opinions

pour une tentative de discussion.

Sur la vogue des Modern quilts

Modernité ou mode ?

NB Article publié dans ma rubrique Opinions il y a plusieurs années. Je rappelle qu'une fois de plus je n’ai pas attendu que la mode se répande pour informer (et m’informer !)

de la soi disant "modernité " du minimalisme et d'autres notions....

On le sait, les grands arts ont leurs grands mouvements et l'art du quilt  qui en est si peu un, lui, a ses périodes,  ses vogues.

A chacun selon ses moyens surtout quand tout le monde s'en accommode.

Depuis une bonne trentaine d’années, cependant, on voit de pathétiques tentatives de se raccrocher  à tel ou tel style, lui-même rattaché à un  mouvement d'art,  étant établi que l'assemblage d'étoffes,ne saurait , à lui tout seul, aucunement en être (qu'on ne discute jamais cela déjà et qu'on l'admette depuis trente ans que je couds comme d'autres peignent gravent ou dessinent ne cesse de me surprendre.) Je note aussi que c'est plus pour faire valoir telle ou telle individualité  ou vendre   une kyrielle de livres pratiques voire de stages   où on vous explique comment faire "dans ce style" qu'au bénéfice de notre art dans son ensemble.       

Au reste pour qu'il y ait vraiment art, il faudrait moins de "suiveuses" en extase  à l'affût devant ce qu'on nomme tour à tour innovation, contemporain ou modernité et un peu plus de personnes qui sans négliger bien sûr forcément tous ces courants, travaillent un peu plus près d'elles-mêmes, de leur propre richesse intérieure : de leur imagination, et même de leur propre sens des étoffes , des formes ...S'il est nécessaire et bénéfique de  se tenir informé, il n'est pas essentiel de suivre à la lettre toutes ces vogues successives, pour obtenir au mieux des "à la façon de" qui sont certes de beaux ouvrages mais où la personnalité derrière n'apparaît guère (tout finit par se ressembler ...), ce n'est pas le style de la personne qu'on reconnaît  par son choix d'étoffes ou de formes mais le mouvement qu'il y a derrière ...et parfois le livre et parfois le modèle .

Actuellement par exemple,  on nous rebat les oreilles avec les Modern quilts qui ne sont d'ailleurs pas à confondre eux-mêmes -même avec toutes les "innovations" .

Je rappelle que l'art moderne qui précède l'art contemporain se termine selon les historiens de l'art dans les années 1960 (pour d'autres la jonction est la fin de la deuxième guerre mondiale) . L'histoire moderne elle -qui le sait ? - commencerait en 1492 ..donc quand on dit moderne il faudrait savoir de quoi on parle dans quelle discipline on se situe et surtout ne pas oublier le contexte. Modern quilt c'est evidemment         quelque chose qui nous vient des USA et qui selon ce site qui semble en revendiquer la paternité se définit ainsi

 

"Modern quilts are primarily functional and inspired by modern design. Modern quilters work in different styles and define modern quilting in different ways, but several characteristics often appear which may help identify a modern quilt. These include, but are not limited to: the use of bold colors and prints, high contrast and graphic areas of solid color, improvisational piecing, minimalism, expansive negative space, and alternate grid work. "Modern traditionalism" or the updating of classic quilt designs is also often seen in modern quilting."

Le mot minimalisme étant lâché il convient de faire une mise au point sur ce terme un peu mis à toutes les sauces.

Au départ le minmalisme ou art minimal c'est un courant d'art né dans les années 60 (dnc quand la modernité se terminait !) et si on veut une vue un peu plus approfondie que ce qui en est dit sur Wikipedia on peut lire ceci :

 

Lien vers l'article minimalisme du centre Georges Pompidou

Je me permets de faire remarquer déjà que c'est infiniment plus complexe que de coudre ensemble quatre rectangles de tissu unis de couleurs vive de façon asymétrique ..en improvisant le piéçage" car en gros c'est bien  cela qui est prôné dans la phrase en anglais .

D'autre part il faut savoir aussi que comme tout mot celui-ci a ses acceptions diverses ( vous constaterez avec l'article précédent que déjà tous les artistes qui le pratiquaient n'en avaient pas la même conception) c'est aussi et surtout aux USA, friands de ce type de "morale" ou de "philosophie" -je mets entre guillemets parce que souvent , c'est à mon avis quelque peu "simpliste" eu égard  la complexité de l'être humain et de ses relations avec les autres et le monde.

Si on tape minalmisme way of life on tombe sur des sites avec ces morales à vivre que notre époque affectionne.

Ensuite on peut méditer  ...

Se demander si tout ce qui nous vient des Usa en matière de quilts (ou de manière de vivre) est parole d'Evangile à suivre le petit doigt sur la couture ..du bloc ? ou de l'absence de... parce que s'en dégager, tout en respectant l'apport considérable des USA en la matière , ce serait une vraie liberté. Je souris toujours quand dans les commentaires sur d'autres blogs je vois tant de personnes revendiquer une liberté "artistique" qui consiste tout juste à choisir la vogue  dont elles vont s'inspirer,  ou la recette ...être libre  parce que sur le livre qu'on démarque et auquel on  est accrochée comme à une bouée de sauvetage , c'est marqué "liberated quelque chose" ...Je veux bien.

Qui nous délivrera des pseudo-libérations ?

La vraie liberté de création , comporte un peu plus de risques  et d’initiative personnelle. Mais passons.


Se demander si la culture textile c'est comme je le vois souvent des sortes de revues de presse avec commentaires des derniers livres sortis de nos consoeurs américaines et le plus souvent avec impasse sur l'histoire du quilt dans ce pays et ailleurs et impasse également sur l'histoire de l'art tout court  ce qui ne cesse de m'étonner s'agissant de personnes  dont la culture textile est célébrée à longueur de blogs. Il n'y a pas de culture sans recul, esprit critique, désir d'en savoir plus, de comparer, ce n'est aucunement une accumulation de connaissances sur les livres en vogue , cela d'ailleurs les revues de patchwork le font très bien. Ne pas oublier non plus que surtout aux USA où le patchwork est un business non négligeable le but est de vendre : les livres,  les tissus qui vont avec, la mode en question  et/ou les gadgets eventuels qui permettent d'obtenir tel ou tel aspect, avec toujours deux promesses: avec ça vous serez artiste (à bon compte" avec ça ce sera facile et toujours vite fait (time is money!) . Ne pas oublier non plus l'influence des courants New age : avant le minimalisme nous avons eu droit à des articles sur la création dans lesquels le mot "holistique" revenait en leit-motiv.

  

Pour en revenir à nos moutons, on pourrait comparer aux Modern quilts , par exemple pas mal de whole quilts ou de quilts unis -certains datent de la fin du XVIII siècle ... et si on enlève l'asymétrie et le pieçage improvisé ... les couleurs vives y sont déjà , et ce dépouillement, la complexité étant donnée par les dessins du matelassage
 Le mot patchwork implique lui un assemblage d'éléments. L’histoire du patchwork regorge de surfaces avec de grands morceaux unis..de couleurs vives :  on a l'exemple des quilts gallois ou plus tard Amish, les quilts en bandes bicolores  ...Je ressens pour ma part ces oeuvres-là bien plus proches du minimalisme tel que l'art l'a défini. Et je soulignerai, une fois de plus que des femmes anonymes ont créé bien avant les mouvements d'art des formes qui pourraient s'y rattacher !

 Il ne s'agit pas d'inciter à les reproduire mais de montrer qu'on se hausse souvent du coude avec de grands  mots sans aller un peu voir derrière ce qu'on peut y trouver et rapporter toujours à l'histoire du quilt , aussi . Nous sommes toujours dans cette perspective de la géométrie qui serait noble si on lui colle un nom de mouvement d'art ou un -isme au bout     et qui resterait artisanale  pour le reste. C'est totalement absurde , mais si personne ne le voit ou ne s'en émeut ...

Exercer l'assemblage de tissus de cette façon ne m'intéresse que très peu. Pour moi j'ai une matière : le tissu, qui est si variée et si riche d'inspiration en elle-même que ces mouvements et ces livres -ceux que je continue à lire . Les oeuvres ou ouvrages des autres sont pour moi des référents, pas des modèles et s'il arrive que je m'en inspire c'est en l'incluant dans un parcours qui m'est propre. C'est beaucoup plus infini, passionnant. Mais je n'espère plus en persuader grand monde.

 

 

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Le feu sacr jacqueline fischer art textilejpg

 

 
 
 

De la géométrie en art textile

De la géométrie en art textile -1

 

Introduction

Dans mon livre Jeux d'étoffes, impressions, expressions  je pose déjà la question du regard sur la géométrie, surtout régulière, répétive et symétrique, dans les surfaces textiles. 

Et évidemment plus précisément en assemblage d'étoffes. J'ai toujours contesté la notion selon laquelle il y aurait des géométries "traditionnelles" et d'autres "contemporaines" voire aujourd'hui "modernes" avec la vogue des modern quilts. J'ai contesté surtout le fait que l'emploi de certaines formes comme le labyrinthe vous donnait l'aura de la véritable artiste puisque ce labyrinthe était classé  "contemporain" dans les années 90, notamment, , on ne sait pourquoi (à croire que Dédale était un perdreau de ces années-là !) mais une étoile par exemple, c 'était traditionnel et donc "artisanal" pas le moins du monde artistique, du moins côté "grand art" . Je me bats contre ce genre d'absurdité depuis des décennies.

Autre question qui m'a taraudée :pourquoi donc les abstractions des quilts, antérieures et très largement aux peintures abstraites géométriques, sont-elles reléguées côté "arts appliqués-décoratifs" juste là pour faire joli,et/ou réchauffer ....  mais que lorsqu'un grand art s'en  empare -des siècles après, là ça devient génial ...intéressant . J'ai obtenu des éléments de réponses mais aucune ne m'a satisfaite (et notamment le fait que le dames qui cousaient n'auraient pas  eu de "démarche", que donc ce n'était ni classable dans un "mouvement" , ni analysable avec les méthodes de critique d'art habituelle. Cela ne tient pas car beaucoup d'artistes du passé n'ont été inclus dans écoles, mouvements et influences diverses qu'après coup, et non de leur vivant. L'art et l'artisanat ont même souvent coïncidé !  Evidemment si on met d'office  hors champ de la culture générale et qu'ensuite on constate que ça n'est pas vraiment de l'art  parce que "ça se saurait" , depuis le temps ... on ne laisse guère de chance à ces surfaces d'être regardées autrement que comme de "jolies couvertures" .Comment cela pourrait-il "se savoir" si on ignore tout ou presque de qu'on relègue ?

 J'aimerais donc  ici inviter à aller y voir de plus près . Notre art est mal connu  même de celles qui le pratiquent et même d'un bon nombre qui se disent "expertes" . Moi-même je sais que je ne sais pas tout, très loin de là, car le savoir en cette matière est dispersé, lacunaire, difficile à étayer sur des études complètes .Le plus souvent les livres sont pratiques.... et je me sens deux tâches : l'illustrer par autant d'oeuvres que je puis en  créer, et partager ce  que j'ai appris sur lui au fil des années . Et si possible, aussi,  en dehors des "cercles" patchwork-art textile . Si une géométrie peinte atteint à l'universel , une cousue le pourrait bien aussi, si on l'y autorise. Plus exactement si on fait effort de s'informer ...et de regarder comme une surface comportant des formes et des couleurs choisies  par décision de la personne qui l'a conçue et cousue (et qui hélas ne coÏncident pas toujours, problème crucial) .

Un peu d'histoire .... et de géographie.

On ne peut évidemment pas dans un article à lire sur écran être exhaustif sur ce vaste sujet , je renvoie en cours d'article à des liens et pur les sources aux livres dont j'ai déjà rédigé la recension sur ce blog (notamment Quilts around the world de Spike Gillespie)               o

 

En Europe une des premières oeuvres textiles géométriques connues est un ouvrage anglais daté de 1718 et appelé "The Coverlet" . On peut ne pas apprécier ce genre de composition mais force est de reconnaître que c'est un usage de formes abstraites à des fins esthétiques , et que c'est en tissus .... et même à décomposer en ce qu'on nomme "blocs" c'est à à dire carrés subdivisés eux-mêmes en formes ou décorés d'un motif .  On peut la voir sur ce site ...

 

Plus tôt encore dans le temps et ailleurs  les quilts retrouvés  dans les  grottes des mille Bouddhas sur la Route de la soie à partir des  années 1900 . Entre autre nombrex objets d'art, on a mis au jour des   pièces en patchwork géométrique montés  de façon analogue à nos méthodes de couture main et avec des formes ressemblantes, datant probablement du VIII° siècle de notre ère,qui sont décrits comme étant composés de triangles et de rectangles et qui seraient conservés , en partie au British museum.

A méditer par celles qui affirment que le patchwork géométrique serait "américain" exclusivement .

Au Pakistan et à l'ouest de l'Inde on trouve la tradition des "ralli quilts" dont certains historiens pensent qu'ils remonteraient à 4000 avant Jésus-Christ  au vu de leur représentations sur poteries ou autres témoins de  ce passé très lointain.

Liens vers une présentation des ralli quilts

Et puis en France le collectionneur Michel Perrier a rassemblé des quilts. Beaucoup datent du XIX siècle , et ces géométries n'ont rien  envier aux à celles développées  aux USA et au Royaume Uni, même si on souligne que les techniques d'assemblage et l'esthétique en est sensiblement différente . Plus de la moitié de ces quilts  est fondée sur des géométries régulières, signe que dans notre pays ces types   d'assemblages ont dû exister et déjà auparavant (seulement comme je l'ai maintes fois souligné jugés indignes sans doute d'être conservés les plus anciens ont été probablement perdus  ou détruits ) .On voit affirmer  que la France n'a pas une culture du patchwork,  ce qui n'est pas faux, mais c'est surtout conservation, transmission et étude de ces oeuvres en tant qu'objets d'art abstrait (et non pas seulement populaire) qui fait défaut. La pratique elle existait bien ! La preuve! (cf l'article sur le livre Mosaïques d'étoffes)

 

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A noter que le Sud de la France  connu surtout pour le boutis et le piqué marseillais ,  recèle quelques trésors d'assemblage notamment des hexagones et  également, en Corse les centupezzi   que la quiteuse Anne Marie Voigt Vincentiguerra a fait connaître.

Et le souhait aussi que tout ce qui se crée à notre époque dans ces "genres" nullement obsolètes, soit répertorié,indexé,  conservé et étudié et non finir en chiffons .

 

 Si pour les géométries repertoriées et inventées par les américaines, il existe bien sûr une pléthore de livres; essentiellement pratiques  . L'encyclopédie de  Barbara Brackman, sur laquelle repose le logicie  Block base (dont je ne cache pas qu'il est une de mes sources d'inspiration ) est une des plus complètes . A noter que bien, sûr , beaucoup de ces dessins existaient depuis la nuit des temps il suffit de consulter un livre de motifs pour s'en convaincre. Mais les noms choisis  qui font allusion à la vie quotidienne ou à l'actualité politique ont contribué à insérer ces motifs dans une culture. Chose qui en France, ne s'est jamais produite pour la raison simple que notre beau pays aime bien dévaloriser les uns pour élever des podiums  aux autres et que la scission Beaux arts / arts appliqués sévit toujours qui interdit aux seconds d'avoir droit à des études comme étant nés d'une imagination, d'une démarche cohérente venue d'un individu "artiste".

  Ainsi Le collectionneur Jonathan Holstein venant en France exposer ses "Abstract designs in American quilts" ,dans sa relation de l'aventure, souligne qu'il n'a eu droit qu'aux musée des Arts décoratifs (l'effet ghetto !) alors qu'aux USA il avait réussi à convaincre le "curator" du Whitney Museum de la valeur esthétique et expressive de ces oeuvres. Outre le livre sur le sujet dont j'ai fait un compte rendu lisible sur  ce blog, on peut avoir sur ce lien une idée de ce que fut cette exposition, capitale dans l'histoire ce la reconnaissance de notre art.

Reconnaissance qui malheureusement est restée pour diverses raisons très limitée  dans le temps et  ce que je nomme "la corporation". Hors des milieux spécialisés, personne n'en sait rien.  A  art dit  mineur pour ne pas dire minable, pas d'histoire universellement partagée ! Juste des essais de percée non transformés !

J'ajoute avec fermeté qu'en France il y a eu malheureusement fin 90 et début des années 2000 cette scission entre les géométries "nobles" et les autres . Donc relégation des secondes au profit des premières. Bref , il fallait faire des surrfaces qui ressemblaient   à ce qu'on voit dans les vrais arts et surtout pas que ça ait l'air "trop patchwork", comme on m'a dit mille fois cgez les artistes se voulant novatrices (rien de tel que de ringardiser un courant ou un genre pour s'affirmer original ! )  ..  Et aux USA, même si c'est plus ouvert , certains historiens du quilt soulignent cette scission (tout le monde l'admet sans la mettre en  cause dans les milieux patchwork et art textile )  .D'où le terme art quilt , apparu dans les années 90, s'opposant au soi disant traditionnel qui lui donc ne serait pas de l'art côté Beaux-arts.  Et je montrerai par l'analyse d'un livre, à la fin de cette étude,  combien cette scission est contestable et peu rigoureuse .Mais pour le moment penchons nous sur les différentes formes de géométries utilisées dans quilts et patchworks.

 

 

(à suivre)

A propos du temps....

  Temps, patience etc. en art textile

Souvent les questions qu'on me pose tournent autour du temps qu'il faut, du temps que "ça prend" pour créer  tel ou objet ou surface textile. On entend souvent uniquement le temps matériel de "fabrication"qui semble voiler tout le reste, et aussi et surtout la "patience" qu'il faudrait pour obtenir de telles surfaces. Certes il y faut du temps et de la patience, mais j'aimerais tellement qu'un jour on l'oublie !

  Imaginez par exemple la surface ci-dessous, avec le même nombre et formes de pièces, la même technique d'assemblage, mais sans recherche personnelle sur les étoffes et leur placement en composition dans ladite surface. Sans la variété des motifs sur le même thème (les fleufleurs si décriées comme non contemporaines et que j'ai voulu, moi, sortir de leur prétendue niaiserie) Le travail de patience serait le même, le résultat certes pas ! A ce stade je suis consciente que seuls les artistes mosaïstes en étoffes sont obligés  d'en faire la démonstration, et de plus, avec le sentiment un peu doux-amer de le faire en vain et de devoir toujours se justifier ! 

 

Petites fleur detail

Petite fleur- détail matelassage Simone Struss

Comme  n'importe quel autre art,  : le temps de réalisation n'est pas le temps de création, pour un raison simple : la création commence bien avant..... par exemple dans le temps passé à collectionner les étoffes, trouver celles qui inspirent, recueillir les autres, rêver à ce qu'on pourrait  créer avec   ces trouvailles diverses, le temps passé à observer  à la fois les étoffes, les oeuvres des autres, le monde en soi autour de soi, prendre des notes, faire des ébauches, ou des plans plus structurés, à laisser infuser en soi toutes les sensations, impressions, envies. Parfois une idée jaillit plus impérieuse que les autres, elle s'impose ...on se met en route. Du temps s'est déjà écoulé.

 

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 un des carnets de travail sur les motifs des étoffes

Ce temps d'élaboration, de gestation est pour moi essentiel. C'est lui qui distingue mes ouvrages et oeuvres d'autres où il est "zappé" puisque on se sert d'un modèle , qu'on "suit" -- voire d'un kit et que le temps n'est plus alors que d'exécution et reproduction.  C'est lui qui me donne le droit de me dire conceptrice de la surface que je montre- je  voudrais dire "créatrice", mais  ce mot étant mis à toutes les sauces a fini par se vider de son sens -  et d'en reconnaître la "maternité". Et les sources, quand elles sont évidentes. J'accepte mal qu'on mette sur le même plan ce qui a nécessité ce temps de travail personnel et ce qui utilise celui des autres, pour obtenir un objet semblable ou ressemblant.

LIre à cet égard si on veut cet article.

 

Ce temps-là est  donc zappé dans le regard quand on ne loue dans une surface que le soin avec lequel  elle a été assemblée et "tout le temps que ça a dû prendre". Vous diriez la même chose à une dame qui vous montre le modèle réalisé grâce à une revue, voire un kit. Vous ne voyez pas, alors, ce qui pour moi, comme pour tout artiste-concepteur est l'essentiel. Je sais bien que c'est une forme de reconnaissance, de la gentillesse, souvent. Mais quelque part, ça irrite, ça brûle.

J'ai rencontré fort heureusement dans ma vie des personnes qui regardaient vraiment, me parlaient couleurs, motifs  composition ... symbolisme, lectures différentes de ma surface -c'est donc que c'est possible -et pas que sur les miennes et oui, oui même sur un quilt en blocs géométriques, car dans mes quilts de la sorte il n'y a pas que la structure "classique" à voir - et la façon dont ça tient ensemble, du moins, je l'espère et même je le sens, je le crois puisque d'autres l'ont perçu . Je vous assure : cela fait un bien fou...

 Ce temps, du reste est fragmenté, tout autant que les ouvrages d'assemblage. Je procède par  ce que je nomme des "sessions". J'ai un principe : ne jamais me forcer à travailler , lorsque je n'ai "plus de jus" , que l'envie et le désir  me quittent, car alors je serai dans une sorte de geste machinal, sans cette ardeur qui m'est nécessaire. Ce serait un ouvrage, il serait fini, mais il ne serait pas le même, l'ennui éprouvé à le faire s'y ressentirait. Je ne déroge que pour les tâches un peu mécaniques d'achèvement, finitions-que je n'aime pas . Car en fait entre le plan ou l'ébauche (même si elle est en couleurs) et la surface achevée il y a toute cette osmose avec les petits bouts d'étoffes, chez moi toujours aussi variés que possible non , je ne prévois pas tout au départ et j'organise l'ensemble de proche en proche; il n'est guère de surface que je n'ai modifiée, au cours de son exécution, alors que tout le monde croit que tout est "décidé" à l'avance parce que la structure en est régulière.  C'est que que pour moi l'essentiel des oeuvres ainsi composées vient  du choix des étoffes et de leurs relations les unes aux autres à l'intérieur de ladite surface c'est là qu'est mon rôle principal  :  faire parler, chanter  les étoffes entre elles . .

  Si mes ouvrages sont comme je dis "fils du temps" -et avec les deux prononciations et sens différents du mot "fils" , c'est bien parce ce sont des oeuvres de vie modifiables selon les circonstances de la mienne, aussi . Tout est fondé, au fond sur des rencontres ...ou des chocs, parfois.

Ainsi il m'arrive d'abandonner un ouvrage pendant de longues années et puis un matin, je me réveille avec l'envie de le finir -celui-là, pas un autre - ou bien il m'arrive un évènement fort - heureux ou malheureux - et alors j'ai envie de reprendre quelque chose d'oublié. Ainsi cette étoile dont je raconte ici l'histoire fut-elle reprise à un moment de ma vie où il m'est arrivé quelque chose qu'on ne souhaite pas, même à son pire ennemi- j'étais alors si mal qu'il me fallait l'envergure de ce travail (trois mètres ou presque de côté) et son côté  cyclique (la roue du temps-celle du "supplice intime " aussi) pour  oublier , ou plus exactement mettre à distance, tant le travail requérait d'attention.

 

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L'étoile des quatre saisons -matelassage Simone Struss-collection privée

d'après une création d'Evangéline Dillon -quilt d'interprétation)

S'il m'a  fallu beaucoup de temps, c'est aussi parce que cet ouvrage correspond à un stade d'évolution où je ne suis plus (je réinterprète rarement les surfaces des autres , à présent, mais je ne renie pas le travail personnel  qui consiste à "revisionner" le même plan de quilt autrement. Ainsi traîne encore dans mes "leftovers" et autre orphelins ou UFO , maints débuts de quilts réinterprétés de mes débuts.

 C'est pourquoi dès qu'un ouvrage me lasse , je le range et j'en prends un autre, soit un déjà commencé qui délaissé un moment retrouve alors presque un intérêt de nouveauté, soit un autre que je mets en route (je dois me freiner un peu côté mises en route). J'aimerais qu'on comprenne que ce n'est pas vanité quand je dis que j'ai trop d'idées . Il ne se passe guère de jours où je ne visionne quelque projet , où il ne me vienne une nouvelle  envie-idée d'assemblage , ou de broderie ...ou les deux associées . Je crayonne je prends des notes et quand je ccrée des plans de quilts via un logiciel c'est pire  Bien sûr ces idées  sont aussi initiées par mes lectures , ce que j'observe de la vie en moi, autour de moi. .C'est pourquoi j'ai établi ces cahiers d'élaboration puisque je garde depuis toujours tous  les documents de mise en route qui ont abouti au quilt ou à la surface textile, ce sont eux qui témoignent de l'élaboration et d'un cheminement personnel, des modifications , des errances ...des improvisations tout autant que des stratégies pré-établies. Des abandons parfois très longs, et des reprises.

 

 

Certains ouvrages sont imaginés , crées et réalisés en relativement peu de temps (quelques semaines  au mieux ) , pour d'autres il y faut comme pour ce Conservatoire deux décennies... dscf015red4.jpg

 

On voit aussi combien cette façon de procéder me marginalise à une époque où on exige d'aller vite ...de présenter des "perdreaux " de l'année, qui plus est . Je suis donc non seulement souvent à contre-courant, mais aussi à contretemps. J'ai fait ce choix de respecter en moi ce qui était essentiel à la manière dont moi j'entends mener à bien ce que je nomme "mon oeuvre", même si cela semble outrecuidant . Une oeuvre peut exister et être médiocre, le mot ne présume pas de sa valeur. Il désigne simplement un ensemble, pour moi cohérent , et je l'espère, signifiant .

De ces heures passées qui ne sont donc pas que de "couture" très loin de là , il ne restera rien , absolument rien dans la  nuit du temps puisque l'oeuvre n'est pas jugée telle qu'elle mériterait conservation. Donc cette pensée si fréquente : que deviendra-t-il de tous ces fragments de ma vie, après moi ?   C'est cela aussi le rapport au temps, parfois si douloureux à vivre . ça consiste juste  à mourir deux fois : de corps et d'oeuvre. Sort commun à bien des artistes je le rappelle, mais plus encore à ceux qui sont choisis par un art exigeant,  chronophage  et inexistant en tant que tel ...ou presque à l'exception de deux trois très grandes qui ont fait aussi autre chose fort heureusement pôur la partie purement textile de leur oeuvre. Et dont le milieu prêtait à la reconnaissance ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore !

 Pour ceux qui me croient parano quand je me plains du regard sur le mot patchwork (casse-pieds et radoteuse, oui je m'en rends compte, mais pas parano!) . Insistant encore et toujours sur cette absurdité qui perdure.

 

Ce matin comme souvent je faisais une recherche sur des artistes textiles croisées autrefois (notamment dans les revues spécialisées -peu ont accès à autre chose!), je trouve cette phrase (j'ai enlevé à dessein le nom de l'artiste que j'apprécie beaucoup du reste !)  :

Je cite :

 "

Je connais depuis longtemps le patchwork, cet art fait de tissus assemblés multicolores, souvent à forme géométrique.

Le jour où j'ai rencontré X j'ai découvert l'art textile!

 

 Mais ce que ce monsieur montre, c'est encore de la géométrie faite sur le principe des bandes cousues et recoupées ... une technique appelée Bargello, variante du "strip piecing"-qui ne date pas non plus de l'époque à laquelle l'oeuvre a été conçue et qui tout autant du "patchwork" que le reste ! -... Création dont   l'originalité résidait dans la recomposition par ce moyen d'un paysage semi-abstrait, avec  jeu de perspectives. L'oeuvre est très remarquable et m'a laissé un vif souvenir.  L'admiration de l'auteur de l'article, je la partage ! Mais ce que je n'aime pas, mais alors pas du tout c'est cette manière de dévaloriser d'autres façons  de s'exprimer tout autant textiles et tout autant artistiques mais conçues autrement .

On signale  donc  ce qu'il ne faut surtout pas faire : du géométrique répétitif (mais quand c'est de la peinture on peut !!! c'est même novateur, là ! même si les peintres s'y sont mis des siècles après les quilteuses!). Ni utiliser  comme point de départ quelque de chose de classé traditionnel  et ancien, même si on exprime avec cette "source" quelque chose de tout à fait personnel et particulier (je laisse le mot original aux vaniteux qui croient avoir tout vu et donc se démarquer de tout )

  Eh bien j'invite à apprendre à connaître avant de dénigrer car bien souvent ces  coups de griffe au passage au "patchwork" signent une immense ignorance de cet art appuyés sur préjugés multiples et connaissance très évasive ...

De plus l'arrivée du mixed media avec un peu de tissu et de fils  baptisé  "art textile"(moins y"a de tissu plus c'est de l'art novateur en textile !)  aurait sans doute aussi relégué cette belle oeuvre qui date du début des années 2000,  aussi au rang de "patchwork classique" -comme je l'ai vu faire plus tard.

 Alors je vais vous raconter quelque chose. Nous étions dans les années 90 , sur leur fin.


 Quand j'étais professeur de collège, j'apportais souvent les photos de mes quilts en salle des professeurs, car il y a avait quelques  collègues intéressées. Les hommes (surtout quand ils étaient professeurs  d'art plastiques ricanaient de mes prétentions à créer avec des tissus - je n'aurais pas osé me dire artiste textile à l'époque, tant on nous serinait que les vraies artistes textiles ne faisaient pas de "traditionnel".  Et que ce je faisais n'était qu'un "loisir" -quand on n'ajoutait pas "pour mémères" , j'étais chanceuse ou un "artisanat" ..Entendez par là utiliser un bloc (un carré dessiné et repertorié ) comme point de départ.

Et puis un jour  que je déballais mes photos, une collègue me dit qu'elle n'aimait vraiment pas, que c'était à ses yeux trop confus , désordonné. Ce qui ne m'a pas  blessée somme toute ce n'était pas faux. J'admets très bien qu'on n'aime pas, mais je n'admets pas qu'on décide que sous prétexte que c'est du patchwork géométrique en blocs (carrés) réguliers   cela ne saurait être de l'art textile. Et là surprise!

Un de mes  collègues d'art plastique qui ricanait habituellement quand j'évoquais ce qui n'est souvent pour les autres qu'une marotte, une manie au mieux un hobby, a donc pris les photos de mes quilts qui n'étaient que du patchwork, répétitif celui  qui précisément ne serait pas de l'art textile .

Et il en en a fait une analyse magistrale , montrant la construction et les "lectures" qu'il en faisait. Je n'en croyais pas mes oreilles. Je lui ai même demandé s'il était ironique  ou pas ... Non , il était sérieux .  Je ne pouvais pas le soupçonner non plus de dire cela "pour me faire plaisir", puisque auparavant il ricanait dès que  j'évoquais mes créations (qu'il navait jamais vues, c'est le mot patchwork qui faisait chiffon rouge) ) . C'est la première fois que j'ai eu une vraie reconnaissance côté "monde des vrais arts" alors je n'ai pas oublié.

Le quilt si ma mémoire est bonne était celui-ci , qui, quelques  années plus tard a été choisi aussi pour illustrer un de mes portraits d'artistes.

 

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country stars

 

 

 Pourtant je le répète ; il s'agissait  bien de patchwork avec ses petits bouts disposés dans des compositions géométriques répétitives ... celui qu'on n'aime pas , celui qu'il ne faut surtout pas faire si on veut être "artiste textile". Une surface  bâtie autour de tissus style "fermier" choisis par mon second fils, qui alors, les aimait .Une oeuvre humble et d'usage, qui plus est .Ce qui prouve que oui s'il le veut, un spécialiste des grands arts peut regarder une telle surface autrement que comme une couverture (ce qu'elle est restée, cependant ) .

J'ajoute que ce n'est certes pas l'oeuvre de moi que je préfère !

qu'on n'aime pas je l'admets , qu'on me dise "ce genre -là d'art textile ne me parle pas" OK . mais assez de définir l'art textile en excluant le patchwork géométrique à structure régulière. le fameux "tout sauf du patchwork, que m'écrivit une galeriste se disant pourtant "intéressée" par mon travail...Comment peut-on être intéressée par une artiste si on rejette un bon 80 pour cent de  ce qu'elle crée ? Si sa visée principale est "zappée" ?

 

 Juste pour rappeler  une fois encore : je fais de l'art textile incluant mes quilts fondés sur des géométries avec petits bouts multicolores, oui ... comme partie intégrante et essentielle d'une oeuvre globale -dont on ne voit d'ailleurs  ici que le dixième à peine- je ne fais pas de l'art textile et du patchwork à côté pour me détendre... Une surface avec comme point de départ une géométrie régulière, j'y mets autant de moi que dans du plus informel .

Et non mille fois non ce n'est pas que de la patience et un  "joli" travail gentillet . C'est une construction, une architecture de mes cathédrales païennes et intérieures, des pages de mon livre de vie élaborées avec passion , expression ...

Broderie et dessin

On lit souvent qu'un bon brodeur doit savoir dessiner... En fait c'est à mes yeux très vrai et très faux! et j'attends aussi avec impatience le jour où on exigera avec la même logique qu'un bon dessinateur sache aussi broder. Ou qu'un photographe qui en général sait composer sache aussi dessiner ...ce qui est parfois le cas, mais sans obligation !

 

Zola le note incidemment dans son roman le Rêve et Saint- Aubain le célèbre théoricien de l'art du brodeur l'affirme aussi.C'était  une époque où le dessin était le seulou du moins le principal moyen  de reproduction d'une réalité ou de quelque chose d'imaginé (même si la phographie existait déjà à l'époque de Zola) l'image de "reproduction"était moins facile  d'accès qu'aujourd'hui.


 Mais il est permis de remarquer qu'aujourd"hui  les moyens techniques du dessin et de reproduction  ont prodigieusement changé, . On peut décalquer à partir d'une photo , ou retravailler à partir d'un logiciel ... et certes on peut aussi prendre son crayon ; mais si on retrace alors un modèle déjà existant, on ne fait que changer d'outil (une ligne droite peut-être tracée avec une régle ou un ordinateur, cela reste une ligne droite !) , et finalement qu'on emprunte ce "modèle" à la tradition, à une photo, à la nature ou qu'on use d'un dessin lbre de droits déjà existant ... cela ne devrait pas constituer un moyen de classer ou d'exclure ... style :  "les grands brodeurs savent dessiner ., les autres non" . (déjà il faudrait voir quoi ,comment,  dans quelle visée ?) d'autant que bon nombre de grands créateurs ont des archives qu'ils n'hésitent pas à utiliser et dans lesquelles les dessins ne sont pas tous issus de leur cerveau créatif ! Le fameux "droit à l'inspiration " et la création qui viendrait de la "nouveauté du modèle" -le modèle n'étant pas que le dessin pour un brodeur, mais la broderie et son élaboration . Je dis bien : élaboration ett non simple exécution .

Et cette élaboration propre à la broderie constitue un art tout aussi complexe et difficile, par lequel  on peut tout aussi bien que dans un autre art  faire un travail expressif et personnel..même si on part d'un dessin "emprunté".

La création, donc  celle qui à mon sens signe le style du brodeur c'est moins(ou pas seulement)  un dessin particulier que la manière dont il va rendre ce dessin en points et fils ..comme un photographe d'un monument célèbre ne prendra pas  le même cliché de la même réalité  qu'un autre photographe : point de départ identique mais changement par l'art qu'on exerce et non point forcément virtuosité dans un autre art (le dessin) puisque sa base est moins nécessaire qu'autrefois ...On ne demande pas au photographe non plus d'avoir construit le monument ça paraîtrait absurde, pourtant on demande bien au brodeur de posséder plusieurs arts en plus du sien propre déjà si exigeant ! Or,je suis persuadée que cette exigence élitiste (main mise et primat des Beaux-arts sur reste une fois de plus!)  bloque une expression qui existe : celle par les matières, les fils et les points et qui constitue tout de même l'essence de cet art., dans une optique créateur (celui qui dessinerait) et petites mains qui ne feraient qu'éxécuter. ? On n'éxécute pas quand on passe un dessin en cet art diffcile qu'est la broderie on le crée en tant que broderie, si on choisit soi-même composition, échelle , disposition, répétitions support, , points et fils. On exécute si on prend un modèle de revue où tout cela a déjà été fait ou si on suit les desiderata d'un styliste de renom dont on est effectivement l'éxécutant (il ne s'agit pas de créer soi même mais parfois  d'entrer dans les désirs -parfois vagues et évasifs parfois précis et exigeants d'un créateur "commanditaire".Et on interprète si on suit avec quelques légères modifications par exemple faire la même chose points t fils compris en changeant juste la couleur, là création-là  -en broderie s'entend- est très partielle.

 Or tout cela n'est pas bien clair dans l'esprit du public  non initié ni des pratiquant(e)s .

Démonstration :

Soit  ce dessin de feuille tracé par moi -ce que tout le monde peut faire , absolument tout le monde !- je l'ai réalisé en points et fils différents  : .C'est aussi un répertoire dit sampler en anglais  : exercice d'entraînement et répertoire  des points et de leurs aspects en différents fils .. .. des possibilités diverses de rendre cette simple forme de feuille en broderie. c'est aussi la base  d'un projet texte-textiles qui sera présenté plus tard ..Rien qu'avec mes idées d'interprétation de cette feuille et les techniques que je maîtrise ou essaie,-et là tout le monde ne le peut pas , du moins pas de la même façon-  je pourrais faire des dizaines et des dizaines de feuilles issues du même dessin, mais toutes différentes ...n'importe quelle brodeuse peut le faire , mais chacune aura ses interprétations où le dessin de base ne jouera pas une part prépondérante  et sera limitée à la fois par son imagination et ses capacités techniques ..... Ajoutons que cette approche basique, revalorisant le travail propre à la broderie comme étant la créaton essentielle de cet art, peut se faire sur un dessin  issu de la tradition , d'une photographie, d'un dessin numérique ... ou même sans dessin du tout  on se dit : maison et on décline des maisons brodées à l'infini par exemple ..en improvisanr de l'aiguille le tracé ... c'est applicable également  aux autres arts, mais en ce cas ce ne serait plus de la broderie  preuve que l'art du brodeur n'est donc pas essentiellement dans le dessin....je pourrais par exemple faire des dizaines de métamorphoses numériques du dessin de départ (et même les rebroder pour faire non pas du mixed media qui est mélange de matières) mais du pluritechnique ...Ce qui me limite : le temps uniquement le temps ... broder est chronophage... certes pas les idées de création autour de ce simple dessin , qui est "de moi" mais tellement simple que ce n'est pas lui qui compte comme "création", mais bien tout le travail textile autour de lui.

 

 

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On  voit là que par la broderie  n'est  "ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même ."et que le choix d'u point notamment amène de légères adaptations de la forme. Encore ai-je assez peu joué sur le même point en d'autres couleurs ou d'autres fils le même point orienté autrement le même point irrégulier ou régulier etc..Et pour moi oui l'essentiel de mon art de brodeuse est là , pas dans des capacités de dessin académiques ou virtuoses ....et pas non plus dans la faculté (que je possède) de faire du mixed media avec cette feuille -ce que je compte faire aussi mais si je peins, je ne dis pas que c'est une broderie "innovante" pas plus que si j'imprime, je dis que c'est un autre art !

Les arts textiles sont toujours jugés soit selon l'optique artisanale du bien fait parfait pas un point qui dépasse, et ce, souvent,  aux dépends de l'expression et de l'émotion ..soit selon les normes Beaux-arts (primat du dessin ou usage de la peinture) soit selon une innovation parfois très discutable ...Je peux le faire  en ficelle raphia ou lanières de plastiqus ou même encore en fils de colle mais je ne le ferai pas pour innover ou paraître originale à peu de frais parce qu'user de ces matériaux serait plus récent et tellement plus "génial" comme je vois souvent écrit ça et là ou pensé très fort ..que fil de soie, de coton, de lin ou de laine ... ou encore pour faire plus "art brut" ou plus "ethnique" ....

J'aimerais qu'un jour enfin il y ait des gens pour se demander ce disent les points choisis, les fils choisis  indépendamment du dessin de base ....Un peu comme un photographie -où la - on regarde la manière dont on a joué avec la composition, l'angle de vue, la lumière ....Outre que la maîtrise de l'effet de lumière sur les points se retrouve chez les brodeurs les plus avancés ....(simulation du relief ou usage du relief lui-même) ... La broderie est écriture, sculpture bien plus que dessin à cet égard ...

Et pour prouver que dessiner à main levée n'est pas si difficile , et/ou que je ne prêche pas pour ma paroisse ,même pour la non spécialiste en dessin d'art que je suis , voilà une de mes pages' d'entraînement  ....fleurs reprises de modèles sur les étoffes ou ailleurs ou imaginées comme dans le précis de botanique alternative ...premier jet à parfaire donc ou adapter le cas échéant  ..Si j'y parviens, c'est que ce n'est pas difficile car non je suis pas dessinatrice d'art, je suis artiste textile ici valence brodeuse ...

 

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ode à la mémoire ...

Ode à la mémoire ...

Je re-regardais sur Facebook une oeuvre qui y est régulièrement partagée et que j'aime énormément (et pour cause!) il s'agit de la célèbre Ode à l'oubli de l'artiste grande s'il en est Louise Bourgeois. On peut en voir l'histoire sur ce lien , et sur quelques autres.

 

L'esprit dans lequel ce livre est  créé, ce rôle des tissus comme vecteurs de mémoire et témoins de notre vie est pourtant aussi présent dans d'autres oeuvres moins médiatisées, moins relayées pour ne pas dire inconnues du public, ce que je trouve dommage. Le rôle de ce blog est principalement de faire connaître ce qui l'est peu, ou l'est moins.

 Alors j'ai voulu en parler pour mémoire ,  non seulement des étoffes mais de toutes celles qui ont travaillé autour de leurs fragments comme témoins de leur passé, tissage de leurs vies souvent  humbles ou jugées ordinaires.

Et d'abord évoquer cette oeuvre faite à l'initiative de l'association ATD quart monde , et dont je me suis rendu compte que très peu la connaissaient dans le monde du patchwork et de l'art textile. Ne parlons pas du reste du monde de l'art ! J'ignore les raisons de cet oubli, qui n'est pas seulement d'un  medium (le tissu) mais d'une oeuvre.  On l'a appelé le Family quilt  ou le patchwork de nos vies. "morceaux d'histoire de familles du Quart Monde, des cinq continents."

 Le principe était de demander, à des personnes de milieu défavorisé  dans des pays variés, un morceau d'étoffe qui avait compté dans leur vie, accompagné d'une phrase disant pourquoi. Ces morceaux ont été ensuite réunis dans une surface -on a utilisé un block  log cabin libre pour les présenter. Il est à noter que les Guildes de patchwork en ont très peu parlé , en France notamment , elles n'en ont peut-être pas eu connaissance. J'en ai découvert  l'existence par une amie qui m' avait envoyé une des cartes du coffret et j'ai voulu en savoir plus. . L'oeuvre pourtant a été présentée aux Nations Unies le 17 octobre 1994. Atd quart monde a vendu alors un coffret contenant l'histoire de ce patchwork , et des cartes postales représentant les morceaux d'étoffes et les phrases d'accompagnement. J'ai acquis plusieurs coffrets dont il m'est resté un -presque entier ! Je donne aussi le lien de l'association ATD quart monde , qui n'édite plus ce coffret . C'était il y a plus de vingt ans, il est vrai . Mais on peut, si on le désire l'aider à aider, d'une autre façon.

Quelques fragments....

Failiy quilt 1 001 bout jpg

Failiy quilt bout 2Et quelques phrases :

Brassière d'été de nos enfants d'avant qu'on ne nous les retire...

 Bleu de travail d'un jeune sans travail ...

Morceau de robe, j'aimerais qu'on en prenne grand soin :  il est le témoin de tout ce que j'ai enduré

Pan de rideau pour faire un chez nous dans notre caravane.

Toutes sont touchantes , certaines sont déchirantes.

Cette oeuvre pourtant est bien dans la lignée de celle de la grande Louise , à l'exception du fait qu'elle est collective et populaire ...faite par des non-artistes , qui plus est (les couseuses sont restées anonymes ). Je ne dispose pas ou plus d'image en couleurs de l'ensemble, mais ce cliché en noir et blanc qui donne une idée de l'aspect général. (cliquer pour mieux voir)

 

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 Je vous laisse juge de leur importance .

Au delà j'évoquerai aussi une fois de plus  -j'y tiens-  toutes ces anonymes ou inconnues  dont -par le patchwork- le tissu a été le medium et qu'on a réduites le plus souvent à leur fonction utilitaire ou décorative . Surface ne vaut pas livre pour la caution intellectuelle de la chose et je le sais d'autant mieux que créant les deux, je vois combien la forme magnifie le fond et l'accueil n'est pas le même.. J'aimerais quand même qu'on y voie un jour, dans ces surfaces comme des pages juxtaposées de livres de vies ordinaires puisque jugées telles,  ce qu'on y a mis de travail de mémoire par les étoffes ...car s'il y a "oubli" on peut se demander de quel côté il se trouve. Oubli du tissu certes que des grandes ont eu raison de souligner e d'illustrer splendidement , mais oubli surtout de tout ce passé textile jugé sans nos démarches importantes et donc voué à ce que je nomme "ghettoïsation" .

J'espère par cet article inviter à regarder dans le medium tissu,  vecteur de mémoire et matière pour créer, expressive et tellement empreinte de vie,  tout  ce que des femmes-le plus souvent - en  ont fait . Pas seulement les plus grandes, qui n'ont pas trop besoin qu'on les promeuve et que je salue,pourtant !

 

clarification

 

 J'aimerais clarifier ici quelques points sur lesquels je me sens en hiatus ou en état d'incompréhension permanente.

A propos de la notion d'art textile  dans son acception récente:

Un rappel historique :

La plupart des personnes qui viennent à l'art textile maintenant ignorent comment dans les années 90-2000 en France le terme a  été utilisé, pour se démarquer du loisir créatif et de l'ouvrage dit de dame (et ce, sous l'influence des USA où  le mouvement a commencé dès les années 70 !) .Mon blog fait la recension de livres qui expliquent cette évolution.Mon parcours "le bonheur en lisière" l'explique.

Je n'ai strictement aucune hostilité envers quelque manière de créer en textile (ou fil) que ce soit. Tout m'intéresse, même si, non , je n'aime pas tout . En  tant que "public", j'ai comme tout le monde mes préférences, qui correspondent à ma sensibilité. Il y a des démarches dans lesquelles j'entre et d'autres qui me laissent froide, et en tant que pratiquante,  certaines attitudes ou affirmations péremptoires -sans plus ample informé!- je l'avoue, m'agacent par leur suffisance.Même si je peux aimer l'oeuvre de qui les émet.

 Ce que je n'aime pas c'est tout simple :

  • Tout d'abord  qu'on appelle textile ce qui ne l'est pas - du mixed media reste du mixed media et  quand il m'arrive d'en faire, j'appelle cela par son nom-  d'une part et qu'on prétende que ce soit une évolution des arts textiles antérieurs par "innovation " et supériorité d'imagination .Une sorte de "progrès" alors que tous les historiens de l'art vous le diront : l'art ne progresse pas, il évolue. C'est comme la langue française qui évolue, mais ne "progresse pas"  et une évolution n'est pas du reste  forcément positive (avis des avant-gardistes!) , ni négative (avis des ringards!). Elle est juste ce qu'elle est le constat d'un déroulement, d'un  "process". Je rappelle que le mixed media existe en broderie, depuis la nuit des temps et que ce n'est pas à la fin du XX siècle qu'on a commencé  à peindre sur les étoffes pour les insérer dans une oeuvre textile, et à broder sur un support autre que l'étoffe:  cuir, écorce par exemple.. et on  y adjoint les inventions technologiques ou chimiques de son époque, on n'innove pas (l'inventeur, oui!)  :  on ne fait que faire ce qui s'est toujours fait : utiliser toutes les matières à sa disposition. Donc avant de prétendre "innover" , être humble et apprendre l'histoire de son art ne serait pas un luxe.
  • Je déteste d'autre part  qu'on accapare le mot d'art à son seul  profit, surtout..Ce n'est pas un "parti-pris" c'est la constatation d'un fait, de la manière dont historiquement s'est déroulée cette émergence d'un "art textile" qui a eu besoin des structures des arts  textiles classiques (je me refuse à dire  traditionnels ) pour émerger et en a gentiment exclu, souvent,  celles qui prétendaient créer  avec des matériaux et formes classiques de leur art : fils et étoffes, à  coups de petites phrases assassines et de prétentions style :  "nous qui avons une formation  artistique Beaux-arts" (mais quand on sait à quel point les Beaux-arts ont toujours tenu les arts textiles qui osent ressembler à du textile en lisière, côté arts décoratifs ou arts appliqués, jusque-là mais pas plus  Sauf si de  grands noms et personnes qui ont fait du textile et autre chose de bien plus glorieux à côté ! .Si ces personnes  n'avaient fait que du textile, de manière non pas utilitaire et domestique, mais discrète, et surtout si elles n'avaient pas eu autour d'elle ce que les anglo-saxonnes nomment un arrière-plan(background) favorable, leurs oeuvres seraient restées , je le crains, plus obscures, quels que soient leur valeur et leur intérêt.
  •  Je n'accepte pas en art textile le clivage contemporain-traditionnel tel qu'il s'est établi chez nous, en ayant vécu les débuts. Le mot "contemporain " en art déjà change forcément de sens,et est sujet à nombre de controverses.  Chez nous, textiliennes,   serait contemporain tout ce qui ne ressemble pas une structure dite "traditionnelle" dont le patchwork américain en blocs juxtaposés serait l'archétype, ou qui s'éloigne des "matières" dites traditionnelles ou qui encore choisit des sujets ou des formes "non traditionnelles". Le premier problème c'est que ce "traditionnel" est déjà bien trop varié pour se laisser cerner et enfermer dans ces classements plus que péremptoires, le deuxième , c'est que souvent on revendique comme "contemporain" en art textile ce qui a déjà été illustré auparavant en peinture, en sculpture, en conceptuel (d'où l'attrait actuel pour les suspensions, les installations, les performances  etc).   Quand il y a un débat sur ce qui serait "contemporain" en art textile, on a toujours l'impression que les personnes qui le suscitent savent déjà ce qui en serait, et surtout, ce qui n'en serait pas (patchwork, par exemple).Le contemporain en art textile c'est le plus souvent faire en tissu et en fils (avec parfois très peu de tissus et de fils!) tout ce qui a déjà été  fait en peinture et sculpture , etc. Les décennies d'avant. En ce moment, il y a tout un  courant conceptuel, alors qu'en art tout court on commence sérieusement à mettre en cause  certains excès de ce courant artistique ... il me frappe qu'isolées dans leur groupe d'appartenance très peu d'artistes le voient.On fait du figuratif réaliste en étoffes ou broderies  parce que  la peinture y est revenue, on tâte du minimalisme parce qu'il est "tendance";  auparavant, mais cela perdure, on a connu la période de l'amamgame informe sous-tendu d'un discours parfois indigeste  etc. Tout cela peut donner des oeuvres superbes, mais suivre ses voies sans trop se préoccuper des mouvances -sans en être dupe, surtout!- aussi bien. Déformatons les regards : ce serait vraiment une révolution, cela. Le but est de prouver qu'on peut "égaler" les grands arts en imitant leurs réalisations, plutôt que de chercher ce  que notre art a de singulier. Pour moi j'ai trouvé il y a longtemps : j'aime à créer précisément ce qui ne peut se dire qu'avec ces tissus-là et ces fils-là et non à créer quelque chose dont on se dirait qu'en papier, plastique , peinture ou pierre ce serait pareil ou presque. Je veux que les tissus y parlent comme les mots dans mes poèmes et croyez-moi , ce n'est pas si  facile. La matière chez nous ne peut pas "primer " puisqu'il faut en quelque sorte, la faire oublier en la faisant ressembler aux matériaux d'autres arts . Ce qu'on me répond le plus souvent c'est qu'on a bien le droit de "faire ce qu'on veut". Certes mais pas de se hausser du col avec des mots dont on n'a pas interrogé le sens comme "innovateur" ou "contemporain" qui vaudrait caution de génie et d'imagination à coup sûr !
  • On ajoute "il y a de la place pour tout le monde" . Eh bien non pas dans les mêmes lieux !Non, absolument non :   il n'y a pas égalité de réception et d'analyse des oeuvres,  non plus.Pour se poser en grand art, sans vraiment y parvenir,  l'art textile a eu besoin d'établir ses propres  sous-genres. ...Malheur à qui ose les affirmer comme art à part entière textile et contemporain tout autant ! On  sourira comme devant une inconséquence , et on continuera à fonctionner selon ses règles sans l'ombre d'un questionnement sur leur bien-fondé .

Street art et art textile

Depuis quelques années se dessine une tendance  à investir la rue avec des oeuvres d'art textile : tricotées, crochetées ou même parfois peintes, témoin une  artiste qui reproduit sur un trottoir un motif de dentelle géant.

J'ai moi-même participé en Belgique à deux manifestations de cet ordre, où on m'avait aimablement conviée . Et j'ai beaucoup apprécié !


La grande lessive en 2013

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Je le précise pour que ce qui suit ne soit pas pris pour un refus figé et conservateur psycho-rigide. Je trouve que c'est une excellente  chose de montrer l'art textile ailleurs que dans le cadre domestique, le temps d'une prise de conscience qu'il existe, tout simplement.

 Cela me réjouit donc  et en même temps je m'interroge.

Ce qui est montré doit se plier aux exigences, précisément de la rue et du plein air, ce qui évidemment réduit un peu le champ des matériaux utilisables.C'est une contrainte à laquelle j'ai aimé me plier, pour sortir justement de mes habitudes, sans les renier pour autant.

Ensuite dans les oeuvres que je vois il y a souvent des sortes de poncifs géants en couleurs primaires, sans doute parce que la situation en extérieur ne permet pas la délicatesse et le fragile.Les matériaux qu'on peut utiliser doivent tenir le coup au vent, à la pluie, aux pollutions . Eventuellement au "tripotage". Voire aux déprédations.
Et justement c'est là que pour moi le bât blesse : c'est que censée mettre en valeurs nos arts, l'expérience  en relègue toujours une bonne partie dans les tiroirs : tout ce qui n'est pas  assez solide (voire fait grossièrement) , tout ce qui n'est pas de grande taille, tout ce qui  n'est  pas exposé en milieu citadin, bref on suit toujours peu ou prou les valeurs en vigueur imposées par l'époque. Le regard ira-t-il de l'extérieur vers l'intérieur (les oeuvres non exposables de cette façon ) ? Rien  n'est moins sûr.

Bref on est toujours dans l'optique arts majeurs-arts mineurs  d'autant plus la définition même des arts dits mineurs touche toujours à la position par rapport à cette problématique  : extérieur   (c'est grand-noble et si longtemps réservé aux hommes) et intérieur : c'est petit, sans autre valeur que "décorative" . Je me suis toujours étonnée qu'on refuse de considérer que même dans le choix de motifs décoratifs, il puisse y avoir une expression personnelle et authentique. Tout motif  déjà peut se lire comme une écriture ...
 

A partir de là montrer en extérieur des travaux d'art textile adaptés c'est éminemment louable, mais ça ne résout aucunement ce problème de relégation, le regard  absent vers ces oeuvres en version intérieure,qu'on n'essaiera pas  forcément davantage de connaître vraiment. J'y adhérerai sans rserve  si cette tentative louable, je le répète, amène à mettre aussi des oeuvres textiles à côté des tableaux dans les musées Beaux-arts ...Je doute que ce soit le cas !

 Je songeais regardant le motif de dentelle peint devant lequel posait fièrement une jeune artiste, à une merveille vue en 2004 au musée de Bayeux , fait par une créatrice dont je n'ai retenu que le prénom : Brigitte . Il s'agissait bien d'une création d'une grande subtilité, pas d'un poncif simplement exécuté,et qui évidemment ne pouvait être exposée aux intempéries et chronophage ( il faut aller vite , aussi ) . Et je me disais que la seconde avait beaucoup plus de chances d'être oubliée de la postérité que la première artiste et que pourtant la subtilité de son oeuvre et le travail requis -qui n 'était pas que de la seule virtuosité fabricatrice, mais une technique difficile mise au service d'une expression remarquable, aurait mérité qu'on s'y arrête et qu'hélas toujours pas de livres qui recense artiste par artiste  ce qui se fait puisqu'on l'a classé abusivement "artisanat" d'art sans mouvements, sans démarche voire sans imagination . Ce n'est pas non plus du contemporain conceptuel et le moindre ramassis de fil informe adorné d'un beau discours philosophique aurait, lui aussi, plus de chances d'être remarqué et gardé .. On me dira on ne doit pas comparer, la visée n'est pas la même . Soit, mais ça me chiffonne quand même ; non pas toutes ces tentatives pour faire du street art plus ou moins textile, mais le fait que ça ne rend pas pour autant plus visibles et plus appréciées les merveilles délicates des  artistes sans nom ...
Ces mouvements ne sont pas sans me rappeler le mouvement Pattern painting que j'ai souvent évoqué et qui s'appuyait sur les poncifs -motifs empruntés aux artisanats, dans une visée aussi de réhabilitation . Seulement, si les artistes ayant adhéré au mouvement sont dans les livres d'art, et les encyclopédies,  tous ceux et celles qui ont créé en deça et au delà n'y figurent toujours pas, la réhabilitation on l'attend toujours ! Et le pire c'est que ça semble normal à tout le monde et que lorsqu'on évoque ce sujet on rencontre une indifférence phénoménale , une  fausse attention polie (cause toujours c'est ton dada, mémère !) ou des sourires un peu ironiques. Alors une fois de plus, je demande qu'on aille y voir qu'on vide aussi les fonds de tiroirs de greniers et qu'on s'interroge . Pourquoi de l'art d'un côté et des chiffons négligeables de l'autre ?? Qu'on mette en regard les arts dits majeurs et les arts dit mineurs,  ce que je fais parfois à la salle des machines.

Photo crazy et klee

Sur cette photo, un quilt abstrait du  XIX siècle antérieur à l'oeuvre de Paul Klee. ebvidemment la première oeuvre, cataloguée "art mineur "  ne figure pas dans les histoires de l'art général puisque ces oeuvres en sont exclues comme étant décoratives. Est-ce si différent ?

L'architecture est un des Beaux-arts mais l'architecture intérieure elle est reléguée au rang d'art mineur. Décoratif est devenu progressivement synonyme de superficiel, sans imagination, superflu même. Il y aurait aussi le Beau réservé à une sorte de caste et le juste "joli"  -le mot qui tue-   pour ce qui sort d'imagination différentes et non formatées , côté délicat et nuancé on est sûre d'être cataloguée "joli" le Beau c'est  exclusivement le fort ce qui tape à la gueule (pardon à l'oeil !) .  L'extérieur donc est le domaine des hommes, l'intérieur assigné aux femmes. . Mais déjà tout  ce qui est fait et doit rester pour des raisons de conservation protégé (on ne met pas non plus une peinture dehors , encore moins une aquarelle sous la pluie !) , l'intérieur  ne devient artistique si c'est un  lieu consacré à (galerie- musée ) voir édifice religieux . On a l'impression d'un culte dont les vernissages sont les cérémonies ...Qui a besoin de grands pêtres : commissaures d'expositions, décideurs divers, critiques  , ce donne drroit à être pris au sérieux ! .Tant pis pour qui n'a droit ni à l'un, ni à l'autre ou ne souhaite pas se soumettre au protocole admis .Tout ce qu'il ou elle pourra bien créer sera nul et non avenu et l'intérieur des maisons reste un lieu à  reconsidérer à cet égard. Je ne parle pas d'une jolie décoration style  "maison et jardin "mais des oeuvres qui sont par force ou par choix personnel assignées à résidence. C'est tout différent.

Et puis,  rêvons un peu ...

J'ai eu  envie à côté et de façon complémentaire de créer un mouvement intitulé cas'art , de casa la maison et de toutes ces choses qui sont créées pas forcément en  objets "utiles" mais pourquoi pas  aussi des objets utiles puisque le design est un art à part entière, que le ready made est déjà de la vieille histoire .. Un lieu de reconnaissance artistique et non seulement  autre qu'historique et patrimoniale, pour ces créations qui  qui sont beaucoup trop fragiles pour être exposées dehors dont la maison (pourquoi la maison est-elle à ce point un non-lieu artistique adéquat ?)  Avoir un lieu au moins virtuel centralisant les artistes  oeuvres , leurs parcours ...: qui a fait quoi et comment  ?     Renseignements à donner :  avec quelles techniques quels matériaux, quand , avec quelle visée ... collecter aussi les recensions sur quand il y en a eu - c'est le cas de celles qui exposent  mais on peut créer dans a maison des merveilles pas juste jolies,  sans avoir le désir d'expositions officielles et mondaines ...- et en osant  enfin combler ce fossé creusé absurdement et artificiellement entre le soi disant "traditionnel" et le soi disant "contemporain" . juste cela : des créations et des artistes  présentées , au sein d'une oeuvre et non une série d'ouvrages qu'on explique pour l'imitation éventuelle.Il ya beaucoup de parcours individuels éclatés , des groupes qui fonctionnent un peu comme des chapelles, mais il n' y rien qui regroupe  globalement  ces arts cachés de fonds de tiroirs.

S'il y avait d'aventure des personnes intéressées qu'elles me le fassent savoir , nous pourrions en discuter,  voir si c'est faisable .  .Je précise une fois de plus  : je parle de créations (ou d'interprétations libres et avec source reconnues- interpréter ce n'est pas mettre du rouge à la place du bleu ou changer une bordure c'est métamorphoser le point de départ - )non de modèles exécutés à la lettre ou de très près  d'après revues ou en kit . Sauf si c'est la créatrice du kit ou du modèle qui se manifeste . .Et c'est  là, je le crains que ça risque de coincer. Je connais bien les us et coutumes de nos milieux textiles .

Mais tant pis : je tente. Silence réponds-moi !

Analogie ou la théorie des tas

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Souvent quand on me demande comment je fais, comment je crée, je reste dépourvue.

 Comment je fais avec les mots, comment je fais avec les morceaux d'étoffe, comment s'élaborent mes images numériques.On attend des recettes, des procédés et  je ne peux pas en fournir.

Pour moi c'est invinciblement, irrémédiablement entre ces trois valences le même ressenti, même si pour  quasiment tout le monde, non. Je ne peux pas empêcher les gens de cloisonner de dire : la poésie c'est "intellectuel" le patchwork " c'est  "manuel". Et les images numériques ce serait "artistique" . Je veux bien.

 

 Donc ce que je fais, c'est des sortes de tas. Des amalgames, des rencontres, des télescopages.

 Se confronter à une matière, une sorte de magma qui résiste, sans  cette force d'inertie   contre laquelle il faut lutter, commencer ne serait même pas envisageable.Des amas de mots que je dépose quand et comme ils me viennent et à ce stade surtout s'empêcher de contrôler quoi que ce soit. Des tas d'étoffes et là aussi j'en mets autant qu'il m'en  vient à la main,  je mets vraiment tout ce que je veux y mettre. Rien de plus, rien de moins. Deux étoffes ou mille.

Tout sans frein aucun.

Pour les tissus cela veut dire : les soies et  les étoffes simplettes, pour les mots oui même ceux qu'on peut juger vulgaires. Faire du beau avec des jolis mots que tout le monde va trouver poétiques oui, mais avec les autres aussi. Un mot ne me vient pas parce qu'il est poétique :  il vient de ce magma. User de tissus "nobles" oui -la serpillière pour faire art brut , on sait ce que  j'en pense!- mais aussi oui la toile de jute ou le jersey de coton. Pas obligatoirement l'un ou l'autre, pas obligatoirement l'un et l'autre : ce qui me vient par rapport à ce qu'à ce moment-là je ressens. Une nécessité, jamais un effet de mode ou le résultat d'un apprentissage, à ce stade, du moins.

 Et puis j'attends. Pour les textes quelques jours, pour les étoffes il peut s'agir de mois ou d'années car un textile  - on l'oublie -  c'est lent à élaborer , quand vraiment on élabore. Je ne parle  pas du vite fait bien fait et que je te  prends trois tissus assortis et que je couds et que je recoupe et que je mixe, je parle vraiment d'une élaboration qui repose sur tout ce travail qui est d'âme, d'esprit et de corps. Qui implique tout l'être, même si en ce qui concerne les   surfaces textiles on n'y voit souvent que de "jolies" choses, décoratives.

 Ensuite il y a ce moment capital où on écoute le rythme et où on regarde les visions. Ce qui parle parce qu'on a écouté, en soi et hors de soi, ce qu'on voit parce  qu'on a regardé en soi et hors de soi , aussi. Peu importe d'où c'est venu : c'est là et ça appelle, ça demande qu'on agisse pour exister.C'est le plus magique de tous  les moments car là, tout s'organise, presque sans qu'on intervienne, du moins juste assez, mais pas trop. C'est ce que  j'appelle être "exacte" ou "créer "juste". Bien entendu je ne prétends pas y parvenir.

Savoir être en attente, en éveil, en accueil.
 A ce stade c'est vrai j'élimine beaucoup, mais je ne m'interdis pas de rajouter non plus. C'est moi qui sens parce que c'est moi qui signe le travail, le texte, l'ouvrage. Et qu'on ne me dise pas que c'est un manque d'humilité. Pour moi le manque d'humilité, ce serait de vouloir me faire chef d'une école, chercher des imitateurs pour cautionner mes choix. Comme si l'art était une religion ou parti politique, qu'il y ait une ligne unique à suivre!

 Pour moi c'est résolument entre soi et soies à ce stade. Ensuite c'est à offrir à la vue de tous ceux qui le veulent bien. Car c'est toujours tendu vers... cherchant le regard de ... et quand je le trouve c'est un moment de bonheur parfait parce qu'il est un instant au moins partagé . N'aurais-je eu "que" cela, c'est pour moi plus immense qu'une reconnaissance artificielle, mondaine et convenue, de personnes qui aiment parce qu'on leur a dit que ça vaut!

Et parfois j'aime le dépouillement et parfois j'aime la profusion et j'aimerai qu'un diktat esthétique en vigueur  ne réduise pas son inverse à quelque chose de  forcément "mauvais" ou  de moindre valeur.

Quand j'ai envie de blanc, de dépouillé de presque rien qui dirait tout, je le fais, mais quand j'ai envie de m'enfouir dans une profusion de couleurs  , de feuilles, de fleurs, de formes, où le regard  se perd et trouve mille chemins, je le fais. J'aime les deux, mais différemment et je ne vois vraiment pas pourquoi une partie de moi serait sans cesse obligée de renier l'autre. Et pour les mots il en est ainsi :il n'y en a pas trop ni pas assez : il y a eux qui viennent chanter sur le rythme pour traduire ce qui est à exprimer.

La poésie pour moi n'est non plus écrite pour enjoliver la vie mais pour faire surgir  de ce magma du langage tout ce qui se refuse à se dire. Et sachant une fois pour toute que dans un cas comme dans l'autre on n'y parviendra jamais ; Il ne s'agit pas de "réussir" , de fournir un texte bien léché, mais d'arriver à un état que je considère toujours comme un "essai". Rien qui soit à mes yeux , accompli. C'est pourquoi je ne cherche aucunement la perfection. La mort seule peut achever totalement,  parfaitement  quelque chose.  Un essai qui laisse comme une attente, un espoir qui relance vers une autre envie un autre désir ce qui donnera un autre texte, un autre textile .

Comprendre que    c'est ma chair, ma vie, mon souffle pas un divertissement pour personne âgée qui s'ennuie. Ma passion surtout pas ma patience. qu'on me pardonne mon impatience à l'égard des mots "joli travail" ou "quelle patience"devant mes ralisations rtextiles. On ne dit jamais cela à un peintre ou à un graveur , on ne ne me le dit pas non plus pour mes poésies, ni pour mes récits, même si leuor élaboration est parfois lente !. C'est voir surtout l'échafaudage quand j'aimerais  tant qu'on sente jusqu'aux fondations. Je pense écrivant à cette phrase de Brigitte Fontaine :  "je veux qu'on m'aime pour mes os"

  Il faut que je dise ici un mot du minimalisme qui semble règle en vigueur aussi bien en textile -par le biais des Modern quilts- qu 'en poésie avec la vogue des formes courtes qu'on veut denses. Le fameux "less is more" .

Pour moi  "more is more", tout autant , seulement il faut changer ses oeillères quand on regarde, se déformater. Sinon on s'aveugle volontairement sur tout un pan de la création. Une esthétique n'a pas à phagocyter une autre, ou à la piétiner pour se rehausser,  tout peut se poser en harmonie et le contraste même violent est aussi source d'harmonie et surtout de relief.  En musique on peut aimer Mozart, le jazz et le métal etc.

 Je voudrais dire aussi que pour moi le minimalisme c'est quand on regarde ou lit  et qu'on sent un plein dans le dépouillement même. Une plénitude même. pas un vide bourré de clichés pour faire simple. On n'a pas à vouloir faire simple : simplicité ou complexité doivent d'abord s'imposer d'elles-mêmes.Partir de l'oeuvre telle qu'en soi elle existe déjà.

 Bien sûr ceci n'est pas un art poétique- artistique, c'est  un parcours, une réflexion.Une expérience pour le partage. Pour qui en veut .

pourquoi je reste amateur

J'aimerais expliquer ici que je considère pas le moins du monde mes activités de création comme un loisir ou un moyen d'occuper le temps de ma retraite - choses que je m'entends souvent dire- je suis  quasiment forcée   de rester amateur, avec cette connotation d'amateurisme, si péjorative.

 D'abord  en France on fonctionne au diplôme, et même si je me voulais artisan d'art, je n'aurais pas le droit de décider que je le suis, même si je suis capable de créer des oeuvres ainsi,

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pour une revue de Broderie d'art , notamment. Il me faudrait une formation certfiée, diplôme etc . Il n'est pas question, sachant tenir une aiguille et broder depuis que j'ai sept ans, que j'aille repasser des examens ...  De plus je brode comme je couds non en  vue d'une perfection technique normée et évaluable, mais comme un peintre peint pour m'exprimer avec des matières. Et cela, à mon avis ne s'évalue pas; professeur, je refusais de noter les poèmes de mes élèves. L'art et la poésie sont des langages non rationnels, qui ne se  jugent pas  sur de tels critères., même si tout ne se vaut pas ! Du reste, il n'existe pas de diplôme de poète ou d'écrivain. Et pour moi, broder, assembler et écrire sont expressions multilples d'une  même inspiration. Que les lois , moeurs et coutumes des hommes les rangent sous telle ou telle étiquette : je me sens profondément en marge de tout cela, c'est une des conditions de ma liberté de créatrice.

Je passe aussi sur le coût d'une formation reconnue en école privée  comprenant celui d'un hébergement éventuel loin de chez moi,  ou de stages "prestigieux" avec artistes reconnus. Je n'en ai ni le temps, ni le goût, ni les moyens et surtout j'apprends mieux seule un livre ouvert ou plusieurs et expérimentant, mêlant, me trompant et  découvrant plus dans certaines de mes erreurs, qui ne sont qu'expérimentations et errances, essais, que dans une soi-disant discipline imposée de l'extérieur par quelqu'un qui a sa propre vision des choses.ne coïncidant pas forcément avec les miennes propres. et sauf à me prouver que les miennes vaudraient moins , elles sont essentielles pour moi. Si souvent j'ai eu l'impression qu'on me demandait pour me "former" d'être autre que ce que je suis et de me conformer à !

Quant à mes compétences côté   assemblage de tissus et patchwork, j'ai appris en autodidacte, mais à partir d'une formation de couture que les femmes de ma génération ont toutes suivie à l'école, renforcée par le fait qu'étant issue de ce qu'on nommerait aujourd'hui un milieu défavorisé, je cousais moi-même ma garde-robe et souvent, dans des tissus de récupération! . C'était peut-être sexiste d'apprendre aux filles à coudre, mais plutôt que de ne plus  le leur apprendre, au nom de ce féminisme mal compris  que ne cautionnerai jamais, on aurait mieux fait d'étendre cet apprentissage aussi aux garçons.Tant qu'on considérera que  les  domaines où les femmes excellaient (déjà en  prétendues amateurs!) ne valent que pipeau ou pipette, on n'avancera pas d'un  iota dans une véritable égalité.   Là encore un CAP de couture ne me servirait à rien : pour moi, le patchwork, tel que je le pratique, n'est pas essentiellement de la couture mais de l'assemblage :  je revendique depuis les débuts le droit de le faire échapper aux diktats des dames qui justement y viennent parce qu'elles aiment coudre et ne savent pas à quoi employer leur temps libre.  Leur manière de procéder n'est pas la mienne, je la respecte , mais j'aimerais bien qu'on comprenne que je ne ferai jamais comme cela.J'ai su faire des robes , et je l'ai déjà dit, je n'applique la norme de finition qu'aux ouvrages utilitaires. Quand on me demande un gilet il est réversible et doublé dans les règles de l'art -ce qui est loin d'être facile! , mais je n'ai pas envie de passer ma vie à cela.

 

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Je n'ai pas fait les Beaux-arts, mes arts à moi n'étant pas nobles  et du reste peu enseignés en dehors d'une optique pratique ou d'arts dits appliqués -ce que je discute comme on le sait- (même celle prestigieuse de broder ou d'assembler pour la Haute-Couture je me suis formée par le regard, et le coeur en observant les oeuvres des autres, et partout formes, couleurs et matières , ce que j'admire : c'est là mon école. Ce n'est guère suffisant même si depuis des années j'observe,je réfléchis, je collectionne, j'annote, je compose. Mes  carnets en attestent.

.Je travaille sur mes arts -et j'y compte la littérature , entre cinq et huit heures par jour, quand je le puis. Mais je ne  suis qu'amateur!
Le grand problème on l'aura compris c'est aussi l'argent : tout ce qui ne saurait en rapporter est jugé nul et non avenu. Triste façon de considérer une oeuvre ! Oui triste pour ceux dont le regard est obscurci par ce préjugé !

 Ensuite si d'aventure on voulait bien m'accepter, côté administratif,  comme "amateur ayant le droit de vendre occasionnnellement"  , je devrais au minimum tenir -me dit-on un registre comptable avec mes fournitures  dépenses et recettes - comment fais-je pour un quilt qui comporte parfois pas moins de 600 à 2000 tissus différents ?   Je compte comment ? PourR certains achetés certes, mais pour beaucoup échangés ou récupérés chez des brocanteurs qui ne fournissent pas de facture  pour quelques  vieux chiffons dont il se débarrassent -mais qui ne sont pas gratuits pour moi, cependant.  Si on admettait des frais estimés , côté impôts, ce serait possible, mais las nous sommes en France  pays tâtillon s'il en est, à cet égard. les factures font seule foi .. Je veux bien que ce soit pour contrôler an cas d'abus.. Et je comprends aussi que mon cas est trop particulier pour être pris en compte , un peu comme si j'avais une maladie d'artiste orpheline ! Il faut faire nombre ,pour faire bloc , et je suis seule. Je ne m'en plains pas : je veux l'être, c'est aussi une condition de ma liberté.

Quant aux images numériques, nous sommes là dans quelque chose qui paraît encore nouveau -ne l'étant pas tout à fait- . je passe sur tous ceux qui y voient une facilité. Soyons francs, c'est vrai, les logiciels peuvent compenser mes incapacités  en dessin dit d'art -surtout si ce dessin se réduit à l'imitation exacte de la réalité - mais maîtriser un logiciel et en user de manière à s'exprimer avec ses nombreux paramètres, demande aussi des heures d'investigation, de recherche de travail . Ce n'est pas de "l'automatisme" à preuve j'ai rarement vu  deux artistes  numériques produire des oeuvres vraiment ressemblantes, tant justement les possibilités d'expression sont avec cet autre outil, variées .Je pars d'un écran blanc les matrices que j'utilise, pour les métamorphoser sont les miennes. Il arrive que des pros me demandent mes "trucs" mais je ne suis qu' amateur. C'est peut-être le seul domaine où je pourrais (peut-être) avoir existence officielle : là je peux tenir une comptabilité sans trop de mal . Mais je me refuse à n'exister que partiellement, amputée de mes autres valences . Pour moi, cela n'aurait pas de sens.

 

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 Retraitée- partielle!-  je ne peux m'inscrire officiellement  comme si j'étais artiste essentiellement et en faisant mon gagne-pain et cotisant pour une retraite future. Un artiste n'est du reste jamais à la retraite : il crée jusqu'à son dernier souffle de vie, tant qu'il le peut.

De plus  si j'ai commencé mon "plein temps" artistique à l'âge de 52 ans, c'est bien avant que je créais .En fait, depuis toujours. Certes dans certains domaines, je suis artiste récente -mais déjà frappée de  "sénilité". Sexisme et âgisme  sont aussi souvent mon lot quotidien.Evidemment pas de la part de tous. Reconnaissance à mes amis hommes et femmes souvent  artistes d'arts semblables ou différents qui veulent bien me tenir pour une des leurs. Pour moi c'est immense ! c'est ce que je nomme ma bouffée d'oxygène.

J'ouvre ici une parenthèse : je n'ai pas de jalousie, ni même d'envie envers les artistes qui eux peuvent se déclarer et fonctionner "légalement' . Je ne méprise pas leur formation. Au contraire . Mais je rappelle  qu' il en est d'autres, la mienne j'ai expliqué comment elle s'est faite," l'école d'art "pour moi continue tous les jours via livres, rencontres, discussions , interrogations;. Ce n'est ni mieux, ni moins bien, c'est autre chose.

En littérature c'est encore mieux; je suis professeur de Lettres, mais figurez-vous c'est un handicap, face aux modes actuelles qui voudraient que forcément un ex-professeur  écrive uniquement conditionné par l'Université ... et mon écriture manquerait de spontanéité -forcément je serais scolaire (tout ça affirmé , le plus souvent, sans m'avoir lue bien sûr!) . J'ai écrit bien avant d'être professeur et quand je fais quelque chose, j'y mets toujours toute mon ardeur, mes exigences à l'égard de la vision que j'en ai et que je n'atteins jamais .

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Enfin je ne crée pas essentiellement pour vendre . Je comprends que d'autres le choisissent :  un artiste ne vit pas de l'air du temps! Mais j'ai mené ma vie selon ce choix : me réserver en fin de vie une période dont j'ignore la durée, et qui serait réservée à mes vocations vitales sans dépe,dre financièrement de cette activité.

 C'est pourquoi je dis que je construis  une oeuvre et pas une carrière. je veux créer, et non produire.

Ce que je saisis mal, c'est pourquoi ce choix-un peu forcé aussi par les circonstances et les réglementations en vigueur- dévaloriserait ce que je fais.

Si c'était officiel et professionnalisé serait-ce mieux ? Pour ma part j'en doute.  Je ne regrette pas mon choix, je regrette le regard habituel sur les "amateurs" toujours un peu méprisant ou condescendant.

Alors voilà  :je suis amateur mais pas dilettante. Mon oeuvre c'est plusieurs centaines de pages d' écrits, des centaines d'oeuvres textiles et d'images numériques tout cela créé sur plus de quarante ans. La quantité ne fait pas forcément la qualité, mais sur ce site, on peut quand même en juger sur quelques pièces! Et j'ai obtenu comme on dit des "retours" . Comme une pro !   Mais je reste un rien complétement négligeable,  parce que je  ne veux et ne peux légalement suivre les voies dites normales de "promotion- exposition- vente" etc. Un rien, appartenant déjà et avant moi à la nuit de l'oubli et du temps. Partageable difficilement, au compte-gouttes -mais chaque goutte est pour moi nectar !
 Ce n'est pas un regret,  c'est une explication,un témoignage,  une constatation d'un état de faits. Dont je suis en partie responsable, par mes choix. Si tant est que j'ai choisi d'être inspirée de cette façon-là !Mais qui d'un autre côté m'est imposé : il faudrait que je renie ce que je suis et ce qui fait le sens même de mon travail pour qu'il en soit autrement.

 

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