent se mêlent.

Je ne crois pas trop au "progrés" en matière d'art autres que techniques (et encore quand on vieillit on perd sa précision de vue et de gestes) mais à une évolution :  on pourra la saisir en regardant les dates .

C'est pour moi un très gros travail et j'aimerais bien qu'on y jette un regard autre que rapide ....ou qu'on y revienne éventuellement (mégalo et exigeante, en plus !). Je souhaite surtout que tout cela puisse inspirer d'autres personnes, leur donner envie de créer elles aussi avec ces merveilleux chiffons  qui ont tant embelli ma vie ou tout simplement réjouir les regards.

 

Arlequin fou2 red jacqueline fischer art textile

Lucette et Jacqueline (s) un livre de cousettes ....

 

 

Nb -Les gens pressés ou allergiques aux explications peuvent aller tout de suite aux images, à la fin de l'article.

Je collectionne aussi les cahiers de couture et d'apprentissage textile , j'en ai montré quelques-uns ici . Le mien n'a pas été conservé., mais je le revois sur fond bleu grisé et relié avec de gros anneaux . Il faut préciser qu'au lycée ou au collège autrefois on avait cours de "travail manuel" et le travail manuel pour les filles c'était couture, tricot, plus rarement broderie . On peut le déplorer comme étant "sexiste" mais on peut regretter aussi qu'au nom d'une égalité mal comprise, on ne l'enseigne plus ni aux filles, ni aux garçons (les boutons ne se recousent pas tout seuls, et apprendre à le faire n'a jamais empêché de se servir de son cerveau )

Il arrrive aussi que je trouve des exercices de couture en vrac, ce qui fut le cas de ceux que j'ai recueillis il ya trois ans, faits par une certaine Lucette T..

Ils me sont arrrivés   l'état de "tas" , parfois salis, des pièces élaborées  quasi parfaites mais aussi des essais, des "ratés",  des tentatives inachevées. Des réalisations rustiques mais parfois aussi  très délicates : bref du disparate, comme j'aime.

 

Le tas de depart

 J'ai lavé ce qui pouvait l'être sans toutefois chercher à obtenir un aspect trop neuf  (laissons la patine de ces chères vieilles choses). Je n'ai pas osé pour tout ce qui était brodé en rouge les fils rouges anciens déteignent souvent.

 J'avais d'abord pensé à y adjoindre du patchwrork et j'ai laissé reposer sans trop savoir ce  que j'en ferais ; cette année j'ai recueilli d'autres archives d'un apprentissage professionnel cette fois. Pas d'échantillons d'ouvrages mais un cahier de résultats  qui atteste que la cousette  Jacqueline D ...était douée . Et toute une collection de modèles de broderies qu'elle avait sélectionnés , probablement par goût , plus des cahiers d'échantillons de tissus classés à des fins de connaissance techniques (dont je ne sais pas encore si je les garderai tels quels ) . .Le tout datant de ma petite enfance (années 52 à 54)

 

 Ce fut le déclencheur . J'ai décidé de bâtir un cahier avec les exercices de Lucette et les dessins de boderie choisis dans la collection de Jacqueline  D. et brodés par l'autre Jacqueline , moi en l'occurrence  ...d'où le -s entre parenthèses du titre du livre textile.

Le premier travail fut de réunir par deux ou trois ce qui pouvait aller ensemble ; j'ai tenté de donner une unité à chaque page : la page des pièces, la page de reprises , la page des pattes boutonnées etc . On peut voir le détail ci dessous mais sur cette page en plus de reprises fort bien réalisées on peut trouver une étiquette portant le nom de Lucette et la note qui lui fut attribuée : 13 /20 :

 

La page de l etiquette lucette et jacqueline jacqueline fischer

 

 Les dimensions ont été imposées par les deux objets les plus grands : un très joli sampler de points brodés traditionnellement exécuté  en rouge , et un devant de corsage inachevé dont les boutons avaient été récupérés . Ensuite j'ai choisi pour chaque page un tissu différent  -selon ma bonne vieille habitude de la variété ) . avec une dominante de tissus "bon enfant" , carreaux, pois et quelques -uns plus raffinés pour accompagner les mousselines froncées et ornées de dentelles, certains venant de mon héritage familial .

Les broderies choisies  par Jacqueline  D... la couturière experte étaient de celles que je réalisais dans mon enfance découpées dans des magazines, mais aussi dans des revues pour professionnelles : le Journal des Brodeuses ou la Broderie lyonnaise.   Je les ai choisies en fonction du tissu de fond, de "l'esprit" des exercices de couture. J'ai brodé sur des tissus ajoutés mais aussi assez souvent à côté du travail de Lucette , réunissant dans ce geste les trois cousettes .  J'ai opté pour des points très simples, ceux de mes premiers napperons :   point de tige, de chaînette, de bouclette , feston et un peu de passé plat ou empiétant .Le tout en restant sauf pour les pages "délicates" dans des couleurs primaires et avec une redondance d'un motif-poncif  fréquent en mon enfance : le bouquet bleuet-blé-marguerites et coquelicots .

Le patchwork chéri de la deuxième Jacqueline (!)  est présent sur quelques pages  et notamment la première et quatrième de couverture .

Il a fallu ensuite décider de l'ordre des pages et mettre en vis à vis ce qui pouvait aussi s'accorder (ou au contraire contraster ) .

Piquer et renforcer   chaque feuillet et le préparer pour le relier -ce n'est pas ce que je préfère, du tout ...

 Et tout le temps que je cousais les deux femmes dont je veux honorer le travail sinon la mémoire( j'ignore si elles sont encore de ce monde ) étaient si présentes à mon esprit. J'espère qu'elles ne m'en voudront pas : c'est un peu de leur âme et de leur goût que j'ai voulu sauver de l'oubli (même s'il est probable qu'après moi dans quelques anées, ça y retournera assez vite, à l'oubli puisqu'il n'y a pas de lieux pour recueillir un tel objet  ) . Au moins un sursis  pour ces étoffes de vie ...et pour moi un bon moment passé à mêler mes points à ceux de Lucette et  mes goûts  à ceux  de Jacqueline D.

 

 

Lucette et jacqueline s premiere de couverture jacqueline fischer

Toutes les broderies florales et ajouts de boutons galons dentelles sont de moi .

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La tapisserie à l'aiguille (suite)

J'avais déjà évoqué la tapisserie à l'aiguille dans un article précédent

 et j'avais dit :  je m'y mettrai ..

Voilà quelques essais réalisés en 2016 , où l'idée m'est venue de travailler autour d'un morceau de tissu ou de dentelle avec des points variés , et de manière pas toujours très "académique" -un oeil exercé y trouvera sans doute des défauts -c'était un premier essai et pour tous les points comptés j'ai des problèmes!- mais j'ai pris plaisir à imaginer ces petits tableaux , à varier fils, couleurs et points ... ET sûrement j'en ferai quelques autres sur ce principe ... Ce sont de petits formats -la tapisserie à l'aiguille c'est long !-  environ 15 sur 20 cm .

 

Art textile enluminures 2 detail jacqueline fischer

 

 

Art textile enluminures 2 jacqueline fischer

Art textile jacqueline fischer enluminures 1Enluminures 1 art textile jacqueline fischer detail

 

Art textile enluminures 3 jacqueline fischer

 

Art textile enluminures 3 detail jacqueline fischer

 

 

 

Essai donc à suivre..... et sûrement à transformer ..

Et tant que nous sommes dans la tapisserie à l'aiguille, ce lien vers un site où beaucoup de points sont expliqués très clairement et des conseils judicieux .

A vos canevas !

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Anonymous was a woman

Anonymous was a woman

Auteur : Mirra Banks

1979

 en anglais

éditeur :  St Martin Press , inc.(livre épuisé acheté d'occasion)

  Ce livre est cité dans l'ouvrage Stitching resistance dont j'ai déjà fait le compte rendu

 Lien vers Stiching Resistance

Bien avant qu'on en prenne conscience en France (et encore de manière clivante, le plus souvent !), l'auteur s'est intéressée  aux travaux artistiques des femmes américaines dans deux domaines : peinture et travaux textiles  (broderies essentiellement tapisserie à l'aiguille et quilts , avec souvent un mélange  textile, broderie et peinture notamment (donc on n'innove pas au XXI siècle, en le faisant). Le livre est constitué de témoignages  relevés dans les journaux intimes de l'époque ou des ouvrages littéraires autobiographiques  et d'illustrations desdites oeuvres . Il est rare bien sûr qu'oeuvre et texte coïncident puisque si les artistes ne sont pas toutes anonymes,  elles sont restées inconnues, pour la plupart .

De ces femmes  oubliées Mirra Banks écrit en présentation : (je traduis pour la commodité de la lecture )

" Rarement conscientes d'être des artistes, ces femmes essentiellement occupées à élever des enfants, assurer l'organisation des fermes et des maisons, ces femmes ont cependant embelli chaque phase de leur expérience, depuis l'enfance jusqu'à la  vieillesse et exprimé tout ce qu'elles ont appris de la vie et de l'art  dans un travail  décoratif d'une étonnante beauté " .(à noter que décoratif ne signifie pas ici juste pour faire joli, comme chez nous!)

 Le livre suit effectivement les époques de la vie de ces femmes d'autrefois .

La première partie évoque l'époque de l'école et l'apprentissage des samplers de broderies, mais également de l'apprentissage du patchwork -qui faisait partie de l'éducation scolaire- si on en juge par cet extrait d'un livre de Lucy Larcom  A NewEngland girlhood  : "Nous avons appris à coudre un  patchwork à l'école dans le même temps que nous apprenions l'alphabet ; et presque chaque fille grande ou petite a un   couvre lit quilté de son cru commencé avec en vue le trousseau de sa future maison . Je ne suis pas vraiment passsionnée par la couture, mais j'ai pensé qu'il valait mieux commencer le mien de bonne heure. Aussi ai-je réuni quelques carrés de calicot, et entrepris de les assembler, à ma manière habituelle qui est indépendante, sans solliciter une direction.J'aime assortir ces petits bouts de cotons imprimés , parce qu'ils sont les restes de robes que j'ai vu  porter et elles m'ont rappelé les personnes qui les portaient ."

A noter que je pourrais signer aujourd'hui encore les deux dernières phrases et qu'elles me confirment dans l'idée qu'il y avait beaucoup plus de libre  création dans ces surfaces que de nos jours quand on copie ou interprète de très près un modèle avec un pas à pas qui vous mâche tout le travail.

 La deuxième partie concerne le mariage, et la troisième la vie quotidienne . C'est de celle-ci que j'extrais ce témoignage touchant issu d'une lettre d'une certaine Marguerite Ickins à sa grand-mère  :

" Ce travail m'a pris plus de 20 ans, presque 25 (...)Toute ma vie est dans ce quilt (...)Toutes mes joies et tous mes chagrins sont cousus dans ces petits morceaux; Quand j'étais fière de nos garçons et quand j'étais en colère contre eux. quand les filles m'ennuyaient ou m'inspiraient un chaud sentiment de tendresse. Et John aussi .Il est cousu dans ce quilt et aussi nos trente ans de mariage. Parfois je l'aimais et parfois j'étais assise auprès de lui, le détestant, et j'assemblais les morceaux ensemble. Aussi y a -t-il tout dans ce quilt, l'amour et les craintes,mes joies et chagrins, mes amours et mes haines. Je tremble par fois en pensant à ce que ce quilt sait de moi ".

Ce quilt nous ne savons pas à quoi il ressemble ... perdu dans la nuit des temps et c'est bien dommage. Et ce dans un pays qui a plus de considération pour cet art que nous (alors en  France, vous pensez bien !) .

Ce quilt n'est  donc pas de l'auteur de la lettre, mais  illustre la période "wedding quilts" ces ouvrages (ou osons le mot oeuvres )  , c'est un "sampler" aussi montrant différents "blocs" ces carrés qu'on assemble  :

 

 

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Evidemment l'éducation des filles, à cette époque , est religieuse et domestique, et obéit à  une morale qui ferait se dresser les cheveux sur la tête à beaucoup d'entre nous, mais on constate à lire ces extraits de journaux  et de lettres que ça ne les empêche ni d'imaginer, ni de rêver. Tout au contraire. On ne peut reprocher à quelqu'un d'une époque de se conformer au "bien" et à la morale admise de cette époque-là. Que dira-t-on de la nôtre plus tard si les moeurs changent, ce qui est probable ?  Et il est infiniment dommage qu'on n'ait conservé de ces oeuvres que l'idée qu'elles étaient signe de "servage et d'obédience" alors que précisément c'était la zone d'évasion et d'imaginatioon que la société d'alors permettait . Les images en attestent, à chaque page que je ne peux montrer toutes tableaux superbement composés et dont on peut penser qu'ils ont été dessinés par les brodeuses  (certains  mélangent aquarelle et broderie ) et aussi une maîtrise de ce qu'on nomme "peinture à l'aiguille".  Cette oeuvre de Mary Green, datée de 1804 propose une composition parfaite. Un journal atteste qu'à l'école " l'ouvrage d'aiguille ormental est enseigné " :

 

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Et justement cet acte créatif a été occulté , ce livre que j'ai eu du mal à trouver est un des rares qui évoquent ces travaux.

Et  à présent un voeu pieu, à l'égard des millions d'anonymes ou inconnues que nous sommes ... Soyons moins modestes  et si nous créons , faisons en sorte que nos oeuvres soient dignement conservées. On sait qu'on n'aura pas  droit -ou rarement - à une recension côté grands arts, (j'ai eu  ! merci je ne dis pas cela par dépit ou frustration!) mais alors débrouillons-nous nous mêmes : écrivons aussi sur ce qui a suscité nos  créations, ce n'est pas de l'outrecuidance, comme on me le dit, c'est une juste remise en place   d'oeuvres injustement exclues de la culture artistique dite contemporaine. Nous existons dans notre siècle et dans les diversités de nos créations. Faisons savoir que nos oeuvres existent, même si tout est fauit pour nous reléguer dans notre "ghetto culturel".

Et soyons aussi honnêtes, ce qui est pour moi la seule façon valable d'être réellement humbles et modestes : disons nos sources , si nous en avons,  et cessons de faire croire que nous sommes l'auteur du kit ou du modèle piqué à une revue , ou qu'empruntant le graphisme à un peintre abstrait du XX° siècle nous sommes des "novatrices" sublimes , plus artistes que celle qui part d'un poncif de son art. 

Et si nous avons pouvoir à le faire, insistons pour que nos oeuvres aient le droit à la conservation  au même titre que les grands arts, elles valent bien les tas de gravats et de bûches dont les musées  d'art contemporain sont parfois  encombrés .   Si  des capsules de yaourt assemblées sont du  plus grand art textile que nos compositions  (personnelles et signifiantes tout autant )    d'étoffes pourvu qu'on les assortisse du discours congruant le prouvant, écrivons les nôtres de "discours",  je peux aider qui n'y parviendrait pas ..... Faisons des index de nos oeuvres sur nos sites , expliquons, témoignons .... Signons nos oeuvres en indiquant qui a fait quoi : designer- réalisatrice- quilteuse  nous aiderons les historiens du textile futur ;  cessons de faire "profil bas", pour ne pas être (sauf si on le souhaite) des anonymous women du XXI siècle .

 

 

Dscf392red6On peut si on le souhaite et sur ce dernier point m'écrire sur chiffondart@aol.com

 

Le cahier débrouillé

 Parution : Le Cahier débrouillé- poésies

 

 

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Le dernier recueil avant le suivant .

Si vous voulez vous le procurer m'écrire sur chiffondart@aol.com.

Un extrait :

 

Je ferme tous les soirs les paupières de la nuit

là-bas un coeur bat

est-ce celui du monde ?

un oreiller est mon amant

je m'endors le serrant,

lui contant

 toutes ces choses étranges et folles

qu’aucun papier jamais

n’acceptera d’inscrire

juste les étoffes de vie

leurs rails croisés

sans aiguillage

je fais l'amour

avec mes draps

usés

leur trahison

sera  ma déchirure.

 

 

On peut lire aussi  cette chronique

La veste rapiécée

Quand mes enfants étaient petits, je leur avais offert un livre -parmi beaucoup d'autres - intitulé : La veste rapiécée de Adela Turin  (traduit de l'Italien) éditions Hatier.illustré par Anna Curti.

Un conte, mais un conte pas très classique ... où le textile tient une part prépondérante ; on y retrouve certains poncifs du genre littéraire, mais gauchis dans une optique inhabituelle   : les parents qui n'arrivant pas à avoir un enfant consultent une sorcière, laquelle perchée sur un arbre d'adonne à l'art textile sous diverses formes des plus humbles (la veste rapiécée) aux plus somptueuses un "merveilleux" collet brodé. Les deux pièces d'étoffe étant censées conférer à qui les porte des vertus  magiques.

On y trouve une jeune fille (l'enfant qui naît!) qui est charpentière douée et joyeuse (grâce à la veste rapiécée) , tandis que c'est un prince ... qui portera lui, le collet ...d'où,  on le devine il tient son don pour la musique. et on le devine aussi ces deux-là s'épouseront   mais ... pour vivre une vie de partage  "créatif" chacun admirant les dons de l'autre  -et on est là très  loin des poncifs ...

 

 Ce livre, mes enfants l'ont vendu un jour sur une petite brocante , à l'adolescence, et voilà que c'est à moi qu'il manquait (ainsi va la vie) . Je l'ai cherché longtemps, je viens de le retrouver.

 Et relisant ce merveilleux passage où la sorcière décrit le collet et ses vertius magiques et que je reproduis ,  ci- dessous (j'espère que l'auteur ne m'en voudra pas !) l'idée m'est venue d'essayer de le rendre en textile :

 "Ce collet dit la sorcière a un grand pouvoir. Regarde ces fils transparents : ce sont les soupirs d'une femme . Je les ai recueillis un soir qu'elle cousait et je les ai filés; Tu vois ces perles : Ce sont les chansons d'une très jeune fille , je les ai trouvées sous sa fenêtre un après-midi d'été. Et ces fils argentés ? Ce sont les rires des jeunes filles lorsqu'elles bavardent le matin autoiur de la fontaine. Par contre, ces brillants sont des larmes de femmes, je les ai recueillis un peu partout! Et ces pierres de toutes les couleurs ce sont des mots, des questions et des réponses. "

La veste rapiecee collet

L'idée  m'est venue aussi que si d'autres artistes textiles le faisaient aussi chacun(e) -ne soyons pas sexistes! -  à sa manière selon son tempérament ...ce serait intéressant de juxtaposer les résultats ...pour peu qu'on veuille bien me les montrer ! Sans idée de concours, de compétition ou de rivalité juste pour ilustrer , les variétés d'interprétations et d'inspiration du texte.

Mais on le sait même si je suis seule -j'en ai tellement l'habitude -  je crois que j'en ai tellement envie que je m'y essaierai, au moins dans les mois qui viennent ...

Et sinon ce sera pour le plaisir de partager un beau texte , pas si connu que cela ... féministe,  au sens du terme où je m'y reconnais! Car si la jeune héroÎne est charpentière (métier plutôt masculin) et que le prince-artiste hériote grâce au collet  brodé d'une sensibilité  qu'on dit féminine  (à tort tout autant), les activités de tissage couture et briderie n'en sont pas pour autant dévalorisées - bien au contraire ...

De plus Il se dégage de ce texte très simple et des illustrations qui l'accompagnent une poésie que j'apprécie.

Pour en savoir plus sur l'auteur .. on peut lire Adela Turin

à suivre donc peut-être ...